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janvier 2012

[25 jan 2012] Pop culture

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Apopcalypse

2012. Le cerveau toujours embrumé par quelques avalanches d’informations, prenons le temps de nous questionner sur l’avenir de la pop culture… et des petits oiseaux.

Dans son brillant ouvrage Ocean of Sound, publié en 1995, David Toop propose une réflexion sur l’aspect immersif de la musique. Pour résumer, l’ambient, qui a connu une seconde vague au début des années 90, n’y est pas vraiment évoqué en tant que genre, mais plutôt en tant que type d’écoute. « L’envie de transcender le corps est un thème dominant dans toute conversation relative à l’avenir technologique », commente l’auteur…
Retour en 2012. Immergés, nous le sommes. A l’ère du tout numérique, cela ne fait aucun doute. Mais dans quoi ? Il est en effet compliqué de déterminer les contours d’un présent dominé par l’immatérialité. Tant mieux ? Tant pis ? A ce sujet, Rétromania - Comment la culture pop recycle son passé pour s’inventer un futur, à paraître début février chez Le Mot et le Reste (maison d’édition marseillaise), fait d’ores et déjà figure de référence. Le critique musical Simon Reynolds y développe une réflexion acérée sur ce dans quoi nous sommes finalement tous plus ou moins plongés, artistes, auditeurs, connectés, enfants de la culture pop. Un grand coup de pied dans la fourmilière de la « digiculture » (qui fait suite au « régime analogique », précise-t-il dans un article publié dans le dernier Chronic’Art), obsédée par son propre passé. Où en est-on avec la pop culture à l’heure d’Internet ? Système d’archivage atemporel, flux constant d’informations, profusion, décontextualisation… Comment interpréter et recevoir, aujourd’hui, ce qui a été déjà composé/écrit/pensé hier ? Alors, bien entendu, on se sent tous concernés et chacun y va de son petit commentaire. Le sujet est passionnant. Mais attention aux impasses, comme il l’explique en prenant MySpace pour exemple : « Tout le monde parle, personne n’écoute. » Prenons le temps donc.
Par exemple, dans un tout autre domaine, des chercheurs ont récemment pris le temps d’analyser plus de mille chants de troglodytes maculés, pour enfin découvrir que ces petits oiseaux duettistes prennent eux-mêmes le temps d’apprendre la partition de leur partenaire… Prenons le temps, l’immersion n’en sera que plus transcendantale. Laissons à Hiroshi Yokoi, créateur de la première radio par satellite, le soin de conclure (dans Ocean of Sound toujours) : « Je pense que les personnes liées à l’activité des médias ont une obligation importante à remplir. Celle de saisir pleinement l’esprit de cette période. Et en même temps d’employer leur pouvoir d’imagination et leurs compétences pratiques pour créer une vague de rêve. »

Jordan Saïsset

couv_retromania.jpgSimon Reynolds - Rétromania - Comment la culture pop recycle son passé pour s’inventer un futur (Le Mot et le Reste), disponible en librairie dès le 9/02.

David Toop - Ocean of Sound - Ambient music, mondes imaginaires et voix de l’éther (Kargo).

[25 jan 2012] Festival Reevox au GMEM

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L’Interview
Christian Sebille

A la fin du présent/plaisant entretien, Christian Sebille, nouveau directeur du GMEM, et instigateur du festival Reevox fermement opposé à la parole unique, m’indiqua non sans humour que je pouvais modifier, voire contredire ses propos selon mes propres opinions. Intéressante proposition… Seulement, je me suis efforcé de faire tout le contraire, et tiens d’ores et déjà à m’en excuser.

Tout d’abord, vous sentez-vous bien au GMEM ? Avez-vous pris vos marques ?
Oui (rires). Super équipe, supers projets… tout va bien.

Des projets ?
Pouvoir à nouveau accueillir du public dans le lieu, mais également développer le partenariat autour de l’accueil d’artistes : nous allons pas mal travailler sur la production, le suivi de projets d’artistes qui nécessitent de l’attention.

Marseille vous plaît-elle ?
C’est une ville formidable. Ça fait huit mois que j’habite ici, je viens de Reims. Culturellement, ces deux villes n’ont rien à voir. Reims est une ville tranquille, assez riche. On sent qu’à Marseille, ça bouillonne, la répartition de l’argent n’est pas la même, c’est une ville beaucoup plus populaire, plus vivante, grande, et je trouve que l’on sent beaucoup plus de nécessité d’y développer un travail.

Est-ce ce qui vous a poussé à quitter le Césaré, Centre national de création musicale de Reims, que vous avez vous-même fondé ?
Non, j’y étais depuis dix-huit ans et j’avais envie de partir depuis un certain temps. Mais j’avais également envie d’aller au bout de mon projet parce que je suis quelqu’un d’assez pugnace.

Et vous connaissiez le GMEM, du temps de Raphaël De Vivo ?
Oui bien sûr, j’étais venu travailler ici en tant que compositeur, j’y ai même enregistré un disque.

Quel est votre point de vue sur Marseille Provence 2013 ?
Je pense que c’est une grande chance. D’un côté pour Marseille, mais aussi pour la France, du fait que ce soit Marseille qui la représente sur le plan européen. Il y a ici une énergie incroyable et je crois que l’on en a bien besoin, plutôt que d’être dans un discours quantitatif… J’y crois, malgré tout ce qui a été dit et la façon dont ça a été organisé, qui n’a peut-être pas été la plus habile. Mais je pense que la ville, elle-même, va réussir à s’emparer de l’outil pour en faire quelque chose.

Avez-vous déposé des projets ?
Oui, plusieurs. J’ai voulu défendre le fait que le GMEM soit un lieu de production et que l’on pourra aider des projets inscrits dans MP 2013, sans demander d’argent. On va de fait en soutenir beaucoup, comme ceux d’Etienne Rey, Sébastien Roux… Et un autre entre Berlin et Marseille, une nuit multidisciplinaire et musicale à la Campagne Pastré…

Vous semblez très attaché à cette diversité en matière artistique. Mais comment la définissez-vous ?
Je parlerais plutôt des diversités. Une diversité des partenaires, d’où le fait que j’ai voulu rencontrer tout le monde pour voir ce qui est fait avec la musique à Marseille, et comment, par la suite, structurer quelque chose avec le GMEM. Une diversité des formes, également : j’insiste beaucoup sur le fait que l’on doit inviter le public, les lycéens, les collégiens, les enfants, à venir s’étonner et découvrir des choses avec nous. D’où le festival Reevox, principalement axé sur l’électronique, autour du public jeune, en collaboration avec le Cabaret Aléatoire. Je suis très content de ce partenariat. Lorsque l’on s’intéresse à la diversité, je pense que l’on ne peut pas dire « Je fais de la diversité », mais plutôt se demander et chercher comment on peut l’accepter. Parce qu’elle est insupportable au départ. Il faut prendre du plaisir à être déstabilisé.

