Archives par mois
octobre 2011

[26 oct 2011] Prévert & Nevchehirlian - Le soleil brille pour tout le monde ? (Internexterne / L’autre Distribution )

galette-Nevchehirlian.jpgCHANSON Ce projet constitue la rencontre artistique de deux poètes : l’immense Jacques Prévert, qui voit ses textes mis en musique par le talentueux Frédéric Nevchehirlian. En résulte un disque souvent grave et profondément engagé, qui parle des hommes avec une justesse rare qui touche à l’âme et au cœur. Des mots savamment dosés, au style inimitable et puissant, sublimés par des compositions et une voix qui épousent à la perfection le matériau d’origine (et les oreilles de l’auditeur). L’une des œuvres essentielles de la rentrée musicale, qui nous tiendra de longues saisons au corps.
SV

[26 oct 2011] Oneohtrix Point Never - Replica (Software)

Galette-Oneohtrix-Point-Never.jpgAMBIENT/HYPNAGOGIC POP A l’heure des Internets, peut-on parler de « phénomène Oneohtrix Point Never » ? Honnêtement, on s’en fiche pas mal… Scruté jusque dans ses moindres gestes sur la toile, le brillant Daniel Lopatin (trop hype pour les uns, trop inconnu pour les autres) est l’un des grands maîtres du revival synth retro futuriste qui sévit depuis plusieurs années. A l’aide de samples émergés mis en boucles, il tend ce coup-ci à compléter une liste de qualités déjà bien longue. Maintenant, la vraie question : est-ce que Lopatin est l’un des artistes marquants de la décennie ? La bonne réponse : oui, sans aucun doute.
JSa

[26 oct 2011] Primus - Green Naugahyde (Prawn Song/ATO)

galette-Primus.jpgSLAPROCKFUNKMETALFUSION Tout le monde connaît Primus, au moins de manière inconsciente par le générique de South Park ou alors par leurs disques Frizzle Fries, Sailing the seas of Cheese ou Pork Soda. Si vous répondez « non » aux questions : « Aimez-vous une basse qui groove ?», « Pouvez-vous supporter une voix nasillarde ? » ou encore « Appréciez-vous l’humour absurde dans des chansons ? », passez votre chemin. Sinon, procurez-vous vite cet album. Rendant hommage entre autres à Lee Van Cleef, aux fauteuils en cuir vert, il s’inscrit parfaitement dans la lignée du meilleur de Primus et démontre que Les Claypool et consort ne connaissent pas la panne d’inspiration.
ND

[26 oct 2011] Mastodon - The Hunter (Reprise/Roadrunner/Warner)

galette-Mastodon.jpgSTONER/SLUDGE A l’écoute de Mastodon, on ne peut s’empêcher de penser à des groupes comme Black Sabbath, Kyuss, Queens of the Stone Age ou les Melvins. Confirmant leur virage vers un style plus mélodique qu’auparavant, The Hunter n’en reste pas moins extrêmement ingénieux avec des passages aux rythmiques alambiquées mais réellement efficaces. Soulignons aussi l’énorme production de Mike Elizondo, qui nous avait plutôt habitués à son travail dans le milieu du hip-hop (Snoop Dogg, Jay-Z, Busta Rhymes…). Pour la pochette, le sculpteur AJ Fosik a réalisé une énorme tête de taureau kaleïdopsychédélique pour un rendu à l’image du groupe : massif.
ND

[26 oct 2011] Tim Hecker - Dropped Pianos (Kranky)

galette-Tim-Hecker.jpgAMBIENT/NEO-CLASSIQUE En mars dernier, nous placions en ces pages le très beau et mélancolique Ravedeath 1972. De mélancolie, il en est toujours question avec ce nouvel opus, constitué des autres pistes enregistrées dans cette « fameuse » église islandaise. Mais, au vu de leurs grandes qualités, toujours baroques et, n’ayons pas peur des mots, grandioses, le terme « Face B » s’avère véritablement sacrilège. Et le fait que le piano soit ici plus apparent ne dégrade en rien l’aspect aérien de cette fine corrélation entre la musique et sa propagation dans l’espace, d’une beauté froide, hivernale. En noir et blanc.
JSa

[26 oct 2011] Camille - Ilo Veyou (EMI)

galette-camille.jpgCHANSON POP Sans nous surprendre comme elle l’avait fait avec Music Hole, son précédent album, Camille trace tranquillement sa route, sur le fil de sa voix de fée, pure et magique. Cet album se veut sans concept. Elle y invente des comptines en écriture automatique, comme le titre a cappella Aujourd’hui, revisite le chant ménestrel avec le mélancolique Berger, emprunte la puissance de Beth Gibbons avec She was, mais s’égare du joli chemin quand il s’agit de parodier la chanson d’entre-deux guerre : La France laisse pantois, verrue dans un disque sans remous. En bref, ça ressemble à beaucoup de choses, mais c’est indubitablement Camille qui l’a composé.
DC

[26 oct 2011] Tom Waits - Bad as Me (ANTI-)

galette-Tom-Waits.jpgTHEATRE MUSICAL Un nouveau disque de Tom Waits, c’est toujours une surprise ! Le conteur hors pair surprend toujours, renouant à la fois avec ses premières amours au piano tout en continuant d’explorer le chemin de l’expérimentation entamé il y a plus de vingt-cinq ans avec Rain Dogs. Il change en Waits tout ce qu’il approche, du rock classique aux ballades nostalgiques à la Roy Orbison (Back in the Crowd), en passant par de réelles surprises (Hell Broke Luce, presque de l’indus avec ses « rythmitraillettes »). Il s’est tout de même entouré de l’artillerie lourde avec Keith Richards (Rolling Stones), Flea (RHCP), Les Claypool (Primus) et le génie de la guitare Marc Ribot.
ND

[26 oct 2011] Roll The Dice - In Dust (Leaf)

galette-Roll-The-Dice.jpgAMBIENT/KOSMISCHE MUZIK Il ne s’agit pas ici de prendre part à la compétition stupide qui cherche à opposer entre eux les artistes 2.0 se réappropriant les codes du krautrock, de la kosmische muzik et autres envolées spatiales à la Tangerine Dream ou Klaus Schulze… In Dust est un très bel album, atmosphérique, profond, tout comme le dernier Oneohtrix Point Never, auquel certains voudront — de manière inappropriée — le comparer. Les synthétiseurs analogiques n’ont pas dit leur dernier mot, au contraire, ils semblent renaître sous les doigts de ce duo suédois, et également grâce à Daniel Lopatin donc, mais d’une autre manière.
JSa

[26 oct 2011] Frédéric Rouvillois - Une histoire des best-sellers (Flammarion)

Millefeuille-Une-histoire-d.jpgBien sûr, l’auteur traite des succès de notre temps : la recette Dan Brown, la pottermania, le phénomène Indignez-vous !… Et, comme attendu, il analyse l’impact des prix littéraires ou encore le poids de prescripteurs comme Oprah Winfrey. Ce qu’il nous apprend, c’est essentiellement que le XXe siècle n’a pas inventé grand-chose en matière de marketing éditorial. En effet, au XIXe déjà, l’éditeur de La Case de l’oncle Tom truquait les chiffres de vente jusqu’à l’invraisemblance. Les auteurs, eux, travaillaient autrement à « créer l’événement ». Citons Hugo, organisant la sortie mondiale de ses Misérables, et Lamartine, courant les salons avant de publier ses Méditations. Plus surprenant encore : l’imposture d’un moine franciscain qui fut à l’origine d’un des plus grands best-sellers du XVe siècle. Au fait, saviez-vous que Dieu, Shakespeare et Mao Zedong se partageaient le même podium ?
CV

