Ventilo n°257
du 10 au 23 mars
Téléchargez le journal et son agenda au format PDF
Publié le 10 mar 10 dans Musique
Deux belles dans la peau
Faux dandys mais vrais touche-à-tout, les deux musiciens sortent au même moment un album où filtre plus ou moins consciemment l’ombre de Gainsbourg. Laissons-les s’expliquer.
Tom![]() |
Yvi Slan![]() |
|
| On est à mi-chemin entre le trip-hop et l’électro. Mais Hétérokulte est plus hétéroclite — d’où son titre — que mon premier album, Rue Breteuil. Les rythmiques sont plus poussées, il y a des moments plus funky aussi. Il y a plus de cohésion musicale que sur le premier, qui racontait une histoire. Ici, je cherche à traduire un certain cynisme sur le milieu de la nuit et sur les relations hommes-femmes dans les clubs. On parle de ce qu’on connaît, forcément, et j’ai été DJ… |
L’ALBUM
|
A l’origine, il s’agit de la musique d’un court-métrage de science-fiction, un univers que j’aime beaucoup. C’est aussi le premier album que je sors en français, j’en ai marre d’entendre de l’anglais partout. Eve est 100 % acoustique, avec un petit côté « noise » façon Pixies, un petit côté pop et un peu de Bowie pour la guitare. Il ne faut pas oublier qu’à la base, je viens du rock. Parce que dans les années 80, à part Ferré, Vian ou Gainsbourg, nous n’avions pas tant de référents français que ça. |
| Par rapport à la diction, oui, on peut faire le rapprochement, mais ce n’est vraiment pas une influence majeure. C’est juste la manière dont je pose ma voix. Et puis, ma voix était davantage mise en avant sur le premier album ! Après, dès que tu cherches à croiser les mots, à avoir des rimes sonnantes, on te compare à Gainsbourg… Mais c’est vrai qu’on me l’a tellement dit que je me suis mis à lire sa biographie (rires). Moi, je me retrouve plus dans Arthur H : il a un côté bidouillage qui me plaît. |
GAINSBOURG : UN PEU, BEAUCOUP, A LA FOLIE ?
|
Je singe Gainsbourg, c’est clair, il y a un côté théâtral dans cet album. Après, je n’aime pas tout le répertoire de Gainsbourg non plus. On me parle tout le temps de Gainsbourg, mais pourquoi pas de Nougaro ? Je suis moitié Gainsbourg, moitié Nougaro. Avec ce côté rebelle, avec cette verve, avec sa manière de rouler les « a » et de chanter avec un accent. Je fais ça aussi parce que je m’amuse mais c’est un véritable exercice de style, c’est très difficile de bien articuler, de ne pas se laisser aller dans la mélodie. |
| Hétérokulte est vraiment un hymne à la femme sous toutes ses « formes », si je peux dire ça comme ça… Le titre Eve s’appelait Femmes au départ, c’est une sorte de résumé de l’album et ça n’a rien à voir avec la Bible. Les duos avec les voix féminines amènent aussi des lignes plus mélodiques, plus sensuelles sur l’album, comme dans la vie d’ailleurs. A l’inverse, le titre Hôtel Hell évoque leur côté diabolique. Et pour ceux qui me connaissent, il y a aussi une dédicace à ma compagne, qui s’appelle Eve. |
EVE ET LES FEMMES
|
Tu veux parler de quoi d’autre ? C’est vrai que c’est un album dédié aux femmes. C’est plus lounge, plus lent, c’est pour écouter à la maison, seul ou en voiture. Mais si la femme-robot dont je parle dans l’album est une poupée plastique, ce n’est pas à prendre au premier degré. Et je parle d’Eve parce que tu peux aborder plein de choses en parlant d’Eve. Chacun y voit ce qu’il y veut, un objet sensuel, le côté homo d’Adam qui était androgyne, le début de l’humanité… Je ne peux pas tout expliquer non plus, ça perdrait de sa magie |
| Hétérokulte (Tom Sound Production/La Baleine) Soirée de lancement le 12 à l’Afternoon (17 rue Ferrari, 5e) Rens. www.myspace.com/ tomsoundprod |
Propos recueillis par Elise Pinsson
|
En téléchargement légal (Itunes, Fnac, Virgin…) : Eve (Boombop) Rens. www.yvislan.com |
Publié le 10 mar 10 dans Musique, Short Cuts

Hocus Pocus > le 11 à l’Espace Julien
Si le groupe nantais fait figure d’ovni sur la scène hip-hop française, c’est parce qu’il a intégré très tôt la chaleur de l’acoustique à ses compositions et à ses shows, libérant les morceaux du carcan métronomique du sampler. C’est aussi parce qu’il a su apporter à ses textes toute l’introspection réservée jusque-là à la chanson ou au slam. Enfin, c’est peut-être aussi parce que Greem et 20Syl (Mc et Dj) sont quadruple champions du monde DMC. Bref, du solide.
