Ventilo n°294
du 22 février au 6 mars
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Allons enfants !
Pour la troisième édition de Minots, marmaille & Cie, le Théâtre de Lenche croise les disciplines pour é(mer)veiller les enfants. Sans accord parental.
La manifestation se décline autour de quatre spectacles. Ouverture du bal en Arizona avec le Western de Massimo Schuster (voir ci-dessus). En écho au spectacle, une exposition à la Bibliothèque du Panier présentera des ouvrages sur le théâtre de papier, mais aussi une partie des impressionnantes collections d’Eric Poirier et Massimo Schuster ; tandis qu’un atelier photographique sur le thème du Far West sera proposé par les Ateliers de l’Image. Avec A pas contés dans la forêt, Christine Fricker et sa compagnie Itinérrances feront se rencontrer mondes rêvés et réels via l’interaction entre une danseuse et la projection d’un court métrage. Le spectacle joue sur ces dualités pour décaler logique et réalité. La manifestation se poursuivra ensuite avec la proposition de l’Anima Théâtre, Le rêve de la Joconde. Du théâtre de marionnettes basé sur un fait-divers : la disparition du chef-d’œuvre de Léonard de Vinci le 22 août 1911. Une aventure rocambolesque à travers l’histoire de l’Art, prétexte à de surprenantes rencontres avec des sujets de tableaux célèbres et à un atelier arts plastiques aux Préau des Accoules. La compagnie Piccola Velocità clôturera la manifestation avec un spectacle tout aussi insolite. S’il est prétexte à une sensibilisation sur les questions environnementales — les abeilles symbolisent les conséquences des mutations climatiques actuelles —, BZZ… se veut avant tout un conte poétique. Une journée découverte, organisée avec le collège du Vieux Port et l’Association de l’Abeille provençale, ainsi qu’une exposition de photographies à la Bibliothèque du Panier, prolongeront ce « buzz ». At last but not least, une journée cinéma en partenariat avec l’association Fotokino dans le cadre de Laterna Magica (voir ci-dessus) complètera ce dispositif où les enfants devraient trouver matière à apprendre, s’émerveiller et s’émouvoir, toutes choses qu’ils savent à merveille transmettre à leurs parents.
Texte : Frédéric Marty
Photo : A pas contés dans la forêt de Christine Fricker
Festival Minots, marmaille et Cie : du 5/12 au 18/01 au Théâtre de Lenche (Place de Lenche, 2e). Rens. 04 91 91 52 22 / www.theatredelenche.info
OVNI Après avoir publié les albums de producteurs aussi doués qu’Apparat, Rone ou Danton Eeprom, le label lyonnais InFiné (maison d’Agoria) sort enfin celui du Mexicain Cubenx. Qui, premier point, se situe à l’intersection de ces trois artistes : entre techno lunaire, electronica contemplative et fragrances new-wave, ses morceaux parfaitement produits le placent d’emblée en haut du panier. Mais surtout, on entend grésiller dans cet album de rupture (sentimentale, musicale) l’électricité non statique des grandes œuvres de James Holden, M83 ou The Field. Bref : disque sublime, et talent à suivre.
PLX
POP STRATOSPHÉRIQUE Dans un monde parfait, The Sophtware Slump, encensé par la critique en 2000, aurait raflé des prix musicaux, squatté les charts et rendu ses auteurs célèbres. Il n’en fut rien et, quelques années plus tard, la lassitude a eu raison d’un groupe drapé d’une gloire confidentielle. Cette réédition, agrémentée de belles raretés, offre une seconde existence à ce concept-album empreint d’une fragilité à fleur de peau, à la mélancolie si subtilement distillée qu’on parvient toujours à s’émouvoir de ces comptines, éveillant les sentiments les plus troubles qui sommeillent en nous.
SV
ELECTRO Comme beaucoup de groupes de musique électronique français susceptibles de toucher le « grand public », dDAMAGE aurait pu, en 2011, sortir une abomination. Seulement voilà, ils doivent sûrement porter en eux trop d’amour pour la musique. Ok, ce raisonnement est réducteur, mais tout de même, il est grand temps de regarder les choses en face : tant que les deux frères Hanak seront prêts à injecter du punk dans l’électro, pour cogner les têtes à claque d’une French Touch pourrie gâtée, juste parce que ça soulage, nous pourrons dormir sur nos deux oreilles.
JSa
AMBIANT POP Du bonhomme, on ne sait presque rien. Mystère entretenu par une pochette chiche en infos, mais bucolique à souhait, où il est question (les réponses sont l’intérieur du disque) d’une « collection de chansons (mal) enregistrées entre 2004 et 2011 ». C’est en creusant sur le Net que l’on découvre que les exigeants Epic 45 ont pris sous leurs ailes cet auteur-compositeur toulonnais, qui aura donc mis sept ans à enregistrer ce premier opus aussi bien inspiré par les Cure, première période, que par les regrettés Hood, ou leurs rejetons Bracken. On n’est pas là pour rigoler, mais pour contempler. Et la vue est magnifique.
HS
POP Suivant un Lungs de haute volée, ce second album, attendu au tournant, a été mal accueilli par l’intelligentsia musicale, qui déplore sa grandiloquence. Pourtant, tous les ingrédients du précédent opus sont là, et plus encore : une voix racée, dédoublée en des chœurs harmonieux et supportée par des claviers, des cordes et surtout des percussions qui font littéralement décoller les morceaux. N’en déplaise aux sceptiques, qui n’adhéreront pas à cette puissance, plus lyrique que rock, Florence Welch n’a pas perdu de son talent et s’affirme, au contraire, encore plus comme une artiste unique.
