Ventilo n°293
du 8 au 21 février
Téléchargez le journal et son agenda au format PDF

LAME de fond
Avec la Méditerranée pour cadre et l’âme voyageuse, la Galerie LAME entend faire bouillonner humblement le milieu de la photographie contemporaine.
Le lieu vient de naître. Dans cet espace sobre et modeste, les petits formats font le tour de la galerie comme autant d’escales du pourtour méditerranéen : Egypte, Syrie, Liban… Aux murs se mêlent, entre autres, les contemplations urbaines du photographe marseillais Geoffroy Mathieu, les femmes libyennes d’Axelle de Russé ou encore les questionnements de la Libanaise Dima Hajjar. De ces points d’ancrages et de réflexions se dégage la volonté affirmée des hôtes des lieux, Catherine Coudurier et Hervé Matras, de mettre à l’honneur la photographie contemporaine méditerranéenne, via cet espace d’exposition et d’échanges ouvert à chaque individualité et à la portée de tous. Ici, la photographie s’entend comme un art de proximité, un art populaire en somme…
LAME naissante est déjà tournée vers l’avenir : les futures expositions (qui devraient se succéder au rythme d’une par mois) portent déjà de belles promesses. On pourra ainsi y découvrir le photoreportage insolite de Vincent Lucas sur les Picasso noirs de Cuba. Parti sur les traces des cousins métisses du maître, le photographe est revenu avec une véritable aventure romanesque sur pellicule. Une façon de mettre en scène la face cachée du peintre en jouant sur sa ressemblance avec son descendant cubain aujourd’hui âgé de 79 ans, Juan Antonio Pascual Picassso, surnommé « Il Negativo ». La galerie mettra en avant la qualité de ce travail avec des tirages grand format sur bâches. Autre territoire à découvrir, celui des punks et des cagoles : vaste programme en perspective !
Du fond, de l’attraction et de la forme dès l’ouverture : la petite vague LAME est amenée à devenir grande.
Texte : Christelle Giudicelli
Photo : Geoffroy Mathieu
La Méditerranée : jusqu’au 15/02 à la Galerie LAME – Lieux Arts Méditerranée Europe (81 rue St Jacques, 6e).
Rens. 06 63 03 36 41 / www.galerielame.com

Nouvelle donne
RLBQ renaît de ses cendres (ou presque) sous le nom de Tapis Vert Gallery. Pour inaugurer cette nouvelle ère/aire, David Oppetit invite la bande de Gilles Oleksiuk, Laura Laguillaumie, Balthazar Leys et Maxime Lacôme, j’ai nommé les Hérétiques Karting Buvard. Une exposition de bric et de broc, mais pas bancale du tout.
La ligne artistique de la Tapis Vert Gallery n’aura pas grand-chose à voir avec ce que l’on connaissait du temps de RLBQ (pour Reposer la bonne question). Désormais, le lieu se veut plus alternatif, mixant expositions et concerts.
Premier rendez-vous de cette nouvelle aventure, HKB IN TVG réunit donc les œuvres des quatre artistes de la rue Biskra, qui se partagent la première salle et font œuvre commune dans l’autre. En vrac et pêle-mêle, on y retrouve les peintures de Laura Laguillaumie, récemment vues à la Tangente, dans lesquelles taches et coulures colorées émergent de multiples couches de peinture grise. A côté, un dessin moins sobre donne une idée de ce qui se passe avant la phase de recouvrement. Maxime Lacôme accroche une série de dossiers de chaises et un grandiose totem/sapin de Noël élaboré avec des sacs de poulets rôtis. Quant à Gilles Oleksiuk, dont nous avions découvert l’an passé à Servières les si jolis Sexy Sushi (minutieuses brindilles pailletées), il dissémine un peu partout ses petites sculptures réalisées à partir d’objets du quotidien, défraîchis de préférence mais au potentiel plastique indéniable.
Au milieu de ce foutoir esthétique d’objets usuels détournés, récupérés, réinventés, Balthazar Leys ferait presque figure de peintre pompier avec deux toiles. La première décrit un passage avec une caravane ; l’autre, moins bigarrée, une piscine aux tons sourds, évoque plus le décor d’un film d’horreur que les piscines pop de David Hockney. Dans l’autre salle, on essaye de jouer au « qui a fait quoi » devant la sculpture géante et protéiforme que la bande des quatre a accrochée sur des cimaises de fortune : le lit qui se trouvait là, le vieux portemanteau du placard, etc. Une œuvre où se côtoient L’Origine du monde en tapisserie, les deux pandas chinois récemment arrivés en France, un 45 tours du groupe Téléphone, une croûte représentant un coucher de soleil (vraisemblablement) et, surtout, un portrait de Gilles Oleksiuk en petite tenue !
Texte : Céline Ghisleri
Photo : peinture de Laura Laguillaumie
Hérétiques Karting Buvard – HKB in TGV : jusqu’au 11/02 à la Tapis Vert Gallery (41 rue du Tapis Vert, 1er).
Rens. 06 77 61 09 97
Finissage le 11/02 à 19h avec un concert du Groupe de Bamako et de Moondawn

Paysrare
Le paysage traverse l’histoire de l’art tout en racontant celle des hommes. L’exposition C’était pas gai mais pas non plus triste, c’était beau se veut une traversée en territoire méconnu.
« Certains lieux, certains moments nous “inclinent”, il y a comme une pression de la main, d’une main invisible, qui nous incite à changer de direction (des pas, du regard, de la pensée) ; cette main pourrait être aussi un souffle, comme celui qui oriente les feuilles, les nuages, les voiliers. Une insinuation, à voix très basse, comme de qui murmure : regarde, ou écoute, ou simplement : attends.1) » Rester à l’écoute du sensible signifie, dans le dévoilement du sens des lieux, rendre compte de la perception, de la sensation, et non pas seulement par les sens, mais aussi par l’intellect (aisthesis). En effet, comment parvenir à renouveler ce genre autonome qu’est le paysage ? Eviter le cliché, le déjà-vu, l’insipide, et permettre de voir autrement, nous mettre face à une présence. Poser et présenter après s’être recueilli et avoir accueilli. A qui sait écouter, toute rumeur d’espace fait signe. Il s’agit en somme de parvenir à réaliser ce que Pasolini nommait « l’amitié des hommes et des lieux ». Parfois cela se dit ruine, ailleurs, cela peut se dire grâce. Grâce retrouvée avec Caroline Duchatelet et sa série sur les aubes, plans fixes dont le mouvement est donné par une lumière filmée qui vient dessiner et transformer le paysage. Lundi 8 décembre, l’enregistrement effectué ce jour-là, n’a pas été monté et ne sera pas présenté sous la forme d’un film. Seules cinq images en ont été extraites, cinq moments d’un lever de jour sur un champ, dont trois sont ici exposées. Autant d’images en devenir qui ne sont pas sans évoquer la pensée de Baudrillard : « Dans une image, certaines parties sont visibles, d’autres non, les parties visibles rendent les autres invisibles, il s’installe un rythme de l’émergence du secret, une ligne de flottaison de l’imaginaire.2 » Et l’image ainsi imprimée, plus qu’elle ne le fixe, vient immobiliser fragilement un mouvement. Des tirages numériques en noir et blanc, des images presque abstraites : deux masses horizontales, celle très obscure de la terre, celle plus claire du ciel, à différents moments de l’aube. Le papier mat, saturé d’encre pigmentaire, est proche d’un pigment pur, peu lié, fragile et peu fixé. Absorbée par le papier, l’encre devient poussière. De cette exposition collective, on retiendra Caroline Duchatelet, chez qui la perception et le sentiment de la nature sont d’une extrême délicatesse, véritable rituel d’accueil et d’attention. Elle renouvelle l’approche du paysage, s’inscrivant dans la pensée de René Char : « Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver.3 »
Texte : Nathalie Boisson
Photo : Sans titre de Alexandra Pellissier (à gauche)
L île de Pierre Ardouvin (au centre)
A direct affront to a natural waterway de Lawrence Weiner (à droite)
C’était pas gai mais non plus triste, c’était beau, proposée par Sextant et plus et la Fondation Vincent Van Gogh : jusqu’au 10/03 à l’Espace Van Gogh (place Félix Rey, Arles). Rens. 04 90 49 94 04 / www.sextantetplus.org

Sous l’herbe, les pavés
Voir Caochangdi : telle est la proposition d’Olivier Modr à travers une série de photographies sur ce village aux portes de Beijing.
Pour planter le décor, une quinzaine de photos, une vidéo documentaire d’Olivier Modr (Caochangdi Rushes) et le film d’un invité, Alessandro Rolandi (Do Beijing White Cats Dream about an Harmonius Society ?), avec en bruit de fond les sons d’un chantier sans fin. Celui d’une de ces zones rurales proches de la capitale chinoise vouées à disparaître, grignotées par l’urbanisation qui a su se laisser apprivoiser par des artistes — notamment par l’activiste indépendant Ai Wei Wei, architecte du stade national pour les J.O. de 2008 et incarcéré près de trois mois en 2011. Leurs ateliers de briques et de fenêtres grillagées, qu’Olivier Modr a subtilement figés depuis son installation dans le village (il y a deux ans et demi), rappellent la dualité d’une société qui se modernise. Un contexte rural où l’art peine à s’immiscer et qui entraîne dans un même temps un focus néfaste vouant l’herbe à ne plus pousser. Le petit village se voit alors condamné à son succès, des maisonnettes de paysans et des galeries d’artistes naissant des immeubles. Les photographies suintent de cette atmosphère, tout est de briques, de mortier, de planches de chantier, d’empilements d’objets abandonnés. Cette transformation en marche s’accélère et semble être perpétuelle, quand le photographe suggère autant une brume matinale que les bleus du ciel des journées claires et l’ambiance des lumières artificielles à la tombée du jour. La nouvelle société chinoise semble ne plus vouloir perdre de temps. Malgré ce chaos et ce désordre ambiant, l’humain transpire de ces clichés. Les silhouettes et les visages de ceux qui, sur place, ont dû s’adapter se dessinent : ceux des paysans devenus maçons, des jeunes femmes qui zigzaguent au milieu des bétonneuses et engins de chantier en talons ou en scooter, des taxis en passant par les pousse-pousse et leur lot de clients… la vie, la population est présente — et même de trop.
Olivier Modr saisit ce paradoxe et se laisse du temps, se fixe en modeste observateur, en se situant aux frontières du documentaire, suscitant les interrogations là où la couleur verte n’est plus qu’un souvenir.
Christelle Giudicelli
Olivier Modr - Là où l’herbe pousse : jusqu’au 17/03 à la Compagnie (19 rue François de Pressensé, 1er). Rens. 04 91 90 04 26 / www.la-compagnie.org

