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janvier 2011

[26 jan 2011] 32, rue Vandenbranden : du 3 au 5/02 au Théâtre du Merlan

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Force brute

Le Théâtre du Merlan et le collectif Peeping Tom, c’est une relation qui dure pour le bonheur de tous. Avec 32, rue Vandenbranden, un quartier de Bruxelles déménage au pôle nord pour tester les aptitudes de l’humain dans les conditions du grand froid et de la solitude.

Peeping Tom aime le cinéma. Rappelons que le nom de ce collectif est tiré du titre original d’un thriller de Michael Powell (Le voyeur en VF). Pour sa dernière création, The ballad of Narayam de Shohei Imamura sert de fil conducteur. Ce que l’on admire chez Peeping Tom, c’est la démesure des attitudes qui déclenche des torsions du corps propres à se péter le dos. Chaque situation convoque l’hystérie de l’homme dans son rapport à l’autre et l’amène à envisager le pire, qu’il s’agisse d’amour ou de haine. L’individu, dans une proximité trop étroite, retourne au règne animal et se découvre des aptitudes à la cabriole et au rapport violent, parce que la nature se moque de l’homme. Dans cette escalade du no limit, une forme de timidité s’installe, celle de l’absence de dialogue qui pousse à la confusion et au rapport instable. Peeping Tom, c’est un groupe d’adultes avec des envies d’enfants. Parce qu’à l’écart de la morale et du bien pensant, tout redevient possible comme une roulade sur le parquet, un déboulé du haut de la colline, un crash dans un mur de neige. L’avenir de la danse, c’est aussi un scénario et une distribution.

Texte : Karim Grandi-Baupain
Photo : Herman Sorgeloos

32, rue Vandenbranden : du 3 au 5/02 au Théâtre du Merlan (avenue Raimu, 14e). Rens. 04 91 11 19 20 / www.merlan.org

[26 jan 2011] Amateurs d’indépendances (France – 2010) de Claude Bossion et Agnès O’Martins (Circuit Court)

dvd-Amateurs-d%E2%80%99inde%CC%81pendance.jpgPoint d’orgue du travail accompli depuis des années sur les films amateurs (largement relayé dans ces colonnes), Amateurs d’indépendances est nourri de la longue expérience de la structure marseillaise Circuit Court, associée à Cinémémoire, en matière d’images familiales tournées par des particuliers. Ou comment l’histoire individuelle rencontre la grande marche de l’Histoire. C’est à l’occasion du cinquantenaire des indépendances africaines que Claude Bossion a décidé de réaliser ce documentaire sur l’évolution historique de certains territoires d’Afrique, dans les années 50 et 60. Le film se présente comme un hommage aux luttes parfois sanglantes qui ont accompagné les chemins de la liberté, mais également à toutes celles et ceux qui, dotés de modèles grand public, ont couvert ces évènements à hauteur d’homme.
EV

[26 jan 2011] Le dos au mur (France – 1980) de Jean-Pierre Thorn (Périphérie)

dvd-Le-dos-au-mur.jpgEditeur de la revue Positif, Périphérie sort, accompagné d’un ouvrage de Tanguy Perron, le film engagé de Jean-Pierre Thorn, documentariste au parcours chaotique. Ce dernier décida en effet d’abandonner le cinéma pour travailler à l’usine métallurgique Alsthom de Saint-Ouen, dont il tirera l’essentiel du scénario du Dos au mur. Au cœur de la mécanique ouvrière, et de la lutte sociale inhérente, le cinéaste offre ici un regard exceptionnel sur les utopies, les conquêtes et les désillusions de la fin des années 70, s’ouvrant bientôt sur une nouvelle étape de l’industrialisation. Un film aux accents terriblement contemporains, qui souligne les prémisses des dégâts d’une ère où l’ouvrier apparaît à son tour comme une marchandise, au même stade que les produits qu’il fabrique.
EV

[26 jan 2011] The Exiles (USA – 1961) de Kent MacKenzie (Les films du Paradoxe)

dvd-The-Exiles.jpgC’est à Milestone Film, déjà remarqué pour leur travail sur Killer of sheep, que l’on doit la restauration de ce film somptueux. Le cinéaste a décidé de suivre, dans la Californie des 60’s, le sort des Amérindiens expulsés de leur réserve, errant dans un monde qui n’est pas le leur, à la recherche d’une réelle intégration. Se dévoile alors un objet filmique non identifié, à la frontière du réalisme social, de la fiction et du documentaire, époustouflant de puissance. La route perdue de ces natifs américains se confronte à l’âge d’or d’une société blanche individualiste, à l’opposé de la culture indienne. Ce « docudrame naturaliste », comme le soulignait Kent Mackenzie, dévoile la lente destruction de rêves avortés que les personnages, désemparés, livrent à la caméra. The exiles s’offre comme un film d’archive rarissime sur un pan peu glorieux de l’histoire américaine.
EV

[26 jan 2011] La secte des morts-vivants (Grèce/USA/GB – 1975) de Costas Karagiannis

dvd-La-secte-des-morts-viva.jpgLa première surprise de ce nanar vient d’abord d’une grande découverte : les Grecs aussi, dans les années 70, font dans le navet de genre « horrorolala ». Comme quoi, c’est vraiment une coutume planétaire à cette époque-là. La deuxième surprise vient du casting : Peter Cushing (un habitué du registre) et Donald Pleasance. On imagine que ce dernier devait vivre une affreuse période de vache maigre, être poursuivi par le FISC ou avoir une piscine à financer. Troisième surprise : la bande originale du film, point positif au demeurant, est composée par l’immense Brian Eno. Et là encore, on se demande comment et qui a eu l’idée de le contacter pour lui proposer ce projet. Et surtout, s’il a lu le script, qu’est-ce qui l’a poussé a rejoindre Karagiannis ? Mystère insondable du cinéma bis…
LV

[26 jan 2011] Laurent Rivelaygue et Olivier Tallec Les grands soldats (Gallimard BD)

millefeuille-les-grands-sol.jpgA partir d’un fait historique étonnant — Frédéric-Guillaume 1er, le roi de Prusse, se met en tête d’avoir la plus grande armée du monde en taille et fait enlever des dizaines de « géants » aux quatre coins de l’Europe — et difficile à traiter, les deux auteurs parviennent à accoucher d’une BD purement et simplement passionnante. Pleine de malice, influencée par un graphisme contemporain magnifiquement maîtrisé et enlevé, cette histoire embarque le lecteur sur la durée et ne le lâche qu’à regret. Le scénario foisonne de rebondissements, de personnages secondaires pas piqués des vers et ose donner parfois dans un érotisme clairsemé. En bref, Rivelaygue et Tallec se sortent haut la main de ce qui aurait pu être un traquenard digne de ceux que ce roi fou tendait à ces géants pour les capturer et les enrôler de force. Du grand art si l’on peut dire…
LV

