cinéma

Musique(s), on tourne ! à la Cité de la Musique

Publié le 07 fév 12 dans Cinéma

La Musique du hasard

Très présente depuis quelques années dans le paysage local de la diffusion cinématographique, la structure Peuple & Culture Marseille nous invite à la Cité de la Musique et au Polygone Etoilé pour deux soirées autour des rapports qu’entretiennent la musique et le cinéma.

cine%20Off%20The%20Road.jpgAu sortir de la seconde guerre mondiale, le réseau Peuple & Culture commence à essaimer en France, bâtissant une utopie libertaire (devenue depuis bien réelle) visant à apporter le savoir, la connaissance des arts, le plaisir et l’utilité de la culture (terme aujourd’hui galvaudé et vidé de son sens) à un public trop longtemps abandonné par les arcanes de l’éducation. La plupart des pratiques artistiques y sont représentées, dont évidemment le cinéma. D’autres structures d’éducation populaire assumeront leur filiation directe à Peuple & Culture, à l’instar des Groupes Medvedkine, via l’implication de cinéastes tels Chris Marker, Joris Ivens ou Jean-Luc Godard, au sein du CCPPO, dans le désir de (re)nouer le lien entre l’ouvrier et la culture. Près de soixante-dix ans plus tard, les modes d’échange ont bien sûr évolué, mais l’implication de Peuple & Culture ne se dément pas, comme le prouve la fourmillante activité du réseau Marseille, pourtant créé récemment, en 2003. Un rapide coup d’œil sur le site nous permet de mesurer la densité des propositions, dont celles qui retiennent notre attention pour cette quinzaine : deux soirées autour, entre autres, de la vidéaste Manon de Boer (déjà rencontrée au détour du FID), et plus généralement de la porosité entre formes cinématographiques et formes musicales. La première, à la Cité de la Musique, est exclusivement consacrée à cette artiste d’origine néerlandaise (mais née en Inde), qui développe les voies possibles de la représentation musicale à l’écran, usant pour ce faire de différents médiums : la vidéo, l’installation plastique ou le portrait filmé. Cette approche visuelle reste assez rare, ou trop souvent malhabile. Capter l’instant de grâce où un musicien, un lecteur ou un danseur s’abandonne pleinement à son art est une gageure que relève avec brio Manon de Boer, qui a l’intelligence de ne jamais tomber dans la simple captation. On se souvient déjà que Peter Greenaway avait réalisé cette prouesse dans sa superbe tétralogie Four American Composers, où se croisaient Philip Glass, John Cage, Meredith Monk et Robert Ashley. Comme le rappelle la vidéaste, il est « fascinant d’observer le visage de quelqu’un qui lit, qui joue de la musique ou qui pense, parce que ce sont des moments où les gens semblent oublier leur “visage social” étant si concentrés par leur activité intérieure ; des moments dans lesquels un espace mental se reflète sur le visage — la surface entre l’intérieur et l’extérieur. » Quatre films seront proposés, autour des compositeurs George Van Dam, Frederic Rzewski ou John Cage. Une dizaine de jours plus tard, Peuple & Culture s’invite au Polygone Etoilé afin d’approfondir cette proposition, via la projection du film de Laurence Petit-Jouvet, Off The Road, parcours empreint de liberté le long de toutes les routes américaines, en compagnie du grand Peter Kowald, contrebassiste free jazz de génie.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Off The Road

Musique(s), on tourne ! : le 9 à la Cité de la Musique (4 rue Bernard Duboic, 1er) et le 18 au Polygone Etoilé (1 rue Massabo, 2e).
Rens. 04 91 39 28 28 / www.peuple-culture-marseille.org

Polar en Lumières au Cinéma Les Lumières

Publié le 07 fév 12 dans Cinéma

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Polars X

Le cinéma Les Lumières, à Vitrolles, accueille pour la troisième année consécutive le bien nommé festival Polar en Lumières, exclusivement consacré à ce genre protéiforme, passionnant, qui a profondément marqué les arts du XXe siècle. Petit tour d’horizon.

On se souvient de l’engagement du cinéma vitrollais lors des sombres années frontistes. Aujourd’hui, ce petit mais non moins charmant cinéma municipal accueille pour la troisième année le festival Polar en Lumières, qui s’est donné pour but d’explorer le genre via la littérature, le théâtre, la musique et, bien évidemment, le cinéma. La manifestation s’est dotée d’un parrain permanent en la personne de Serge Scotto (accompagné du chien Saucisse), et d’un invité spécial, Patrick Raynal, écrivain et scénariste, personnage incontournable du polar « made in France ». Comme cela reste souvent le cas dans ce type d’événement régional, les organisateurs ont le souci de jongler entre exigence cinéphilique et manifestation familiale ouverte à tous publics. La programmation oscille ainsi entre vraies découvertes et propositions plus anecdotiques. Le genre a pourtant offert au cinéma ses plus belles pages (on pense à Kiss Me Deadly d’Aldrich ou au Grand Sommeil de Hawks). Parmi les projections plus secondaires de cette troisième édition de Polar en Lumières, citons Les Lyonnais ou Omar m’a tuer, pas franchement indispensables, mais arrêtons-nous sur les petites perles de l’événement, à commencer par une soirée spéciale cinéma grec, et la diffusion de trois films inédits contemporains, piochés dans une cinématographie qui a parfois du mal à franchir les frontières. Autre surprise : l’équipe invite Philippe Carrese, écrivain, cinéaste, musicien et dessinateur (ouf !), souvent cité dans ces colonnes, pour l’avant-première de son dernier opus, Cassos, polar tourné à Berre l’Etang. Parmi les invités de marque, citons également la présence du trop rare Rabah Ameur Zaïmèche, qui confirme, avec son sublime Les Chants de Mandrin, son statut de très grand cinéaste au sein d’une production hexagonale souvent trop convenue. Au menu des réjouissances cinématographiques, le spectateur curieux aura également l’occasion de (re)voir Le Poulpe, présenté par Patrick Raynal, le récent (et troublant) Beau rivage, en présence de son réalisateur Julien Donada, ou l’excellent Hitchcock The Lodger, proposé en ciné-concert.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Les Chants de Mandrin

