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février 2011

[23 fév 2011] Oorutaichi - Cosmic coco, Singing For A Billion Imu’s Heavenly Pi (Out One Disc)

Galette-Oorutaichi.jpgVéritable coup de cœur, le troisième opus d’Oorutaichi se réserve dès à présent une place au chaud parmi les albums-phares de l’année. Et pour cause, la tête montante de l’underground nippon pratique une électronique bondissante avec l’aisance du cycliste à vélo, pour construire des pyramides pop hystériques et, enfin, humer l’air le plus revigorant du monde. D’énormes fleurs poussent sous le ciel bleu, et l’on y aperçoit même la plage… Des splendides vacances d’été aux airs de paradis enfantin pour adultes. En boucle jusqu’à l’hiver prochain.

JSa

[23 fév 2011] Crocodiles - Sleep forever (Fat Possum/Differ-Ant)

Galette-Crocodiles.jpgDepuis quelques temps, certains parlent d’un revival « shoegaze » (mélodies diaphanes sur fond de guitares saturées) sans que le moindre disque digne de ce nom n’ait vu le jour. Ce disque, le voici. Mais à l’heure où l’on réédite le premier album de Ride, ce sont deux Californiens qui nous propulsent vingt ans en arrière, en Angleterre. Produit par un James Ford (Simian Mobile Disco) qui révèle subtilement le caractère électr(on)ique de la chose, le deuxième coup de gueule de Crocodiles vous happe pour ne plus vous lâcher ensuite. Le grand retour des années 90 commence ici.
PLX

[23 fév 2011] Fred Pallem & Le sacre du tympan - Soundtrax (Morning Bell / L’autre Distribution)

Galette-Soundtrax.jpgLe sacre du tympan joue la carte de la nostalgie avec cette vraie-fausse bande originale d’un film imaginaire. Ambiance très seventies donc, plus française que blaxploitation, pour cet hommage à peine déguisé à Michel Magne et François de Roubaix. Toujours inspiré, le big band maîtrise les codes du genre et en joue à merveille. Suspense, action… Le disque se vit en cinémascope dans ce vertigineux manège où les cuivres ont remplacé le panoramique et le synthé, le plan-séquence. Jouissif !

nas/im

[23 fév 2011] Mogwai - Hardcore Will Never Die, But You Will (Rock Action/Pias)

Galette-Mogwai.jpgAvec ce nouvel album studio en forme de grand voyage instrumental aux quatre coins du globe (d’où il a d’ailleurs été composé), Mogwai réaffirme sa maîtrise d’un post-rock tendu et rageur, tout en ruptures et montées vertigineuses. Mais, comme un pied de nez au titre de ce septième opus, les Ecossais font également montre d’une écriture plus délicate, s’offrant même quelques incartades électroniques — et, seule faute de goût de l’ensemble, deux titres au vocodeur. Oscillant entre morceaux de bravoure épiques et mélopées de guitares atmosphériques, cette cuvée 2011, terriblement addictive, est à l’image de sa pochette : proche du sublime.
CC

[23 fév 2011] Stupeflip - The hypnoflip invasion (Etic System/L’autre distibution)

Galette-Stupeflip.jpgStupeflip, ce sont des personnages, des doubles masqués, réunis dans un « crou », la Menuiserie. De leur schizophrénie naissent des paroles drôles, décalées, comme cette ode à Mylène Farmer dont on ne sait où se situe le lard du cochon. Au milieu de leurs histoires à dormir debout et autres contes modernes perce toutefois une pointe d’amertume… Les espoirs perdus d’enfants qui auraient grandi trop vite. Mais Stupeflip, c’est surtout du hip-hop moderne, introspectif, qui a délaissé la case ego pour laisser parler guitares et ritournelles… en un mot, stupéfiant.

dB

[23 fév 2011] The Luyas - Too beautiful to work (Dead Oceans / Differ-Ant)

Galette-The-Luyas.jpgLes historiens du futur résumeront peut-être la pop music de ce début de siècle à trois labels : Secretly Canadian, Jagjaguwar et, évidemment, Dead Oceans. Ce dernier nous offre encore une petite merveille de pop déviante, magnifiquement produite, emmenée par une voix d’hôtesse de l’air sous LSD. Littéralement perchés au-dessus des contingences terrestres et musicales, on ne redoute même pas le crash final. Il suffira de fermer les yeux. D’ailleurs, c’est déjà fait.
nas/im

[23 fév 2011] Red Rails - Redrails (DFragment Music/Internexterne)

Galette-Red-Rails.jpgFruit de la rencontre entre le violoniste d’origine hongroise Baltazar Montanaro et le Japonais maître en MAO Tadahiko Yokogawa, Red Rails joue la carte du pluriculturalisme au rayon des musiques électroacoustiques. Les influences se brassent dans l’intime recherche sonore, tant organique que digitale, s’offrant des moments de grâce aux sonorités quasi-animales, avec la quiétude d’un sous-bois aux micro-organismes improvisateurs et numériques. Un pont entre deux mondes, pour prêcher l’électrique en des terres de tradition acoustique.
JSa

[23 fév 2011] Seefeel - Seefeel (Warp)

Galette-Seefeel.jpgLe maxi Faults sorti en septembre dernier dévoilait déjà une bonne part de l’apparence que revêt désormais Seefeel, fer de lance du label Warp depuis le milieu des années 90, de retour sur le devant de la scène après quatorze ans d’absence, dans un nouveau concept taillé pour les atmosphères d’extases, brumeuses et oniriques. Entre ambient, dream pop et shoegaze, les quatre Anglais côtoient désormais la bass music aux rondeurs expérimentales, abrasives et défoncées, sûrement pour mieux franchir le col (périlleux) du renouvellement artistique. Vous ne verrez plus le dub comme avant.

JSa

[23 fév 2011] Beaulieu - A la faveur de la nuit (Les impressions nouvelles)

millefeuille-A-la-faveur-de.jpgDurant une nuit pluvieuse, deux jeunes femmes attendent un certain Léonce avec qui elles ont rendez-vous dans un motel. Pour tromper l’ennui, elles se racontent toutes sortes d’histoires : certaines attisent le désir, d’autres reposent sur l’étrange, le fantastique ou l’horreur. Léonce tardant à venir, les jeunes femmes se rapprochent l’une de l’autre. Le Québécois Jimmy Beaulieu compose ici un album surprenant, à la fois lumineux et sombre, léger et tragique. Réalisé notamment avec des crayons de couleur, le dessin se révèle brut et élégant, souvent sensuel. Cette chronique, qui joue volontiers sur le mystère et se mue peu à peu en thriller, se révèle prenante et fascinante. Jimmy Beaulieu possède un style et un ton uniques particulièrement forts.

BH

[23 fév 2011] Riley - Méchants cochons (Chiflet & Cie)

millefeuille-Mechants-cocho.jpgMéchants, les cochons ? Bien sûr ! L’un d’eux menace d’un pistolet l’homme qui regarde la télévision afin qu’il ne zappe pas. Un autre porte une perruque volumineuse pour empêcher les spectateurs derrière lui de voir le film. Un autre encore pêche des poissons à la grenade, tandis qu’un quatrième fait tirer son skateboard par une ficelle attachée au déambulateur d’une vieille dame ! Si les strips d’Andy Riley réunis ici ne sont pas de qualité égale — le dessin s’avérant souvent plutôt faible lorsqu’il s’agit de représenter des humains —, nombreux sont ceux qui provoquent spontanément le rire via des gags politiquement incorrects et assez réjouissants. Absurde et méchant, l’humour de Riley est à situer quelque part entre Gary Larson et de Chaval.