SV
NEW-WAVE Surprise : le label anglais Strut, plutôt tourné vers les musiques noires, se penche ici sur les grandes heures du cultissime Factory. Il faut dire que Strut a été réactivé par des Berlinois, et que cette double compilation recense les maxis et raretés « club » sortis par le fameux label dans les 80’s… Mais tout de même : quelle réponse à l’ouverture d’esprit qui régnait à l’époque à Manchester ! Et quelle modernité ! A l’exception notable de New Order (?), ils sont tous là : Section 25, A Certain Ratio, The Durutti Column, Quando Quango… et tant d’autres méconnus. Compile de l’année ?
PLX
ELECTRO Versailles avait déjà Air, Saint-Etienne peut désormais compter sur Deschannel. Mais contrairement à la première, berceau de la royauté, la seconde, mutante et historiquement ouvrière, sonne éminemment plus rock que pop… C’est pourtant à l’orée de ces deux genres qu’opère le duo Deschannel, d’une synthèse analogique et rétro-futuriste propre à ces groupes, rock par nature, n’envisageant pas l’électronique via le prisme informatique. Un bel album, épique et progressif, qui nous fait également penser à Black Moth Super Rainbow, mais laissant dévoiler des racines tout autres, plus mélancoliques. A suivre…
JSa
Novembre brille décidément sous le signe des éditions Parenthèses. Petit à petit, pas à pas, Jacobi a joliment relaté, linogravé et teinté ses pérégrinations — avec des à-plats dignes des meilleurs coloristes d’Hergé qui auraient eu la nostalgie des lumières du sud à la tombée de la nuit. Parues dans Marseille l’Hebdo depuis 2000, 243 chroniques sont aujourd’hui rassemblées dans un livre-rencontre qui trouvera sa place dans votre poche, mais en ressortira souvent pour écarquiller vos yeux sur les trouvailles d’un grand monsieur. Des anecdotes littéraires, des coups de gueule ou de cœur ponctuent cette quête des réalités anodines et essentielles. L’exposition accompagnant l’ouvrage vous fait accoster sur les rives d’une île aux trésors : gravures sur linoléum, collages, peintures et volumes permettent une autre promenade…
MNQ
_Expo-vente jusqu’au 21/01 aux Editions Parenthèses (72 Cours Julien, 6e). Rens. 04 95 08 18 20 / www.editionsparentheses.com/
POP (SANS BULLES) Après la séparation d’Oasis, on attendait avec curiosité le duel à distance des frères Gallagher. Liam et ses Beady Eye avaient dégainé les premiers, dans une veine de pur rock (de pub) britannique. Noel reste également fidèle à son statut de songwriter traditionnel : des chansons pop aux mélodies bien troussées, à l’écriture familière et aux refrains sucrés, un chant juste et appliqué, ainsi que des arrangements luxueux, voire excessifs (cordes, cuivres, chœurs…). Ce bien bel album de pop anglaise confirme une chose : Noel était la tête, et Liam, les couilles.
SV
Les auteurs de Ronces, série au beau succès critique, sont de retour avec cette BD qui confirme l’amour de Jean-David Morvan pour la science (fiction). Ce volume présente un XXe siècle à l’histoire chamboulée : Pierre-Jules Hetzel est mort avant d’éditer les Voyages extraordinaires de Jules Verne, et celui-ci utilise son génie et ses relations pour créer l’Univerne, un monde d’une grande modernité, source d’un conflit aux tenants et aboutissants plus complexes qu’il n’y paraît. Bien que la narration manque parfois de liant, ce premier tome met en place une trame prometteuse et documentée, que l’on se plaît à suivre. D’autant que le dessin d’Alexandre Nesme (subtilement mis en couleur par Matteo Bassini), fluide et d’une grande richesse, met admirablement en scène les lieux, personnages et objets usuels d’un Paris rétro-futuriste qu’on croirait palpable.
SV
Un conflit éditorial opposant le dessinateur et les Humanos a longuement retardé la sortie du dernier volume de la série. Histoire de rattraper le coup, on nous propose en cette fin d’année une superbe intégrale du Réseau Bombyce. Ce beau coffret, enrichi de bonus graphiques, offre la totalité des aventures sordides et rétro-futuristes d’Eustache et de Mouche. Ces deux Arsène Lupin aux techniques ultra sophistiquées vont s’embarquer malgré eux dans une voie sans issue après la découverte fortuite d’un document compromettant des personnalités de la très haute bourgeoisie. Le style souple, gracile et léché de Cecil donne au Réseau une atmosphère Belle Epoque particulièrement réussie. Ajoutons à cela que, pour une fois, Corbeyran tient impeccablement son scénario et nous obtenons d’ores et déjà le cadeau de Noël idéal pour tous les bédéphiles…
LV
Jonathan est retenu par une panne de bus dans une ville de Birmanie. Il y croise rapidement Atsuko, jeune Japonaise venue là pour photographier la chambre où il a logé, lieu lié à l’histoire de sa famille. Sur le point de partir, Jonathan se voit remettre un carnet qui aurait appartenu à une cousine du grand-père d’Atsuko. Il se rend au Japon retrouver cette dernière…
Ce quinzième tome de Jonathan, riche en artifices et en ficelles un peu grosses, n’empêche pas cet album de tenir la route et d’emporter le lecteur. Cela est certainement dû au grand talent de Cosey et à son sens de la délicatesse. Le ton adopté, le rythme particulier — il se passe beaucoup de choses, mais toujours de manière posée —, l’attention portée aux personnages et aux paysages, comme le dessin et ses couleurs, rendent ce récit vivant et touchant.
BH
Les éditions Montparnasse ont rassemblé dans un coffret plus que fourni (6 DVD, 15h de programmes) l’essentiel des films réalisés sur la Seconde Guerre mondiale par les plus grands cinéastes américains. Ces géants du cinéma outre-Atlantique ont souvent été réquisitionnés durant le conflit afin de mettre en image l’implication nationale dans les combats qui les opposaient au Japon. Nous pourrions friser là une certaine forme du cinéma de propagande si nous ne retrouvions pas derrière la caméra de grands noms de l’industrie hollywoodienne, de Frank Capra à John Ford (oscarisé pour son Pearl Harbor), en passant par John Huston (également oscarisé pour Les Aléoutiennes), John Sturges ou George Stevens, qui filma les camps de concentration nazis. Un témoignage cinématographique d’une rare richesse.