16 pièces (Universal) nas/im
Brad Mehldau > le 12 au Théâtre de la Criée
Brad Mehldau est un musicien aux paradoxes enviables. Premier jazzman à occuper une Chaire de composition au Carnegie Hall, il se déclare influencé dans son travail par François Rauber, orchestrateur de Brel. Improvisateur virtuose, il cultive le luxe de se produire en piano solo, sans battage médiatique, pour l’amour de l’instant que « guettent miracles et désastres ». Il est à La Criée, pour une performance unique à plus d’un titre… et par définition.
Highway rider (Nonesuch) FM
Success + Sourya… > le 12 au Cabaret Aléatoire
Le Cabaret Aléatoire vient de lancer la deuxième édition du festival Outer Space, consacré aux musiques actuelles telles qu’on les kiffe dans ces colonnes : du rock, de l’électro, de la pop et un soupçon de black music. Le plateau qui nous occupe ici présente un projet électro-rock pêchu qui a tout fracassé, il y a peu, à Marsatac (Success), mais aussi un jeune combo parisien qui vient de sortir un sublime premier album pop (Sourya). De la découverte de premier choix.
Dawdlewalk (Massive Central/Discograph) PLX
Andy Moor & Christine Sehnaoui > le 12 à l’Embobineuse
Non contente de programmer des groupes étrangers de qualité exceptionnelle, l’Embobineuse sait aussi attirer des musiciens de légende, comme ici le guitariste de The Ex pour un set de musique improvisée. Suivront bientôt Gary Lucas (guitariste de Captain Beefheart), Spectrum (ex-Spacemen 3), Secret Chiefs 3 (d’un ex-Mr Bungle)… Notez qu’à l’ombre de ces héros, les pépites affleurent : au lendemain de Moor, les Biélorusses d’Ambassador21, inconnus mais surpuissants.
www.myspace.com/andymoortheex JS
Zombie Zombie + Los Chicros + Turzi > le 13 au Cabaret Aléatoire
Toujours dans le cadre du festival Outer Space, un plateau parisien pour mélomanes érudits, mais pas que. On garde encore le souvenir ému de la prestation survoltée de Zombie Zombie à l’Embobineuse, il y a deux ans : deux allumés à situer entre Neu! et John Carpenter. Los Chicros ont pour leur part déjà joué à l’Intermédiaire : de la pop sous perfusion anglo-saxonne d’excellente facture. Turzi, enfin, donnera son premier live électro-rock (solo) à Marseille… Foncez.
www.cabaret-aleatoire.com PLX
Jessie Evans > le 18 au Poste à Galène
Encore une qui a été programmée à l’Embob’ il y a deux ans, signe que la petite salle du boulevard Bouès a souvent une longueur d’avance dans le champ fertile de l’underground. Ici programmée dans le cadre du festival itinérant Les Femmes s’en mêlent, cette saxophoniste et chanteuse au CV long comme le bras est une sorte d’égérie arty, et trimballe ses fragrances no-wave façon James Chance de New York à Berlin. C’est à la fois minimaliste et tropical : pas banal.