[26 oct 2011] Pierre Echinard, Gabrial Chakra et Caroline Guiol - Detaille, Trois générations de photographes, Marseille Provence Méditerranée (HC éditions)

Millefeuille-Detaille.jpgSite de lumière privilégié, Marseille compte un grand nombre de photographes (sans doute le plus élevé du pays, rapporté au chiffre de la population) : il n’est donc pas étonnant que cet art s’y soit développé depuis la création en 1897 du studio de Félix Nadar, à Noailles. Le Genevois Fernand Detaille succédera au grand maître portraitiste au début du XXe siècle ; ses descendants garderont précieusement l’œil rivé et passionné sur son patrimoine photographique et des archives comprenant des fonds inestimables. Hélène et Gérard Detaille font perdurer cette tradition à travers leur superbe galerie et atelier photothèque de la rue Marius-Jauffret. Ce livre est issu de la complicité avec un autre couple, Isabelle et Hervé Chopin, dont la qualité des parutions aux éditions HC marque un amour pour la région et ses talents. Elégamment composé, l’ouvrage mixte histoire et mémoire d’une famille ancrée en Provence : les clichés laissent place aux traces émouvantes où passé et modernité se répondent.
MNQ

[26 oct 2011] Sibylline & Sicaud - Sous l’entonnoir (Delcourt)

millefeuille-sous-l-entonno.jpgLa mère d’Aline s’est suicidée lorsque la fillette avait sept ans. Adolescente, Aline tente à son tour de mettre fin à ses jours. Elle est alors internée en hôpital psychiatrique, à Sainte-Anne, à Paris. Les jours passent lentement dans cet environnement dur, manifestement pas très propice à la reconstruction de la jeune femme…
Sous l’entonnoir est un album coup de poing. Mais nous sommes ici loin des réquisitoires racoleurs, très loin. Sibylline raconte ce qu’elle a vécu de manière précise, concise et avec douceur ; l’effet n’en est que plus fort. Le dessin de Natacha Sicaud s’attache également à des éléments factuels. En reproduisant les décors minimalistes de l’hôpital, il met en avant les postures et les gestes des corps et, ainsi, l’ennui, l’abattement et la mélancolie qui habitent les patients.
BH

[26 oct 2011] Masson - Conte de la rivière (La Boîte à Bulles)

millefeuille-conte-de-la-ri.jpgUn grand chef a pris sa retraite et fermé son restaurant. Il profite du temps présent, se promène, reste au bord de l’eau, pêche et, surtout, élabore de nouvelles recettes pour son propre plaisir, de manière ludique. L’un de ses amis lui parle d’un énorme brochet vivant dans la rivière la plus proche et lui lance un défi : qui des deux parviendra à attraper ce superbe poisson ?
Rares sont les bandes dessinées dans lesquelles le lecteur se glisse dans un univers, une atmosphère et un rythme comme il le ferait dans une seconde peau. C’est le cas ici. La finesse du récit et de sa construction, la justesse des attitudes et des gestes, les partis pris graphiques surprenants, la beauté et la force de cette œuvre bucolique, jamais mièvre, enchantent et font du bien.
BH

[26 oct 2011] La BM du Seigneur (France – 2010) de Jean-Charles Hue (Capricci)

dvd-La-BM-du-Seigneur.jpgSans fausse note, le producteur-diffuseur Capricci distille une ligne éditoriale exigeante, optant pour un nombre limité de sorties, mais toujours présentées dans un écrin particulièrement soigné, du contenu au contenant. L’opus de Jean-Charles Hue n’eut malheureusement pas le succès mérité à sa sortie. La BM du Seigneur fait partie de ces films-ovni inclassables. Le cinéaste navigue entre fiction et documentaire, nous plongeant chez les Yéniches, gens du voyage si chers à nos politiques depuis quelques mois. Une communauté où le silence est de rigueur, la ferveur catholique le disputant au vol et au vandalisme. Une société ultra codée, au sein de laquelle l’un des personnages, parmi les plus respectés du groupe, voit sa vie basculer le jour où un ange lui apparaît.
EV

[26 oct 2011] George Harrison : Living in the material world - Documentaire (Etats-Unis – 2011) de Martin Scorsese (Warner)

dvd-George-Harrison.jpgOn connaît l’amour du cinéaste américain pour la musique, et ses fréquentes incursions dans le genre, dont l’une des plus marquantes reste son No direction home, remarquable documentaire sur Bob Dylan. Ce que l’on connaît moins en revanche, c’est l’existence de ce film étonnant que le réalisateur consacra au plus discret des Beatles, Georges Harrison. A partir d’un matériau conséquent mis à disposition par la propre épouse du chanteur, Scorsese dépeint en creux les contours d’un homme effectivement simple, mais pétri de contradictions. Harrison se révèle rapidement tel un vrai personnage scorsesien. L’homme qui a insufflé la mystique hindou et la voie transcendantale au cœur du quatuor liverpuldien était également connu pour sa grande radinerie et son matérialisme crasse. Produit pour la télé, Living in the material world offre ainsi une facette inédite de ce groupe hors du commun.
EV

[26 oct 2011] Quelle heure est-il (Italie – 1989) d’Ettore Scola (Gaumont)

dvd-Quelle-heure-est-il.jpgLes sorties DVD du cinéaste italien sont trop rares pour ne pas toutes les signaler. Quelle heure est-il appartient à la dernière période du réalisateur, celle de Splendor ou du Roman d’un jeune homme pauvre. On notera l’absence du point d’interrogation dans le titre, qui résume plutôt bien les relations complexes qu’entretiennent un père et son fils ayant passé leur vie à se croiser sans se connaître véritablement. Il semble que pour ces deux personnages, le cadre extérieur importe peu et ne fait que les renvoyer à leur propre solitude. Car au-delà, toute l’obsession d’Ettore Scola pour la vieillesse, cette peur panique et saisissante, se dégage puissamment du personnage de Marcello Mastroianni. Le cinéaste ne parvient certes pas à éviter le verbiage assez fréquent dans ses derniers films, mais offre une œuvre forte, empreinte d’humanisme et de désespoir.
EV

[26 oct 2011] Portier de nuit (Italie/Etats-Unis - 1974) de Liliana Cavani (Wild Side)

dvd-Portier-de-nuit.jpgEnfin un grand classique tant attendu en DVD depuis de nombreuses années et magnifiquement édité par Wild Side, riche de bonus particulièrement soignés. Une douzaine d’années après la seconde guerre mondiale, un bourreau SS croise le chemin de celle qui fut sa maîtresse, jeune prisonnière dans un camp de concentration. Un duo mythique Charlotte Rampling/Dirk Bogarde ! A l’instar des œuvres de Pasolini, ce chef d’œuvre développe la complexité de l’âme humaine, de la domination, du pouvoir, de l’amour, du désir. Un syndrome de Stockholm porté au paroxysme, qui donnera naissance à un sous-genre, en Italie, dans les années 80, la nazisploitation, dont seront issus certains opus parmi les plus glauques de l’histoire du cinéma. Signalons, parmi les bonus, un documentaire passionnant réalisé par Liliana Cavani sur les femmes résistantes.
EV

