Ventilo n°294
du 22 février au 6 mars
Téléchargez le journal et son agenda au format PDF

Le Festival des Musiques Interdites investit cette année le Château Pastré pour un hommage à la Comtesse Lili Pastré, qui abrita et sauva pendant la guerre tant d’artistes « pour que l’esprit vive ». Consacrée à Mahler, la première soirée présentera, dans le cadre des célébrations du centenaire de la mort du musicien, un extrait de la Dixième symphonie (l’Adagio), inachevée à la mort du compositeur en 1911. Presque trente ans plus tard, au moment de l’Anschluss, Alma Mahler, fuyant Vienne et le régime nazi qui avait condamné l’œuvre de son défunt mari et menaçait sa vie, emportait avec elle le manuscrit inédit. Sa fuite vers les Etats-Unis, par le réseau du journaliste Varian Fry, passa par Sanary et la demeure des Pastré. Cette œuvre, basée sur cinq poèmes extraits du recueil de Friedrich Rückert intitulé Le chant de la mort des enfants, sera proposée en version soprano et baryton, exprimant la douleur des deux parents. Abd Al Malik sera le récitant du tragique parcours et sous la direction de Johan Farjot, l’Orchestre Philharmonique de l’Opéra, décidément très présent dans Marseille depuis le début de l’été, accompagnera Mathias Hausmann et Marie-Ange Todorovitch. La deuxième soirée sera consacrée à un autre réfugié célèbre de la Comtesse : Norbert Glanzberg, compositeur, entre autres, d’Edith Piaf (Padam, Padam), Lys Gauty et Yves Montand, qui revint, en 1980, à ce traumatisme de la déportation en mettant en musique dans Holocaust lieder et Holocaust songs des poèmes de condamnés. Le tout servi par les voix de Ute Gfrerer et Emilie Pictet (sopranos), Anouk Grinberg, récitante avec là aussi le Philharmonique de l’Opéra sous la direction d’Antoine Marguier. A noter, un montage vidéo de Serge Glanzberg et François Mouren-Provensal. Enfin, le dernier soir sera consacré à l’hôtesse des lieux, avec pour titre Lili Pastré, pour que l’esprit vive, du nom de l’association de secours aux réfugiés qu’elle fonda. Vous citer la pléthore de compositeurs et d’interprètes intervenant lors de cette nuit serait bien long, mais sachez qu’ils œuvreront sous la houlette — à défaut de la baguette — du maestro Frédéric Lodéon, violoncelliste émérite, ici présent en tant que voix/voie, qu’il montrera, tant au public qu’aux interprètes.
Texte : Frédéric Marty
Photo : Abd Al Malik © BFC
_Du 7 au 9/07 au Château Pastré (157 Avenue de Montredon, 8e). Rens. 09 62 61 79 19 / www.musiques-interdites.eu

Dès le soir d’ouverture, les douze musiciens du Sarangi Strings Soundsystem (Belgique, Allemagne, Inde) attestent que ce millésime 2011 du festival des musiques innovatrices est un grand cru, en nous baladant habilement entre musique classique, musique indienne et électro expérimentale. Dans un autre registre, Chris and Cosey, deux vieilles connaissances issues de Throbbing Gristle, ce mémorable et impertinent groupe pré-80’s, joueront la carte d’une séduction sonore destroy, oscillant entre post-punk et glamour hypnotique… La soirée suivante sera l’occasion de valoriser la culture au sens large. Locale tout d’abord, puisque Emile Lesbros, Raffaelle Rinaudo et Julia Kent offriront au public de l’Hôpital Caroline leur dernière création. Et bio ensuite, par l’entremise de l’improbable Vegetable Orchestra qui bâtit de surprenantes « symphonies » à base de flûtes/carottes ou de choux/batterie. L’avant-dernier soir, Emmanuelle Parrenin (une Brigitte Fontaine qui n’aurait pas été rattrapée par le système) et Flop (bidouilleur frenchy branchouille) annonceront la révolution… Révolution que confirmeront les immenses Last Poets. Les « Black Panthers peace and love » débarquent en effet au Frioul pour rappeler certains fondamentaux, tant idéologiques que musicaux, à nos cerveaux parfois embrumés… Pour la dernière escale, le chorégraphe congolais Faustin Linyekula donnera une autre dimension au monde punk, plus positive, en demandant More More More… Future. Cerise sur le gâteau, Secret Chiefs 3 nous fera l’honneur, après son passage à l’Embobineuse, de fouler à nouveau une scène marseillaise.
Texte : Lionel Vicari
Photo : Secret Chiefs 3
_Du 7 au 11/07 sur les îles du Frioul. Rens. 04 95 04 95 50 / http://mimifestival2011.amicentre.biz

Nouveau-né au rang des manifestations estivales, le festival Accordémonde se tiendra cette année, première oblige, sur un seul soir. Mais à voir la qualité de la tête d’affiche, Richard Galliano, et quand on sait la diversité musicale qu’embrasse cet instrument, de la country au tango en passant par le musette, nul doute que ce festival trouvera le soutien du public et une pérennité. Dans le merveilleux cadre d’un Théâtre Silvain qui retrouve enfin sa vocation publique, on profitera de cette soirée de rencontres et d’ouverture, de musiques et de plaisir pour écouter outre le jazz « french touch » de Galliano, le jazz manouche de Alert’O Jazz et Roland Paris, et le blues rock de la Hoffman Family, offert en écrin à l’accordéon de Christophe Lampidecchia. Il y a fort à parier que cette soirée sera baignée de l’ambiance particulière, festive et conviviale des premières et bénéficiera des atmosphères privilégiées des premières Fêtes de la Musique.
Texte : Frédéric Marty
Photo : Galliano par Emmanuel Ducoulombier
_Le 11/07 au Théâtre Silvain (Chemin du pont de Malmousque, 7e). Rens. 04 91 70 70 10 / http://accordemonde.free.fr