Se faire contredire a du bon…
Sinon à quoi l’art sert-il ? Sans cela, on fait tous de la musique militaire, et puis voilà, tout le monde est d’accord, un-deux, un-deux, et en route…

Faites-vous face aux mêmes défis que vous avez dû relever à la tête du Césaré ?
Le principal objectif, à savoir défendre la production d’une musique contemporaine, est le même. A quoi ça sert de mettre de l’argent dans la culture ? Et que défend-t-on quand on fait ça ? Une image du bonheur ? De la diversité ? J’ai des avis très précis là-dessus. Mais après, ce ne sont ni les mêmes territoires, ni les mêmes enjeux.

Comment s’est montée la programmation du festival Reevox ?
Elle ressemble à un parcours. On a travaillé, ensemble, avec le Cabaret Aléatoire. Nous avons essayé d’être cohérents dans les couleurs. Ce sont des projets sérieux, d’artistes engagés. On est dans un parcours de découverte, avec des petites propositions, dans quelque chose de mesuré.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus à propos du clin d’œil au symbole de la musique concrète qu’est le magnétophone à bande, le Revox ?
Il y a plein de choses dans Reevox, tout d’abord « vox », la voix, et bien sûr Revox, le magnétophone, qui véhicule quelque chose d’historique et d’électronique, mais pas forcément vintage.

Vous êtes venus vous installer à Marseille, vous programmez des projets comme Roadmusic ou Immensity of the Territory, aux noms évocateurs, vous accordez une place importante à la notion d’espace en tant que compositeur… Est-ce que la route vous tient à cœur ?

Oui, beaucoup. Quand on voyage, on s’enrichit, on se questionne. Je connais assez peu de compositeurs qui n’ont pas bougé. Par exemple, quand on regarde les musiques américaines, répétitives, on peut voir comment elles se sont inspirées de la musique balinaise. Le voyage brasse les influences. Mais un voyage, ce n’est pas forcément partir, on peut voyager dans sa tête. Une aventure amoureuse peut être un voyage incroyable.

Quelle est l’œuvre qui vous le plus marqué ?
Répondre à cette question irait contre tout ce que je pense. C’est un ensemble qui crée un espace d’imagination. Le « un » empêche tout. Si l’on veut pouvoir penser, il faut sortir de l’unicité et de la répétition. C’est pour cela que je parle d’inviter le public au voyage, à prendre le temps d’écouter, en lui expliquant pourquoi telle ou telle musique nous plaît, nous touche. Prendre quelqu’un qui n’a jamais écouté un concert et le mettre dans une salle avec une heure et demie de Stockhausen est un supplice. Je pense que l’on aime les choses lorsqu’on les comprend.

Qu’est-ce qui est novateur ?
Des formes d’écritures par exemple. Il y a des gens qui écrivent de la musique avec un crayon et du papier et qui font des choses bien plus novatrices que d’autres avec quinze ordinateurs. On a besoin de sens, peu importe le support. Ce qui est novateur ? C’est toute la question de la modernité. Qu’est-ce qui peut être moderne ? Il y a des œuvres qui m’ont semblé absolument grandioses lorsque je les ai écoutées, mais ringardes trois ans après. Et d’autres que je n’ai pas du tout comprises au départ mais qui tiennent encore la route. Luc Ferrari, par exemple, tient toujours. Et pourtant… Quand j’étais son assistant, on écoutait les bandes d’enregistrements ensemble, il me donnait un top et schlack, un coup de ciseaux ! On sent d’ailleurs très bien ces cassures dans certains morceaux. Il voulait absolument toujours casser. Si sa musique prenait une direction, il lui en faisait prendre une autre. Sa vie était comme ça, sa musique aussi. Elle est là, l’essence de l’œuvre.

A l’inverse, qu’est-ce qui n’est pas novateur ?
Celui qui pense avoir raison. En général, il m’étonne rarement. Lorsque l’on entend ce qui était prévu d’entendre. Lorsque l’on se dit : « Oh, il sait bien écrire ».

Pensez-vous que la musique est plus présente dans nos vies aujourd’hui que par le passé ?
Oui, forcément. Si vous vouliez écouter de la musique au Moyen Âge, il fallait que quelqu’un joue dans la rue. La musique est désormais partout. Après, l’entendre et l’écouter sont deux choses différentes. La musique est l’un des arts qui provoquent le plus de violence. Des gens qui quittent un concert car ils sont dérangés peuvent avoir des réactions très violentes. Ils ne se contentent pas juste de dire qu’ils n’ont pas compris, ils vous insultent. La musique touche à l’origine, au plus profond de l’individu.

En tant que compositeur, vous pratiquez entre autres le Field Recording, à la recherche de matériaux sonores. Quel est le son, découvert lors d’une de ces sessions d’enregistrements en extérieur, qui vous a le plus marqué ?
Certaines prises de sons sont déjà, en elles-mêmes, des compositions. Il n’y a rien à faire, juste à les écouter. Je me souviens de la traversée d’une rue camerounaise vraiment incroyable… Une matinée à Lisbonne, un dimanche matin… Une église à Berlin, sublime. Une prière à Moscou, avec les crépitements de chandelles, absolument magnifique. Et les bords de la mer à Buenos Aires, où des gens dansaient le tango sur la plage. Par contre, je n’ai pas un son particulier ; comme je l’ai dit, je n’aime pas trop l’unicité.

Quel regard portez-vous sur vos œuvres ?
C’est un rapport vital. Je suis vraiment dans un rapport artisanal à mes œuvres. Je ne pense pas que l’œuvre soit la transcendance de l’être. Ce rapport à l’œuvre est nourri selon les périodes de la vie. Enfin, j’aime bien l’humilité, donc le mythe du héros, de l’unique, m’ennuie. C’était bon au XIXe siècle. On a passé tout le XXe siècle à s’en débarrasser, et à quel prix !

Vous parlez du héros de la culture pop ?
En quelque sorte. Ce qui arrive dans les musiques populaires provient en général des musiques savantes. On pourrait presque dire qu’il y a de la pop dans Wagner et Mahler. Quand on regarde le nombre de compositeurs aujourd’hui, c’est impressionnant. Est-ce que certains vont être au-delà des autres ou est-ce que, en fait, la culture du XXIe siècle sera plus une culture du patchwork dans laquelle on se dira : « Tiens, sur telle période de sa vie, cet artiste a écrit l’essentiel de son œuvre » ? Des musicologues pensent que Mozart avait tout dit à vingt-cinq ans.

Comment voyez-vous le futur ?
Vivant.

Propos recueillis par Jordan Saïsset
Photo : Joe?l Assuied

Festival Reevox : du 2 au 11/02 au GMEM (15 rue de Cassis, 8e), à l’Annexe du Conservatoire à Rayonnement Régional (Salle Zino Francescatti, 13 rue Melchion, 5e), à Klap (5 Avenue Rostand, 8e) et au Cabaret Aléatoire (41 rue Jobin, 3e). Rens. www.gmem.org

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Reevox, en accéléré
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Roadmusic : présentation d’une « boîte noire qui, à partir de la captation des mouvements d’un véhicule et du paysage défilant, crée de la musique en temps réel. »
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_Jeudi 2 au GMEM.