[26 jan 2011] Micol Le chien dans la vallée de Chambara (Futuropolis)

millefeuille-Le-chien-dans-.jpgOrpheline de père, une jeune fille part à la chasse avec ses trois voisins. Elle assiste à l’assassinat d’un homme par deux des trois cavaliers. Souhaitant rentrer chez elle, elle passe sur un lac gelé, mais la glace cède et elle tombe dans l’eau. Ses trois voisins décident de la laisser là, chacun voyant son intérêt dans sa mort… Hugues Micol nous a habitués à changer régulièrement de style et à signer des œuvres fortes, la plupart de ses albums étant des variations autour des récits d’aventure et de leurs codes. Il retrouve ici l’univers du Japon médiéval. La mise en page, d’une grande liberté, change sans cesse, mais cela est toujours au service de l’histoire. Le dessin se révèle lui aussi intense et sa mise en couleurs, magnifique. Dense et surprenant, ce récit est l’une des bonnes surprises de ce début d’année.
BH

[26 jan 2011] Benjamin Chaud Adieu Chaussette (Hélium)

millefeuille-Adieu-Chausset.jpgLe narrateur du nouvel album de Benjamin Chaud est un petit garçon dont le meilleur ami est un lapin buffle nommé Chaussette. Le jour où il prend conscience qu’il devrait plutôt jouer avec d’autres enfants de son âge qu’avec un lapin « nul en foot, nul à la bagarre », il décide de se séparer de Chaussette et de l’abandonner dans la forêt. Pris de remords, il revient sur ses pas pour récupérer son lapin, mais celui-ci a disparu… Cet album à la fois très drôle et tendre que Benjamin Chaud a non seulement illustré mais aussi écrit permet de retrouver l’univers de l’auteur de Pomelo Benjamin Chaud et La Fée Coquillette. Il y dresse le portrait tout en finesse d’un garçonnet à mi-chemin entre Calvin et Charlie Brown. Vivement conseillé à tous les enfants dès 5 ans.
A noter, la librairie Histoire de l’œil vous propose également sa Grandimage de l’opéra (image paravent de 100×55cm accompagnée d’un livret avec des détails commentés de la fresque) aux éditions La Maison en carton.
NC

[26 jan 2011] Dash Shaw BodyWorld (Dargaud)

millefeuille-Dash-Shaw.jpgLe jeune prodige de la BD américaine version nouvelle (beat) génération signe ici le plus hypnotique des romans graphiques. Dilué sur papier glacé depuis novembre, soigneusement emballé, piquant, attractif, et complètement hallucinatoire ! Petite défonce de rattrapage donc, pour un BodyWorld d’abord en ligne, désormais entre les mains tremblantes de lecteurs accros depuis l’excellent Bottomless Belly Button. Après s’être penché sur la famille et le souvenir, Dash Shaw met en scène un spécialiste des substances psychotropes, un brin camé et excentrique, qui étudie de façon ludique les effets d’une mystérieuse plante découverte entre les murs d’une cité futuriste et aseptisée. En découle une bonne dose de frasques télépathiques et visuelles aux couleurs fortement addictives, mettant en scène des personnages aux formes variables. Au-delà de la simple et naïve défonce, l’auteur fournit une analyse sociétale des plus complètes, tour à tour effrayante, humoristique et jubilatoire. De la bonne.
Jordan Saïsset

[26 jan 2011] Philip Selway - Familial (Bella Union)

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C’est avec un peu de retard qu’apparaît enfin dans ces colonnes le premier album solo de Phil Selway, batteur émérite de Radiohead. Si l’ambiance demeure aussi feutrée et aérienne que sur les disques du groupe d’Oxford, la production est quant à elle plus épurée, embrassant de toutes ses cordes une folk music doucereuse et délicate. Plus mélodiste que musicien, l’homme aux baguettes d’argent nous dévoile ici ses premières romances, un brin mélancoliques mais jamais vraiment tristes. Une réussite tout en quiétude : une seule écoute suffit à rendre Familial familier.
nas/im

[26 jan 2011] The Elektrocution - Trouble Magnet (Pyromane/Discograph)

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De Clermont-Ferrand, ville rock par excellence, le label de Patrick Fouilhoux (rédacteur chez Rock Sound et Rolling Stones) apporte son pavé à l’édifice. Dernière signature : les Rouennais de The Elektrocution qui sortent là leur deuxième album. Comme annoncé avec Open heart Surgery, le récent Trouble Magnet hésite entre rock 70’s et punk-rock. Une indécision qui les laisse arpenter une route défrichée par les Queen Of the Stone Age, dernière cuvée. En découle un album groovy et mélodique rentre-dedans par moments… L’année commence bien.
dB

[26 jan 2011] Agoria - Impermanence (InFiné/Discograph)

galette-Agoria2.jpgDepuis longtemps, on sait qu’Agoria est l’héritier le plus légitime de Laurent Garnier. Parce qu’il est un Dj hors-pair qui sait s’adapter à son auditoire, mais aussi parce que sa vision à 360° de la musique lui permet d’éviter les sentiers balisés de la techno. Avec ce troisième album qui sort sur son propre label, le Lyonnais franchit un cap : en plus d’être un excellent producteur, il démontre ici que ses récentes compilations mixées ont eu un impact décisif sur sa musique, désormais tout en ambiances et en vertiges ascensionnels. Un virage « deep » de toute beauté.
PLX

[26 jan 2011] Stranded Horse - Humbling Tides (Talitres)

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Caché derrière le nom de Stranded Horse, Yann Tambour poursuit son odyssée acoustique, délaissant une nouvelle fois sa guitare pour la kora. Ici, le blues retrouve les couleurs originelles de ses griots africains. Sur de superbes compositions, les paroles, murmurées, créent entre l’auteur et l’auditeur une intimité propice aux évocations les plus intimes. Seuls les rares titres chantés en français, pourtant pas mauvais, nous privent de cette magie. Cela ne nuit guère à la qualité et à l’originalité de ce projet qui se démarque vraiment du revival folk actuel.
nas/im

[26 jan 2011] Ducktails - III : Arcade Dynamics (Woodsist/Forte)

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La musique de Ducktails rassemble toute la mélancolie d’un dimanche. Comme une vie entre deux périodes, celle qui s’éteint, celle qui prend forme. Au centre, des visions, pop et volatiles comme nos rêves, de réjouissantes ballades volontairement cheap et désuètes aux airs d’éternels au revoir ressuscités sur une guitare. Et c’est à bord de ce nuage bricolo, sur fond de générique TV des années 80 flouté par l’oubli, que Matthew Mondanile partage ses réminiscences psychédéliques. Un bel hommage au temps qui passe, inexorablement, c’est dans l’ordre des choses.
JSa

[26 jan 2011] Pierre Diaz & Trio Zephyr - Jours de vent (La Buissonne / Harmonia Mundi)

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Fruit de la rencontre d’un trio à cordes féminin — le trio Zephyr — et des arabesques cuivrées de Pierre Diaz, Jours de vent élargit le langage musical improvisé aux champs poétique et politique. Sur fond d’extraits sonores évoquant la guerre d’Espagne, chaque musicien joue de son instrument et de sa voix pour tracer cet entrelacs mélodique, à la fois plaintif et plein de vie. Si on pense parfois à Charlie Haden pour le procédé et le propos, la gravité des cordes et le minimalisme ambiant donnent à l’ensemble une facture plutôt sombre et classique.
nas/im

