On danse ?

Films, pièces sonores, extraits de textes, objets et pièces contemporaines. Œuvres de Jean-Christophe Bailly, Pina Bausch, Jérôme Bel, Trisha Brown, Clément Cogitore, Maya Deren, William Forsythe, Jean-Luc Godard, Hervé Guibert, Barbara Hammer, Anne Teresa de Keersmaeker et Wolfgang Kolb, Akram Khan et Sidi Larbi Cherkaoui, Philippe Lançon, Édouard Levé, Luc Moullet, Bouchra Ouizguen, Jean Painlevé, Artavazd Pelechian, Dominique Petitgand, Marcel Proust, Pascal Quignard, Yvonne Rainer, Agnès Varda, Xavier Veilhan... Commissariat : Emilie Girard et Amélie Couillaud

On danse ?
Oui, on danse. Tous. On n’est pas forcément Nijinski, Beyoncé, ni Fred Astaire, mais peu importe, à un moment ou à un autre, on danse : dans une fête, en club, dans un concert, ou seul dans son salon. La danse n’est pas qu’une affaire de virtuoses, nous la connaissons et la fabriquons tous. C’est bien de cela que traite l’exposition On danse ?, présentée au Mucem : un fait social partagé, créateur de liens, qui traverse nos vies et nos sociétés de part en part.

Du corps, premier territoire de la danse, à la transe qui nous le fait oublier, l’exposition invite à découvrir la danse là où on n’a pas l’habitude de la voir et à réaliser à quel point elle modifie le rapport à soi et aux autres.

Dans une scénographie qui invite au mouvement, le visiteur est libre d’aller et venir, s’asseoir, s’étirer, s’allonger, s’adosser, pour découvrir films, pièces sonores et extraits de textes. Ces œuvres sont agencées en un flux audiovisuel de six heures qu’il s’agit de prendre au vol pour quelques minutes ou quelques heures.

Libre à vous de passer d’un écran à un autre, d’éprouver et choisir la façon dont vous regardez, écoutez, au gré des volumes, des courbes et des matières de l’espace d’exposition… On danse ?

Le programme est composé de : 59 films ( films d’artistes, extraits de documentaires, de films de cinéma et de films ethnographiques), 13 extraits de textes issus de la littérature, 7 pièces sonores de Dominique Petitgand, 4 objets issus des collections du Mucem et 3 pièces contemporaines (une sculpture de Tomoaki Suzuki et deux « objets chorégraphiques » de William Forsythe).

66 artistes, réalisateurs et auteurs présents dans l’exposition :

Vasco Araújo, Fayçal Baghriche, Jean-Christophe Bailly, Yael Bartana, Pina Bausch, Jérôme Bel, German Bobe, Zoulikha Bouabdellah, Trisha Brown, Cassils, Claude Cattelain, Jiwon Choi, Hélène Cixous, Clément Cogitore, Maya Deren, Caetano Dias, Mati Diop et Manon Lutanie, Vincent Dupont, Becky Edmunds, Alexander Ekman, Flatform, William Forsythe, Dominique Fourcade, Aurélien Froment, Julien Gallée- Ferré, Maud Ge ray, André Gladu, Jean-Luc Godard, Lola Gonzàlez, Max Grau, Hervé Guibert, Barbara Hammer, Yannick Haenel, Anne Teresa de Keersmaeker et Wolfgang Kolb, Akram Khan et Sidi Larbi Cherkaoui, Andrew Lampert, Philippe Lançon, Édouard Levé, Luc Moullet, Bouchra Ouizguen, Jean Painlevé, Jean-Michel Palmier, Hetain Patel, Artavazd Pelechian, Anthony Peskine, Dominique Petitgand, Émilie Pitoiset, Elodie Pong, Alex Prager, Marcel Proust, Pascal Quignard, Yvonne Rainer, Tony Regazzoni, Charles Robinson, Mika Rottenberg, Zbigniew Rybczynski, Martin Sastre, Tomoaki Suzuki, Jennet Thomas, Agnès Varda, Xavier Veilhan, Marie Vic, William Wegman.

 


Mucem
Du 22 janv. au 20 mai : lun, mer, jeu, ven, sam, dim 11h-18h - mar 16h-23h59 Tlj (sf mar) 11h-18h
5/9,50 € (billet famille : 12 €). Gratuit le 1er dimanche de chaque mois
http://www.mucem.org
7 promenade Robert Laffont
13002 Marseille
04 84 35 13 13

Article paru le mercredi 6 fvrier 2019 dans Ventilo n° 422

On danse ? au Mucem

Galerie de portés

 

Partage, militantisme, prouesse physique ou véritable transe… S’agissant de la danse, les définitions sont légion. Dans l’enceinte d’une galerie entièrement revisitée pour l’occasion, l’exposition On danse ? au Mucem nous convoque à un ballet follement rythmé. Découpage en trois volets d’un parcours audiovisuel enragé, émouvant et presque toujours sensuel.

