Ventilo n°293
du 8 au 21 février
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Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Galettes
Si le rock n’avance plus depuis une bonne décennie (plus de mélanges, plus de message, plus de couilles), la pop, elle, n’en finit plus de se réinventer. Django Django est la première sensation de l’année, déjà récupérée par le label parisien Because, qui ne signe en général pas que du vent lorsque ça buzze outre-Manche (Metronomy, Klaxons, Connan Mockasin). Dans la droite lignée de groupes anglais comme Simian ou The Beta Band, ce quatuor explore des territoires psyché-pop en y incluant la technologie. C’est frais, gentiment barré, et cent fois plus stimulant que le dernier Black Keys.
PLX
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Galettes
Au rayon « nouveau disco » dans lequel il excelle, Lindstrøm préfère la tangente. Non seulement désireux d’en finir avec les terminologies, le Norvégien rompt également avec l’aspect dépouillé parfois associé aux musiques séquencées. Point de minimalisme donc. Souvent même au bord de la surcharge, ses aspirations jazz-rock nourrissent et empilent constamment des trucs improbables et jouissifs. Comme s’il avait voulu retranscrire pêle-mêle les coulisses d’un cerveau bouillonnant, pilonné d’obsessions et de moments de grâce, doté d’une capacité de régénération hors norme : intelligent.
JSa
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Galettes
Après la parution du LP de Maison Neuve, Talitres Records donne sa chance à un nouveau groupe pétri de talent, en l’occurrence les Estoniens d’Ewert and The Two Dragons. Beaucoup de formations se sont lancées dans une pop mâtinée de folk ces dernières années : de I Am Kloot aux Fleet Foxes, en passant par Midlake, on pensait avoir fait le tour de la question. Mais voilà que les quatre Tallinnois proposent dix chansons simplement orchestrées mais savamment écrites, et diablement interprétées. Porté par un titre éponyme d’une efficacité redoutable, cet album se révèle parfait en cette saison.
SV
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Galettes
Interviewé par nos soins il y a peu (voir Ventilo #287), l’Allemand Irmin Schmidt confirmait la réédition de Tago Mago, le grand œuvre du groupe majeur qu’il fonda à la fin des années 60 : Can. Parue juste avant les fêtes, cette nouvelle version annonce l’imminent pressage de l’intégralité du catalogue en vinyle, mais arrive surtout isolément. Comme s’il fallait absolument que les nouvelles générations découvrent ce double album aussi expérimental que psychédélique, toujours aussi mystérieux quarante ans après. Un live enregistré en 1972 agrémente cet objet très soigné. Indispensable.
PLX
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Galettes
On entre dans cet univers fantasmagorique en anthropologue-navigateur perdu au milieu d’un songe, découvrant une nouvelle terre. Tout semble familier, pourtant, au premier contact, on se retrouve désarmé face à ce langage guttural mais subtil dont on décèle quelques mots et souhaiterait comprendre les autres. Des sons impalpables, des trompettes et des accordéons moqueurs dérivent, une guitare lynchéenne pour seul repère. Musique improvisée ? Expérimentale ? Jazz ? Vous n’y êtes pas. Juste le bonheur d’être perdu en pleine zone inconnue.
ND
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Galettes
De par son côté hybride, Ultra Panda repousse les frontières du rock pour s’aventurer sur les dancefloors. Pas de machines, juste un trio de vétérans de la scène rock française (Bananas At The Audience, Free For All, Weeping Minds Of Silence…) terriblement efficace. Un chant, une batterie et surtout une basse synthétique, qui ose la saturation jusqu’au mimétisme d’une guitare. Le tout donne un noise-rock épileptique, catchy, rythmé et donc terriblement dansant… Ce qui n’est pas le propre du genre, vous en conviendrez. A ce jeu, seul Death From Above 1979 avait déjà réussi l’exploit.
dB
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Galettes
Scandaleusement mésestimé au regard de sa contribution à la scène pop française, Holden est ce duo que l’on s’est plu à chérir, notamment pour ses trois derniers albums produits par le Chilien Uwe Schmidt (Pedrolira, Chevrotine et Fantomatisme). Le timbre doux de sa chanteuse, Armelle Pioline, y était bien sûr pour beaucoup. La voici qui se lance avec un projet plus personnel et minimaliste, sur le label Les Disques Bien (trait d’union bienvenu entre Paris et Marseille). C’est encore une fois charmant et intimiste, mais désormais chanté en anglais. En attendant le prochain Holden ?
PLX
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Galettes
Les divas du siècle passé, auxquelles on promettait monts et merveilles, se sont perdues en chemin ou n’ont pas confirmé leurs promesses d’alors (Kelis, Ms. Dynamite…), quand Miss Platnum est trop blanche pour être honnête. Fort heureusement, Caitlin Simpson est arrivée, et elle devrait sauver nos âmes ! Dotée d’un organe surnaturel (comme dirait DSK), elle navigue entre soul, jazz ou r’n’b avec aisance, et pourrait remplir à elle seule la programmation musicale de Radio Grenouille ou Nova. On lui pardonnera son crime de lèse-majesté (une reprise de The Cure), eu égard à sa brillance évidente.