EV
Attention : chef-d’œuvre ! Nous l’avons souvent souligné dans ces colonnes, la filmographie du cinéaste polonais est l’une des plus passionnantes dans l’histoire du cinéma. Jamais en reste d’un bon mot provocateur, Godard rappelait lui-même qu’ils étaient tous deux les plus importants réalisateurs en exercice. Ce que confirme Deep End. Skolimowski signe là l’un des plus beaux films sur l’adolescence, au cœur d’une cité londonienne encore toute empreinte de l’explosion du Pop Art. Le film cache derrière son minimalisme de façade une richesse des sentiments, une complexité de l’âme humaine et une beauté foudroyante. Deux personnages évoluent au sein d’un établissement de bains publics. La caméra virevolte avec une certaine cruauté, jusqu’à la scène finale, au cœur de la naissance du sentiment amoureux, avec une intelligence inégalable.
EV
« Je me concentre sur les visages, et les fonds ne sont plus qu’un accompagnement », rappelait le cinéaste suédois. En 1958, il signe un film aux frontières de l’expérimental, où le visage humain devient un personnage à part entière. On retrouve au générique son actrice fétiche, Bibi Andersson, dont le portrait angélique n’a jamais autant été mis en valeur. Bergman a reconnu avoir été fortement inspiré par une expérience de plusieurs mois en milieu hospitalier pour la composition des cadres serrés sur les visages. Trois femmes se retrouvent dans une maternité de Stockholm. Une thématique rare dans la filmographie de l’auteur, qui résonne sans nul doute avec son expérience personnelle. En filigrane de ce film, c’est le perpétuel renouvellement de la vie qui est abordé ici avec une photographie noir et blanc absolument sublime.
EV
Gustav Wiklud, c’est un peu le Jess Franco du Nord de l’Europe… Un obsédé « poétique » qui prétexte des scénarios vaseux pour déshabiller des starlettes. Ici, côté effeuillage poilu, on est clairement servi, du début à la fin. Et le tout dans des scènes plus improbables les unes que les autres. Si l’on ne se sent pas floué sur la marchandise, on se demande malgré tout de quoi au juste traite ce « film ». Ce qui s’avère plus compliqué. Sont-ce les aventures libertines d’un chauffeur de taxi à Stockholm empêtré dans une histoire de drogue ? Est-ce l’histoire d’une fille paumée qui fait de la photo de charme tout en cherchant un sens à sa vie ? Ou, tout simplement, une réflexion légère sur la notion de fidélité ? Le mystère, à ce jour, reste entier…
LV
Cave Story était initialement un jeu amateur sur PC, avant de débuter une carrière commerciale sur les réseaux Nintendo, grâce au studio Nicalis, également signataire de cette version. Le soft combine exploration, action et plates-formes, dans la veine d’un Metroid, le héros gagnant en aptitudes physiques et en armement au fil de l’aventure. La représentation de profil combine personnages bitmap et décors 3D, avec un cachet graphique qui rapproche ce remake d’un Klonoa, quand son gameplay et sa courbe de difficulté parfaitement dosés en font l’un des meilleurs titres du genre. Il serait fâcheux que ce bijou, relativement anonyme auprès du grand public, ne rencontre pas le succès qu’il mérite.
SV
Ace Combat était l’un des hérauts de la maîtrise technique de Namco, en arcade et sur PlayStation. Une dizaine d’opus et vingt ans plus tard, sa série de combats aériens devait se renouveler pour toucher un public habitué aux mises en scène percutantes. C’est chose faite avec ce volet enchaînant des scènes chorégraphiées à la manière d’un Call of Duty, quand un mode de poursuite rapprochée dynamise grandement le gameplay et injecte du sang neuf dans une formule bien huilée. Malgré quelques missions longuettes, la beauté des décors, la possibilité de piloter plusieurs véhicules volants, la fluidité des dogfights et la tension des parties multijoueurs attestent d’un regain de forme.
SV
Contrairement aux GTA, dont ils s’inspirent ouvertement, les Saints Row ne se sont jamais voulus sérieux ou, sous couvert de subversion, moralisateurs. Leur credo se situe plutôt dans l’action débridée, la parodie outrancière et une large variété de gameplay, cet opus ne loupant pas le coche. Tout d’abord par ses graphismes pimpants (les couleurs vives abondent), mais aussi par une carte technique correcte, l’animation ne souffrant pas trop d’une carte à explorer de taille conséquente. Le titre offre, surtout, une multiplicité de missions et de véhicules impressionnants : du jeu télévisé sadique à la moto volante, tous les moyens sont bons pour permettre au joueur de se divertir follement. De l’entertainment pur.
SV
Comme on utilisait Discology pour dupliquer nos jeux par le passé, Call of Duty réplique sa formule à succès chaque année. Nous voilà donc embrigadés dans un conflit mondial, à travers de multiples continents et capitales. Fidèle à ses successeurs, ce volet fait la part belle à une action nerveuse non-stop, dans des chapitres concentrés au level design parfait. Puisqu’il faut se livrer au jeu des comparaisons, on éprouve la sensation de moins subir le scénario que dans Battlefield 3, les morceaux de bravoure, d’une grande variété, s’enchaînant toujours à un rythme effréné : de séquences sous-marines en attaques au masque à gaz, tout est fait pour que le spectacle soit le plus éblouissant possible.