Amour, gloire et beauté
Young & Restless réunit sept artistes « jeunes et agités » de Marseille et d’ailleurs, partageant une certaine posture de la performance sans happening. Ici, la perf’ participe au processus de l’œuvre mais se fait discrète dans son rendu visuel. A découvrir (vite !) chez Vidéochroniques.
Amour, gloire et beauté : c’est tout ce que l’on souhaite à ces sept artistes. Surtout la gloire, parce que leurs boulots, si jeunes soient-ils, ne déméritent pas. Ne démérite pas non plus l’œil avisé de l’équipe de Vidéochroniques, qui sait déceler dans les ateliers des façons de faire renouvelant le propos et la pratique de l’art contemporain. Tout est bien dans le meilleur des mondes quand les artistes talentueux reçoivent le soutien des « puissances instituantes »1. Car si le regardeur fait l’œuvre, l’institution fait l’artiste. Marie-José Mondzain a beau dénoncer la marchandisation de l’art, force est de constater que ces institutions, peu enclines à la prise de risque, misent la plupart du temps sur des artistes bankables.
En ce qui concerne Thomas Couderc, Guillaume Gattier, Ahram Lee, Gaëlle Le Floch, Elodie Merland, Vivien Roubaud et Ugo Schiavi, on peut espérer qu’ils sont sortis d’affaires puisque « révélés » par Vidéochroniques.
Alors qu’est ce qui fait que Young & Restless est au moins aussi réjouissante que la Biennale de Lyon ? Refusant, à l’instar d’Eric Troncy, de voir l’art contemporain s’embourgeoiser dans des formes très « art-contemporanisantes »2, l’exposition de Vidéochroniques ne rabâche pas des codes formels en vogue. En témoigne le génial Guillaume Gattier, chez qui la performance se lit en amont de ses pièces. D’aussi loin que je me souvienne enroule 500 films 35 mm (bandes annonces de cinéma des années 90 à nos jours). Comme la coupe d’un tronc d’arbre, l’œuvre répond du temps qui passe autant dans son objet que dans sa forme. Chez la non moins géniale Ahram Lee, le geste est systématiquement performatif. Avec humour, comme dans Une chance sur, installation où le spectateur doit retrouver la bonne combinaison on/off des trente interrupteurs pour allumer l’ampoule. Ou avec beaucoup de poésie, comme dans De l’équateur au Pôle Nord, très grand dessin au crayon et à la règle répétant inlassablement le geste de l’artiste, qui optimise la fatigue de la mine traduite par l’épaississement du trait…
Texte : Céline Ghisleri
Photo : D’aussi loin que je me souvienne de Guillaume Gattier
Young & Restless : jusqu’au 4/02. Vidéochroniques, 1 place de Lorette, 2e. Rens. 09 60 44 25 58 / www.videochroniques.org

Standards & Pop
A l’heure des notations, optons pour des références musicales, celles de l’exposition de Live in Marseille chez Lollipop Music store, qui mérite un beau AA+.
A comme…
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
A l’origine de cette exposition photos, le collectif du site Concertandco, composé de passionnés, chroniqueurs et photographes. Démarrées en 2004, les expositions de Live in Marseille sont devenues depuis 2008 des rendez-vous fédérateurs chez Lollipop. Un showcase en guise de vernissage permet de mettre en avant une scène peut-être encore méconnue, à l’instar de Monsieur MA et Monsieur GO (groupe satellite de Tante Hortense).
La sélection compte vingt-quatre tirages,¬ comme autant de lieux dédiés à la scène musicale locale. « Notre volonté est de soutenir les moins grosses salles, celles qui prennent vraiment des risques au niveau programmation et permettent à la scène musicale locale d’être aussi riche qu’elle l’est ! En mettant sur un pied d’égalité la Machine à Coudre et le Dôme, on montre notre soutien, pour ne pas dire notre amour, à la première sans pour autant snober la deuxième », précise François de Concertandco.
A comme…
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
Ahmad Compaoré parmi les coups de cœur, mais aussi Lo Cor de la Plana, Sam Karpienia, Irritones… et les classiques Patti Smith, Kid Creole, Lofofora ou Shaka Ponk pour jalonner l’expo. Les clichés sont sélectionnés par l’équipe en fonction de critères purement esthétiques, de la qualité du concert ou de cette volonté de mettre en avant les créations locales.
Les photos côtoient des chroniques (plus de 600 !), en version imprimée et plastifiée s’il vous plaît. Pour François, « l’expo se veut à l’image du site Concertandco.com, avec le moins d’a priori et le plus de curiosité possible. »
Le +
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
Avec l’ambition de rafraîchir notre mémoire, de goûter à nouveau aux saveurs musicales passées, de saisir des moments scéniques intenses ou de rappeler à notre bon souvenir les rendez-vous manqués, Live in Marseille remplit son rôle, celui de petite vitrine musicale et d’instigateur à aller à la rencontre, à la découverte des artistes.
Texte : Christelle Giudicelli
Photo : Flop au Paradox par Pirlouiiiit
Live in Marseille – 2011 en photos de concerts : jusqu’au 18/02 chez Lollipop Music Store (2 bd Théodore Thurner, 6e). Rens. 04 91 81 23 39 / lollipopstore.free.fr

Mémoires en gestes
La galerie Anna-Tschopp met en avant un choix pertinent d’artistes expressionnistes dans une exposition collective où la notion de projet et la figure humaine sont prépondérantes.
Yves Gnaegy, exigeant maître des lieux, donne un éclairage complet sur les démarches de cinq artistes, dont la majorité est autodidacte. Parmi eux, Benjamin Carbonne se focalise, réduisant sa palette aux valeurs, sur l’étude de torses : une partie de peau qui aurait autant à dire que des visages. Ceux d’Alain Crocq (médecin observateur et récepteur) explorent à l’acrylique la face morale des individus en état de crise ou d’usure. Denis Chetboune a assemblé ses volumes comme des dialogues morcelés, agençant des cires devenues bronzes uniques. Nicolas Cluzel investit la toile blanche sur laquelle ne restent que de beaux restes… Tous s’attablent au banquet des mets gestuels que goûtent les spectateurs. Quant à la seule artiste féminine, Mahé Boissel, elle a particulièrement aiguisé notre appétit. Ses isolements et abandons successifs ont permis de « construire d’un point de vue féminin un des imaginaires les plus personnels du dessin contemporain », précise le galeriste. De fortes œuvres graphiques sans titre, aux personnages en errance, mis en scène dans une sorte de tragédie épurée : de cette intensité mystérieuse naît paradoxalement l’espoir. Il y a toujours une issue, celle qui consiste à faire, défaire et refaire, à donner à voir en offrande ce qui nous malmène ! Antonin Artaud le savait : « Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer », et Mahé Boissel trace une voie de sortie en nous y invitant.
Texte : Marika Nanquette-Querette
Illustration : Mahe Boissel
Exposition collective à caractère expressionniste : jusqu’au 11/02 à la Galerie Anna-Tschopp (197 rue Paradis, 6e). Rens. 04 91 37 70 67 / www.anna-tschopp.com