[26 jan 2011] Suuns - Zeroes QC (Secretly Canadian/Differ-Ant)

galette-Suuns.jpgSuuns
Zeroes QC (Secretly Canadian/Differ-Ant)

La belle surprise de ces dernières semaines au rayon rock indé : un quatuor canadien qui a trouvé le juste équilibre (c’est toujours le plus difficile) entre beats abrasifs et chaleur d’une instrumentation « classique », décharges électriques et variations sur un dancefloor. Un premier album fort bien dosé, qui s’impose d’emblée tout en augurant du meilleur pour la suite. Et puis il y a cette chose parfaite, Sweet nothing : sept minutes de montée dans un brouillard traversé de flashes stroboscopiques, hallucination indie-kraut-rave totale, hit de l’hiver. Moonstrueux.
PLX

[26 jan 2011] Papaye - La chaleur (Africantape/Orkhestra International)

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Le batteur de Pneu et les guitaristes de Kommandant Cobra et Room 204 livrent un remarquable premier opus math-rock mitrailleur, rapide comme l’éclair et en course jusqu’au sommet. Comble du vice : d’apaisantes éclaircies prennent timidement forme ici et là… afin d’embrayer plus virulemment derrière. Une véritable bipolarité maitrisée, laissant entrevoir les rouages d’un savant et précieux équilibre. Et les petits veinards présents le 10 février à la Machine comprendront sûrement la subtile pochette, non sans rappeler qu’il s’agit bien d’une musique sévèrement burnée.
JSa

[26 jan 2011] Minecraft (Markus Persson – PC, Mac, Linux)

jeu-minecraft.jpgMinecraft est le produit d’un homme talentueux, imaginatif et obstiné, au point d’avoir démissionné de son emploi de développeur pour se consacrer à son œuvre. Il symbolise la force actuelle des créateurs indépendants car, avec plus de trois millions de membres (dont un million payants, le ticket d’entrée étant actuellement à 15 €), il est le phénomène vidéoludique du moment.
Si ce titre passionne et fédère une si grande communauté, ce n’est pas par sa réalisation, qui ne joue d’aucun effet moderne pour épater le chaland. En effet, ses graphismes cubiques et dépouillés ne flattent pas la rétine, aucun moteur physique réaliste ne régit l’animation des créatures, tandis que les décors ont la fâcheuse manie d’apparaître tardivement. C’est par-delà la plastique que sa beauté se trouve.
En effet, malgré des tares techniques évidentes (que des patchs tendent à gommer), il fait preuve d’une réelle esthétique et l’on se sent chez soi dans ce monde modulable à l’envi. On se surprend à la contemplation et l’impression prégnante d’évoluer dans un monde fantasmagorique, entre merveilleux (un lever de soleil sur la mer) et cauchemardesque (les grognements des créatures la nuit tombée), enivre le joueur à l’âme voyageuse.
Le succès du jeu repose sur son gameplay, façonné avec une méticulosité qui confine à l’artisanat. Dans le mode « survie», rien ne nous est imposé. La partie commence dans un paysage inconnu (généré aléatoirement), à la superficie six fois supérieure à celle de notre planète. Face à l’immensité et à la variété de cet univers, les possibilités d’exploration sont immenses, mais, dans un premier temps, il faut se préoccuper de survivre. En effet, bien que la tentation de flâner soit forte, le temps passe et, sitôt la nuit tombée, des monstres ne tardent pas à nous attaquer. Il faut alors exploiter ses journées à récolter des matériaux en vue de fabriquer des outils indispensables à notre survie. Ainsi, disposant d’une pioche fabriquée à l’aide des arbres, il est aisé de tailler la pierre et de fabriquer un abri dans le flanc d’un bloc rocailleux. La roche récoltée permettant de construire des instruments plus solides que ceux en bois, le joueur peut alors élargir sa zone d’exploration, en établissant des camps de fortune au gré de ses pérégrinations.
Les possibilités de construction sont multiples et donnent tout son attrait au titre : quelques planches permettent de créer des échelles ou des coffres ; des blocs de pierre s’assemblent en un four ; du charbon et un bâton fournissent des torches ; le cuir des vaches sert à confectionner des vêtements ; le fer est la base d’une boussole… Ce large spectre de combinaisons laisse libre cours à notre imagination (dans la limite des objets prévus par le développeur) et apporte une profondeur considérable au système de jeu.
C’est ainsi que des milliers de personnes à travers le monde ont su s’organiser pour construire, bloc par bloc, des villes entières, composées de bâtiments d’une complexité architecturale confinant à la monomanie et de kilomètres de rails traversant des caves illuminées ou des passages aériens vertigineux.
Le champ de création est immense et la notion de bac à sable, une mécanique dans laquelle de toute action découle un élément ludique, n’a jamais été aussi bien exploitée. Minecraft est une expérience phénoménale.

Sébastien Valencia

[25 jan 2011] Festival La Première Fois

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Plan A

Aix-en-Provence, décidemment très active ces dernières années en termes de manifestations cinématographiques, accueille la deuxième édition du tout jeune festival de premiers films documentaires.

Suivant les traces de Premier Plan, festival angevin de fictions cinématographiques dédié aux premières œuvres, Les films du Gabian proposent dans la région aixoise leur second rendez-vous autour du premier film documentaire, sobrement intitulé La Première Fois. Au-delà de la rencontre entre public et jeunes documentaristes, l’ambition affichée est d’interroger le geste cinématographique conduisant à sa mise en forme, au sein d’un genre aujourd’hui largement représenté, en salles comme en festivals. Une démarche particulièrement enrichissante, les réalisateurs se nourrissant dans leurs premiers pas des regards du spectateur. Au-delà, c’est toute la pratique de cet art en devenir que l’on visite ici via projections, rencontres et tables rondes. Une manifestation que parraine cette année le cinéaste en(g/r)agé Jean-Pierre Thorn, auteur d’un film magnifique, Le dos au mur, retour sur ses années de lutte ouvrière au sein de l’usine Alsthom de Saint-Ouen, en 1978. Le ton est donné : cette nouvelle édition s’impose cette année sur le thème de l’engagement, dans sa définition la plus large possible, indissociable de ce fameux geste cinématographique. Un angle de travail que l’on retrouvera dans les films de Jérémy Forni (Après la gauche), Raluca Bunescu (Mine de rien), Till Roeskens (Aïda, Palestine), voire Claire Cravinho (Sand Box). Mais également dans le dernier opus de Jean-Pierre Thorn, découvert en 2010 sur Arte, 93, la belle rebelle, histoire d’une résistance musicale en Seine-Saint-Denis. La collaboration avec l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence a par ailleurs conduit les organisateurs à s’interroger sur les liens étroits que tissent de manière exponentielle le champ documentaire et l’art contemporain. Une approche d’ailleurs chère à Jean-Pierre Rehm, tête chercheuse du FID, qui privilégie depuis quelques années, dans sa programmation, les œuvres hybrides à cheval entre les deux genres. Ce sera en l’occurrence l’occasion, le second jour du festival, d’une table ronde réunissant Paul-Emmanuel Odin, Till Roeskens, Pierre Paliard et François Lejault, autour du documentaire de création inspiré de la démarche plasticienne. Enfin, issus pour certains de la même promotion du master professionnel « Métiers du film documentaire » d’Aix, les membres de l’équipe organisatrice des Films du Gabian se devaient d’aborder toutes les contingences de la création audiovisuelle et faire partager leur propre expérience. Dont acte dans divers ateliers plus techniques, à l’instar des séances de « pitching » ou de la table ronde « Produire un premier film ». Cette toute fraîche manifestation a ainsi l’originalité et l’intelligence de remettre au cœur de l’événement toutes les énergies qui participent à l’existence même d’un film : réalisateurs, producteurs, organisateurs et public.

