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Apollinaire Gbeteglo – <em>En libérant je me libère</em> à la Machine Pneumatique Apollinaire Gbeteglo – En libérant je me libère

Apollinaire Gbeteglo – En libérant je me libère à la Machine Pneumatique

Corps et âme

 

À partir du 26 janvier, la Machine Pneumatique, espace d’art et de culture situé à l’Estaque dans le quartier de Saint-Henri, présente le travail du peintre Apollinaire Gbeteglo dans une exposition intitulée En libérant je me libère. Une peinture revendicative et énergique qui partage avec le lieu quelque chose de l’ordre de la frénésie, et bien plus encore…

 

Si, dans son art, Apollinaire Gbeteglo apporte sa modeste pierre à « la construction de ce que nous étions, de ce que nous sommes et de ce que nous serons » — chose qu’il ne saurait définir mais qu’il sait pourtant traversée par un mouvement qui nous relie tout autant qu’il nous fait circuler (« Ne sommes-nous pas tous des migrants finalement ? ») —, ces questions d’identité et de territoire activent la Machine Pneumatique cette année.

Elle se les posera pour sa part aux côtés du penseur et écrivain Édouard Glissant, père de la notion de créolisation. Ou comment notre identité aujourd’hui est nécessairement plurielle, construite au sein d’une multiplicité d’influences culturelles. Un programme riche, voire intense, remuera ainsi le territoire de Saint-Henri avec, entre autres, la venue annoncée en mars de Patrick Chamoiseau et de Danyèl Waro, et au sein duquel Apollinaire Gbeteglo trouve une place logique.

Apollinaire Gbeteglo est originaire du Togo où, plus jeune, il commence une carrière de footballeur. Fréquentant déjà les milieux artistiques togolais à l’époque, il a notamment plusieurs amis peintres. C’est le photographe de l’un d’entre eux qui l’amène, lorsqu’il se blesse et ne peut plus jouer au foot, à la danse afro-contemporaine, un style qui utilise des pas de la danse traditionnelle d’Afrique de l’Ouest tout en se tournant vers la création et le désir de produire quelque chose de nouveau. Ce style de danse, qu’il pratiquera au sein de la compagnie Henris Motra, devient son activité principale, et le suivra en France, en 2007, où il l’enseignera quelques temps. Pour des raisons administratives, il arrête d’enseigner. Il continue de danser aujourd’hui, mais moins. À ce propos, le vernissage à la Machine Pneumatique sera une occasion de le voir danser. Aujourd’hui, il est important de le mentionner car son parcours compte, sinon parle : Apollinaire est éducateur spécialisé, il intervient auprès de femmes qui se prostituent. Son action est sociale, il veille, se tient à l’écoute de ces femmes lors de maraudes nocturnes où lui et son équipe vont à leur rencontre.

Des maraudes assurément présentes en filigrane dans son travail de peinture, débuté il y a cinq ans, avec sa paternité naissante. Cela commence par un dessin au stylo, alors qu’il veille sur son fils endormi. Puis viennent les gouaches, toujours sur ces temps de sieste. Il peint sur papier, sur toile, sur du bois de récupération. Sa pratique est frénétique et vive, aussi bien dans la production que dans le geste. « Le corps ne ment pas », disait-il en danse ; et il continue de le dire en peignant. Et son corps de ne pas mentir, au risque de perdre la caution de l’appartement où il peint…

Sincère car « le corps ne trompe pas » et à l’affût puisqu’en « perpétuelle crise d’inspiration », le travail d’Apollinaire aborde des questions d’actualités brûlantes : liberté, immigration, folie. Celles-là même qui le frappent et nourrissent ses propres réflexions. « Revendicatif », l’artiste est atterré par la possibilité que lui offre l’actualité d’écrire chaque mois un nouveau texte dénonçant une nouvelle inhumanité, en France, en Egypte, aussi bien qu’ailleurs dans le monde.

« Parfois, ma peinture est dure et si je pense qu’il est important d’encourager les bonnes choses, je pense aussi que cela ne me suffit pas. J’ai besoin de pouvoir parler de ce qui me frappe et de ce qui me révolte. Il est très facile aujourd’hui de renoncer à prendre la parole sous prétexte que les choses auraient déjà été dites… C’est le silence qui est le plus dangereux. »

Frédéric Vaysse

 

Apollinaire Gbeteglo – En libérant je me libère : du 26/01 au 16/02 à la Machine Pneumatique (5 traverse du Régali, 16e).

Rens. : 09 51 30 03 60 / 06 63 55 67 60 / www.machinepneumatique.fr

Vernissage vendredi 26/01 de 19h à 22h, avec performance danse et percussions à 20h par l’artiste et Prince Gbeteglo

Pour en (sa)voir plus : https://apollinart.wordpress.com