BH

[23 fév 2011] Pittau et Gervais - Axinamu et Oxiseau (Les Grandes Personnes)

millefeuille-Axinamu-et-Oxi.jpgIl convient de féliciter la toute nouvelle maison d’éditions pour la jeunesse Les Grandes Personnes pour avoir (enfin) réédité le grand livre — dans tous les sens du terme — de Pittau et Gervais, Axinamu. Des doubles pages avec rabats et volets permettent de partir à la découverte des animaux, et plus particulièrement des mammifères, de leurs empreintes, leurs silhouettes, leurs queues, leurs pelages… Oxiseau, son équivalent pour les volatiles, se révèle tout aussi surprenant et généreux dans le format, offrant un festival de plumes, d’œufs, de serres et d’yeux au regard perçant. Magnifiquement mis en page, ces deux fabuleux ouvrages en forme de jeux de piste au graphisme singulier sauront ravir petits et grands.

NC

[23 fév 2011] Carl Barks - La Dynastie Donald Duck, Tome 01 (Glénat)

millefeuille-La-Dynastie-Do.jpgPremier tome sur les vingt-quatre constituant l’intégrale de l’œuvre populaire de Carl Barks sur l’homme-canard aux mille et une histoires (il dessinera jusqu’à sa mort, à quatre-vingt-dix-neuf ans). Il existe probablement deux façons d’appréhender le cas complexe de la famille de Donald, et Disney au sens large : la première est de rendre compte d’une société chrétienne moraliste jusqu’à la caricature et un poil conservatrice (l’étranger démoniaque et barbu), qui peut gêner le bon déroulement de la lecture… Peut-être le prix à payer pour le grand spectacle américain. La seconde est de revêtir ses yeux d’enfants, amateur de BD, pour se laisser happer par ces aventures brillamment orchestrées.

JSa

[23 fév 2011] Le baiser de la femme araignée (Brésil/USA - 1985) d’Hector Babenco (Carlotta)

dvd-Le-baiser-de-la-femme.jpgFidèle à sa ligne éditoriale exemplaire, Carlotta sort ce mois-ci l’un des grands classiques du cinéma sud-américain, attendu depuis fort longtemps par les aficionados de ce film étrange, présenté comme un huis clos fantasmagorique : deux prisonniers politiques que tout oppose se retrouvent dans la même cellule. Hector Babenco, d’origine argentine, connait une vie de globe-trotter avant de s’installer au Brésil et d’entamer sa carrière de cinéaste. Il devient ainsi l’un des plus fins observateurs de la vague de violence et de pauvreté qui submerge le pays. A l’instar de son Pixote, portrait sans concession d’enfants brésiliens abandonnés à la rue, Le baisers de la femme araignée dépeint une réalité sociale quasi insoutenable, et ouvre les portes, comme seule sortie possible, d’un imaginaire débridé. Le film fait donc le grand écart entre un réalisme cru et de longs passages aux frontières de l’onirisme.

EV

[23 fév 2011] L’usage du monde, volumes 1 & 2 (International - 2007-2009) de Wang Bing, Julien Samani, Serguei Loznitsa… sous la direction de Stéphane Breton (Editions Montparnasse)

dvd-usage-du-monde.jpgAnthropologue et cinéaste, Stéphane Breton s’est associé au musée (controversé) du Quai Branly, pour diriger une collection de films destinés à révéler quelques-unes des faces cachées de l’humanité. Le titre s’inspire bien évidemment du chef d’œuvre de Nicolas Bouvier. Le principe est simple : filmer aux quatre coins du monde d’autres cultures, d’autres hommes, non pas de manière exhaustive ou didactique, mais par petites touches, presque informelles, à l’instar de ce que pouvait représenter le voyage philosophique dans le champ de la littérature. Le résultat est un ensemble de films hétérogènes, presque inégaux, dont se dégage une « impression » du monde tout à fait étonnante. Le champ du documentaire explose encore ici ses limites, pour accéder à un chant du monde qui touche à l’universel.

EV

[23 fév 2011] Sanyogita, la mariée en rouge (Inde – 2004) de Sadashivam Rao (Asie Expo Vidéo)

dvd-sanyogita.jpgL’édition de qualité de films contemporains indiens est suffisamment rare pour être soulignée ici. Hormis quelques exceptions (Devdas, Mother India…), seul le marché parallèle indien se réserve le droit d’éditer la production nationale, dans des conditions malheureusement désastreuses. Cet opus offre également l’occasion de souhaiter la bienvenue à la jeune structure Asie Expo dans le monde de l’édition, qui s’est donné comme mission de nous faire découvrir les trésors cachés de la production du continent asiatique. Ce très beau film bollywoodien se déroule au cœur d’un Rajasthan âpre et nu : un décor sombre et désertique met ainsi en valeur l’interprétation remarquable de la grande star Divya Dutta, personnage d’une sensualité débordante, intégrant par le mariage une famille rajput.
EV

[23 fév 2011] La pudeur ou l’impudeur (France – 1991) d’Hervé Guibert (BQHL)

dvd-La-pudeur-ou-impudeur.jpgSpécialisé dans l’édition du cinéma gay et lesbien, BQHL a effectué un excellent travail sur l’œuvre de l’écrivain et photographe Hervé Guibert. La pudeur ou l’impudeur, son unique film, est un témoignage troublant sur ses dernières années, aux prises avec le sida. Le parcours du film a donc ceci d’unique : il est l’un des premiers témoignages existant en France sur la maladie, à une époque où les fantasmes les plus fous courent encore sur le virus et sa propagation. Il rejoint également ce genre cinématographique développé avec l’arrivée de la vidéo familiale : le journal filmé, à l’instar de ce qu’a pu faire Sophie Calle avec No sex last night. Le film déroule les deux dernières années de vie de l’artiste, et se révèle comme l’une des plus belles expériences cinématographiques des 90’s.

EV

[23 fév 2011] Alan Wake Vs Deadly Premonition

jeu-alan-wake.jpgjeu-Deadly-Premonition.jpgAlan Wake (Remedy/Microsoft - Xbox 360)
vs
Deadly Premonition (Access Games/Rising Star Games - Xbox 360)