Emergence + Séances d’écoute : un « concert dédié aux jeunes compositeurs de musique électroacoustique du Conservatoire de Marseille », suivi d’une invitation du compositeur Sébastien Roux « à une écoute spatialisée d’œuvres choisies de son répertoire. »
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_Vendredi 3 à l’Annexe du CRR.

Immensity of the territory + Un œil sur la chose : un « vidéo-live mixant fragments sonores et visuels enregistrés lors d’une traversée des Etats-Unis d’Est en Ouest », suivi d’un spectacle musique et danse, « une jolie narration sensuelle » d’Aurore Gruel, François Klein et Hervé Birolini.
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_Samedi 4 à Klap.

Phono-portrait : « Le public plongé dans la pénombre et le corps installé en légère suspension dans des transats se laissera porter par la douceur et la précision des œuvres électroacoustiques » de Benjamin Dupé, Vincent-Raphaël Carinola et André Serre-Milan.
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_Mercredi 8 au GMEM.

Egrégore & eRikm & Etienne Jaumet : Le premier « tisse une toile entre les perceptions de l’ouïe et de la vision », le deuxième retrouve ses platines pour « une performance où seule la sensibilité arrive à faire oublier la virtuosité », tandis que le troisième propose un voyage « résolument cosmique entre nappes vintage, boucles de synthés et complaintes de saxophone. »
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_Vendredi 10 au Cabaret Aléatoire.

Caravaggio & Acid Washed & Bruit Fantôme : Le premier « rassemble en un groupe amplifié des écritures instrumentales, électroniques et d’inspiration pop-rock », les deuxièmes « pourraient simplement être les héritiers d’une french touch des Daft Punk et d’une disco de DFA », tandis que le troisième propose un live « aux sons électros futuristes et kosmiques teintés de sons vintages. »
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_Samedi 11 au Cabaret Aléatoire.

[25 jan 2012] Django Django - Lp (Because)

galette-Django-Django.jpgSi le rock n’avance plus depuis une bonne décennie (plus de mélanges, plus de message, plus de couilles), la pop, elle, n’en finit plus de se réinventer. Django Django est la première sensation de l’année, déjà récupérée par le label parisien Because, qui ne signe en général pas que du vent lorsque ça buzze outre-Manche (Metronomy, Klaxons, Connan Mockasin). Dans la droite lignée de groupes anglais comme Simian ou The Beta Band, ce quatuor explore des territoires psyché-pop en y incluant la technologie. C’est frais, gentiment barré, et cent fois plus stimulant que le dernier Black Keys.

PLX

[25 jan 2012] Lindstrøm - Six Cups of Rebel (Smalltown Supersound)

galette-Lindstrom.jpgAu rayon « nouveau disco » dans lequel il excelle, Lindstrøm préfère la tangente. Non seulement désireux d’en finir avec les terminologies, le Norvégien rompt également avec l’aspect dépouillé parfois associé aux musiques séquencées. Point de minimalisme donc. Souvent même au bord de la surcharge, ses aspirations jazz-rock nourrissent et empilent constamment des trucs improbables et jouissifs. Comme s’il avait voulu retranscrire pêle-mêle les coulisses d’un cerveau bouillonnant, pilonné d’obsessions et de moments de grâce, doté d’une capacité de régénération hors norme : intelligent.

JSa

[25 jan 2012] Ewert and the Two Dragons - Good man down (Talitres Records)

galette-Ewert-And-The-Two-Dragons.jpgAprès la parution du LP de Maison Neuve, Talitres Records donne sa chance à un nouveau groupe pétri de talent, en l’occurrence les Estoniens d’Ewert and The Two Dragons. Beaucoup de formations se sont lancées dans une pop mâtinée de folk ces dernières années : de I Am Kloot aux Fleet Foxes, en passant par Midlake, on pensait avoir fait le tour de la question. Mais voilà que les quatre Tallinnois proposent dix chansons simplement orchestrées mais savamment écrites, et diablement interprétées. Porté par un titre éponyme d’une efficacité redoutable, cet album se révèle parfait en cette saison.

SV

[25 jan 2012] Can - Tago Mago (Spoon/Mute)

galette-Can-Tago-Mago.jpgInterviewé par nos soins il y a peu (voir Ventilo #287), l’Allemand Irmin Schmidt confirmait la réédition de Tago Mago, le grand œuvre du groupe majeur qu’il fonda à la fin des années 60 : Can. Parue juste avant les fêtes, cette nouvelle version annonce l’imminent pressage de l’intégralité du catalogue en vinyle, mais arrive surtout isolément. Comme s’il fallait absolument que les nouvelles générations découvrent ce double album aussi expérimental que psychédélique, toujours aussi mystérieux quarante ans après. Un live enregistré en 1972 agrémente cet objet très soigné. Indispensable.

PLX

[25 jan 2012] Fenech/ Berrocal/Tazartès - Superdisque (Sub Rosa)

galette-Fenech-Superdisque.jpgOn entre dans cet univers fantasmagorique en anthropologue-navigateur perdu au milieu d’un songe, découvrant une nouvelle terre. Tout semble familier, pourtant, au premier contact, on se retrouve désarmé face à ce langage guttural mais subtil dont on décèle quelques mots et souhaiterait comprendre les autres. Des sons impalpables, des trompettes et des accordéons moqueurs dérivent, une guitare lynchéenne pour seul repère. Musique improvisée ? Expérimentale ? Jazz ? Vous n’y êtes pas. Juste le bonheur d’être perdu en pleine zone inconnue.

ND

[25 jan 2012] Ultra Panda - s/t (Les Disques Du Hangar 221/Chanmax)

galette-Ultra-Panda.jpgDe par son côté hybride, Ultra Panda repousse les frontières du rock pour s’aventurer sur les dancefloors. Pas de machines, juste un trio de vétérans de la scène rock française (Bananas At The Audience, Free For All, Weeping Minds Of Silence…) terriblement efficace. Un chant, une batterie et surtout une basse synthétique, qui ose la saturation jusqu’au mimétisme d’une guitare. Le tout donne un noise-rock épileptique, catchy, rythmé et donc terriblement dansant… Ce qui n’est pas le propre du genre, vous en conviendrez. A ce jeu, seul Death From Above 1979 avait déjà réussi l’exploit.

dB

[25 jan 2012] SuperBravo - A space without corner (Les Disques Bien)

galette-Super-Bravo.jpgScandaleusement mésestimé au regard de sa contribution à la scène pop française, Holden est ce duo que l’on s’est plu à chérir, notamment pour ses trois derniers albums produits par le Chilien Uwe Schmidt (Pedrolira, Chevrotine et Fantomatisme). Le timbre doux de sa chanteuse, Armelle Pioline, y était bien sûr pour beaucoup. La voici qui se lance avec un projet plus personnel et minimaliste, sur le label Les Disques Bien (trait d’union bienvenu entre Paris et Marseille). C’est encore une fois charmant et intimiste, mais désormais chanté en anglais. En attendant le prochain Holden ?