Pascal Navarro - Boîte n°5 : Chambre d’écho
Du 4 au 28/02 à l’Espace Culture
Une installation toute en subtilité et délicatesse. Le geste de l’artiste, sobre, minimal, emprunte à Annie Ernaux des phrases extraites de son livre Les années, dans lequel elle tente de fixer pour l’éternité ce qui disparaîtra. En résonance avec l’intime de Pascal Navarro, les mots de l’écrivaine viennent aussi se nicher dans notre propre intimité (nos souvenirs, nos images), avant de disparaître lentement, libérés de la phosphorescence dans laquelle ils étaient baignés. En entrant dans la Chambre d’échos, le visiteur plonge dans un « avant », aidé par le son du projecteur diapo, pour un voyage dans le temps à la fois nostalgique et heureux.
RIAM08 : Olivier Ratsi, Frédéric Joseph Sanchez et Jean-Baptiste Ganne
Du 4 au 19/02 à la galerie Seize, à Où et à Vidéochroniques
Centrée cette année sur la dimension performative de l’art, la programmation visuelle des RIAM nous a donné l’occasion d’expérimenter de diverses façons la participation de l’art à une reconfiguration réelle et symbolique de l’espace social. Les trois artistes présentés ont affirmé leurs modes de création comme autant de modalités d’action : fragmenter et transformer les architectures urbaines avec les photos d’Olivier Ratsi ; faire vivre les images et les objets comme traces et vecteurs d’échanges humains avec Frédéric Joseph Sanchez ; multiplier les prises sur la réalité sociale et politique par une économie de moyens avec Jean-Baptiste Ganne.
Vincent Beaume et Claire Ruffin - L’Insomnante
Du 11/02 au 8/04/2011 à La Baleine qui dit « Vagues »
D’abord, le lit s’est forgé une place entre un photographe, globe oculaire trotteur, et une auteure comédienne. Puis, au gré des nombreux paysages traversés par cette équipe, une série de clichés aussi poétiques qu’incongrus s’est lovée sur papier. Sous des bogues, enneigée, en ville ou au bord de la falaise, la silhouette endormie se décline comme un cycle d’insomnies enfantant ses gestations. Parallèlement, des invités de tous âges sont venus poser leurs grains de sommeil sur l’oreiller et de textes en atelier d’écriture. Au final, une démarche qui délie les talents par impressions superposées dans la chambre d’un imaginaire partagé.
Caroline Duchatelet – Trois Films
Du 9/04 au 16/07 à la Compagnie
L’instant de grâce de 2011. Une scénographie minimale et pour cause, pas la peine d’en rajouter : les images de Caroline Duchatelet suffisent à embarquer le spectateur dans un autre rythme, vers un autre temps. On suit d’abord du regard les nuages qui passent (à l’envers ou à l’endroit ?, se demande-t-on) au-dessus d’une montagne… Juste ça… Juste comme ça… Et puis l’on pénètre dans un cube noir dans lequel l’artiste nous enferme. Et là, lentement, on distingue l’image. Une image qu’on a gardée en rentrant chez soi, le soir en s’endormant et qui ne nous avait pas quittés le lendemain matin. Une image, des images, d’une poésie folle, qui ne nous quitteraient plus…
Caroline le Méhauté – Cocotrope (Printemps de l’Art Contemporain)
Du 12/05 au 23/07 à la galerie du Château de Servières
Fraîchement diplômée des Beaux-Arts de Marseille, Caroline Le Méhauté avait déjà marqué les esprits l’an passé avec son mur monumental sorti de terre au Festival des Arts éphémères. Et ce solo show, proposé dans le cadre du PAC, en a bluffé plus d’un ! Ses sculptures, formes biomorphiques de tourbe de coco, prennent possession de l’espace avec une assurance digne des plus grands, mettant à l’épreuve nos perceptions et nos sensations aussi bien que l’environnement. L’artiste rompt ici avec les poncifs de l’insupportable « Woman art », assumant avant tout un travail de la matière et des proportions qui sont les préoccupations des grands sculpteurs.
Berdaguer & Péjus (Printemps de l’Art Contemporain)
Du 12/05 au 15/07 à la galerieofmarseille
La scène artistique internationale se les arrache, mais la cité phocéenne semble les avoir oubliés. Pourtant, l’univers des deux Marseillais fascine quiconque se décide à y plonger. L’exposition rue de Chevalier Roze nous invite à entrer dans l’esprit tortueux d’Houdini, fil conducteur scénographique entre les différentes œuvres de Berdaguer et Péjus, qui explorent et mettent en résonance nos architectures psychiques et physiques, à l’instar de la Bulle de confiance diffusant de l’ocytocine ou de la vidéo Time Zone, référence explicite à la spirale Getty de Robert Smithon. D’où la question : à quand une rétrospective consacrée à notre duo d’artistes préféré ?
Collection Planque, l’exemple de Cézanne
Du 11/06 au 6/11 au Musée Granet (Aix-en-Provence)
Ou la possibilité de voir, comprendre et partager l’audace, la vision et l’intuition du grand collectionneur suisse Jean Planque, ami de Picasso et Debuffet. Forte de 120 pièces prêtées pour quinze ans au musée aixois, l’exposition dénombre seize Picasso, quinze Dubuffet et des ensembles exceptionnels de Rouault ou Bissière, mais aussi une œuvre et quelques esquisses de Jean Planque lui-même. Elle reflète ainsi les accents de cette collection exigeante et sans concessions, faite d’opportunités, de rencontres et de coups de cœur. Ici, tout se répond avec humanité et chaque tableau raconte une histoire, notamment celle d’un regard, d’une sensibilité.
Alias Ipin - Du goudron et des plumes
Du 29/09 au 19/10 à la galerie Andiamo
La démarche protéiforme (peinture, volume, sérigraphie, vidéo…) de Germain Prévost — Alias Ipin — consiste à clouer le bec à ceux pour qui les artistes issus du street art n’ont pas de suite sur les murs de leurs idées. Un parti pris autant humoristique qu’onirique : avec une maturité aux références foisonnantes, l’artiste déploie des ailes d’ingéniosité pour flanquer ses plumes sur le goudron de nos déboires. Par le biais d’assemblages judicieux et d’images « ipinales », il « taxidermise » l’attrait anxiogène pour l’effroi en désossant les peurs et met sous cloche le rêve brisé d’Icare pour approcher la face cachée de la boule qui s’est logée dans nos ventres.
Les Instants Vidéo
Du 4 au 13/11 à Marseille, en PACA et ailleurs…
En plaçant au cœur de sa programmation le dialogue entre révolutions poétiques, esthétiques et politiques, le festival international protéiforme nous a fait découvrir des installations vidéo saisissantes comme Terres arbitraires de Nicolas Clauss ou Men on Fire de Dominik Barbier, des performances détonantes comme Ma vie, mon œuvre, mes bugs de Michel Jaffrennou, ainsi que d’innombrables vidéos percutantes… Autant d’œuvres qui nous permettent de ressentir, d’expérimenter et de penser ensemble les rythmes du monde et ceux de la création artistique actuelle. A l’image de la manifestation : atypique et précieuse.
La Trocade
Du 24 au 26/11 à la rue de la République
2 049 trocs proposés aux 85 artistes présents, plus de 3 000 visiteurs en trois jours et une presse emballée (à juste titre)… Au-delà de ces chiffres témoignant du succès public et critique de la manifestation, l’initiative originale portée par Marseille 2013 et Mouv’Art aura été une réussite à bien des égards. Non contents d’accroître leur assise au sein de la vie culturelle locale, les activistes du Off ont su rendre l’art véritablement accessible à tous, ne serait-ce qu’un petit week-end, permettant la (re)découverte de talents locaux et offrant de belles tranches de rigolade à ses visiteurs/futurs collectionneurs potentiels.
__________________________________________
Mais aussi…
Raoul Marek - Vivre ou mourir à la GalerieofMarseille
Driss Aroussi - En chantier aux Archives et Bibliothèque départementales Gaston Defferre
Christophe Boursault - Peintre Patent Paré à la Galerie Porte-Avion
Tristan Favre au Musée Grobet-Labadié
Dominique Castell - El jardin del amor à la Tangente
Medhi meddaci – Ce qui est perdu… à la galerie HLM

Un week-end à troquer
La démocratisation de l’art, une utopie ? Sans doute. Mais « à quoi servirait une capitale européenne de la culture si ce n’est pas pour rendre le quotidien moins prévisible ? » La question est posée. La réponse se trouve peut-être dans la Trocade, un événement aussi sérieux qu’insensé, imaginé par le Off de 2013 et l’association MouvArt.
Qu’il semble naïf, celui qui s’exclame encore, dans un monde régi par l’argent et insupportablement suspendu au bon vouloir des agences de notation financière, que l’œuvre d’art n’est pas une marchandise. La spéculation sur les œuvres, les millions sonnants et trébuchants échangés contre la signature d’un « grand » démontrent régulièrement le contraire. Et pourtant, un autre système de valeurs est possible. C’est en tout cas ce que pensent les doux rêveurs de Marseille2013.com (le Off de la future capitale européenne de la culture, déjà en activité), qui s’associent à MouvArt pour créer un événement pour le moins insolite : la Trocade. Comme son nom en forme de mot-valise (Troc + rocade, « parce qu’il s’agit d’une expérience croisée, qui crée des liens ») l’indique, il s’agit ni plus ni moins d’un échange non monétisé entre des créateurs et des populations qui n’ont pas forcément accès, faute de moyens, à l’art contemporain. « Tout est ouvert, tout est possible » martèlent en chœur les responsables des deux structures, dont la démarche, « très militante », s’inspire d’expériences menées en Belgique dans les 70, et dont la Trocade serait une « update ». Reprenant à leur compte l’adage « L’union fait la force », ils ont non seulement mutualisé leurs envies et leurs compétences, mais aussi fait appel à la générosité de chacun afin de respecter l’esprit de partage qui régit la manifestation. Ainsi, tous ceux qui ont permis à cette belle aventure de voir le jour y sont allés de leur soutien en nature — des promoteurs immobiliers, qui ont mis pas moins de 400 mètres carrés à disposition, à l’imprimeur, qui a gracieusement édité des tracts. Résultat : une opération à tout petit budget (2000 €) et un week-end qui s’annonce unique. Jugez plutôt : pendant trois jours, muni d’un carnet de troc à 5 € (permettant de faire dix propositions sur les 80 œuvres exposées), chaque acquéreur potentiel inscrira son offre — et, pourquoi pas, son avis critique — sur un post-it qui viendra côtoyer l’œuvre convoitée et les autres propositions d’échange. Et c’est là que le principe de la Trocade se révèle extrêmement ludique : chacun formulant une offre suivant ses moyens et compétences, les propositions devraient réserver leur lot de surprises. Un dessin original de Caroline Sury contre dix séances de kiné ? Une peinture de Franck Aslan en échange de 300 grammes de cookies faits maison par semaine pendant un an ? Un Surian contre l’intégrale de l’Encyclopedia Universalis ? Une photo de Karine Maussière contre un séjour à la montagne ? « Tout est possible », donc. Au terme de ces enchères d’un genre nouveau (« Les gens vont peut-être proposer une alternative s’ils voient que l’œuvre qu’ils désirent est très convoitée »), l’artiste choisira l’offre qui lui convient le mieux. Voilà qui promet « des coups de cœur, des émotions partagées, des rencontres inhabituelles… » Parrainée par Gérard Traquandi, la Trocade assure également plusieurs points d’orgue festifs, notamment une ouverture jazz en compagnie du Karine Bonnafou Quartet et un « troc final » groovy avec Dj Oïl aux platines. En somme, une histoire de création, du début jusqu’à la fin.
CC
La Trocade : du 24 au 26/11 dans l’ancienne boutique Esprit (28 rue de la République, 1er). Rens. http://trocade.fr / www.marseille2013.com

Le guide déroutant
A travers une sélection de photographies de Pedro Tzontémoc, l’exposition Mexique, carnets de route retrace le parcours personnel empreint d’universalité de ce vagabond de l’image.
« Finalement, à travers la photographie, je ne prétends pas transformer le monde, mais j’attends que celui-ci me transforme. La photographie n’est pas l’art, l’art est la vie elle-même. » A ces mots de Pedro Tzontémoc, nous voulons en ajouter d’autres, les mêler aux siens et — pourquoi pas ? — en créer de nouveaux tant les photographies en noir et blanc de ce Mexicain exilé à Marseille nous parlent. En voici quelques-uns : tradition, modernité, joie, onirisme, mystère, kitsch, jeunesse, humanité…
Tel un guide, l’artiste nous conduit sur ses routes mexicaines et fait défiler paysages, portraits, quotidien et rituels d’un peuple aux origines multiples. L’exposition, à l’image des carnets de voyage de l’artiste, se déploie en différentes sections comme autant de facettes de ce mystérieux pays.
Des facettes, ou plutôt des étapes : celle du carnaval, vestige symbolique d’une identité ethnique et culturelle remontant aux XVIIe et XVIIe siècles ; celle d’une ville, Mexico, appelée « Nombril de la Lune » en nâhuatl (langue indigène la plus parlée dans le pays) ; ou encore celle des bals de débutantes, cérémonie de passage pour célébrer l’avènement de la femme. Pedro Tzontémoc y ajoute le voyage initiatique d’Antonin Artaud en 1936, pendant lequel le poète marseillais recherchait, via le peyotl (plante hallucinogène cultivée par les Indiens Tarahumaras), les moyens de se dégager des conventions sociales et « de ne plus être blanc ».
L’artiste dévoile ses impulsions et reçoit son pays dans son objectif en visant le plus petit pour toucher à l’universalité. Un chien dans une église, la silhouette d’une petite fille dans une ruelle, les figures carnavalesques d’une ethnie, d’un quartier, d’un pays, écrivent les parcours personnels du photographe et peut-être ceux de monsieur tout le monde.
Les brumes poétiques, les dentelles blanches et les sourires de l’exposition se révèlent ainsi typiquement mexicains comme nous les imaginions, totalement personnels comme Pedro Tzontémoc les révèle, irrémédiablement universels comme la vie les anime.
Christelle Giudicelli
Pedro Tzontémoc - Mexique, carnets de route : jusqu’au 7/01 aux ABD Gaston Defferre (18-20 rue Mirès, 2e).
Rens. 04 13 31 82 00 / www.biblio13.fr

