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Musique

[08 fév 2012] Retour Nashville Pussy + Headcharger au Poste à Galène

Les Chattes sur une scène brûlante

Au cœur d’une tournée européenne chargée, les Américains du quatuor Nashville Pussy en ont profité pour faire hurler leurs guitares dans le Poste. Fondé dans les années 90 en Géorgie autour du couple Blaine Cartwright (guitare/chant) et Ruyter Suys (guitare), le groupe propose un alliage délicieux entre cavalcades électriques à la Motörhead, solos à la ACDC et sons sudistes teintés de blues à la Lynyrd Skynyrd… Autant dire un rock’n'roll pur sucre, efficace et survolté, sans fioritures ni expérimentations. Sex, fun & rock’n'roll, telle est leur devise.

Un lundi soir de février en pleine Sibérie marseillaise… Les amateurs se sont déplacés en masse pour venir secouer la tête dans l’ambiance chaleureuse du Poste. Un public hétéroclite, aussi bien composé de punks, de skinheads, de psychobillys que de metalleux s’entasse petit à petit au cœur de la fosse. En effet, depuis leur passage en 1998 dans feu Nulle Part Ailleurs sur Canal+, les Chattes de Nashville jouissent d’une certaine notoriété auprès du public français.
Après une première partie un peu fade, assurée par le groupe normand Headcharger, sur lequel il n’est pas la peine de s’étaler, c’est enfin l’heure ! Casquette à grillage, moustache de biker et tee-shirt Judas Priest, Blaine Cartwright fait son apparition avec un look redneck de circonstance, tandis que l’icône sexy Ruyter Suys se lance dans des solos de guitare frénétiques devant un public déjà déchaîné. Comme possédée, elle secoue sa tignasse et son décolleté plongeant en déchirant l’atmosphère de ses riffs sauvages. Le groupe maltraite ses instruments, tandis que Blaine éructe de sa voix éraillée sur des titres tels que Go To Hell, Why Why Why, I’m So High, Keep on fuckin’ ou Go Motherfucker Go. Aucune pause entre les chansons, sauf pour s’ouvrir une petite bière… Au final : un set d’une heure et demie de pure jouissance rock’n'roll face à une salle surexcitée. On sent tout de même poindre une baisse de régime par rapport à leur dernier passage au Cabaret Aléatoire, en 2006. C’est triste mais même les rockeurs vieillissent… Ne désespérez pas, loin de se laisser abattre, les quatre Sudistes offrent encore des shows de première classe. En fait, Nashville Pussy est une sorte de drogue dure. On est déjà en manque.

Daniel Ouannou

_Les Nashville Pussy étaient en concert avec Headcharger le 6 février au Poste à Galène (10 rue Ferrari, 5e).
Rens. 04 91 47 57 99 / www.leposteagalene.com

[07 fév 2012] L’interview : Moondawn

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Pedro, alias Moondawn, a une actualité assez dense ces temps-ci. Après un concert au GRIM en décembre, un autre avec Eastern Committee au Point de Bascule fin janvier, il s’apprête à jouer à jouer à l’Enthröpy et à la Tapis Vert Gallery avant d’entamer une tournée française pour défendre son dernier maxi, Neoliberalisme Destroyed My Life. En y développant une folk classieuse, dans une démarche éloignée de son groupe de rock argentin Los Alamos, il rassemble ses références musicales en une identité bien perceptible. Aussi à l’aise à la guitare qu’en interview, c’est dans le brouhaha du Longchamp Palace qu’il a accepté de nous répondre.

Le pseudo de Moondawn fait-il référence à Moondog ou à l’album de Klaus Schulze, sorti en 76 ?
J’ai un peu écouté Tangerine Dream, mais Klaus Schulze en solo ne compte pas vraiment parmi mes influences, c’est trop progressif pour moi. Quand je cherchais un pseudo pour mon projet, j’ai vu ce disque, Moondawn, chez les bouquinistes, et la photo du dos de la pochette m’a marqué, avec Schulze et ses énormes synthés. Mais j’adore Moondog, c’est un peu un clin d’œil, d’autant que le mot lui-même me plaisait, facile à prononcer pour tout le monde.

Le titre de ton dernier maxi verse aussi dans la référence : la bio du guitariste John Fahey s’appelle How Bluegrass Destroyed My Life…
Je lisais le bouquin pendant l’enregistrement et j’ai voulu rendre hommage à Fahey, que j’adore. Et surtout, sans que cela tourne au pamphlet, je voulais parler de la situation en Argentine en 2001, qui connaissait une grosse crise économique. A cette époque, j’économisais pour préparer une tournée en Europe et à cause de la crise, mes économies ne valaient plus rien. Je voulais en parler, mais sans que cela monopolise les paroles.

Est-ce donc à cette époque que tu as commencé à composer ces morceaux ?
Non, c’était juste le moment où j’ai commencé à envisager de faire de la musique en solo. Les morceaux de cet album ont été composés à Marseille, où j’habite depuis trois ans.

Comment se fait-il que tu aies atterri à Marseille ?
Un peu par accident en fait, je voulais quitter l’Argentine et découvrir une autre culture. Il semblait nécessaire de renouveler l’énergie. Ma femme étant française, nous avons vécu ensemble quatre ans en Argentine et sommes venus nous installer ici.

Ta femme fait d’ailleurs partie de Eastern Committee. Avez-vous monté ce projet en Argentine ?
Au début, elle jouait de la flute et du clavier dans un autre groupe plus orienté post-rock, et moi dans Los Alamos. Petit à petit, on a commencé à faire de la musique ensemble à la maison. Mais c’est en France qu’on a vraiment travaillé pour que cela devienne un vrai groupe et faire des concerts.

Los Alamos, ça avait l’air de bien marcher en Argentine. Des vidéos sur le Net vous montrent dans de grandes salles quasi combles…
Oui, on était l’un des groupes indépendants les plus importants du pays. On sortait des albums autoproduits et ça marchait pas mal. On jouait souvent devant mille personnes, et pour les « mauvais » concerts, dans les 300… Ici c’est différent, 250 personnes pour un groupe indépendant, c’est énorme !

Los Alamos et Moondawn sont assez différents au niveau musical, mais aussi dans le message. Los Alamos paraît plus engagé politiquement, non ?
Il y a un côté plus rock dans Los Alamos, voire « festif », mais les textes peuvent parler de situations politiques complexes. Moondawn est plus intimiste, mais il y a ce facteur commun : le côté sombre de la société que j’observe.

N’es-tu pas aussi un acteur de cette société ?
Oui, j’essaye de m’y insérer pour pouvoir la comprendre. J’ai toujours détesté les paroles des groupes qui parlent d’heroic fantasy, les mecs qui veulent chasser les dragons ou aller dans l’espace. C’est cool de vouloir aller dans l’espace, mais il faut avoir fait des études (rires). J’essaie d’écrire quelque chose de crédible et réaliste.

Tu sembles avoir une culture musicale pointue et très éclectique. Comment gères-tu tes références en tant que musicien ?
Je ne pense pas choisir mes références, ce sont elles qui me choisissent. A partir du moment où je commence à composer, ça vient tout seul, et parfois, je me dis « Tiens, ça me fait penser à telle chanson »… Je citerais John Coltrane et son disque Ascension comme influence importante. Mais il y a des choses que j’évite, comme intégrer de la cumbia des années 60 ou du krautrock dans ma musique. Bien que j’adore les deux.

On a souvent classé Moondown dans le « folk drone ». Ces deux styles sont pourtant très différents…
Le drone, on le trouve de partout. De toute façon, je l’envisage comme un genre à part entière. Par exemple, écoute (bruit de ventilateur dans le bar), ça, c’est du drone. Comme les travaux, les voitures, le train qui passe… J’aime bien mélanger cette conception des sons ambiants avec de la folk. J’ai aussi écouté pas mal de trucs assimilés au drone quand j’étais ado : Melvins, Black Sabbath… Spacemen 3, qui a fait quelques albums dans ce genre-là, est l’un de mes groupes préférés. Le live Dreamweapon, c’est quand même bien étrange. On dirait La Monte Young avec un groupe de rock.

Comme le Metal Machine Music de Lou Reed.
Exact. Cette pochette, où l’on voit Lou Reed avec ses lunettes noires et sa veste en cuir, me fait rire. On dirait un disque de variété. J’adore l’histoire de cet album. Il paraît qu’à sa sortie, il était orné d’un sticker portant l’inscription « Number of hits : none ».

Tu fais aussi partie du collectif marseillais Microphone Recordings. Comment s’est passée votre rencontre ?
Quand je me suis installé en France, je continuais de m’occuper de la partie musique d’un site argentin et je cherchais à connaître la scène locale pour pouvoir en parler et organiser des concerts. La première personne que j’ai rencontrée, c’était Philippe Petit, bien connu avec ses labels Pandemonium et Bip-hop. Il m’a conseillé d’aller au GRIM écouter Lightning Bolt qui y jouait la semaine suivante, mais également d’aller à l’Embobineuse voir Oh! Tiger Mountain… Je suis donc allé voir tous ces gens, on a organisé des concerts avec ma femme (les soirées Sonic Boom à l’Enthröpy), notamment avec O!TM, qui a attiré un monde incroyable. Ensuite, j’ai rencontré Johnny Hawaii… Maintenant, mon disque fait partie de leur catalogue. Quand on parle de Microphone Recordings, les gens savent de quels artistes il s’agit, donc c’est plutôt cool.

Où en es-tu avec tes projets ?
En ce moment, je suis en train de copier des cassettes à la maison, j’en ai trouvé trente ! Je prépare une nouvelle sortie, Dead to Bono, Back To Mono, répertoriant dix ans d’enregistrements. Une face correspondant à 2001, l’autre à 2011.

Bono est au courant ? Tu n’as pas peur d’un procès ?
Non. Au contraire, c’est lui qui m’a conseillé ce titre (rires) ! En fait, il a dit une grosse connerie la semaine dernière et ça m’a énervé. Il disait défendre la loi SOPA, qui est en train de passer aux Etats-Unis… Déjà que je trouvais le mec dégueulasse à la base… Il est multimilliardaire, il ne sait pas de quoi il parle.

Justement, les albums de Los Alamos, Moondawn et Eastern Committee sont distribués gratuitement sur Bandcamp…
Effectivement, j’avais même mis mes albums en téléchargement sur Megaupload, mais maintenant, c’est foutu. Merci Bono !!! Ça me rappelle 2001, lorsque Metallica a intenté un procès contre Napster. Ça m’a rendu furieux. J’en ai jeté leurs albums à la poubelle ! Le téléchargement gratuit a permis aux petits artistes de se faire connaître de manière indépendante, et de démocratiser le rock.

Revenons-en à tes sorties futures…
J’aimerais trouver un distributeur pour mes albums, pour qu’ils sortent en vinyle. J’ai envoyé des disques un peu partout, même au Japon ! D’ici le mois d’avril, j’ai dix dates prévues entre Paris, Lyon, Toulon… et après, je pars en Argentine avec Los Alamos. J’en profiterai aussi pour faire quelques dates en solo dans la périphérie de Buenos Aires. J’ai aussi un autre disque qui devrait sortir après la tournée si quelqu’un est intéressé. Ce sont six morceaux enregistrés pour Neoliberalisme lors des mêmes sessions au GRIM, et celui-là sera titré en espagnol, de façon critique envers l’église catholique : Visiones de Una Iglesia en Llamas. Mon pote Samy, qui a fait le mixage, trouve que ça ferait un super titre de black metal (rires) : Visions of a Church in Flames !

Ça va faire de toi le Burzum argentin1
(rires) En Argentine, il y a ce plasticien, León Ferrari, qui fait de la sculpture et des installations sonores. Son fils s’est fait tuer dans les années 70 par les militaires. Chose courante. L’année dernière, il a fait une expo à Buenos Aires avec des images de Jésus et de la Vierge. Une expo qui a beaucoup choqué, un peu comme le Piss-Christ de Serrano à Avignon. Et le maire a interdit l’exposition. Il faut savoir que le maire de Buenos Aires a un pouvoir très important, lié avec les extrémistes religieux. Même si l’Argentine est devenue une démocratie, il y a toujours des groupes de pression extrémistes. Ce sont des choses que l’on retrouve aussi dans d’autres démocraties…

Pour finir, quels concerts t’ont marqué ces derniers temps ?
L’année dernière, j’avais vu Godspeed you! Black Emperor et ça a été une grosse claque. Plus récemment, j’ai adoré le concert d’High Wolf à l’Embobineuse pour le festival Nuit d’Hiver du GRIM, mais aussi William Tyler à l’Enthröpy, un concert avec plus de chiens que de personnes dans la salle ! (rires)

Propos recueillis par Nicolas Debade
Photo : Julia Lopez

Rens. www.myspace.com/moodawnmusic

En concert avec Yann Sonic, Sunday Sunday !! et Cavale le 8 à l’Enthröpy (1 rue Consolat, 1er).
Rens. www.enthropy.fr
En concert avec Le Groupe de Bamako, le 11 à la Tapis Vert Gallery (41 rue du Tapis Vert, 1er).
Rens. 06 77 61 09 97

  1. Projet solo de black metal du Norvégien Varg Vikernes, condamné en 1994 pour incendie volontaire de quatre églises []

[07 fév 2012] Confipop, premier chipmusicien marseillais

Confipop

Le grand détournement

Il ne s’agit pas ici de s’extasier sur le fait de pouvoir sortir des albums et d’assurer des concerts rien qu’avec une Gameboy, bien que cela soit passionnant. Non, ce qui nous intéresse, c’est Confipop, premier chipmusicien marseillais. Pas si pop que ça.

Aujourd’hui, trop de gens font de la micromusic. Internet a fait exploser les chiffres. Parcourez les grands sites du genre comme 8bc.org (8bitcollective) et constatez comme il est facile de s’y perdre. Du moins, composer sur Gameboy est à la portée de toutes les bourses. On s’en tire pour moins de cent euros. La persévérance, le travail et la volonté, c’est une autre affaire. Car s’il est facile de trouver un pseudo et de balancer trois morceaux composés à la va-vite sur le Net, il est plus délicat de lancer et de promouvoir un contre-courant musical à l’échelle locale. En ce domaine, Confipop en connaît un rayon : « On n’a pas trop à se plaindre de l’accueil marseillais lorsque l’on souhaite organiser des soirées micromusic, on aimerait bien avoir accès à de plus grandes salles, mais c’est à nous de se bouger pour ça », précise-t-il. Avec son association, le Micromusic Marseille Head Quarter, qu’il a lui-même fondé il y a six ans avec des amis comme Dubmood, il porte haut les couleurs de la culture 8bit régionale à coups de concerts (du Lounge à l’Espace Julien) et d’ateliers (notamment pour Aires Libres). « Je ne suis pas un gamer à la base, je viens de la techno. La micromusic m’a attiré pour son esthétique très particulière. J’ai eu envie de travailler ces sonorités qui n’étaient pas trop exploitées à l’époque. Et puis beaucoup de musiciens techno font de la musique en se croyant libres alors qu’ils sont tributaires de machines trop adaptées, et que tout le monde possède. » Ce qui n’est pas le cas lorsque l’on compose sur des logiciels pirates considérablement limités dans leurs fonctions, comme le séquenceur LSDJ, conçu pour fonctionner sur Gameboy sans les licences Nintendo, évidemment. « Il y a tellement peu de fonctions sur Gameboy que c’est à toi d’en faire quelque chose de bien, et non l’inverse. » Mais tenons-nous en à Confipop, l’homme derrière la machine, autant influencé par les Spiral Tribe et Goto 80 que par les musiques pour « enfants-adultes » de Gangpol & Mit et Jean-Jacques Perrey. On entrevoit d’ailleurs toutes ces influences dans ses morceaux, véritablement uniques, de joyeux OVNI même au sein du mouvement dont il fait partie, parfois malgré lui : « Je ne m’inclus pas vraiment dans un certain penchant du mouvement micromusic. Un penchant très pop, grandiloquent, souvent composé de gamers et d’autres nostalgiques des années 80. Après, chacun fait ce qu’il veut. Il en faut pour tous les goûts… Le seul danger, c’est que la hype pille des artistes moins connus du grand public et font de la tune en les samplant, comme Cristal Castles l’a fait avec le micromusicien Covox. » Par chance, ce n’est pas encore arrivé à notre ami marseillais. Et puis qu’ils aillent se faire voir, les voleurs à la mode : entre structures techno modernes et sonorités datant des débuts de l’ère digitale, la musique de Confipop lui permet surtout de faire la fête. « Il y a du punk dans le fait de mettre une Gameboy dans sa poche et de partir jouer avec en concert. » Du punk, et du fond : en se questionnant constamment sur les rapports entre art et technologie, il a développé toute une réflexion philosophique sur la décroissance, synthétisée dans ses consoles de jeux vidéo obsolètes (cinq euros aux Puces) et ses jouets modifiés à son image (circuit bending). « Je ne tente pas d’enjoliver un son qui gratte. Bien au contraire, je veux gratter dans le numérique, dans la machine, pour l’exploiter à fond. » Ses pratiques font de lui l’Antéchrist parfait de l’uniformisation technologique imaginée par Apple. Il tient d’ailleurs à nous montrer sur son ordinateur ce sur quoi il s’amuse depuis peu. Pas un jeu à proprement parler mais Extratone, un genre musical consistant, entre autres, à tailler dans le code des clips de Madonna, Britney Spears et autres popstars outrancières pour les démolir de façon jouissive, et en extirper les vérités qu’ils s’évertuent à conchier. Mais revenons-en à la micromusic, pour conclure : « Ce qui me plaît tout particulièrement, c’est le fait que partout dans le monde, il y ait des passionnés qui, comme nous à Marseille, organisent des Microparties avec 100/150 personnes et font vivre une vraie sous-culture, intéressante, intelligente, moderne, qui réunit plein de choses, qui sait d’où elle vient et qui fait ça pour pas un rond. »

Texte et photo : Jordan Saïsset

Rens. www.confipop.com

En concert avec Debmaster et MFPinpinCoco le 16 à l’Embobineuse (11 boulevard Bouès, 3e).
Rens. www.lembobineuse.biz

Confipop

[07 fév 2012] Short Cuts 293

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Yann Sonic + Sunday Sunday!! + Moondawn + Cavale > le 8 à l’Enthröpy
Ok, c’est le jour de la sortie de Ventilo, mais comme aujourd’hui vous n’avez rien de prévu, il ne vous reste qu’à réserver votre soirée à l’Enthröpy. Au programme : deux extrapolations folk. Moondawn (cf. p. 6 pour l’interview) et Cavale (projet solo du chanteur de N-Twin), l’indie-rock à tendance lo-fi de Sunday Sunday!! (à ne pas confondre avec Conger!Conger!) ou la noise expérimentale de Yann Sonic. Il y en aura pour tous les goûts dans cette soirée offrant à voir ce que le scène rock DIY locale fait de mieux.
www.enthropy.fr
ND