Si les usines à spectacle de la région proposent des plateaux alléchants, c’est dans les collectifs locaux que se forgent les notes bleues de l’utopie. Ainsi, à Vitrolles, l’association Charlie Free propose « la meilleure » programmation de la saison avec des premières parties d’excellence et des têtes d’affiche de qualité. Comme en atteste Charles Lloyd Quartet, le saxo toujours au bord du gouffre, accompagné du « gangsta pianiste » Jason Moran, tous deux puisant à la source du gospel pour un Go Down Moses transfiguré en hymne d’un grand soir… Ou cette session « tapis volant », avec le fabuleux trio Khun Bekkas Lopez au sein duquel le pianiste libertaire allemand au feeling bluesy a su renouer avec les racines arabo-andalouses et gnaoui du jazz. Sans oublier la carte blanche laissée dans la même soirée à Mister Bekkas, qui résonnera comme un bel hommage à l’universel méditerranéen. Dimanche, les doux dingues du duo Musica Nuda et l’Orchestre National de Jazz en mode Shut up and dance provoqueront à coup sûr des émeutes de swing.
Direction Porquerolles, où sont proposées des re-créations des parrains Aldo Romano et Archie Shepp. Ce dernier proposera deux sets : un « gnawa », genre qu’il pratique avec bonheur depuis le Festival des Peuples de 1969 à Alger, et un « afro-cubain » avec le pianiste Chucho Valdes. Si Jazz à Nice et Juan-Les-Pins tombent dans le dérisoire du spectaculaire, il n’en va pas de même pour Marseille, où le Jazz des Cinq Continents évite l’écueil par un ancrage dans la cité. L’équipe organisatrice fait œuvre d’éducation populaire avec une première soirée gratuite et ambitieuse sur le Cours d’Estienne d’Orves, en invitant Accoules Sax, légendaire fanfare du Panier, accompagnée du mythique DJ Rebel. Ce souci de démocratisation culturelle se retrouve également dans les conférences musicales à la Bibliothèque de l’Alcazar, où le clarinettiste néo-klezmer David Krakauer (compagnon de route de DJ SoCalled) évoquera les rapports entre jazz et judaïsme aux côtés du pianiste Ahmad Jamal (inventeur de l’expression « Great Black Music » et seul musicien véritablement vénéré par Miles Davis), le tout drivé par notre musicologue préféré, François Billard. Alors, bien sûr, il y aura l’hommage à Miles, avec Herbie Hancock, Wayne Shorter et Marcus Miller, et évidemment le Return to Forever de Chick Corea, avec Stanley Clarke à la basse (et quel meeting de quatre cordes… puisque Larry Graham sera là aussi), mais ne loupez pas notre Ahmad Compaoré avec Ribot et Tacuma, ni Youn Sunh Nah en duo avec son guitariste… Et le midi, ce sera « Jazz-Brunch » animé par Mr Jo au piano dans le restaurant Rouge Belle de Mai. Un peu plus loin, dans le Var, les vents de l’utopie n’en continueront pas moins de souffler. Au Jazz Fort Napoléon par exemple, le festival familial de La Seyne-sur-Mer n’aligne pas moins que Daniel Humair et Nicolas Folmer (somptueux trompettiste), tous deux emmenés par la suprême pianiste Geri Allen. La flamme utopique se verra également ravivée en plein cœur du mois d’août, lors de Jazz à La Tour (d’Aigues), en partie grâce au duo Bencini/Donnat, mais aussi avec le trio du maître contrebassiste et libertaire Guillaume Séguron. Et à ne pas oublier : le groupe du sax baryton François Corneloup, Ursus Minor, accompagné du rappeur léniniste Boots Riley… Bref de beaux (d)ébats en perspective sous l’égide de l’AJMI d’Avignon.
Texte : Laurent Dussutour
Photo : Herbie Hancock, Wayne Shorter et Marcus Miller
_Charlie Jazz Festival, du 1er au 3/07 au Domaine de Fontblanche (Vitrolles). Rens. 04 42 79 63 60 / www.charliejazzfestival.com
_Festival de Jazz des Cinq Continents du, du 18 au 26/07 sur le Cours d’Estienne d’Orves (1er), au Palais du Pharo (58 Bd Charles Livon, 7e), au Palais Longchamp (Bd du Jardin-Zoologique, 4e) et à la BMVR l’Alcazar (58 Cours Belsunce, 1er). Rens. 0 892 700 840 / www.festival-jazz-cinq-continents.com
_Jazz-Brunch au Restaurant Rouge Belle de Mai (47 rue Fortuné Jourdan, 3e) le 1er dimanche de chaque mois. Rens. 04 91 07 00 87
_Jazz Fort Napoléon, du 24 au 30/07 au Fort Napoléon de la Seyne sur Mer. Rens. 04 94 06 96 52 / www.jazzfortnapoleon.com
_Jazz à Tout Var, du 15 au 27/08 dans le Var. Rens. 04 83 95 06 16 / www.myspace.com/jazzatoutvar

Revendiquant l’opéra comme un art bel et bien vivant, la programmation de Bernard Foccroulle, à la tête du prestigieux Festival d’Aix depuis trois ans, fait voler en éclats les préjugés malveillants quant à la « ringardise » de cette forme. En effet, les audaces les plus contemporaines en termes de scénographie et de mise en scène ont vu le jour au cours de ces dernières éditions. Quant aux interprètes chanteurs, ils sont devenus des artistes complets, exploitant, tout autant que leur voix, les dimensions dramatiques et chorégraphiques de leur métier, mettant fin au stéréotype de la diva « Castafiore ». Une nouvelle génération d’artistes lyriques au cœur de la programmation du festival, aussi bien dans les opéras que dans les récitals de l’Académie européenne. Au Festival d’Aix, on se réjouit de voir un peu plus chaque année l’interactivité désormais prégnante entre l’opéra et le théâtre contemporain (Joël Pommerat met en scène Thanks to my eyes composé par Oscar Bianchi), les arts visuels (William Kentridge pour Le Nez de Dimitri Chostakovitch), la danse (Saburo Teshigawara pour Acis et Galatée de Georg Friendrich Haendel). Toutefois, cette perspective résolument contemporaine donnée à l’édition 2011 autorise aussi et fort heureusement à apprécier les populaires Traviata de Verdi et Clémence de Titus (Mozart), faisant de l’éclectisme des formes et des registres une prérogative de programmation. S’il y a moins d’opéras présentés que par le passé — rigueur budgétaire oblige —, le festival fait néanmoins la part belle aux concerts, et propose une gamme tarifaire qui donne désormais à tout un chacun les moyens d’offrir à ses yeux et à ses oreilles ce qui se fait de mieux en la matière. Gageons que la qualité croissante de la programmation et les efforts faits par le festival en direction d’une audience toujours plus large soient récompensés par la venue d’un public a priori réfractaire à cette pourtant belle aventure.
Texte : Joanna Selvides
Photo : Thanks to my Eyes © Elisabeth Carecchio
_Du 5 au 25/07 à Aix-en-Provence. Rens. 04 42 17 34 34 / www.festival-aix.com

