Mitch, the Diary of the Schizophrenic Patient de Damir Cucic

FIDMarseille 2014

Le monde extérieur

 

La vingt-cinquième édition du Festival International de Cinéma de Marseille déroule au cœur de la cité phocéenne une programmation à la hauteur de sa réputation : riche, passionnante, pertinente et intelligente. Le fourmillement des propositions ne sacrifie en rien l’exigence de la ligne éditoriale, consacrant le FID comme l’un des principaux festivals internationaux.

 

Sans pécher par un quelconque chauvinisme de mauvais aloi, force est de reconnaître que bien peu d’événements cinématographiques internationaux offrent une exigence aussi acérée que le FIDMarseille. Chaque interstice de la programmation est une ode à l’image en mouvement, la place de chaque film, au sein d’un corpus d’années en années toujours plus impressionnant, s’inscrit dans une pensée du cinéma d’une rare intelligence. Outre les compétitions dont les œuvres s’offrent exclusivement en avant-première mondiale, les sélections parallèles sont l’occasion de découvertes cinématographiques souvent bouleversantes, à l’instar de l’incroyable programme consacré cette année à Marguerite Duras. Cette édition 2014, éclatée aux quatre coins de la ville, s’inscrit cette année encore au cœur d’une dimension cinématographique trop rarement atteinte, l’image manquante des festivals. Plus de cent cinquante invités, cinéastes, producteurs, comédiens, écrivains, techniciens, participeront à la richesse des échanges qui ponctueront les projections. Les trois compétitions principales — Internationale, Française, Premier Film — verront concourir plus d’une trentaine d’opus, dont quelques noms résonnent telles de fortes promesses : Paul Vecchiali avec Faux raccords, Damir Cucic (dont on se souvient du très beau A Letter to my Father) pour Mitch, the Diary of the Schyzophrenic Patient (coréalisé avec Misel Skoric), Joris Lachaise ou Talena Sanders. Mais l’un des événements phares de cette vingt-cinquième édition demeure bel et bien l’incroyable rétrospective consacrée à Marguerite Duras. On connaît la relative méfiance de l’écrivaine vis-à-vis de cette industrie cinématographique. Si sa jeunesse fut marquée par un certain attrait cinéphilique, la mutation systématique de l’art en divertissement lui fit émettre de larges réserves. Une relation d’amour/haine qui aboutit cependant aux plus belles pages de l’histoire cinématographique hexagonale. N’écrivait-elle pas à Alain Resnais (ce dernier déclinant un nouveau projet après Hiroshima) : « Les films d’aventure ou les films comiques ne se trouvent pas quand on les cherche. Rien ne se trouve quand on le cherche. Hiroshima, le script, c’est l’impossibilité de trouver une histoire que vous cherchiez. C’est pour ça que c’est bien. Rien n’est plus au présent. Je veux dire : ce qui est vécu actuellement par tous, et c’est la première fois du monde, est en partie nul et non avenu eu égard à ce qui pourrait se passer demain. (…) Donc, plus de films ensemble. Tant pis. On écrira. Le cinéma prend un retard fantastique sur le théâtre. L’argent peut-être. Ou la peur de rater, c’est-à-dire de perdre l’argent. » Jean-Pierre Rehm, Délégué Général du FID, place volontiers Le Camion, film de 1977 de Duras, au cœur de son Panthéon cinématographique. Il est incontestable que l’œuvre filmée de l’écrivaine a induit, jusqu’à nos jours, une geste perceptible chez de nombreux réalisateurs. Les sélections parallèles qui lui sont consacrées cette année, outre la présentation d’une quasi intégrale de ses films, ont cette particularité toujours saisissante de faire résonner un certain nombre d’œuvres avec celles de Marguerite Duras. C’est ce parcours, laissant une grande part à l’imaginaire du spectateur, qui se révèle particulièrement sémillant. Parmi les autres sélections, citons El futuro, qui s’attache à offrir une autre vision de l’évolution, sur les quatre dernières décennies, de la cinématographie espagnole. Ou comment l’image en mouvement peut raconter une autre histoire. Enfin, un hommage à Oscar Michaux, pionnier du cinéma afro-américain, permettra de découvrir quatre œuvres rares de ce cinéaste-écrivain d’exception. De nombreux rendez-vous proposés en périphérie des principales sélections (séances spéciales, tables rondes, Fidlab..) permettront divers chemins de traverse et continueront d’enrichir, durant ces sept jours d’exception, une programmation à nulle autre pareille.

Emmanuel Vigne

FIDMarseille : du 1er au 7/07 à Marseille (Silo, MuCEM, Villa Méditerranée, Variétés, BMVR Alcazar, Maison de la Région, Théâtre Silvain).
Rens. : 04 95 04 44 90 / www.fidmarseille.org