[26 oct 2011] Dead island (Deep Silver / Xbox 360, PS3, PC)

jeu-dead-island.jpgDead island témoigne du regain d’intérêt pour les zombies observé ces dernières années et met en scène des touristes sur une île de rêve, Banoï, envahie d’« infestés » en état de décomposition. Comme dans un Elder Scrolls, l’île est découpée en trois zones ouvertes, la traverser à pied nécessitant plusieurs dizaines de minutes. Au cours de sa progression, le joueur rencontrera de multiples protagonistes qui lui permettront de se livrer à des quêtes secondaires, rallongeant une durée de vie déjà considérable. Empruntant autant au jeu de rôle (évolution du personnage et des armes, exploration, quêtes) qu’au jeu d’action (les salves de zombies, de plus en plus retors au fil de l’aventure, déferlent), il s’avère un hommage réjouissant aux films du genre.
SV

[26 oct 2011] Wobble (Winning Moves / Identity Game)

jeu-Wobble.jpgWobble est un jeu de plateau. Son arrivée à la rédaction nous a poussés à nous pencher sur la santé de ce marché, dans une rubrique traditionnellement dédiée au jeu vidéo.
Sur un plan purement factuel, le site Newzoo révèle qu’en juin 2011 près de 40 % des Français avait succombé à l’ogre vidéoludique, pour des dépenses annuelles de 3,2 milliards d’euros. Une étude Gfk voit même cette population à la hausse et place l’âge moyen des gamers à 33 ans.
Ces chiffres astronomiques pour la première industrie de loisirs n’affectent pas le jeu de société qui, selon Les Echos, présente une belle santé avec 12 millions de boîtes vendues en 2010, pour 240 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Si le jeu vidéo jouit d’une grande exposition médiatique, il n’éclipse donc pas les loisirs historiques qui possèdent un fort taux de pénétration dans nos foyers, lesquels achèteraient en moyenne un jeu de société par an (dixit Yannick, éditeur et blogueur spécialisé).
La réussite des divertissements traditionnels tient à de nombreux critères. Tout d’abord, ils ne nécessitent pas l’apprentissage de périphériques (le succès de la Wii auprès du grand public en atteste, les interfaces complexes rebutent une frange des gamers potentiels). De plus, ils s’adaptent à de larges tranches d’âge, leur permettant ainsi de se livrer à une activité commune. Egalement, ils possèdent une dimension sociale accrue, le nombre de personnes pouvant se regrouper autour d’une partie étant potentiellement élevé. La fortune de titres tels que Les Loups-Garous de Thiercelieux ou Jungle Speed est révélatrice d’un plaisir à s’adonner à une occupation ne nécessitant aucune installation matérielle complexe et ne contraignant à aucune limitation du nombre de joueurs.
Wobble, qui déclare se destiner aux « 6 à 99 ans » et se joue à deux ou à quatre, dispose de nombreux atouts pour trouver son public. Basé sur l’adresse, il consiste à déposer des jetons sur le bord d’un plateau en équilibre pour le faire basculer de sorte à entraîner une boule dans des cibles colorées, selon un ordre défini. Aisé à prendre en main, il propose, tel un Jenga, une belle courbe de progression quand la précision et le doigté deviennent prégnants au fil des parties.
SV

[25 oct 2011] Festival Cinématographique d’Automne de Gardanne 2011

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Orange amère

Programmation généreuse, regards sur le monde et ambiance familiale sont les ingrédients du vingt-troisième épisode du Festival Cinématographique d’Automne de Gardanne, qui accueille dans la cité minière cinéphiles avertis et curieux de tous poils.

Comptant parmi les vétérans des évènements cinématographiques régionaux, le Festival d’Automne de Gardanne attaque cette nouvelle édition avec les recettes qui ont contribué à son succès : une sélection importante de longs-métrages internationaux accessibles à tous publics. Il importe moins ici de dénicher la perle rare inconnue de tous que de permettre au spectateur d’embrasser, en une dizaine de jours, l’essentiel de la production cinématographique récente ou à venir. Une grande séance de rattrapage, en quelque sorte, le tout dans une ambiance bon enfant, jamais élitiste. Comme nous l’avons déjà fait dans ces colonnes, on peut toujours s’interroger sur la pertinence de réunir un jury pour récompenser un florilège de réalisateurs déjà très en vue dans les grands festivals internationaux (Marjane Satrapi, Nuri Bilge Ceylan, Radu Mihaileanu…), si ce n’est le plaisir de croiser au hasard des projections les personnalités présentes cette année, du raffiné Emmanuel Mouret à Christian Rouaud, réalisateur du fameux Lip, l’imagination au pouvoir. Dans la sélection des avant-premières en compétition, l’équipe du Festival d’Automne ratisse large et loin, nous permettant de découvrir l’essentiel des œuvres qui feront l’actualité des semaines à venir, du dernier Mouret, justement (L’art d’aimer), au Philippe Lioret (Toutes nos envies), en passant par le nouveau film de l’excellent Turc Nuri Bilge Ceylan (Il était une fois en Anatolie) ou encore celui du Canadien Denis Côté (Curling), dont on se souvient de l’étonnant Nos vies privées. Au rayon panorama, l’un des grands classiques du Festival, citons en vrac le très efficace Animal Kingdom de David Michôd, l’inégal mais attachant Cochon de Gaza de Sylvain Estibal ou La fée, de l’infernal trio belge Dominique Abel, Fiona Gordon et Bruno Romy. Sans oublier l’inépuisable Faîtes le mur de Banksy ou l’injustement boudé Sound of Noise d’Ola Simonsson. Les sélections parallèles créent la surprise, avec entre autres un très bel hommage au cinéma iranien, riche d’une dizaine de longs passionnants, dont trois films de Jafar Panahi, cinéaste injustement bâillonné par le pouvoir en place, ainsi que les principaux opus d’Asghar Farhadi, dont A propos d’Elly et Une séparation restent dans toutes les mémoires. Une édition sous le signe de la lutte, donc, avec en ouverture le dernier brûlot de Christian Rouaud, Tous au Larzac, qui donne le ton de la manifestation.

Emmanuel Vigne

Jusqu’au 1/11 au Cinéma 3 Casino (11 Cours Forbin, Gardanne). Rens. 08 92 68 03 42 / www.cinema-gardanne.fr

[25 oct 2011] Cinéma(s) d’Egypte : du 2/11 au 10/12 à Marseille et dans la Région PACA

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La possibilité du Nil

Durant plus d’un mois, Aflam met à l’honneur le cinéma égyptien, l’une des productions cinématographiques les plus riches, qui trouve sa source dès le début du XXe siècle. Tour d’horizon d’un événement rare et passionnant.

