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Langages Machines à la Fondation Vasarely et à Seconde Nature

Machines à écrire

 

Depuis la Fondation Vasarely, l’exposition Langage Machines rend compte de l’instantanéité de l’écriture et de la façon dont les machines prennent parfois la plume.

 

Plus de deux cents milliards de mails sont envoyés chaque jour, dix fois plus pour les SMS. L’écrit n’a jamais été autant utilisé en tant que moyen de communication, grâce aux nouvelles technologies qui l’ont pourtant rendu éphémère…

Avec l’exposition Langage Machines, organisée en partenariat avec Seconde Nature, on entre dans cette dimension ultra temporaire où les termes que l’on utilise se croisent et se décroisent, évoluent ou tombent dans l’oubli comme le présente si bien Lifewriter et ses petites créatures cruelles en 2D. Avec l’installation de Clea Coudsi et Éric Herbin, on se retrouve face à un mur d’enveloppes. Des feuilles blanches dont les ondes qui en émanent font vibrer le rabat. Plus on s’en rapproche, plus elles deviennent murmures puis voix de synthèse si l’on pose sa main dessus. Des centaines de SMS sont ainsi retranscrits, comme pour prolonger la vie de ces textes déjà effacés. « Avant, on gardait les lettres mais les sms, on ne les garde pas », commentent les artistes. Avec Master of The Wolves, Pascal Bauer préfère alors graver littéralement dans le marbre une conversation faite de confidences découverte sur Internet.

L’autre trame de cette exposition va plutôt donner aux machines le pouvoir d’écrire. Un système entièrement informatisé arrivera ainsi à restituer dans un langage donné une conversation, comme Dada Print3r, qui peut capter un dialogue à Paris et l’imprimer sur un ticket à Aix tout en le mixant façon « dada ». Plus insolite encore, Véronique Béland permet de recevoir une note tout droit venue du cosmos grâce à son installation interactive qui traduit les ondes radio.

Parfois même, d’autres créatures pensantes apprennent nos codes et nos alphabets pour communiquer. Ainsi, le Critique Automatique d’Antoine Schmitt nous accueille au début du parcours et génère chaque minute une critique d’artiste présent en manipulant le jargon de l’art contemporain. Une autre intelligence artificielle, celle de So Kanno et Takahiro Yamaguchi, manie mieux le crayon en entremêlant les différents alphabets pour créer ses propres motifs. Enfin, une autre reprend trois versions du mythe de Faust (écrit et opéra) pour créer et composer la sienne. « Le mythe présente ce personnage qui veut toujours savoir plus, qui veut aller plus loin et qui pactise avec le diable pour y arriver, explique Lukas Truniger, l’artiste à l’origine de l’installation. C’est intéressant de réadapter ça dans ce contexte parce que c’est un peu ça, la technologie, pour moi. »

Cependant, essayer de réduire la relation humain/écrit a ses limites. Dans Copies non conformes, Cécile Babiole expose dix lignes que la technologie déforme peu à peu, au rythme des réimpressions en trois dimensions. Je ne dois pas copier devient à terme un ensemble de formes, de pâte (quasi) illisible où l’artiste interroge les capacités des machines à recopier à l’infini, en référence à la nouvelle de Philip K. Dick Pay for the Printer. « C’est un peu une vanité numérique », complète l’artiste.

Google Translate ne parvient pas à traduire la Relique Paracha Noah de Max Paskine, exposée à Seconde Nature, qui subit même des dégradations au fil des traductions successives alors que l’algorithme essaie de s’adapter à l’usage actuel de la langue. Après avoir tourné et retourné des passages de La Genèse en hébreu, en français et en anglais, Paskine obtient des mots improbables comme « réunion » ou « groupe de travail ». Enfin, avec Oracle, l’écriture assistée tente de dépasser Thierry Fournier, mais ne parvient qu’à réaliser une sorte de cadavre exquis.

Ici et là, au fil du parcours, des étagères portent des livres d’artistes. L’occasion de rappeler constamment quel est l’éternel format de diffusion de l’écriture, pour ne pas se perdre entre les lignes de codes.

 

Sophie Pironnet

 

Langages Machines : jusqu’au 22/10 à la Fondation Vasarely (Avenue Marcel Pagnol, Aix-en-Provence) et à Seconde Nature (27 bis rue du 11 novembre, Aix-en-Provence).

Rens. : www.secondenature.org / www.fondationvasarely.fr