SV

Un week-end à troquer
La démocratisation de l’art, une utopie ? Sans doute. Mais « à quoi servirait une capitale européenne de la culture si ce n’est pas pour rendre le quotidien moins prévisible ? » La question est posée. La réponse se trouve peut-être dans la Trocade, un événement aussi sérieux qu’insensé, imaginé par le Off de 2013 et l’association MouvArt.
Qu’il semble naïf, celui qui s’exclame encore, dans un monde régi par l’argent et insupportablement suspendu au bon vouloir des agences de notation financière, que l’œuvre d’art n’est pas une marchandise. La spéculation sur les œuvres, les millions sonnants et trébuchants échangés contre la signature d’un « grand » démontrent régulièrement le contraire. Et pourtant, un autre système de valeurs est possible. C’est en tout cas ce que pensent les doux rêveurs de Marseille2013.com (le Off de la future capitale européenne de la culture, déjà en activité), qui s’associent à MouvArt pour créer un événement pour le moins insolite : la Trocade. Comme son nom en forme de mot-valise (Troc + rocade, « parce qu’il s’agit d’une expérience croisée, qui crée des liens ») l’indique, il s’agit ni plus ni moins d’un échange non monétisé entre des créateurs et des populations qui n’ont pas forcément accès, faute de moyens, à l’art contemporain. « Tout est ouvert, tout est possible » martèlent en chœur les responsables des deux structures, dont la démarche, « très militante », s’inspire d’expériences menées en Belgique dans les 70, et dont la Trocade serait une « update ». Reprenant à leur compte l’adage « L’union fait la force », ils ont non seulement mutualisé leurs envies et leurs compétences, mais aussi fait appel à la générosité de chacun afin de respecter l’esprit de partage qui régit la manifestation. Ainsi, tous ceux qui ont permis à cette belle aventure de voir le jour y sont allés de leur soutien en nature — des promoteurs immobiliers, qui ont mis pas moins de 400 mètres carrés à disposition, à l’imprimeur, qui a gracieusement édité des tracts. Résultat : une opération à tout petit budget (2000 €) et un week-end qui s’annonce unique. Jugez plutôt : pendant trois jours, muni d’un carnet de troc à 5 € (permettant de faire dix propositions sur les 80 œuvres exposées), chaque acquéreur potentiel inscrira son offre — et, pourquoi pas, son avis critique — sur un post-it qui viendra côtoyer l’œuvre convoitée et les autres propositions d’échange. Et c’est là que le principe de la Trocade se révèle extrêmement ludique : chacun formulant une offre suivant ses moyens et compétences, les propositions devraient réserver leur lot de surprises. Un dessin original de Caroline Sury contre dix séances de kiné ? Une peinture de Franck Aslan en échange de 300 grammes de cookies faits maison par semaine pendant un an ? Un Surian contre l’intégrale de l’Encyclopedia Universalis ? Une photo de Karine Maussière contre un séjour à la montagne ? « Tout est possible », donc. Au terme de ces enchères d’un genre nouveau (« Les gens vont peut-être proposer une alternative s’ils voient que l’œuvre qu’ils désirent est très convoitée »), l’artiste choisira l’offre qui lui convient le mieux. Voilà qui promet « des coups de cœur, des émotions partagées, des rencontres inhabituelles… » Parrainée par Gérard Traquandi, la Trocade assure également plusieurs points d’orgue festifs, notamment une ouverture jazz en compagnie du Karine Bonnafou Quartet et un « troc final » groovy avec Dj Oïl aux platines. En somme, une histoire de création, du début jusqu’à la fin.
CC
La Trocade : du 24 au 26/11 dans l’ancienne boutique Esprit (28 rue de la République, 1er). Rens. http://trocade.fr / www.marseille2013.com

Le guide déroutant
A travers une sélection de photographies de Pedro Tzontémoc, l’exposition Mexique, carnets de route retrace le parcours personnel empreint d’universalité de ce vagabond de l’image.
« Finalement, à travers la photographie, je ne prétends pas transformer le monde, mais j’attends que celui-ci me transforme. La photographie n’est pas l’art, l’art est la vie elle-même. » A ces mots de Pedro Tzontémoc, nous voulons en ajouter d’autres, les mêler aux siens et — pourquoi pas ? — en créer de nouveaux tant les photographies en noir et blanc de ce Mexicain exilé à Marseille nous parlent. En voici quelques-uns : tradition, modernité, joie, onirisme, mystère, kitsch, jeunesse, humanité…
Tel un guide, l’artiste nous conduit sur ses routes mexicaines et fait défiler paysages, portraits, quotidien et rituels d’un peuple aux origines multiples. L’exposition, à l’image des carnets de voyage de l’artiste, se déploie en différentes sections comme autant de facettes de ce mystérieux pays.
Des facettes, ou plutôt des étapes : celle du carnaval, vestige symbolique d’une identité ethnique et culturelle remontant aux XVIIe et XVIIe siècles ; celle d’une ville, Mexico, appelée « Nombril de la Lune » en nâhuatl (langue indigène la plus parlée dans le pays) ; ou encore celle des bals de débutantes, cérémonie de passage pour célébrer l’avènement de la femme. Pedro Tzontémoc y ajoute le voyage initiatique d’Antonin Artaud en 1936, pendant lequel le poète marseillais recherchait, via le peyotl (plante hallucinogène cultivée par les Indiens Tarahumaras), les moyens de se dégager des conventions sociales et « de ne plus être blanc ».
L’artiste dévoile ses impulsions et reçoit son pays dans son objectif en visant le plus petit pour toucher à l’universalité. Un chien dans une église, la silhouette d’une petite fille dans une ruelle, les figures carnavalesques d’une ethnie, d’un quartier, d’un pays, écrivent les parcours personnels du photographe et peut-être ceux de monsieur tout le monde.
Les brumes poétiques, les dentelles blanches et les sourires de l’exposition se révèlent ainsi typiquement mexicains comme nous les imaginions, totalement personnels comme Pedro Tzontémoc les révèle, irrémédiablement universels comme la vie les anime.