PLX

[25 jan 2012] Kinny - Can’t kill a dame with soul (Tru Thoughts)

galette-Kinny.jpgLes divas du siècle passé, auxquelles on promettait monts et merveilles, se sont perdues en chemin ou n’ont pas confirmé leurs promesses d’alors (Kelis, Ms. Dynamite…), quand Miss Platnum est trop blanche pour être honnête. Fort heureusement, Caitlin Simpson est arrivée, et elle devrait sauver nos âmes ! Dotée d’un organe surnaturel (comme dirait DSK), elle navigue entre soul, jazz ou r’n’b avec aisance, et pourrait remplir à elle seule la programmation musicale de Radio Grenouille ou Nova. On lui pardonnera son crime de lèse-majesté (une reprise de The Cure), eu égard à sa brillance évidente.

SV

[25 jan 2012] Ouvrage collectif (direction : Marie-France Auzépy et Joël Cornette) - Histoire du poil (Editions Belin)

Millefeuille-Histoire-du-poil.jpgSigne social, religieux ou encore politique, le poil dévide sa pelote depuis la Mésopotamie jusqu’à l’actuelle Turquie. Si les contributions sont parfois trop universitaires, l’ouvrage s’avère intéressant et souvent amusant. On découvre, entre autres, que Gérard de Nerval nourrit une grande passion pour une « femme-mouton » ou encore qu’un évêque rédigea un très moral Éloge de la calvitie. Et, tandis que notre gouvernement augmente la TVA, Histoire du poil nous révèle des initiatives qui laissent songeur : celles de Pierre le Grand taxant la barbe de ses sujets et de ce Marseillais de l’Ancien Régime prônant une taxe sur les perruques ! Quant à la frilosité de vos banquiers, sachez, Messieurs, qu’il fut un temps où vous pouviez hypothéquer votre barbe…

CV

[25 jan 2012] Gilles Lapouge - Le Flâneur de l’autre rive (André Versaille éditeur)

Millefeuille-Le-Flaneur-de-l-autre-rive.jpgNé à Digne et ancien du Lycée d’Aix, Gilles Lapouge approche les 90 ans. On le connaît surtout pour son ouvrage Les Pirates et sa participation régulière au festival Etonnants Voyageurs. Aventurier d’un autre siècle, il nous emmène chez un magnat du soja au Brésil ou nous entraîne en Afrique pour une enquête sur le café. Sous la forme d’un abécédaire autobiographique, l’auteur nous raconte ses années de journalisme. Il révèle à l’occasion le goût de Nabokov pour la chasse aux papillons ou confesse encore son espionnage douteux des envoyés spéciaux du Figaro. Le Flâneur de l’autre rive est ce vieil homme espiègle qui, le temps d’une complicité, nous promène dans sa mémoire comme dans un « cabinet de curiosités ».

CV

[25 jan 2012] Lisa Mandel & Hélène Georges - Vertige (Casterman, coll. KSTR)

millefeuille-Vertige.jpgVertige, une actrice célèbre, a snifé un peu trop de cocaïne sur le plongeoir de sa piscine, dans laquelle elle est tombée. Repêchée par son agent, va-t-elle en réchapper ? Quant à la belle Adélia, trapéziste de son état, elle exerce son art sans filet au-dessus de fauves avant de quitter brusquement la piste et de s’enfuir du cirque… Vertige est l’une des belles surprises de ce début d’année. Luxuriante et haute en couleur, la ligne claire d’Hélène Georges accentue la dimension onirique du très beau scénario de Lisa Mandel. Extrêmement bien construit, tout en finesse, ce conte cruel et assez amer promène le lecteur par le bout du nez et réserve bien des surprises. Sans lourdeur, mais efficacement, les auteures montrent qu’une forme d’esclavage, en apparence plus raffinée et moins indolore, peut se substituer à une autre.

BH

[25 jan 2012] Merwan - Le Bel âge (Dargaud)

millefeuille-Le-Bel-age.jpgSi Dargaud est leader sur le marché de la BD, ce n’est pas un hasard. Jamais pionnier, toujours en retard même… Et pourtant toujours en tête. Le Bel âge témoigne une fois encore de cette capacité de l’éditeur à ingérer et recracher tout ce qui se fait ailleurs mais « en mieux ». Ici, par exemple, on mêle l’équivalent du dessin de Bastien Vives à une histoire façon Les Autres gens mâtiné de Péril jeune. Mais en outre, on soigne la com’, la couverture, les couleurs, le découpage, pour donner envie aux éventuels acheteurs non seulement de le lire mais surtout d’en connaître la suite. En effet, Le Bel âge attire l’œil, se lit d’un trait et nous frustre quelque peu de s’arrêter si tôt dans l’histoire. Les trois personnages principaux, la vingtaine, étudiants, vivent des amours tumultueuses, des plans cul, des galères, des délires… Rien que du banal en somme. Mais du banal façon Dargaud…

LV

[25 jan 2012] L’Autobiographie de Nicolae Ceausescu - Documentaire (Roumanie – 2011) d’Andreï Ujica (Icon)

dvd-autobiographie-de-nicolae-ceausescu.jpgLors d’une précédente édition du Festival International de Documentaire (FID), le public phocéen a pu découvrir ce film incroyable de trois heures nous plongeant dans le quotidien du dictateur roumain. Andreï Ujica est déjà connu pour avoir consacré, entre autres, un film troublant mais fascinant, à la frontière du documentaire et du cinéma expérimental, sur la station MIR : Out of the Present. Ici, le cinéaste russe a exhumé les dizaines de milliers d’heures de films d’archives concernant le quotidien de Nicolae Ceausescu, qui exigeait qu’on le filme au moins une heure par jour. Une pratique schizophrène mais qui en dit long sur le rapport image/pouvoir, poussé ici jusqu’à l’extrême, et monté de manière troublante par le cinéaste russe.