En associant à la direction artistique du Festival d’Avignon le talentueux chorégraphe Boris Charmatz, Hortense Archambault et Vincent Baudriller nous offrent une programmation éclatante, qui donne avant tout la parole aux corps… En toute logique, il y aura donc beaucoup de danse dans le In de cette année : Anne Teresa de Keersmaeker, Meg Stuart, François Verret, Xavier le Roy, Olivia Grandville, François Chaignaud et Cecilia Bengolea… mais pas que. Le théâtre, dont les nouvelles générations de metteurs en scène ont totalement intégré la dimension corporelle à leur langage (Cyril Teste, Vincent Macaigne, Angélica Liddell) n’est pas en reste, fort heureusement. On se réjouira bien sûr de revoir ceux qui nous font vibrer à coup sûr (Romeo Castellucci, Patrice Chéreau), tout autant que de découvrir des théâtres venus de Berlin (Schaubühne), de New York (Nature Theater of Oklahoma) ou de Tunisie.
Au-delà des genres et des discussions de fond sur la forme, les thématiques retenues — et curieusement rapprochées — sont celles du pouvoir et de l’enfance. Parce que le théâtre est toujours un acte politique, si ce n’est militant, et que les scènes sont en prise directe avec les enjeux du monde contemporain, le pouvoir sera comme à son habitude au centre des œuvres de Rachid Ouramdane, de Jean-Michel Bruyère, de Guy Cassiers, de Jalila Baccar et Fadhel Jaïbi, et en filigrane chez bien d’autres artistes invités. En dehors de toute « mode » théâtrale, l’Enfant, à qui Boris Charmatz offre d’ailleurs une place d’honneur, donne quant à lui une couleur « chair », fraîche mais pas si tendre, à la programmation. Une humanité innocente mais résistante, dont on espère qu’elle saura traverser les plateaux, parvenir aux gradins et faire en sorte que les ogres festivaliers que nous sommes puissent encore s’émouvoir.
Texte : Joanna Selvides
Photo : Au moins j’aurai laisse? un beau cadavre © Christophe Raynaud de Lage
_Du 6 au 27/07 à Avignon, Cavaillon et Boulbon. Rens. 04 90 14 14 60 / www.festiva-avignon.com

Le Festival Côté cour propose en six dates un voyage dans le temps, l’histoire de la musique et de l’âme humaine, au gré de « pèlegrinations » entre le verbe et la musique.
Etrange chose, j’en conviens, que la pèlegrination ! Une démarche quelque part entre le pèlerinage, qui sait où il va — à la source du sacré — puisque c’est sa raison d’être, et la pérégrination, forme plus hasardeuse et semée d’embûches. C’est surtout une programmation artistique qui porte jusque dans la rédaction des livrets de présentation des soirées la marque de Benito Pelegrìn ; c’est-à-dire celle du bon goût, de la sage érudition et d’une lutte par le savoir, le sensible et le plaisir contre la difficulté d’être et la sourde angoisse que cela génère. En six soirées, dont cinq cet été, la programmation se penche sur les rapports entre les mots et les notes. Dans un panel de soirées allant du baroque au jazz métissé, il sera question de l’usage du mot dans la langue chantée, de la place de la forme épistolaire dans l’art lyrique, de l’importance des mots dans les formes tropicales, de mélancolies musicales par les saudades remontées du Cap-Vert jusqu’au fado du Portugal. Une autre soirée propose la création A Shakespeare Fantasy, rencontre poétique et onirique entre Purcell et Shakespeare, en clôture du festival. Une clôture estivale provisoire, puisqu’une dernière manifestation se tiendra le 20 décembre au Théâtre du Jeu de Paume : un Cantique des cantiques théâtralisé et modernisé en un opéra rock à l’épreuve du temps. Un festival au long Cour(s)…
Texte : Frédéric Marty
Photo : A Shakespeare Fantasy
_Du 9 au 27/07 à Aix-en-Provence. Rens. 04 91 42 24 29

Si la réputation internationale du Festival de Piano de la Roque d’Anthéron s’est construite sur l’excellence de sa programmation et la virtuosité de ses artistes, elle s’est faite sans ostentation mais avec la sérénité d’un soir d’été. Prendre le temps d’écouter les plus grands interprètes, réunis autour d’une passion pour un même instrument, voilà une activité qui, après trente ans, ne semble heureusement pas passer de mode. Si cette édition place les grands classiques à l’honneur (Beethoven, Mozart, Schubert, Bach, Haydn, Liszt…), elle a la bonne idée de réunir à la fois les monstres sacrés du piano que l’on retrouve avec joie chaque été (Anne Quéfellec, Brigitte Engerer, Zhu Xiao-Mei, l’English Chamber Orchestra…) comme les jeunes étoiles montantes. Ainsi, on pourra aussi découvrir, ici et là, les jeunes Einav Yarden, Julia Kociuban ou encore Adam Laloum. Interprètes confirmés, tous virtuoses, lauréats de multiples concours, ces pianistes dont on connaît peu le travail, voire le nom, restent en dehors des circuits de communication traditionnels. Grâce au festival, il est ainsi possible d’apprécier, au fil des concerts, les différentes qualités de jeu et les divers registres de l’instrument piano (programmes classiques, mais aussi soirée jazz, clavecin…). Pendant cinq semaines, dans le magnifique cadre du Parc du Château de Florans, et dans ceux non moins fantastiques du Cloître de l’Abbaye de Silvacane, du Temple de Lourmarin, ou encore à l’Etang des Aulnes, on pourra donc aiguiser son oreille comme on le fait patiemment d’une lame. Il s’agit ici d’excellence, certes, mais sans élitisme ni arrogance : les meilleures acoustiques sont déployées pour offrir des conditions d’écoute inégalées, la crème des interprètes est là, et les programmes, éclectiques, demeurent des valeurs sûres. Ne reste plus qu’à profiter d’une belle nuit d’été et à en (j)ouir…
Texte : Joanna Selvides
Photo : Adam Laloum
_Du 22/07 au 21/08 à La Roque d’Anthéron. Rens. 04 42 50 51 15 / www.festival-piano.com