François & the Atlas Mountains (Incisifs #2) > le 9 au Théâtre des Salins (Martigues)
Révélation française de la rentrée au rayon « indie », François Marry et ses trois compagnons de jeux viennent de franchir un certain palier : donner une progéniture à Dominique A, en le faisant copuler avec la crème de la scène pop moderne. Forcément métis, l’enfant se love dans un duvet de guitares ligne claire, de percussions exotiques et de groove alangui. Pour peu qu’il ne braille pas une fois arrivé sur scène, n’hésitez pas à lui donner beaucoup d’écoute.
E Volo Love (Domino)
PLX

Egrégore + eRikm + Etienne Jaumet (Reevox) > le 10 au Cabaret Aléatoire
Le festival Reevox, imaginé par le GMEM et le Cabaret, est à l’image de cette soirée à deux visages. Expérimental, avec le Marseillais eRikm, qu’il n’est plus utile de présenter derrière ses platines compulsives, et Egrégore, appétissant projet en forme de « symbiose entre le son et l’image ». Dancefloor, avec la moitié de Zombie Zombie, accro à la Kosmische Musik, à la techno et aux vieux synthés. In fine, ce n’est plus un parcours, mais bien la course aux étoiles.
www.gmem.org
JSa

Caravaggio + Acid Washed + Bruit Fantôme (Reevox) > le 11 au Cabaret Aléatoire
Soirée de Clôture du festival Reevox où cohabitent différentes façons d’appréhender l’électronique. On commence avec Caravaggio, groupe qu’on ne peut cantonner à un style, voguant entre free-jazz, metal progressif et électroacoustique… La soirée évolue avec Acid Washed et son électro mélangeant vieux synthés analogiques et nouvelles techniques de traitements sonores, un peu dans la même veine qu’Arnaud Rebotini. Cristallisée par un set de Bruit Fantôme, la soirée s’achèvera ensuite en une grande faille spatiotemporelle.
www.gmem.org
ND

AVANT_RIAM > le 11 à l’Espace Julien
Ayant décalé ses RIAM en octobre et ne voulant pas nous laisser que les yeux pour pleurer, l’association Technè propose les Avant_RIAM. En attendant impatiemment Murcof & Philippe Petit (le 6 mars), elle joue la carte de l’électro colorée, entre le beatmaker hip-hop/electronica 9th Cloud, Débruit et son hip-hop électro-ethnique, ainsi que les nouveaux venus Idéal Corpus, plus grime fluo que baile funk. Mais également celle de l’expérimentation, avec Plapla Pinky, ou lorsque « Timbaland rencontre Stockhausen » !
www.riam.info
JSa

Vision - Electronic Music Event > le 11 au Dock des Suds
Le Dock des Suds est un habitué des gros rendez-vous qui réunissent techno, house, dubstep et electronica en une même mêlée. Entre la Nuit Rouge, la Distropunx Party, We Are Together ! et cette nouvelle soirée, signée Vision Music, les insomniaques amateurs de bains de foule sont plutôt bien servis. Inutile de dérouler le line-up de l’évènement : trop long. Contentons-nous de préciser l’investissement de trois scènes et de plusieurs after… De quoi danser sans problème jusqu’à dix heures du mat’.
JSa

Ijahman Levi + I Wayne + Fantan Mojah > le 14 à l’Espace Julien
Pour une fois que l’on peut éviter le sempiternel resto/chandelles de la Saint Valentin… L’Espace Julien propose un joli plateau reggae avec notamment Ijahman Levi qui, du haut de ses trente-six albums et en continuant de bâtir sa légende débutée il y a bientôt quarante ans, demeure le pape du reggae roots. Accompagné de I Wayne, figure du new roots, et Fantan Mojah, rejeton de la David House de Capleton, ils viendront nous rappeler à quel point il est difficile de ne plus fumer dans l’Espace Julien.
www.espace-julien.com
DO

Frédéric Nevchehirlian & Infinite Livez > le 14 à Seconde Nature
En fin d’année dernière, nous avions dit tout le bien que nous pensons du dernier projet en date de Frédéric Nevchehirlian. La sortie de son album, une mise en musique de textes de Prévert, nous avait même permis de le rencontrer et de nous livrer à une interview que vous pouvez retrouver sur notre site Internet… Ce soir, il partagera une affiche détonante avec le Britannique Infinite Livez, prodige électro signé chez Ninja Tune, autant à l’aise avec un micro que derrière les platines.
Frédéric Nevchehirlian - Le Soleil brille pour tout le monde ? (L’autre Distribution)
SV

Hangtime Awards 2011 > le 17 au Cabaret Aléatoire
A l’origine des Hangtime Awards, Mars Blackmon, animateur de l’émission Hangtime sur Radio Grenouille. Le principe : le public choisit les artistes qu’il veut voir programmés dans la catégorie groove/soul/funk. Les vainqueurs sont donc à l’affiche, activistes human beat box, funk et hip-hop US. A noter tout particulièrement la venue de Mr President (carrément old school) qui, une fois nommé « Best first album », s’est retrouvé dans « l’obligation » de monter son premier… live. Il n’y aura donc pas plus exclusif.
www.radiogrenouille.com
JSa

Matt Elliott > le 19 à L’Embobineuse
Quel est le point commun entre la délicatesse de ce songwriter d’exception et un lieu ostensiblement trash comme l’Embobineuse ? Mystère… Il n’en demeure pas moins que si vous avez envie de découvrir en avant-première la teneur mélodique de The Broken Man, nouvel album de Matt Elliott au minimalisme affiché, il vous faudra franchir les portes de l’Enfer. Celui que l’on préfère.
The Broken Man (Ici d’ailleurs)
Nas/im

[25 jan 2012] Pop culture

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Apopcalypse

2012. Le cerveau toujours embrumé par quelques avalanches d’informations, prenons le temps de nous questionner sur l’avenir de la pop culture… et des petits oiseaux.

Dans son brillant ouvrage Ocean of Sound, publié en 1995, David Toop propose une réflexion sur l’aspect immersif de la musique. Pour résumer, l’ambient, qui a connu une seconde vague au début des années 90, n’y est pas vraiment évoqué en tant que genre, mais plutôt en tant que type d’écoute. « L’envie de transcender le corps est un thème dominant dans toute conversation relative à l’avenir technologique », commente l’auteur…
Retour en 2012. Immergés, nous le sommes. A l’ère du tout numérique, cela ne fait aucun doute. Mais dans quoi ? Il est en effet compliqué de déterminer les contours d’un présent dominé par l’immatérialité. Tant mieux ? Tant pis ? A ce sujet, Rétromania - Comment la culture pop recycle son passé pour s’inventer un futur, à paraître début février chez Le Mot et le Reste (maison d’édition marseillaise), fait d’ores et déjà figure de référence. Le critique musical Simon Reynolds y développe une réflexion acérée sur ce dans quoi nous sommes finalement tous plus ou moins plongés, artistes, auditeurs, connectés, enfants de la culture pop. Un grand coup de pied dans la fourmilière de la « digiculture » (qui fait suite au « régime analogique », précise-t-il dans un article publié dans le dernier Chronic’Art), obsédée par son propre passé. Où en est-on avec la pop culture à l’heure d’Internet ? Système d’archivage atemporel, flux constant d’informations, profusion, décontextualisation… Comment interpréter et recevoir, aujourd’hui, ce qui a été déjà composé/écrit/pensé hier ? Alors, bien entendu, on se sent tous concernés et chacun y va de son petit commentaire. Le sujet est passionnant. Mais attention aux impasses, comme il l’explique en prenant MySpace pour exemple : « Tout le monde parle, personne n’écoute. » Prenons le temps donc.
Par exemple, dans un tout autre domaine, des chercheurs ont récemment pris le temps d’analyser plus de mille chants de troglodytes maculés, pour enfin découvrir que ces petits oiseaux duettistes prennent eux-mêmes le temps d’apprendre la partition de leur partenaire… Prenons le temps, l’immersion n’en sera que plus transcendantale. Laissons à Hiroshi Yokoi, créateur de la première radio par satellite, le soin de conclure (dans Ocean of Sound toujours) : « Je pense que les personnes liées à l’activité des médias ont une obligation importante à remplir. Celle de saisir pleinement l’esprit de cette période. Et en même temps d’employer leur pouvoir d’imagination et leurs compétences pratiques pour créer une vague de rêve. »

Jordan Saïsset

couv_retromania.jpgSimon Reynolds - Rétromania - Comment la culture pop recycle son passé pour s’inventer un futur (Le Mot et le Reste), disponible en librairie dès le 9/02.

David Toop - Ocean of Sound - Ambient music, mondes imaginaires et voix de l’éther (Kargo).

[24 jan 2012] Revue des sorties musicales sélectionnées

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Faim de monde ?

Vous l’avez probablement remarqué, ce numéro est — exceptionnellement — exempt de Short Cuts. Mais ne vous laissez pas abattre, et dévorez cette brève revue des sorties musicales sélectionnées par nos soins.

Luke Vibert sera l’invité de l’Embobineuse début février, aux côtés de Poborsk et Sue Ellen Tribe. Luke Vibert… Ce nom rappelle pas mal de choses. Les années 90 et le trip-hop, les breaks, le sampling, l’âge d’or de Warp et Ninja Tune, l’acid bien sûr, Aphex Twin, Ceephax Acid Crew (le 16 mars !), Squarepusher, mais aussi les Moog et Jean-Jacques Perrey. Bref, résumer sa carrière paraît compliqué en peu de lignes. Trop d’influences, trop de pseudos, trop de disques. Un artiste majeur. Ecouter Sci-Fi Staircase de Wagon Christ (un de ses pseudos, donc) serait une bonne entrée en matière. Sept minutes suspendues entre space Moog, routine acid TB-303, basses vrombissantes et breaks sautillants. Mais cela reste réducteur, donc venez à l’Embobineuse pour mieux saisir de quoi il retourne vraiment. D’autant que l’on pourra s’y rencontrer, l’équipe de Ventilo profitant de l’occasion pour y fêter les dix ans du journal (oui, encore). Petit retour dans le passé (du futur), le 27 janvier, pour Sonic Boom, apéro musical animé par Dj Autobahn (indie folk, psyché, krautrock suffisent à nous convaincre) chez nos amis du Lollipop Music Store. Rendez-vous dominical est donné le 5, où les uns se rendront au Poste à Galène pour la folk cotonneuse de Jono McCleery (écurie Ninja Tune, encore) aux côtés du très soul/jazz Nostalgia 77, tandis que les autres iront à la Galerie Tapis Vert pour la troisième édition des Noise Meeting, afin de rencontrer des « représentants de la scène noise au sens le plus large du terme. » Sans oublier, bien sûr, le tout nouveau festival Reevox (voir ci-contre), dernier né du GMEM, qui nous donne trois rendez-vous sur la quinzaine. A propos de quinzaine, prenons un brin d’avance sur celle du prochain numéro pour découvrir Moondawn (si ce n’est déjà fait), projet solo d’un des deux membres d’Eastern Committee, artiste folk sorti du label marseillais Microphone Recordings (Oh ! Tiger Mountain, Johnny Hawaii, Deschamps…), un album de très bon augure en poche. Il jouera le 8 à l’Enthröpy aux côtés de Sunday Sunday !!, Cavale et YannSonic. Adieu, et à dans deux semaines.

Texte : Jordan Saïsset
Photo : Luke Vibert

• Luke Vibert + Poborsk + Sue Ellen Tribe + 10 ans Ventilo ! : le 4/02 à l’Embobineuse (11 Boulevard Boués, 3e). Rens. 04 91 50 66 09 / www.lembobineuse.biz

• Sonic Boom : le 27/01 au Lollipop Music Store (2 Blvd Théodore Thurner, 6e). Rens. 04.91.81.23.39 / http://lollipopmusicstore.fr

• Jono McCleery + Nostalgia 77 feat. Josa Peit : le 5/02 au Poste à Galène (103, rue Ferrari, 5e). Rens. 04 91 47 57 99 / www.leposteagalene.com

• Noise Meeting #3 : Sébastien Bouhana + Charlotte Benedittini + Damien Sorrentino : le 5/02 à Tapis Vert (41 Rue Tapis Vert, 1er). Rens. 41tapisvert.wordpress.com

• Moondawn + Sunday Sunday !! + Cavale + YannSonic : le 8/02 à l’Enthröpy (1 rue Consolat, 1er). Rens. enthropy.fr

[24 jan 2012] Par hasard, pas rasé de Philippe Duquesne et Camille Grandville au Théâtre de la Criée

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Comment lui dire adieu

Figure emblématique des Deschiens, Philippe Duquesne se frotte au répertoire de Gainsbourg et s’y pique avec jubilation.

Camille Grandville, qui a mis en scène Par hasard et pas rasé, le décrit comme un spectacle musical ou, plus précisément, un « cabaret musical ». De cabaret, il en est question, quand Francky et son orchestre, à savoir trois musiciens et deux choristes, s’approprient une scène de province comme des professionnels de bals. La petite troupe entame alors les répétitions, les balances et échange quelques bons mots, quelques verres puis les notes arrivent…
De la musique, donc, et les paroles de Gainsbourg qui claquent sur les planches.
Au fil de la représentation, Duquesne rencontre Gainsbourg et devient même Gainsbarre avec sa chemise en jean sur le dos, sa clope au bec et son air mal rasé. Cette incarnation n’est pas du déguisement, il devient « le fantôme du grand Serge », avant tout grâce à une gestuelle, un timbre de voix et le talent qui est le sien.
L’auditoire ne peut, au fil de la représentation, se retenir de fredonner, de battre le rythme avec ses pieds, sa tête ou ses mains et applaudir sans retenue Francky, alias Gainsbourg, alias Gainsbarre, et son orchestre.

Texte : Christelle Giudicelli
Photo : Philippe Delacroix

Par hasard, pas rasé de Philippe Duquesne et Camille Grandville : jusqu’au 28/01 au Théâtre de la Criée (30 Quai Rive Neuve, 7e). Rens. 04 96 17 80 00 / www.theatre-lacriee.com

[14 déc 2011] Bilan Concerts 2011

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Godspeed you! Black Emperor > Le 28/01 à l’Espace Julien
Fin janvier, en pleine période creuse : une file d’attente interminable devant l’Espace
Julien. Ce soir, les gourous du rock alternatif canadien, figures de proue du label Constellation, donnent un concert unique dans le grand sud. On se déplace de loin, car ils témoignent d’une contestation sourde qui résonne foutrement avec son époque. Des morceaux de vingt minutes en moyenne, traversés de déflagrations et couplés à des projections qui appuient la dimension apocalyptique de l’ensemble : on connaît. Mais tant qu’il y aura des groupes pour dire non avec autant d’intelligence et d’humanité, il y aura de l’espoir. « Hope », après deux heures et demie de fracas sonique, il fallait l’écrire.

Morton Subotnick & Lillevan > Le 6/02 au GMEM, dans le cadre des RIAM
Du haut de ses 78 ans, Subotnick est probablement l’un des pères de la techno. C’est en tout cas le premier à avoir introduit des « rythmes réguliers » dans des improvisations purement électroniques, tirées de la célèbre Buchla 200 (un synthé modulaire conçu à partir de ses suggestions par son ami, Don Buchla). La plus célèbre, Silver Apples of the Moon (1967), était donc à l’origine de cette performance. Quel choc de (re)découvrir sur scène la portée novatrice d’un tel chef d’œuvre, transcendant plusieurs générations d’amateurs de musique électronique ! Bien plus qu’un voyage dans le temps, une renaissance.

Thee Oh Sees > Le 9/05 à La Machine à Coudre, dans le cadre du festival B-Side
Figure actuelle emblématique du rock garage, le quatuor californien a su se mettre la Machine dans la poche. En premier lieu, c’était l’occasion de les rencontrer dans l’intimité d’une petite salle chaleureuse (ils ont l’habitude d’évoluer dans de plus grands espaces : le Primavera Sound Festival, All Tomorrow’s Parties…), puis de constater que cette recette, certes classique (les Cramps en tête), fait toujours terriblement mouche. On ne peut maintenant que vous orienter vers leur dernier album, Castlemania, sorti juste après leur passage dans une ville qui ne les oubliera pas de sitôt.

Cowboys From Outerspace + Holy Curse > Le 26/05 à La Machine à Coudre
La soirée devait être sans surprise, réunissant deux groupes marseillais qui se produisent fréquemment dans le coin. De quoi passer un agréable moment, le comptoir de la Machine à portée de coude. Mais la grâce opère toujours quand on s’y attend le moins. Les Cowboys entament un set rock’n’roll endiablé dont ils ont le secret, emballant le public par leur redoutable d’efficacité. Quant aux Holy Curse, dont c’était là le dernier concert, ils nous ont laissé une impression de gâchis de ne pas avoir découvert plus tôt leur rock catchy, puissant, entêtant. Bref, une véritable claque.

Shellac + Helen Money > Le 24/05 à l’Espace Julien
En première partie, la violoncelliste Helen Money démarre hélas à l’heure de l’ouverture des portes devant une salle encore vide, nous immergeant dans une ambiance à la Twin Peaks… Puis vient le tour de Shellac — le groupe du fameux Steve Albini, dont la réputation n’est plus à faire (il a produit Nirvana, les Pixies, PJ Harvey, NIN…) — qui nous gratifie d’un set étonnant, attendu par les Marseillais depuis près de vingt ans. Le trio explore sa discographie, passé maître dans le genre rugueux, brut et direct. Comme une énorme claque donnée par un bûcheron.

Beirut > Le 12/07 au Théâtre antique d’Arles
Tout était pourtant réuni pour passer une soirée magique : une virée entre amis, une douce nuit d’été, un décor merveilleux, un public au rendez-vous, des filles court-vêtues et la venue de Beirut, tous cuivres dehors. Mais voilà, c’était sans compter avec les moustiques, ces insectes gonflants, volants et piquants, qui passèrent au supplice toute l’assistance, sans exception, venant s’échouer sur la foule, tels des kamikazes d’Al-Mosqita. Cela dit, on a adoré le concert, hum, entre deux averses… Une soirée magique ? Tu pArles !

