La Chine est encore loin ? de Malek Bensmai

L’Histoire Autrement à la Villa Méditerranée

L’Interview
Jean-Luc Bonhême

 

Que dire de l’histoire de la Méditerranée ? A travers le cycle L’histoire autrement, la Villa Méditerranée sensibilise les citoyens sur les réalités de ce carrefour des mondes et son histoire contemporaine avec un regard neuf. Rencontre avec son programmateur.

 

Comment décririez-vous ce cycle ? Que montre-t-il de l’histoire de la Méditerranée ?
Il regroupe des propositions artistiques qui expérimentent des façons détournées de dire l’histoire récente du monde méditerranéen. Il s’agit, à travers le regard d’artistes, de revisiter certains moments significatifs ayant fait l’histoire des rives de la Méditerranée.

 

Votre programmation offre notamment un large écho au Printemps arabe…
En effet, le cycle s’ouvre le 22 octobre avec 18 jours, un film collectif tourné dans la liesse et l’urgence, sans financement, au lendemain de la chute d’Hosni Moubarak et des dix-huit jours d’occupation de la place Tahrir. Ces dix courts-métrages créent l’histoire, dévoilent des aspects peu connus de la société égyptienne et suivent les trajectoires de personnes ordinaires confrontées à l’extraordinaire. Le dernier rendez-vous est aussi un film, La Chine est encore loin de Malek Bensmaïl, présentée le 3 décembre en clôture de la conférence de lancement du Manuel commun d’histoire méditerranéenne : la caméra nous fait entrer dans une salle de classe du petit village chaoui qui a vu naître la lutte pour l’indépendance algérienne.

 

Dans ce cycle, le cinéma tient une place importante. Pourquoi ce choix ?
Le cinéma occupe une place centrale dans l’ensemble des propositions de la Villa Méditerranée et l’invitation faite aux réalisateurs de concevoir les parcours d’expositions est un acte fondateur de l’ensemble de notre démarche. A travers la diversité de leurs propositions, ce sont avant tout, une nouvelle fois, des regards d’artistes qui sont portés sur les réalités méditerranéennes. Mais ce cycle, comme les précédents, fait également place à d’autres propositions : la soirée Radio Live proposée par Aurélie Charon et Caroline Gillet de France Inter (XXI : notre siècle, nos printemps), la création par Nathalie Négro de 80 000 000 de vues, opéra-slam inspiré par Asmaa Mahfouz dont la vidéo a participé au déclenchement de la révolution égyptienne en 2011, le concert inédit de Maryam Saleh et Zeid Hamdan, un duo libano-égyptien explosif…

 

Toutes ces propositions parlent de sujets forts, comme l’éveil d’un peuple face à sa condition imparfaite. Est-ce un appel au visiteur français à regarder sa propre condition ?
C’est, plus humblement, une invitation à interroger autrement certaines réalités, parfois brûlantes il est vrai, du monde méditerranéen, et à mesurer combien elles nous concernent. Interroger donc, mais autrement, parce que toujours à travers le regard des artistes, dont la sensibilité est un révélateur essentiel du monde contemporain.

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur le fonctionnement de la Villa Méditerranée et sa programmation ?
Ce cycle et son articulation avec l’ensemble de l’activité de cet automne sont très représentatifs de la démarche de la Villa Méditerranée, qui est toute entière dédiée aux grands enjeux de la Méditerranée contemporaine, avec l’ambition de fournir à chacun des clés de compréhension. Enfin, la programmation artistique s’organise en écho aux parcours d’exposition, sous la forme de cycles thématiques : les propositions, volontairement très variées esthétiquement et choisies pour le sens qu’elles produisent, ouvrent une fenêtre sur la réalité complexe de l’espace méditerranéen et les nombreux enjeux de société qui l’animent aujourd’hui.

Propos recueillis par Gaëlle Goulois

 

L’Histoire Autrement : du 22/10 au 3/12 à la Villa Méditerranée (Esplanade du J4, 2e).

Rens. 04 95 09 44 22 / www.villa-mediterranee.org