Porté par un savoir-faire unique en matière de diffusion des cinémas arabes, Aflam décidait de mettre à l’honneur, pour cette rentrée 2011, l’immense richesse du cinéma égyptien, sans se douter du souffle révolutionnaire qui allait bouleverser le pays au printemps dernier. Cet événement offre ainsi, aujourd’hui, un double regard : la découverte d’une production bouillonnante que l’association dévoile avec brio, mais également la compréhension plus profonde des mutations de la société égyptienne, qui ont fini par déboucher sur les bouleversements que l’on connaît. Les liens développés entre le pays et la création cinématographique remontent quasiment aux origines de cet art. L’une des forces du cinéma égyptien, tout au long du XXe siècle, reste le mélange des genres : les films virevoltent de la comédie romantique au mélodrame, traversant en chemin le polar ou l’opus historique. Pour cet immense événement, qui rayonnera dans Marseille et sa région, Aflam a sélectionné plus d’une soixantaine de films qui, loin de faire preuve d’exhaustivité, permettront tout de même de se faire une idée plus précise de la richesse de la production. De grands cinéastes sont évidemment mis en avant, à commencer par Youssef Chahine, qui traverse presque cinq décennies d’engagement artistique, et dont il faut (re)voir les sublimes Gare centrale ou La Terre. L’équipe d’Aflam aborde alors l’histoire du cinéma égyptien par thèmes : on retrouvera un court panorama de la comédie musicale, avec les films de Niazi Mustapha ou Henri Barakat, genre qui a permis d’ailleurs de largement exporter les œuvres nationales dans la quasi-totalité des pays voisins du Maghreb, où il reste une référence. Dès les années 50, tout comme en Occident, les films sortent des studios et posent les caméras dans la rue, au plus près des habitants. C’est une nouvelle ère, un cinéma réaliste qui fait parfois étrangement écho au à la production italienne. On pense au Monstre de Salah Abou Seif, ou au Péché d’Henri Barakat. L’une des particularités de la production égyptienne fut également de maîtriser avec élégance l’art de l’adaptation littéraire. Aflam accorde ainsi une grande part de sa programmation aux films issus d’œuvres écrites, à l’instar de La Sangsue, de Salah Abou Seif, ou du Facteur d’Hussein Kamal. De nombreux films puisés dans le jeune cinéma contemporain, le documentaire ou le court-métrage parachèvent un événement de haute volée, unique en son genre.

Texte : Emmanuel Vigne
Photo : La Terre de Youssef Chahine

Cinéma(s) d’Egypte : du 2/11 au 10/12 à Marseille et dans la Région PACA.
Rens. 04 91 47 73 94 / www.aflam.fr

[25 oct 2011] Passer à la casserole, certes, mais pourquoi donc ?

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LIBERTE D’EXPRESSION

Passer à la casserole, certes, mais pourquoi donc ?

De l’effet du cinéma sur notre libido ou quand sexe et cuisine font bon ménage (à deux, voire plus si affinités).

On a tous en mémoire plusieurs scènes puissamment érotiques qui nous ont durablement marqués : de l’abominable partouze culinaire de La Grande Bouffe aux jeux inconséquents de Kim et Mickey dans 9 semaines ½, en passant par l’expérience interdite du gros Brando et de la frêle Maria Schneider à base de beurre dans Le Dernier Tango à Paris, le Septième Art n’a jamais été avare en représentations coïtales où il est question de nourritures et de sexe. Ainsi de la scène culte du Facteur sonne toujours deux fois, où Frank/Jack Nicholson, tout en animalerie pas du tout contenue, pressé de s’envoyer en l’air avec la sublime Cora/Jessica Lange, envoie valser ustensiles de cuisine et autres aliments de première nécessité via une chorégraphie désordonnée et emphatique, portée par une tension sexuelle à son comble. Pour le résultat que l’on connaît : un orgasme en forme de climax faisant suite à des coups de reins monumentaux — le fameux Reintintin. Pour ceux qui ont vu le film de Bob Rafelson et se souviennent de ces ébats, il ne fait aucun doute que le « passage » à la casserole en bonne et due forme de la jolie Cora aura été le point de départ, qu’écris-je (tremblant), l’épicentre de ladite expression qui nous intéresse présentement. Que nenni, les amis, il est vraisemblable que cet acte sexuel cuivré doive son origine à une délicate et imagée expression héritée du XIXe siècle, « faire un tour à la casserole », qui correspondait au traitement antivénérien que les jeunes femmes subissaient en cuisine — sympa — cependant que le cuistot, un manche à la main, faisait sauter, bouillir, chauffer tout ce qui l’entourait. Comme il est tout aussi vraisemblable qu’il est essentiel de se mettre à poêle avant de passer à la casserole. Je dis ça, je dis rien.

Henri Seard

[25 oct 2011] Phot’Aix 2011

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A perte de vues

Pour sa onzième édition, Phot’Aix met à l’honneur des Regards Croisés Suisse-Provence autour d’une dizaine de photographes exposés au Musée des Tapisseries et à la galerie Fontaine obscure, organisatrice du festival, tout en valorisant davantage son OFF, qui mobilise une trentaine de photographes amateurs et une quinzaine de lieux aixois.

Cette année, les rencontres photographiques aixoises ont cherché à gagner en visibilité et en ampleur dans la ville à travers le OFF de la manifestation. Ainsi, tandis que les lieux culturels, éducatifs et commerciaux qui participent à l’événement sont plus nombreux que les années précédentes, des parcours itinérants sont organisés pour pouvoir faire le tour des expositions grâce à la mise à disposition de deux Diablines (petits véhicules de transport en commun électriques) personnalisées aux couleurs du festival. La sélection retenue pour le OFF est délibérément hétéroclite, afin de valoriser la diversité des pratiques photographiques amateurs tout en cherchant à sensibiliser différents publics. Les Regards croisés tendent quant à eux à instaurer un dialogue entre cinq photographes de la région et cinq de leurs homologues suisses : un dialogue thématique tout d’abord, qui fait se croiser deux séries de photos (autour de la famille, de la tauromachie, de la migration, de la montagne, des lieux), mais aussi un dialogue autour de l’écriture, de la démarche et des moyens photographiques mis en œuvre. A ces deux niveaux de lecture, la relation entre la série Prisons de plastique de Christophe Chammartin et la série Europa Inch’Allah de Stephanos Mangriotis se révèle particulièrement féconde. En effet, tous deux cherchent à être en prise avec une réalité sociale, économique et politique qui privilégie toujours davantage les échanges marchands au détriment des conditions de la vie humaine ; leurs photos cherchent à déplacer le rapport frontal et direct avec cette réalité en choisissant d’autres voies, plus sensibles et parfois symboliques, pour l’aborder. Si la manifestation cherche à rapprocher et confronter différentes pratiques photographiques entre elles (par le choix des photographes et des séries exposées, mais aussi par la mise en scène des photos dans l’espace de l’exposition), on peut tout de même regretter que cette diversité ne soit pas plus présente. Le photoreportage et le documentaire dominent ainsi l’essentiel des pratiques, et les processus expressifs, tels qu’ils sont à l’œuvre dans la série Réserves de Suzanne Hetzel, apparaissent d’autant plus précieux.

Elodie Guida

Phot’Aix 2011 : jusqu’au 30/11 au Musée des Tapisseries (Place des Martyrs de la Résitance), à la Galerie Fontaine Obscure (Impasse Grassi) et dans divers lieux d’Aix-en-Provence.
Rens. 04 42 27 82 41 / www.fontaine-obscure.com

[25 oct 2011] Boris Chouvellon - Running on empty au [mac], Musée d’Art Contemporain

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Béton art né

Thierry Ollat offre le [mac] à Boris Chouvellon et le jeune artiste relève haut la main le défi de « l’expo perso » ! Cinq sculptures monumentales, des vidéos et des photos montrent à quel point il sait ramener l’« envers du décor de notre réalité » dans le champ de l’art, de la beauté et de la poésie.

