<em>Sauter le pas, 30 ans de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles</em>

Rubrique Expos, le Mercredi 02 mai 2012

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Pas sage comme une image

Vous avez raté la Nuit de l’Instant ? Sautez sur l’exposition Sauter le pas à la Traverse et à la Citerne du Panier, seul souvenir d’une nuit magique, où les images ont eu la parole.

Déambuler dans le Panier à la découverte d’artistes, d’œuvres, mais aussi de lieux dans lesquels on n’est finalement jamais rentrés (théâtres, salles de concert, associations, écoles…)… Le 20 avril dernier, de midi à minuit, la Nuit de l’Instant proposait à l’amateur comme au badaud de découvrir, le temps d’une ballade, une sélection d’œuvres traitant de la photographie et de son corollaire : l’image. De ce moment fugace demeure l’exposition Sauter le pas, réunissant des artistes diplômés de l’Ecole de Photographie d’Arles, qui fête ses trente ans cette année.
« On s’était dépensé en vaines subtilités pour décider si la photographie devait être ou non un art, mais on ne s’était pas demandé si cette invention même ne transformerait pas le caractère général de l’art », déclarait Walter Benjamin. Une chose est sûre, c’est qu’elle a bouleversé notre façon de concevoir l’image. Sauter le pas est une exposition de photos sans photos. Ici, on tourne autour de la photo, on la frôle à travers des diaporamas, des vidéos… Pour comprendre la démarche des commissaires, peut-être faut-il rappeler que la photographie est un dessin de lumière, que le support papier ne la définit pas, qu’elle est avant tout une image. Reste à décider ce qu’on veut faire dire à cette image, jouant du rapport ambigu qu’elle entretient avec la réalité. Tout l’enjeu de la photo demeure dans la posture du photographe vis-à-vis du réel et du dispositif photographique, c’est-à-dire jusqu’où il s’abstrait de sa prise de vue. Ainsi, Serge Le Squer se glisse dans une manifestation des habitants de la rue de la République et capte, anonymement, les portraits de ceux qui s’opposent aux expropriations engendrées par la réhabilitation de la rue. On peut presque parler de travail de mémoire dans le cas de cet artiste, qui inscrit son travail dans une histoire et utilise la photo comme une trace, un témoignage. Comme une arme de prise de conscience par l’image, collant ainsi à la formule de Barthes : « Dans la mesure où la photographie est ellipse du langage et condensation de tout un “ineffable” social, elle constitue une arme anti-intellectuelle. »

Texte : Céline Ghisleri
Photo : Les voleurs # 111 de Gilles Pourtier

Sauter le pas, 30 ans de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles : jusqu’au 5/05 à la Traverse (28-38 rue Henri Tasso, 2e) et à la Citerne du Panier (17 rue Saint Antoine, 2e).
Rens. 04 91 90 46 76 / www.ateliers-image.fr / 04 88 44 31 72 / www.laciternedupanier.com

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