Emmanuel Vigne

Festival La Première Fois : du 1er au 4/02 à l’Ecole d’Art d’Aix-en-Provence et à la Salle Yves Montand (Saint-Cannat). Rens. 06 84 95 15 93 / http://sites.google.com/site/festivalpremierefois

[25 jan 2011] Le Quattro Volte (Italie – 1h28) de Michelangelo Frammartino avec Giuseppe Fuda, Bruno Timpano…

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Le chant du monde

Bonne nouvelle : l’infâme Cavaliere transalpin a eu beau briser les pattes du cinéma italien, ce dernier réussit un lent mais majestueux retour sur la scène européenne. 2010 avait célébré le sublime La bocca del lupo, 2011 démarre sous le regard éminemment contemplatif de Michelangelo Frammartino dans Le Quattro Volte, second film d’un créateur économe, remarqué avec un Il dono tout en intelligence et en retenue, tourné avec un bout de ficelle (pas un de plus. Budget du film : 5000 euros). Faisant écho aux chefs d’œuvres de Vittorio de Seta, le cinéaste plante sa caméra au cœur de la région calabraise, accompagnant sans artifices les cycles des saisons et des éléments, qui alimentent au fil des siècles cette terre nichée aux confins d’une Italie kaléidoscopique. A l’instar de Giono, Frammartino n’est pas un artiste naturaliste, mais un cinéaste de la nature, au cœur de laquelle l’homme n’est qu’un maillon comme un autre, assujetti aux rites des saisons. Ou la dramaturgie panique toujours recommencée. Ce qui n’exclut ici ni la contemplation, ni la poésie, vecteurs d’une narration parfois naïve. C’est là ce qui peut dérouter le spectateur à la découverte de ce film sans dialogues : l’apparente composition de cette fresque suit une trame simple, jamais simpliste, l’éternelle boucle de la vie. Le cinéaste passe en quatre parties distinctes de l’homme à l’animal, puis au végétal, enfin au minéral. La mort de l’un est la renaissance de l’autre, épanadiplose1 narrativement réductrice, mais poétiquement puissante. Dès lors, le film se présente comme un voyage pour lequel on décide ou non d’embarquer, au fil de longs plans-séquences, parfois à la frontière de l’académisme. Dans cette économie de mouvements, le moindre geste revêt une intensité rare : un chien acrimonieux jappant sans cesse, une chèvre grimpant sur la table de la salle à manger, la mobilité d’un regard… Les références à De Seta et à son somptueux Il mondo perduto deviennent flagrantes lors de la fête du sapin, tradition païenne en cours dans les régions calabraises, et passage féerique du film, où tous les éléments se retrouvent pour une exaltation commune et universelle.

Emmanuel Vigne

  1. Figure de style consistant en la reprise, à la fin d’une proposition, du même mot que celui situé en début d’une proposition précédente. []

[25 jan 2011] Arrietty le petit monde des chapardeurs - Animation (Japon – 1h34) de Hiromasa Yonebayashi

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Service minimum

Depuis leur création en 1985, les Studios Ghibli ont tellement œuvré dans le domaine de l’animation qu’il devient difficile de dire du mal de leurs sorties, même quand celles-ci sont de qualité plus mineure. Et il se trouve qu’Arrietty — projet supervisé et scénarisé par Miyazaki et réalisé par Hiromasa Yonebayashi, un de ses assistants — fait vraiment partie de la tranche moyenne des longs métrages produits par le studio japonais, à ranger aux côtés de Kiki, la petite sorcière, Le Monde des chats ou encore Omoide Poroporo. Donc pas d’orgasme en vue… Pourtant l’animation est de qualité (même si les arrières-plans sont moins travaillés), les personnages plus qu’agréables à regarder, l’utilisation des couleurs identiques à la coutume Ghibli, le scénario cohérent et écolo… Qu’est-ce qui cloche donc ? Quand en 2006, pour Terremer, Miyazaki confie les clefs du royaume à son fils, le résultat s’avère très moyen. A croire que lorsque le maître veut se détacher d’un projet, la relève peine à s’approprier les ingrédients artistiques et intellectuels qui confèrent cette touche si spécifique à Mononoke, Totoro ou Chihiro. La limite problématique de la succession se pose avec évidence. Et Arrietty n’y échappe pas. On suit cette histoire d’abord avec joie. Le monde de ces petits chapardeurs a quelque chose de magique dans le premier quart d’heure (et d’autant plus pour ceux qui ont vu l’adaptation américaine ratée de Peter Hewitt), mais ne tarde pas à s’essouffler. Vite. Très vite. Trop vite. Un manque de rythme handicapant se greffe aux images. On aimerait pourtant que cette histoire progresse, gagne en péripéties, en intensité. Mais ça ne viendra jamais. Pas de course folle, pas d’empathie, pas de démesure. Pas de fantaisie. Juste un joli film sage. Trop sage. Dommage…

Lionel Vicari

[25 jan 2011] Matthieu Clainchard – Hivernage à la GAD

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Au-delà du réel

En se déployant à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la GAD, les œuvres de Matthieu Clainchard trouvent dans cet espace mi-privé mi-public un lieu particulièrement fécond pour leur appréhension, prenant tout leur sens dans le rapport qu’elles entretiennent avec une réalité sociale et urbaine à la fois révélée, dénoncée et rejouée autrement.