Anatomiques et belles dentelles
Depuis 1988, l’Artothèque Antonin Artaud1 consacre à l’art contemporain expositions et publications, en plus d’initier les publics liés au collège à de nouvelles formes d’expression. Didier Petit vient compléter la longue liste des artistes passés par là en présentant des œuvres anciennes, peu vues pour certaines, et une nouvelle série de papiers découpés. L’exposition Aaaaahhh…. Zut !!!! sonne comme une rétrospective de l’artiste aux mains d’argent.
A un moment donné, le dessin minutieux de Didier Petit a glissé vers l’extraction de la matière, l’image en négatif et un dessin en réserve. A ce moment-là, le scalpel a pris la place du crayon, celui avec lequel il travaillait depuis ses premières œuvres, celui dont il conserve les mines et les copeaux de taille depuis toujours… Didier Petit considère l’un comme la suite de l’autre et l’outil comme le prolongement de la main : « C’est d’abord du dessin avec un crayon un peu sec pour qu’il n’en reste pas de traces. Et puis après, j’incise avec le scalpel, et doucement l’ombre apparaît. »
L’exposition porte bien son nom, tant on sent devant chacune des pièces de Petit que le geste doit être sûr. Le regardeur comme l’artiste retiennent leur souffle à chaque mouvement…
Que penser de l’artiste qui a passé deux années entières à dessiner environ 100 000 mouches sur la toile d’un sommier (Le Sommeil, 2003/2005, crayon sur tissu) ? Que l’art peut parfois faire office de sablier, et que l’œuvre de Didier Petit, depuis le commencement, semble se faire l’écho du temps qui passe, lentement et silencieusement. Que sa pratique du dessin se mesure au temps, qu’elle en découle même, que peut-être son œuvre ne parle que de ça. Que la dextérité du geste de Didier Petit n’est pas une fin en soi mais un outil elle aussi. Les papiers découpés sont comme des fleurs que l’on effeuille — images de la fugacité de l’existence humaine.
Quant à Didier Petit, amoureux des mots presque autant que des images, il joue avec les titres et les motifs qu’il trouve dans des planches d’anatomies (L’Os et le Sang, 2006), dans les muséums d’histoire naturelle ou dans l’histoire des lieux où il expose (Les Epoux, 2010, pour le Château d’Avignon). Chaque sujet est renseigné à un niveau encyclopédique, le travail de l’artiste s’inscrivant d’abord dans une connaissance scientifique de ce qu’il représente. Alors qu’on pourrait penser que le sujet est un prétexte à travailler, on comprend alors que ce qui l’intéresse dans sa pratique radicale et minutieuse, c’est autant ce qu’il apprend que ce qu’il crée.
Texte : Céline Ghislery
Photo : L’Os et le Sang
Didier Petit – Aaaaahhh… Zut ! : jusqu’au 16/12 & du 3 au 13/01 à l’Artothèque Antonin Artaud (25 chemin Notre Dame de la Consolation, 13e).
Rens. 04 91 06 38 05 / www.lyc-artaud.ac-aix-marseille.fr/artotheque

Il était plusieurs fois la révolution
Pour sa vingt-quatrième édition, le festival des Instants Vidéo propose une programmation protéiforme qui permet d’éprouver, d’expérimenter et de penser ensemble les rythmes du monde et de la création vidéo actuelle par le biais d’une préoccupation brûlante qui réunit l’art et les modes de vie collectifs : les révolutions… esthétiques, politiques, poétiques.
Atypique et précieuse, la manifestation parvient à se frayer un chemin parmi les formes de diffusion et de promotion de la création artistique contemporaine en évitant le double écueil de l’élitisme et du populisme, en faisant de l’art, qu’il soit passé ou actuel, créé ou reçu, né en France ou ailleurs, le lieu d’une expérimentation incessante qui noue étroitement particularités locales et communications internationales. Pour comprendre un peu mieux la singularité de ce festival, nous nous sommes tournés vers son directeur, Marc Mercier, qui nous a raconté son histoire en mouvement. Basée à Marseille depuis 2004, l’équipe des Instants Vidéo cultive le nomadisme en faisant de cette ville « la terre d’enracinement et le poste d’envol pour travailler ailleurs. » Chaque année en effet, l’équipe part à la rencontre des artistes, surtout dans les pays du sud de la Méditerranée mais aussi en Amérique du Sud ou encore en Asie centrale, pour élaborer des ateliers de sensibilisation et de création, des laboratoires d’expérimentation, tout en étant attentive aux conditions de travail des artistes. Elle participe à l’essor de festivals vidéo (Maroc, Argentine, Syrie, Palestine, Kirghizstan…) et débute une collaboration avec les organisateurs d’un festival à Cuba. Des échanges qui permettent, en retour, d’enrichir la programmation du festival à Marseille. Traversée par toutes ces aventures sur le plan international et le souci de faire circuler et partager les images, les sons et les voix, la programmation s’enrichit également d’une sélection des œuvres envoyées à l’association chaque année. Fortement marqué par cette pratique du nomadisme, le festival est aussi animé par la volonté de tisser ensemble formes esthétiques et formes politiques, en ayant « le souci de la réalité du monde » et en se demandant « comment cela peut s’imbriquer sans forcer ».
Cette dynamique de liaison entre esthétique et politique prend une tournure et une saveur singulière avec les révolutions arabes : « Pour la première fois dans l’histoire du festival, il y a des partenaires, soit des artistes, soit des structures culturelles, qui participent à une révolution. (…) On ne peut pas faire comme si de rien n’était. Mais les Instants Vidéo, ce n’est ni un parti politique ni une chambre de réflexion philosophique, c’est avant tout une association qui s’occupe de diffusion, de création et de soutien des artistes. Notre combat reste sur le terrain du langage et de la poésie. » Une question se pose alors : « Comment accompagner ce mouvement révolutionnaire ou de révolte, en restant à notre place ? » D’où la ligne directrice de l’édition 2011: « Révolutions poétiques. Que faire ? ». De nombreuses propositions — installations vidéo (comme celle de Dominik Barbier, Men on Fire), projections, rencontres avec les artistes, les poètes et les penseurs — sont marquées par ce souci de faire dialoguer révolutions esthétiques et politiques telles qu’elles ont historiquement existé et telles qu’elles peuvent aujourd’hui se déployer. Mais bien d’autres installations et événements sont à découvrir et à savourer, notamment la performance de Michel Jaffrenou, pionnier de l’art vidéo en France (le 12).
Texte : Elodie Guida
Photo : Men on Fire de Dominik Barbier
Les Instants Vidéo : jusqu’au 13/11 à Marseille, en PACA et ailleurs…
Rens. 04 95 04 96 24 / www.instantsvideo.com

Si proche Orient
Après le printemps arabe et à l’heure des révolutions démocratiques, la galerie d’art du Conseil Général place le visiteur sous la fascination d’un Voyage en Orient.
Le commissaire d’exposition Eric Mézil, directeur de la collection Lambert, perçoit ce Voyage en Orient non pas comme un écho aux bouleversements actuels dans les pays arabes, mais plutôt comme un kaléidoscope de visions fantasmées ou réelles de l’Occident sur cette partie du monde méditerranéen depuis le XVIIIe siècle. La France, la Provence et avec elles les artistes et écrivains, de Delacroix à Matisse en passant par Pierre Loti, témoignent de l’attrait pour les terres et les habitants des rives du Nil au sud du Yémen, de l’Atlas des Berbères à la bande de Gaza.
L’immersion dans la palette chromatique orientale est immédiate. Le voyage se produit instantanément grâce à un dialogue anachronique qui s’instaure entre les œuvres : l’orientalisme d’une étude de Delacroix côtoie ainsi les photos de l’artiste contemporaine Nan Goldin, qui présente son amant égyptien Jabalowe à cheval ou endormi. Une autre « conversation » met aux prises un film tourné dans un hammam par l’Anglaise Tacita Dean et une toile de 1896, La toilette de la Sultane, signée Adolphe Dechenaud. Des regards trans-générationnels qui permettent de retracer l’histoire de cet attrait toujours présent pour la culture orientale. Les résonances du monde arabe se révèlent si fortes et incroyablement proches qu’aux œuvres d’artistes reconnus (Idris Khan, Douglas Gordon, Cy Tombly…) se mêlent des photos d’anonymes (prêtées par la BNF) d’Orientaux eux-mêmes anonymes.
Une proximité soulignée par la présentation d’objets du quotidien ou d’apparat : plumiers, ciseaux de calligraphie de Tunisie et du Maroc, contrats de mariage, parures de tête et colliers berbères en métal, corail et verroterie, lit turc de harem en fer forgé, coiffe de danseuse… Le parfum d’Orient avec lequel le voyageur et l’artiste s’enivrent permet au visiteur de l’exposition d’humer la vivacité et la force de la création artistique contemporaine à travers les œuvres engagées de la Libanaise Mona Hatoum et les images implacables de l’Iranienne Shirin Neshat.
Des mots écrits au smak (pierre d’encre séchée de Syrie) reviennent régulièrement sur les cimaises de la petite galerie pour décrire ce Voyage en Orient : dialogue (le goût), écho (l’ouïe), résonances (le toucher), regards (la vue), parfum (l’odorat). De là à évoquer un voyage immobile où les sens s’éveillent et la conscience de l’autre s’éclaire à la lumière des rives méditerranéennes, il n’y a qu’un pas, que l’on franchit ici avec délectation.
Texte : Christelle Guidicelli
Photo : Jabalowe under the mosquito net de Nan Goldin
Voyage en Orient, de Pierre Loti à Nan Goldin : jusqu’au 29/01 à la Galerie du Conseil Général des Bouches-du-Rhône (21 bis Cours Mirabeau, Aix-en-Provence).
Rens. 04 42 93 03 67 / www.culture-13.fr / www.cg13.fr/cadre-de-vie/culture/galerie-dart-daix-en-provence.html