Elu jeu de l’année par Time Magazine, Alan Wake a bénéficié du soutien de Microsoft au cours de ses cinq années de gestation, nourrissant de hautes ambitions. Faute de moyens, le modeste Access Games a, pour sa part, tout misé sur le travail d’écriture et la personnalité de son titre. Pour autant, tous deux évoluent dans un même registre, mêlant survival horror et thriller psychologique.
Leurs héros sont habités jusqu’aux limites de l’aliénation. Alan Wake, écrivain ne parvenant plus à distinguer la réalité des tours que lui joue son imagination, plongera dans les tréfonds de son âme. Francis York Morgan est quant à lui un agent du FBI habité par Zach, double schizophrène avec lequel il s’entretient en permanence. Quand Alan combat les ténèbres qui l’entourent et ont englouti son épouse, York enquête sur une série de meurtres qui l’ont entraîné dans un bourg perdu.
Si les jeux partagent des similitudes, leur conception s’avère radicalement opposée. Le premier se montre très linéaire : son cheminement est prédéfini et le joueur suit un couloir, d’un chapitre à l’autre jusqu’au dénouement de l’aventure. Ses environnements restreints favorisent une narration solide : ainsi guidé, le joueur vit des événements qui se lient avec fluidité ; les scripts se déclenchent au moment opportun et la lassitude ne s’installe pas. Il s’agit d’une production à gros budget, d’une efficacité éprouvée et aux références assumées : King, Hitchcock ou Carpenter sont évoqués de manière frontale. La noirceur qui l’habite est sa force principale, renforcée par une exécution de premier ordre : ses jeux de lumière, son travail sur les textures, son ambiance sonore et sa maniabilité sans faille impressionnent.
Les créateurs de Deadly premonition ont, eux, invoqué l’esprit de Twin Peaks, qui transpire par tous ses pores : un héros habité, une bourgade isolée à la normalité angoissante, ainsi que le meurtre d’une jeune femme, Anna Graham se substituant à Laura Palmer. Au contraire du produit du studio Remedy, il ouvre ses portes, à la manière d’un GTA : la zone à explorer est très étendue et tous les lieux sont accessibles, à pied comme en véhicule. Il est possible de se balader et de faire connaissance avec les autochtones, sans négliger de se nourrir et de se reposer, au gré du défilement des journées. Cette liberté est bienvenue, voire salutaire, le titre étant handicapé par son indigence technique. Celle-ci, renvoyant malheureusement plus à Pamela Rose qu’à David Lynch, dessert grandement le travail des auteurs, qui ont tout misé sur la force scénaristique de leur œuvre. Il faut alors fermer les yeux sur ses graphismes sommaires, sa bande son atypique mais redondante et sa maniabilité bien trop rigide, pour enfin apprécier les renvois au septième art dans les dialogues et le toupet d’une intrigue qui se permet toutes les excentricités.
C’est donc au prix d’un investissement conséquent que l’un dévoile ses richesses, quand l’autre délivre une expérience immédiate et intense.

Sébastien Valencia

[23 fév 2011] Hommage à la révolution égyptienne à l’Alhambra

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L’Egypte enflamme

Soulèvements populaires dans les pays du Maghreb : impossible de passer à côté d’une actualité si forte pour l’Alhambra, Aflam, les Instants Vidéo et Zinc, qui proposent une soirée spéciale autour de la société égyptienne, à travers une programmation de choix.

A l’heure où tous les regards se portent sur les pays du Maghreb, la salle incontournable de l’Estaque, l’Alhambra, ouvre son écran à trois structures phocéennes d’importance pour une soirée sous forme d’hommage au peuple égyptien. On connaît le travail exigeant effectué depuis des années par Aflam, principal diffuseur sur la région des cinémas arabes. Il était donc naturel que l’équipe se mobilise à l’occasion des évènements qui secouent le bassin méditerranéen. Evènements dont les répercussions semblent aller crescendo, nourrissant à juste titre l’espoir et le désir d’en découdre avec l’oppression, jusqu’aux pays occidentaux. Or cette lutte est avant tout celle de la société civile arabe, même si à trois mille kilomètres de là, le symbole révolutionnaire peut marquer (on l’espère durablement) la population occidentale. Collaborant avec Zinc et les Instants Vidéo, Aflam nous propose donc, à l’occasion de cette soirée, de mieux comprendre la société égyptienne, via la programmation d’une sélection de courts-métrages, suivie de l’adaptation par Marwan Hamed du classique de la littérature nationale, L’immeuble Yacoubian. Le programme de courts, pour la plupart réalisés par de jeunes cinéastes égyptiens, réunit Mayye Zayed, Hadil Nazmy ou Ahmed Nabil. Un kaléidoscope de sept visions très différentes de cette société qui a su, contre toute attente, dire non au joug dictatorial d’un Moubarak régnant en toute impunité internationale. L’immeuble Yacoubian, point d’orgue de cette soirée spéciale, est l’adaptation du best-seller d’Alaa Al-Aswani, qui fut dès 2002 considéré comme un pavé dans la mare à travers bon nombre de pays du Maghreb. Il affronte en effet de nombreux tabous (politiques, sociaux, sexuels) de la société égyptienne, et offre un portrait bigarré du quotidien des classes populaires. L’immeuble, jadis prestigieux, abrite aujourd’hui un large panel d’habitants, des nouveaux riches aux paysans pauvres venus chercher en ville l’espoir d’une vie meilleure. Il devient tout naturellement le théâtre symbolique d’une société en quête d’un avenir encore indéfinissable. Adel Imam, grande star de ce côté-là de la Méditerranée, porte une large part du film sur ses épaules, sans parvenir cependant à masquer les quelques faiblesses évidentes de la réalisation. Qu’importe, à l’instar du livre, le film a largement trouvé son public dans et hors de ses frontières. Tout comme il offrira au sein de l’Alhambra, à n’en pas douter, l’occasion d’un débat passionnant sur une actualité brûlante, qui n’a pas fini de bouleverser les fondations de ce nouvel ordre mondial soumis aux lois du marché, que la plupart des dirigeants du globe tentent de nous vendre.

Emmanuel Vigne

Hommage à la révolution égyptienne : le 3/03 à l’Alhambra Cinémarseille (2 rue du cinéma, 16e). Rens. 04 91 46 02 83 / www.alhambracine.com

[23 fév 2011] Black Swan (USA – 1h43) de Darren Aronofsky avec Nathalie Portman, Vincent Cassel…

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Il suffira d’un cygne

La principale réussite du dernier film de Darren Aronofsky réside peut-être dans sa capacité à transcender un scénario a priori archi-rebattu : le thème du double, de la dualité intérieure, du bien et du mal, de la face lumineuse et de la face sombre, bref de cette tarte à la crème psychologique qui a pu accoucher de chef-d’œuvres chez Hitchcock ou chez Lynch comme d’insondables navets chez tant d’autres.
Nina obtient le premier rôle du Lac des Cygnes de Tchaïkovski. Danseuse modèle, la femme-enfant n’a aucun mal à interpréter le cygne blanc. Mais parviendra-t-elle aussi à incarner le cygne noir, double tragique de l’angelot palmipède ?
Comme dans The Wrestler, son précédent long-métrage, le réalisateur américain place le corps au cœur de son récit. Un corps en action, brutalisé par le travail, qui souffre, et se transforme. Un corps qu’on scrute, qu’on regarde sans cesse, dans les yeux. La force de Black Swan repose aussi sur sa volonté et sa capacité à nous perdre, à troubler nos repères dans ce jeu de fausses pistes où il est parfois difficile de démêler le fantasme de la réalité. Le double se conjugue ici au pluriel, chaque personnage féminin — la mère, l’étoile déchue, l’amie danseuse — agissant comme une projection déformée de la pauvre Nina. Plus qu’un miroir, Black Swan est un joli kaléidoscope dont l’expérience se révèle aussi excitante qu’éprouvante. Pour rajouter au cauchemardesque de ce ballet d’initiation, Aronofsky joue d’un grain très épais, faussement amateur, qui, dans les moments de tension extrême, agrémente le fantastique d’un zeste d’épouvante. L’ensemble est terriblement efficace. Tout comme la bestialité de Mickey Rourke illuminait le précédent film d’Aronofsky, l’ambivalence de Nathalie Portman apporte ici une justesse sans laquelle l’entreprise aurait été vaine, voire ridicule. Malgré quelques tics préjudiciables — le réalisateur de Requiem for a dream n’a jamais fait dans la demi-mesure —, on gardera longtemps en mémoire certaines images du film, très fortes, très intenses, comme ce final inéluctable et magnifique, en cygne d’adieu.

nas/im

[23 fév 2011] Jewish Connection (Etats-Unis – 1h29) de Kevin Asch avec Jesse Eisenberg, Justin Bartha, Ari Gravnor…

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Un trafic pas très orthodoxe…