On peut lire ici et là que Boris Chouvellon pratique l’art du déplacement. On peut aussi entendre que son œuvre est à la fois dérisoire et paradoxale.
Au fur et à mesure de ses pièces, l’artiste élabore le dictionnaire sémiologique d’une société définie par un consumérisme dont la vanité ne peut éviter l’ironie — signes extérieurs du succès (The small illusions) ou de richesse (une piscine, un jet ski), figés dans le béton et érigés en nouvelles idoles.
Comment faire du beau avec du moche ? Boris Chouvellon raconte à la fois un monde de vanité, sous les feux de la rampe, et l’histoire plus discrète d’un monde qu’on veut à peine voir, celui des chantiers, des zones périurbaines, du bâtiment, de la construction. Un monde pas glamour auquel il emprunte les matériaux. Sa sculpture utilise « l’enfant chéri » du modernisme, de l’architecture brutaliste, le béton, qui a aujourd’hui perdu ses lettres de noblesse. L’artiste ancre ainsi ses œuvres monumentales dans le langage de l’architecture.
Jouant des assimilations des formes, des matières, des codes de représentation et du sens des mots, Chouvellon a le sens de la formule, mais aussi et surtout un certain sens de l’ironie et du clin d’œil aussi. Tandis que ses œuvres s’imposent dans l’espace par une présence à la fois forte et fragile, on sent poindre chez l’artiste comme un sourire triste et révéler moins le pessimisme que la vanité de tout cela (l’art y compris).
Ma ruine avant la vôtre, une gigantesque étoile de béton déchue, venue s’empaler dans quelques tiges de béton, ne préfigure pourtant pas l’éphémère succès de Boris Chouvellon, qui s’assure avec cette exposition de sa désormais indispensable participation à la vie de l’art contemporain d’ici et d’ailleurs.

Céline Ghisleri

Boris Chouvellon - Running on empty : jusqu’au 8/01/2012 au [mac], Musée d’Art Contemporain (69 av d’Haïfa, 8e). Rens. 04 91 25 01 07

[25 oct 2011] Laurent Grino - Un simple coup de destin chez Guimik Gallery

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Beau coup de dé… clic !

Une galerie d’art « comme à la maison », siège de Guimik Organisation, accueille le travail photographique de Laurent Grino, dont l’œil sentimental capte, au hasard des rues et des instants de vie familiale, les petits riens qui touchent à la grâce.

L’appartement d’Armelle Béraudy, à la déco chaleureuse (briques apparentes, comptoir et tables de bistrot…), sert depuis quatre ans de plateforme d’échanges culturels : en plus du management du groupe de rock Soma, de la production et de la promotion d’évènements, l’opérateur s’emploie à diffuser dans un contexte convivial et rassurant des artistes émergents. Dont acte avec les tirages de l’actif reporter-explorateur Laurent Grino.
Glanant les bribes de poésie à la surface du monde, le faiseur d’images doit porter en bandoulière sa nostalgie en noir et blanc. Il la colorie parfois d’humour face à des situations incongrues ou d’émotion lorsqu’il s’agit de nus ou de scènes intimes. Le regard de Grino embrasse les gens, souvent sa femme et ses enfants, s’arrête sur les sacs plastiques prisonniers des arbres, s’amuse d’un vélo coincé sur une grille et jamais ne cesse de cristalliser la valeur inouïe des choses simples. Roland Barthes a précisé : « La photo, c’est comme le mot : une forme qui veut tout de suite dire quelque chose. Rien à faire : je suis contraint d’aller au sens — du moins à un sens. ((Dans Texte et Image (Editions Paris Musées, Mars 1986 - extrait du commentaire des photographies de Daniel Boudinet, 1977).)) »
Collectionneur de vérités, le photographe aime border les noces d’un drap brodé de détails sur lequel personne d’autre ne se serait attardé, coucher sur papier la première sortie d’un bébé et se bercer sans illusion de la musique chaotique du temps qui nous aura. L’ambiance douce des clichés masque comme un pansement la furie des existences. On voit au-delà de son jeu de compositions ingénieuses et élégantes : il met le doigt sur la gâchette d’un fusil révélateur et cible dans son objectif la question du « pourquoi tout cela plutôt que rien ? ».
La quête de Laurent Grino est parsemée d’images « qui montrent que le vide a bien plus de sens que le trop plein. »

Marika Nanquette-Querette

Laurent Grino - Un simple coup de destin : jusqu’au 15/11 chez Guimik Gallery (43 rue Sénac, 1er). Rens. 06 26 83 58 74 / http://guimik.org
Site de Laurent Grino : www.createurdimages.fr

[25 oct 2011] Karl B. à la Galerie Anna-Tschopp

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Bas les masques !

La galerie Anna Tschopp ouvre ses cimaises à l’artiste Karl B. Sous le signe du masque, et en référence au poème de Charles Baudelaire, cet artiste autodidacte présente une série d’autoportraits qui plongent le spectateur au cœur de l’intime et de l’inquiétante étrangeté de l’être.

Des feuilles arrachées à un carnet de dessin grand format, sept autoportraits quasi magnétiques se détachent. Karl B y délivre, plus qu’il ne livre au regard, sa propre image. Dans un mouvement répétitif presque qu’obsessionnel, le trait stylographique a détaillé les yeux, point de départ de ces dessins automatiques exécutés sans contrôle systématique, où l’expansion de la forme à la surface du papier n’a de frontières que le bord de la feuille. Sept variations monochromatiques, à l’exception d’une seule qui mêle la palette de couleur réduite du stylo à bille, introduisent l’univers d’une conscience irradiée par la poésie baudelairienne et par l’urgence du geste artistique. La référence est partout présente, jusque dans la signature, qui désignait à l’origine sa marque de tagueur, jusque dans ses fonds qui répètent inlassablement les phrases ou versets du poète comme des mandalas.
Des pratiques magiques du primitivisme ou de l’art brut, les images de Karl B. portent la trace d’une fascination de l’artiste pour son miroir et son propre reflet qu’il travaille en direct. Le masque est tombé comme un arrachage de peau, mais la plastique de l’artiste est reconnaissable, toujours unique dans ses déformations multiples. On pense à la démarche alchimique, à la transmutation, cette situation fragile et dangereuse par laquelle on accède à un autre état.
Il en résulte l’authentique présence d’un visage, d’une vie sans anecdote, produite à la manière de Hucleux, artiste engagé dans une quête subtile de peinture par le trait, ou de Roman Opalka, soucieux de mettre en scène la marche irréversible du temps.
« On peut toujours représenter quelqu’un par l’illustration… Faire un portrait vrai, disait Francis Bacon, un portrait qui met en évidence les apparences d’un être, c’est une chose différente. Pourtant, si on y parvient, le portrait a un impact d’une tout autre violence sur le système nerveux du regardeur parce qu’il remue en lui des sensations irrationnelles, au fond, inconnues de nous. »
Et si des autoportraits de Karl B s’échappe une force expressive extrême, qui saisit, c’est que l’enjeu de l’être y prend une intensité singulière : se surprendre à survivre, rejouer les dés du destin, faire parade à la disparition de la chair, sauver ce qui peut l’être. Coïncidence voulue avec le poème de Baudelaire ? Le surgissement bouleversant de « la véritable tête, de la sincère face »1 n’est peut-être que l’apparition d’une représentation allégorique.

Christine Maignien

Karl B. du 27 octobre au 17 novembre, Galerie Anna-Tschopp (197 rue Paradis, 6e).
Rens. 04 91 37 70 67 / www.anna-tschopp.com

  1. Charles Baudelaire, Le masque, in Les fleurs du mal. []

[25 oct 2011] L’interview : Frédéric Nevchehirlian

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Alors que l’artiste marseillais s’apprête à délivrer un album de haute volée, entre rock et poésie déclamée autour de textes de Jacques Prévert (voir chronique), nous avons profité d’une rencontre pour le « décortiquer » avec lui.