EV

[25 jan 2012] Tabou(s) (Etats-Unis – 2007) d’Alan Ball (TF1 Vidéo)

dvd-Tabou%28s%29.jpgTout ce que touche Alan Ball ne se transforme pas en or mais presque. Le créateur de la série Six Feet Under — et scénariste de American Beauty — détient en lui quelque chose que notre époque consensuelle nomme maladroitement « subversion ». En réalité, point de subversion chez cet homme plutôt brillant et lucide. Juste la capacité à ne pas tomber en permanence dans le panneau de l’illusion et à regarder comment tourne notre monde. Tabou(s) (Towelhead en V.O., ce qui signifie plus ou moins « bougnoule ») illustre à nouveau ce credo. En s’attaquant subtilement au racisme, aux préjugés, à la sexualité adolescente ou encore à la pédophilie, Alan Ball propose une réflexion sur les rapports humains, pas un jugement. Il pose à plat nos contradictions, les étudie, les dissèque. Pas sorti en salles, Tabou(s) mérite donc une seconde chance.
LV

[25 jan 2012] Maurice Audin, la disparition (France – 2010) de François Demerliac (Editions Montparnasse)

dvd-Maurice-Audin-la-disparition.jpgFrançois Demerliac revient dans ce très beau film sur les heures tragiques de la guerre d’Algérie, et notamment sur l’enlèvement par des parachutistes français du jeune mathématicien Maurice Andin. Avec une grande finesse de langage cinématographique, le cinéaste tente de remonter le parcours du temps, trouvant sur son chemin les rouages de l’histoire qui ont entaché cette période. Les témoignages se croisent, du côté français tout autant que du côté algérien, et le film s’enrichit du formidable travail de recherche exécuté ici pour revenir à la source. Il n’hésite d’ailleurs pas à s’appuyer sur la matière déjà exploitée par l’historien de renom Pierre Vidal-Naquet. C’est bien sûr, en filigrane, toute la question des tortures et des exactions commises durant cette guerre qui se révèle alors.
EV

[25 jan 2012] Oxbow - The Luxury of Empire (Etats-Unis - 2009) de Mariexxme (FlowerSkull)

dvd-Oxbow.jpgA travers un prisme sobre mais classieux, cet excellent documentaire réalisé par Mariexxme se propose de suivre le groupe inclassable Oxbow lors sa tournée française de 2009. Les images sur scène et en dehors sont agrémentées d’entretiens dans la pénombre, mettant en lumière l’intégrité artistique des musiciens et surtout la profonde exigence qu’ils portent à leur art, bien au-delà des intentions de nombreux groupes… Plus complet que le documentaire de 2006, Music For Adults (DVD bonus de Love That’s Last), il offre en bonus une partie complémentaire filmée au téléphone par leur ingénieur du son et l’intégralité d’un concert parisien restituant l’énergie sans effet déplacé. Ce qui nous fait dépasser les trois heures de vidéo… De quoi finir en slip/gilet en cuir dans son salon, à l’instar du chanteur, Eugene.

ND

[25 jan 2012] Atelier Totori (Koch Media / PS3)

jeu-atelier-totori.jpgAprès un Atelier Rorona pétillant de bonne humeur, Gust remet le couvert avec cette suite. Même si ce jeu de rôle se vit encore au jour le jour, le déroulement est ici plus mature et moins linéaire. Les objectifs à échéance fixe laissent place à une progression dont le joueur est seul décideur. Il faudra cependant remplir certaines conditions pour poursuivre l’histoire, arrivé à un point précis, sous peine de terminer sur la « mauvaise fin » (une parmi d’autres). L’alchimie, qui permet de transformer des objets en de nouveaux, est toujours bien présente, tout en laissant plus de place à l’aventure et à l’exploration de petites zones variées parsemées d’ennemis, pour notre plus grand plaisir.

AD

[25 jan 2012] Disgaea 4 : A Promise Unforgoten (Koch Media / PS3)

jeu-disgaea-4.jpgDisgaea, fleuron du jeu de rôle tactique old school sur console, est de retour avec un quatrième opus qui enchantera les adeptes — et, pourquoi pas, de nouveaux joueurs ? Comme à l’accoutumée, l’action se déroule dans le Nether World, sorte d’enfer où les démons règnent en maîtres. Notre héros, un vampire façon Popeye (la sardine remplaçant les épinards), donne le ton, humour 9999e degré. Le chiffre 9999, marque de fabrique de Nippon Ichi, est aussi le niveau maximum d’expérience qu’il est possible d’atteindre. Démesuré, tout comme la durée de vie, pour qui souhaite remplir toute l’encyclopédie. De quoi séduire son public habituel, et plus si affinités, le jeu étant traduit en français.

AD

[25 jan 2012] Dynasty Warriors 7 : Xtreme Legends (Koch Media / PS3)

jeu-dynastywarriors.jpgIl y a quinze ans, la série Dynasty Warriors permettait à Koei, alors spécialiste du wargame, de s’ouvrir à un large public. Orientée action, elle place le joueur au cœur des champs de bataille, encerclé de centaines, voire de milliers d’ennemis à occire. Les fans de Japon médiéval et de batailles épiques trouveront une fois encore leur compte avec cette version Xtreme, agrémentée d’un mode « légende » scénarisé et jouable en duo. Les nombreux protagonistes éclairent certaines facettes de l’histoire, quand les armes et les combats, en quantité astronomique, occuperont ses adeptes pendant un long moment. Le tout malgré une réalisation datée, des textes en anglais et une répétitivité évidente.

SV

[25 jan 2012] WWE 12 (THQ / Xbox 360 & PS3)

jeu-wwe12.jpgVéritable renouveau en matière de simulation de catch, WWE 12 apporte un souffle d’air frais sur une série qui commençait à prendre la poussière. Système de combat, angles de caméra, maniabilité, personnalisation, difficultés… : tout a été revu et corrigé pour le plus grand plaisir des amateurs. Les nombreux modes promettent de très longues heures de jeu, sans compter le multijoueurs. Quelques défauts noircissent tout de même un peu le tableau, comme l’absence de certaines superstars ou le moteur graphique vieillissant. Malgré ces détails, le soft reste très agréable à jouer, même s’il surprendra au premier abord les plus vieux fans de la série, en raison de son changement total de gameplay.

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[25 jan 2012] Olivier Modr - Là où l’herbe pousse à la Compagnie

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Sous l’herbe, les pavés

Voir Caochangdi : telle est la proposition d’Olivier Modr à travers une série de photographies sur ce village aux portes de Beijing.

Pour planter le décor, une quinzaine de photos, une vidéo documentaire d’Olivier Modr (Caochangdi Rushes) et le film d’un invité, Alessandro Rolandi (Do Beijing White Cats Dream about an Harmonius Society ?), avec en bruit de fond les sons d’un chantier sans fin. Celui d’une de ces zones rurales proches de la capitale chinoise vouées à disparaître, grignotées par l’urbanisation qui a su se laisser apprivoiser par des artistes — notamment par l’activiste indépendant Ai Wei Wei, architecte du stade national pour les J.O. de 2008 et incarcéré près de trois mois en 2011. Leurs ateliers de briques et de fenêtres grillagées, qu’Olivier Modr a subtilement figés depuis son installation dans le village (il y a deux ans et demi), rappellent la dualité d’une société qui se modernise. Un contexte rural où l’art peine à s’immiscer et qui entraîne dans un même temps un focus néfaste vouant l’herbe à ne plus pousser. Le petit village se voit alors condamné à son succès, des maisonnettes de paysans et des galeries d’artistes naissant des immeubles. Les photographies suintent de cette atmosphère, tout est de briques, de mortier, de planches de chantier, d’empilements d’objets abandonnés. Cette transformation en marche s’accélère et semble être perpétuelle, quand le photographe suggère autant une brume matinale que les bleus du ciel des journées claires et l’ambiance des lumières artificielles à la tombée du jour. La nouvelle société chinoise semble ne plus vouloir perdre de temps. Malgré ce chaos et ce désordre ambiant, l’humain transpire de ces clichés. Les silhouettes et les visages de ceux qui, sur place, ont dû s’adapter se dessinent : ceux des paysans devenus maçons, des jeunes femmes qui zigzaguent au milieu des bétonneuses et engins de chantier en talons ou en scooter, des taxis en passant par les pousse-pousse et leur lot de clients… la vie, la population est présente — et même de trop.
Olivier Modr saisit ce paradoxe et se laisse du temps, se fixe en modeste observateur, en se situant aux frontières du documentaire, suscitant les interrogations là où la couleur verte n’est plus qu’un souvenir.