A la fin des années 90, un trafic d’ecstasy s’orchestre entre Amsterdam et New York. Rien de bien original jusqu’ici, de nombreuses œuvres ayant déjà traité avec succès le thème du trafic de drogue sous l’angle des usagers (Requiem for a dream, Trainspotting) comme des trafiquants eux-mêmes (Scarface). La surprise de Jewish Connection vient de la nature des « mules » : des juifs traditionnalistes qui pensent faire passer de simples médicaments. Face à l’incompréhension de sa famille et de sa communauté religieuse orthodoxe, Sam Gold (Jesse Eisenberg) va croquer la pomme et céder aux sirènes des doux billets verts.
Pour son premier film, Kevin Asch nous parle donc du passage entre deux mondes improbables. Surfant sur une vague de poupées russes, le spectateur passe de la pieuse journée américaine à la nuit hollandaise endiablée via des séquences de communauté puis des gros plans de personnages dans le Quartier Rouge. Le chemin inverse se produit ensuite pour revenir à la cellule familiale de Sam Gold et les cours de son rabbin référent. Comme la nuit recouvre le jour, la techno couvre le son des prières. Le basculement d’un univers à l’autre est rendu possible par le pouvoir de l’argent, permettant autant de présenter un « bon parti » pour un mariage arrangé que d’acheter de l’ecstasy en grande quantité. Tout se paye certes, mais une foi ébranlée n’est pas forcément éteinte, semble nous dire le réalisateur, comme s’il fallait ne pas pousser trop loin la critique de la religion. Tout en restant plaisant et intéressant, le film laisse ainsi un arrière-goût d’inachevé. On aurait aimé que les relations entre Sam Gold et sa famille soient approfondies, tout comme son tiraillement entre aspiration humaine à la liberté et obligations religieuses à suivre. Amen.

Guillaume Arias

[22 fév 2011] Vincent Beaume et Claire Ruffin - L’Insomnante

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Pas de lit sans cieux…

Claire Ruffin et Vincent Beaume présentent une partie de leur travail photographique à La Baleine qui dit « Vagues », qui vient de rouvrir. L’Insomnante se niche dans des environnements incongrus et donne lieu à de superbes clichés, réalisés sans trucage. Plus qu’un simple vagabondage horizontal, cette démarche au plumard somnambule réveille en nous une multitude d’échos.

Promis, nous ne parlerons pas de cette flemmasse de Belle au bois dormant. Si ce n’est pour rappeler que Perrault en avait fait un portrait féminin débordant de passivité et de soumission, aux antipodes des considérations des deux jeunes artistes. Le binôme fonctionne plutôt comme un trio : un lit de fer néanmoins douillet, une comédienne lutine, Claire Ruffin, et un faiseur d’images en chambre noire, Vincent Beaume. « L’Insomnante est un projet à deux visages, une femme à deux faces. La nuit, elle poursuit son sommeil en vain, le jour, elle le traîne partout », écrit l’actrice, également auteur d’un spectacle qui partage l’errance d’une épuisée1 sous une voûte d’oreillers…
On suit ici le parcours d’un modèle de dormeuse (qui parfois ne garde pas sa literie, pour la prêter à d’autres, en toute confiance) ; elle glisse à nos yeux un « Mate-là !», entre nos draps mentaux une pile de rêveries, de craintes et de références. On aimerait se plonger dans des tirages au format géant.
Le livre de tissu à disposition, cousu de commentaires, mentionne un choix d’œuvres de chevet et propose un florilège de citations moins soporifiques les unes que les autres — dont la mise en garde de Mark Twain, « N’allez pas au lit, tant de gens y meurent ». Un ajout à conseiller : Anthony Burgess. Ayant (a)bordé cette thématique dans un ouvrage rare richement illustré2, il conclue ainsi : « Se pencher sur le sommeil a de quoi émerveiller. Se pencher sur les lits a de quoi vous faire peur. »
La vulnérabilité de la narcoleptique à tous vents nous émeut. Qu’elle soit happée par la neige, couvertes de bogues, au bord de la falaise ou dans le lit de la rivière, elle reste sous sa couette comme si ni les variations climatiques ni les emplacements à coucher dehors ne l’atteignaient. Les mondes qui traversent son sommeil seraient plus précieux encore. S’isoler dans son repos la sort-elle de sa solitude ? Elle est l’occupante impassible des « lit-mythes ». A ces pérégrinations diurnes au cœur de décors naturels ou urbains participent aussi Alice Boitel (peintre et aide pour la mise en scène) et le photographe assistant de production, Antoine Combier. Comme le font de manière renversante le plasticien Philippe Ramette et son compère Marc Domage, l’équipe s’atèle à des vues irrationnelles. Le paddock à une place (qui se transporte en brouette pour voir du paysage) est en fait un vrai dortoir qui cache une commode à secrets. En actionnant ses tiroirs, on se prêterait volontiers à plusieurs exercices : élaborer une liste de créations artistiques contemporaines qui ont refait le lit (The Lover’s bed de Rebecca Horn et Rebirth d’Eri Kurimura, par exemple, évoquent des couches désertées par l’homme mais pleines de promesses), trouver des jeux de mots à l’infini (une mention spéciale à Florence Guillot à qui l’on doit « lit-mythe »)… Et, surtout, passer commande à nos instigateurs de lit baladeur… Dites, on peut venir pioncer avec vous ?

Marika Nanquette-Querette

Vincent Beaume et Claire Ruffin - L’Insomnante : jusqu’au 8/04 à La Baleine qui dit « Vagues » (59 cours Julien, 6e). Vernissage jeudi 3/03 à 18h30.
Rens. 04 91 48 95 60 / labaleinequiditvagues.org

  1. L’Epuisée ne se laisse pas coucher : création en cours (de et avec Claire Ruffin, Oreste Lustucru et Catherine Exbrayat) dont la première présentation aura lieu le 22/04 au Vélo Théâtre d’Apt. []
  2. Sur le lit (traduit de l’anglais par Jean Bonnefoy), Denoël, 1982. []

[22 fév 2011] Olivier Ratsi et Frederic Joseph Sanchez dans le cadre des RIAM

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L’art en action

Si l’édition 2011 des RIAM a mis à l’honneur la dimension performative de l’art sonore, sa programmation visuelle a permis de constater que l’espace de l’art se déploie aussi comme champ d’action. Petit tour d’horizon.

Les trois expositions présentées dans le cadre des Rencontres internationales des arts multimédias — Anarchitecture-sur-Seine d’Olivier Ratsi, Xin Chao ! Chuc Mung Nam Moi !!! de Frédéric Joseph Sanchez et Acta est fabula de Jean-Baptiste Ganne — semblent témoigner de l’élargissement du champ de l’art à la vie sociale ou, plus précisément, présenter la vie de l’art comme une forme sociale et publique différenciée. Elargir notre perception de l’espace urbain en sollicitant notre imagination et en faisant du possible une modalité du réel, montrer à quel point l’architecture conditionne notre manière même d’habiter le monde (Olivier Ratsi). Œuvrer aux lisières de l’intime et du public en faisant des échanges humains le moteur de toute forme de commerce avec l’art, le monde et les autres (Frédéric Joseph Sanchez). Multiplier les prises sur la réalité sociale et politique par une économie de moyens au profit de l’art en action (Jean-Baptiste Ganne)… Toutes ces pratiques nous invitent à porter attention aux modes d’opérativité et aux formes d’interaction de l’art, qui participent de manière essentielle à son sens et à sa valeur. L’exposition de Frédéric Joseph Sanchez affirme aussi son originalité de ce point de vue. En prenant la forme d’un carnet de voyage de ses séjours au Vietnam, son exposition donne une configuration visible aux échanges humains qui ont rythmé sa démarche de création, comme le montre la présence d’un réchaud à gaz en bois sculpté par un autochtone, que l’artiste a troqué contre un véritable réchaud. Par là même, c’est aussi le lieu privilégié du déploiement de sa pratique artistique — la peinture — qui est à appréhender comme forme d’échange, dans laquelle l’abstraction géométrique fonctionne à la fois comme un motif historique et actuel de la création picturale et comme une forme particulièrement apte à symboliser nos diverses façons d’habiter un monde qui nous est commun.