Portishead + Mogwai > Le 19/07 aux Arènes de Nîmes
On passera sur la prestation moyenne des post-rockers de Mogwai (certes desservis par le jour et le vent) pour s’en tenir à celle des Bristoliens. De leur dernier passage dans le coin (au Dôme en… 1998 !), ils nous avaient laissés le souvenir d’une puissance scénique rare, portée par la bouleversante Beth Gibbons. Rebelote cette année dans le cadre enchanteur des Arènes de Nîmes, parfait écrin pour accueillir les subtiles pépites trip-hop des éminences grises du genre. L’occasion de (re)découvrir toutes les richesses du mésestimé Third et, surtout, de frissonner à l’écoute de ces merveilles sonores, dont la noirceur le dispute à l’éclat.

Kruder & Dorfmeister > Le 23/07 au Théâtre antique d’Arles
Depuis leurs fameuses K&D Sessions (1998), les Autrichiens Kruder & Dorfmeister s’étaient payé le luxe de partir chacun en solo, récoltant régulièrement les dividendes de cette pierre angulaire du « downtempo ». Leur supposé album ? L’arlésienne des années 2000. Quelle surprise, donc, de les voir annoncés pour un « live »… Et quel choc ! En lieu et place du show pépère attendu, les deux hommes ont montré toute l’étendue de leur savoir-faire sonore, du groove le plus moelleux à la bossa-house la plus scotchante. Un son extraordinaire (en plein air !), appuyé par une scénographie avec mur de leds (hallu totale) : le futur était à nos portes.

Cheveu + Motto > Le 28/10 au Poste à Galène, dans le cadre du festival Chhhhhut
En première partie, le duo basse-batterie de mathcore Motto envoie sévère, depuis le milieu de la fosse où il s’est installé. Quant au style difficilement définissable — un mélange improbable des genres — des joyeux drilles de Cheveu, il fait étrangement l’unanimité. Une bonne partie du public se met à gesticuler compulsivement sans trop comprendre pourquoi, comme si la désinhibition s’associait à la parade amoureuse d’un lamantin dans un ballet russe. Une fois la transe terminée, chacun rentre chez soi, pour enfin réaliser qu’il s’est ce soir-là passé quelque chose de spécial.

Honest Jon’s Chop Up > Le 30/10 au Dock des Suds, dans le cadre de la Fiesta
C’était l’événement de la vingtième Fiesta des Suds : une date unique en France du projet initié par Damon Albarn (Blur/Gorillaz) avec de nombreux musiciens majoritairement issus de la « world » (dont la divine chanteuse malienne Fatou). Au final, sans doute à cause du manque de rodage, on a davantage eu l’impression d’assister à une présentation de ces différents univers qu’à une véritable fusion. Celle-ci, appuyée par la formidable section rythmique de Tony Allen et Flea, ne s’est en fait produite que sur la fin du concert, donnant à entendre ce fantasme de musique « totale », érigé sur la pulsation afro originelle. Mais dans l’intention¬, l’un des concerts de l’année, sans hésitation.

Crédits photos :
Pirlouiiiit - Concertandco.com
David Heang - www.soul-kitchen.fr
www.touhid.fr
Pierre Gondard

[12 déc 2011] L’interview - Philippe Robert

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Philippe Robert… ce nom vous dit sûrement quelque chose. Si vous vous intéressez à la littérature musicale du moins, vous l’aurez probablement déjà croisé en rayons ou en bas d’un article. Après avoir collaboré pour de nombreux titres de la presse écrite française spécialisée (des Inrocks à Mouvement, pour ne citer que les plus connus), il se consacre depuis quelques années à la rédaction d’ouvrages, en proposant des discographies sélectives élaborées en parcours initiatiques, au cœur des musiques d’hier et d’aujourd’hui, tous styles confondus. Invité début décembre au Daki Ling pour animer une séance d’écoute collective organisée par le GRIM et l’AMI, afin de marquer la sortie de son nouveau bouquin Folk et renouveau, une balade anglo-saxonne paru aux éditions marseillaises Le Mot et le Reste, nous nous sommes longuement entretenu avec lui.

Peux-tu te présenter comme tu te présenterais à des personnes que tu viens de rencontrer ?
J’ai beaucoup de mal avec ça. Déjà, j’ai un boulot à côté, qui me prend beaucoup de temps, donc le principal de mon activité, ce n’est pas d’écrire des livres, même si c’est ce qui m’intéresse le plus. Je ne vis pas de l’écriture et je ne me présente pas comme un auteur. J’en ai un peu vécu à l’époque où je travaillais dans la presse, mais je ne me suis également jamais considéré comme un journaliste, tout au plus comme un collaborateur free-lance. Pour ceux dont je me souviens de tête, j’ai bossé pour Les Inrockuptibles, Vibrations, Jazz Magazine, Mouvement, Revue & Corrigée, Guitare & Claviers, Batteur Magazine… Et puis j’ai surtout travaillé pour des fanzines plus ou moins connus comme Octopus, des choses plus underground comme Ortie. J’ai commencé avec les fanzines, mon propre titre bien sûr, Numéro Zéro, mais aussi celui de Marie-Pierre Bonniol, Supersonic Jazz, anciennement installé à Marseille. J’ai peut-être été professionnel à une époque, donc, mais je n’ai jamais revendiqué ce statut, tout comme je ne revendique pas, aujourd’hui, le statut d’auteur. J’écris des livres pour partager des choses et y voir plus clair dans ma discothèque, principalement. Et je préfère plutôt discuter avec les gens que de me présenter de quelque manière que ce soit.

Comment présenterais-tu ton dernier livre, Folk & renouveau, une balade anglo-saxonne ?
Tout d’abord, je n’ai pas écrit ce livre tout seul, mais avec Bruno Mellier, un ami de longue date, que j’avais interviewé pour Revue & Corrigée, car il est musicien. Il organise désormais, entre autres, le festival Les Musiques innovatrices à Saint-Etienne. Mon premier bouquin, Rock, Pop, un itinéraire bis en 140 albums essentiels, toujours chez Le Mot et le Reste, faisait déjà la part belle au folk. Puis j’ai sorti plusieurs livres, et Yves Jolivet, le fondateur de la maison d’édition, m’a proposé d’écrire un livre sur le folk. Et même si à l’époque j’aurais préféré écrire un livre sur le psychédélisme, l’idée a finalement germé. Ce qui était important pour Bruno et moi, c’est que ce ne soit pas un livre de plus sur le folk ; la notion de « renouveau » est d’autant plus importante que le folk, si on le regarde bien, tout au moins au XXe siècle — on commence le bouquin en 1927 —, n’est qu’une succession de renouveaux et d’allers-retours, notamment entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

A propos, malgré le fait que le folk soit traditionnellement anglo-saxon, penses-tu qu’il y avait, à l’époque, une culture folk française ?
Oui, bien sûr. Il y a des groupes de folk français historiques, issus des années 70. Il y a même un livre assez peu connu qui, il me semble, a été édité par la Librairie Parallèle à Paris, recensant tous les disques de folk sortis en France à cette époque-là. Et puis il ne faut pas oublier que nous avons un magazine nommé Rock & Folk, et s’il s’appelle comme ça, c’est, entre autres, grâce à Jacques Vassal, qui tenait sa rubrique « Fou du folk », faisant écho de ce qui se passait en France mais pas seulement. Ok, dans Rock & Folk, le gros de l’artillerie c’était des articles consacrés à Bob Dylan et Leonard Cohen, mais à côté de ça, Jacques Vassal pouvait parler de Malicorne, La Bamboche ou autres. En ce qui nous concerne, nous ne voulions pas trop élargir le sujet, qui nous paraît trop vaste, et puis nous ne sommes pas assez compétents en matière de folk français. Il y a très peu de spécialistes dans ce domaine. D’ailleurs, j’aimerais beaucoup livre un livre sur ce mouvement. En plus, si la majorité des vinyles de folk anglo-saxons ont été réédités, même les plus obscurs, ce n’est pas du tout le cas des français. Beaucoup coûtent désormais une fortune et sont réservés aux collectionneurs.

Tu parles souvent de ta propre collection de disques, et tu construis, à travers tes livres, des parcours assez personnels…
Oui. Après, je n’ai pas beaucoup de recul là-dessus. Avec Bruno, on s’est retrouvés sur beaucoup de choses. Mais je ne pense pas que l’on soit des spécialistes du folk. On est passionnés par cette musique comme on l’est pour d’autres. On avait donc envie de proposer un parcours certes subjectif mais pas seulement. Il fallait donc également parler des disques qui ne sont peut-être pas ceux que l’on préfère mais ceux qui nous paraissent tout de même indispensables. Très franchement, je ne suis pas un grand fan de Nebraska de Bruce Springsteen, mais je pense que c’est un disque honnête, honorable, qui se devait d’être enregistré à l’époque. On a défendu tous les disques sans problèmes.

Ce qui est particulièrement impressionnant dans tes livres, c’est le fait de brasser tous les styles : le folk, la soul, la pop, le rock, jusqu’au drone en passant par le noise, etc. As-tu « traversé » tous ces genres dans une même période ou as-tu connu des phases ?
Tout cela est simultané. Déjà quand j’étais au lycée, j’écoutais du rock et du jazz, et je n’ai jamais opposé l’un à l’autre. Presque tous mes potes écoutaient du rock, mais pour ma part, c’est le free jazz qui m’a ouvert à d’autres horizons. J’écoutais aussi de la musique minimale comme, entre autres, Philip Glass, La Monte Young, l’Art Ensemble of Chicago, Lou Reed… Les choses découlent les unes des autres. Quand tu t’intéresses à la musique, la diversification de ton écoute se fait fort logiquement. C’est Duke Ellington qui disait qu’il n’y a pas de mauvais genre en soi, il y a juste la bonne et la mauvaise musique. Il y a de très bons disques et des daubes dans tous les genres. Et puis je crois que les choses se décloisonnent de plus en plus, fort heureusement. Il n’y a qu’à voir la programmation d’un festival comme All Tomorrow’s Parties en Angleterre, qui choisit chaque année un curateur différent à charge de la programmation, à l’instar de Portishead une année où j’y suis allé. Et cette année donc, j’avais été surpris d’y voir des artistes comme Boris, Earth, Sunn O))) et toute cette vague. Cela restait cohérent parce que, finalement, le côté sombre de Portishead vient probablement de l’écoute de ces artistes-là. Et tu rends compte qu’à Bristol, il y a des groupes psychédéliques très intéressants comme The Heads, qui se retrouvent programmés aux côtés d’artistes comme Silver Apples, etc. Et tout cela fonctionne. Quand tu lis le sommaire du magazine Wire par exemple, c’est très intéressant d’avoir un article sur le psychédélisme turc et un peu plus loin un autre consacré à l’électroacoustique. Je trouve cela salvateur. Après, chacun aborde la musique comme il veut. Certains se cantonnent à une époque, d’autres à un musicien… mais ça n’a jamais été mon truc.

Penses-tu que le rapport à l’objet disque se soit perdu avec la dématérialisation de la musique ? Dématérialisation qui aura tout de même permis à un grand nombre d’auditeurs de « se cultiver » à l’aide de bibliothèques interminables de MP3 téléchargés…
Je suis un peu vieux jeu, car à mon domicile, l’écoute de la musique passe par le support. J’aime bien les pochettes etc. Bien sûr, il y a un côté fétichiste dans tout cela, mais c’est la musique qui prime. Je ne suis pas non plus un collectionneur. Je n’ai rien contre le CD ni contre la dématérialisation. Je pense que le CD aura permis d’avoir accès à beaucoup de choses auxquelles on n’aurait jamais eu accès auparavant. J’éprouvais beaucoup de frustrations face à ces vitrines remplies de vinyles que l’on ne pouvait ni se payer, ni écouter tant les vendeurs craignaient la moindre éraflure. Je trouve donc très bien le fait que des labels aient pu les rééditer en CD, à des prix accessibles. Ce qui compte, c’est l’accès à la musique. J’aime l’objet disque mais si la possibilité d’accès à la musique, c’est la dématérialisation, il n’y a pas de souci.

Quand on voit que le vinyle s’est refait une place, comment imaginer le futur de la musique ?
Oui, la cassette audio aussi. Après, concernant le futur, je n’en sais trop rien. Il est surtout question d’économie. C’est-à-dire que pour certaines musiques, l’économie la plus facile passe soit par le CD-R, la cassette audio, ou bien par la dématérialisation totale via le Myspace, le blog. Je suis plutôt du genre à acheter des livres et des disques, parce que j’aime ça. J’aime chiner aussi… Je trouve que le rapport à l’ordinateur manque de sensualité. Mais attention, je ne dénigre rien. Sauf, parfois, quand des amis me disent : « Hier soir, j’ai téléchargé l’intégralité de l’œuvre de Luc Ferrari. » Ils l’écoutent en deux jours, pour rétorquer : « Celui-là il est bien, celui-là moins, celui-là un peu mieux… » Je ne vois pas très bien comment on peut se faire un avis aussi rapidement sur l’œuvre de quelqu’un. C’est important de constater une évolution dans l’écoute d’un disque. Je ne sais pas si tout avoir d’un bloc, très vite, n’est pas plus préjudiciable qu’autre chose. Je n’ai pas d’opinion arrêtée sur la chose, mais j’aime bien l’idée de parcours.

Tu écoutes de la musique à ton domicile ou en concert, mais accompagne-t-elle également tes déplacements ?
Je n’ai jamais écouté de musique en voiture. En voiture, j’écoute le moteur, réellement, ou bien je discute avec mon passager. Je n’écoute jamais de la musique au casque non plus, et je ne me suis jamais servi d’un walkman.

Revenons-en à tes livres, qui se révèlent assez impressionnants : lorsqu’on y lit la chronique d’un artiste que l’on pensait connaître sur le bout des doigts, on apprend toujours quelque chose…

Tout cela est lié à la lecture, qui permet de glaner des informations à droite à gauche. Il est évident que je n’ai pas rencontré tous les artistes dont je parle, un certain nombre, mais pas tous. Avant d’écrire un livre, je me nourris beaucoup. Je lis et écoute énormément de musique.

A propos de l’évolution des styles, arrives-tu aujourd’hui à avoir assez de recul pour voir où on en est, ou bien est-ce quelque chose de très difficile ?
C’est quelque chose de très difficile, et de surprenant aussi. Au moment où, avec Jean-Sylvain Cabot, nous avons écrit le deuxième tome sur le metal, il était clair qu’il se passait quelque chose de l’ordre de l’expérimentation dans la sphère de ce genre. Quelque chose de nouveau. Je pense à tous ces groupes que l’on peut associer au drone, comme Sunn O))). Et je trouvais donc important d’écrire un livre sur le metal parce que cette évolution était véritablement intéressante. Mais rien n’était prévisible. Le folk qui devient l’acid folk en intégrant des musiques psychédéliques, ce n’est pas nouveau. Mais par contre, le fait qu’il intègre le krautrock, voire le free jazz, voire de l’improvisation totale, est très récent. Et tu m’aurais dit ça en 1990, je ne dis pas que j’y aurais pas cru, mais je n’y aurais pas pensé. Cela démontre, en premier lieu, que le rock est une musique toujours vivante et que le jour où il ne bougera plus, ce sera fini (rires). Mais je suis très enthousiaste. Il n’y a pas un jour où je n’écoute pas de musique, il n’y a pas un jour où je n’achète pas de disques, et je découvre tous les jours des choses très intéressantes.

Selon toi, faut-il être un état d’esprit pour écouter un disque ?
Non. Pour ma part, il n’y a pas de disque du matin, de disque du soir, de disque d’été, de disque d’hiver, etc. Je me suis posé la question, mais j’ai du mal avec tout ça. J’ai également du mal avec l’idée que l’on puisse être triste après avoir écouté un disque mélancolique. Par exemple, on peut dire, à l’inverse, que ce disque est un soleil. On peut aussi dire du noise qu’il est violent, agressif. Il m’arrive pourtant d’en écouter pour m’endormir. Je trouve que le noise est une musique psychédélique, et dans tous les cas, je suis plutôt dans l’écoute immersive, qui abolit tout pathos.

Tu maintiens cette distance pour toutes les formes d’art ?
Complètement. En ce qui concerne le cinéma par exemple, je suis totalement incapable de procéder par identification quant à l’histoire ou à la psychologie des personnages. D’ailleurs, j’ai beaucoup de mal avec les acteurs que l’on peut voir d’un film à l’autre… Quand je regarde un film, je regarde un film, quand j’écoute un disque, j’écoute de la musique. Certes, je m’intéresse à l’histoire de ceux qui ont composé cette musique, mais cela ne modifie en rien ma perception. D’ailleurs, je ne m’intéresse à l’histoire du disque qu’après m’être intéressé à la musique.

Tu as des albums cultes ?
Oui, mais j’en ai trop pour les citer. La musique que j’ai le plus écoutée dans ma vie doit être le jazz. J’ai d’ailleurs un projet de livre sur le free jazz…

Es-tu musicien ?
J’ai essayé et j’y ai mis tout mon cœur, mais ça n’a pas suffi pour avoir un résultat convaincant. J’ai par exemple joué ici (ndlr : à Montévidéo). Une expérience personnellement vécue comme une catastrophe, car j’étais bloqué par le trac. J’ai voulu, à un moment de ma vie, jouer de la musique, je l’ai fait, et j’ai pensé qu’il valait mieux que je m’arrête. Ça peut me manquer parfois, mais pas tant que ça. Je préfère très nettement écouter la musique des autres plutôt que d’en faire moi-même. Cela changera peut-être un jour, mais aujourd’hui c’est très clair.

Propos recueillis par Nicolas Debade

Disponibles en librairie, aux éditions Le Mot et Le reste :
Folk & renouveau - Une balade anglo-saxonne (avec Bruno Meillier)
Great Black Music - Un parcours en 110 albums essentiels
Hard’n’heavy 1966-1978 - Sonic Attack (avec Jean-Sylvain Cabot)
Hard’n’Heavy 1978-2010 - Zero tolerance for silence (avec Jean-Sylvain Cabot)
Musiques expérimentales - Une anthologie transversale d’enregistrements emblématiques
Post-Punk, No Wave, Indus & Noise, chronologie et chassés-croisés
Rock, Pop - Un itinéraire bis en 140 albums essentiels
(préface de Gilles Tordjman)

Rens. 09 75 28 42 27 / www.atheles.org/lemotetlereste

Playlist de la séance d’écoute collective Nirvana #4 (proposée au Daki Ling par le GRIM et l’AMI, en guise de prélude au festival Nuit d’Hiver #9), consacrée à l’acid folk et au free folk :
1- Sandy Bull - Blend
2- Pat Kilroy - The Magic Carpet et Star Dance
3- Robbie Basho - Cathedral et Fleur de Lis
4- Robbie Basho - Wine Song (Sweet Wine Of Life)
5- Perry Leopold - The Absurd Paranoid
6- James Blackshaw - River Of Heaven

[23 nov 2011] L’Interview : 1995

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Ils viennent de Paris, ils ont la vingtaine et un talent certain. Les cinq MC’s (Alpha Wann, Areno Jaz, Nekfeu, Sneazzy West et Fonky Flav) et le beatmaker (DJ Lo’) de 1995 n’en sont qu’à leur premier EP, mais font déjà le buzz. Explications.