Avec Matthieu Clainchard, les mots « sculpture », « tableau » et « image vidéo » se détachent de leur signification habituelle, ou plutôt des croyances et des valeurs auxquelles ils sont associés : objet autonome, résultat d’un savoir-faire proprement artistique, point de départ d’une expérience sensible immédiatement signifiante… Ici, la création, en relevant d’un triple héritage — le ready-made, l’art minimal et l’art urbain —, s’affirme comme un acte de reprise de formes, de matières, d’objets et de savoir-faire déjà existants dans notre environnement social en leur faisant subir une transformation. Si chaque œuvre semble ainsi manifester une apparente simplicité, elle témoigne plutôt de la complexité du fonctionnement des apparences. Car c’est bien là l’originalité et la force du travail de Clainchard : par cet acte de reprise, il ne s’agit pas tant ou pas seulement de faire apparaître certaines caractéristiques d’ordinaire imperceptibles en les déconnectant de leurs usages quotidiens et en les « haussant » dans l’espace de l’art. La démarche consiste plutôt à faire apparaître et coexister différents niveaux de réalité : ceux déjà incrustés dans nos pratiques sociales et ceux créés ou révélés par l’artiste, qui en propose un nouvel usage et une nouvelle mise en forme, pour mieux les court-circuiter ou les transformer. Les œuvres nous invitent ainsi à faire l’expérience dynamique de ces différents niveaux de réalité, à passer librement de la plasticité du réel à la réalité plastique ou artistique, car la réalité (sociale et artistique) se déploie comme processus en devenir plutôt que comme donnée brute et inerte, comme un fond dans lequel différentes formes — artistiques ou pas — communiquent.

Texte : Elodie Guida
Photo : Bruit vert © Ted Banoyan

Matthieu Clainchard – Hivernage : jusqu’au 12/02 à la GAD – Galerie Arnaud Deschin (34 rue Espérandieu, 1er). Rens. 06 75 75 88 66 / www.lagad.eu

[25 jan 2011] Chris Dyer – British Excentricies à l’Atelier de visu

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Cheese !

Pour sa première exposition en France, Chris Dyer présente à l’atelier De Visu ses British Eccentricities, un focus sur ce que les Anglais peuvent avoir de plus barré.

Chris Dyer a l’œil pour le détail qui tue. Là où l’intégralité de la scène induirait un regard pathétique, en extirper un détail confère au propos du photographe un ton cocasse. L’artiste a le don de savoir chopper au vol l’incongruité d’une scène, d’un détail, lequel privé de son contexte apparaît comme plus décalé encore.
A mi-chemin entre la comédie et le film réaliste social, les photos de Chris Dyer racontent l’histoire d’une Angleterre aux antipodes des couronnes et de Kate Moss, à mille lieues du glamour de la capitale. Celle d’un pays où tous les débordements sont possibles. En rire ou en pleurer ? Telle est la question. On rit d’une canne sculptée en tête de chien méchant ? Déjà moins drôle, cette main blessée, écorchée… Insolite, ce type de dos, arborant l’inscription « Brazil » sur son t-shirt en train de pisser ? Dégueulasse, cette boîte de Big Mac qui traîne dans l’herbe et dans laquelle la nature reprend ses droits. On ne sait pas toujours que penser ou ressentir devant les photos de Dyer. On est juste interloqués par le choc ou l’incapacité de comprendre ce qui se trame vraiment et à quelle histoire se rattachent ces images.
Le photographe choisit ses sujets dans « les rassemblements humains » : festivals, manifestations politiques, concours et compétitions… Des milieux populaires propices à tous les débordements, à toutes les excentricités, des milieux au contexte social tendu et dans lesquels les protagonistes semblent se dérober à la réalité — de dingue, qui rend dingue — comme pour mieux y coller. Vous avez dit absurde ?
Chris Dyer porte sur ses personnages un regard chaleureux, bienveillant. Inutile d’en rajouter, donc, pour le photographe, qui se limite à « un cadrage toujours simple, frontal, en opposition avec les scènes et sujets excentriques auxquels il est confronté. »
On sent bien que Chris Dyer a tout retenu de Martin Parr : pas question ici de fustiger qui que ce soit, seulement se faire le révélateur amusé d’une situation ambigüe, sans trop sacrifier au sens des réalités… « Dans la décadence et le ridicule qui constituent notre quotidien, le seul salut possible semble alors venir du sens de l’humour éminemment british de l’artiste. » (Martin Parr)

Céline Ghisleri

Chris Dyer – British Excentricies : jusqu’au 26/02 à l’Atelier de visu (19 rue des Trois Rois, 6e). Rens. 04 91 47 60 07 / www.atelierdevisu.fr

[25 jan 2011] Godspeed You! Black Emperor, le 28/01 à l’Espace Julien

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L’étoile mystérieuse

Groupe-phare du label canadien Constellation, Godspeed You! Black Emperor est attendu comme le messie par un Espace Julien avide de moments célestes.

On aurait pu croire, après huit longues années de silence (Yanqui U.X.O, 2002), que cette tournée confirmerait l’arrivée d’un nouvel album. Que nenni… Un petit tour et puis s’en va : le collectif montréalais aux multiples rhizomes (Thee Silver Mount Zion, Fly Pan Am, Set Fire To Flames…) nous rappelle son existence — comme si nous l’avions oubliée — avant de s’en retourner dans sa nébuleuse. Nébuleuse si attirante, si intrigante… Car, au-delà de la qualité de chacune de leur production (mention particulière à Lift Your Skinny Fists Like Antennas to Heaven) et de leurs prestations scéniques, ce qui caractérise foncièrement Godspeed You! Black Emperor, c’est ce mélange atmosphérique entre une immense liberté créatrice (albums avec un nombre restreint de morceaux durant en moyenne de dix à vingt-cinq minutes) et une évidente dimension philosophique et politique. Le groupe cultive un rapport aux médias plutôt complexe (très peu d’interview) et préserve invariablement son intégrité idéologique. Et le combat anticapitaliste et activiste que livrent tant GY!BE que Constellation se ressent dans toutes leurs décisions et dans tous les choix effectués : ne pas appartenir d’une manière ou d’une autre à des majors, produire ses artistes de A à Z, pas de publicité, chartes communautaires, etc. Ce label éthique démontre donc parfaitement qu’évacuer ces sommes de clichés consuméristes et d’imbécillités improductives qui polluent le monde — et le monde rock en particulier —, que garder sa ligne de conduite et défendre l’art contre les modes musicales préfabriquées, n’altère en rien la réussite d’un projet. Malgré la gravité, voire la noirceur, de leurs œuvres en général, les collectifs impliqués à faire vivre le label Constellation donnent du baume au cœur et permettent encore de se dire que tout n’est pas foutu…

Texte : Lionel Vicari
Photo : Eric Auv

Le 28/01 à l’Espace Julien (39 Cours Julien, 6e). Rens. 04 91 24 34 10 / www.espace-julien.com

[25 jan 2011] Iraka, Du rap en vrai

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Amis des mots

Un MC, une guitare, un human beatbox et un sampler. « Du rap en vrai. » Ça s’appelle Iraka et c’est la première découverte marseillaise de l’année !