Christelle Giudicelli
Pedro Tzontémoc - Mexique, carnets de route : jusqu’au 7/01 aux ABD Gaston Defferre (18-20 rue Mirès, 2e).
Rens. 04 13 31 82 00 / www.biblio13.fr

Anatomiques et belles dentelles
Depuis 1988, l’Artothèque Antonin Artaud1 consacre à l’art contemporain expositions et publications, en plus d’initier les publics liés au collège à de nouvelles formes d’expression. Didier Petit vient compléter la longue liste des artistes passés par là en présentant des œuvres anciennes, peu vues pour certaines, et une nouvelle série de papiers découpés. L’exposition Aaaaahhh…. Zut !!!! sonne comme une rétrospective de l’artiste aux mains d’argent.
A un moment donné, le dessin minutieux de Didier Petit a glissé vers l’extraction de la matière, l’image en négatif et un dessin en réserve. A ce moment-là, le scalpel a pris la place du crayon, celui avec lequel il travaillait depuis ses premières œuvres, celui dont il conserve les mines et les copeaux de taille depuis toujours… Didier Petit considère l’un comme la suite de l’autre et l’outil comme le prolongement de la main : « C’est d’abord du dessin avec un crayon un peu sec pour qu’il n’en reste pas de traces. Et puis après, j’incise avec le scalpel, et doucement l’ombre apparaît. »
L’exposition porte bien son nom, tant on sent devant chacune des pièces de Petit que le geste doit être sûr. Le regardeur comme l’artiste retiennent leur souffle à chaque mouvement…
Que penser de l’artiste qui a passé deux années entières à dessiner environ 100 000 mouches sur la toile d’un sommier (Le Sommeil, 2003/2005, crayon sur tissu) ? Que l’art peut parfois faire office de sablier, et que l’œuvre de Didier Petit, depuis le commencement, semble se faire l’écho du temps qui passe, lentement et silencieusement. Que sa pratique du dessin se mesure au temps, qu’elle en découle même, que peut-être son œuvre ne parle que de ça. Que la dextérité du geste de Didier Petit n’est pas une fin en soi mais un outil elle aussi. Les papiers découpés sont comme des fleurs que l’on effeuille — images de la fugacité de l’existence humaine.
Quant à Didier Petit, amoureux des mots presque autant que des images, il joue avec les titres et les motifs qu’il trouve dans des planches d’anatomies (L’Os et le Sang, 2006), dans les muséums d’histoire naturelle ou dans l’histoire des lieux où il expose (Les Epoux, 2010, pour le Château d’Avignon). Chaque sujet est renseigné à un niveau encyclopédique, le travail de l’artiste s’inscrivant d’abord dans une connaissance scientifique de ce qu’il représente. Alors qu’on pourrait penser que le sujet est un prétexte à travailler, on comprend alors que ce qui l’intéresse dans sa pratique radicale et minutieuse, c’est autant ce qu’il apprend que ce qu’il crée.
Texte : Céline Ghislery
Photo : L’Os et le Sang
Didier Petit – Aaaaahhh… Zut ! : jusqu’au 16/12 & du 3 au 13/01 à l’Artothèque Antonin Artaud (25 chemin Notre Dame de la Consolation, 13e).
Rens. 04 91 06 38 05 / www.lyc-artaud.ac-aix-marseille.fr/artotheque

La science dérive
L’équipe de Polly Maggoo investit la très belle salle de la Maison de la Région pour proposer la cinquième édition des Rencontres Internationales Sciences et Cinéma. Petit tour d’horizon.
Depuis cinq éditions, Polly Maggoo explore la rencontre d’un autre type entre deux disciplines, qui trouvent leur origine à la même source. Né sous les mains inspirées de scientifiques de tout poil, le cinéma, en devenant le divertissement universel que l’on connaît, a oublié l’une de ses fonctions premières : interroger le vivant, offrir une reproduction projetée de ce que l’œil observe, sans parfois le voir. Avant de devenir spectacle, le cinéma avait déjà inventé son langage par le biais des scientifiques, comme en témoignent les travaux d’Eadweard Muybridge ou Etienne-Jules Marey. Il était donc tout naturel qu’un évènement interroge tous les points de convergence existant entre cinéphile et chercheur. L’un des axes de cette nouvelle programmation est de toucher du doigt la condition de l’homme mortel. Ou comment se dessinent toutes les réactions comportementales face à la disparition pure et simple de notre existence. La croisée des chemins entre expression artistique de la mort et cheminement scientifique se révèle alors passionnante, jamais rébarbative, ni sordide. En laissant à la maladie une place non négligeable dans cette édition, l’équipe de Polly Maggoo prend le risque de développer un thème souvent tabou dans le domaine de l’image. Les finesses d’approche ne manquent pas, pourtant, comme dans les très beaux films de Sophie-Charlotte Gautier et Anne Loubet (La java bleue, sur Alzheimer), d’Hervé Nisic (Correspondances) ou d’Emmanuel Finkiel (Je suis, histoire d’un AVC). De maladie et de mort, il en est aussi question dans le chef-d’œuvre de Peter Watkins, La bombe, brûlot anti-nucléaire de 1965, dont la relecture résonne évidemment avec l’actualité. Le cinéaste décrit avec une froideur toute démonstrative les conséquences d’un combat nucléaire sur la population, usant du docu-fiction pour mieux pénétrer l’abomination de cette apocalypse. L’atome est également au cœur du film de Benoît Bourreau, Le chant des particules, qui revient sur les travaux vertigineux des accélérateurs de particules, destinés à percer l’origine de l’univers. Mais c’est dans le champ de l’image, aux frontières de l’expérimental, que le cinéma scientifique atteint une forme inédite de poésie, à l’instar de Parallax d’Inger Lise Hansen, qui se joue de la gravité au moyen d’une caméra 16mm, pour offrir une technique d’animation à la puissance onirique inouïe. Car la perception des sens est une interrogation dans les deux disciplines, comme en témoigne le film de Sabine Bally, sur Albert Hofmann, le père du LSD, décédé voilà trois ans. Au total, plus d’une trentaine de films venant nous rappeler les définitions même de la poésie scientifique.