Comment vous situez-vous vis-à-vis de l’ancienne génération ?
Dans l’ensemble, on a énormément de respect pour ce qu’ont fait les anciens (Lunatic, Les Sages Po, etc.) et les classiques intemporels qu’ils ont produits. On a également beaucoup observé leur parcours, tant au niveau musical que commercial, afin d’éviter de commettre les mêmes erreurs que certains d’entre eux.

Vous sonnez très 90’s, et vous avez d’ailleurs déclaré avoir nommé votre groupe 1995 en hommage au Paris sous les bombes de NTM, sorti cette année-là. Ces références affichées sont-elles lourdes à porter ?

Oui et non. On tourne effectivement un regard vers cette période parce qu’elle a posé certaines bases dont on s’inspire, mais nos influences sont souvent beaucoup plus modernes. La plupart des gens qui ne s’intéressent pas forcément au rap imaginent que « sample = old school », mais c’est faux. Notre côté « old school » se retrouve plus, selon nous, dans notre spontanéité et la volonté de se surpasser plutôt que d’entrer dans un format commercial usé.

Quelles sont les particularités de votre génération, dite « Internet », qui est née avec un clavier entre les mains ?
C’est difficile pour nous de répondre à cette question, mais il y a effectivement une différence qui se creuse ces dernières années avec les génération précédentes : il est aujourd’hui possible de faire un disque de A à Z, de le vendre et de le promouvoir sans l’aide de personne. C’est vrai que nous avons beaucoup utilisé Internet, mais plutôt de façon naturelle que par calcul marketing : on utilise Facebook dans la vie de tous les jours, le rap fait partie de notre vie de tous les jours, donc on utilise Internet pour partager notre musique !

Vous samplez Shurik’n, ça vous fait quoi de venir à Marseille ? Est-ce que cette ville vous évoque encore quelque chose en termes de hip-hop ?
IAM, la Fonky Family, s’il ne fallait citer qu’eux, sont des légendes dans le rap français, avec un nombre de classiques de fou ! On a tous blasté leurs morceaux, et c’était naturel de glisser des petites références dans notre disque. Avec le recul, on a samplé plutôt du rap marseillais, c’est vrai, mais là encore, ce n’était pas un calcul. En ce qui concerne le concert, comme d’habitude, on a hâte de monter sur scène, d’autant que le public marseillais a sa petite réputation. On croise les doigts pour que ça soit le feu ! (rires)

Comment vivez-vous l’effervescence actuelle autour d’un renouveau du rap dont vous seriez l’un des porte-drapeau ?
C’est évidemment très flatteur que les médias s’intéressent à nous. Espérons que ça dure, même si ce qui nous motive avant tout, c’est de monter sur scène.

Vous avez organisé votre tournée seuls, des labels importants vous ont approchés et pourtant, vous n’avez pas encore annoncé de signature officielle… Avez-vous peur de perdre cette manifeste indépendance et votre fraîcheur en signant sur une major ?
En effet, nous avons une forte volonté de rester indépendant, c’est pourquoi nous avons monté notre label Undoubleneufcinq, qui nous permet de produire notre musique sans contrainte. Nous sommes en pourparlers avec des majors, mais cela demande manifestement des sacrifices que nous ne sommes pas encore prêts à faire…

Dans son nouvel album, Joey Starr s’interroge sur l’état du Hip-hop, déplorant l’absence de relève. Qu’en pensez-vous ? Comment vous voyez-vous dans cinq ans ?
Il a sûrement dû l’écrire avant qu’on sorte notre disque. (rires) Plus sérieusement, Internet permet justement de se rendre compte que la relève est bien là, avec des dents plus longues que jamais. Si les producteurs avaient un peu de courage et beaucoup plus de curiosité, ils n’attendraient pas qu’un groupe soit médiatisé pour lui proposer une signature. Il y a énormément d’artistes qui partagent la même passion pour la musique que nous, il suffit d’ouvrir les yeux et surtout les oreilles…

Propos recueillis par Virna Setta et Margaux Miracle-Solé

1995 : le 26/11 au Cabaret Aléatoire (Friche la Belle de Mai, 41 rue Jobin, 3e).
Rens. 04 91 47 57 99 / www.leposteagalene.com / www.myspace.com/undoubleneufcinq

[23 nov 2011] L’Interview : Bertrand Wolff alias Simiam Lucis

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Daath, c’est le label de Bertrand. Et Bertrand, c’est aussi Simiam Lucis, musicien à tête chercheuse. Avec des amis artistes, il a monté Daath, donc, afin de partager leur amour pour les expériences. Et parce que ce qu’ils font sort du lot et que nous voulions des explications, nous sommes allés à la rencontre du jeune homme, loin d’être bored to daath.

Comment définirais-tu Daath ?
C’est un label que nous avons fondé avec Benoist Bouvot, Benjamin Chaval, Lucien Gaudion et David Merlo. Nous souhaitons défendre des artistes émergents et des projets surprenants. Nous éditons également une revue sonore trimestrielle, ? (Ura), qui permet de rendre compte de l’activité du groupe autour d’un thème précis. Par exemple, nous sortons en ce moment, avec un certain nombre d’artistes invités, le quatrième numéro, Variances/Invariances, dont le thème est le pulsar. Chaque thème choisi s’inscrit dans une fiction qui ouvre certaines perspectives, non seulement dans le domaine purement musical, mais aussi dans d’autres disciplines de la connaissance telles les sciences et la philosophie. De ce fait, nous comptons multiplier les collaborations avec des scientifiques, des philosophes et des artistes visuels.

Ton dernier opus relate l’expérience tragique de Laïka, chienne russe et, surtout, premier être vivant mis en orbite autour de la terre. Trouves-tu un certain épanouissement dans l’album-concept ?
Non, pas forcément, disons qu’il faut maintenir un équilibre entre l’idée et la forme. Je me méfie des concepts au sens où ils peuvent parfois réduire le champ des expériences. Pour Laïka/Orthodoxie par exemple, l’idée de travailler sur cette histoire, cet animal broyé par l’Histoire et la notion de progrès technologique, cette dialectique nature/culture, m’intéressait… Par la suite s’est posée la question : comment donner à entendre ces concepts lourds de sens sans être trop illustratif ? Il ne faut pas rompre cet équilibre et également garder à l’esprit que les possibilités de la musique et du son, par rapport aux formes dites visuelles, sont ses grandes capacités de suggestions. Le problème (et la limite ?) de l’album-concept est donc de réduire le sonore à une simple démonstration, un discours.

Comment composes-tu ?
Tout dépend des projets. La méthode utilisée sur Laïka/Orthodoxie s’apparente, toute comparaison gardée, à celle de la musique dite « spectrale », mouvement musical né dans les années 70 avec des compositeurs comme Tristan Murail et Gérard Grisey. Cette méthode consiste en l’analyse du son (en l’occurrence ici des gémissements et autres sons émis par des chiens) au moyen d’un spectrographe. A partir de ces analyses, j’ai juste gardé la structure globale des sons (l’attaque, la hauteur, l’intensité) et remplacé les sons originaux par des sons synthétiques. Cette méthode n’est pas appliquée à l’ensemble de l’album, pour le reste, la composition est abordée de manière plus « empirique ».

Quel rapport entretiens-tu avec la technologie ?
Je me demande si la technologie, avec sa capacité à transformer nos perceptions et nos modes de penser, est réellement un outil d’émancipation. Des recherches ont été faites à ce propos, je pense notamment au livre d’Hartmut Rosa, Accélérations, une critique sociale du temps.

Penses-tu que l’on assiste actuellement à un regain d’intérêt vis-à-vis des musiques expérimentales ?
Je ne sais pas, mais il est vrai que la multiplicité des évènements, vu le peu de moyens attribués à ce genre de musique, prouve qu’il y a surtout énormément de volonté (de la part des artistes, généralement) à partager ces musiques.

Ton « expérience parisienne » est-elle foncièrement différente de ce que tu vis ici ?
Paris, hormis quelques lieux isolés, n’a pas réellement de culture musicale, en tout cas pour les musiques dites « déviantes ». Les choses semblent plus institutionnalisées et beaucoup plus sclérosées, à l’image de cette ville-musée.

Quelles sont tes principales influences, musicales, artistiques ou autres ?
J’ai été très impressionné par la musique de Giacinto Scelsi et de Pierre Henry. Après, les influences peuvent être très diverses, de la musique baroque aux formes électroniques en passant par des chants diaphoniques. Quant aux autres domaines qui peuvent nourrir mon travail, ils sont là aussi très hétéroclites, en tout cas, je m’y emploie.

Que penses-tu de Marseille Provence Capitale Européenne de la Culture ?
Rien. Je ne suis pas très au fait, comme beaucoup de monde apparemment, des mesures et des projets mis en place pour cet évènement. Ils ont prévu des choses au niveau des musiques actuelles de recherche ?

Propos recueillis par Jordan Saïsset.

Rens. www.daath.org / www.bertrandwolff.com

[23 nov 2011] MIDI Festival 2011

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Soleil d’hiver

Toujours baigné de modernité pop, le MIDI Festival prend ses quartiers d’hiver à Toulon.

En programmant Primal Scream lors de sa dernière édition en juillet, le festival MIDI a clairement montré qu’il était en train de franchir une étape. D’abord, parce que jamais il n’avait fait jouer une tête d’affiche aussi importante, eu égard à sa dimension « indie ». Ensuite, parce que Primal Scream synthétise justement la culture pop des organisateurs, façonnée par la musique des 80’s et surtout des 90’s, nourrie au son des premiers labels de rock indé mais perméable à la révolution techno qui arrivait alors… Une boucle de bouclée, donc. Fort d’une aura qui ne cesse logiquement de grandir (davantage à l’extérieur qu’à domicile, comme c’est trop souvent le cas dans les contrées arides du grand sud), le MIDI Festival joue donc désormais et régulièrement les prolongations en novembre. Trois soirées, là encore, et autant de lieux différents pour accueillir les prochaines sensations pop de 2012. Parmi elles, S.C.U.M (dans la lignée de The Horrors), Trailer Trash Tracys (autre découverte londonienne) ou Wise Blood (et son travail proche de Panda Bear). Du côté des têtes d’affiche ayant rayonné ces dernières semaines (c’est dire s’il est à la pointe), MIDI s’est calé sur les coups de cœur de son partenaire média Magic : Baxter Dury (fils de Ian — mais bien plus encore), Blood Orange (ex-Lightspeed Champion) et Girls (deux mecs, en fait, pour une autre tentative de synthèse de la culture pop). Enfin, conformément à son désir de donner une dimension « club » plus appuyée à sa programmation, MIDI a la bonne idée de proposer des afters au Bar à Thym, avec quelques-uns des plus pertinents dj’s marseillais. Bref, en attendant une prochaine édition « d’été » qui s’annonce forcément un cran au-dessus, n’hésitez plus à franchir les barrières géographiques, elles ne cessent de s’estomper.

PLX

Du 24 au 26/11 à Toulon (Opéra, Crep des Lices et Bar à Thym).
Rens. www.midi-festival.com

[23 nov 2011] Ventilatex

affiche Ventilo 10 ansChers lecteurs. Ne tournons pas autour du pot, voici le line-up des prochaines soirées dans lesquelles nous nous greffons pour fêter nos dix ans (bis repetita placent) : rendez-vous est donné à Aix chez nos amis de Seconde Nature, vendredi 25, en compagnie de Tokimonsta et 9th Cloud feat. Airsolid (voir Short Cuts). En prenant un brin d’avance sur le prochain numéro, le Spécial Noël (les bilans, etc.), nous vous convions d’ores et déjà au Cabaret Aléatoire pour une soirée consacrée au label Sound Pellegrino, avec ses membres fondateurs Teki Latex & Orgasmic, épaulés par Joakim, TWR72 et Anticlimax. Suite à ses friandises viendra la trêve des confiseurs (nulle, la transition) et ses repas interminables (saturé, le foie), ses bilans (croustillant, le financier) et ses résolutions en carton (plus fiable, la crise de foie). Et maintenant, en guise de prélude au prochain numéro, une belle idée-cadeau pour éviter les hordes affamées de la rue Saint Fé’ : les pantoufles chauffantes USB molletonnées à 9,90 € seulement, à commander tranquillement au coin du feu sur www.pearl.fr. Offrez du plaisir.

_Le 25/11 à Seconde Nature (Aix-en-Pce) et le 17/12 au Cabaret Aléatoire (41 Rue Jobin, 3e).
Rens. www.secondenature.org / www.cabaret-aleatoire.com

[23 nov 2011] Short Cuts 290

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Trans Upper Egypt + Delacave + Jimmy Trash > le 23 à La Machine à Coudre
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A l’heure où s’écrivent ces lignes, force est de constater que nous savons bien peu de choses à propos du trio italien Trans Upper Egypt. Un Myspace, quelques vidéos sur le net, deux ou trois infos par-ci par-là, c’est tout. Et bien sûr, leur musique : krautrock (les boucles, la transe, les synthés analogiques) et noise (la voix criarde, l’aspect artisanal rentre dedans), justifiant à elle seule (heureusement d’ailleurs) l’existence d’un pareil focus, et un saut à la Machine. Pour plus d’infos, demander aux Infréquentables.
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www.lamachineacoudre.com / www.myspace.com/pariahlabel
JSa

Tokimonsta + 9th Cloud & Airsolid + 10 ans Ventilo > le 25 à Seconde Nature (Aix-en-Pce)
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La première se nomme Jennifer Lee, beatmaker californienne aux ambiances trip-hop/electronica des plus reposantes, sensuelles, cotonneuses ou feutrées, c’est selon. Son dernier maxi, Creature Dreams, offre un très bon aperçu de son talent. Le second est l’un des principaux représentants du beatmaking local, accompagné de son VJ préféré. On attend son nouvel opus, 43 Sunsets, prévu pour janvier 2012. Et puis nous, en route pour le record du monde du nombre de fêtes d’anniversaire…
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Tokimonsta - Creature Dreams (Brainfeeder)
JSa

Cindytalk & Philippe Petit + David Oppetit > le 26 à l’Embobineuse
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Avis aux connaisseurs : évènement ! Gordon Sharp, membre originel du cultissime Cindytalk (groupe de post-punk écossais des 80’s) en duo avec Philippe Petit (expérimentateur/improvisateur local/international aux multiples collaborations : Murcof, Eugène Robinson, Lydia Lunch, entre autres). Ils vont sortir un vinyle ensemble, serti d’ambiances envoûtantes où se croisent piano, guitare et field recordings. Une rencontre live inédite, immanquable pour les uns, vivement conseillée pour les autres.
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Cindytalk / Philippe Petit (Lumberton Trading Co.)
JSa

No Use For A Name + Wake The Dead > le 29 au Poste à Galène
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Si l’évènement reste la venue des Californiens de No Use For A Name, lesquels restent d’ailleurs fidèles (depuis 1987) au hardcore mélodique et au label emblématique Fat Wreck Chords (NOFX), Wake The Dead risque de créer la surprise. Les Marseillais viennent de sortir The Things We Can’t Forget, brûlot « modern old school », rapide, catchy, qui tranche par un chant sur la brèche. Ce grand moment de hardcore devrait prendre toute son envergure sur scène.
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wakethedeadhardcore.bandcamp.com
dB

Arthur H > le 1er au Cabaret Aléatoire
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A l’heure des bilans, qui, de la « génération 90 », restera dans les mémoires de la chanson française envisagée dans sa grandeur, sa singularité ? Au-delà du périmètre « indie » (la sainte trinité Dominique A/Katerine/Murat), il n’y a guère que Thomas Fersen et Arthur H, donc, que l’on gardera précieusement dans notre discothèque. Si « Higelin Jr » n’a pas la prétention artistique de son père, il en a hérité la fibre, et elle s’écrit avec un grand A. Comme Arthur.
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Baba love (Polydor)
PLX

Nasser + FK Club > Le 2 au Cargo de Nuit (Arles)
On ne présente plus mon premier, « power trio » sans complexe qui a replacé la cité phocéenne sur l’échiquier rock hexagonal et dont l’énergie brute électrise les foules à chacun de ses lives. Mon second est un duo farceur qui a fait de la scène son terrain de jeu favori, mêlant machines, batterie et guitare pour un résultat sexy en diable, entre envolées atmosphériques et bombes dancefloor. Mon tout est la preuve que la scène électro-rock marseillaise a de beaux jours et, surtout, de belles nuits, devant elle.
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www.myspace.com/wearenasser / www.myspace.com/iamthefkclub
CC

François & The Atlas Mountains > le 3 au Cargo de Nuit (Arles)
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Révélation française de la rentrée au rayon « indie », François Marry et ses trois compagnons de jeux viennent de franchir un certain palier : donner une progéniture à Dominique A, en le faisant copuler avec la crème de la scène pop moderne. Forcément métis, l’enfant se love dans un duvet de guitares ligne claire, de percussions exotiques et de groove alangui. Pour peu qu’il ne braille pas une fois arrivé sur scène, n’hésitez pas à lui donner beaucoup d’écoute.
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E volo love (Domino)
PLX

Jay-Jay Johanson > le 26 au Poste à Galène
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Celui-là, on s’en tamponnerait presque comme de sa première lessive. Ce serait dommage : si les couleurs du Suédois sont un peu délavées, elles ont plutôt passé l’épreuve du temps. Quatorze ans après ses débuts (ce goûteux Whiskey), Jay-Jay Johanson fait du Jay-Jay Johanson. Sa voix de Chet Baker épouse un canevas sonore toujours aussi souple, fait de jazz et de mélancolie, et si on doit encore parler de « trip-hop », le blondinet en figurera une touchante excroissance.
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Spellbound (Universal)
PLX

Musique Rebelle – Round 11 > le 3 au Cabaret Aléatoire
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« Trente musiciens et artistes sous la direction du batteur Ahmad Compaoré pour un évènement pluridisciplinaire placé sous le signe de la création collective, au-delà des styles et des genres. » Inutile de paraphraser. Par contre, il est urgent de se pencher sur le cas Compaoré, véritable hyperactif (des ateliers et, surtout, beaucoup de concerts), désormais incontournable dans le paysage local, enchaînant les collaborations à tout va jusqu’à ce onzième volet de Musique Rebelle, véritable ode au syncrétisme.
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www.musiquerebelle.com
JSa

Joey Starr > le 9 au Cabaret Aléatoire
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« L’expert de la maison mère » nous doit une revanche. En effet, son dernier passage à Marseille, sur la scène du Dôme en octobre 2008, dans le cadre de la reformation du Suprême NTM, nous avait laissé un goût amer, d’inachevé, d’enfumage tant le duo avait joué en mode minimum syndical après avoir fait exploser Bercy via des concerts-marathons. A en croire les premiers retours de l’Egomaniac Tour, l’ami Joey, plus affûté et grognard que jamais, tiendrait la forme du siècle et mettrait le feu tous les soirs. On ne lui demande rien de moins sur les terres d’IAM.
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Egomaniac (Jive/Epic)
HS

[23 nov 2011] Liberté d’expression : En faire tout un fromage (Mozart vs Salieri)

La scène se passe à Vienne en 1783. Attendu depuis un an par Joseph II, qui lui avait demandé de composer un opéra, L’Enlèvement au sérail, Wolfgang Amadeus Mozart débarque enfin à la cour de l’empereur mélomane afin de lui faire écouter quelques gammes de douceur dans un monde de brutes. A l’annonce de l’arrivée du prodigieux compositeur autrichien, Joseph II, ne tenant plus en place et criant tout son soûl « Mozart est là, Mozart est là… », invite Antonio Salieri, dit « le Rital fourbe » — charmant surnom que récupérera bien plus tard un certain Marco Materazzi après une sombre histoire de coup de boule — à venir saluer et écouter son « meilleur ennemi ». Jaloux comme un pou, Salieri lâche alors cette fameuse réplique en forme de calembour énorme pour l’époque où l’on se marrait pas si souvent et qui fit couler beaucoup d’encre (à ne pas confondre avec l’ancre, même si c’était le genre de gars à vous mener en bateau) : « Mozart est là, peut-être, mais n’en faites pas tout un fromage ». Son effet râpé — le jeu de mot de l’aigri Transalpin, tout comme son œuvre, fut reconnu a posteriori —, Salieri se résout à aller écouter l’enchanteur en chef. Que faut-il donc retenir de cette saillie vieille de trois siècles mais riche en calcium ? Tout d’abord, que Salieri avait un humour de merde. Ensuite, qu’il ne pouvait vraiment pas blairer Mozart. Enfin, qu’il préférait boire du petit-lait plutôt que d’apprécier un grand fromage, aliment auquel il était vraisemblablement allergique. Excepté le gruyère, seul produit laitier dont il tomba amoureux lors d’un séjour dans le canton de Berne. C’est ce qui s’appelle avoir de la Suisse dans les idées (noires).