Le rap relève de la pyrotechnie. Une somme de petites choses, fragiles, qui assemblées bout à bout, dans le bon ordre, peuvent accoucher de véritables bombes incendiaires. Mais il suffit d’une fausse manipulation, du geste de trop et c’est le pétard mouillé qui finit dans le fond du caniveau. Bref, un exercice de funambule, d’autant plus périlleux après trente années d’existence intensive. Pour Philippe, MC à l’origine du projet, « la base, c’est l’écriture, faire claquer des rimes sur une musique qui tourne. » Simple comme bonjour, du moins en apparence. « J’aime les messages qui se lisent entre les lignes de chansons qui paraissent légères au premier abord. » Ainsi commence à se dessiner la formule implacable que détiennent ces quatre laborantins : « Un hip-hop issu des années 90, qui raconte tout et n’importe quoi, fortement influencé par la poésie et la chanson française des années 60. Barbara, Brel, Brassens… » Un air de blues sous codéine. Des architectures minimalistes mais millimétrées. Des boucles aiguisées, mûries sous l’écrasant soleil du midi. Le tout savamment emballé et pesé entre un IAM période Sad Hill, un Fabe premier cru et un RZA version concert acoustique. Et côté concert justement, l’année semble porteuse de beaux présages pour Iraka. Plusieurs dates à l’horizon, à l’Enthröpy, au Lounge, au Café Julien… De quoi acquérir pas à pas le statut très convoité de groupe de rap qui assure sur scène, tant au niveau instrumental que textuel. Et pas seulement : lauréat 2010/2011 de la Pépinière d’Artistes de l’Escale à Aubagne, quinze jours au sein de l’AMI à La Friche, du studio à l’Affranchi… Le fait d’enchaîner les résidences depuis la mise en ligne début 2010 du très cinématographique Ce que le présent dessine permet d’asseoir sans fausses notes le prochain album prévu pour 2012. D’ici là, le vent aura soufflé dans les plaines. Philippe, lui, reste confiant quoi qu’il arrive. Sous ses airs de force tranquille, il n’oublie sûrement pas qu’« exister c’est tout et c’est déjà tant, exister jusqu’à je sais pas quand… Exister et rester ce petit point dans l’espace-temps. » A suivre.

Texte : JSa
Photo : Madeleine Brogniez

Le 27/01 à l’Enthropy avec Dawai vs Audictive et Beegood
Le 3/02 au Lounge avec une soirée Slam animée par Ypnova

Rens. www.myspace.com/iraka20001

[25 jan 2011] RIAM : Act ! : du 4 au 19/02 à Marseille et Aix-en-Provence

Direction Lune

La performance pour thème, la huitième édition des Rencontres Internationales des Arts Multimédias (RIAM) investit Aix et Marseille. Un rendez-vous annuel de taille, multidisciplinaire et innovant, accueillant des artistes aux esthétiques diverses. Côté musique, saluons tout particulièrement la venue du pionnier Morton Subotnick.

RIAM-Morton-Subotnick-Ted-G.jpgUn brin d’histoire. Retour dans les années 60, époque-charnière qui influencera les décennies à venir en matière de musique électronique. Une époque où des inventeurs comme Don Buchla ou Robert Moog créent, dans un désir de simplification et de concentration des sources, d’impressionnantes machines imbriquées entre elles, serties de dizaines de potards, de câbles entremêlés et de diodes clignotantes. Et ce sous les conseils avisés de compositeurs américains comme Morton Subotnick ou Wendy Carlos (pour ne citer qu’eux). Les premiers synthétiseurs modulaires font peu à peu leur apparition dans les studios, popularisant ainsi la musique électronique et influençant concrètement les méthodes de composition. Pour faire court, le musicien interagit désormais sur la courbe d’un signal sonore à l’aide de modules assemblés les uns aux autres. Un grand nombre de combinaisons est alors possible, une complicité homme/machine est ainsi créée et l’on parle de « recherche ». Loin du laptop (trop prévisible et trop adapté), ces indomptables machines recèlent une part d’ombre, d’inconnu. Une part sauvage ! L’avant-gardiste Silver Apples on the moon, première œuvre électronique parue sur un label, naît d’une « Buchla Box » pilotée par Morton (ou l’inverse) en 1967. Elevée au rang de culte par ses héritiers, aussi bien issus de musiques populaires (pop, électro, rock…) qu’expérimentales (concrète, électroacoustique, improvisée…), elle sera ici réinvestie et revue sous les yeux d’un public… chanceux. Et comme pour couronner cette véritable performance de façon idéale, le talentueux Lillevan, fondateur de l’électrique duo Rechenzentrum, mettra le tout en image afin de participer comme il se doit à cette étrange remise en orbite.

Texte : JSa
Photo : Ted Gordon, courtesy of Schott Music

RIAM : Act ! : du 4 au 19/02 à Marseille et Aix-en-Provence. Rens. www.riam.info
Performance de Morton Subotnick & Lillevan : le 6/02 à 18h au GMEM (15 rue de Cassis, 8e). Rens. 09 52 52 12 79

[25 jan 2011] Short Cuts 273

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Joy as a Toy + What’s wrong with us + Virgile Abela & Nicolas Dick > le 27 à la Machine à Coudre
Le trio Joy as a Toy à la pop progressive doucement déjantée présentera son dernier album, Valparaiso, en sauce chili, qui n’est pas sans rappeler les Talking Heads. Les mélodies étranges du quatuor suisse What’s wrong with us seront plus nerveuses, punk et underground. Duo d’un soir, Virgile Abela et Nicolas Dick se lanceront quant à eux dans une impro hypnotique et vibratoire, dans les eaux troubles mais libres de l’expérimental.
JSe
Joy as a Toy - Valparaiso (Cheap Satanism Records)

Meshell Ndegeocello > le 27 au Cabaret Aléatoire
Une voix d’abord, au-dessus de la mêlée, une basse ensuite, et pour sublimer le tout, des plages musicales à vous faire passer Omaha Beach pour un paradis terrestre. Au final, une couleur unique quelque part entre jazz, soul, funk et reggae. Le divin, l’« innommable », le mégalo Prince en personne apparut un jour sur scène avec inscrit sur sa joue : « Meshell idol ». Que dire de plus si ce n’est que la diva sera ce jeudi à Marseille et qu’il faudrait être la dernière des truffes rescapées de la boîte de Noël pour louper ça.
LC
www.freemyheart.com

Ahmad Compaoré Quintet > le 28 à la Mesón
Afin de clore en beauté une résidence de création effectuée au studio marseillais La Boîte à Musique, le quintet aux idées larges mené par l’imprévisible et prolifique batteur Ahmad Compaoré présentera son nouveau répertoire. Cette formation, née lors des aventureuses jam sessions « Musique Rebelle », tantôt jazz, funk ou improvisatrice, ne se prive rien, explorant les genres d’une main experte. Un concert recommandé à tout le monde.
JSa
www.myspace.com/ahmadcompaore

Al Campbell + Shinehead + Legal Shot > le 28 au Poste à Galène
Surprenante soirée pour un Poste qui convoque l’histoire d’une musique, le reggae, et réunit en son sein deux pointures jamaïcaines de renommée internationale. Tout d’abord Al Campbell, trente ans de carrière, légende vivante à la discographie vertigineuse (plus de trente albums…). Ensuite Shinehead, chanteur/rapeur issu des années 80, amené aux yeux du grand public grâce à des tubes comme Jamaïcan in New York. Tous deux invités par le sound system Legal Shot, instigateur actif, ambitieux et avisé.
JSa
www.leposteagalene.com

