cinéma

Les Rencontres du Cinéma sud-américain

Publié le 10 mar 10 dans Cinéma

La terre de la folie

Pour la douzième édition des Rencontres du Cinéma Sud-Américain, l’ASPAS ouvre une fenêtre sur le dynamisme et la créativité d’une production mal exportée.

cine-El-secreto-de-sus-ojos.jpgA l’instar du cinéma africain, et malgré une grande richesse de production, le cinéma sud-américain peine à trouver des distributeurs dans nos contrées, et s’ouvrir ainsi un nouveau public finalement peu au fait de son actualité, malgré les quelques blockbusters du continent ayant réussi à traverser l’Atlantique. C’est alors le moment où les festivals et autres rencontres prennent le relais, telle l’équipe de l’Association Solidarité Provence Amérique du Sud (ASPAS), qui investit Marseille et sa région pour un voyage cinématographique allant de l’Argentine au Venezuela, du Chili au Mexique. Les membres organisateurs de ces rencontres s’enorgueillissent d’une programmation permettant la découverte de véritables pépites venues des principaux pays du continent, et insistent sur le caractère inédit des projections, de nombreuses œuvres étant présentées en avant-première, parfois mondiale. Plus d’une vingtaine de films, longs et courts confondus, constituent la trame de cette douzième édition, avec au menu la sempiternelle compétition, dont le jury, présidé par le cinéaste argentin Santiago Carlos Oves, récompensera longs et courts-métrages sélectionnés. L’intérêt d’un tel événement est évidemment ailleurs, en premier lieu dans la découverte d’œuvres prometteuses, à commencer par El secreto de sus ojos, de Juan José Campanella, précédé d’une critique dithyrambique et d’une poignée de prix, dont un Oscar du meilleur film étranger. Un opus qui, avec la dernière œuvre de Santiago Carlos Oves, Fantasmas de la noche, devrait confirmer la vitalité de cette nouvelle vague argentine qui déferle sur nos écrans depuis quelques années, à ressac régulier. Autre moment attendu, la présence, dans la sélection, d’œuvres vénézueliennes. La production cinématographique nationale a connu ces dernières années de grandes zones de turbulences, et il semble bien qu’un nouveau courant de cinéastes refasse surface, timidement d’abord, puisqu’il s’agit essentiellement de courts-métrages ; mais l’équipe des rencontres nous confirme bel et bien que de nombreux longs-métrages sont en cours de réalisation, et devraient faire partie des sélections futures. En attendant, trois courts et un long, Macuro d’Hernan Jabes, seront présentés au public lors de cette édition 2010. L’ASPAS met également le cinéma chilien à l’honneur, en invitant le réalisateur German Berger Hertz, dorénavant installé en Espagne, pour la présentation de son documentaire Ma vida con Carlos, film de quête sur la famille, l’histoire, le pays. Le FID, pour la carte blanche qui lui est proposée, présentera quant à lui le film du Chilien José Luis Torres Leiva, Obreras saliendo de la fabrica, œuvre radicale et référencée, forme d’hommage au cinéma des Lumière. Les productions colombienne, mexicaine, nicaraguayenne et uruguayenne seront également du voyage. Enfin, les rencontres ont cette année décidé d’ouvrir leur habituelle thématique au polar, sujet particulièrement décliné dans la production cinématographique sud-américaine, avec quatre films, dont deux opus de l’invité principal, Santiago Carlos Oves. Ces cinq jours en forme d’explosion cinématographique s’achèveront par une traditionnelle soirée de clôture, baignée de cultures cinématographique, musicale et culinaire latino-américaines.

