Go Down, Moses de Romeo Castellucci © Guido Mencari

Go Down, Moses de Romeo Castellucci au Théâtre des Salins

La tragédie des origines

 

Artiste phare du festival d’Automne à Paris cette année, au cours duquel il présentera trois tragédies grecques, Roméo Castellucci était de passage au Théâtre des Salins à Martigues avec sa version conceptuelle et terrible de la vie de Moïse.

 

A mi-chemin entre le fait-divers contemporain sur l’abandon d’un nourrisson, le futur et les origines de l’humanité, entre catastrophisme et prophétisme suranné, le metteur en scène et démiurge avant-gardiste nous a une nouvelle fois épatés par des images d’une violence créatrice inouïe.
Chaque pièce de l’Italien est à aborder comme un événement : le plasticien crée des objets théâtraux d’une portée monumentale, les références y sont abondantes, les significations multiples.
Dans Go Down, Moses, l’influence du 2001, l’Odyssée de l’Espace de Kubrick ne fait aucun doute. On peut en effet imaginer que les différents tableaux censés évoquer la vie du prophète se calquent sur ceux du film ; les primates du début prenant les traits d’humains obsédés par les mains, le monolithe noir étant figuré par un cadre représentant un lapin, le vaisseau spatial transformé en IRM, le voyage dans le temps symbolisé par une puissante et tonitruante rotative… Or, c’est réellement le dernier tableau, d’une force allégorique prodigieuse, qui fait le plus écho au chef-d’œuvre du cinéaste. Après avoir assisté à la débâcle sanglante de la mère 2.0 de Moïse dans le cadre glauque des toilettes d’un bar, puis à son interrogation, encore choquée, par la police, nous accédons par l’entremise d’un examen d’IRM à une caverne préhistorique. Là, les premiers hommes évoluent devant nos yeux et le quatrième mur, matérialisé par un écran translucide, semblant séparer notre ère et la leur, soit des millions d’années d’écart, manque d’être aboli sous les coups d’une femme de Cro-Magnon… Cette rencontre du troisième type provoque une sensation singulière ahurissante, exacerbée par l’appel au secours de la courageuse créature qui dessine avec des pigments un « S.O.S. » retentissant.
Impression d’hébétude en sortant de la salle, la tête troublée, chargée d’images et de questionnements face à cette œuvre riche, sidérale, qui marquera les esprits pendant longtemps.

Olivier Puech et Barbara Chossis

 

Go Down, Moses de Romeo Castellucci était présenté les 15 & 16/10 au Théâtre des Salins (Martigues)