Christelle Giudicelli

Olivier Modr - Là où l’herbe pousse : jusqu’au 17/03 à la Compagnie (19 rue François de Pressensé, 1er). Rens. 04 91 90 04 26 / www.la-compagnie.org

[25 jan 2012] Young & Restless chez Vidéochroniques

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Amour, gloire et beauté

Young & Restless réunit sept artistes « jeunes et agités » de Marseille et d’ailleurs, partageant une certaine posture de la performance sans happening. Ici, la perf’ participe au processus de l’œuvre mais se fait discrète dans son rendu visuel. A découvrir (vite !) chez Vidéochroniques.

Amour, gloire et beauté : c’est tout ce que l’on souhaite à ces sept artistes. Surtout la gloire, parce que leurs boulots, si jeunes soient-ils, ne déméritent pas. Ne démérite pas non plus l’œil avisé de l’équipe de Vidéochroniques, qui sait déceler dans les ateliers des façons de faire renouvelant le propos et la pratique de l’art contemporain. Tout est bien dans le meilleur des mondes quand les artistes talentueux reçoivent le soutien des « puissances instituantes »1. Car si le regardeur fait l’œuvre, l’institution fait l’artiste. Marie-José Mondzain a beau dénoncer la marchandisation de l’art, force est de constater que ces institutions, peu enclines à la prise de risque, misent la plupart du temps sur des artistes bankables.
En ce qui concerne Thomas Couderc, Guillaume Gattier, Ahram Lee, Gaëlle Le Floch, Elodie Merland, Vivien Roubaud et Ugo Schiavi, on peut espérer qu’ils sont sortis d’affaires puisque « révélés » par Vidéochroniques.
Alors qu’est ce qui fait que Young & Restless est au moins aussi réjouissante que la Biennale de Lyon ? Refusant, à l’instar d’Eric Troncy, de voir l’art contemporain s’embourgeoiser dans des formes très « art-contemporanisantes »2, l’exposition de Vidéochroniques ne rabâche pas des codes formels en vogue. En témoigne le génial Guillaume Gattier, chez qui la performance se lit en amont de ses pièces. D’aussi loin que je me souvienne enroule 500 films 35 mm (bandes annonces de cinéma des années 90 à nos jours). Comme la coupe d’un tronc d’arbre, l’œuvre répond du temps qui passe autant dans son objet que dans sa forme. Chez la non moins géniale Ahram Lee, le geste est systématiquement performatif. Avec humour, comme dans Une chance sur, installation où le spectateur doit retrouver la bonne combinaison on/off des trente interrupteurs pour allumer l’ampoule. Ou avec beaucoup de poésie, comme dans De l’équateur au Pôle Nord, très grand dessin au crayon et à la règle répétant inlassablement le geste de l’artiste, qui optimise la fatigue de la mine traduite par l’épaississement du trait…

Texte : Céline Ghisleri
Photo : D’aussi loin que je me souvienne de Guillaume Gattier

Young & Restless : jusqu’au 4/02. Vidéochroniques, 1 place de Lorette, 2e. Rens. 09 60 44 25 58 / www.videochroniques.org

  1. Pour reprendre le terme utilisé par le magazine Art Press n°23 sur les chefs d’œuvres du XXIe siècle []
  2. Pour reprendre le terme utilisé par le magazine Art Press n°23 sur les chefs d’œuvres du XXIe siècle []

[25 jan 2012] Live in Marseille – 2011 en photos de concerts Lollipop Music Store

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Standards & Pop

A l’heure des notations, optons pour des références musicales, celles de l’exposition de Live in Marseille chez Lollipop Music store, qui mérite un beau AA+.

A comme…
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A l’origine de cette exposition photos, le collectif du site Concertandco, composé de passionnés, chroniqueurs et photographes. Démarrées en 2004, les expositions de Live in Marseille sont devenues depuis 2008 des rendez-vous fédérateurs chez Lollipop. Un showcase en guise de vernissage permet de mettre en avant une scène peut-être encore méconnue, à l’instar de Monsieur MA et Monsieur GO (groupe satellite de Tante Hortense).
La sélection compte vingt-quatre tirages,¬ comme autant de lieux dédiés à la scène musicale locale. « Notre volonté est de soutenir les moins grosses salles, celles qui prennent vraiment des risques au niveau programmation et permettent à la scène musicale locale d’être aussi riche qu’elle l’est ! En mettant sur un pied d’égalité la Machine à Coudre et le Dôme, on montre notre soutien, pour ne pas dire notre amour, à la première sans pour autant snober la deuxième », précise François de Concertandco.

A comme…
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Ahmad Compaoré parmi les coups de cœur, mais aussi Lo Cor de la Plana, Sam Karpienia, Irritones… et les classiques Patti Smith, Kid Creole, Lofofora ou Shaka Ponk pour jalonner l’expo. Les clichés sont sélectionnés par l’équipe en fonction de critères purement esthétiques, de la qualité du concert ou de cette volonté de mettre en avant les créations locales.
Les photos côtoient des chroniques (plus de 600 !), en version imprimée et plastifiée s’il vous plaît. Pour François, « l’expo se veut à l’image du site Concertandco.com, avec le moins d’a priori et le plus de curiosité possible. »

Le +
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Avec l’ambition de rafraîchir notre mémoire, de goûter à nouveau aux saveurs musicales passées, de saisir des moments scéniques intenses ou de rappeler à notre bon souvenir les rendez-vous manqués, Live in Marseille remplit son rôle, celui de petite vitrine musicale et d’instigateur à aller à la rencontre, à la découverte des artistes.

Texte : Christelle Giudicelli
Photo : Flop au Paradox par Pirlouiiiit

Live in Marseille – 2011 en photos de concerts : jusqu’au 18/02 chez Lollipop Music Store (2 bd Théodore Thurner, 6e). Rens. 04 91 81 23 39 / lollipopstore.free.fr

[25 jan 2012] Exposition collective à caractère expressionniste à la Galerie Anna-Tschopp

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Mémoires en gestes

La galerie Anna-Tschopp met en avant un choix pertinent d’artistes expressionnistes dans une exposition collective où la notion de projet et la figure humaine sont prépondérantes.