Il y a dix ans de ça, c’était le néant total. Aujourd’hui, ça va mieux, merci : le sud-est de la France peut enfin compter sur son quota de festivals « indé » à l’approche de la saison estivale. Le processus de pop-ularisation des artistes considérés comme « tendance » y est bien sûr pour beaucoup : aujourd’hui, les grands raouts de l’été font carton plein avec des concerts où se croisent la découverte YouTube de ces derniers mois et une musique de pub TV. Nous sommes entrés dans une ère qui profite enfin aux artistes indépendants, ou tout du moins à certains chanceux, avancée notable qui pousse de jeunes programmateurs à user intelligemment de leurs ressources. Voici donc cinq festivals où il sera question de pop moderne et de musiques électroniques : le futur est à nos portes. Parrain d’entre eux à force d’opiniâtreté, de constant défrichage et de bon goût, le MIDI Festival de Hyères vient sans doute de franchir un cap. Pour sa septième édition, et non content d’accentuer la dimension festive qui lui manquait jusqu’à l’an dernier en jouant les prolongations sur les plages, il se permet le luxe inouï de programmer la seule date française de Primal Scream, actuellement en tournée pour rejouer l’intégralité de son album Screamadelica (1991). Tout un symbole : ce disque, pierre angulaire de la fusion indie/dance des 90’s et donc des deux décades à venir, est celui qui synthétise le mieux les velléités de l’équipe organisatrice, toujours soucieuse de creuser le sillon fertile de la pop avec hédonisme. Un gros coup qui, on l’espère, permettra d’attirer l’attention du plus grand nombre sur le reste de la programmation, mélange audacieux de sensations du moment (Violens, Washed Out, Holy Shit…) et de révélations prochaines (Dirty Beaches, Christian Aids…), à découvrir essentiellement dans la pinède de la Villa Noailles. Si les quelques noms précités vous semblent un peu obscurs (c’est bien normal) et que la découverte pure vous fait encore un peu peur, alors tentez votre chance au festival Pantiero, sis en août sur la terrasse du Palais des Festivals de Cannes. Pour sa dixième édition, et conformément à l’esthétique affichée depuis ses débuts dans une ville aussi sinistrée musicalement, il empile sur quatre soirées consécutives les trucs les plus impeccables qui soient : Blonde Redhead, Battles, Nathan Fake, Zombie Zombie, Gold Panda, Trentemoller, Suuns… C’est encore une fois un quasi sans-fautes, qui mériterait de trouver un autre auditoire que celui qui le truste actuellement (la jeunesse dorée du coin). Toujours sur la Croisette mais cette fois-ci sur le sable, les Plages Electroniques fédèrent de plus en plus (60 000 personnes en cinq soirs l’an dernier). Comme leur nom l’indique, elles proposent cet été à intervalles réguliers des soirées thématiques, avec une affiche qui laisse rêveur compte tenu du prix d’entrée : Laurent Garnier, Agoria, A-Trak, Dj Hype, une spéciale Body & Soul… Au rayon des événements électro de l’été, profitons aussi de cet espace pour annoncer la date exceptionnelle des parrains du downtempo autrichien, Kruder & Dorfmeister… à l’occasion des Escales du Cargo (Théâtre Antique d’Arles). Promis, on a rien fumé, ils sont de retour. Enfin, pour revenir aux fondamentaux du rock indé, deux festivals sont récemment apparus et mériteraient que l’on s’y attarde : Rockorama à Toulon (Crocodiles, Koudlam, Karaocake…) et surtout Plage de Rock, près de Saint-Tropez. Sur la plage privée du camping de Port Grimaud, une pelletée de concerts très stimulants et… gratuits vous y attendent : Anna Calvi, Cold War Kids, Fujiya & Miyagi, Nasser… On nous l’a annoncé, mais c’est désormais une certitude : l’été sera chaud.
PLX
_Midi Festival : du 22 au 24/07 à la Villa Noailles et sur la Grève de l’Almanarre (Hyères). Rens. www.midi-festival.com
_Pantiero: du 10 au 13/08 sur la terrasse du Palais des Festivals de Cannes. Rens. www.festival-pantiero.com
_Les Plages Electroniques : du 6/07 au 18/08 sur la plage du Palais des Festivals de Cannes. Rens. www.plages-electroniques.com
_Les Escales du Cargo : du 19 au 24/07 au Théâtre Antique d’Arles. Rens. 04 90 49 55 99 / www.escales-cargo.com
_Rockorama Festival: du 8 au 10/07 au Jardin de la Tour Royale de Toulon. Rens. www.myspace.com/rockorama83
_Plage de Rock : du 7/07 au 4/08 aux Prairies de la Mer (Port Grimaud). Rens. www.plagederock.com

Il y eut le temps des Free Party, puis celui des soirées et des clubs. Mais le temps passe même pour les enfants de la techno. Avec l’âge et toutes les joies qui s’y rapportent, l’idée de faire la fête autrement s’est naturellement imposée dans le paysage électronique. Plus ouvertes, plus « famille », plus pédagogiques et responsables, les heureuses initiatives de quelques festivals novateurs ont ainsi offert une alternative à un public en quête de nouvelles formes. C’est de cet esprit d’ouverture, visant à concilier programmation artistique et ateliers didactiques, qu’est né le bien nommé Aires Libres. Si le festival est vite devenu un rendez-vous incontournable, c’est autant pour son côté champêtre, son accent bucolique et sa dimension éco-responsable que pour sa seule programmation artistique. Si les jeunes branchés et les familles bobo attendent chaque année avec plaisir la nouvelle édition de cette partie de campagne version électronique, c’est aussi parce que Aires Libres a permis à beaucoup de festivaliers de découvrir quelques trésors cachés des sites naturels de la région. Investir des lieux comme le Domaine de Roques-Hautes ou la forêt de Saint Pons, c’est à la fois une gageure et un gage de qualité. Cette année, Aires Libres s’invite une nouvelle fois dans le magnifique Domaine de l’Etang des Aulnes pour son pique-nique électro de la rentrée 2011. Au programme, le producteur allemand Superpitcher et le vétéran français Gilb’R, l’activiste montpelliérain Garfld et les locaux L’Amateur et Bebowski. Et tout autour, ce sera une nouvelle fois le paradis des plus jeunes, avec des ateliers à haute teneur ludique et pédagogique. Réunissez votre petite famille, conviez vos amis : vous passerez ici une très belle journée de fin d’été.
nas/im
_Le 4/09 au Domaine de l’Etang des Aulnes (Saint-Martin-de-Crau). Rens. www.aires-libres.com

Cet été, une nouvelle page de l’histoire des bibliothèques s’ouvre sur les plages d’Istres et de Marseille. Comment ? Par la création, à l’initiative du Centre Design Marseille, d’une bibliothèque… sur la plage et sous le soleil, exactement ! Depuis quelques années déjà, dans différentes villes de France, de nombreuses initiatives sont mises en œuvre afin d’aller chercher les lecteurs sur leurs lieux de villégiature : à la plage, dans les parcs, au bord des lacs. La singularité du projet mené ici est liée à ses initiateurs : le Centre Design Marseille, qui a vite trouvé du soutien auprès de la ville, du Conseil général et de la Région, pour le concrétiser. Le CDM a confié la création de la bibliothèque au designer Simon Krol, qui a réalisé une structure mobile et fluide pouvant être montée sur la plage pendant les mois d’été, en espérant que cette structure puisse être généralisée, les années suivantes, sur les plages de la région. En joignant l’utile à l’agréable, cette bibliothèque intégrée dans un environnement atypique va mettre à disposition une collection d’ouvrages de la bibliothèque de Bonneveine pour tout public : romans, bandes dessinées, magazines, livres jeunesse… Si sa période de fonctionnement et ses horaires d’ouvertures — du mardi au vendredi, de 14h à 17h — sont réduites, gageons qu’elle rencontrera un vif succès, aussi bien auprès des inconditionnels de la lecture estivale, en suscitant de nouveaux usages, que des plagistes, en leur donnant une occasion de profiter de la plage autrement… Sur le sable, sous le soleil, près de la mer, un livre à la main, tout simplement.
Texte : Elodie Guida
Photo : la bibliothèque de plage de Pierre Charmoy
_Du 19/07 au 12/08 sur la plage du Prado (et aussi sur la plage Romaniquette à Istres). Rens. 04 91 54 08 88 / www.designmarseille.org