Texte : Emmanuel Vigne
Photo : La java bleue de Sophie-Charlotte Gautier et Anne Loubet
Les RISC – Rencontres internationales Sciences et Cinéma : jusqu’au 27/11 à la Maison de la Région (31 La Canebière, 1er).
Rens. 04 91 91 45 49 / www.pollymaggoo.org

Télé et réalité
Festival itinérant, le PriMed s’arrête à Marseille pour la troisième année consécutive, proposant projections, rencontres avec les professionnels, ainsi qu’un panorama de la production audiovisuelle autour de la Méditerranée.
Les professionnels de l’audiovisuel, ceux-là mêmes que tançait Godard aux César, ont eux aussi investi cette partie du monde sur laquelle se braquent tous les regards : la Méditerranée. L’événement n’en est pas à ses balbutiements, puisque le Centre méditerranéen de la communication audiovisuelle (CMCA) propose la troisième édition, à Marseille, des PriMed, visant à récompenser les meilleures réalisations en provenance de nombreux pays bordant la Grande Bleue. Mais la manifestation tourne depuis seize ans dans diverses contrées : le PriMed reste aussi l’occasion aux professionnels de se rencontrer. Nous ne sommes donc pas ici, comme le précise son nom, dans le champ purement cinématographique, mais plus proche du reportage, l’essentiel étant de prendre en compte bien plus le sujet que son traitement. Une forme certes réductrice, qui n’exclut pas, cependant, la pertinence des thèmes abordés. Les principaux partenaires de l’événement sont donc fort logiquement le groupe France Télévisions, la Rai et l’Asbu, l’union des diffuseurs des pays arabes. De prime abord, le cinéphile un brin exigeant peut exprimer des doutes, rapidement effacés par une programmation qui ne manque pas d’intérêt. Les pays arabes sont évidemment à l’honneur, avec, entre autres, la Tunisie (Hymen National, Les imams vont à l’école), l’Egypte (Zelal, Wolves Plate) ou la Lybie (Lybie, les femmes de la révolution). Le Moyen-Orient n’est pas en reste, avec de nombreux reportages en provenance du Liban, d’Israël ou de Syrie. Les journalistes documentaristes en provenance des pays européens bordant la Méditerranée ont également trouvé leur place dans cette programmation diversifiée, en forme de grand panorama des productions audiovisuelles méditerranéennes.
Texte : Emmanuel Vigne
PriMed - Prix international du documentaire et du reportage méditerranéen : du 6 au 9/12 à la BMVR Alcazar (58 cours Belsunce, 1er) et à la Maison de la Région (31 La Canebière, 1er).
Rens. www.primed.tv

Courts toujours
Début décembre, le court-métrage est à l’honneur avec la nouvelle édition du festival Tous Courts d’Aix-en-Provence, dont le foisonnement de films le dispute à la pertinence et à la richesse du genre.
L’un des doyens des festivals régionaux, totalement dédié aux formes cinématographiques courtes, conserve malgré son grand âge (vingt-neuf ans !) tout son mordant, toute sa pertinence, et demeure en France, avec Clermont, le rendez-vous incontournable des amateurs du genre. Son dynamisme vient sans nul doute de sa capacité à se renouveler sans cesse, porté par une équipe passionnée, conduite depuis quelques années par son sémillant président Jean-Paul Noguès. Le spectateur aura à loisir l’occasion de choisir parmi un bouquet de sélections couvrant plus de deux cents films venus des quatre coins du globe, à commencer par la compétition internationale qui promet, gageons-le, la découverte de petites perles cinématographiques. L’animation n’est pas oubliée, avec quatre programmations réunies sous la sélection Courts en liberté, au sein de laquelle nous pouvons retrouver les grands noms du cinéma et de l’expérimental, d’Harry Smith à David Lynch, en passant par Tim Burton, Stan Vanderbeek, Jan Svankmajer, les frères Quay ou Keiishi Tanaami. Carnets de voyage, quant à lui, offre une carte blanche à Joao Garçao Borges et Andreas Fock, pour un panorama de films allant de la Suède au Portugal, ainsi qu’à l’excellente Agence du Court-Métrage, pour un panaché de films développant les frontières du genre. La manifestation se dote également d’un marché du film court, qui permet aux cinéastes, aux producteurs et aux diffuseurs de se rencontrer, et, en point d’orgue, de quatre nuits du court, véritables moments de fête au cœur de la cité aixoise.
Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Deep end Dance
Festival Tous Courts : du 28/11 au 2/12 en Pays d’Aix et du 5 au 10/12 à Aix-en-Provence.
Rens. 04 42 27 08 64 / www.festivaltouscourts.com

Maximo Massimo
Avec Western, Massimo Schuster continue sa visite des grands mythes, des épopées, des chansons de gestes et des sagas, toutes porteuses d’enjeux fondamentaux depuis la nuit des temps. Rencontre avec l’homme qui fait dire des vérités aux marionnettes.