Yves Gnaegy, exigeant maître des lieux, donne un éclairage complet sur les démarches de cinq artistes, dont la majorité est autodidacte. Parmi eux, Benjamin Carbonne se focalise, réduisant sa palette aux valeurs, sur l’étude de torses : une partie de peau qui aurait autant à dire que des visages. Ceux d’Alain Crocq (médecin observateur et récepteur) explorent à l’acrylique la face morale des individus en état de crise ou d’usure. Denis Chetboune a assemblé ses volumes comme des dialogues morcelés, agençant des cires devenues bronzes uniques. Nicolas Cluzel investit la toile blanche sur laquelle ne restent que de beaux restes… Tous s’attablent au banquet des mets gestuels que goûtent les spectateurs. Quant à la seule artiste féminine, Mahé Boissel, elle a particulièrement aiguisé notre appétit. Ses isolements et abandons successifs ont permis de « construire d’un point de vue féminin un des imaginaires les plus personnels du dessin contemporain », précise le galeriste. De fortes œuvres graphiques sans titre, aux personnages en errance, mis en scène dans une sorte de tragédie épurée : de cette intensité mystérieuse naît paradoxalement l’espoir. Il y a toujours une issue, celle qui consiste à faire, défaire et refaire, à donner à voir en offrande ce qui nous malmène ! Antonin Artaud le savait : « Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer », et Mahé Boissel trace une voie de sortie en nous y invitant.

Texte : Marika Nanquette-Querette
Illustration : Mahe Boissel

Exposition collective à caractère expressionniste : jusqu’au 11/02 à la Galerie Anna-Tschopp (197 rue Paradis, 6e). Rens. 04 91 37 70 67 / www.anna-tschopp.com

[25 jan 2012] Cycle Eléments terre au Château de la Buzine

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Regain

La Ville rajoute un écran supplémentaire aux salles marseillaises, en rénovant dans le onzième arrondissement le Château de la Buzine, mythique domaine acquis par Marcel Pagnol dans les années quarante. Petit tour d’horizon de la programmation à venir.

Du bâtiment en ruine laissé à l’abandon depuis plusieurs décennies, mais habité encore par l’ombre de Pagnol, est né cette année l’un des plus ambitieux projets phocéens. Au cœur d’un cadre exceptionnel, le Château de la Buzine a pour vocation de reprendre le rêve de l’Aubagnais là où l’aventure s’était terminée : faire de la demeure un lieu privilégié, dédié au cinéma. Dont acte avec la création, sur 4 000 m2, d’une salle quasi-luxueuse, d’un musée dédié aux cinématographies méditerranéennes et, entre autres, d’une bibliothèque. Véritable Phœnix du septième art, ce projet marseillais, parfois critiqué, sort du bois et dévoile une programmation plutôt ambitieuse, proposant un cycle de projections construit autour des quatre éléments, soit un parcours initiatique permettant à la Buzine de revenir aux fondamentaux du cinéma. L’événement démarre en janvier par l’élément Terre, directement suivi par le Feu, l’Air et l’Eau. Chaque séquence est l’occasion de renouer avec des œuvres marquantes, parfois inégales, l’intention n’étant nullement ici d’explorer le cycle dans ses moindres circonvolutions. L’objectif est clair : le lieu est destiné au plus vaste public possible. D’où cet équilibre toujours périlleux entre exigence cinéphilique et propositions destinées au plus grand nombre. On ne boudera pas son plaisir à (re)voir en salle le chef d’œuvre de Christian Philibert, Les Quatre Saisons d’Espigoule, ou le sublime deuxième film de Terrence Malick, Les Moissons du ciel (tous deux programmés lors de la sélection Terre). Parmi les autres films incontournables de cette programmation, citons, bien sûr, Stromboli ou Fahrenheit 451 (cycle Feu), Les Climats (cycle Air), La Fille du puisatier — l’hommage à Marcel Pagnol était de rigueur — ou le chant du cygne de Federico Fellini, Et vogue le navire (cycle Eau), présenté ici par l’écrivain Pierre Murat. Les projections seront accompagnées de conférences, rencontres et ciné-concert, qui résonneront dans les larges salles de cet édifice chargé d’histoire(s).

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Fahrenheit 451

Cycle Eléments terre : jusqu’au 30/03 au Château de la Buzine (56 traverse de la Buzine, 11e). Rens. 04 91 45 27 60 / www.chateaudelabuzine.com

[25 jan 2012] Intégrale Maurice Pialat à la Cité du Livre

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Vivre libre

L’Institut de l’Image, à Aix-en-Provence, confirme en ce début d’année la qualité de ses programmations, remarquée depuis ces dernières années : en proposant une intégrale Maurice Pialat, son équipe met en lumière une des plus belles œuvres de l’histoire du cinéma.

Il est une conviction aujourd’hui partagée par tous : Maurice Pialat fut l’un des plus grands cinéastes de l’histoire. Son cinéma témoigne d’une intelligence hors normes, d’une finesse inouïe du regard, maître mot d’une œuvre qui n’a eu de cesse de plonger au cœur des personnages, au plus près des sentiments, sans artifices, avec une douce brutalité. Il ne filmait pas le monde original, mais originel, et laissait béantes les failles de la nature humaine. L’Institut de l’Image nous permet de (re)découvrir la force sans pareille des œuvres de Pialat, via une intégrale de ses longs-métrages, à laquelle s’ajoutent les films turcs réalisés pour le gouvernement entre 1963 et 1965. Son cinéma est un cinéma de révolte jamais aveuglé. On le disait vivement inspiré des frères Lumière. Il est vrai que les hommes et les femmes importaient plus que le temps, que son cinéma occulte parfois. Car ses personnages refusent de se laisser figer par ce temps, ou même de le fuir. Ils n’ont de cesse d’être vivants, contre la tentation du désespoir. On connaît la dureté, l’intransigeance du personnage, aussi sévère envers lui-même que ses pairs. Il reste des images fortes, notamment celles de Cannes, mais Pialat a accordé quelques rares interviews qui ont permis de pénétrer l’homme sans jamais vraiment l’atteindre. Son premier film, déjà, fut un coup de maître. L’Enfance nue témoigne d’une lucidité incroyable sur la société, les rapports entre les êtres et l’état de la jeunesse dans cette fin des années soixante. Il y dirige des acteurs non professionnels, qui démontreront déjà son immense capacité à laisser le comédien (reconnu ou inconnu) posséder son personnage. Il enchaîne alors avec un téléfilm sublime, en sept parties, pour l’ORTF (un peu comme si France 2 commandait une série diffusée en prime time à Léos Carax..) : La Maison des bois. Suivront alors une dizaine d’œuvres toutes incontournables et projetées lors de cette intégrale, dont Sous le soleil de Satan, Palme d’or en 1987. Ce film vient particulièrement rappeler le goût de Pialat pour la peinture, à l’instar d’un Kurosawa qu’il admirait. Cet homme fut donc, à l’image de son cinéma, libre et sans fard, refusant d’adhérer à tout mouvement et tout groupe (il exprimait de grandes réserves vis-à-vis des grands noms de la Nouvelle Vague). Un être de l’absolue liberté.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : L’Enfance nue