Le plein des sens
Faisant suite aux échanges Marseille/Lisbonne/Dublin lors des Ouvertures d’Ateliers d’Artistes en octobre dernier, la nouvelle exposition de l’association Château de Servières réunit quatre artistes dont les œuvres basculent du merveilleux au déceptif en un clin d’œil.
Around a Volta s’appréhende d’abord dans la pénombre. L’exposition s’ouvre avec Cosmic Slop d’Aoibheann Greenan, un amas de pavés noirs, sorte de montagne monumentale, étincelante à la lumière de deux spots stroboscopiques, sur laquelle on distingue la figure d’un lion hiératique : figure sacrée ? Sculpture commémorative ? Totem ? La jeune artiste dublinoise affiche un certain tourisme spirituel. Elle emprunte les codes de représentations à des « façons de monstration » qui nous sont familières, appartenant à une sorte de culture universelle dont les us et coutumes s’assimilent à des marchandises commercialisables. Un regard critique que l’on retrouve chez Adam Gibney, qui s’interroge sur la manipulation des images, notamment celles de l’art, dont la reproduction inflige à la fois une perte de l’aura mais aussi une certaine popularité. Breakfast in Limbo, l’installation du Dublinois en boîtes de corn flakes, traite aussi bien de l’essai de Walter Benjamin L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique que des méthodes d’endormissement de nos esprits critiques pour nous pousser à toujours consommer plus.
Un regard lucide et cynique sur l’époque que l’on retrouve dans l’installation de Susana Anagua, (Ir)reverible Systems, qui soustrait le visiteur à une déambulation dictée par les fils de coton tissés dans l’espace. L’artiste travaille sur les formes industrielles et mécaniques qui peuvent être assimilées au vocabulaire plastique de la sculpture abstraite cinétique. Elle mélange réel et virtuel en incorporant des éléments physiques dans des projections vidéos et crée de fait une ambiguïté entre les images, les formes et le son, qui englobe le visiteur et brouille sa perception des différents éléments constitutifs de l’œuvre. L’environnement hostile dans lequel nous sommes immergés rappelle les images froides du Metropolis de Fritz Lang. Quant à la position d’Antonio Gagliardi, elle est tout aussi ambiguë. On hésite entre poésie joyeuse, comme un hymne à la nature, comique ou burlesque de situation, humour grinçant ou posture satirique. L’installation Maisons d’oiseaux oscille ainsi entre émerveillement et inquiétude, quand on réalise qu’il s’agit là d’offrir un cadre idyllique à des oiseaux « privilégiés », mais que ce « village dans les nuages » pour volatiles n’en reste pas moins une cage…
Texte : Céline Ghisleri
Photo : Breakfast in Limbo de Adam Gibney
Around a Volta : jusqu’au 26/11 à la Galerie du Château de Servières (Ateliers d’artistes de la Ville de Marseille, 11/19 boulevard Boisson, 4e). Rens. 04 91 85 13 78 / www.chateaudeservieres.org

Septième édition du festival consacré « au jeu et au détournement dans la création contemporaine » concocté par les Aixois de M2F Créations. Lequel collectif présentera des projets issus des résidences proposées à travers leur Maison Numérique, ou FABLAB (laboratoire de fabrication), afin de tirer le bilan de la création multimédia, « à l’heure où les cultures numériques et vidéo-ludiques se retrouvent propulsées sur toutes les scènes… » Le sujet est donc ludique (« Détournement des cultures populaires… »), souvent insolite (par exemple, le Chœur Itineris reprend a capella des sonneries de portable…), pertinent (il fait partie de notre quotidien) et traité avec goût (pour tout un tas de raisons qu’on vous laisse découvrir par vous-même). Ce terrain fertile et ses formes d’art vivantes vous sont, bien sûr, vivement conseillés !
Photo : L’avion e?corche? de Rachel Renault
_Du 18 au 26/11 à Aix-en-Provence (Fondation Vasarely, Ecole Supérieure d’Art, ARCADE PACA, Seconde Nature, Galerie Susini et Maison Numérique).
Rens. 04 88 05 05 67 / www.festival-gamerz.com / www.m2fcreations.fr

A perte de vues
Pour sa onzième édition, Phot’Aix met à l’honneur des Regards Croisés Suisse-Provence autour d’une dizaine de photographes exposés au Musée des Tapisseries et à la galerie Fontaine obscure, organisatrice du festival, tout en valorisant davantage son OFF, qui mobilise une trentaine de photographes amateurs et une quinzaine de lieux aixois.
Cette année, les rencontres photographiques aixoises ont cherché à gagner en visibilité et en ampleur dans la ville à travers le OFF de la manifestation. Ainsi, tandis que les lieux culturels, éducatifs et commerciaux qui participent à l’événement sont plus nombreux que les années précédentes, des parcours itinérants sont organisés pour pouvoir faire le tour des expositions grâce à la mise à disposition de deux Diablines (petits véhicules de transport en commun électriques) personnalisées aux couleurs du festival. La sélection retenue pour le OFF est délibérément hétéroclite, afin de valoriser la diversité des pratiques photographiques amateurs tout en cherchant à sensibiliser différents publics. Les Regards croisés tendent quant à eux à instaurer un dialogue entre cinq photographes de la région et cinq de leurs homologues suisses : un dialogue thématique tout d’abord, qui fait se croiser deux séries de photos (autour de la famille, de la tauromachie, de la migration, de la montagne, des lieux), mais aussi un dialogue autour de l’écriture, de la démarche et des moyens photographiques mis en œuvre. A ces deux niveaux de lecture, la relation entre la série Prisons de plastique de Christophe Chammartin et la série Europa Inch’Allah de Stephanos Mangriotis se révèle particulièrement féconde. En effet, tous deux cherchent à être en prise avec une réalité sociale, économique et politique qui privilégie toujours davantage les échanges marchands au détriment des conditions de la vie humaine ; leurs photos cherchent à déplacer le rapport frontal et direct avec cette réalité en choisissant d’autres voies, plus sensibles et parfois symboliques, pour l’aborder. Si la manifestation cherche à rapprocher et confronter différentes pratiques photographiques entre elles (par le choix des photographes et des séries exposées, mais aussi par la mise en scène des photos dans l’espace de l’exposition), on peut tout de même regretter que cette diversité ne soit pas plus présente. Le photoreportage et le documentaire dominent ainsi l’essentiel des pratiques, et les processus expressifs, tels qu’ils sont à l’œuvre dans la série Réserves de Suzanne Hetzel, apparaissent d’autant plus précieux.
Elodie Guida
Phot’Aix 2011 : jusqu’au 30/11 au Musée des Tapisseries (Place des Martyrs de la Résitance), à la Galerie Fontaine Obscure (Impasse Grassi) et dans divers lieux d’Aix-en-Provence.
Rens. 04 42 27 82 41 / www.fontaine-obscure.com

Béton art né
Thierry Ollat offre le [mac] à Boris Chouvellon et le jeune artiste relève haut la main le défi de « l’expo perso » ! Cinq sculptures monumentales, des vidéos et des photos montrent à quel point il sait ramener l’« envers du décor de notre réalité » dans le champ de l’art, de la beauté et de la poésie.
On peut lire ici et là que Boris Chouvellon pratique l’art du déplacement. On peut aussi entendre que son œuvre est à la fois dérisoire et paradoxale.
Au fur et à mesure de ses pièces, l’artiste élabore le dictionnaire sémiologique d’une société définie par un consumérisme dont la vanité ne peut éviter l’ironie — signes extérieurs du succès (The small illusions) ou de richesse (une piscine, un jet ski), figés dans le béton et érigés en nouvelles idoles.
Comment faire du beau avec du moche ? Boris Chouvellon raconte à la fois un monde de vanité, sous les feux de la rampe, et l’histoire plus discrète d’un monde qu’on veut à peine voir, celui des chantiers, des zones périurbaines, du bâtiment, de la construction. Un monde pas glamour auquel il emprunte les matériaux. Sa sculpture utilise « l’enfant chéri » du modernisme, de l’architecture brutaliste, le béton, qui a aujourd’hui perdu ses lettres de noblesse. L’artiste ancre ainsi ses œuvres monumentales dans le langage de l’architecture.
Jouant des assimilations des formes, des matières, des codes de représentation et du sens des mots, Chouvellon a le sens de la formule, mais aussi et surtout un certain sens de l’ironie et du clin d’œil aussi. Tandis que ses œuvres s’imposent dans l’espace par une présence à la fois forte et fragile, on sent poindre chez l’artiste comme un sourire triste et révéler moins le pessimisme que la vanité de tout cela (l’art y compris).
Ma ruine avant la vôtre, une gigantesque étoile de béton déchue, venue s’empaler dans quelques tiges de béton, ne préfigure pourtant pas l’éphémère succès de Boris Chouvellon, qui s’assure avec cette exposition de sa désormais indispensable participation à la vie de l’art contemporain d’ici et d’ailleurs.
Céline Ghisleri
Boris Chouvellon - Running on empty : jusqu’au 8/01/2012 au [mac], Musée d’Art Contemporain (69 av d’Haïfa, 8e). Rens. 04 91 25 01 07