A n’en pas douter, il aime les mots. Tout en évitant soigneusement les grands. Il en concède cependant de bons, en distille de beaux et parle comme quelqu’un qui a l’habitude de les peser. Un petit tour sur le site Internet du Théâtre de l’Arc-en-Terre — hautement recommandable — suffit déjà à en rencontrer de merveilleux. Massimo Schuster y reconnaît par exemple avoir, adolescent, consacré du temps à déplacer des cailloux pour finalement conclure que « sa contribution au changement de la structure du monde a été immense. » Belle façon de dire le dérisoire et le vital qui sont en toute chose, en tout geste. Il dit d’ailleurs que son activité actuelle participe du même principe. Autre mot cueilli sur le site, cette fois à propos de sa dernière création, Western, mais aussi des autres spectacles : « Notre travail s’adresse à un public adulte indépendamment de l’âge du spectateur… » Ce refus de dissocier les publics lui paraît tenir du « respect élémentaire ». Il se garde de théoriser politiquement, mais prend le contre-pied des travers de la société et fait passer les messages dans des formes légères et ludiques : « Ce n’est pas parce qu’on fait les zouaves sur scène qu’on va se dispenser de dire des choses qui ont du sens. » Pour ses spectacles, il collabore non tant avec des techniciens qu’avec des artistes, peintres, plasticiens, musiciens. Ses marionnettes se révèlent donc des œuvres d’art, dont certaines sont visibles dans des musées à Munich ou Palerme. Ce touche-à-tout est aussi photographe, écrivain (il est l’auteur de cinq ouvrages), doubleur depuis peu et « de plus en plus » musicien (« Enfin… je gratte une guitare comme tout le monde »), comme en témoignent ses deux duos avec Paolo Fresu. Avec Western, il nous emmène au Far West, en 1874, pour un voyage au cœur de l’humanité et de l’enfance (certaines représentations ont d’ailleurs lieu dans le cadre de Minots, marmaille et Cie). Rendez-vous au saloon !
Texte : Frédéric Marty
Photo : Daniela Neri
Western par le Théâtre de l’Arc-en-Terre : du 23/11 au 3/12 & du 5 au 10 dans le cadre de Minots, marmaille et Cie au Théâtre de Lenche (Place de Lenche, 2e).
Rens. 04 91 91 52 22 / www.arc-en-terre.org / www.theatredelenche.info

C.R.A.S.H
En association avec le théâtre du Gymnase, le Merlan programme Gardenia d’Alain Platel et Franck Van Laecke. Sur une idée de la comédienne transsexuelle Vanessa Van Durme, sept travestis sexagénaires dévoilent l’intimité de leur passé et repoussent dans un même élan les frontières de la scène et de la représentation.
On comprend mieux chaque jour l’importance de l’œuvre de Pina Bausch sur les artistes d’aujourd’hui. En abordant la danse par le scénario et le dialogue, elle a donné au corps la possibilité de se défaire des pointes et du demi-pas pour épouser le contour des lèvres, le bonheur d’inhaler une cigarette sur scène, de s’autoriser la présence d’un micro, dévoilant les artifices du show. Alain Platel a su mieux que quiconque s’approprier ce patrimoine pour l’emmener dans l’actualité d’une Belgique divisée par la langue et la pluralité de deux cultures. Dans cette contradiction permanente d’un pays qui s’entredéchire, mais reste une nation une et indivisible, la danse trouve un formidable terrain de jeu. Les corps expriment leurs opinions, ils s’entrechoquent dans le désaccord, ils prennent le devant de la scène pour mieux capter la lumière et dire « je » haut et fort. Gardenia s’inspire clairement du Kontakthoff de Pina Bausch et ose prétendre qu’il est possible de survivre à un chef-d’œuvre et d’en prolonger la force brute pour aller chercher dans les recoins ce qu’il reste à dire. L’enjeu n’est pas de trouver de nouvelles formes de représentation, mais plutôt de coller au plus près des besoins de l’interprète. Le corps n’est plus au service du mouvement, il devient le sujet central du synopsis et bouscule le ronflement de l’histoire pour créer un étirement et une intimité qui nous interpellent. Gardenia, c’est le nom d’une fleur qui ne vit qu’un jour, la métaphore du désir d’une jeunesse qui brûle la vie par les deux bouts dans la peur de mourir demain et qui, à l’orée de la vieillesse, compte ses cicatrices et se demande si elle a suivi le bon chemin. Avec le temps, Alain Platel devient lui aussi un référent pour les jeunes chorégraphes : Peeping Tom, Christophe Haleb… A la manière de la peinture, la danse a depuis longtemps abandonné l’idée du territoire vierge et compris qu’abuser du collage et de la réinterprétation est le meilleur moyen de prolonger une histoire sans fin en zoomant sur le particulier pour y découvrir des merveilles cachées.
Texte : Karim Grand-Baupain
Photo : Luk Monsaert
Gardenia d’Alain Platel par les Ballets C de la B : du 13 au 17/12 au Théâtre du Merlan (Avenue Raimu, 14e). Co-programmation : Théâtre du Gymnase.
Rens. 04 91 11 19 30 / www.merlan.org

Déchiffrez des lettres
Pour sa huitième édition, Laterna Magica fait la part belle à la lettre, au graphisme et à la photographie — et s’exporte à Paris, via une programmation au Quai Branly.
Créatif, inventif, magique, inédit… Les adjectifs pour qualifier le programme du festival créé par l’association Fotokino ne manquent pas.
« On reste dans une démarche de découverte. On cherche à montrer des choses différentes, qui sortent de l’ordinaire, qui poussent à la curiosité. » Pari tenu, notamment avec l’exposition Le Livre, l’enfant et le photographe, en partenariat avec l’île aux livres de l’Alcazar, qui met à l’honneur les ouvrages photographiques dédiés aux plus jeunes. « Cette exposition est l’occasion de montrer aux enfants qu’un univers différent de la télé ou des jeux vidéos existe. » Ouvrages rares et tirages originaux seront accompagnés d’ateliers et de rencontres avec les artistes Sarah Moon et Katy Couprie.