Henri Seard

[09 nov 2011] L’interview - Oh! Tiger Mountain

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A l’heure de la parution de son premier album, Sings Suzie, nous avons rencontré Mathieu, avec lequel nous avons discuté du sens de la vie, de carrière et de trains afin de nous assurer d’avoir misé sur le bon Poulain.

Ton idéal dans la vie ?
Ne pas me planter, ne pas passer à côté. Je crois que l’idéal serait un jour de réaliser que j’ai fait tout ce que j’avais à faire, pouvoir tout simplement m’asseoir et regarder passer les trains.

Tu t’es lancé en solo et tu as cet album sous le coude depuis quelques années maintenant. Comment on vit au quotidien de son art quand on est un artiste en devenir ?
Dans l’absolu, je ne crois pas qu’il y ait des artistes en devenir : celui qui fait est « artiste ». Plus prosaïquement, c’est un peu comme un toboggan : tu descends, tu remontes, tu redescends… et souvent tu serres les dents et tu travailles, comme tout le monde. Je ne crois pas qu’être « musicien professionnel » soit capital pour être un « artiste ». Je veux dire par là qu’avoir un boulot à côté ne déprécie en rien la chose. Ce n’est pas mon cas parce que j’ai (eu) de la chance et que je suis, hum, flexible. Quant à Sings Suzie, il est vrai que j’ai fait ce disque entre 2008 et 2009, je pense qu’une part de cette longue gestation vient aussi de moi. Comme je compose et enregistre beaucoup, j’ai toujours l’impression d’avoir mieux sous le coude, parce que rien ne sera jamais assez bon. Mais cet album, c’est aussi le cheminement vers ce que devait être Oh! Tiger Mountain. Quand j’ai commencé à composer, je ne savais pas… alors j’ai cherché, j’ai appris, et tout ça a fini sur le disque.

Comment est née l’idée de jouer sur scène avec Kid Francescoli ?
Je lui ai tout simplement demandé. J’aime beaucoup sa musique, c’est un type en or et il était, de surcroît, le seul que je connaissais suffisamment polyvalent pour faire ce que j’avais en tête.

Combien as-tu fait de concerts solo depuis tes débuts et comment te sens-tu sur scène ?
J’ai dû faire une grosse centaine de concerts, dont la moitié avec le Kid en duo. C’est vrai qu’on tourne beaucoup plus depuis l’année dernière. Le fait que nous ne soyons que deux sur scène y est pour beaucoup : on tourne en train, on fait les balances en une demi-heure, on peut nous caser partout… Ne plus être seul, sans pour autant évoluer vers une formule de groupe, a été une libération pour moi. Je me suis rarement senti aussi bien pendant les concerts que depuis que je tourne avec le Kid. La simplicité de nos rapports dans tout ce qui touche à la créativité me fascine, et je ne sais pas si je la croyais possible avant… Je pense que la sensation nouvelle la plus étonnante est celle du « don » : plutôt que de m’imposer, je crois que je cherche plus à m’offrir, ça n’ouvre pas du tout les mêmes portes.

Tu préfères donc évoluer en « solo » ?
Dans les groupes, tout est une question de mode de fonctionnement et de communication, il faut faire très attention. Je me sens bien plus à l’aise pour collaborer avec d’autres musiciens depuis que j’ai « mon » projet, ça évite de se laisser encombrer par des enjeux superflus ou des problèmes d’ego improductifs, voire destructeurs… Paradoxalement, cela permet d’être plus ouvert aux apports extérieurs. Pour ma part, sur scène, la formule du duo est parfaite, la communication y est très simple.

Comment naissent tes morceaux ? Qui a droit à la primeur de tes compos et comment décides-tu de les faire grandir avant de les proposer au public ?

Tout ça est très aléatoire, malheureusement, mais bien souvent, les titres qui survivent sont composés d’une traite. Le texte vient très rapidement derrière, quelques ajustements et tout roule. Un petit moment d’épiphanie qui vaut à lui seul des jours de rien du tout… C’est aux personnes les plus proches à tous les sens du terme que j’inflige les différentes étapes de ma production. Jouer la chanson en concert est en quelque sorte un examen final, impossible de savoir avant si elle est bonne ou pas.

Des musiciens dans ta famille ?
Mon grand-père jouait du saxophone et mon père joue de la guitare. J’ai grandi avec de la très bonne musique et, par conséquent, ma famille m’a toujours beaucoup encouragé.

Si on t’offrait studio, producteur, musiciens et autres, qu’en ferais-tu, dans tes rêves les plus fous ?
J’ai des rêves tellement modestes ! Je me vois tout simplement prendre mon temps. Mais je ne sais pas si le confort m’irait bien. Le rêve serait de pouvoir enregistrer une batterie quand j’en ai envie, un accès illimité aux moyens de production… Un vrai studio à moi, en fait. Là, on n’a toujours pas de local de répétition fixe.

Le rock à Marseille et en France, mission impossible ? Tu crois à la réussite sans exil, dans un pays où la musique est formatée ?
Pour être honnête, je ne sais pas ce en quoi je crois… L’exil, s’il se fait dans un but créatif, est une idée comme une autre. En revanche, Le Rouge et Le Noir, monter à la capitale tout ça… ça me semble un peu simpliste en 2011. La géographie est tellement bouleversée par les moyens de communication que l’on doit pouvoir faire autrement. Et puis il y a de bonnes choses ici pour le rock, le dur, pas celui des tendres indies, entre la Machine, l’Embobineuse, Enthröpy ou le GRIM, dans des champs plutôt radicaux — et tant mieux — mais très ouverts : j’ai été programmé dans tous ces lieux. J’ai vu des concerts garage, noise ou expérimentaux de très haute volée. La scène punk se porte plutôt bien aussi, avec de bons groupes et des associations qui se bougent. Il est vrai que l’indie rock souffre un peu par chez nous : les Girls in the Garage ont réalisé bien des tours de force (le festival B-side, programmer Trans Am ou Thee Oh Sees…), quelques one shot au Cabaret Aléatoire, au Poste à Galène ou à l’Espace Julien, mais dans l’ensemble, peu de choses, c’est vrai. Je ne m’explique pas comment Connan Mockasin, Anna Calvi ou Thee Oh Sees, dans des styles différents, ont tous cartonné à Marseille, mais nous vivons dans une ville compliquée et fatigante.
Pour ce qui est du formatage, il est vrai que c’est compliqué quand on passe à l’échelle industrielle. Je pense que les prises de risques minimes sont inhérentes à une situation flottante au niveau de l’industrie du disque (ne pas lire : industrie de la musique). Avec l’échec en ligne de mire permanente. La production s’homogénéise et on enregistre tout partout pareil, avec les même techniques, et on masterise tout ça dans les mêmes studios. Mais ce n’est pas nouveau, un disque a toujours sonné « de son époque », avec tout ce que cela implique. Ça veut dire quoi, un disque qui sonne bien ? Il y a toujours un type pour arriver d’ailleurs avec le son de l’espace qui change tout : le game changer. Peut-être que, par chez nous, on a justement tendance à l’attendre, là où en fait nous devrions cultiver cet état d’esprit. Puisqu’au final, la demi-mesure ne satisfait personne : ni le public, ni les musiciens, ni l’industrie. Il me semble aussi qu’en France, il y a beaucoup moins de petites structures prêtes à proposer des choses plus radicales, d’où l’idée du collectif Microphone Recordings.

Que penses-tu de la critique ?
C’est compliqué parce qu’il est impossible de ne pas se confronter à la critique (positive, négative, constructive ou destructrice), mais qu’elle vous dépossède complètement de ce que vous êtes. Une fois sur la place publique, on est plus maître de qui l’on est ni de ce que l’on fait. Mais c’est pas grave car là est l’essentiel : la création fait son chemin. On est toujours l’idiot de quelqu’un d’autre, ce n’est pas toujours agréable, mais bon.

Tes textes paraissent très personnels. Ils ne se laissent pas apprivoiser aisément (normal, pour un tigre), il faut savoir lire entre les lignes. Tu t’y délivres, mais à demi-mot. Difficile de mettre autant de soi-même dans ses morceaux, de se mettre à nu ?
C’est vrai que je ne fais pas d’effort de lisibilité. Cela vient d’une astuce d’écriture que j’ai trouvée il y a un moment et dont j’essaie de me défaire : prendre pour sujet des situations personnelles très précises, sans lien nécessaire entre elles, pour les regrouper dans une sorte de patchwork sans unité de temps, de lieu ou de narrateur. Ensuite, le lien se fait par le son et la tonalité du morceau… Mais j’en sors peu à peu, j’aimerais un jour atteindre la simplicité des paroles des pionniers du rock, la placidité d’un Leonard Cohen ou du Lou Reed des bons jours. Je ne me considère pas comme un très bon parolier. Je ne pense pas me mettre vraiment à nu, ou alors simplement en partageant des doutes ou des obsessions. Après, pour le meilleur et pour le pire, j’ai appris que le ridicule ne tuait pas… ça pique un peu, au pire. C’est comme se faire péter la gueule : sur le coup, ça ne fait jamais vraiment trop mal. Ça pique un peu après.

Tu avances masqué. Qui se présente sur scène et sur disque ? Le tigre, l’homme ou cette partie de toi qui a été « cadenassée », évoquée dans Do without ?
Le masque était nécessaire, mais maintenant je m’en détache, il m’accompagne. Je crois que ce dont je suis le plus fier avec Oh! Tiger Mountain, c’est qu’il n’y a plus vraiment de différence sur scène ou à la boulangerie… C’est un peu comme si on m’offrait un petit temps pour me laisser aller et exagérer. S’il y a un personnage, c’est celui d’un moi meilleur, ce que j’aimerais être.

Il y a une vraie émotion, une réelle intensité dans tes paroles. Tu penses que la musique peut nous aider à trouver un sens à la vie (ou à la rendre moins âpre) ?
Pas nécessairement la musique, mais tout ce qui touche à l’imagination et à la créativité, tout ce qui résulte de la décision, de la volonté de transformer le monde, de se jouer de la réalité et du temps. Oui, la musique peut nous aider à arrêter de chercher un sens à la vie.

Dans Lovve behind, tu dis que les choses ne sont pas merdiques, qu’elles sont ce que nous en faisons. C’est pour cela que tu as pris ta destinée artistique en main : afin de limiter les impondérables et d’atteindre un but que tu t’es fixé ?
Oui, je refuse de penser que l’on peut être coincé, cette idée m’insupporte et je pense vraiment que la volonté et l’amour sont des boîtes à outils formidables… Malheureusement, malgré tous mes efforts, les impondérables finissent toujours par se montrer, et c’est là que tout se complique. Je ne pense pas que l’on puisse arriver à quoi que ce soit seul, même avec beaucoup d’amour et de volonté. Il faut juste s’assurer et savoir s’entourer. Je ne sais pas encore forcément le faire. Ce que je sais faire, c’est me fixer des buts humbles et réalistes. C’est aussi de ça dont parle la chanson… C’est facile de se cacher derrière de grands espoirs et des images d’Epinal, ce qui est plus difficile, c’est de se demander ce que l’on veut vraiment.

Quid de ton passage sur les planches ?
Je crois que mon travail au théâtre a énormément influencé ma manière d’envisager « le discours » en général, mais aussi, évidemment, le chant et la performance. Je n’y suis pas encore, mais il faudrait laisser faire les chansons. Je retourne au théâtre avec Hubert Colas pour une nouvelle création cet hiver au Théâtre de Gennevilliers à Paris, puis au Merlan à Marseille.

Bon, parlons franc jeu : tes influences ?
C’est vrai que j’écoute tellement de trucs que c’est difficile à dire… Pour Oh! Tiger Mountain, je crois avoir plus en tête un climat et un son plutôt qu’un style. Les trucs que j’ai le plus écoutés, c’est le Velvet, Tom Waits, Nick Drake, Yo la Tengo, les Buzzcocks, Sparklehorse… et In a bar under the sea de dEUS. Et ma cassette Marquee Moon / Chelsea Girls. J’ai grandi avec le rock 60’s 70’s, puis AC/DC, les Ramones et les Stray Cats, avant un court intermède Guns & Roses… Weezer, Smashing Pumpkins, Nirvana, Hole puis la brit pop à fond. Premier concert des Boo Radleys et Sleeper en 6e, Elastica, Pulp, puis Sebadoh, Beck, Pavement, Sparklehorse, Sonic Youth et les Pixies. Puis, en seconde, le post-rock, le post-hardcore : Tortoise, Mogwai, Slint, Shellac, The For Carnation… Les trucs shoegaze que je n’avais pas calculés : MBV, Slowdive, etc. L’électro bizarre aussi… Puis le jazz de Coltrane et Mingus, le garage psyché Born Bad / Nuggets… le krautrock aussi. Puis tout le reste, comme un glouton, encore et toujours. J’ai eu de très bons formateurs : ce sont souvent des amis qui m’amènent vers de nouvelles choses.

Les cinq albums qui signeraient « la bande son de ta vie” » ?

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Ouh là, j’ai déjà cité beaucoup de groupes. Période fin de collège alors :
Weezer - Blue Album
Nick Drake - Pink Moon
Sparklehorse - Vivadixiesubmarinetransmissionplot
Tom Waits - Small Change
Pavement - Wowee Zowee
Pulp - Different Class

Quels disques pour 2011 ?
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Kurt Vile - Smoke Ring For My Halo
Thee Oh Sees - Warm Slime / Castlemania / Castle Face Group Flex
Bill Callahan - Apocalypse
Cass McCombs - Wit’s End
Connan Mockasin – Forever Dolphin Love
Sun Araw - Houston Abstros / Ancient Romans
Peaking Lights - 936
Ducktails - III Arcade Dynamics
Real Estate - Days
Woods - Sun & Shade
Atlas Sounds - Parallax
Deerhoof - VS Evil
Black Lips - Arabia Mountain
Bertrand Belin - Hypernuit
Maria Minerva - Tallin at Dawn
Julian Lynch – Terra

Tu penses vraiment que les oiseaux sont des cons ?
Ils ne me font pas peur.

Propos recueillis par Sébastien Valencia

Rens. ohtigermountain.bandcamp.com / www.myspace.com/ohtigermountain
Dans les bacs : Sings Suzie (Microphone Recordings)

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Focus
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Microphone Recordings
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Collectif d’artistes fondé en 2009 par Oh! Tiger Mountain et Kid Francescoli, sa finalité est « de profiter du chaos général pour réfléchir, entre gens de bonne compagnie, à des moyens de diffusion plus humains, et à se dégager de certains impératifs commerciaux pour générer une pensée purement créative, tout en se familiarisant avec le fonctionnement administratif du monde de la musique. Se sentir moins seul, en partageant avec d’autres des doutes, des infos, des stratégies. Véhiculer une image et une identité commune à plusieurs artistes, sans leur ôter leur individualité. Et, surtout, être aux manettes de A à Z, faire plutôt que regarder faire ou attendre. Ne pas travailler que pour soi-même, sortir la tête du seau pour aller voir, écouter, conseiller un autre artiste. »

Les artistes du label

JOHNNY HAWAII Pop expérimentale et instrumentale à base de samples et de guitares. De la musique chill, fresh et intelligente.

KID FRANCESCOLI Pop douce-amère emmenée par un chant doux, enrobée de synthé analogique, où se croisent Grandaddy, John Carpenter, Air, Morricone ou Sparklehorse.

THE PERFORMERS Ce festival cinémascope psychédélique est le projet d’un Marseillais exilé à Edimbourg. Des fresques pop incroyables, denses et fragiles, entre Deserter’s Songs et 2001, l’odyssée de l’espace.

MOONDAWN
Folk psyché sous haute influence Spacemen 3. Le projet solo de Pedro, d’Eastern Committee. Des guitares acoustiques, une chambre d’écho vintage et une voix caverneuse pour un résultat prenant et planant.

CYD JOLLY ROGER Un ensemble psychédélique de cinq jeunes gens (guitares, claviers, violons, basse, batterie) qui écrivent de longues et belles chansons épiques, fragiles et satellisées.

DJ DESCHAMPS un one man band de space rock festif inspiré par Neu! et Isabelle Adjani. Auteur de deux EP (réalisés à l’aide d’un Farfisa, d’une guitare électrique et d’une boîte à rythmes) et d’un EP de remixes.