Beau coup de dé… clic !
Une galerie d’art « comme à la maison », siège de Guimik Organisation, accueille le travail photographique de Laurent Grino, dont l’œil sentimental capte, au hasard des rues et des instants de vie familiale, les petits riens qui touchent à la grâce.
L’appartement d’Armelle Béraudy, à la déco chaleureuse (briques apparentes, comptoir et tables de bistrot…), sert depuis quatre ans de plateforme d’échanges culturels : en plus du management du groupe de rock Soma, de la production et de la promotion d’évènements, l’opérateur s’emploie à diffuser dans un contexte convivial et rassurant des artistes émergents. Dont acte avec les tirages de l’actif reporter-explorateur Laurent Grino.
Glanant les bribes de poésie à la surface du monde, le faiseur d’images doit porter en bandoulière sa nostalgie en noir et blanc. Il la colorie parfois d’humour face à des situations incongrues ou d’émotion lorsqu’il s’agit de nus ou de scènes intimes. Le regard de Grino embrasse les gens, souvent sa femme et ses enfants, s’arrête sur les sacs plastiques prisonniers des arbres, s’amuse d’un vélo coincé sur une grille et jamais ne cesse de cristalliser la valeur inouïe des choses simples. Roland Barthes a précisé : « La photo, c’est comme le mot : une forme qui veut tout de suite dire quelque chose. Rien à faire : je suis contraint d’aller au sens — du moins à un sens. ((Dans Texte et Image (Editions Paris Musées, Mars 1986 - extrait du commentaire des photographies de Daniel Boudinet, 1977).)) »
Collectionneur de vérités, le photographe aime border les noces d’un drap brodé de détails sur lequel personne d’autre ne se serait attardé, coucher sur papier la première sortie d’un bébé et se bercer sans illusion de la musique chaotique du temps qui nous aura. L’ambiance douce des clichés masque comme un pansement la furie des existences. On voit au-delà de son jeu de compositions ingénieuses et élégantes : il met le doigt sur la gâchette d’un fusil révélateur et cible dans son objectif la question du « pourquoi tout cela plutôt que rien ? ».
La quête de Laurent Grino est parsemée d’images « qui montrent que le vide a bien plus de sens que le trop plein. »
Marika Nanquette-Querette
Laurent Grino - Un simple coup de destin : jusqu’au 15/11 chez Guimik Gallery (43 rue Sénac, 1er). Rens. 06 26 83 58 74 / http://guimik.org
Site de Laurent Grino : www.createurdimages.fr

Bas les masques !
La galerie Anna Tschopp ouvre ses cimaises à l’artiste Karl B. Sous le signe du masque, et en référence au poème de Charles Baudelaire, cet artiste autodidacte présente une série d’autoportraits qui plongent le spectateur au cœur de l’intime et de l’inquiétante étrangeté de l’être.
Des feuilles arrachées à un carnet de dessin grand format, sept autoportraits quasi magnétiques se détachent. Karl B y délivre, plus qu’il ne livre au regard, sa propre image. Dans un mouvement répétitif presque qu’obsessionnel, le trait stylographique a détaillé les yeux, point de départ de ces dessins automatiques exécutés sans contrôle systématique, où l’expansion de la forme à la surface du papier n’a de frontières que le bord de la feuille. Sept variations monochromatiques, à l’exception d’une seule qui mêle la palette de couleur réduite du stylo à bille, introduisent l’univers d’une conscience irradiée par la poésie baudelairienne et par l’urgence du geste artistique. La référence est partout présente, jusque dans la signature, qui désignait à l’origine sa marque de tagueur, jusque dans ses fonds qui répètent inlassablement les phrases ou versets du poète comme des mandalas.
Des pratiques magiques du primitivisme ou de l’art brut, les images de Karl B. portent la trace d’une fascination de l’artiste pour son miroir et son propre reflet qu’il travaille en direct. Le masque est tombé comme un arrachage de peau, mais la plastique de l’artiste est reconnaissable, toujours unique dans ses déformations multiples. On pense à la démarche alchimique, à la transmutation, cette situation fragile et dangereuse par laquelle on accède à un autre état.
Il en résulte l’authentique présence d’un visage, d’une vie sans anecdote, produite à la manière de Hucleux, artiste engagé dans une quête subtile de peinture par le trait, ou de Roman Opalka, soucieux de mettre en scène la marche irréversible du temps.
« On peut toujours représenter quelqu’un par l’illustration… Faire un portrait vrai, disait Francis Bacon, un portrait qui met en évidence les apparences d’un être, c’est une chose différente. Pourtant, si on y parvient, le portrait a un impact d’une tout autre violence sur le système nerveux du regardeur parce qu’il remue en lui des sensations irrationnelles, au fond, inconnues de nous. »
Et si des autoportraits de Karl B s’échappe une force expressive extrême, qui saisit, c’est que l’enjeu de l’être y prend une intensité singulière : se surprendre à survivre, rejouer les dés du destin, faire parade à la disparition de la chair, sauver ce qui peut l’être. Coïncidence voulue avec le poème de Baudelaire ? Le surgissement bouleversant de « la véritable tête, de la sincère face »1 n’est peut-être que l’apparition d’une représentation allégorique.
Christine Maignien
Karl B. du 27 octobre au 17 novembre, Galerie Anna-Tschopp (197 rue Paradis, 6e).
Rens. 04 91 37 70 67 / www.anna-tschopp.com

Entre les murs
A Marseille, le Studio Fotokino a ouvert ses portes au début du mois d’octobre. Lieu de création et de diffusion dédié aux arts visuels, ce nouvel espace ne connaît pas pour autant de limites.
Construire pour avant tout déstructurer l’espace, s’installer entre quatre murs pour mieux observer et comprendre l’extérieur, inviter pour en définitive recevoir en retour… Cette nouvelle adresse dans l’hyper centre marseillais permet au collectif artistique créé en 2004 — composé entre autres de Nathalie Guimard et Vincent Tuset-Anrès, anciens « SDA » (sans domicile artistique — de concentrer son énergie et de projeter ses souhaits artistiques et imagés à partir d’un espace concret de 140 m2 avec puits de lumière et cuisine intégrés. Le Studio a pour vocation d’être un creuset interdisciplinaire, où les pratiques artistiques liées à l’image (illustration, graphisme, cinéma, photographie…) pourront trouver une résonance singulière dans cette sorte de container intergénérationnel, autour d’ateliers pour le jeune public et ses aînés.
Sachant se décliner, le Studio Fotokino en vaut à peu près… quatre, avec des manifestations hors les murs : le Petit cinéma (aux Variétés), les Sentiers (à l’Alcazar, la Criée…), Laterna Magica (dans une dizaine de lieux de la ville) et les Vagabondages (hors Marseille et parfois hors de France, afin d’asseoir de manière pérenne la volonté farouche du Studio de ne pas être emmuré). C’est dans ce dernier volet de papillonnage artistique qu’est née une collaboration entre Fotokino et le Festival international de l’Affiche et du Graphisme de Chaumont, qui aboutira à une exposition du designer Ed Fella au Studio et chez ses partenaires (l’Atelier de Visu et le CipM). Cet artiste américain a écrit, confectionné (affiches, flyers, collages), dessiné au stylo-bille et photographié au Polaroïd 680SE un pan du graphisme et de la typographie des Etats-Unis depuis le début des années 60.
Une exposition qui, à l’instar de la précédente fonction des lieux (un local d’excursionnistes), se révèle en parfaite adéquation avec « l’esprit Fotokino » : aller tel un bon défricheur à la rencontre de nouvelles visions et pratiques artistiques, vers d’autres lieux et escalader les murs !
Texte : Christelle Giudicelli
Photo : Ed Fella
Studio Fotokino : 33 allées Léon Gambetta, 1er. Rens. www.fotokino.org
Ed Fella - Documents : du 22/10 au 24/12 au Studio Fotokino, mais aussi du 21/10 au 2/12 à l’Atelier de Visu (19 rue des trois rois, 6e) et du 26/11 au 14/01/2012 au cipM (Centre de la Vieille Charité, 2e)

La fille aux allumettes
Les quatre de la Tangente1 inaugurent un nouveau cycle de programmation, avec l’installation de Dominique Castell, El jardin del amor, que certains avaient découverte au château d’Avignon cet été, mais que tous sont heureux de revoir dans le petit white cube des Puces cet automne.
Avant la musique, avant les corps et avant la danse, les paysages de Dominique Castell étaient comme des extraits de ceux de la peinture hollandaise du XVIIe, précis, fournis, documentés. Un réalisme auquel l’allumette n’accorde pourtant aucune réalité… Comme si celle-ci (la réalité) se consumait sous nos yeux : l’image se rougit sous le soufre de l’outil, comme elle s’empourprerait à la chaleur de la flamme.
L’installation El jardin del amor est, dans son processus de création, d’abord passée par le dessin, puis par le film pour revenir se projeter sur une immense feuille de papier Canson sur laquelle un paysage privé de toute figure humaine se voit devenir le théâtre sans acteur rêvé par Maeterlinck… Les feuillages pourpres d’El jardin del amor, comme les broussailles incandescentes des Paysages braises 2009, une autre série de Dominique Castell, sont les lieux d’une « scénographie de l’absence ». C’est ailleurs que la saynète se joue, en dehors du dessin : dans le dessin animé. Comme Woody Allen dans La rose pourpre du Caire, fuyant son film noir et blanc pour rejoindre Mia Farrow dans les couleurs du réel, le lapin déroule ici l’histoire hors de son dessin d’origine, échappant ainsi à sa condition pétrifiée en s’animant.
Les dessins pyrogènes de Dominique Castell, exécutés du bout de soufre d’allumettes, confèrent à son œuvre une monochromie pourpre qui évoque aussi bien l’embrasement des cœurs dans le sentiment amoureux, voire passionnel, que les champs sémantiques du feu et de la flamme non sans rapport, ici aussi, avec les métaphores des feux de l’amour. Il en va de même pour le tango dansé par les deux lapins d’El jardin del amor, qui peut être lu comme la métaphore du couple : une chorégraphie d’improvisation où les deux partenaires marchent ensemble vers une direction impromptue à chaque instant. Mais la figure du loup qui vient poindre dans le film préfigure peut-être que « le tango est une pensée triste qui se danse » (Enrique Santos Discépolo).
Céline Ghislery
Dominique Castell – El jardin del amor : jusqu’au 16/10 à la Tangente (Marché aux Puces, hall des antiquaires, 130 chemin de la Madrague-ville, 15e). Rens. 04 91 08 57 91 / http://latangente.over-blog.com