Tout aussi exceptionnel, le travail du graphiste Ed Fella fait l’objet de pas moins de trois expositions. « Il est encore peu connu ici. Il a participé au Festival international du graphisme et de l’affiche de Chaumont en mai dernier ; on a profité de l’opportunité pour présenter son travail. » Tournée vers la lettre, autant dans sa forme que dans son utilisation, l’œuvre d’Ed Fella est présentée dans une rétrospective inédite. Une soirée cinéma dédiée à la rue new-yorkaise fera suite au vernissage du cipM.
Autres amateurs de lettres, Bettina et Tom Henni dépoussièrent l’alphabet via leur projet Particules Elémentaires. Les lettres prennent vie, se dessinent, créant de nouveaux univers entre image et écrit.
Nouveau venu parmi les lieux accueillant Laterna Magica, le Théâtre de la Criée a donné carte blanche à Fotokino. « On a transformé le hall du théâtre en salle de projection pour Les petites formes. Dans cette “boîte à images” seront diffusés des films d’animations venus du monde entier ». Et le temps d’un week-end, la Criée se transformera en Grand Bazar avec spectacles, projections surprises, installations et interventions d’artistes. De l’image, de l’art, du cinéma, bref, un moment Magica.
Pour les amateurs de cinéma, le Variétés et l’Alhambra se partagent l’affiche entre contes de Noël et création de films d’animations grâce à La Fabuleuse Fabrique du Cinéma. La Baleine qui Dit Vagues accueille quant à elle des « cinés-contes » pour une rencontre insolite entre l’image et la parole vivante.
Nouveau participant également, le WAAW devient lieu de jeu et de création. Le bistrot culturel se transforme en salle de Tombola Fantastica le temps d’égayer un samedi hivernal et prête ses murs à Pixel Apparition, une fresque collective haute en couleurs imaginée par Yassine du collectif l’Articho. On peut d’ailleurs retrouver la fine équipe d’illustrateurs au Lièvre de Mars pour une exposition inédite.
At last but not least, des ateliers parsèmeront comme à l’accoutumée les différentes propositions artistiques : « C’est une excellente occasion de découvrir davantage l’univers des artistes et de comprendre leurs œuvres. » Le Studio — nouvel antre de Fotokino depuis octobre (voir Ventilo # 286) — en accueillera une grande partie.
Texte : Aileen Orain
Photo : My… My… de Lei Lei dans le cadre Des Petites formes
Festival Laterna Magica : du 24/11 au 24/12 à Marseille.
Rens. 09 81 65 26 44 / www.fotokino.org
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L’Interview : Fotokino
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A l’occasion de son rendez-vous d’hiver, l’association Fotokino revient avec nous sur ses nouveaux partenariats, futurs projets et ces petits trucs en plus qui font de Laterna Magica un festival incontournable.
Pour cette huitième édition de Laterna Magica, Fotokino possède son propre lieu, le Studio. En quoi cela change-t-il le déroulement du festival ?
Cela ne change pas grand-chose au final. Le Studio est un lieu de rendez-vous et joue un peu le point de rassemblement puisque c’est ici que l’on propose une bonne partie des ateliers. Mais on a conservé nos partenariats, car c’est vraiment enrichissant de travailler avec les différents acteurs culturels de Marseille. On a tous l’envie de faire partager au public une même ligne artistique. Et puis, surtout, on a toujours l’envie de travailler ensemble.
Le Théâtre de La Criée fait désormais partie de ces partenaires. Comment s’est déroulée votre collaboration avec ce lieu plutôt classique ?
C’est Macha Makeïeff qui est venue vers nous. Elle nous a donné carte blanche pour le hall de la Criée. Je crois qu’elle avait envie qu’on bouscule un peu l’image institutionnelle du théâtre. Elle a vraiment souhaité que la présence de Laterna Magica soit un temps festif. Non seulement il y a l’exposition Les Petites Formes durant toute la durée du festival, mais nous avons également mis en place un week-end complet d’activités. Et nous devrions en proposer d’autres en 2012.
En parlant d’avenir, Marseille Provence 2013 approche, avez-vous déjà un projet pour cette année-là ?
Oui, on y participe. Cela tombe d’ailleurs très bien que l’on ait trouvé notre lieu, ça va nous permettre de nous roder avant 2013. Nous voulons proposer un Laterna Magica x 10, c’est-à-dire dix mois de manifestations avec une grosse exposition ou un artiste majeur par mois. Nous avons contacté des structures et des artistes de toute l’Europe. On continue notre démarche : aller vers l’inconnu et faire découvrir des artistes rares ou méconnus.
Une façon de travailler qui vous a conduit à Paris ?
Effectivement, Laterna Magica s’expose au Quai Branly durant une semaine. On avait déjà travaillé avec le Centre Pompidou et c’est le musée qui nous a proposé ce partenariat. Ce sont trois artistes que l’on défend depuis longtemps qui ont mis en place l’exposition Au bout du Monde. Jochen Gerner et Isidro Ferrer seront d’ailleurs présents lors de MP 2013. On est heureux de cette démarche, elle apporte une légitimité à notre travail, mais également une reconnaissance auprès du grand public.
Un public toujours plus nombreux et qui rassemble autant de têtes blondes que d’adultes ?
On souhaite que toutes les générations se retrouvent dans le festival. Laterna Magica est le titre d’un livre d’Ingmar Bergman dans lequel il revient sur son enfance. C’est un peu ce que l’on fait avec la manifestation. On s’adresse aux enfants, mais également à l’enfant qui se trouve en chacun de nous. Via les ateliers par exemple, on revient à des choses simples, loin de toutes les technologies, des jeux vidéos, on travaille avec des matières brutes pour créer. On a envie de partager des univers plus magiques et merveilleux ; l’enfant est réceptif, il suffit de lui montrer autre chose et il s’y intéresse. Bien sûr, il faut une démarche des parents. Les ateliers permettent ce rapprochement, il s’agit d’ailleurs des moments privilégiés pour certains.
Propos recueillis par Aileen Orain