Attendez-moi sous l’orme, comptine douce-amère, donne le ton du disque. Les puissants promettent, le peuple espère : les choses ne changeront donc jamais ?
« La politesse est l’exactitude des rois » : c’est la morale de la fin du texte. Les textes de cet album sont d’une modernité surprenante, leur insoumission, leur militantisme jamais caricatural. Le disque ouvre sur le Prévert qui nous est familier, le Prévert de l’amour. Mais il y a déjà en toile de fond la dimension politique qui est le centre de l’album.

La lettre à Janine, de Jacques à son épouse, se révèle d’une tendresse et d’un romantisme poignants. A l’époque d’Internet, le glas aurait-il sonné pour les relations épistolaires intenses ?

C’est une lettre inédite. On voit ici comment Prévert relie dans sa plus profonde intimité l’amour et la révolte. C’est Mathilde Deneux, qui travaille à Fatras, la Succession Jacques Prévert, qui me l’a montrée. Le livre-disque contient le manuscrit de la lettre, mais aussi des dessins inédits, des Polaroïds inconnus. C’est un bel objet avec un livret de trente-deux pages, plus agréable à manipuler qu’un album dématérialisé, c’est sûr. Je conserve les lettres que je reçois, enfin, celles écrites par des gens proches. Celles de ma famille, de mes amis. J’aime écrire aussi pour des occasions particulières ou pas, des cartes postales surtout. Donc pour moi, le glas n’a pas sonné, mais les correspondances n’ont pas besoin d’être intenses, une petite pensée, deux mots suffisent.

Marche ou crève est le premier manifeste agit-prop du disque, issu du répertoire de la troupe Octobre. Notre génération, qui n’a pas eu à prendre les armes, saurait-elle faire preuve d’une telle force de résistance ?
C’est le dernier morceau qu’on ait enregistré. C’est un peu une comme une marche. Quand j’ai découvert le texte, l’image d’un défilé m’est venue, le front levé, les bras en cadence, une marche folk. On nous a rebattu les oreilles avec 68, que la révolution, ceux d’avant l’avaient faite et bien faite, et qu’on ne ferait pas mieux, que cela ne servait à rien, « marchons marchons marchons gaiement », dit le texte… J’ai appris plus tard que ce texte était l’hymne du groupe Octobre. Pour moi, la transmission entre générations est liée à la question de l’acceptation de la mort, et pas à la question du pouvoir. Accepter de mourir, de céder sa place, ou de continuer différemment, oui. S’accrocher au pouvoir, freiner la transmission, non.

Travailleurs, attention. La lutte pour l’égalité entre les hommes et dans l’emploi était chère au cœur de Prévert. Tu crois aux lendemains qui chantent ?
Désormais, je rapproche Prévert d’un autre grand poète français : Arthur Rimbaud. Ils ont la même rage, le même dégoût des petits clans, de la bourgeoisie de province, de l’exploitation de l’homme par l’homme. Seul l’espoir les sépare. Rimbaud a renoncé très vite à l’écriture, alors que Prévert n’a pas cessé.

Il ne faut pas rire avec ces gens-là, morceau puissant comme du Diabologum, est une critique de ceux que Brel qualifiait de « cochons » : la bourgeoisie serait donc une espèce à part ?

La bourgeoisie provocante, c’est celle visée par Prévert, je trouve ce terme plus juste. Prévert ne fait pas de généralité, il est précis dans ses attaques.

Citroën. Se produire sous son propre nom quand on travaille en équipe, une gageure ?
Prévert a écrit ce texte à la suite des premières grèves chez Citroën à la demande du groupe Mars, et est allé le dire en direct à la radio. Ça a fait l’effet d’une bombe.

Le soleil brille pour tout le monde résonne comme un écho à Tout, de ton album Monde ancien monde nouveau. Pour avoir plongé dans l’intimité de Prévert, te sens-tu proche de lui artistiquement ?

Oui, c’est un peu vrai, Tout fonctionne comme un inventaire. Le soleil brille… donne son nom à l’album, c’est le poème que Camille Clavel m’a proposé de mettre en musique pour son documentaire Prévert, parole d’un insoumis. Tout est parti de là. Il m’a présenté à Eugénie Bachelot-Prévert, la petite-fille du poète, qui m’a ensuite invité à découvrir d’autres textes tout en me faisant confiance. Au début, je n’étais pas convaincu par l’idée de mettre en musique un poète connu, je trouvais même cela un peu vieillot. Mais ce sont les textes qui m’ont fait changer d’avis. Ils sont radicaux. Le premier titre que j’ai composé a été Maintenant j’ai grandi.

Le cancre, qui évoque Les 400 coups de Truffaut, est toujours au programme de l’Education Nationale. Qu’en pense le professeur de français qui sommeille en toi ? Une touche de subversion à l’école est salutaire ?
Un sifflet dissonant et une rythmique lourde. C’est un poème-phare, que tout le monde connaît. Je continue de faire des ateliers d’écriture dans différents endroits, j’aime bien. Mais le professeur dont tu parles ne dort plus. Comme dans Le dormeur du Val de Rimbaud, il est bien mort.

Confession publique. Trouves-tu que le temps passe trop vite pour savourer vraiment la vie ?
C’est l’un des premiers que j’ai faits. J’y suis très attaché. Voir les gens fredonner des textes de cette violence contestataire, n’est-ce pas cela, la gageure ?

Familiale, c’est un texte, une voix. On retrouve le poète des soirées slam. La solennité du silence pour donner leur pleine valeur aux mots ?
Ce texte est connu, il est issu de Paroles, le premier recueil de Prévert. Ce texte terrible suscite des réactions très opposées quand je le fais sur scène. Le silence est le fait du studio d’enregistrement, je n’ai jamais exigé le silence dans une salle ou au cours de mes soirées slam. Je n’aime pas la solennité. Ce qui me plaisait dans le slam, justement, c’était le défi de se faire entendre dans le brouhaha d’un bar, et se faire entendre, ce n’est pas crier plus fort que les autres ou imposer le silence.

Le Re-liftier est un instrumental basé sur le chef-d’œuvre de Paul Grimault, Le roi et l’oiseau. Une expérience forte dans ton enfance ?
On ne l’a fait qu’une fois au studio, et le magnéto a tourné, Tatiana Mladenovitch à la batterie, Christophe Rodomisto à la guitare solo, et moi à la guitare rythmique. On a vraiment pris du plaisir à improviser. Le solo de Christophe est vraiment mortel !

Maintenant j’ai grandi parle du refus de la compromission. Nevchehirlian, artiste insoumis ?
C’est le second titre que j’ai composé après Le soleil brille…, il a déterminé l’ensemble des textes. Une prise de basse, puis la voix. On a gardé ça en y ajoutant des arrangements, très peu. On n’a d’ailleurs pas eu le temps de tergiverser, on a enregistré l’ensemble en cinq jours. A cette époque, on croyait enregistrer une bande-son qui m’accompagnerait seul en scène pour un spectacle sur des textes de Prévert. Ce travail à l’aveugle nous a peut-être permis d’aller à l’essentiel. En tout cas, cela a créé une homogénéité forte entre les titres, et j’y suis attaché. « Secouer la tête pour dire non, et sourire pour dire oui », simple non ?

Morceau mystère. Quelle est ta madeleine de Proust musicale ?
Les vieux amants de Jacques Brel. Mon père a eu beaucoup d’admiration pour lui, et l’a vu plusieurs fois en concert. Quand j’entends cette chanson… c’est sûr, je revois certaines années.