Texte : Elodie Guida
Photo : appartements en vente v3 (WYSI*not*WYG project / Anarchitecture) de Olivier Ratsi

Olivier Ratsi - Anarchitecture-sur-Seine : jusqu’au 12/03 à la galerie Seize (16 rue Fontange, 6e).
Rens. 04 91 33 61 02 / www.seizegalerie.com

Frederic Joseph Sanchez - Xin Chao ! Chuc Mung Nam Moi !!! : jusqu’au 12/03 à Où, lieu d’exposition pour l’art actuel (58 rue Jean de Bernardy, 1er).
Rens. 06 98 89 03 26 / www.ou-marseille.com

[22 fév 2011] Jean-Baptiste Ganne, Acta est fabula

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A l’économie

L’exposition réalisée par Jean-Baptiste Ganne à Vidéochroniques réalise un tour de force étonnant : l’art se déploie et s’entend partout bien qu’il use d’une économie de moyens et de matériau. Acta Est Fabula : la pièce est jouée et pourtant, c’est bien à cette condition que l’art peut ici fonctionner.

Avec Jean-Baptiste Ganne, la démarche est bien rôdée et peut se résumer ainsi : épurer les éléments matériels et durables au profit des modes d’action et d’inscription éphémère de ces actions dans l’espace de l’art, multiplier les prises sur le social et le politique en créant de nouveaux réseaux de sens. La première salle d’exposition est recouverte d’un immense tapis sur lequel figurent au centre des cercles concentriques, qui peuvent être perçus aussi bien comme une reprise de la figure de la cible dans la peinture abstraite qu’évoquer la reproduction d’un tapis de lutte gréco-romaine ou encore nous indiquer l’endroit où nous placer… Et pourtant, c’est seulement en nous déplaçant que nous pouvons voir les traces laissées sur les murs de cette même pièce. En effet, Ganne recouvre ceux-ci de graffitis inscrits originairement dans le quartier du Panier, aux résonances nettement contestataires envers l’ordre établi. Mais cet acte de réappropriation se fait ici au prix d’un effacement : traces blanches sur un mur blanc… Dans cet espace de l’art scénarisé sans pièce à regarder car elle est déjà jouée, il n’y a plus la place pour une surcharge d’objets créés, mais plutôt pour des inscriptions, des sonorités, des clignotements lumineux, comme pour mieux laisser place à une décharge de sens qui se déploie telle une décharge d’énergie. La dynamique des gestes et des mouvements effectués par le spectateur pour expérimenter l’espace de la création fonctionne comme une invitation à ne pas se figer, à ne pas rester dans les sentiers balisés. Comme pour mieux éprouver la dynamique inter-expressive de nos formes de vie qui, en se cristallisant dans des champs d’expérience et de pensée différenciés (art, société, économie, politique, etc.), se réifient et finalement tournent en rond. Or, avec Ganne, le sens semble bien à la fois adhérer au contexte et susceptible de migrer, de se déplacer, de circuler, de rebondir. C’est bien ici l’économie des moyens qui permet une explosion du sens.

Elodie Guida

Dernière minute : l’exposition de Jean-Baptiste Ganne, Acta est fabula, qui devait se tenir jusqu’au 9/04 à Vidéochroniques (1 place de Lorette, 2e), est malheureusement suspendue jusqu’à nouvel ordre en raison d’un cambriolage de la galerie. Rens. 09 60 44 25 58 / www.videochroniques.org

[22 fév 2011] Chloé Dugit-Gros - No newspaper this summer

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Thelma, Louise et Chloé…

La librairie-galerie Histoire de l’Œil présente les dernières œuvres de Chloé Durgit-Gros, souvenirs d’un périple aux States durant lequel l’artiste questionne la forme et le processus artistiques…

Sortir de l’atelier, prendre une voiture, deux copines et faire 6 000 kilomètres entre Houston et Los Angeles. Sur la route, laisser libre cours à la spontanéité, à la découverte. Lorsque Chloé Dugit-Gros entreprend son road trip, elle n’a pas d’idée précise, elle veut juste sortir et voir le monde… En chemin, elle fait certaines rencontres, avec des formes, avec des actes, des formes et des actes artistiques.
Les œuvres montrées à la galerie HO sont toutes postérieures à son voyage, à l’exception de la vidéo Prestidugitation 2010, dans laquelle la mise en scène de formes géométriques aux perspectives ambiguës raconte une histoire abstraite, une histoire de formes/couleurs.
Chloé Dugit-Gros puise dans le répertoire plastique de la peinture moderne abstraite géométrique. La grille, un label de modernité selon Denys Rioult, revient de façon récurrente dans son travail. Sous forme de damier (Did you find a place where you could stay ?) ou de quadrillage déformé (Talisman), ce vocabulaire formel chargé d’une histoire, celle de l’art, constitue, une fois les utopies artistico-sociales retombées, un discours privé de subjectivité qui se concentre sur l’autonomie de l’art.
L’œil de Chloé Dugit-Gros guète les images post-modernes, elle les détecte autour d’elle, les inclut dans son travail et réintroduit le discours. Si la grille annonçait jadis le silence de l’art moderne et son hostilité envers la littérature, le récit, la plasticienne lui confère une nouvelle vocation, probablement afin d’injecter dans le monde de l’art géométrique une trace du paysage, social ou autre, comme chez Peter Halley.
Les formes de l’artiste ont donc une histoire non pas universelle mais personnelle, que les titres des œuvres dévoilent en partie. La sculpture Talisman est issue d’un pendentif qu’elle trouve lors de son voyage… Dans la vidéo Mystical fire on studio table, elle restitue dans son atelier un acte maintes fois opéré lors de son voyage : un feu de camp. Elle crée ainsi des liens entre ce qui d’habitude s’oppose : l’interprétation et la subjectivité et l’art concret, l’expérience artistique dans et hors atelier.
Les œuvres de Chloé Dugit-gros semblent dire qu’expériences artistique et personnelle sont indissociables et que, comme le pensait Hume, la beauté n’est pas une qualité inhérente aux choses, mais qu’elle existe seulement dans l’esprit de celui qui la contemple…

Texte : Céline Ghisleri
Photo : Peaches de Chloé Chloé Dugit-Gros

Chloé Dugit-Gros - No newspaper this summer : jusqu’au 12/03 à la Galerie HO/Histoire de l’œil (25 rue Fontange, 6e). Rens. 04 91 48 29 92 / www.histoiredeloeil.com

[22 fév 2011] Claude Royet-Journaud - The Times Literary Supplément

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Peintures à la « une »

De la poésie à la fabrique des images, quel est le lien ? Aucun, si l’on en croit Claude Royet-Journaud, qui poursuit en parallèle ces deux activités et présente sa peinture « sans parade » au Centre international de poésie Marseille.