Lignes de fuite
Frères d’atelier depuis une dizaine d’années, Olivier Huard et Mr Post montrent pour la première fois leurs peintures ensemble lors d’une exposition aux Variétés qui aménage un dialogue visuel fructueux entre certaines toiles tout en affirmant la singularité de leurs démarches respectives.
Si, comme tout art, la peinture est indissociablement une aventure humaine et expressive tant elle engage un rapport au monde et aux autres, sa singularité est peut-être liée à son histoire. En explorant une esthétique de la trace ou de la ligne sur le mode de la juxtaposition et de la superposition, Olivier Huard déploie un espace pictural au sein duquel la prolifération des lignes engendre formes et figures enchevêtrées les unes avec les autres, sédimentées les unes sur les autres. Ainsi telle forme singulière n’apparaît, provisoirement, qu’en se détachant des autres, en étant comme capturée par notre regard, se maintenant un temps en une forme ou une figure pour ensuite s’en échapper et retrouver cette multitude de tracés, trajets fusant dans l’espace. Nous sommes ainsi sollicités à passer d’une ligne à l’autre, à achever les lignes en figures, à développer nos propres parcours en suivant la dynamique visuelle ou en se laissant happer par l’espace imaginaire, onirique et fictif créé par la peinture. Mr Post met également en œuvre un processus d’articulation et de juxtaposition des différents éléments de la toile entre eux, cette fois entièrement orienté vers la création d’une énergie plastique, d’un rythme visuel, d’un assemblage dynamique entre les parties. Des éléments figuratifs apparaissent ponctuellement ou de manière fragmentée dans les toiles ; ils font appel aux signes qui peuplent notre univers urbain quotidien et plus encore à la culture hip-hop. Les formes, qu’elles soient abstraites ou figuratives, apparaissent souvent sur fond d’un espace marqué par le travail de la matière picturale : traits de pinceaux, coulures, taches… Là aussi, mais différemment, nous sommes invités à achever nous-mêmes « le montage » visuel. L’espace de la peinture est chaque fois intimement lié à une histoire : une temporalité archéologique et qualitative avec Olivier Huard et une temporalité dynamique et rythmique avec Mr Post. Une belle aventure.
Texte : Elodie Guida
Photo : Grande rouge de Mr Post
Olivier Huard et Mr Post : du 13 au 30/10 au Variétés (37 rue Vincent Scotto, 1er). Rens. 04 91 53 27 82

Laboratoire dans le boudoir
Au lendemain des Portes Ouvertes Consolat, il est encore possible de s’immerger dans une antichambre artistique qui réveille. Le beau Tristan Favre fait écho aux pièces décoratives du charmant hôtel particulier situé en face du Palais Longchamp.
Le plasticien, au regard insolent et d’une courtoisie posée des plus helvétiques, « rafraîchit le décor tapissé de la famille Grobet-Labadié en l’ornementant de représentations logotypiques très actuelles », écrit le critique d’art ANON•.
Les pièces et mobiliers collectionnés par les fortunés Marie et Louis Grobet sont ainsi mis en résonance par des réalisations en céramique (avec la collaboration de Michel Muraour) ou des installations éclairantes sur le statut de l’étrange objet qu’est celui d’art. Les soupières retravaillées soupirent et dégoulinent sous les chairs roses d’un Fragonard ; des visages crispés de terre sortent des murs et portent en médaillon leur propre limite ; une structure de résine polyester entre en dialogue de sourds avec le cabinet à secrets du XVIIe siècle ; une incontournable étagère Billy s’est fait faire la peau et ça a giclé dans les vaisseliers…
Christine Germain-Donnat, conservatrice des lieux, est habituée à mettre en œuvre des paris contemporains et offre un autre ticket d’entrée expérimental dans l’écrin qu’elle a en charge.
« N’importe quel objet peut être un objet d’art pour peu qu’on l’entoure d’un cadre », disait Boris Vian. N’est-ce pas encore plus jubilatoire à voir quand on se trouve hors-cadre ?
Texte : Marika Nanquette-Querette
Photo : Laurent Grino
Tristan Favre : jusqu’au 5/11 au Musée Grobet-Labadié (140 boulevard Longchamp, 4e). Rens. 04 91 62 21 82 / www.tristanfavre.com

Good luck !
Dernier-né des lieux dédiés à l’art, la Straat Galerie va s’atteler à promouvoir de jeunes créateurs émergeants : cinq d’entre eux partagent actuellement leurs dessins, peintures et photographies dans ce nouvel espace dynamique.
Plusieurs artistes aux origines multinationales (« straat » signifie « rue » en néerlandais) se sont associés autour de l’art contemporain « tendance urbaine ». Sous la houlette d’Hannah Théveneau (présidente franco-américaine, observatrice éclairée des arts visuels et monteuse de projets culturels), Julien Dupuy, Adrien Klemensiewicz, Maki Manoukian, Pierrick Michel et Remy Lieveloo (aux formats carrés d’imbrications colorées) écrivent avec leurs univers graphiques sensibles la première page d’une aventure que nous leur souhaitons passionnante…
Texte : Marika Nanquette-Querette
Illustration : Dark Blues de Remy Lieveloo
Ça ouvre ! : jusqu’au 27/10 à la Straat Galerie (15 rue des Bergers, 1er). Rens. 06 98 22 10 85 / www.straatgalerie.com

Pour vous Servières !
Après la randonnée artistique du week-end dernier, pendant laquelle nous avons arpenté les 144 ateliers d’artistes ouverts au public pour l’occasion, voici venir le deuxième volet de la manifestation proposée depuis treize ans par le Château de Servières : À vendre, une exposition éphémère dans un lieu inédit…
Depuis l’an passé, les Ouvertures d’Ateliers d’Artistes ne concernent plus seulement Marseille puisque dix-huit artistes dublinois et lisboètes étaient invités à montrer leurs œuvres dans les ateliers marseillais. Echange de bons procédés : nos artistes locaux partiront à leur tour au Portugal et en Irlande, en octobre et juin prochains.
Né à la demande des artistes participant aux O.A.A., À Vendre est un rassemblement artistique pour lequel les préoccupations curatoriales n’empiètent pas sur la volonté initiale d’offrir des murs convertis momentanément en cimaises au plus grand nombre. D’où l’incroyable hétérogénéité des propositions artistiques d’une manifestation plus proche de l’accrochage collectif que de l’exposition. Si elle a pour but de donner la possibilité aux plasticiens de vendre des œuvres à des prix plus qu’abordables, elle représente surtout pour l’amateur d’art contemporain un focus sur la création artistique marseillaise actuelle.
Sous l’égide de Martine Robin, directrice du Château de Servières, les 144 artistes montreront leurs dernières pièces, selon un accrochage tributaire du lieu insolite dans laquelle la manifestation s’installe momentanément. L’exposition réunit de jeunes artistes sortis de l’école comme des artistes confirmés, tous logés à la même enseigne. Une mise en commun des œuvres, des moyens, des volontés…
Texte : Céline Ghisleri
Photo : Ectoplasme de Ghislaine Giordano
À vendre : du 30/09 au 2/10 à l’Immeuble Communica (2 place François Mireur, 1er). Vernissage jeudi 30/09 à 18h. Rens. www.chateaudeservieres.org
C’est Jérémie Delhome qui remporte cette édition du prix Mourlot. Ses formes muettes aux couleurs sourdes ont su séduire les membres du jury.

Poursuivre l’Opération Coûte que coûte…
Le festival Portes Ouvertes Consolat cumule cette année les challenges : diffuser des propositions au cœur d’un parcours artistique varié et de qualité, rester proche du grand public, faire vivre tout un week-end le quartier des hauts Canebière… et survivre !
Pour leur sixième édition, les POC ont maintenu les concerts gratuits prévus malgré des difficultés politico-conjoncturelles. L’association prend le risque de se mettre en danger financièrement pour ne pas amputer la richesse de sa programmation. Le partenariat avec Mouv’Art, instauré en 2010, ne se fera pas : l’autre manifestation n’ayant pas encore obtenu les subventions de la cité nécessaires pour mener à bien son projet d’art contemporain (dans des containers sur le Cours d’Estienne d’Orves), elle se voit contrainte de repousser ses dates. Si le soutien des acteurs dynamiques est négligé, l’ambiance post-2013 se verra entachée d’une coulée de désertification du vivier artistique. On ne peut donc que s’incliner devant la ténacité et l’exigence de ceux qui refusent d’abandonner, et les soutenir en masse (en répondant à l’appel aux bénévoles, par exemple) afin de faire passer un message fort : les Marseillais ont le droit à autre chose que des santons et des matchs de foot !
En plus des activités diverses proposées pour l’occasion (circuit nocturne, spectacles, repas, ballade en proxi-pousse, chasse au trésor, tombola….), les POC offriront l’occasion de découvrir une centaine de plasticiens et artisans à travers une cinquantaine de lieux. Des installations d’artistes invités tels Pierre Surtel, François Piquet et le Collectif Ordur’hier (Stéphanie Ruiz et Coralie Grandjean) trouveront aussi place dans l’espace public en questionnant vos sens et votre intelligence.
Parmi les sites ouverts dès le vendredi soir, l’atelier de gravure de la graphiste allemande Gabi Wagner (qui accueille également les œuvres de Catherine Pellissier et les bijoux de Zaza of Mayotte) prouve qu’un engagement à la fois citoyen et plastique n’est pas lettre morte. Maîtrisant « l’intagliotypie » (technique expérimentale compatible avec l’environnement car moins toxique), Gabi poursuit un travail assidu en formulant « qu’on pourrait passer toute sa vie sur une série. » Ses extraordinaires tirages ne troueront pas trop votre porte-monnaie.
Et puis quand on aime, on ne compte pas… surtout pas sur certains décisionnaires culturels !
Texte : Marika Nanquette-Querette
Photo : Experimentelle Drucktechnik de Gabi Wagner
Portes Ouvertes Consolat : du 7 au 9/10 dans les hauts de la Canebière. Rens. 04 91 95 80 88 / www.assopoc.org
Gabi Wagner, atelier de gravure (23 Rue Léon Bourgeois, 1er) : prolongation du 10 au 15/10, Rens. 04 91 50 66 95 / www.gabiwagner.de