Propos recueillis par Sébastien Valencia
Photo : Frédéric Nechehirlian

Prévert & Nevchehirlian - Le soleil brille pour tout le monde ? (Internexterne / L’autre Distribution)

Soirée de lancement le 8/11 à la Librairie l’Histoire de l’œil (25 rue Fontange, 6e).
Rens. 04 91 48 29 92 / www.histoiredeloeil.com

[25 oct 2011] Honest Jon’s Chop Up 2011 : le 30/10 au Dock des Suds

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Le banquet du peuple

C’est l’événement de la vingtième Fiesta des Suds : un concert de clôture exceptionnel autour des artistes du label Honest Jon’s, pépinière anglaise de talents issus des quatre coins du globe. Un projet qui en dit long sur l’ouverture d’esprit de son géniteur, Damon Albarn.

« Chop Up » : en argot nigérian, le « festin », les « agapes ». Un banquet où chacun est invité à festoyer, qui qu’il soit, d’où qu’il vienne, pour peu qu’il ait quelque chose à apporter au grand édifice et qu’il ait envie de le partager avec les autres. Ce banquet, c’est l’Anglais Damon Albarn, leader de Blur et co-fondateur de Gorillaz, qui l’a voulu. Mais ne le dites pas trop fort, ça pourrait l’agacer. Damon Albarn a beau être au centre de la fête, il n’en est que le porte-voix : tous les artistes qu’il a réunis au cœur du « Honest Jon’s Chop Up », cette série de concerts itinérants organisés par son label (Honest Jon’s), sont placés sur un même pied d’égalité. Qu’il s’agisse de stars ou d’illustres inconnus. L’affaire a débuté en 2008, sous la forme d’une « jam » concrétisant cette idée simple mais fabuleuse : faire jouer ensemble des musiciens que rien — a priori — ne prédisposait à se croiser un jour. Pour cette tournée 2011 d’une poignée de dates (dont celle-ci est la seule en France), sont ainsi présentés sur une même scène : Tony Allen (historique batteur de Fela Kuti), Flea (bassiste des Red Hot Chili Peppers), Theo Parrish (figure culte de la deep-house), Fatoumata Diawara (chanteuse et comédienne malienne), Hypnotic Brass Ensemble (fanfare jazz noire américaine), M.Anifest (rapper ghanéen), Cheick Tidiane Seck (claviériste malien de renom) et enfin Shangaan Electro (étonnant collectif sud-africain utilisant des marimbas sur un tempo effréné). Tous seront là, ensemble, et personne ne sait vraiment comment ils vont jouer. Un vrai bordel à organiser, selon les agendas de chacun, mais aussi, pour l’équipe du Dock des Suds (Latinissimo), une validation historique du travail qu’elle mène depuis de longues années avec les acteurs des musiques du monde. C’est en effet à l’occasion de Babel Med, le « petit frère de la Fiesta » consacré à la découverte (chaque année au printemps), que le label Honest Jon’s a pu prendre contact avec le Dock. Au final, ce dernier clôture de la plus belle des façons une vingtième édition anniversaire qui a déjà connu beaucoup de temps forts.
Mais au-delà du feu d’artifice annoncé, pourquoi cette prestation est-elle si importante ? Parce qu’elle souligne ce que doit être la musique dans le futur (et ce qu’elle aurait toujours dû rester) : une porte ouverte sur le monde, un médium universel, un langage qui dépasse les frontières, géographiques, temporelles, culturelles, artistiques. Évidemment, ça paraît extrêmement simple, mais ce n’est pas à la portée de tout le monde. Il aura fallu qu’un homme, connu et suffisamment humble pour ne pas cannibaliser le projet, se serve de sa grande notoriété pour la mettre au service de gens que l’industrie oublie. Leader de l’un des meilleurs groupes pop de son temps, devenu star avec un projet audiovisuel bancal mais fédérateur, Damon Albarn aurait pu se lancer en solo ou capitaliser sur ses royalties. Il a préféré se consacrer à la vraie vie, aux rencontres, aux voyages. Ça a commencé en 2002 avec Mali Music, projet spontané où il se glissait parmi des musiciens maliens. A partir de là, il a signé sur son label tout ce qu’il trouvait d’excitant au fil de ses pérégrinations, initié d’autres projets similaires tels Africa Express, soutenu l’ONG Oxfam International. Sans jamais la ramener comme peut le faire un Bono, ni d’ailleurs chercher à rameuter les médias (ce qui est toujours un signe d’intelligence). En fait, Damon Albarn exprime tout simplement ceci : l’homme du futur est celui qui saura se servir de ses réseaux pour en créer d’autres. Il aura une vision à 360°, il sera réfléchi, accueillant, apaisé. Dans le monde de la pop, il n’y a guère aujourd’hui que ce type-là et Thom Yorke (Radiohead) pour faire avancer ainsi les idées. Ce ne sont plus des icônes charismatiques telles qu’on en avait dans les années 60 ou 70, mais des repères à taille humaine qui véhiculent une autre forme de révolution propre à leur époque. Celle-ci a changé : il s’agirait maintenant de penser collectif.

PLX

Honest Jon’s Chop Up 2011 : le 30/10 au Dock des Suds.
Rens. www.dock-des-suds.org / www.honestjons.com

[25 oct 2011] Question de Danse

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La danse, sur un plateau

En moins de cinq ans, le rendez-vous est devenu un incontournable pour tous les amateurs de danse. Instructif, populaire et de haut niveau, le programme Question de Danse a décidément tout pour plaire.

Pour la troisième année consécutive, la manifestation initiée par Michel Kelemenis s’unit à ses partenaires marseillais (l’Officina et le Théâtre des Bernardines) pour lever le rideau sur la nouvelle édition du festival Dansem, « entre les nouvelles étendues de KLAP et l’intimité de la chapelle des Bernardines », selon son principal porteur de projet.
Sur un temps fort de dix jours, à raison de deux à trois rendez-vous par soir, ce ne sont pas moins de douze chorégraphes qui viennent mettre à l’épreuve du public leurs toutes dernières créations. Sur le plateau, le public est ainsi convié à voir la danse, puis à s’exprimer, selon un habile jeu de questions/réponses mis en place par le chorégraphe. Ainsi, après chaque proposition, Michel Kelemenis, figure désormais tutélaire de la danse à Marseille avec l’ouverture cet automne de KLAP Maison pour la danse (cf. Ventilo # 287), s’empare du micro, monte sur le plateau — en chaussettes de travail et belle chemise s’il vous plaît — pour prolonger de sa voix feutrée et de son sourire accueillant la rencontre du public avec les artistes.
Populaire, autant par l’accessibilité des tarifs que par l’humanité de la traditionnelle rencontre qui ponctue la présentation de chaque projet, le rendez-vous offre ainsi au public marseillais un tour d’horizon de créations fraîches.
Dans un contexte géopolitique méditerranéen et global, « encore bordé par des interdits et des censures portés à ce qu’exprime, sans mots, le corps dansant », les douze chorégraphes, jeunes mais déjà reconnus, viennent de France, du Portugal, du Liban ou encore d’Afrique du Sud pour donner, chacun à leur façon, une vision dansante d’un monde en mutation. Qu’ils l’abordent par l’exotisme, l’exploration (Davy Brun), le voyage dans le temps (Christophe Garcia) ou la musique (Abou Lagraa, Shlomi Tuizer & Edmond Russo), ils partent à la rencontre de l’ailleurs, pour mieux ressentir ce qu’ils sont : souvent entre deux mondes… L’engagement militant reprend ainsi une place prépondérante dans les préoccupations des chorégraphes, comme en témoignent Danya Hammoud, Mathieu Hocquemiller et Fana Tsahabala, artistes bel et bien connectés à notre monde, quittant la sphère de ceux qui seraient « au-dessus ».
Par l’art du mouvement et l’ancrage dans le résolument sensible, la manifestation suscitera sans doute encore nos questionnements, sans jamais tarir la source du bonheur de (voir) danser.