Claude Royet-Journaud est d’abord l’auteur d’une tétralogie qui a marqué la poésie française des trois dernières décennies. Durant vingt-cinq ans, il a livré quatre livres courts et implacables qui travaillent la littéralité et le fonctionnement de la langue plutôt que le lyrisme, les images, les assonances ou la métaphore dont la poésie contemporaine raffole.
L’année 1986 ouvre une nouvelle orientation, menée en parallèle de sa production poétique : la peinture, qu’il réalise avec une grande vitesse d’exécution et une non moins grande économie de moyens. En témoignent les outils qu’il affectionne et qui tiendraient tous dans un « tiroir » : pinceaux, tampons, colle et gouache, dont la couleur se répand comme une matière brute sortie du tube, sans oublier l’ouvre-boîte pour griffer le papier ou inciser l’épaisseur colorée.
La série présentée au cipM renvoie à une histoire autant qu’à une pratique artistique jubilatoire. L’histoire est celle d’une correspondance du poète avec une amie installée à Venise, à laquelle il envoie durant une année un exemplaire de l’hebdomadaire TLS (Times Literary Supplement) dont les « unes » peintes et détournées sont les missives.
Confronté à la spécificité du journal (épaisseur du papier, sommaire, titraille, images offertes en « une »), l’auteur accomplit par gestes vifs un recouvrement du texte où opacité et transparence se disputent le support et sa trame, où la peinture prend le relais des mots pour dire les tribulations de l’intime, de l’instant ou de la pensée du temps.
En lumière dans l’écrin patrimonial de la Vieille Charité, avec une présentation quasi chronologique, les quarante-six peintures dévoilent une grande cohérence qui tient au jeu, repris d’une pièce à l’autre, avec le répertoire formel et le lexique habituel de Claude Royet-Journaud. Les surfaces colorées, découpées à grands coups de pinceaux, font l’objet des expérimentations les plus diverses autour de motifs récurrents, comme l’âne ou le cochon Igor (une peluche offerte par l’écrivain Emmanuel Hocquart), de figures variées (cœur, soleil, étoile, poisson…) et de personnages à l’état d’ébauche. A l’exception de certaines photographies insérées (photocopies et non collages), la rencontre fortuite des formes sur le papier est portée par une intensité gestuelle, une force libératoire parfois teintée de touches d’humour.
Le visiteur pourra découvrir quantité d’autres travaux — illustrations, couvertures de livres ou de revues — et, bien sûr, l’œuvre poétique de Claude Royet-Journaud. « Agent double » comme le définit Alain Veinstein, l’auteur est présent sur « deux fronts, celui de l’art et de l’écriture », échappant peut-être ainsi à la qualification d’artiste, pour explorer ce qu’il désigne par « un métier d’ignorance ».

Christine Quentin

Claude Royet-Journaud - The Times Literary Supplément : jusqu’au 19/03 au cipM (Centre de la Vieille Charité, 2 rue de la Charité, 2e). Rens. 04 91 91 26 45 / www.cipmarseille.com

[22 fév 2011] La Nuit Rouge le 26/02 au Dock des Suds

Modeselektor

Le Dock rave d’outre-Rhin

Modeselektor, Monika Kruse, Techno League, Collektiv Turmstrasse… L’Allemagne semble à l’honneur de la nouvelle édition de la Nuit Rouge, l’évènement techno annuel d’un Dock des Suds devenu insomniaque.

« L’Allemagne, c’est La Mecque de la musique électronique. » Personne ne pourra contredire John Kobalt. Pour ceux qui ne connaissent pas encore : la Nuit Rouge, c’est ce spotlight vert fluo qui forme des cercles au-dessus d’une foule de tout âge, bras en l’air, à la tachycardie rythmée par les BPM lancés depuis l’édifice scénique… quasi-pharaonique. « Ce n’est ni une rave, ni un teknival, ni un club. C’est un évènement dans la continuité de tous ces mouvements, et surtout une belle fête. » John Kobalt fait partie d’une équipe de motivés qui sillonnent les routes européennes, pour tourner un documentaire sur la musique, en premier lieu, mais aussi pour faire des rencontres, trouver des nouveautés… « On tend toujours l’oreille ! » Et l’Europe est généreuse : depuis l’explosion technoïde lancée à Londres à la fin des années 80, de hangars en hangars, l’initiative s’est vite exportée jusqu’en Allemagne dans une déferlante acid-house contagieuse et organisée. « Labels, artistes, agences, tous résident là-bas. Elle nous influence donc toujours, la majeure partie des évènements électro s’y déroulent. » Et l’on retrouve encore de nos jours des traces d’acid-house chez de nombreux artistes. Sur Hyper Hyper, extrait de l’album Happy Birthday du duo berlinois Modeselektor, l’invité Otto Von Schirach (que l’on pourra voir à l’Embobineuse le 26 mars) va même jusqu’à énumérer une vingtaine d’activistes raveurs qui ont traversé les âges, pour un hommage ascensionnel illustrant un désir de retour aux sources, de sensation première, plus diffuse, afin de toucher un large public. N’en déplaise aux puristes, à côté des têtes d’affiches, la Nuit Rouge, c’est aussi et surtout une vingtaine de djs et producteurs qui se disputent platines et laptop sur trois scènes savamment baptisées Vertige, Insolence et Métaphore. « On constitue notre programmation sur des choix personnels, et pas mal de coups de cœur. » Découvert en 2007 avec son Coloured In Memory, quelque part entre James Holden et Nathan Fake, le Canadien Fairmont sera la bulle d’oxygène émotive qui séduira sûrement les amateurs de techno aérienne. Il représente cette nouvelle génération plus influencée par les pérégrinations spatiales d’Autechre et la B.O. de Twin Peaks que par la trance pure et dure, et vient d’ailleurs de sortir l’EP 3 Cities sur Traum Schallplatten, un label… allemand. « Mais n’oublions pas la venue de Dj Rush de Chicago et saluons les artistes de Détroit… Je pense qu’une belle histoire s’écrit à plusieurs. »

Jordan Saïsset

La Nuit Rouge : le 26/02 au Dock des Suds (12 Rue Urbain V, 2e). Rens. 04 91 99 00 00 / www.dock-des-suds.org

[22 fév 2011] Bol de Funk le 26/02 à l’Espace Julien

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Si la cité phocéenne est inscrite au zénith de la galaxie funk, c’est probablement au festival Bol de Funk et à son insatiable instigateur Dj C qu’elle le doit. En 2011, nouvelle formule : rendez-vous tout au long de l’année.

Ancrée dans la tradition des authentiques prêcheurs façon soul sudiste et dans le groove urbain façon Motown, la neuvième édition de Bol de Funk s’annonce comme une parade d’excellence, en plusieurs étapes. Introduites par des artistes sortis du creuset Daptone (ceux-là mêmes dont Amy Winehouse a vainement essayé de braquer le son), les têtes d’affiche n’en seront que plus convaincantes. Entre le prolo rythm’n’blues Charles Bradley et l’élégant Lee Fields, les parties vocales soulèveront corps et âmes, pour un remarquable premier rendez-vous à l’Espace Julien. C’est qu’authenticité reste le maître mot de Dj C, concernant son expérience pionnière à Marseille : « Bol de Funk réunit un public de “vrais gens”, de tous âges, de toutes couleurs, de tous sexes et de toutes catégories socioprofessionnelles… Bien sûr, il n’est plus le même qu’en 2003, mais le brassage est identique. Ecouter des musiques soul, funk et jazz qui ont entre trente et cinquante ans d’âge demande une certaine sensibilité, une certaine curiosité, et le goût de l’effort pour sortir des sentiers battus du marketing musical. Zoomer sur la culture noire américaine avec comme levier la musique des années 60/70 amène forcément du lien vers d’autres expressions autour de cette communauté et de cette période d’ébullition créative. Comme la danse, le cinéma, la littérature et les arts plastiques. Des ingrédients naturels du Bol de Funk qui m’ont permis de présenter à Marseille le travail de la cinéaste Shirley Clarke, la peinture de JonOne, l’écriture d’Iceberg Slim ou les danseurs anglais du collectif Jazzcotech. C’est un tout cohérent qui forme un art de vivre universel et intemporel. » Cet esprit se retrouve dans les projets de l’équipe organisatrice du festival, avec notamment la sortie d’une seconde compilation au printemps et peut-être l’organisation d’évènements extra-phocéens. Pourtant, « Marseille est la ville la plus funky de France parce qu’elle est roots, colorée, extravagante et sale… Aujourd’hui, le funk a fait sa révolution en France et le public s’est un peu dilué dans une multitude de propositions. La période d’euphorie liée à la (re)découverte semble déjà faire partie du passé, tout en s’inscrivant dans un grand cycle d’éternel recommencement. » Une révolution groove n’est-elle pas en marche ?