Intégrale Maurice Pialat : jusqu’au 31/01 à la Cité du Livre (8-10 rue des Allumettes, Aix-en-Provence). Rens. 04 42 26 81 82 / www.institut-image.org

[25 jan 2012] Les Nouveaux Chiens de garde - Documentaire (France – 1h44) de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat

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Cave Canem

Quand, en 1997, Serge Halimi fait paraître son essai Les Nouveaux Chiens de garde, la gauche vient d’arriver au pouvoir et le libéralisme financier n’est plus seulement considéré comme une idéologie, mais comme « La grande vérité ». En expliquant la collusion entre pouvoir politique, pouvoir économique et grands médias, Halimi lance un pavé dans la mare. Selon lui politiques, grands patrons et journalistes mangent à la même gamelle, et ces derniers, grassement payés par les différentes prestations qu’ils exercent pour des entreprises privées, sont chargés de nous convaincre qu’il n’y a plus qu’une seule alternative : accepter le libéralisme. En s’inspirant des travaux de Pierre Bourdieu et des Chiens de garde de Paul Nizan (1932), l’auteur tire à boulets rouges sur les plumitifs. Avec ses 250 000 exemplaires vendus, Serge Halimi ouvre une brèche et crée un nouveau courant : la critique des médias. L’association ACRIMED, le journal PLPL ou les travaux du documentariste Pierre Carles sont directement issus de ce mouvement. Quinze ans après, les journalistes Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, membres d’ACRIMED, décident de faire passer l’essai du papier à la pellicule. Et c’est peu dire que le sujet passionne.
Lundi 16 janvier, la fine fleur de la presse indépendante marseillaise, Le Ravi et CQFD, organisent au Variétés une projection/débat autour du film. Même si on est depuis longtemps au fait des fricotages entre médias et pouvoir, voir ces journalistes se vautrer dans le cynisme et la compromission a quelque chose de jubilatoire. Les exemples ne manquent pas… Michel Field, l’ancien trotskyste, faisant de la pub pour Casino. Isabelle Giordano qui anime une conférence pour l’organisme de Crédit Sofinco, facturée 12 000 euros, et qui invite ensuite le patron dans son émission. Arnaud Lagardere se faisant cirer les pompes en direct sur France 2 par son employé Jean-Pierre Elkabbach (à qui personne ne demande plus de se taire). Et tout ce beau monde de se retrouver pour converser tous les derniers mercredis du mois au fameux Dîner du Siècle
Mais les journalistes ne seraient rien s’ils n’étaient pas aidés par de nombreux « experts ». Pas ceux de Manhattan ou de Las Vegas, non, plutôt une trentaine d’économistes, qui pour la plupart arrondissent leurs fins de mois dans conseils d’administration des grands groupes industriels, se partagent plateaux télé et colonnes de journaux pour défendre des idées aussi diverses que « Il faut travailler plus, il faut démanteler l’Etat, il faut réduire les charges ». Voir Jacques Attali, Alain Minc ou Michel Godet, qui comptent un millier de passages télé à eux trois en une seule année, se gargariser de la santé et de l’autorégulation du système financier mondial trois mois avant la crise des subprimes fait doucement sourire (jaune). Cette séquence donne à entendre les commentaires du trop rare Frédéric Lordon, sûrement l’économiste le plus intelligent de France.
Le film se termine devant une salle enthousiaste. Le public semblait, il est vrai, conquis d’avance. Car, comme le fait remarquer un spectateur, «Malheureusement, ici, il n’y a que les gens qui lisent, le peuple n’est pas là. » Grincement de dents… Les intervenants mettent un bémol à la diatribe anti-journalistes développée dans le film. Michel Gairaud, rédacteur en chef du Ravi, rappelle que si la publicité dicte les choix éditoriaux des journaux, c’est bien parce qu’avec la désertion des lecteurs, elle est la principale pourvoyeuse de fonds. Pour Gilles Lucas de CQFD, la soumission des journalistes au pouvoir est comparable à la soumission d’un ouvrier aux contraintes capitalistes, tout le monde se tait pour ne pas perdre son boulot. Le débat se termine sur la judicieuse proposition d’un spectateur : « De nos jours, la principale source d’information est l’image, il faudrait que l’école éduque aussi les élèves au décryptage de cette image. »
Les Nouveaux Chiens de garde est un film partisan c’est sûr… Mais à l’inverse de ceux qu’il dénonce, il avance à visage découvert

Daniel Ouannou

[24 jan 2012] Millenium – Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (Etats-Unis/Grande Bretagne/Suède/Allemagne – 2h38) de David Fincher avec Daniel Craig, Rooney Mara…

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(Presque) Dans le mille

Etait-il bien nécessaire de proposer une autre version pour grand écran de la trilogie culte du défunt Stieg Larsson, trois ans après celle de Niels Arden Oplev ? La question se pose. Mais l’adaptation de Fincher, qui n’est plus un débutant depuis Alien 3 (1992), se démarque bien de la précédente, ne serait-ce que par sa fin, radicalement différente. Mais aussi par le choix judicieux de Rooney Mara pour incarner Lisbeth Salander, informaticienne marginale qui aide le journaliste Blomkvist dans son enquête sur la mystérieuse disparition d’Harriet Vanger. Ce n’est pas un hasard si le réalisateur a abandonné le sous-titre original, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes (gardé par les distributeurs français), pour proposer le sien, The Girl With The Dragon Tattoo (La fille avec le tatouage de dragon). Marqué par un passé familial et sentimental douloureux, autant que sa peau tatouée, la jeune femme passe en un instant de l’introversion à une grande violence vengeresse. Avec une certaine ingéniosité, Fincher pratique un jeu de ping-pong entre passé et présent. Les épreuves que traverse Salander aujourd’hui répondent aux évènements dramatiques d’hier, tandis que battements et tic-tac sonores marquent l’écoulement du temps à l’approche de la vérité et font écho à des flashbacks polaroïdés sans parole. Les plans d’ensemble sont aussi utilisés à bon escient pour mieux rendre compte de l’effet Cluedo du petit hameau constitué par les membres de la famille Vanger, chaque maison, pont ou cabane représentant une pièce du puzzle. Pour autant, Fincher, perfectionniste, rend une copie un peu trop léchée pour traduire parfaitement la noirceur de l’œuvre de Larsson. Reste deux heures trente que le spectateur ne voit pas passer — plutôt rare dans le cinéma contemporain.

Guillaume Arias

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