« C’est une grande joie ! »
L’exposition des quatre finalistes du Prix de Peinture Mourlot 2011 à la galerie de l’ESBAM permet de prendre le pouls d’un art qui se renouvelle toujours et encore, s’imposant comme un intarissable médium …
Dans La Carte et le Territoire, Michel Houellebecq campe le personnage d’un artiste qui se fraye une place dans le milieu de l’art contemporain, entre Jeff Koons et Damien Hirst. L’auteur choisit de faire de Jed un peintre, en déroulant tout au long du roman l’idée sous-jacente que la peinture reste le médium premier. A la question « Compte tenu de tous les médiums possibles aujourd’hui, pourquoi choisir la peinture ? », Julie Dawid répond : « Parce que c’est une grande joie ! » C’est même une joie perceptible, et communicative quand on regarde les compositions de l’artiste, agencées comme un puzzle où les couleurs fusent et nous ramènent à ce qui l’anime : le monde végétal, le monde animal, quelque chose d’originel, de primitif, qu’elle retrouve en peignant à même le sol.
Les formes muettes aux couleurs sourdes de Jérémie Delhome ont su séduire les membres du jury, qui en ont fait le lauréat de cette onzième édition. On ne prend conscience de l’étrangeté de ses œuvres qu’à la deuxième lecture. Le peintre joue sur les codes de représentation, décontenançant notre regard au fur et à mesure que la chose représentée nous échappe, parce qu’elle n’est pas identifiable… Le travail des couleurs aux correspondances de tonalités improbables et, surtout, les jeux de lumière, viennent renforcer l’incongruité du sujet. Ils constituent surtout pour Jérémie Delhome le lieu de ses recherches picturales, qui évoluent récemment vers des effets de textures, de matières, des préoccupations tournant autour de la surface de sa peinture.
Nous reverrons sans doute très vite les grands formats aux sujets solennels de Claire Tabouret, qui vient de se voir décerner le prix Berwin à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Enfin, il nous tarde de revoir les enfants turbulents de David Lihard (découvert grâce au Prix Mourlot), sujets d’une peinture qui lie un sens accru du cadrage et de la composition, un sens poétique des couleurs, et qui évite avec brio la mièvrerie dans laquelle ils pourraient la faire choir…
Texte : Céline Ghisleri
Photo : Marseille 2010 de Jérémie Delhome
Prix Mourlot 2011 : jusqu’au 8/10 à la Galerie de l’ESBAM (40 rue Montgrand, 6e). Rens. 04 91 90 68 90 / galeriemourlot.free.fr

Seize’âme
La galerie Seize a fêté sa troisième rentrée au 16 rue Fontange, ayant à l’esprit ses seize expositions passées et ses nombreux projets à venir.
Sachant que Ventilo est un peu la Madame Irma de vos sorties culturelles et que les membres de Seize semblent nourrir quelque monomanie pour les chiffres, un peu de numérologie s’impose. Calculez votre chiffre pour l’année 2011 : additionnez votre jour et votre mois de naissance au chiffre 8 (le total du collectif des créateurs), puis réduisez le résultat jusqu’à obtenir un chiffre entre 1 et 6 (là, débrouillez-vous). Le résultat vous donnera votre vibration artistique pour la semaine.
1/ Innovez !
Comme la galerie Seize, aux installations rythmées : les expositions se renouvellent chaque mois. Se démarquant des autres galeries d’art contemporain par cette boulimie raisonnée d’accrochages ou d’envahissements (les œuvres de certains artistes, du wall drawing aux installations vidéo en passant par le paper design, investissent l’espace au sens premier), la structure veut agir de manière innovante et décalée, à l’image de ses consœurs parisiennes de 9e concept ou Magda Danysz.
2/ Sachez vous recycler.
Les lieux ont une âme et inspirent les nouveaux occupants. C’est le cas de cette ancienne chambre froide, ancien atelier de couture aussi, devenu un espace de création pour le collectif qui compte dans ses rangs six graphistes, un développeur web et un chef de projet. Le lieu se définit comme un espace de soutien et de promotion d’artistes français et étrangers émergents et la vitrine des choix unanimes et des travaux des huit concepteurs. A la fois galerie et atelier graphique, Seize porte un concept collectif et recyclable, parce qu’il est à suivre et qu’il est vert.
3 : Continuez, vous êtes sur la bonne voie.
Comme Seize, vous allez vivre une troisième rentrée placée sous les bienfaits des chiffres. Riche de seize expositions passées et d’artistes locaux révélés ou à venir comme Mona Lumir Fabiani, Vincent Landry ou Mothi Limbu, la galerie poursuit aussi son chemin vers des horizons internationaux en présentant des artistes comme Alfredo Maffei (Sao Polo), Gabriel Moreno (Espagne) ou Clemens Behr (Allemagne).
4 : Attention, c’est maintenant que ça se concrétise.
Avec 256 carrés de 16 couleurs différentes et de 16 centimètres de côté vendus à 16 euros, Seize a invité 6 artistes à produire 42 œuvres afin de marquer cette nouvelle rentrée. Cette installation collective fait écho à une œuvre également commune réalisée par le studio graphique, mais en noir et blanc cette fois ci.
5 : Springboardez et ne soyez pas jaloux.
Comme Seize, soyez un véritable tremplin (en anglais dans le texte : springboard) pour le street art et pour d’autres structures marseillaises et régionales : Backside gallery ou encore la maison de ventes aux enchères Leclere. Sachez être un élément déclencheur tout en gardant l’esprit street !
6 : Bravo ! Vous avez tiré le bon numéro.
La galerie prévoit d’inviter, pour sa troisième saison, des artistes reconnus et cotés comme Shaka. L’exposition à venir (du 26 octobre au 19 novembre 2011), signée Amigo, mêle avec finesse et humanité dessins et photos. Un des artistes clés du lieu, Clemens Behr, viendra quant à lui clôturer la saison en juillet 2012, permettant ainsi aux amateurs qui ont pu découvrir son travail à l’ouverture de la galerie de suivre son évolution artistique.
Christelle Guidicelli
Seize x 16 : jusqu’au 8/10 à la galerie Seize (16 rue Fontange, 6e).
Rens. 04 91 33 61 02 / www.seizegalerie.com

Des masqués
Après avoir fêté ses dix ans lors de trois journées riches en événements artistiques, la Poissonnerie, dirigée par Thierry Tannières, reprend sa programmation de plus belle avec une collection de dessins réalisés par Sophie Testa.
Les festivités organisées à l’occasion de son anniversaire — exposition de quarante artistes présentés depuis 2001, sortie d’un CD avec 25 pochettes originales par 25 artistes, concerts, happening musical, danse, projection de films d’artistes et lectures — manifestent bien le dynamisme et l’engagement de cette structure associative culturelle implantée à deux pas de la mer. Une structure qui a la particularité de présenter arts plastiques et musicaux, via l’organisation régulière d’expositions et de concerts, tout en prolongeant sa volonté de promouvoir les arts par un travail d’édition. Par ailleurs, elle participe intensément aux projets culturels marseillais en collaboration avec des structures institutionnelles ou associatives. C’est justement en partenariat avec le Château de Servières, à l’occasion des Ouvertures d’Ateliers d’artistes et de l’événement A vendre !, que la Poissonnerie présente actuellement La galerie des sauvages, une série de dessins réalisée par Sophie Testa. Depuis 2004, l’artiste étudie les collections des arts dits primitifs des musées en cherchant à leur donner forme et corps par un acte d’appropriation. Pour cette série, c’est surtout une collection d’art mexicain (statuettes et masques utilisés lors de rites funéraires) qui fonctionne comme support de la création : l’artiste explore leurs particularités graphiques et stylistiques en laissant libre cours à son imagination pour inventer un corps aux masques, amplifier ou rejouer autrement l’expressivité et l’imaginaire des statuettes. En croisant habilement restitution à visée anthropologique et geste artistique contemporain, elle nous fait pénétrer dans un monde à la fois réel et symbolique, passé et présent, dans lequel la mise en scène des figures peut être réélaborée et réinvestie de significations selon le regard que l’on porte sur elles.
Elodie Guida
Sophie Testa - La galerie des Sauvages : jusqu’au 4/10 à la Poissonnerie (360 rue d’Endoume, 7e). Rens. 04 91 52 96 07 / lapoissonnerie.free.fr/

Corps à Corse
La galerie Songe d’Icare inaugure sa saison avec une exposition d’huiles et de dessins signés Joëlle Fouilloux. Une première riche en couleurs, marquée par la danse et la Corse.
L’artiste peint la mer, ou plus exactement des calanques, peut-être du côté de Piana ou de Scandole, et développe des couleurs étonnamment attractives, notamment dans les bleus de ces portions de mer abritées des reflets solaires par la grâce de corridors de minéralité qu’elle sait rendre vertigineux de verticalité. Au pied de ces roches, l’eau, qui pour calme qu’elle soit n’en est pas moins mouvante, de ce mouvement incessant dont respirent les mers. Elle manie efficacement la juxtaposition des plans, verticaux, horizontaux ou inclinés, dont elle compose des paysages saisissants, d’où surgissent instantanément les volumes et se restituent les reliefs et replis de la terre. D’ailleurs, elle travaille aussi la matière et joue de cette dimension-là dans ses tableaux, en renforçant, par la quantité de peinture utilisée en certains endroits, cette impression de volume, de relief. Non tant de profondeur que d’épaisseur et de consistance, comme si elle ne cherchait pas à représenter mais à faire exister. Une autre série de tableaux semble très marquée par la danse, bien qu’aucun des titres de ces œuvres n’aillent en ce sens de façon explicite. Une suite dans laquelle le mot « tronc » revient souvent dans l’intitulé et qui fait apparaître des arbres — jamais dans leur entièreté : on n’en voit pas la base, encore moins les racines ; ils n’ont pas de feuillages, seuls leurs troncs se dessinent, parcourus de tensions, élancés de mouvement, parfois noueux, montrés en plan serré. Ils évoquent en cela des mouvements chorégraphiques, plus particulièrement de tango, ce mélange d’abandon et de retenue, de pulsion et de contrôle, cette façon de savourer le plaisir en retardant l’arrivée de son paroxysme. Une exposition par ailleurs traversée de beaux moments de lumières …
Frédéric Marty
Joëlle Fouilloux – Résonances… : jusqu’au 29/10 à la galerie Songe d’Icare (21 rue Edmond Rostand, 6e). Rens. 04 91 81 76 34 / 09 62 50 43 03 / songedicarelagalerie.com