Laurent Dussutour

Bol de Funk avec Lee Fields & The Expressions et Charles Bradley & The Menahan Street Band : le 26/02 à l’Espace Julien (39 Cours Julien, 6e). Rens. 06 62 48 91 93 / boldefunk.org

[22 fév 2011] Munk le 25 en Dj-set à Seconde Nature

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La Dolce Vita

Mathias Modica est l’homme qui se cache derrière le label Gomma et le projet Munk, dont le nouvel album sort cette semaine. Il est italien, a ses bases en Allemagne, mais se pose aujourd’hui comme une pièce maîtresse de l’échiquier musical phocéen. Presentazione.

C’est l’histoire d’un musicien, plutôt réputé, qui arrive d’outre-Rhin pour poser ses valises à Marseille. Pas l’inverse : des expatriés marseillais à Berlin opérant dans le même registre, électronique, il y en a eu hier (Danton Eeprom) et il y en a encore aujourd’hui (Humantronic). Non, là, c’est tout à la fois le patron du label Gomma — basé à Munich — et le multi-instrumentiste caché derrière le projet Munk, auteur de deux albums plébiscités par les circuits fermés de la hype, qui décide un beau jour de lâcher l’effervescence teutonne pour venir prendre un peu le soleil du midi. Dingue. Se passerait-il des choses à Marseille ? Oui : il y a des filles, et on peut penser qu’elles ont un peu plus chaud qu’à Berlin. Enfin, il y a la fille : la copine de Mathias, Mathias Modica, donc. Les filles occupent une place toute particulière dans la vie de Mathias : il les invite sur ses disques, surtout si elles sont nimbées d’une aura sulfureuse et sexy (Asia Argento et Dj Chloé par le passé). Pour son nouvel album, il en a carrément invité dix, de nationalités diverses, à venir chanter sur ses compos. Inaugure-t-il un nouveau costume de producteur pour ces dames, à la façon d’un Gainsbourg dont on « célèbre » ces jours-ci le vingtième anniversaire de la mort ? Un poil plus soft quand même : « J’aime la house et la bonne pop, et c’est ce que reflète cet album. Ces dernières années ont été dominées par de la musique électronique assez agressive, Boys Noize, Simian Mobile Disco, etc. Je pense qu’il est temps de revenir à quelque chose de plus doux, et quoi de plus doux que d’inviter quelques jolies filles ? » Si la musique de Munk reflétait jusqu’alors assez bien la diversité de styles qu’a toujours embrassés son label aux velléités rock (WhoMadeWho, Headman, Box Codax…), elle s’affiche aujourd’hui sous un jour plus lumineux, aguicheur… terriblement « italo ». Les racines de Mathias n’y sont bien sûr pas étrangères, et nous renvoient à une Italie sublimée où costumes chics, vespas et ragazzas se croisent sous le soleil brûlant des années 80. Une formule qui a forcément plu à pas mal d’acteurs de la nuit marseillaise, éblouis par le retour de la boule à paillettes (les branchés de l’axe Oogie/La Dame Noir, la marque Kulte, Nasser…), avec qui les collaborations n’ont pas tardé à venir. Alors, Marseille, prochaine place forte de la night ? « Marseille est l’une des rares villes en Europe où tu peux sentir qu’il va se passer un gros changement dans les dix, quinze prochaines années. La gentrification1, la diversité culturelle… Je pense que c’est le bon moment pour venir ici : c’est un peu comme Berlin au début des années 90… quand chacun savait qu’il y aurait une grosse spéculation financière et d’importants changements d’ordre touristique. Je veux être là si ça arrive… et même si ça n’arrive pas ! Pour moi qui ai vécu à Berlin, c’est un vrai bol d’air que de venir ici. » Etonnant de la part d’un mec qui a l’habitude de fricoter avec des labels aussi cotés que DFA ou Ed Banger. Non ? « Ha ha… J’ai beaucoup de respect pour les gens d’Ed Banger, il nous arrive de faire des soirées ensemble, comme récemment à Bruxelles. Mais je ne suis pas vraiment dans leur musique. Il y a des similitudes, certes, en termes d’influences… sauf que nous avons commencé deux ans plus tôt, et que nous avons précédé certains de leurs choix. Gomma est plus proche de DFA artistiquement : ce sont des amis de longue date qui ont une approche musicale similaire, et qui, surtout, restent indépendants comme nous. » La grande force de la petite entreprise de Mathias, c’est qu’elle arrive effectivement à tenir en toute indépendance dans un contexte de crise qui n’a surtout pas épargné la musique, grâce à un énorme réseau de fans et une crédibilité sans failles. Dès lors, que notre homme décide d’en piloter une partie à côté des cigales et des sardines ne peut, logiquement, influer sur sa bonne marche. Et c’est très bien comme ça. Munk à Marseille ? Plus douce la vie.

Texte : PLX
Photo : Laurent Grino

Le 25 en Dj-set à Seconde Nature (27 B Rue 11 Novembre, Aix-en-Provence). Rens. 04 42 64 17 97 / www.secondenature.org / www.gomma.de

Dans les bacs : The bird and the beat (Gomma)

  1. La rédaction tient à préciser qu’elle s’oppose complètement à ces propos. []

[22 fév 2011] Short Cuts 275

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Bleubird > le 23 à l’Embobineuse
Tout fraîchement sorti sur Jarring Effects, le maxi JFX Meets Bleubird prouve entre autres expériences « rapologiques » que Bleubird porte toujours le flow atypique et mitrailleur qui lui forge depuis quelques temps une solide petite réputation de one man hip-hop show, aux collaborations prolifiques et internationales. Le nombre de MC migrateurs est en déclin, mais rassurez-vous, en voilà un qui n’a toujours pas de plomb dans l’aile.

JFX Meets Bleubird (Jarring Effects)
JSa

Watcha Clan > le 25 à l’Affranchi
En injectant une dose de jungle dans leur reggae, Watcha Clan s’est rapidement sorti de la déferlante des groupes marseillais qui tentaient de surfer sur la vague rasta. Ces impies, véritables bêtes de scène, ont dévié vers une électro-world glanée au fil de leur long périple loin de la bienveillance de notre Bonne Mère. C’est avec un nouveau visage qu’ils reviennent nous conter leurs aventures au travers de Radio Babel, eux qui savent comme personne que nul n’est prophète en son pays.

Radio Babel (Piranha/Vaï la Bott)
LJ

M.O.P. > le 25 au Cabaret Aléatoire
Connu du grand public grâce à l’incroyable titre Ante Up, le Mash Out Posse, composé des natifs de Brooklyn Lil Fame & Billy Danze, est l’un des plus emblématiques représentants du hip-hop hardcore et agressif new-yorkais. Grâce à des productions efficaces et soignées (fréquemment signées par DJ Premier) et au talent unique de ces deux MC, le show du duo promet d’être exceptionnel et fera le bonheur de tout bon amateur de hip-hop East Coast.