SV

Rens. microphonerecordings.blogspot.com

[09 nov 2011] 10 years DFA Records au Cabaret Aléatoire

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House of music lovers

Le label new-yorkais DFA fête ses dix ans, et se donne à écouter en version « club » lors d’une escale au Cabaret Aléatoire. Enjoy.

L’anecdote est célèbre : à la fin des années 90, un musicien américain issu du punk-rock découvre les drogues de synthèse, et parallèlement qu’il peut y avoir une vie après le cap de la trentaine, sur le dancefloor (et sous la grosse boule à facettes). Bien sûr, l’anecdote est un peu réductrice, mais elle en dit long sur cette décennie qui se termine alors… Le type en question, au physique de Bisounours mal léché, c’est James Murphy. Il a joué dans divers groupes de la scène dite alternative, est ingénieur du son, et cherche à faire quelque chose de tout ce qu’il a acquis : un certain sens du désordre, un vrai talent de producteur, mais aussi le goût du crossover entre les genres. Surtout, James Murphy est new-yorkais. Il aime profondément sa ville, son champ des possibles, sa vie qui transpire par tous les pores, et bien sûr son histoire musicale – ici est né le punk (au club CBGB), la disco (dans le Loft de David Mancuso) et plein d’autres choses passionnantes entre ces deux genres… dont la « no-wave ». Ce dernier courant musical, symptomatique d’une Grosse Pomme en pleine ébullition à la charnière des années 70 et 80, Murphy saura s’en souvenir. Et lorsqu’il rencontre Tim Goldsworthy, producteur anglais qui sort tout juste d’aventures tout aussi transversales au sein du label Mo’Wax, il sait qu’il tient enfin quelque chose.
Trois initiales, pour « Death From Above » (du nom des soirées qu’il organise dans différents bars) : ce sera un label, sur lequel il sortira la musique de ses potes, ceux avec qui il partage une même vision érudite mais hédoniste de la musique. A la grande surprise des intéressés, les trois premiers maxi-vinyles de DFA déclenchent une tornade : House of jealous lovers de The Rapture (revisiter James Chance), By the time I get to Venus de Juan MacLean (réunir Kraftwerk et Giorgio Moroder), et enfin Losing my edge de LCD Soundsystem (écouter Mantronix produire la rencontre de The Fall et Can). A partir de là (on est en 2002), DFA va devenir l’épicentre d’une nouvelle scène partagée entre ses racines rock et ses vélléités « dance », puis progressivement s’imposer comme un label aux oreilles sûres, grand ouvertes, mais parfaitement cohérent dans ses choix et sa démarche (indé, il fera distribuer ses disques en Europe par une major tout en gardant un contrôle artistique total). D’abord, en laissant grandir LCD Soundsystem, le projet du taulier, qui reste l’un des trois groupes les plus passionnants des années 2000. Ensuite, en signant des artistes aussi artistiquement proches (Juan MacLean, Hercules & Love Affair, Shit Robot) que radicaux et singuliers (Black Dice, Planningtorock, Syclops…). Enfin, en se forgeant une identité disco lorgnant vers la house (qui en découle) via la sortie de plus en plus fréquente de maxis. Car lorsqu’il s’agit de plonger son nez dans la disco, les mecs de DFA s’en foutent plein les narines. Toute l’esthétique DFA est tournée vers cet âge d’or : celui des clubs où l’on laissait rentrer tout le monde, si tant est que chacun se laisse porter par cette vibration libertaire qui émanait des baffles, et en finisse au moins pour un soir, une nuit, avec toutes ces barrières qui sont le quotidien de nos vies.
Dix ans, donc et déjà, que DFA fait avancer la musique. Pas forcément en le cherchant, comme pourrait le faire un Warp lorsqu’il tend à croiser musiques électroniques et rock. Mais plutôt en faisant les choses au feeling, pour le plaisir, en revendiquant clairement de puiser dans l’Histoire pour mieux se tourner vers l’avenir. En cela, DFA est le premier des labels à avoir popularisé une conception du recyclage née dans les années 90, car il l’a fait en y apportant de la valeur ajoutée, propre à son époque. Définitivement visionnaire.

PLX

10 years DFA Records, le 11 au Cabaret Aléatoire à 22H, avec aux platines Juan MacLean, Shit Robot, Dj Paul et Dj Steef
www.dfarecords.com et www.crownrebels.com

[09 nov 2011] Vote for Ventilo

affiche Ventilo 10 ans

Vous connaissez sûrement des cordonniers mal chaussés et des coiffeurs mal coiffés. Et bien sachez qu’il est compliqué pour nous d’écrire sur les soirées auxquelles nous nous greffon sauvagement (comme dirait DSK), pour fêter encore et toujours nos dix ans, avec la ferveur du pêcheur en pleine tempête (comme dirait DSK). Cette fois-ci, rendez-vous est donné au Duke, où Anaïs et Pedro célèbrent le premier anniversaire de leur blog, avec Meisterfackt et Dj Djel aux platines. Venez passer du bon temps (comme dirait DSK), et jeter une oreille sur nos conseils légaux les plus éclairés et autres formules de bon aloi, même osées, voire graveleuses. Celles qui, impossible à contenir (comme dirait DSK) après quelques verres de vodka, ressurgissent dès les premières lueurs de l’aube comme de vieux fantômes mal léchés (comme dirait DSK). Et en matière de marronnier regrettable, pitoyable et — ce n’est pas faute de vous avoir prévenus — graveleux donc, excelle le fameux « Comme dirait DSK », à disposer à chaque fin de phrase… Private joke, hein, comme dirait DSK.

_Le 10/11 au Duke (59 rue d’Endoume, 7e).
Rens. www.anaisetpedro.com
www.ledukebistrotmoderne.com
www.facebook.com/Comme.dirait.DSK

[09 nov 2011] Les Inovendables

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« Festival dédié aux musiques improvisées, au détournement d’instruments et à la lutherie expérimentale… Les musiciens participants viennent d’horizons divers, de la musique classique, ancienne, traditionnelle, contemporaine, du jazz, du rock. » Tout est dit ? Non. La manifestation signée Léda Atomica Musique (espace de création à La Plaine) tient une place de choix dans l’éventail des évènements musicaux marseillais avides d’expériences et de rencontres. Outre tout le mérite que cela représente, notons entre autres, pour cette cinquième édition, la carte blanche allouée à Philippe Petit, figure emblématique internationale en musique improvisée (pour faire court), et la participation exclusive du duo Manu Théron/Gildas Etevenard, ou la rencontre entre le fondateur du Cor de la Plana et un poly-instrumentiste axé jazz. A (re)découvrir.

_Du 18/11 au 3/12 à Léda Atomica Musique (63 rue Saint Pierre, 5e). Rens. 04 96 12 09 80 / ledatomica.mus@free.fr

[09 nov 2011] Short Cuts 289

short-cuts 289

Norman Jay + Gizelle Smith > le 10 au Cabaret Aléatoire
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Les soirées Tighten Up ! (du nom de la compilation du label Trojan) se déclinent désormais en série, sans renier leurs origines britanniques. Un line-up de grande classe, entre la cultissime voix soul de Gizelle Smith et les sélections musicales d’un des grands noms de la nuit londonienne : Norman Jay. Sans oublier deux des Dj locaux les plus actifs, Mars Blackmon et Selecter the Punisher, afin d’achever cette soirée qui s’avère d’ores et déjà inoubliable, et tardive !
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www.crownrebels.com
X-Ray

General Elektriks + Antonionian > le 11 au Centre Frédéric Mistral (Peyrolles-en-Pce)
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Le festival Tour de Pays d’Aix a plus d’une carte dans sa manche, et s’offre ici une soirée électro-pop/rock de bonne facture. Même s’il n’a pas fait la une des magazines spécialisés, il convient de se pencher sur le cas Antonionian, projet solo d’un des membres de General Elektriks, de Subtle (aux côtés de Dose One et Jel… la classe), et également producteur de 13&God (Subtle plus The Notwist… toujours la même classe). Il a sorti son premier album éponyme au début de l’année, on vous le conseille.
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Antonionian (Elektriks Collection, 2011)
JSa

Kill The DJ > le 12 au Cabaret Aléatoire
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Deuxième soirée organisée au Cabaret par l’équipe de Crown Rebels (après les dix ans de DFA, la veille). Ces gens-là ont du goût : Kill The DJ est l’un des meilleurs labels électro français, tant au niveau de l’esthétique, sombre, que de la démarche, pure, intransigeante. Ivan Smagghe et Chloé en sont les têtes de proue, brillantes et déglinguées. Inviter leurs amis parisiens de Discodeine (pour un live très attendu) est le gage d’un peu de couleurs dans la grisaille.
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www.crownrebels.com
PLX

Trio Sabbagh/Monder/ Humair > le 12 au Moulin à Jazz (Vitrolles)
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Louée soit la dream team de Charlie Free pour nous concocter, au cœur d’une saison automnale d’excellence, un plateau jazzistique d’une saveur inégalable. Un « leader » saxophoniste ténor et new-yorkais d’adoption, a su convaincre deux maîtres de la note bleue pour s’associer avec lui dans un tourbillon de swing, un maelström d’improvisation dont nul ne ressortira indemne. Aux côtés de Jérome Sabbagh, donc, Ben Monder, l’un des meilleurs guitaristes de la Grosse Pomme, et Daniel Humair, batteur expressionniste.
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www.charliefree.com
LD

The Gladiators + Dub Akom > le 15 à l’Espace Julien
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Un énième passage des Gladiators à Marseille fait sourire, on ne sait même plus s’il reste un des membres originaux au sein de ce groupe mythique qui a eu son heure de gloire à la fin des années 70, avec la signature sur Virgin. Depuis, plus aucun tube mais toujours le même one drop, toujours le même feeling mais plus du tout d’âme. Ce sera donc aux Marseillais de Dub Akom de ravir la première place (avec Lyricson qui remplace Etana, en première partie), et de donner un peu de chaleur à ces cendres de gladiateurs.
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www.myspace.com/gladiatorroots
X-Ray

Thee, Stranded Horse (Incisif #1) > le 17 aux Salins (Martigues)
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Derrière Thee, Stranded Horse se cache Yann Tambour, jeune Bordelais déjà connu pour son projet Encre, qui a depuis délaissé sa guitare pour s’intéresser à la kora. Avec lui, le folk-blues retrouve donc ses couleurs originelles, à la fois celles des griots africains et celles des bluesmen du Mississipi. Ses compositions sont d’une beauté troublante et les paroles, murmurées, créent entre la scène et le public une intimité propice aux plus belles évocations oniriques et poétiques.
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Humbling Tides (Talitres, 2011)
Nas/im

Syd Matters > le 19 à L’Usine (Istres)
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Cela fait maintenant huit ans et quatre albums que Syd Matters distille une pop mélancolique et racée. Après avoir façonné son dernier opus dans les lieux les plus insolites lors de sa tournée sobrement intitulée « Ballades Sonores », Jonathan Morali fait son retour sur scène. Il délaisse sa guitare pour se concentrer sur le piano et le chant, le tout porté par une production travaillée et originale. Toujours les mêmes sonorités, douces et étranges, et cette inventivité saisissante. Incontournable !
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Brotherocean (Because, 2010)
MM-S

Meltones > le 19 au Poste à Galène
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Après une signature au sein du label communautaire My Major Company, le quatuor francilien sort enfin son premier album Nearly Coloured. Influencé (parfois trop) par la pop anglaise de ces dernières années, le groupe réussit néanmoins à produire des titres accrocheurs, aux mélodies efficaces, soulignées par des arrangements soignés. Philippe Zdar, pilier de la French Touch, signe la production d’un premier opus prometteur.
Nearly Coloured (My Major Company, 2011)
MM-S

[25 oct 2011] L’interview : Frédéric Nevchehirlian

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Alors que l’artiste marseillais s’apprête à délivrer un album de haute volée, entre rock et poésie déclamée autour de textes de Jacques Prévert (voir chronique), nous avons profité d’une rencontre pour le « décortiquer » avec lui.

Attendez-moi sous l’orme, comptine douce-amère, donne le ton du disque. Les puissants promettent, le peuple espère : les choses ne changeront donc jamais ?
« La politesse est l’exactitude des rois » : c’est la morale de la fin du texte. Les textes de cet album sont d’une modernité surprenante, leur insoumission, leur militantisme jamais caricatural. Le disque ouvre sur le Prévert qui nous est familier, le Prévert de l’amour. Mais il y a déjà en toile de fond la dimension politique qui est le centre de l’album.

La lettre à Janine, de Jacques à son épouse, se révèle d’une tendresse et d’un romantisme poignants. A l’époque d’Internet, le glas aurait-il sonné pour les relations épistolaires intenses ?

C’est une lettre inédite. On voit ici comment Prévert relie dans sa plus profonde intimité l’amour et la révolte. C’est Mathilde Deneux, qui travaille à Fatras, la Succession Jacques Prévert, qui me l’a montrée. Le livre-disque contient le manuscrit de la lettre, mais aussi des dessins inédits, des Polaroïds inconnus. C’est un bel objet avec un livret de trente-deux pages, plus agréable à manipuler qu’un album dématérialisé, c’est sûr. Je conserve les lettres que je reçois, enfin, celles écrites par des gens proches. Celles de ma famille, de mes amis. J’aime écrire aussi pour des occasions particulières ou pas, des cartes postales surtout. Donc pour moi, le glas n’a pas sonné, mais les correspondances n’ont pas besoin d’être intenses, une petite pensée, deux mots suffisent.

Marche ou crève est le premier manifeste agit-prop du disque, issu du répertoire de la troupe Octobre. Notre génération, qui n’a pas eu à prendre les armes, saurait-elle faire preuve d’une telle force de résistance ?
C’est le dernier morceau qu’on ait enregistré. C’est un peu une comme une marche. Quand j’ai découvert le texte, l’image d’un défilé m’est venue, le front levé, les bras en cadence, une marche folk. On nous a rebattu les oreilles avec 68, que la révolution, ceux d’avant l’avaient faite et bien faite, et qu’on ne ferait pas mieux, que cela ne servait à rien, « marchons marchons marchons gaiement », dit le texte… J’ai appris plus tard que ce texte était l’hymne du groupe Octobre. Pour moi, la transmission entre générations est liée à la question de l’acceptation de la mort, et pas à la question du pouvoir. Accepter de mourir, de céder sa place, ou de continuer différemment, oui. S’accrocher au pouvoir, freiner la transmission, non.

Travailleurs, attention. La lutte pour l’égalité entre les hommes et dans l’emploi était chère au cœur de Prévert. Tu crois aux lendemains qui chantent ?
Désormais, je rapproche Prévert d’un autre grand poète français : Arthur Rimbaud. Ils ont la même rage, le même dégoût des petits clans, de la bourgeoisie de province, de l’exploitation de l’homme par l’homme. Seul l’espoir les sépare. Rimbaud a renoncé très vite à l’écriture, alors que Prévert n’a pas cessé.

Il ne faut pas rire avec ces gens-là, morceau puissant comme du Diabologum, est une critique de ceux que Brel qualifiait de « cochons » : la bourgeoisie serait donc une espèce à part ?

La bourgeoisie provocante, c’est celle visée par Prévert, je trouve ce terme plus juste. Prévert ne fait pas de généralité, il est précis dans ses attaques.

Citroën. Se produire sous son propre nom quand on travaille en équipe, une gageure ?
Prévert a écrit ce texte à la suite des premières grèves chez Citroën à la demande du groupe Mars, et est allé le dire en direct à la radio. Ça a fait l’effet d’une bombe.

Le soleil brille pour tout le monde résonne comme un écho à Tout, de ton album Monde ancien monde nouveau. Pour avoir plongé dans l’intimité de Prévert, te sens-tu proche de lui artistiquement ?

Oui, c’est un peu vrai, Tout fonctionne comme un inventaire. Le soleil brille… donne son nom à l’album, c’est le poème que Camille Clavel m’a proposé de mettre en musique pour son documentaire Prévert, parole d’un insoumis. Tout est parti de là. Il m’a présenté à Eugénie Bachelot-Prévert, la petite-fille du poète, qui m’a ensuite invité à découvrir d’autres textes tout en me faisant confiance. Au début, je n’étais pas convaincu par l’idée de mettre en musique un poète connu, je trouvais même cela un peu vieillot. Mais ce sont les textes qui m’ont fait changer d’avis. Ils sont radicaux. Le premier titre que j’ai composé a été Maintenant j’ai grandi.

Le cancre, qui évoque Les 400 coups de Truffaut, est toujours au programme de l’Education Nationale. Qu’en pense le professeur de français qui sommeille en toi ? Une touche de subversion à l’école est salutaire ?
Un sifflet dissonant et une rythmique lourde. C’est un poème-phare, que tout le monde connaît. Je continue de faire des ateliers d’écriture dans différents endroits, j’aime bien. Mais le professeur dont tu parles ne dort plus. Comme dans Le dormeur du Val de Rimbaud, il est bien mort.

Confession publique. Trouves-tu que le temps passe trop vite pour savourer vraiment la vie ?
C’est l’un des premiers que j’ai faits. J’y suis très attaché. Voir les gens fredonner des textes de cette violence contestataire, n’est-ce pas cela, la gageure ?

Familiale, c’est un texte, une voix. On retrouve le poète des soirées slam. La solennité du silence pour donner leur pleine valeur aux mots ?
Ce texte est connu, il est issu de Paroles, le premier recueil de Prévert. Ce texte terrible suscite des réactions très opposées quand je le fais sur scène. Le silence est le fait du studio d’enregistrement, je n’ai jamais exigé le silence dans une salle ou au cours de mes soirées slam. Je n’aime pas la solennité. Ce qui me plaisait dans le slam, justement, c’était le défi de se faire entendre dans le brouhaha d’un bar, et se faire entendre, ce n’est pas crier plus fort que les autres ou imposer le silence.

Le Re-liftier est un instrumental basé sur le chef-d’œuvre de Paul Grimault, Le roi et l’oiseau. Une expérience forte dans ton enfance ?
On ne l’a fait qu’une fois au studio, et le magnéto a tourné, Tatiana Mladenovitch à la batterie, Christophe Rodomisto à la guitare solo, et moi à la guitare rythmique. On a vraiment pris du plaisir à improviser. Le solo de Christophe est vraiment mortel !