  L’espace transformé La danse est un show. C’est dans cet objectif spectaculaire, et pour mieux créer la chaloupe collective, que la galerie d’exposition du J4 a été judicieusement repensée. Ainsi, le lieu est devenu une méga salle de cinéma ; configuration ténébreuse idéale pour faire vivre aux visiteurs une épopée longue durée, multiscreen et immersive à souhait. Au menu de cette grande cabriole culturelle ? Six heures de flux audiovisuel projeté, çà et là, sur différents écrans. Ce sont 66 artistes mis à l’honneur et presque autant de films et d’extraits qui nous sont ici offerts, au cœur d’un univers gentiment lunaire. Autre particularité de ce spectacle sonore et filmé : il ne s’agit pas seulement de contempler ce qui nous est montré mais de prendre part physiquement, en corps et encore, à cette trame bien balancée. Une fois testés les sièges en forme de balançoires (summum du corps en mouvement) et les vastes tribunes moquettées (pour le repos des guerriers), il est possible de se glisser dans un sombre recoin et mieux apprécier le va-et-vient. Si les œuvres requièrent notre attention, il reste récréatif de tester la pluralité des modes d’installation proposés : tantôt assis, accroupis, allongés, tantôt debout, enlacés, entassés. Pour compléter la projection, quelques reliques ont été mises en lumière comme cette sculpture « made in London » qui nous donne une leçon de street style populaire (l’accoutrement conseillé pour réaliser figures et autres enjambées du tonnerre !) ou encore ce radiocassette de compet’ (Ghetto Blaster), emblème bruyant d’une culture hip-hop tout feu, tout slam.   Les trésors filmés Crevant fièrement l’obscurité, les nombreux écrans de l’exposition nous engloutissent sans trop forcer. Qu’apprend-t-on de la danse ? Qu’elle est un risque, une discipline osée. Que l’emportement de notre « carapace » laisse bien des traces. Que la vérité des chorégraphies est toujours pleine de grâce. La danse, c’est ce prodige d’une quarantaine d’années, torse nu et secoué de spasmes musclés. C’est l’abandon de deux jeunes mâles en socquettes blanches, qui se respirent pour mieux se ressembler. Le génie de ce duo ? Savoir écouter le corps du partenaire et aimer lui faire écho. La danse, c’est aussi l’immobilisme forcé (la construction d’un pas), lorsque son protagoniste pose une intention sur un temps défini. Un exercice qui n’est ni sans difficulté, ni sans répit. C’est le culte du final de Grease : la confrontation entre Olivia Newton-John et John Travolta est animale, comique, mais aussi pleine de théâtralité et de mimes grossiers. C’est ce couple d’Afrique, venu s’affronter dans une chapelle et paré de boubous bigarrés. Jamais ils ne se laissent gagner par la laideur de la violence. Toujours, leur gestuelle appelle la puissance. Cette alliance mystique, teintée d’imprimés wax et de violet, nous subjugue pour de vrai. Une danse-combat qui fera régner la femme et son impassible beauté. Certains films ont une résonnance singulière. Prenons cette compagnie de danseurs venus se faire les représentants mouvants d’une patrie humiliée, d’une société austère. Leur marche groupée devient progressivement une danse de l’espoir saccadée et sonne — grince ! — comme le réveil des consciences populaires endormies. Montant des marches infinies, gravitant jusqu’au ciel, ces danseurs/acteurs parfois désarticulés nous bouleversent à grand renfort de pirouettes et de foulées. Mais aussi… ces femmes ressuscitées. Silhouettes vêtues de noir, visages voilés de blanc et propulsées dans une plaine désertique bien ensoleillée. En cercle, les unes face aux autres, elles vont s’époumoner, se libérer, se sauver. Leur lâcher-prise commun, que l’on accueille plus spontanément comme une plainte furieuse, est salvateur. Ici, leur cérémonial « hurlé » et « chorégraphié » selon les seules lois d’une délivrance imminente nous permet, nous aussi, de faire taire les maux de trop et d’abattre les peurs qui nuisent au cœur.   L’effet escompté Grâce à cette scénographie hors du commun, la danse nous prouve ici qu’elle est accessible en tous points. Sans frontières et sans barrières. Pour soi-même ou pour autrui. Tango d’énergie ou polka de vie. C’est aussi un défi à relever, une image renvoyée qu’il faut assumer, une paix à faire avec son corps, un deal passé avec l’inconfort. Qu’elle soit un acte engagé ou simple désir de légèreté, la danse nous met en condition. Rien n’est finalement plus cathartique que de répondre à son invitation. Le format audiovisuel proposé au sein du J4 nous donne suffisamment de matière pour frissonner. La mise en scène (écrans, jeux de lumières, miroirs et reposoirs) met à égalité les aspects cosmiques et ludiques d’un espace totalement transformé. La magie opère jusqu’aux mille filaments d’un rideau de sortie scintillant. Jusqu’au dernier moment, comme si nous étions les acrobates d’une performance très regardée, la flamme nous habite de la tête aux pieds. Une autre approche de la danse ? L’incandescence, en effet.  

Pauline Puaux

 

On danse ? : jusqu’au 20/05 au Mucem (7 Promenade Robert Laffont, 2e).

Rens. : www.mucem.org