Syracuse

Le festival RIAM XI

Les RIAM, en lettres capitales

 

« Le fait d’avoir accès à tout un tas de choses nous fait prendre conscience de notre place dans le monde, et considérer ce que l’on peut faire pour l’humanité. » Ainsi Philippe Stepczak nous éclairait-il en ces pages sur la volonté originelle du festival RIAM, qu’il pilote à bout de bras depuis onze ans avec son acolyte Pedro Morais. Chaque jour plus attentive aux problématiques artistiques liées à l’ère contemporaine, la petite équipe basée à Diagonales 61 se démène pour dresser, via concerts, rencontres, performances et expositions, « une dynamique entre la connexion globale et l’engagement local. »

 

« Il faut agir comme s’il n’y avait pas de centre », annonce d’emblée l’édito d’une onzième édition aux accents berlinois : le temps fort Berlin Current entreprend sur deux journées de dévoiler tout un pan d’une ville en perpétuel chamboulement et, à l’image de Marseille, facilement reconnaissable au sein-même de sa cartographie nationale. Invité pour une conférence, Théo Lessour, auteur du fameux Berlin Sampler (sorte de voyage temporel au sein du Berlin musical, de 1904 à 2009, de Shönberg à Brian Eno), compte parmi les invités de marque. Au même titre que l’activiste techno Moon Wheel ou le duo atmosphérique Oake. Au-delà d’une ville, c’est à une véritable philosophie que les Rencontres Internationales des Arts Multimédias souhaitent rendre hommage. Car comme son nom l’indique, le festival s’est toujours positionné à mi-chemin entre les pratiques musicales et l’art contemporain, dans son ensemble. C’est précisément ce point d’accroche lié à la rencontre de deux personnalités avec chacune leurs réseaux, Philippe et Pedro, qui donne à chaque événement de l’association Technè ce petit goût d’incertitude et de « tout est possible ». Une saveur qui fait, au-delà d’apparentes et trompeuses prises de risques, bien souvent défaut à la plupart des institutions culturelles. Il ne s’agit évidemment pas de tracer bêtement un gros trait, sans raisons profondes, entre la cité phocéenne et la capitale allemande (d’autres s’en chargent très bien actuellement avec la Méditerranée…). Non, les RIAM justifient leur programmation avec passion, au fil des opportunités, de leurs rencontres aussi. A l’instar de Syracuse, duo analogique d’acid-house (mais pop) découvert sous la pluie lors des Siestes Electroniques toulousaines. De musique toujours, il en sera question sous un autre angle avec Jean-Baptiste Sauvage, qui dévoilera à la Galerie des Grands Bains Douches une installation pour rendre compte de « la part de théâtralité dans une exposition ou dans un concert ». Lorsque Fred Pradeau « cultive l’erreur et le paradoxe » depuis Vidéochroniques en mettant côte à côte « des références culturelles (Coca-Cola, Ikea, l’art contemporain…) et des pratiques humaines (tisser, boxer, distiller) totalement contradictoire. »
« Notre festival est à voir comme un constat sociologique et sociétal. Chaque mouvement s’inspire de l’esprit ambiant d’une époque… On ne fait pas de l’art pour l’art, on fait de l’art en général », apprenait-on il y a deux ans de la bouche de Philippe, alors préoccupé par l’effacement de la notion de lendemain à travers une édition Now future. On vous laisse cette année maître de partir à la rencontre de Sister Iodine, Russell Haswell, Horla, Julien Bayle, Phœbe Kiddo ou Dominique Blais, comme autant de nuances pour mieux saisir le présent et ce qu’il dessine.

Jordan Saïsset

 

Le festival RIAM : du 15 au 27/10 à Marseille.
Rens. www.riam.info