Maintenant j’ai grandi parle du refus de la compromission. Nevchehirlian, artiste insoumis ?
C’est le second titre que j’ai composé après Le soleil brille…, il a déterminé l’ensemble des textes. Une prise de basse, puis la voix. On a gardé ça en y ajoutant des arrangements, très peu. On n’a d’ailleurs pas eu le temps de tergiverser, on a enregistré l’ensemble en cinq jours. A cette époque, on croyait enregistrer une bande-son qui m’accompagnerait seul en scène pour un spectacle sur des textes de Prévert. Ce travail à l’aveugle nous a peut-être permis d’aller à l’essentiel. En tout cas, cela a créé une homogénéité forte entre les titres, et j’y suis attaché. « Secouer la tête pour dire non, et sourire pour dire oui », simple non ?

Morceau mystère. Quelle est ta madeleine de Proust musicale ?
Les vieux amants de Jacques Brel. Mon père a eu beaucoup d’admiration pour lui, et l’a vu plusieurs fois en concert. Quand j’entends cette chanson… c’est sûr, je revois certaines années.

Propos recueillis par Sébastien Valencia
Photo : Frédéric Nechehirlian

Prévert & Nevchehirlian - Le soleil brille pour tout le monde ? (Internexterne / L’autre Distribution)

Soirée de lancement le 8/11 à la Librairie l’Histoire de l’œil (25 rue Fontange, 6e).
Rens. 04 91 48 29 92 / www.histoiredeloeil.com

[25 oct 2011] Honest Jon’s Chop Up 2011 : le 30/10 au Dock des Suds

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Le banquet du peuple

C’est l’événement de la vingtième Fiesta des Suds : un concert de clôture exceptionnel autour des artistes du label Honest Jon’s, pépinière anglaise de talents issus des quatre coins du globe. Un projet qui en dit long sur l’ouverture d’esprit de son géniteur, Damon Albarn.

« Chop Up » : en argot nigérian, le « festin », les « agapes ». Un banquet où chacun est invité à festoyer, qui qu’il soit, d’où qu’il vienne, pour peu qu’il ait quelque chose à apporter au grand édifice et qu’il ait envie de le partager avec les autres. Ce banquet, c’est l’Anglais Damon Albarn, leader de Blur et co-fondateur de Gorillaz, qui l’a voulu. Mais ne le dites pas trop fort, ça pourrait l’agacer. Damon Albarn a beau être au centre de la fête, il n’en est que le porte-voix : tous les artistes qu’il a réunis au cœur du « Honest Jon’s Chop Up », cette série de concerts itinérants organisés par son label (Honest Jon’s), sont placés sur un même pied d’égalité. Qu’il s’agisse de stars ou d’illustres inconnus. L’affaire a débuté en 2008, sous la forme d’une « jam » concrétisant cette idée simple mais fabuleuse : faire jouer ensemble des musiciens que rien — a priori — ne prédisposait à se croiser un jour. Pour cette tournée 2011 d’une poignée de dates (dont celle-ci est la seule en France), sont ainsi présentés sur une même scène : Tony Allen (historique batteur de Fela Kuti), Flea (bassiste des Red Hot Chili Peppers), Theo Parrish (figure culte de la deep-house), Fatoumata Diawara (chanteuse et comédienne malienne), Hypnotic Brass Ensemble (fanfare jazz noire américaine), M.Anifest (rapper ghanéen), Cheick Tidiane Seck (claviériste malien de renom) et enfin Shangaan Electro (étonnant collectif sud-africain utilisant des marimbas sur un tempo effréné). Tous seront là, ensemble, et personne ne sait vraiment comment ils vont jouer. Un vrai bordel à organiser, selon les agendas de chacun, mais aussi, pour l’équipe du Dock des Suds (Latinissimo), une validation historique du travail qu’elle mène depuis de longues années avec les acteurs des musiques du monde. C’est en effet à l’occasion de Babel Med, le « petit frère de la Fiesta » consacré à la découverte (chaque année au printemps), que le label Honest Jon’s a pu prendre contact avec le Dock. Au final, ce dernier clôture de la plus belle des façons une vingtième édition anniversaire qui a déjà connu beaucoup de temps forts.
Mais au-delà du feu d’artifice annoncé, pourquoi cette prestation est-elle si importante ? Parce qu’elle souligne ce que doit être la musique dans le futur (et ce qu’elle aurait toujours dû rester) : une porte ouverte sur le monde, un médium universel, un langage qui dépasse les frontières, géographiques, temporelles, culturelles, artistiques. Évidemment, ça paraît extrêmement simple, mais ce n’est pas à la portée de tout le monde. Il aura fallu qu’un homme, connu et suffisamment humble pour ne pas cannibaliser le projet, se serve de sa grande notoriété pour la mettre au service de gens que l’industrie oublie. Leader de l’un des meilleurs groupes pop de son temps, devenu star avec un projet audiovisuel bancal mais fédérateur, Damon Albarn aurait pu se lancer en solo ou capitaliser sur ses royalties. Il a préféré se consacrer à la vraie vie, aux rencontres, aux voyages. Ça a commencé en 2002 avec Mali Music, projet spontané où il se glissait parmi des musiciens maliens. A partir de là, il a signé sur son label tout ce qu’il trouvait d’excitant au fil de ses pérégrinations, initié d’autres projets similaires tels Africa Express, soutenu l’ONG Oxfam International. Sans jamais la ramener comme peut le faire un Bono, ni d’ailleurs chercher à rameuter les médias (ce qui est toujours un signe d’intelligence). En fait, Damon Albarn exprime tout simplement ceci : l’homme du futur est celui qui saura se servir de ses réseaux pour en créer d’autres. Il aura une vision à 360°, il sera réfléchi, accueillant, apaisé. Dans le monde de la pop, il n’y a guère aujourd’hui que ce type-là et Thom Yorke (Radiohead) pour faire avancer ainsi les idées. Ce ne sont plus des icônes charismatiques telles qu’on en avait dans les années 60 ou 70, mais des repères à taille humaine qui véhiculent une autre forme de révolution propre à leur époque. Celle-ci a changé : il s’agirait maintenant de penser collectif.

PLX

Honest Jon’s Chop Up 2011 : le 30/10 au Dock des Suds.
Rens. www.dock-des-suds.org / www.honestjons.com

[25 oct 2011] La Boulangerie 2 une nouvelle fournée de la Fine Equipe

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Pétris de talent

Après Fantastic Planet en 2010, mise en bouche orbitale, la Fine Equipe, collectif de djs et beatmakers, livrait en juin dernier la deuxième fournée d’une Boulangerie aux saveurs plus que gourmandes. Petite séance de rattrapage.

Après leur collaboration avec le MC américain Mattic par le biais de Wax Taylor, puis avec la chanteuse danoise Astrid Engberg sur Fantastic Planet, la tentation était trop grande pour ne pas « réunir un maximum de potes sur un album instrumental, confie Oogo, l’un des quatre membres de la Fine Equipe (avec Blanka, Mr Gib et Chomsk’). Nous avons voulu explorer de nouvelles recettes dans lesquelles on retrouve les saveurs des musiques de ces cinquante dernières années, à la sauce électro hip-hop. Il y en a pour tous les goûts. » Dans La Boulangerie 2 donc, vous ne trouverez pas moins de dix-sept beatmakers, alors un conseil : goûtez au Papanasi, continuez par un Okin et complétez votre menu par la Fougasse… Votre pavillon auditif s’agitera sous ses saveurs influencées par des artistes comme J Dilla ou Madlib. Côté live : le Trianon, le Nouveau Casino (avec ASM) et Sanayes pour Paris, le Bus Borderline, la Cabane du Roucas, Marsatac et une session avec Xzibit pour Marseille, plus d’autres dates ici et là. Les quatre de cette Fine Equipe se sont rencontrés à l’âge d’or du scratch et des compétitions DMC pour animer des émissions radio à Marseille puis à Paris. Aujourd’hui, le carnet de commande est bien rempli et les projets tenus au chaud, notamment via le label Nowadays Records, paré pour lancer sa série d’albums de beatmaking (instrumental, donc) Just a Lil’ Beat, dont le premier volet sortira fin janvier 2012. Mais aussi d’autres projets, comme le EP de Blanka ou de oOgo & Chomsk’, dans une ambiance un peu plus “club”. Pour l’instant, priorité au live (via le tourneur d’Hocus Pocus, dj Cam, Beat Torrent…), car l’appétit vient toujours en mangeant. Ne mettez donc pas vos baffles et vos esgourdes au régime !

Christelle Giudicelli

La Fine Equipe – La Boulangerie 2 (Believe/Nowadays Records). Rens. www.nowadaysrecords.com

[25 oct 2011] VentilOogie

affiche Ventilo 10 ansNous soufflons la septième de nos dix bougies d’anniversaire (vous saisissez ?) chez Oogie, avec des « petits jeunes » qui se lancent aux platines : Paul de Virgo Music (à domicile) et Phred (en déplacement, mais pas très loin de chez lui : La Dame Noir), et peut-être toi ! Toi qui arpente ces pages à chaque quinzaine, qui scrute le moindre détail, avide, les mains couvertes d’encre que tu badigeonnes compulsivement sur tout ton corps les soirs de pleine lune, en formant des grands O, ricanant, les yeux injectés de sang… Viens rencontrer l’équipe d’un journal qu’il n’est plus utile de présenter, dans un lieu qu’il n’est plus utile de présenter, toi, à qui l’on attend d’être présenté.

_Le 27/10 chez Oogie Lifestore (55Cours Julien, 6e).
Rens. www.journalventilo.fr
www.facebook.com/ventilojournal

[25 oct 2011] Short Cuts 288

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Ewan Pearson > le 28 aux Grandes Tables de la Friche
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L’équipe de Mix en Bouche remet le couvert aux Grandes Tables avec « une brochette de chefs connus pour leur interprétation respectueuse mais libérée de la cuisine traditionnelle. » Et, en invité musical super luxe, Ewan Pearson, l’un des tous meilleurs dj’s anglais (il a également produit et remixé bon nombre de stars et groupes indie en vogue). Sa house est toujours d’excellent goût, pointue, panoramique et raffinée, et l’homme se fait rare dans le Sud. Profitez-en.
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We Are Proud of Our Choices (Kompakt, 2010)
PLX

Agnes Obel > le 28 au Silo
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Belle sirène en provenance du Danemark, influencée par des auteurs compositeurs contemporains comme Joni Mitchell ou Roy Orbison et des musiciens français tels Claude Debussy ou Erik Satie (qui inspirera largement l’univers de son premier album Philharmonics), Agnes Obel allie des mélodies pures et une voix délicate pour nous emmener dans un monde mélancolique et apaisant. Jonglant entre silence, douceur et nostalgie, allant même jusqu’à greffer des séquences lugubres, elle ne manquera pas de nous enivrer.
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Philarmonics (PIAS)
LM

Cheveu + Motto > le 28 au Poste à Galène
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Si on vous en remet une couche avec le festival noise rock Chhhhhut, c’est parce que ses artistes et son concept en valent vraiment la peine. Motto : deux membres de Das Simple, math rock instrumental, opposition entre brut et raffiné, de longues progressions ascendantes, abrasif, etc. Cheveu : opposition entre rythmes cheap et orchestrations grandiloquentes, signé chez Born Bad, une voix atypique, que des tubes sur son dernier album, une fraîcheur de chaque instant qui élargit le public noise, etc.
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chhhhhut.wordpress.com
JSa

Camille > le 28 au Toursky
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En attendant Marius (son premier enfant), Camille a composé Ilo Veyou (son quatrième album), dans lequel, accompagnée d’un quatuor à cordes, elle immortalise ses pérégrinations énigmatiques de future maman. Cheminant de la comptine à la chorale d’enfants schizophrénique, l’album oscille entre compos bluffantes et plats réchauffés. Quoi qu’il en soit, sur scène, sa présence hypnotique et sa voix entêtante lui confèrent toute la grâce d’une chanteuse hors du commun.
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Ilo Veyou (EMI, 2011)
DC

Raekwon > le 29 au Cabaret Aléatoire
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L’échappé du Wu-Tang Clan est de passage. Si son set est à la hauteur de son dernier opus, Shaolin vs. Wu-Tang, il risque bien de mettre le feu au Cabaret. Car Monsieur a non seulement un flow d’enfer, mais aussi et surtout un sens de conteur hors pair, pas celui d’un simple storyteller, mais celui d’un conteur de l’anomie babylonienne. Ce troubadour américain connaît son affaire musicale, c’est du pur rock’n’roll. Parrain du hip-hop East Coast, il a même fait la paix avec l’Ouest.
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Shaolin vs. Wu-Tang (Ice H20/EMI Records)
LD

Housse de Racket > le 29 au Cargo de Nuit (Arles)
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On les avait découverts en 2008 avec un premier titre, Oh Yeah (extrait de Forty Love, leur premier album), complètement kitsch mais surtout hyper efficace. A présent signé chez Kitsuné, le duo parisien totalement déjanté délivre une petite pépite pop électro produite par Philippe Zdar. C’est malin, bien foutu, les textes pleins de second degré sont portés par des arrangements et une rythmique efficaces. Pour tous ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’assister à leur performance à Marsatac, direction Arles !
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Alesia (Kitsuné)
MM-S

Zone Libre > le 5 à la Salle des Terres Blanches (Bouc-Bel-Air)
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Le nouveau projet de Serge Teyssot-Gay (Noir Désir, voir chronique) mérite le déplacement (dans le cadre du festival Tour de Pays d’Aix), pour assister à ce qui est sans doute l’évolution la plus aboutie du mélange hip-hop/rock français. A savoir la conjonction des plumes amères et engagées de Casey et B.James sur fond d’expérimentations free rock des guitares de Teyssot-Gay et Marc Sens. Un mélange hétérogène qui prend tout son sens sur scène. Nous l’avions constaté lors d’un précédent concert : une vraie claque !
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Les Contes du Chaos (Intervalle Triton)
dB

Christophe Marguet > le 5 à la Médiathèque de Gardanne
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Le cool cat Christophe Marguet, batteur d’excellence, est-il victime d’un héliotropisme latent ? Récemment vu au Cri du Port en compagnie de Claude Tchamitchian, le voilà qui revient. Longtemps associé à la geste musicale de Paul Motian, Marguet n’en est pas moins un indigné de la note bleue. Convoquant les auspices des duos batterie/sax à la Max Roach/Archie Shepp, hérauts des revendications émancipatrices afro-américaines, il nous convie à un set de résistance aux côtés de Daniel Erdmann, souffleur free funk noise.
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Quartet Résistance Poétique – Buscando la luz (Abalone Production/Harmonia Mundi)
LD

Opus caementicium > le 6 à Art-cade
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Le label de musique expérimentale, électroacoustique et poétique DAATh a le regard tourné vers les étoiles. Non, en fait, il observe plutôt la surface terrestre depuis son orbite, et semble stationner depuis peu au-dessus de Marseille… Au-delà du concept, il y a de la place pour la musique, une très belle musique (!),aventureuse. Le line-up : Pôm Bouvier, David Merlo, Simiam Lucis, Thomas Weirich / Simon Sieger et Luciaen Zellum. On vous en reparle très prochainement.
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www.daath.org
JSa

Festival Les Inrocks Black XS > le 6 au Cabaret Aléatoire
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Pour sa 24e édition, le Festival Les Inrocks revient à Marseille avec une programmation prometteuse : tout d’abord, les Canadiens de Timber Timbre, qui viennent présenter leur quatrième album, Creep On Creepin’One, entre folk minimaliste et rock rétro. Ensuite, les Français de Concrete Knives, au talent prometteur, que l’on a pu découvrir à Marsatac. Et enfin Mona, un groupe de rock garage de Nashville, sensation de ce début d’année, en passe de devenir les nouveaux Kings Of Leon.
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www.lesinrocks.com
MM-S

[11 oct 2011] Festival Chhhhhut : jusqu’au 29/10 à Marseille

Chhhhhut libre

Les embouteillages, les poissonniers du Vieux Port, les travaux, les gens qui s’interpellent d’un trottoir à l’autre… Marseille, capitale du bruit ? Et pourquoi pas ?! C’est le pari lancé par différents acteurs et lieux culturels marseillais autour des perspectives offertes par les courants bruitistes et autres musiques noise.

Au début, il y eut le silence. Puis le bruit de la nature. La musique s’en inspira, ainsi que des proportions harmoniques pythagoriciennes. Jusqu’ici, tout va bien. Les choses commencent à se gâter avec l’arrivée des machines au XXe siècle, où le bruit n’est plus uniquement que nature et production humaine. Il peut alors se satisfaire à lui-même, et être source musicale ! C’est le pari de Luigi Russolo avec son Art des Bruits de 1913 et ses machines folles. Le bruit est musique, donc. Les choses continuent à se complexifier quand le silence devient radicalement matériau sonore dans 4’33 de Cage, en 1952 : un pianiste reste alors silencieux face à son instrument durant quatre minutes et trente-trois secondes. Le rapport au bruit continue à s’engager dans toutes les musiques, passant de compositeurs/savants fous aux artisans du son de l’électroacoustique pour enfin s’imposer dans les musiques électroniques et s’enrager chez les artistes des mouvements (post-)punk, indus… Et le bruit créa la noise.
Le festival Chhhhhut (oui, avec cinq « h »), c’est donc un évènement fédérateur à l’initiative de Stefan Rafi, alias Mystic Punk Pinguin, de Live in Marseille, autour des musiques noise et plus largement des disciplines se rapprochant de cette contre-culture en forme de rébellion (installations, performances, vidéo, documentaires…). Les structures marseillaises ont travaillé d’arrache-pied pour proposer une programmation détonante. Art-cade, Katakak, le Bureau Détonnant, la Galerie des Grands Bains Douches, Data, l’Embobineuse, l’Enthröpy, les Grands Terrains, le GRIM, la Machine à Coudre, le Poste à Galène, les Variétés… Inutile d’en dire plus, vous l’aurez bien compris, il s’agit d’un mouvement collectif, initiative (quasi) insolite à Marseille, montrant une réelle volonté d’hurler son existence. Et surtout, ces structures ont bien compris le principe actuel du DIY (Do It Yourself) : « On est jamais aussi bien servi que par soi-même » ou « démerdez-vous, les gars », au choix. Ces différents lieux œuvrent à maintenir une actualité culturelle contre vents et marées — pardon, mistral et ordures —, permettant à qui s’en donne les moyens d’outrepasser la célèbre idée reçue du « néant culturel marseillais ». Quoi de plus logique qu’un festival noise à Marseille ? Ville on ne peut plus chaotique. Son climat de désorganisation interne et géographique jusqu’à la cacophonie rencontrée en font un lieu marquant… au fer rouge. Qui plus est, Marseille a aussi ses acteurs noise, que ce soit le groupe Kill the Thrill, le guitariste Jean-Marc Montera ou l’ancien label Pandemonium de Philippe Petit. La scène noise n’est pas morte. Depuis la découverte par le « grand public » du Metal Machine Music de Lou Reed de 1975, elle n’a même jamais fait autant de bruit qu’aujourd’hui. Il n’y a qu’à voir l’engouement rencontré un peu partout, notamment au Japon (le documentaire, projeté aux Variétés, We don’t care about music anyway, traite de la scène noise japonaise), l’émergence de nouveaux groupes comme Cheveu et Pneu, ou l’intérêt toujours présent porté à UT, Kill the Thrill ou encore Sister Iodine… Les artistes venant des quatre coins de la planète et des partenariats avec les Varois du Festival des Musiques Insolentes et du Lausanne Underground Film Festival démontrent encore l’ouverture de Marseille et l’envergure de la première édition (souhaitons-en d’autres) du festival. Jusqu’au 29 octobre, allez à votre convenance vous frotter aux concerts, assister aux conférences, aux projections et expérimenter les installations, même — surtout — si vous n’y connaissez rien ou n’avez jamais étendu parlé de cette scène. Laissez-vous immerger dans ces abîmes sonores. Car si l’on en croit les organisateurs, il ne faut jamais subir le silence, plus dure en serait la Chhhhhut(e).