2011 marque les dix ans de la nouvelle formule des Rencontres internationales de la Photographie en Arles. Une décennie qui s’est accompagnée d’une véritable montée en puissance artistique, matérielle et financière. Ainsi, de 9 000 visiteurs pour dix expositions étalées sur 3 000 mètres carrés en 2001, les Rencontres ont accueilli 73 000 visiteurs en 2010, pour soixante expositions sur 12 000 mètres carrés. Saluons aussi une politique tarifaire exemplaire, qui permet aux bénéficiaires du RSA et aux handicapés de ne pas payer leur ticket d’entrée, tandis que les pass oscillent entre 35 et 45 euros.
Le festival doit répondre aux attentes d’un public de plus en plus exigeant après une année 2010 en demi-teinte. D’autant qu’il faudra oublier le cafouillage politique autour de l’Année du Mexique en France, dont l’annulation a failli coûter 9 % du budget total de cette quarante-deuxième édition. La plupart des expositions prévues dans ce cadre auront pourtant bien lieu, grâce à la ténacité des organisateurs et à la motivation de nombreux partenaires. Des thématiques variées mettant en avant la longue marche du Mexique vers la république et la démocratie, les pérégrinations d’une mystérieuse valise chargée d’histoire, ou encore la foisonnante création contemporaine mexicaine s’avèreront certainement aussi rafraîchissantes qu’un sombrero vissé sur la tête. L’éclectisme des Rencontres se manifeste aussi par un dialogue virtuel et à distance entre deux expositions présentant deux passionnés des cultures étrangères, témoins remarquables de notre société : Chris Marker et J.R. Au-delà du témoignage, l’évolution de la société, de ses usages et techniques fait aussi partie des ingrédients des Rencontres avec une exposition sur la photographie via Internet. Les trente ans du New York Times seront aussi à l’honneur, tout comme les jeunes talents, via quinze expositions sélectionnées par les cinq nouveaux initiateurs du Prix Découverte 2011 et une rétrospective de précédents prix attribués. Espérons qu’Arles l’antique rime à nouveau et sans fausse note avec argentique et numérique — et rassure Jean-Noël Jeannerey, son Président, qui a récemment manifesté son inquiétude quant à la pérennité de cette manifestation culturelle incontournable.
Texte : Guillaume Arias
Photo : Passagers de Chris Marker
_Du 4/07 au 18/09 (semaine d’ouverture du 4 au 10/09) à Arles. Rens. 04 90 96 76 06 / www.rencontres-arles.com

On connaît maintenant la position de Monsieur le Maire en matière de politique culturelle : « Je fais comme je veux »1. Une position pleinement assumée lors du vernissage de l’exposition L’Orientalisme en Europe : de Delacroix à Matisse à la Vielle Charité. On comprend donc pourquoi « on » fait si peu de cas de l’art contemporain à Marseille. Heureusement que certains ne l’entendent pas de cette oreille, car c’est grâce à la seule motivation des structures privées et associatives que les Marseillais ont le droit d’approcher l’art contemporain dans notre chère capitale culturelle en puissance.
Une foire d’art contemporain génère des retombées économiques et touristiques, mais elle véhicule surtout une image et une posture vis-à-vis de la jeune création qui se lit sur un plan international.
Art-O-Rama, qui s’impose depuis cinq ans comme la foire d’art contemporain de Marseille, propose un échange de bons procédés en invitant des galeries de France et d’ailleurs à présenter, sous la forme d’une petite exposition, leur ligne artistique. En retour, chaque année le Show Room met en lumière quatre artistes marseillais dont le travail est vu par les professionnels du milieu de l’art, que ce soit les exposants ou ceux qui se déplacent pour l’événement — journalistes, collectionneurs et public. Caroline Duchatelet, Colin Champsaur, Nicolas Pincemin et Sandra Lorenzi bénéficieront de cette heureuse initiative, qui permet cette année à Sandro Della Noce, « lauréat 2010 », de présenter son catalogue.
Les trois jours d’Art-O-Rama sont donc un moment où l’on peut voir de l’art contemporain, mais aussi en parler et y réfléchir, notamment pendant la conférence de Paul Ardenne. On peut aussi continuer de s’initier pendant les visites de l’exposition proposées par Alexandra Blanc Véa.
C’est également le moment de faire le tour des galeries marseillaises qui s’associent à la foire. Demandez le programme !
Texte : Céline Ghisléry
Photo : Sans titre de Nicolas Pincemin
_Du 2 au 4/09 (expositions jusqu’au 18/09) à la Cartonnerie (Friche la Belle de Mai, 12 rue François Simon, 3e). Rens. www.art-o-rama.fr