The Beat Junkies > le 29 au Cabaret Aléatoire
Une fois de plus, le turntablism s’invite au Cabaret avec trois de ses plus honorables ambassadeurs, membres et fondateurs du célèbre collectif Beat Junkies, à savoir Dj Babu (Dilated Peoples), J-Rocc (Stones Throw) et Dj Rhettmatic (Crown Royal). Session à trois, pass-pass sur six platines, cuts foudroyants, bref, la totale dans la plus pure tradition hip-hop 90’s, avec Mc Rakaa (Dilated Peoples) pour ambiancer le tout. Rien de nouveau, mais toujours efficace.
JSa
www.myspace.com/beatjunkies

Lafayette + The Belphegorz + Dissonant Nation > le 29 à l’Escale (Aubagne)
Du rock de partout à l’Escale, par trois fois. Lafayette frappe ses cordes sur du heavy rock fortement influencé par la soul des seventies. Les jeunes chevelus de Dissonant Nation (une découverte de l’Escale) remuent leurs mèches pour secouer jusqu’au plus réticent. Et bien sûr The Belphegorz, mené par l’énergique Krees .D qui, du haut de ses interminables talons, mélange glam et garage au sein du même tourbillon.
JSa
www.myspace.com/dissonantnation

Roland Tchakounté > le 3/02 au Cri du Port
Entre John Lee Hooker et Ali Farka Touré, Roland Tchakounté distille un blues efficace et juste. Point de prétention : plutôt que de s’adonner à de stériles expérimentations, le trio préfère se concentrer sur ce qu’il sait faire, pour bien le faire ! Arpentant de nombreuses contrées (Belgique, Canada, Croatie, Viêt-Nam…), il fera halte au Cri du Port pour faire vibrer, sous le bottleneck, la corde sensible, celle d’une musique intemporelle à jamais surprenante.
JSa
Blues Menessen (Tupelo Productions/Harmonia Mundi)

Incite + MC2 > le 4 à Seconde Nature (Aix-en-Provence)
Les RIAM s’exportent pour une soirée électronique rythmée par deux jeunes groupes. Le premier débarque tout droit de Hambourg pour mêler habilement son (électro froide et métallique) et vidéo (hypnotique et hallucinée). Le second, marseillais, inflige de sérieux glitchs (comprenez « déformations aléatoires ») à un hip-hop digital massif et dévastateur, fortement influencé par la scène californienne (The Glitch Mob..). Une programmation tour à tour noire, blanche et multicolore.
JSa
www.riam.info

Anne-James Chaton & Andy Moor + Hervé Boghossian + Fabrice Jahk > le 5 à l’Embobineuse
Accompagné du guitariste Andy Moor (The Ex), le poète sonore Anne-James Chaton (fondateur du festival Sonorités à Montpellier) dessine de sa voix chaude un quotidien fait d’une effervescence stérile et dont il revisite le banal ennui pour une satire politique grinçante. Fabrice Jahk se fera ensuite l’écho des pulsions les plus obscures dans un univers sonore à la fois organique et transcendantal, tandis que le projet Satellite d’Hervé Boghossian sera des plus saturés.
JSe
Anne James Chaton & Andy Moor - Le journaliste (Unsounds)

The Rodeo+ Oh ! Tiger Mountain ! > le 8 au Théâtre des Salins (Martigues)
Ils sont beaux, ils sont élégants, et en plus, ils sont talentueux. Dans le cadre de la programmation Incisif#2 (voir Ventilo #270), le face-à-face de la sublime The Rodeo et du très chic Oh ! Tiger Mountain promet une soirée des plus folk. Leurs univers léchés, entre glam-rock et douce fantaisie, se rejoindront ainsi naturellement sur le plateau, et leurs voix chaudes risqueront bel et bien de faire sortir les tigres de leurs tanières et les sirènes de leur maelström.
JSe
Oh ! Tiger Moutain - Jan’s Guestbook (Diphtong/Microphone Rec)

[25 jan 2011] Dom Juan par la Cie La Naïve présenté au Gyptis

Dom Juan voyage bien

Excellente surprise que ce Dom Juan, qui non seulement évite tous les écueils sur lesquels la transposition temporelle le faisait risquer de s’échouer, mais trouve en elle un sens nouveau et plus juste.

Dom-Juan.jpgDom Juan transposé à la fin des sixties, c’est un périlleux voyage. Il est fait ici d’heureuse façon, car si Molière voyage avec lui — c’est bien sa langue que l’on entend — , il nous débarrasse du contexte d’écriture et diminue le côté « porte-voix » du personnage, le rendant à sa personnalité. Ce Dom Juan paraît en effet plus occupé à trouver un sens à la vie, aux prises avec une dépression chronique et des consommations compulsives d’alcool, de jouissance, et accessoirement de provocations — en ce sens qu’elles sont moyens, conséquences ou réponses mais pas raisons, ni même fins. Qu’en cela il soit révélateur des hypocrisies, de la rigidité d’une certaine forme de pensée, et que cette utilité fut première pour Molière… soit, mais ce n’est pas le ressort psychologique principal du personnage, dont Charles-Eric Petit souligne les up and down en passant de la frénésie exubérante à l’abattement confident sur le devant de la scène, de certitudes cyniques et assénées à une dérive alcoolisée et morbide. Il est heureux ensuite que la musique — celle des Doors, puisque l’idée de base est que Jim Morrison pourrait être un Sir Johan des années 60 — ne soit pas envahissante, avec un volume sonore fait pour participer d’un malaise que l’on voudrait installé par le provocateur qui est, par destination, dérangeant. Mais justement, dans cette version, Dom Juan n’est pas qu’un provocateur, il est en quête de sens et c’est sur le sens que s’appuie le choix des morceaux pour faire des textes que chante Morrison — et qu’il a parfois écrits — un écho à la situation ou au texte de Molière. Enfin, et là encore c’est heureux, si Morrison plane en filigrane çà et là via l’illustration musicale et par l’utilisation de pièces vestimentaires, il n’apparaît que dans la scène finale. Comme si, soudainement, le fantôme de l’un s’unissait au corps de l’autre au moment du trépas : c’est bien la fin tragique de Jim Morrison qui est mise en scène, sa descente aux enfers étant une overdose. D’ailleurs, Charles-Eric Petit joue Dom Juan et suggère Morrison, et forme avec Hervé Pézières/ Sganarelle un duo tout à fait efficace dans le registre des tirades comme dans celui de la farce. Ce Sganarelle qui semble avoir non seulement la « vis comica », mais aussi un fort potentiel sensible. Concernant ce tandem, qui porte littéralement la pièce, la seule réserve touche au début, avec une tirade du tabac (Sganarelle) manquant de rythme et Dom Juan cherchant peut-être par là à marquer la jeunesse qui lui est donnée dans cette version, est si bondissant qu’on craint de le voir s’envoler. Mais cela peut être un effet secondaire, déclenché par la vue d’un canapé, Charles-Eric Petit jouant par ailleurs Peter Pan en ce moment. Les ingénues sont délicieuses, et le reste de la troupe sert honnêtement la performance complice du couple légendaire. La compagnie La Naïve a su développer assez de nuances dans son idée de départ pour en assurer la réussite. A part si votre sang se coagule, à l’idée, monsieur, qu’on y change une virgule…

Frédéric Marty

Dom Juan par la Cie La Naïve était présenté du 7 au 11/12 au Gyptis,
Prochaine représentation : le 29/01 au Théâtre de Pertuis

[25 jan 2011] L’interview : Hugues Chabalier

Hugues-Chabalier.jpgQu’est-ce qui crée le monde ? La parole. Un pouvoir magique qui prend toute sa mesure sur une scène de théâtre. L’écriture de Valère Novarina, considérée par certains comme une des merveilles du théâtre français, a souvent exploré cela. Dans Le Jardin de Reconnaissance, le dramaturge rend encore un hommage à cette parole qui est principe de vie. Et le metteur en scène Hugues Chabalier de lui rendre hommage à son tour aux Argonautes. Rencontre.