EV

Rencontres du Cinéma sud-américain : du 15 au 20/03 au Variétés, au CRDP et à la Friche. Rens. 04 91 48 78 51 / www.aspas-marseille.org

Le cinéma L’Alhambra

Publié le 10 mar 10 dans Cinéma

Le bel âge

Bien qu’il soit difficile d’accès et peu mis en avant au sein de la cité phocéenne, l’Alhambra, « l’autre cinéma du côté de l’Estaque », s’est imposé dans les quartiers Nord grâce à l’éclectisme de sa programmation et un soutien important de la municipalité. Une salle devenue incontournable, en attendant de devenir « la Maison du cinéma » en 2013.

cine-alhambra.jpgDimanche, dix-neuf heures : le rideau de velours rouge caresse l’écran et le générique s’emballe. L’unique salle de l’Alhambra fait le plein. Niché au cœur de Saint-Henri, du côté de l’Estaque, ce cinéma réouvert par la municipalité il y a vingt ans est l’un des seuls lieux culturels du seizième arrondissement. Subventionné par la mairie, il propose des tarifs avantageux (4 € la place, 2,50 € pour les enfants). A l’image du quartier, le cinéma est populaire. Mais le plus de l’Alhambra, ce qui fait sa force et sa particularité, c’est qu’il ne s’agit pas « que » d’un cinéma. Des spectacles auxquels participent les habitants y sont organisés et avec les 330 000 euros octroyés par la mairie (50 % du budget du cinéma), l’action culturelle dans les grandes lignes prime. « On s’appuie sur le cinéma pour effectuer un travail de diffusion, explique William Benedetto, directeur-adjoint, mais ce qu’on met en avant, c’est la dimension spectacle du lieu. »
Avec trois films programmés chaque semaine, la salle fonctionne en continu pour les cinéphiles du quartier et d’ailleurs, mais aussi pour quelque « six mille minots ». « Statistiquement parlant, ce sont presque des cinéphiles, se félicite le directeur-adjoint. Aujourd’hui, qui a vu Les Contrebandiers de Moonfleet ? » Dans le cadre du projet « Ecole et cinéma », les élèves voient ainsi deux à trois films par an, accompagnés de leurs enseignants qui travaillent en amont avec eux sur le décryptage de la version originale ou du noir et blanc. La programmation fait ainsi preuve d’exigence, mais reste généraliste. Pour autant, il faut parfois être patient : Avatar est bien projeté à l’Alhambra mais en 2D et deux mois après sa sortie nationale.
La visibilité du cinéma reste un sujet sensible, comme son accessibilité. Quoiqu’il serait plus juste de parler de son inaccessibilité puisque le lieu est quasiment imprenable pour qui n’est pas motorisé. Deux bus par heure le week-end jusqu’à Bougainville ou la gare de l’Estaque pour les plus téméraires. William Benedetto tempête contre ces journalistes paresseux qui ne se déplacent pas et regrette « de ne pas faire de festival ou de ne pas créer le buzz » pour bénéficier d’une oreille attentive et de dessertes régulières. Mais à l’occasion des vingt ans du cinéma en juin, les choses pourraient se débloquer… C’est en tout cas ce que sous-entend, un brin mystérieuse, Eliane Zayan, conseillère municipale déléguée au cinéma et aux industries culturelles : « On est en train de mettre en place une communication spéciale pour mettre un coup de lumière sur ce lieu. » Quant à 2013, l’Alhambra y croit. Un rendez-vous crucial pour ce lieu qui voudrait devenir « la Maison du cinéma ». « Le 15e et le 16e, c’est quand même 100 000 habitants, plus qu’Avignon, rappelle William Benedetto. On a un gros taux de chômage, de la pauvreté, il faut faire un minimum d’efforts ! » Le New York Times, lui, ne s’y est pas trompé. Sensible à cette utopie populaire, il est venu à l’Alhambra fin 2008 pour lui tirer le portrait.