Jean-Pierre Rehm et son équipe nous convient à ce vingt-deuxième rendez-vous avec l’exigence qui animait les dernières éditions : une programmation de haut vol, la présence d’invités prestigieux et une prédilection de plus en plus marquée pour la diffusion de films en avant-première internationale. Le FID est devenu avec les années l’un des grands moments de rencontres cinématographiques, largement au-delà de nos frontières. Il a accompagné, éditions après éditions, l’explosion du documentaire et la mutation des formes d’expressions visuelles et sonores qui a vu les frontières évoluer entre fiction et documentaire. Au point que l’événement s’annonce, cette année, comme un festival de cinéma. De tous les cinémas. Pour sa séance d’ouverture, le FID a proposé à Arnaud des Pallières, réalisateur des formidables Disneyland, mon pays natal et Drancy avenir, de présenter en première mondiale son nouvel opus, Poussières d’Amérique, vision toute personnelle, on s’en doute, de l’histoire américaine, à base d’images d’archives privées. Un film qui figurera en compétition internationale aux côtés, entre autres, des réalisations de Joana Preiss (Sibérie), plus connue comme actrice chez Assayas,et vague égérie underground un temps magnifiée par Nan Goldin, de Bernhard Sallmann (Das schlechte feld), de Lech Kowalski, fantastique documentariste s’étant souvent penché sur la scène musicale punk et qui présente cette année The end of the world begins with one lie, ou Philippe Grandrieux, l’un des plus grands cinéastes français contemporains, avec Il se peut que la beauté ait renforcé notre résolution - Masao Adachi, annoncé comme un véritable ovni filmique. Au total de cette compétition, une vingtaine de films représentant dix-sept pays. Parallèlement, le jury aura également la tâche de récompenser le meilleur opus de la sélection française et de la compétition premier film. Catégories où se côtoieront Pierre Creton (déjà présent à l’édition de 2009), avec Le grand cortège, Elsa Quinette ou Eric Baudelaire. Parmi les points les plus passionnants du festival se trouvent sans conteste les éditions parallèles, cette année au nombre de six : « Une autre histoire du cinéma mexicain », qui permettra de découvrir la richesse d’une production peu connue, surtout sur la période d’après-guerre, « Souffrance et cruauté » qui, partant du raccourci lapidaire de Daney (« Au documentaire revient la cruauté, la souffrance appartient à la fiction »), tentera de démêler les fils d’une thématique large et enchevêtrée. Dans cette dernière sélection, on retrouvera les œuvres uniques de Werner Schroeter, disparu l’année dernière (Le règne de Naples) ou Koji Wakamatsu, avec United red army, récemment chroniqué dans ces colonnes. Autre rendez-vous, parmi les écrans parallèles : « Portraits Croisés », passionnante galerie de portraits cinématographiques, où l’on rencontrera Ophüls et Godard (dans le film de Frédéric Choffat et Vincent Lowy), Jonas Mekas ou Jean-Claude Biette. Enfin, l’un des autres très beaux rendez-vous du Festival se nomme « Conversations Secrètes », emprunt au chef d’œuvre de Francis Ford Coppola d’ailleurs présent dans cette sélection. Au final, une programmation colossale, pour l’un des plus grands rendez-vous cinématographiques de l’année.
Texte : Emmanuel Vigne
Photo : Disneyland, mon pays natal de Arnaud des Pallières
_Du 6 au 11/07 au TNM La Criée (30 quai de Rive Neuve, 7e), au Variétés (37 rue Vincent Scotto, 1er), à la BMVR Alcazar (58 cours Belsunce, 1er), au Théâtre Silvain (Chemin du Pont de la Fausse-Monnaie, 7e) et à la Maison de la Région (61 La Canebière, 1er). Rens. 04 95 04 44 90 / www.fidmarseille.org

Avis aux amoureux de la vidéo expérimentale, aux héritiers de Mékas ou Anger et aux nostalgiques de Fluxus ! La belle équipe du festival international de vidéo expérimentale Images Contre Nature nous donne rendez-vous en juillet pour la onzième édition d’un événement mêlant, avec un brio rare, pertinence visuelle, questionnement de l’image, étirement des sens et chaleur des rencontres humaines. Le principe reste quasi-inchangé, même si cette nouvelle année offre son lot de surprises : cinq journées de projections au Théâtre des Chartreux, où les films sont diffusés sur six programmes (espace, identité, mouvement, perception, sens et temps), le tout accompagné de propositions satellitaires aux quatre coins de Marseille (à Circuit Court, aux Grands Terrains, au Vidéodrome, à Art/Positions). Deux excellentes structures sont cette saison à l’honneur, lors des soirées d’ouverture et de clôture, sous forme de cartes blanches. Le Collectif Jeune Cinéma (CJC) d’une part, plus ancienne coopérative hexagonale de films, qui viendra pour l’occasion fêter ses quarante ans, et la FixC, basée à Helsinki, organisme éminemment actif dans la diffusion et la promotion d’un cinéma différent. A signaler par ailleurs que le CJC partagera la soirée de clôture avec Emmanuel Vigne et Julien Chesnel, réalisateurs du film Zone portuaire, déjà chroniqué dans ces colonnes, et sélectionné cette année par Images contre Nature. Ce sont ensuite plus de quatre-vingt films, en provenance de dix-huit pays, que le spectateur curieux pourra découvrir dans les programmes susnommés. Une sélection exigeante et extrêmement variée de films courts interrogeant l’image et le son dans leur globalité, et qui n’exclut pas le rapport de l’expérimental au monde. Le regard politique et la colère sociale planent chaque année dans certaines œuvres, et les films polémiques sont souvent les bienvenus, à l’instar du dernier opus de Merejkowksy programmé cette année, Guédiguian n’est pas mort pour la France.
Texte : Sellan
Photo : Zone portuaire
_Le 8/07 à Circuit-Court (11 rue du Commandant Mages, 1er) et du 12 au 16/07 au Théâtre des Chartreux (105 avenue des Chartreux, 4e). + sélection de films au Vidéodrome (8 rue Vian, 6e) et expos aux Grands Terrains (8 rue Vian, 1er) et à Art/Positions (36 rue d’Aubagne, 6e). Rens. 04 91 42 21 75 / www.p-silo.org