www.myspace.com/jessieevansmusic PLX
Matthew Dear + Troy Pierce > le 19 au Spartacus
Depuis que nous avons dû, faute de place, nous séparer de nos papiers dans la rubrique Tapage nocturne, nous avons rarement l’occasion de pointer l’excellent travail de certains activistes locaux sur la scène club. Rendons ici hommage à l’équipe du Spartacus, qui reste le seul club du coin à programmer du très lourd, comme ici avec ces deux ténors de la techno minimale américaine. A suivre en avril : deux résidences du label M_nus avec Richie Hawtin et Heartthrob…
www.myspace.com/thebeezspartacus PLX
Ane Brun + Kyrie Kristmanson > le 19 au Théâtre Denis (Hyères) et le 20 au Poste à Galène
Vous en avez marre des belles jeunes filles qui brodent leurs états d’âme sur les fils d’une guitare acoustique ? Nous, non ! D’autant plus que l’actualité nous gâte avec la venue de la Norvégienne Ane Brun et de la jeune Canadienne Kyrie Kristmanson. Entre l’expérience de la première, qui partage son producteur avec Björk, et la candeur de la seconde (dix-sept ans !), notre cœur balance. Les frêles fées folk nous font un fol effet.
Origin of stars (No Format) nas/im
Phoenix > le 20 au Dock des Suds
C’est complet. Evidemment, c’est mérité, et l’obtention récente d’un Grammy Award aux Etats-Unis (meilleur album alternatif) n’a fait que confirmer l’adage : nul n’est prophète en son pays, et surtout pas les groupes de pop sensible qui ont le malheur d’avoir des prétentions « populaires », en sus de leur vernis bourgeois (Versailles, la French Touch, Sofia Coppola). Quatre albums vraiment inégaux mais une certitude : le Dock des Suds, ce soir, sera une usine à tubes.
Wolfgang Amadeus Phoenix (Loyauté/V2) PLX
Jean-Michel Jarre > le 20 au Dôme
Il n’y a pas si longtemps, tout le monde se foutait de la gueule de ce mec : le reflet d’une époque exubérante, les 80’s, avec son cortège de lumières flashy et de sonorités synthétiques. Et puis les branchés, qu’ils viennent du rock ou de l’électro, ont plébiscité à nouveau le génie visionnaire de ce sémillant sexagénaire, auteur des fondateurs Oxygène (1976) et Equinoxe (1978). Best-of annoncé, 2010 est donc la tournée du grand retour en salles. Carton en prévision.
www.jeanmicheljarre.com PLX
Publié le 09 mar 10 dans Musique
Pardon pour l’oubli
La programmation de la soirée Amnésie Internationale nous ayant été dévoilée trop tard, nous n’avions pu vous en donner le détail dans notre précédent numéro. Ce qui n’a pas empêché la Jeunesse Arménienne de France, organisatrice de la soirée, d’afficher complet après moins d’une heure d’ouverture. Et pour (la bonne) cause… En s’appuyant sur une excellente programmation mêlant judicieusement la scène locale à une tête d’affiche internationale, elle proposa une soirée mémorable, dans tous les sens du terme. D’abord enivré par le swing manouche de Poum Tchack, puis attentif au slam rock de Fred Nevchehirlian, c’est en déambulant dans le Village de la mémoire, presque camouflé dans le tumulte du Dock, que l’exposition nous ramenait à la monstrueuse réalité des génocides du XXe siècle (juifs, Tziganes et Roms d’Europe, Rwandais, Cambodgiens et bien sûr Arméniens…). Ecœuré du genre humain, nous n’étions pas convaincus qu’un contexte festif soit adapté à une thématique aussi grave. Dès les premières notes, Goran Bregovic et son orchestre des Mariages et des enterrements nous en assuraient pourtant la pertinence… Si l’être humain est capable du pire, il l’est aussi du meilleur ! Le but de cette soirée était de condamner le négationnisme, nous en sortons avec cette citation d’Hannah Arendt qui en traduit l’esprit : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. »
LJ
La soirée Amnésie Internationale se tenait au Dock des Suds le 6/03.