Foundation (E1 Records/Koch)
MD

Chali2Na et La Rumeur > le 26 au Cabaret Aléatoire
Deux têtes d’affiches pour cette soirée de clôture des Breaks Series #2. D’un côté, Chali2Na, ancien MC emblématique du Jurassic 5, accompagné d’un backing band pour nous distiller son flow unique. De l’autre, La Rumeur, groupe de rap parisien adulé pour ses textes conscients et subversifs, enchaînant les concerts afin de promouvoir De l’Encre, une série télévisée réalisée par les leaders du groupe, Ekoué et Hamé.

www.la-rumeur.com
MD

This Quartet > le 3 au Planet Mundo Kfé
Le rendez-vous hebdomadaire fixé au jeudi dans la cave du Mundo par le quartet du pianiste Nicolas Arias accueille en son club, et dans la plus pure tradition des jam sessions, des camarades musiciens provençaux de haut vol. Pour se réapproprier brillamment les standards d’Herbie Hancock par exemple, bien sûr, mais également et surtout afin de survoler les terres vierges d’une musique en perpétuelle ébullition créatrice : le jazz.

www.myspace.com/jamsessionjazz
JSa

Ebony Bones > le 4 au Cabaret Aléatoire
Entre post-punk festif teinté d’afrobeat et de pop futuriste, l’ex-actrice de soap multi-instrumentiste revient au Cabaret pour délivrer un de ses lives généreux et bordéliques. Ebony Bones pioche allègrement dans tous les registres de l’électro en passant par la pop, sans renier ses influences funk. Improbable mix entre Grace Jones et The Clash, elle délivre un tribalisme chic et se démarque par son originalité, pour un concert placé sous le signe du nu clash.

Bone Of My Bones (Sunday Best Recordings)
M-MS

Robert Hampson + Pyo + Sliding Zero > le 4 à l’Embobineuse
Trois projets extraterrestres aux origines hybrides et minimalistes, orientées électroacoustique. Après le metal indus, Robert Hampson officie dans le drone tandis que les deux projets marseillais Pyo et Sliding Zero préfèrent noyer les mélodies sous l’ambient pur et dur. Un plongeon radical au cœur de la machine, pour en toucher l’essence, qu’elle soit digitale ou analogique. Soirée d’ouverture du Festival Interface, à suivre tout au long du mois de mars, de Data à l’Embobineuse.

www.lembobineuse.biz
JSa

Dj Vadim & The Electric > le 5 au Poste à Galène
Le Dj producteur anglais vient présenter son nouveau projet pour lequel il s’est entouré d’un clavier, d’un MC et d’une jeune diva soul. Si la formule groupe dynamise sans aucun doute ses prestations scéniques, on reste dubitatifs quant à l’esthétique d’ensemble qui cherche à se rapprocher des hits hip-hop 90’s (Dr Dre, Redman…), mais sonne parfois comme du R&B FM. Malgré ça, on reste confiants: Vadim a toujours assuré lors de ses précédentes escales marseillaises !

Life is moving (Organically Grown Sounds)
Nas/im

L’Enfance Rouge > le 5 à l’Embobineuse
L’Enfance Rouge est tout sauf innocente. Le trio italo-franco-tunisien fait vibrer avec véhémence nos cordes politiques et déverse avec conviction un flot/flow subversif depuis dix-huit ans déjà. Leurs paroles explicites sont dignes d’un laboratoire de catastrophe générale à la Dantec. Un univers rock bien à eux, qui fait autant penser aux premières fulgurances d’un Noir Désir qu’aux cris d’une révolte profondément incarnée, qui continue de brandir le poing.

www.enfancerouge.org
JSe

Sea of Bees > le 6 à la Mesón
Porté par les frêles épaules de Julie Ann Bee, le projet Sea of Bees est malheureusement passé inaperçu de ce côté-ci de l’Atlantique, malgré un premier album plutôt réussi. La jeune Californienne, à la candeur charmeuse, nous reçoit à la Mesón pour une petite parenthèse de folk bucolique qui devrait ravir les amateurs de voix enfantines à la Coco Rosie, ainsi que les fans de l’acoustique champêtre de Milenka. Un concert en forme de promesse, tout en douceur…

Songs for the Ravens (Crossbill Records)
nas/im

[22 fév 2011] Le Voyage de Penazar à la Cartonnerie

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Libre Entreprise

Cela fait maintenant sept ans que la compagnie L’Entreprise s’est associée au Théâtre Massalia et à Système Friche Théâtre dans un projet de « permanence ». A l’occasion du dixième anniversaire de la pièce Le voyage de Penazar, son créateur, François Cervantes, revient sur cette aventure et les difficultés rencontrées.

En 2004, la compagnie L’Entreprise posait ses valises à la Friche Belle de Mai. « J’avais l’envie d’un nouveau fonctionnement pour la compagnie, de ne plus être nomade, de ne plus aller de ville en ville sans créer de liens avec le public », explique François Cervantes. L’idée séduit Philippe Foulquié, directeur du théâtre Massalia et à l’époque, également directeur de la Friche. Une convention est donc signée entre la compagnie, le théâtre et l’association Système Friche Théâtre (SFT). Le projet de la permanence commence. « Le but de cette expérience unique est de réinscrire l’art dans la vie de tous les jours et de retrouver un vrai rapport avec le public, de permettre aux gens de revenir voir un spectacle plusieurs fois et de connaître les acteurs grâce à des périodes de représentations plus longues et au même endroit. Ce qu’on voudrait, c’est une sorte de maison-théâtre.» Une initiative risquée au niveau économique puisque durant ces périodes « sédentaires » à la Friche, la compagnie ne se fait pas produire, ne vend pas son spectacle. « Massalia et l’association nous fournissent des aides logistiques et fonctionnelles et en contrepartie, on fournit des représentations sans qu’il y ait de contrats d’achat entre le théâtre et nous. Ça nous fragilise forcément un peu d’un point de vue économique, mais cela permet aussi de baisser le prix des places et de gagner en liberté dans nos rapports avec le public. » Sept ans après, le constat s’avère mitigé : malgré un bilan artistique très concluant, L’Entreprise connaît hélas la crise. « Le projet fonctionne au niveau humain. On a une vraie complicité avec le public et avec les autres compagnies de la Friche. C’est une expérience à long terme que l’on souhaite poursuivre. » Seul (gros) point noir dans cette organisation : le manque de financement. Assez ironiquement, les différentes tutelles applaudissent l’initiative, mais n’ont pas encore attribué de financement. « Nous n’avons pas encore trouvé notre équilibre économique et même si Massalia nous soutient, ses moyens n’ont pas bougé depuis sept ans. On arrive à une période critique. Il nous faut un lieu et un vrai budget. » Et Marseille Provence 2013 dans tout ça ? « On ne sait pas encore comment ça va se passer, c’est assez flou. On aimerait un accompagnement, une reconnaissance pour le travail fait ici. Mais pour l’instant, il y a des frictions et les concertations ne sont pas assez régulières ni assez poussées pour aboutir à quoi que ce soit. » Malgré ces difficultés, la compagnie L’Entreprise continue de créer. Jusqu’à quand ?

Texte : Aileen Orain
Photo : Agnès Libbra

Le Voyage de Penazar : du 8 au 26/03 à la Cartonnerie (Friche La Belle de Mai, 41 rue Jobin, 3e). Rens. Théâtre Massalia : 04 95 04 95 70 / www.theatremassalia.com

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