lun 19/09
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
numéro hors série
_______________________________________________________________________
Septembre 2001 : tandis que les tours jumelles du World Trade Center à New York s’écroulent sous les yeux du monde entier, à Marseille, une équipe de kamikazes de la presse lance un gratuit culturel. Dix ans plus tard, malgré la crise et les coups du sort, Ventilo est encore là.
A l’occasion de son dixième anniversaire, Ventilo sort un numéro hors série.
Bons plans, bons mots, coups de cœur et coups de sang, tops et flops : retour sur une décennie riche en émotions, en évènements et en personnalités marquantes… et sur une aventure humaine et médiatique peu commune.
Ce numéro collector paraîtra en format A4, broché, en couleur et gratuit bien évidemment…
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
10 ans : une saison d’évènements aux couleurs Ventilo
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
| ven 16/09 | #1
—————————————————————————————————————————————
Ventilo/Borderline à la Bergerie
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
ANTICLIMAX & L’AMATEUR bienvenue au club / radio grenouille
THE MIMETYST live
20h>1h - gratuit
| mer 21/09 | #2
—————————————————————————————————————————————
Ventilo / WAAW
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
SELECTA VENTILO
19h>23h - gratuit
| ven 23/09 | #3
—————————————————————————————————————————————
Ventilo/Nouvel An Belge au Trolleybus
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
Plus d’infos et pré-vente ici
22h | 10 €
| sam 1/10 | #4
—————————————————————————————————————————————
Ventilo/Alp’Art Booking soirée Filles au Ba’Bar
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
Dj CELINE, MISS VAL & EVA
20h>1h - gratuit
| sam 15/10 | #5
—————————————————————————————————————————————
Ventilo / Polikarpov
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
GREG LE ROY [house/techno Modelisme Records]
22h>1h30 - gratuit
| sam 21/10 | #6
—————————————————————————————————————————————
Fiesta des Suds - Anniversaire groupé
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
# 30 ans de radio Grenouille
# 20 ans de la Fiesta des Suds
# 10 ans de Ventilo
SEUN KUTI & EGYPT 80 [Nigeria]
TRUE LIVE [Australie]
NORTEC COLLECTIVE PRESENTE BOSTICH + FUSSIBLE [Mexique]
CELSO PINA [Mexique]
ORCHESTRA POPOLARE ITALIANA [Italie]
DJ ARLEX [Marseille]
Gratuit sur invitation
| jeu 27/10 | #7
—————————————————————————————————————————————
Ventilo / Oogie!
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
PHRED dj [La Dame Noir / Marseille]
PAUL VIRGO DJ [Virgo Music / Marseille]
19h>00h - Entrée Libre
| jeu 10/11 | #8
—————————————————————————————————————————————
Ventilo / Le Duke pour l’anniversaire du blog Anaïs et Pedro
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
DJEL dj [Fonky Family]
MEISTERFACKT dj [Kitty-yo / Boxan Records]
19h>00h - Entrée Libre
| ven 25/11 | #9
—————————————————————————————————————————————
Ventilo / Seconde Nature
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
TOKIMONSTA (Brainfeeder -Los Angeles-US) (live)
soundcloud.com/tokimonsta
9TH CLOUD (live)
IRSOLID (vj)
| sam 17/12 | #10
—————————————————————————————————————————————
Ventilo / Cabaret Aléatoire #SOUND PELLEGRINO LABEL NIGHT#
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
SOUND PELLEGRINO THERMAL TEAM (Tekilatex & Orgasmic)
NOOB
TWR72
22h>4h - 15/17 €
| sam 4/02 | #11
—————————————————————————————————————————————
Ventilo / L’embobineuse
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
LUKE VIBERT [acid music / Rephlex - Warp - Planet Mu / Londres]
POBORSK [Electronique / ?ICASEA / Marseille]
SUE ELLEN TRIBE [DJ set élèctronique / Labrat AudioChemicals / Marseille]
22h | 9 € + adh 1 €
| sam 11/02 | #12
—————————————————————————————————————————————
Ventilo / Daki Ling
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
# Blind Test # cinéma / musique
avec Vidéodrome
20h | gratuit + adh 2 €
| jeu 23/02 | #13
—————————————————————————————————————————————
Ventilo / Les Risoulades festives à la station de RISOUL (Hautes Alpes)
///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////
NASSER (live)
FRED BERTHET (dj)
22h - gratuit pour les résidents de la station
D’autres soirées a venir, restez connecté
Qu’est-ce conf ?
Jean-Noël Bret, qui préside l’AEPHAE (Association euroméditerranéenne pour l’histoire de l’art et l’esthétique) et l’ACC (association Art, Culture et Connaissance), offre régulièrement au public marseillais des conférences et rencontres avec des auteurs, écrivains, historiens de l’art et philosophes, témoins et acteurs de la scène de l’art afin d’en faire partager la connaissance au plus grand nombre. Considérant que la culture de l’art est un facteur d’épanouissement intellectuel autant que de mixité culturelle, d’intégration et de développement économique, l’AEPHAE vise à en faciliter l’accès et en répandre l’approche et les pratiques auprès d’un très large public. En particulier auprès des jeunes générations, afin de leur permettre d’ouvrir leur horizon culturel et humain vers des formes nouvelles pour eux — parce que trop peu accessibles — d’échange, de communication et d’expression.
C’est dans cette perspective que Jean-Noël Bret organise également des colloques (« Autour de Daniel Arasse », « L’art, l’argent la mondialisation », « De l’art et la nature du paysage »…. ) qui, depuis 2005, ont permis au public d’entendre et rencontrer quelques-unes des personnalités majeures qui font la culture de l’art dans notre pays. Rendez-vous le 4 juillet à la maison de vente aux enchères Leclere pour une présentation et la signature d’un ouvrage remarquable, La peinture effarée. Rembrandt et l’autoportrait, de Michel Guérin1 (voir chronique).
Nathalie Boisson
Rens. AEPHAE (93, La Canebière b.14, 1er) : 06 87 92 91 09 /acc.marseille@free.fr
Maison de vente aux enchères Leclere (5 rue Vincent Courdouan, 6e). Rens. 04 91 50 00 00 / www.leclere-mdv.com