Polar en Lumières : jusqu’au 12/02 au Cinéma Les Lumières (Arcades de Citeaux, Vitrolles). Rens. 04 42 77 90 77 / www.cinemaleslumieres.fr

Une bouteille à la mer (France – 1h39) de Thierry Binisti avec Agathe Bonitzer, Mahmud Shalaby, Hiam Abbass…

Publié le 07 fév 12 dans Cinéma

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Si loin, si proches

Tal Levine est une adolescente comme les autres qui vit à Jérusalem. Israélienne d’origine française, elle se pose des questions sur la guerre. Quand un kamikaze se fait exploser dans un café près de chez elle, Tal prend la plume pour s’adresser à un Palestinien imaginaire, racontant ses craintes et ses espoirs. Elle enferme sa lettre dans une bouteille qu’elle lance à la mer comme un S.O.S. Naim, jeune Palestinien du même âge, trouve la bouteille sur une plage de Gaza. Intrigué par la lettre, il décide d’envoyer un mail à la jeune fille. Commence alors une relation épistolaire entre les deux adolescents. Entre découverte, colère et sentiments, ils vont apprendre à se connaître et tisser des liens forts en dépit du mur qui les sépare. Sans jamais se rencontrer, Tal et Naim, alias « Gazaman », apprennent à grandir ensemble. Thierry Binisti, qui avait mis en scène Eric Cantona dans L’Outremangeur, s’attaque ici à un sujet particulièrement casse-gueule, le conflit israélo-palestinien. Avec cette adaptation du roman de Valérie Zenatti paru en 2005, Une bouteille dans la mer de Gaza, il évite intelligemment de traiter le sujet épineux de la guerre en se focalisant sur la relation des deux personnages. Bien que l’on sente le conflit qui imprègne les protagonistes en toile de fond, on se passionne volontiers pour cette histoire d’amour platonique et atypique. Grâce à la langue française (cocorico !) qu’il apprend pour séduire sa belle, Naim échappera à son destin, contrairement à Tal. La naïveté avec laquelle la guerre est traitée, jouant la carte des bons sentiments, fait de ce film un objet assez inoffensif. La magie réside dans la façon très fine de raconter la belle histoire qui lie les deux personnages en dépit du désaveu de leurs familles respectives. A défaut de déchaîner les passions, Une bouteille à la mer offre à voir une jolie rencontre et deux beaux comédiens… Et c’est déjà pas mal.

Daniel Ouannou

La Désintégration (France – 1h18) de Philippe Faucon avec Rashid Debbouze, Yassine Azzouz, Ymanol Perset…

Publié le 07 fév 12 dans Cinéma

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Réactions enchaînent

! Sortie le 15/02 !

Une cité dans la banlieue de Lille comme il en existe des dizaines en France. Ali, un étudiant sans histoire, Hamza, un « Gaulois » converti à l’islam, et Nasser, un jeune qui flirte avec la délinquance, vont faire la connaissance de Djamel, trentenaire charismatique et manipulateur. Utilisant la frustration provoquée par une exclusion sociale qui semble sans issue, Djamel va endoctriner les trois garçons dans une radicalisation religieuse et politique, les poussant à s’engager dans le djihâd…
Présenté à la Mostra de Venise l’an dernier, le treizième long-métrage de Philippe Faucon aborde un sujet particulièrement sensible. On pense à We Are Four Lions de l’Anglais Chris Morris. Mais la comparaison s’arrête là, car ici, point de comédie. Dans une mise en scène épurée, dénuée de musique et filmée au plus près des acteurs, il installe une tension omniprésente dans un milieu ghettoïsé où la société extérieure semble lointaine et déconnectée. A la manière d’un gourou, Djamel manipule ses proies avec un discours bien rodé, les éloignant progressivement de leurs espoirs, de leur famille et même de leur mosquée. Epaulé au scénario par le journaliste controversé Mohamed Sifaoui, auteur du documentaire J’ai infiltré une cellule islamiste, Philippe Faucon a pris le parti de faire un film assez court afin de resserrer et densifier son histoire. Mais ce qu’il gagne en rythme, il le perd peut-être à cause de certaines ellipses qui rendent quelque peu caricaturale la métamorphose des personnages. Le film s’avère par ailleurs très bien servi par ses acteurs. Professionnels (dont Rashid Debbouze, frère de…) ou amateurs, ils donnent une réelle épaisseur et une rare profondeur aux personnages via des dialogues percutants tombant souvent justes.
Ce film-choc aux accents de polar porte un regard cru sur l’exclusion sociale, le désespoir et l’exploitation qui peut en être faite.

Daniel Ouannou

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