Elise Pinsson

L’Alhambra : 2 rue du Cinéma, 16e. Rens. 04 91 03 84 06 / www.alhambracine.com

Daybreakers - (Etats-Unis - 1h38) de Michael et Peter Spiering, avec Ethan Hawke, Sam Neill, Willem Dafoe…

Publié le 10 mar 10 dans Cinéma

Un peu de sang neuf Note : 3,5

cine-Daybreakers-1.jpgAprès le succès de la série pour minettes Twilight (et la vague récente de séries télévisées consacrées au sujet : Being Human, True Blood, The Vampire Diaries…), Daybreakers confirme que les vampires raffolent décidément de l’obscurité des salles de cinéma. Le personnage mythique du vampire, sur lequel ont mordu tous les arts, repose sur une triple origine : un folklore populaire, décrivant dès l’Antiquité des revenants attirés par le sang des hommes, la vie de Vlad III Basarab, seigneur roumain du 15e siècle dont la cruauté lui a valu le surnom d’« Empaleur », et le personnage littéraire de Dracula qui s’en inspire au 19e siècle. Au-delà des clichés repris sur ce thème, certaines œuvres cinématographiques se démarquent par leur humour (Le Bal des Vampires), en attribuant une origine mobilière au vampire (Cronos) ou en traitant du vampirisme pathologique (Martin). Après tant de films sur le sujet, nous pouvions craindre le pire de Daybreakers, deuxième réalisation des frères Spiering. Une bonne surprise attend pourtant le spectateur. Habile, le scénario permet d’abord de renouveler le mythe. Dans un monde futuriste, les humains ne sont qu’une minorité chassée et élevée comme du bétail par des vampires qui commencent à souffrir de faim… L’originalité du film et le réalisme de l’histoire viennent d’une adaptation sociétale complète à la vie nocturne des vampires, des horaires du métro à celles des écoles. Dès lors, les publicités peuvent vanter les qualités d’un produit pour l’émail des canines et une bouteille de sang 100 % humain peut remplacer un bon vin. Grâce à une photographie exceptionnelle, mettant en valeur des tons foncés oscillant entre noir, bleu et rouge, le spectateur est plongé dans un futur qui respecte les codes sombres du genre. Ajoutez à cela un rythme haletant et un message politique implicite — les plus pauvres sont toujours les plus touchés en temps de crise — et le tour est joué. En fin de compte, en dépit de passages gore parfois inutiles, tout comme l’inévitable final américain symphonique à souhait, Daybreakers est ainsi un divertissement fantastique honnête qui pourrait séduire de nombreux bons vivants.

Guillaume Arias

Harragas - (France/Algérie - 1h35) de Merzak Allouache avec Nabil Asli, Lamia Boussekine…

Publié le 10 mar 10 dans Cinéma

Matière inflammable

cine-Harragas.jpgQuel dommage ! Comment Merzak Allouache a-t-il pu passer à ce point à côté de son sujet ?
Il tenait là une matière de cinéma à la fois dense, esthétisante et d’une brûlante actualité. La traversée clandestine en bateau d’un groupe de jeunes Algériens vers l’Espagne se prêtait vraiment à un beau récit, à une épopée à la fois tragique et politique dont on pourra au final seulement louer les intentions. Peut-être aurait-il dû se passer de cette voix-off encombrante dès le début du récit dont on attend l’extinction pour entrer réellement dans le présent d’un cinéma que tout ici impose. On doit aussi souligner — et c’est bien triste — l’interprétation plus que moyenne et surtout l’incapacité du cinéaste algérien à mettre en scène d’une manière fluide et réaliste les moindres échanges entre les personnages. Pour un film ancré dans le réel, l’artificiel fait tache ! On pourrait continuer ainsi longtemps, en évoquant par exemple la bifurcation scénaristique que le réalisateur cherche à faire prendre à son film en son milieu, faisant apparaître à l’écran un nouveau personnage bien étrange comme un magicien un peu pataud ferait apparaître un lapin en peluche du fond de son chapeau. Sur un autre sujet que celui de ces « harragas » (les brûleurs en VF, à savoir ceux qui veulent quitter le bled sans laisser de traces), on aurait peut-être été moins sensibles à toutes ces approximations ; un film raté sur un sujet plus ou moins inintéressant ne laisse guère de regrets. Ici, on regrette vraiment que le film n’ait pas su allumer cette matière incandescente.

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