Organisé dans un lieu tenu secret jusqu’à la dernière minute, le rendez-vous semestriel des artistes phocéens opère un savoureux retour en arrière avec un thème à mi-chemin entre les années yéyé et la culture nomade des gens du voyage — symbolisé par le graphisme un peu psyché de son affiche. Sculpteurs, chorégraphes, chanteurs ou musiciens, les artistes de la soirée proposeront des numéros et des créations autour de cette figure imposée. L’occasion également pour les invités — et le public ! — de faire travailler leur imagination en arborant des tenues aux couleurs de l’événement, évoquant leurs « itsy bitsy gypsy days ».
_Le 18 sur le parking de la gare SNCF de l’Estaque. Inscriptions obligatoires sur le site www.bouillonmarseillais.org
Depuis 2002, The Konki Duet aura délicatement marqué l’histoire des deux très bons labels parisiens électro-pop que sont Tsunami-Addiction et Clapping Music. D’abord pop lo-fi intimiste et claviers Yamaha bon marché, désormais pop-rock vrombissante aux saveurs vintage (de vieux synthés hantent l’album), le trio féminin négocie impeccablement le virage orchestré par ce troisième album. Moins spontané que ses prédécesseurs, il n’en demeure pas moins nostalgique et explosif, avec toute cette fraîcheur pétillante qui caractérise le groupe depuis ses débuts. Bref, ne partez pas sans lui cet été.
JSa
En 2010, Pantha Du Prince sortait Black Noise, album salué comme l’une des plus belles réussites électroniques de l’année. Le jeune Berlinois confie ici ses compositions à quelques-uns de ses compères producteurs, et le résultat est tout simplement excellent, rendant l’écoute excitante du début à la fin du disque — chose plutôt rare pour un album de remixes. Mention spéciale à Lawrence et à Moritz Von Oswald (encore une fois !) dont les résonances dub collent parfaitement aux pulsations organiques originales. A écouter, à danser, et à partager.
nas/im
Une fois encore, c’est à New York que ça se passe. Une ville qui brille de mille feux et se veut, depuis toujours, le terrain de toutes les rencontres, comme la musique de Gang Gang Dance, protéiforme, aventureuse, éclatante. Trois ans après Saint Dymphna, album en forme d’ovni publié sur le label Warp (toujours à la pointe), le groupe se fait cette fois-ci alpaguer par un autre label anglais de grande classe, 4AD. Le résultat est encore plus probant : cohérent de bout en bout, Eye contact invente une nouvelle géographie de la pop moderne, à la fois primitive et futuriste.
PLX
Fin 2009, Tpobpah était un rêve éveillé pour les fans de feu Sarah Records, label-roi de la pop indé. Tous les ingrédients y étaient : la batterie percutante, la basse énergique, les guitares saturées, les mélodies et les voix fragiles de Kip et Peggy… Désormais, s’il met les déboires adolescents en musique avec la même réussite, le groupe a évolué, sous la houlette du producteur-star Flood. Sur certains titres aux références un peu trop prononcées, le chant légèrement en retrait, voire effacé, fait légèrement perdre de son cachet à une formation toujours aussi exaltante.
SV
Pour son sixième album studio, le quatuor déjanté d’Atlanta fait pour la première fois appel à un producteur. Et quel producteur ! C’est Mark Ronson, baron de la hype UK (Lily Allen, Amy Winehouse…) qui s’y colle. On aurait pu imaginer un revirement brutal, mais le groupe parvient heureusement à conserver l’esprit « flower punk » qui a fait son succès. On a pu découvrir un premier clip du morceau Go Out and Get in accompagné des Vivian Girls. Ils chantent toujours aussi faux, le son garage rock des débuts est toujours aussi crade et bruyant, et l’on retrouve les mêmes mélodies bordéliques mais imparables.
M-MS
Loin de la French Touch qui s’adore, au Canada, la synth pop, vivante comme jamais, porte la chemise à carreaux. Sous couvert d’électronique entraînante et incisive estampillée 80’s, les deux boys excellent dans un romantisme lunaire qui transpire discrètement l’humanité jusque dans les moindres détails, et bien sûr tout particulièrement dans l’étonnante voix de Jeremy Greenspan. Vous danserez, c’est inévitable, mais vous serez aussi touchés par tant de générosité car ces deux-là vous invitent, avant tout, à partager un bout de chemin à leurs côtés, et c’est ce qui importe.
JSa
Si le quartet de New York se rangeait jusque-là volontiers dans la mouvance psyché rock, il a, avec son dernier album, franchi le pas vers une new wave sombre et hypnotique qui devrait ravir les nostalgiques de Joy Division. Rythmique aboulique, nappes léthargiques, le tout couronné de riffs d’une noirceur sans nuance : Smokescreen s’apparente à un très beau film d’épouvante où il serait question d’une descente aux enfers filmée au ralenti, et en noir et blanc. Pas de pardon, pas de répit, les Religious Knives taillent dans le vif. Vivement déconseillé à nos lecteurs dépressifs.
nas/im
Généralement, nous avons pour habitude de ne parler dans cette rubrique que des groupes établis bénéficiant d’un label et d’un distributeur. Nous aurions donc pu passer à côté de The Coyotes Dessert, de leur stoner aux accents exotiques qui fleure bon les routes ensablées du désert californien. Car le stoner, cet ersatz de heavy-rock psyché, ne se conçoit qu’enfumé et biberonné dans la plus pure tradition sudiste. Voilà qui nous ramène à notre quatuor français, sudiste lui aussi, qui usait jusque-là ses cordes chez Caedes, leur précédent et bruyant combo. Pas si newbies que ça !
dB
Quarante-deux ans et un bon mètre de cheveux à eux deux, Madeline Follin et Brian Oblivion ont, sur la foi d’un single entêtant et de quelques concerts, suscité l’engouement des critiques avant même la parution de ce premier album. Et, une fois n’est pas coutume, on ne peut que se rallier à ce concert de louanges tant les onze pop songs qui composent cet opus — déjà culte ? — se révèlent addictives. Osant la candeur (et les slows langoureux), le duo new-yorkais ravive la mémoire musicale des sixties et les rengaines sucrées des Supremes et des Shangri-Las dans un tourbillon de sensualité. D’ores et déjà la bande-son de l’été !
CC

Le quatuor virtuel signe ici son quatrième et dernier album, mettant en avant la personnalité de Damon Albarn, a.k.a Stuart Tusspot, alias 2D — seul sur la pochette. Entièrement composé sur iPad, The Fall diffère de son prédécesseur par des morceaux plus sombres et électroniques. Malheureusement, l’ensemble s’avère moins original, et parfois même ennuyeux. Album-concept en forme d’introspection, The Fall semble en effet le reflet d’une interminable tournée, au sein de laquelle surnagent quelques bons morceaux, dont le sublime Amarillo, ou encore HillBilly Man, avec Mick Jones (The Clash) en invité de marque.
M-MS
« L’art de Rembrandt est scandé, ponctué par ses autoportraits. Ils portent à incandescence la brûlure du regard, à ce point de fusion où la réalité et l’image ne se distinguent plus, où personne ne sait qui regarde qui et quoi, car il ne reste plus, après décantation, qu’un regard définitivement domicilié et (ré)concilié en peinture. » A l’inverse de ses contemporains qui s’offrent en représentation (Velasquez), Rembrandt entre en méditation et éprouve la dichotomie entre le sujet et l’individu ; il affronte l’inconnu et se pose la question : « Qu’est-ce qu’être là ? » Michel Guérin livre ici une analyse remarquable, singulière, empreinte d’intelligence, de sensibilité et de clarté, qui permet au lecteur de saisir à travers le concept d’effarement toute la dignité métaphysique qu’il y a chez Rembrandt.
NB
Le prince Florizel de Bohème et son fidèle bras droit, le colonel Géraldine, ont l’habitude de se déguiser afin de pénétrer au sein des clubs les plus étranges. Un homme leur parle d’un « Club du suicide » et les y conduit. En ressortiront-ils vivants ?
Les deux auteurs marseillais, membres du Zarmatelier, adaptent ici librement l’œuvre de Robert Louis Stevenson. Le récit, constitué de rebondissements inattendus, s’avère parfois déstabilisant de par ses importantes ellipses. Il n’en demeure pas moins passionnant. Ici, aventure trépidante, poésie macabre et humour noir s’entremêlent. Le dessin semi réaliste d’Eddy Vaccaro, en couleurs directes, colle parfaitement à cet univers et en renforce l’étrangeté.
BH
_Dédicaces avec les auteurs le 18 à la librairie La réserve à bulles (Marseille, 16h)