SV
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Millefeuilles
Signe social, religieux ou encore politique, le poil dévide sa pelote depuis la Mésopotamie jusqu’à l’actuelle Turquie. Si les contributions sont parfois trop universitaires, l’ouvrage s’avère intéressant et souvent amusant. On découvre, entre autres, que Gérard de Nerval nourrit une grande passion pour une « femme-mouton » ou encore qu’un évêque rédigea un très moral Éloge de la calvitie. Et, tandis que notre gouvernement augmente la TVA, Histoire du poil nous révèle des initiatives qui laissent songeur : celles de Pierre le Grand taxant la barbe de ses sujets et de ce Marseillais de l’Ancien Régime prônant une taxe sur les perruques ! Quant à la frilosité de vos banquiers, sachez, Messieurs, qu’il fut un temps où vous pouviez hypothéquer votre barbe…
CV
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Millefeuilles
Né à Digne et ancien du Lycée d’Aix, Gilles Lapouge approche les 90 ans. On le connaît surtout pour son ouvrage Les Pirates et sa participation régulière au festival Etonnants Voyageurs. Aventurier d’un autre siècle, il nous emmène chez un magnat du soja au Brésil ou nous entraîne en Afrique pour une enquête sur le café. Sous la forme d’un abécédaire autobiographique, l’auteur nous raconte ses années de journalisme. Il révèle à l’occasion le goût de Nabokov pour la chasse aux papillons ou confesse encore son espionnage douteux des envoyés spéciaux du Figaro. Le Flâneur de l’autre rive est ce vieil homme espiègle qui, le temps d’une complicité, nous promène dans sa mémoire comme dans un « cabinet de curiosités ».
CV
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Millefeuilles
Vertige, une actrice célèbre, a snifé un peu trop de cocaïne sur le plongeoir de sa piscine, dans laquelle elle est tombée. Repêchée par son agent, va-t-elle en réchapper ? Quant à la belle Adélia, trapéziste de son état, elle exerce son art sans filet au-dessus de fauves avant de quitter brusquement la piste et de s’enfuir du cirque… Vertige est l’une des belles surprises de ce début d’année. Luxuriante et haute en couleur, la ligne claire d’Hélène Georges accentue la dimension onirique du très beau scénario de Lisa Mandel. Extrêmement bien construit, tout en finesse, ce conte cruel et assez amer promène le lecteur par le bout du nez et réserve bien des surprises. Sans lourdeur, mais efficacement, les auteures montrent qu’une forme d’esclavage, en apparence plus raffinée et moins indolore, peut se substituer à une autre.
BH
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Millefeuilles
Si Dargaud est leader sur le marché de la BD, ce n’est pas un hasard. Jamais pionnier, toujours en retard même… Et pourtant toujours en tête. Le Bel âge témoigne une fois encore de cette capacité de l’éditeur à ingérer et recracher tout ce qui se fait ailleurs mais « en mieux ». Ici, par exemple, on mêle l’équivalent du dessin de Bastien Vives à une histoire façon Les Autres gens mâtiné de Péril jeune. Mais en outre, on soigne la com’, la couverture, les couleurs, le découpage, pour donner envie aux éventuels acheteurs non seulement de le lire mais surtout d’en connaître la suite. En effet, Le Bel âge attire l’œil, se lit d’un trait et nous frustre quelque peu de s’arrêter si tôt dans l’histoire. Les trois personnages principaux, la vingtaine, étudiants, vivent des amours tumultueuses, des plans cul, des galères, des délires… Rien que du banal en somme. Mais du banal façon Dargaud…
LV
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Retour au menu
Lors d’une précédente édition du Festival International de Documentaire (FID), le public phocéen a pu découvrir ce film incroyable de trois heures nous plongeant dans le quotidien du dictateur roumain. Andreï Ujica est déjà connu pour avoir consacré, entre autres, un film troublant mais fascinant, à la frontière du documentaire et du cinéma expérimental, sur la station MIR : Out of the Present. Ici, le cinéaste russe a exhumé les dizaines de milliers d’heures de films d’archives concernant le quotidien de Nicolae Ceausescu, qui exigeait qu’on le filme au moins une heure par jour. Une pratique schizophrène mais qui en dit long sur le rapport image/pouvoir, poussé ici jusqu’à l’extrême, et monté de manière troublante par le cinéaste russe.
EV
Publié le 25 jan 12 dans Chroniques, Retour au menu
Tout ce que touche Alan Ball ne se transforme pas en or mais presque. Le créateur de la série Six Feet Under — et scénariste de American Beauty — détient en lui quelque chose que notre époque consensuelle nomme maladroitement « subversion ». En réalité, point de subversion chez cet homme plutôt brillant et lucide. Juste la capacité à ne pas tomber en permanence dans le panneau de l’illusion et à regarder comment tourne notre monde. Tabou(s) (Towelhead en V.O., ce qui signifie plus ou moins « bougnoule ») illustre à nouveau ce credo. En s’attaquant subtilement au racisme, aux préjugés, à la sexualité adolescente ou encore à la pédophilie, Alan Ball propose une réflexion sur les rapports humains, pas un jugement. Il pose à plat nos contradictions, les étudie, les dissèque. Pas sorti en salles, Tabou(s) mérite donc une seconde chance.
LV