Texte : PM
Photo : Nathalie Sternalski

Jusqu’au 5/11 à KLAP, Maison pour la danse (5 avenue Rostand, 3e) et au Théâtre des Bernardines (17 boulevard Garibaldi, 1er).
Rens. www.dansem.org
www.kelemenis.fr

[25 oct 2011] L’Interview : Danielle Bré

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Aix-en-Provence abrite en son sein un lieu atypique, le Théâtre Antoine Vitez, installé en plein cœur du site universitaire de la faculté de lettres. Il nous a paru utile d’interroger la relation entre université et théâtre avec sa présidente, Danielle Bré.

Il est bien bizarre, comme le thème de cette saison (« A l’école des bizarres »), de trouver un théâtre dans un campus universitaire. Pourquoi cette implantation ?
Deux moments clés l’expliquent. Dans les années 70, Pierre Voltz, maître assistant en littérature et grande figure universitaire du théâtre, a créé avec moi une formation théâtrale à l’université, alliant 50 % de théorie et 50 % de pratique pour préparer les étudiants à tous les métiers du théâtre. Ensuite, au début des années 90, face à la critique du manque de professionnalisation des étudiants en théâtre, nous avons mis en place des financements croisés pour créer le théâtre dans l’université. Géré par une association et doté de la capacité d’acheter des spectacles, le théâtre est donc relativement autonome.

Votre programmation accorde une large part au travail avec les étudiants. Comment, sous l’angle de l’expérience Vitez, s’articule leur relation avec la pratique théâtrale ?
Tout d’abord, ayant été à la fois directrice des études théâtrales à l’université et directrice artistique du théâtre, le lien organique entre pratique théâtrale et université était déjà fort au départ. Ensuite, les intervenants en pédagogie à l’université sont, dans la majorité des cas, des praticiens dont les spectacles peuvent être achetés, accompagnés par nous. Tout comme les étudiants, accompagnés par des metteurs en scène, avec cinq spectacles représentés au théâtre dans l’année. Il y a d’autres exemples : les stages dans le théâtre, l’encadrement de pratiques amateurs qui se concrétise par le festival 3 Jours Et Plus… Par ailleurs, nous sommes aussi un centre de ressources pour toutes les filières.

Vous avez également noué des partenariats avec les collèges et lycées. Pourquoi ce choix ? Cela aboutit-il à une forme de dialogue particulier entre enseignement secondaire et supérieur ?

Il n’y a pas encore de vrai dialogue entre ces deux maillons. Nous avons choisi de mettre en place ce travail avec les scolaires pour des raisons naturelles, puisque la perception d’argent public requiert, notamment, de renouveler les publics. Ce qui nous est propre, c’est la manière de faire. Nous avons voulu amener le milieu scolaire à nous pour qu’il se frotte aux professionnels du théâtre. Dans nos partenariats, nous adaptons notre démarche à chaque professeur, quitte à le déranger dans ses habitudes, et nous organisons des rencontres entre ateliers scolaires de pratiques théâtrales pour que les élèves se confrontent entre eux. Cela a abouti au Festival des Bahuts.

L’autre dimension importante et singulière du Théâtre Vitez est l’importance de l’amateur. Quelle passerelle y a-t-il entre l’amateur et le milieu universitaire ?
Les amateurs sont nombreux, de l’étudiant au retraité. Il existe d’une part des ateliers encadrés par des étudiants en formation d’intervenant artistique, qui aboutissent au festival 3 Jours Et Plus… Ensuite, pour le festival Amateurs du Pays d’Aix, nous accueillons autant ceux qui font des ateliers sous la direction de professionnels que ceux qui font du théâtre « entre eux ». Ce sont les premiers inscrits qui sont retenus dans le festival et un bilan est réalisé avec eux après. Tout ce monde est, aussi bien que les professionnels, reçu le reste de l’année, sur le plan technique notamment. Ce travail aboutit à une vraie circulation entre Vitez et les compagnies amateurs ; d’autant que nous leur proposons un tarif préférentiel pour qu’ils pratiquent et voient du théâtre.

Qu’en est-il des publics ?
Avant toute chose, je parlerais du public et non des publics. Je suis contre le communautarisme et je ne veux pas mettre les spectateurs dans des catégories. Le thème de la saison rassemble. Il est à la triangulation de nos existences communes, de la sensibilité des gens et des enjeux esthétiques. En payant des impôts, qui servent en partie à financer le théâtre, le spectateur est solidaire du service public et a donc, en lui, une part de public. Ce n’est pas seulement un consommateur de spectacles. Nous essayons aussi de diversifier le plus ce public par une politique tarifaire basse.

Le 1er janvier 2012 marque l’avènement de l’université unique d’Aix-Marseille, issue de la fusion des trois universités actuelles. Cela va-t-il avoir un impact sur votre travail ?
On a pris nos précautions en signant la convention triennale entre le théâtre, l’Université de Provence et la Direction régionale des affaires culturelles avant le 1er janvier 2012, et nous espérons bien jouer un rôle dans la future salle de spectacle qui émergera des locaux de l’actuelle bibliothèque universitaire à l’horizon 2015.

Propos recueillis par Guillaume Arias

Théâtre Antoine Vitez (Université de Provence, 29 avenue Robert Schuman, Aix-en-Pce).
Rens. 04 42 59 94 37 / www.theatre-vitez.com

[25 oct 2011] La Réplique, 30 ans d’action

A dupliquer en triplicata

Ce n’est pas une triple catastrophe, mais bien une idée à copier. La Réplique fête ses trente ans et compte bien le faire savoir. C’est pourquoi elle vous invite tous à son anniversaire le 4 novembre à la Friche. Explications.

C’est quand, c’est quoi ?
Il y a bien longtemps déjà, La Réplique fut créée pour favoriser le développement des premières compagnies professionnelles de théâtre dans la région, générant ainsi de nombreux projets et lieux culturels existant encore aujourd’hui. Grâce à un esprit de partage et de mutualisation, La Réplique continue de favoriser l’émergence de nouveaux projets et de nouveaux artistes. Le collectif est devenu un centre de ressources des métiers de l’acteur, animant un réseau de près de 3 000 professionnels.
C’est pour qui, c’est pour quoi ? La Réplique assure la formation continue des comédiens professionnels et la promotion du réseau régional auprès des employeurs potentiels. Ouvertes à toutes les disciplines artistiques pouvant concerner le spectacle vivant et l’art cinématographique, les formations proposent des petits modules réguliers d’entraînement, ainsi que des programmes annuels de formations. Les actions mises en œuvre en faveur de l’emploi concernent la promotion des comédiens, l’aide à la prospection, l’organisation de rencontres interprofessionnelles ou l’accompagnement de projets.
C’est ouvert ? Le collectif a, depuis deux ans, ouvert au public les sorties de travaux, sur des formes en cours d’élaboration, instaurant un véritable dialogue entre le public et l’artiste, les amenant ensemble à réinventer le lien entre création artistique et citoyenneté.
C’est la fête ? Avec autant de compétences réunies, l’événement devrait réserver quelques belles surprises, même si au milieu des festivités se glisseront sans doute quelques jolis discours.

Yves Bouyx

La Réplique, 30 ans d’action : le 4/11 à la Cartonnerie (Friche la Belle de Mai - 41 rue Jobin, 3e).
Rens. www.lareplique.org

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