Nicolas Debade

Festival Chhhhhut : jusqu’au 29/10 à Marseille.
Rens. chhhhhut.wordpress.com / chhhhhut(at)paradigme.org

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Black and White Trypps de Ben Russel + We Don’t Care About Music Anyway de Cédric Dupire et Gaspard Kuentz
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QUI ? Des cinéastes/vidéastes qui s’intéressent aux musiques « en marge », via documentaires, fictions et installations sonores.
QUOI ? Le premier est un court métrage basé sur l’évolution de l’état du public lors d’un concert de Lightning Bolt à Rhodes Island, et le second un documentaire sur les différentes scènes noise au Japon.
POURQUOI Y ALLER ? Pour comprendre le « lâcher-prise », tant chez l’auditeur que chez l’artiste se revendiquant de l’univers noise.
_Le 18 au cinéma Variétés (37 Rue Vincent Scotto, 1er)

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Full Spectrum de Thomas Begin
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QUI ? Un musicien/plasticien/bricoleur/électronicien ayant déjà présenté ses installations en Europe et en Amérique du Nord.
QUOI ? Un dispositif présenté à la fois comme installation et performance, à base de moteurs, avec un système amplifié comme pour une guitare, générant ainsi des ondes électromagnétiques sonores et lumineuses.
POURQUOI Y ALLER ? Parce que vous n’avez pas compris et que vous aimez tout ce qui peut faire du bruit.
_Du 20 au 29 à la Galerie des Grands Bains Douche de la Plaine (35 Rue Bibliothèque, 1er)

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Kill the Thrill + UT
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QUI ? Un groupe marseillais et un groupe new-yorkais : deux groupes cultes en somme.
QUOI ? Du rock indus/noise pour l’un, de la no wave pour l’autre.
POURQUOI Y ALLER ? Parce que ce n’est pas tous les jours que ces deux groupes se produisent à Marseille (Kill The Thrill s’est d’ailleurs reformé pour l’occasion).
_Le 21 au Poste à Galène (103 Rue Ferrari, 5e)

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Pivixki + Marco Furitano
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QUI ? Pivixki, un duo piano/batterie et Marco Furitano, « artiste sonore et visuel » jouant de la guitare électrique.
QUOI ? Les deux membres de Pivixki font un joyeux vacarme entre grind metal, musique contemporaine et musique improvisée. Tandis que Marco Furitano fait sortir des sons cataclysmiques de sa guitare électrique, traitée électroniquement.
POURQUOI Y ALLER ? Pour en prendre plein les oreilles et les yeux.
_Le 24 à l’Embobineuse (11 Bd Boués, 3e)

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Chokebore + David Merlot
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QUI ? Le premier est le groupe de Troy Von Balthazar, formation qui a tourné — excusez du peu — avec Nirvana ou les Butthole Surfers. Le second est un compositeur/bassiste français qui croise les expérimentations sonores et gestuelles de son instrument.
QUOI ? Un concert aux élans poétiques précédé d’une introspection autour de la basse.
POURQUOI Y ALLER ? Parce que ce sont des chics types.
_Le 25 au Poste à Galène (103 Rue Ferrari, 5e)

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Cheveu + Motto
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QUI ? Deux groupes français. Les premiers ont déjà acquis une certaine renommée, les seconds aussi, en tant que projet en duo du groupe Das Simple.
QUOI ? Tellement d’influences sont enchevêtrées qu’on ira au plus simple en disant que c’est du rock. Même si vous n’êtes pas content.
POURQUOI Y ALLER ? Parce que ce n’est pas que du rock justement. Même si vous n’êtes pas content.
_Le 28 au Poste à Galène (103 Rue Ferrari, 5e)

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Montera/ Pauvros + Berline0.33 + Antilles
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QUI ? Deux guitaristes de renom et deux groupes en devenir.
QUOI ? Comparés respectivement à Jimmy Page et John Lee Hooker, Pauvros et Montera se produiront dans un duo « guitaristique » de musique improvisée. Antilles et Berline0.33 proposent de leur côté des univers entre no wave et post-punk… si vous insistez pour mettre des étiquettes.
POURQUOI Y ALLER ? C’est le moment où jamais : soirée de clôture du festival ! (PS : si vous êtes fatigué ou agoraphobe, la soirée sera diffusée en streaming sur www.selfworld.net)
_Le 29 à l’Embobineuse (11 Bd Boués, 3e).

Nicolas Debade

[11 oct 2011] L’interview : Irmin Schmidt

Irmin-Schmidt.png

Chef d’orchestre, compositeur de musiques de film, rock star, pianiste… A 74 ans, l’ancien membre de Can est un jeune homme extrêmement actif, comme en témoigne son passage à Aix à l’invitation de Seconde Nature. Nous vous laissons imaginer l’excitation palpable d’un (modeste) journaliste, à l’idée de pouvoir s’entretenir avec l’un de ceux qui ont révolutionné la musique allemande, européenne, et plus encore…

En novembre dernier, dans une interview pour Chronic’art, vous disiez que « l’on peut être une rock star et en même temps un compositeur très sérieux. » Est-ce donc là le nerf central de votre approche musicale, créer le dialogue entre pop et musiques dites savantes ?
Exactement. J’ai une formation en musique classique et j’ai donc étudié les musiques soi-disant savantes. Quand j’ai fondé Can, en 68, au milieu d’une carrière de chef d’orchestre, mon but était de former un groupe avec des musiciens d’horizons divers, venant du rock, du jazz et de la musique classique. C’est toujours mon idée, bien que dans certains cas, la musique pop soit plus présente, et inversement avec le classique. Je me balance entre tous les styles. L’apparition du jazz, puis du rock, fut quelque chose d’aussi nouveau, et son expression musicale d’une aussi grande importance pour notre culture que la musique de Stockhausen ou Boulez. Je voulais donc réunir ces deux aspects, et un troisième, à savoir l’attention prêtée, au début du XXe siècle, aux musiques et aux formes d’art extra-européennes, d’Inde et d’Asie.

Le mois prochain, le label Spoon réédite Tago Mago, troisième album de Can (1971), préfigurant le nouveau pressage, début 2012, de l’ensemble de la discographie du groupe sur vinyle. Comment percevez-vous cette musique avec du recul ?
Comme une sorte de musique classique. Un ensemble au sein d’une même œuvre, collective. Maintenant, aux critiques de dire si elle est importante ou pas. Mais il semblerait que cette œuvre vive encore et reste importante, même pour de très jeunes musiciens. Je ne pense pas beaucoup à tout ça, mais je suis content car la musique de Can a trouvé du sens un peu partout, pas seulement dans la culture européenne, mais aussi aux Etats-Unis, au Mexique, au Japon…

Votre approche musicale est-elle donc différente aujourd’hui ?
Ce serait triste si l’on ne changeait pas. Il y a cette petite anecdote amusante écrite par Bertolt Brecht dans Les histoires de Monsieur Keuner. Quelqu’un rencontre Keuner et lui dit : « Ça fait des années que l’on ne s’est pas vu, mais vous n’avez pas changé. » Et Keuner lui répond : « Oh mon dieu, c’est vrai ? C’est terrible ! » Bien sûr que j’ai changé, mais j’essaie de continuer à garder un regard constamment nouveau sur ce phénomène de réunion des musiques pop, rock, jazz, savantes, etc.

Depuis 2000, il semble que nous ayons assisté à un regain d’intérêt vis-à-vis des musiques psychédéliques qui empruntent à ce que certains nomment le « krautrock ». Au regard de la société actuelle, pensez-vous que cette posture artistique puisse toujours faire sens aujourd’hui ?
Le terme « krautrock » ne me dit rien. Tout ce qu’il dit c’est : « une certaine musique d’Allemagne ». Je crois que Kraftwerk et Can sont en dehors de cette appellation. Ça ne dit rien, « krautrock ». Les œuvres de ces deux groupes ne peuvent pas être enfermées dans cette terminologie. Bien sûr, je reçois beaucoup de mails, je lis la presse musicale et j’entends bien qu’il y a une réaction, une grande estime portée à ces groupes. Et oui, j’ai entendu de la musique très récente qui se sent très proche de nous, mais je ne crois pas que l’on puisse parler d’un retour. Les « vrais » artistes créent toujours dans une tradition. D’ailleurs, si nous occupons une place importante dans la culture de ces jeunes groupes, tant mieux, mais la musique des générations futures sera toujours une nouvelle lecture du passé. On ne fait pas de la création ex nihilo. A l’âge de quatorze ans, j’ai pu m’acheter un gramophone, et il me resta alors assez d’argent pour deux disques seulement. Mes choix se sont arrêtés sur la Symphonie nº 8 de Schubert, que j’admirais, et Le Sacre du printemps, que je ne comprenais pas du tout. Cette œuvre demeurait une grande énigme pour moi, je ne l’appréciais pas vraiment, mais à force de réécoute — j’ai dû l’entendre mille fois —, c’est devenu une œuvre phare dans ma vie…

Peut-on parler d’héritage philosophique ?
Il est difficile de répondre à cette question, bien que dans les années 60, la philosophie a été très importante pour moi… Il y a un bruit intéressant autour de vous, c’est une école ? (ndlr : la rédaction est en effet située à deux pas d’un collège) C’est joli. Vous savez, l’environnement a joué un rôle très important dans ma musique. Et à propos de philosophie, la pensée de John Cage m’a été d’une importance majeure. Pas tant sa musique, mais sa philosophie, qui disait que tout est musique, l’ensemble des bruits et des sons qui nous entourent et constituent notre environnement.

Le fait que vous habitiez depuis trente ans dans le Vaucluse n’est peut-être qu’un hasard, mais à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, le mouvement artistique dont vous faisiez partie semblait être l’un des premiers à manifester une conscience européenne. Cette notion est-elle toujours importante à vos yeux ?
Oui, bien sûr ! En Allemagne, cette notion est très importante… Mais il y avait déjà eu, avant la Première Guerre Mondiale, des pensées qui allaient dans le sens d’une Europe unie, sans idées structurelles et politiques précises — certains prônaient une monarchie européenne, d’autre une république —, mais toujours avec cette idée d’abolition des frontières. Un grand nombre d’intellectuels de l’époque se sentaient déjà prêts pour cette Europe. Ce n’est donc pas une préoccupation seulement actuelle. Les pays européens sont tellement différents les uns aux autres, d’une région à l’autre… Tout cela constitue une incroyable richesse.

Pour votre passage à Aix, on vous retrouvera aux côtés de Kumo. Comment décririez-vous ce travail en duo ?
Nous composons ensemble, comme je l’ai fait avec Can. Comme moi, Kumo vient également de deux traditions : la première est la techno, la drum’n’bass, la seconde est la musique classique. Il est l’inventeur de rythmes très complexes, très intéressants, qui me fascinent toujours. Avec lui, je joue sur un piano à queue, chose que je ne faisais pas avec Can, afin d’unir un certain aspect classique à une musique plus tonique. Nous travaillons aussi beaucoup sur des sons issus d’environnements différents. Dans notre dernier album, un morceau est exclusivement composé avec du matériel qui provient d’une usine automobile. Un autre est composé à partir d’ondes provenant de l’univers, récoltées auprès d’un institut d’astrophysique. On se plaît à utiliser des sources d’origines diverses, provenant des étoiles, de la cuisine, qu’importe, et de les combiner au piano et à d’autres instruments. Et surtout, je voulais travailler avec quelqu’un qui pourrait être mon fils. Ce qui est très important à mes yeux, c’est de ne pas perdre le contact avec les nouvelles générations.

Propos recueillis par Jordan Saïsset
Photo : Paul Heartfield

Irmin Schmidt & Kumo : en dj set le 14/10 à Seconde Nature (27bis rue du 11 novembre, Aix-en-Provence), et en concert le 21 au Pavillon Noir (530 avenue de Mozart, Aix-en-Provence). Rens. 04 42 64 17 97 / www.secondenature.org

[11 oct 2011] Festival des Musiques Insolentes

quinzaine%20Musiques%20Insolentes-Lucie-Duval.jpgFaut-il entendre par là musique improvisée ? Le ton semble être un peu moqueur envers ceux qui auraient vite fait de s’offusquer à l’écoute d’une musique aventureuse (mais ça nous plaît, ce ton). Entendez là une musique qui sort du format simpliste couplet-refrain 4’30 min, et un festival transgenre (c’est pas son truc, l’étiquetage), multidisciplinaire (c’est pas son truc, la monotonie), varois (c’est son truc, le Var) : l’expérience musicale pouvant être abordée au cinéma, à travers une exposition ou une installation sonore. Notons qu’il croisera le festival Chhhhhut (voir p. 5) le 24 à l’Embobineuse.

_Festival des Musiques Insolentes, du 14 au 24/10 à Draguignan, Barjols, Hyères, La Seyne/Mer et Marseille. Rens. 06 82 92 34 61 / www.mdlc-lef.com

[11 oct 2011] 10 ans de Ventilo : à feu et à sac(s) !

Ventilo a dix ansCe petit papier qui vous informe des soirées consacrées aux dix ans du journal est désormais une habitude. Sans vouloir vous ressasser la liste des précédents rendez-vous, tournons nos regards vers ce futur proche qu’est le week-end du 15. Samedi donc, direction le Polikarpov aux côtés du dj Greg Le Roy (Modelisme Records), plutôt axé techno minimale. Et puis, vous le savez tous, c’est la Fiesta au Dock, mais ce que vous ne savez peut-être pas (tous) : nous y organisons une soirée « privée », juste pour la frime, le 21. Rendez-vous page 9 pour gagner des places et à très bientôt pour découvrir nos super sacs créés pour l’occasion !

_Le 15/10 avec Greg Le Roy au Polikarpov (24 Cours Honoré d’Estienne d’Orves, 1er) et le 21/10 en compagnie de radio Grenouille et de la Fiesta des Suds au Dock des Suds (12 Rue Urbain V, 2e). Rens. www.journalventilo.fr

[11 oct 2011] Short Cuts 287

short-cuts-287.png

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Databit.me > le 14 à la Salle Jean et Pons Dedieu (Arles)
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Inutile, pour cette deuxième soirée de concerts, de s’attendre à un plateau « classique » dans le sens où les résidences d’artistes, les ateliers et les workshops échelonnés sur la semaine vont influencer le déroulement de la soirée. Bien sûr, rassurez-vous, il y aura du détournement, du glitch, du circuit bending, des BPM élevés, beaucoup d’amour et de 8 bit… De l’ancienne à la nouvelle avant-garde : de Crystal Distortion à Jankenpopp. Pour en savoir plus, rendez-vous à Arles, et page trois.
www.databit.me
JSa

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Connan Mockasin > le 15 au Poste à Galène
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Il est encore un peu tôt pour dire de ce jeune Néo-Zélandais, basé à Londres, s’il est le Syd Barrett de sa génération. Pas assez de folie, pas autant de drogue : il y a une marge entre la pierre précieuse et le diamant brut. Mais le talent est bel et bien là : Connan Mockasin est la chose la plus pure qui soit arrivée à la pop psychédélique vintage depuis des lustres. Ses mélodies scintillantes et mélancoliques, nimbées d’effluves jazzy, promettent un concert unique.
Forever dolphin love (Because)
PLX

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Mike Ladd > le 16 au Cabaret Aléatoire
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Ne voyez pas en Mike Ladd le énième rappeur à textes poussiéreux qui verse dans le prétentieux gnangnan. Non, Mike Ladd est un crooner, porte des Ray Ban et déclame un spoken word rock si ça lui chante, sans jamais tomber dans le cliché du hip-hop fusion bas de gamme. Un parcours plutôt discret mais notable, qui compte de beaux projets tels que The Infesticons, nous rappelant une fois encore que cet artiste est avant tout un homme de scène, sachant s’entourer de musiciens talentueux.
The Infesticons – Bedford Park (Big Dada)
JSa

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Peter Doherty > le 20 à l’Usine (Istres)
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Il a : sorti un album en 2009, fait de la taule, monté les Babyshambles, le teint jaunâtre, monté les Libertines, volé une caisse avec ses potes toxico, entonné un chant nazi sur scène, des milliers de fans, beaucoup fait parler de lui, une passion pour la littérature, transpiré pour dix, dit qu’il ne se droguait plus, séduit Kate Moss. Il n’a pas : fini de grandir, fini d’annuler des concerts, fini de faire le pitre, les idées claires, lavé ses cheveux, échappé à la police, tenu parole sur la drogue…
Grace/Wastelands (EMI, 2009)
JSa

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Bad Manners > le 23 au Poste à Galène
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Même si je me rase la tête et vous tire la langue, je n’aurai pas la chance de faire partie des légendes du ska comme Fatty Buster Bloodvessel. Plus coloré que le son Two Tone, plus débridé que les Jamaïcains, Bad Manners existe toujours, depuis la seconde vague ska des 80’s. Ils ne font plus beaucoup de disques, mais encore des concerts, et la dernière fois qu’on les a surpris à Marseille, c’était dans un local de supporters de l’OM, un moment d’anthologie dont tout le monde pourra à nouveau profiter…
www.myspace.com/badmannersska
X-Ray

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Eskmo > le 25 au Café Julien
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Ninja Tune aurait pu être le créateur de l’expression « A boire et à manger ». Comme Eskmo. A boire : un joli mastering, cet aspect dubstep qui emprunte finalement la densité et la richesse à l’electronica, un mariage organique/digital intéressant. A manger : l’ensemble est souvent trop digeste, son côté pop tend vers le kitch. Mais ce mec est un bosseur, sur scène il enregistre des sons et les sample en direct, chantonne et glitche à tout va… Dans son genre, il compte parmi les meilleurs.
Eskmo (Ninja Tune, 2010)
JSa

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