Quels ont été vos premiers contacts avec l’écriture de Novarina ?
J’ai été élève de l’Ecole de la Comédie de Saint-Etienne de 2002 à 2005. En troisième année, on avait six semaines pour développer un projet. J’étais déjà attiré par l’écriture de Novarina, mais quand j’en parlais, tout le monde disait : « Novarina, c’est nul ! » J’ai voulu profiter de cette occasion pour lui rendre justice, et j’ai travaillé sur Vous qui habitez le temps.

D’après vous, pourquoi le théâtre de Novarina déchaîne-t-il autant les passions ?
J’aime énormément les textes de Novarina, alors ça me chagrine un peu quand je vois que certains y sont insensibles ou estiment qu’ils pourraient être écrits par un enfant de six ans, parce que ce n’est vraiment pas le cas… Son écriture s’apparente à de la poésie et je trouve ça attirant parce qu’au théâtre, en général, on veut du narratif : avoir une histoire, c’est rassurant. On a l’impression que l’auteur peut nous expliquer le monde, ou en tout cas nous donner quelques clefs. Novarina, ce n’est pas ça ! Il n’y a pas d’histoire qui va d’un point A à un point B… Ce sont plutôt des émotions traversées. Cela peut être pris sur un mode comique ou d’une façon plus « métaphysique ». C’est peut-être ce côté qui dérange certaines personnes. Pour que l’écriture de Novarina fonctionne, il faut que le spectateur se laisse porter. Et c’est à l’acteur de lui en donner les moyens.

Comment vous êtes-vous attaqué à cette langue ?
Novarina a une langue très riche, complexe, pleine de mots étonnants. Pour nous, une phase importante du travail a été de savoir exactement ce qu’on racontait pour que cette langue puisse être entendue et comprise le mieux possible. Mais, même de cette manière, certaines phrases paraîtront lumineuses pour certains spectateurs et totalement obscures pour d’autres. En même temps, la langue de Novarina exige un souffle : il y a de longues phrases sans virgules. C’est aussi un travail musical, qui nécessite beaucoup de concentration. Des acteurs m’ont raconté qu’ils butaient des heures sur une réplique, et le soir même, ils l’avaient oubliée… Un vrai cauchemar !

Vous avez fait de son paradis originel un lieu d’humanité…
L’écriture de Novarina est profondément humaniste. En fait, il essaie de définir l’homme au sens le plus étendu qui soit. Ça part de questionnements métaphysiques : qu’est-ce que l’homme ? Qu’est-ce que vivre avec ce fait d’être un homme ? Ce qui induit un questionnement important sur la disparition, la naissance et la mort. En réalité, l’humanisme est le point de départ du point de vue de Novarina sur le paradis originel.

Comment travaille-t-on pour mettre en scène un paradis originel ?
Il n’y a que très peu de didascalies, on n’a donc pas beaucoup de clefs pour interpréter. La première (longue) phase de travail, c’est l’apprentissage du texte. Et une fois que le texte est appris, il faut voir comment ça se joue. Il y a eu un long travail de recherche, d’improvisation aussi, parce que le texte n’est pas simplement là, il devient parole à partir du moment où il est pris en charge par l’acteur. Après, on s’est raconté, inventé notre propre jardin imaginaire, d’après celui de Novarina. On l’a voulu très simple, très épuré : ce qui compte pour nous, c’est le texte, et l’acteur.
On s’est beaucoup amusés, on s’est beaucoup pris la tête aussi… Les comédiens étaient toujours sur scène, ça réclamait une présence physique et morale assez importante. Mais à la fin, ce travail était propice à une jubilation des comédiens. Finalement, une fois passées les phases de travail difficiles, ce texte autorise une part de folie que les comédiens ont mais ne sont pas toujours autorisés à exprimer. Le jeu en vaut la chandelle !

A quoi les acteurs font-ils appel pour incarner ces hommes originels ?
On ne les a pas envisagés comme le véritable Adam et la véritable Eve. D’ailleurs, le texte n’invite pas à les voir comme ça. Novarina prend un prototype d’homme et un prototype de femme. Les acteurs n’ont donc pas à jouer un Adam ou une Eve, avec tous les clichés que ça peut induire : ils jouent l’Homme et la Femme. Au final, c’est plus lié à une expérience personnelle pour l’acteur. Ça donne un travail d’acteur plus sensible, plus intime.

Le Jardin de reconnaissance : du 3 au 5/02 au Théâtre des Argonautes (33 Boulevard Longchamp, 1er). Rens. 04 91 84 62 71 / theatrelesargonautes.free.fr/

[25 jan 2011] Annulation du festival Les Elancées 2011

Stop ou encore

L’annulation du festival Les Elancées pour l’édition 2011 résonne comme l’écho d’une politique de rigueur budgétaire qui confond l’économie des moyens et le règlement de comptes.

Les Elancées, c’est une manifestation créée en 1999 sur la ville d’Istres et qui, par la pertinence de sa programmation, s’est étendue aux six communes de la collectivité territoriale Ouest Provence : Fos-sur-Mer, Port-Saint-Louis-du-Rhône, Miramas, Grans et Cornillon-Confoux, regroupées sous le sigle du SAN (Syndicat d’agglomérations nouvelles). Ce syndicat a vu le jour dans les années soixante avec la ville nouvelle de Fos et l’arrivée d’une main d’œuvre venant de toute la France. Fort d’un taux de remplissage de 90 %, le festival a concentré son budget (186 000 €) et son énergie à la mise en lumière de la danse contemporaine et des arts du cirque avec un accompagnement des compagnies et des stages pour les plus petits (125 classes en 2010) qui convoquent, par là même, les parents et garantissent à ce festival un public fidèle et nombreux. Cette année, le président du SAN, Bernard Granier, a demandé à sa régie culturelle de réduire son volant budgétaire (plus de 4 millions d’euros) et a décidé de son propre chef de condamner Les Elancées pour l’édition 2011. Sans vouloir rentrer dans les raisons politiques propres à une telle décision, il est sidérant de constater qu’une agglomération, qui ne connaît au quotidien que le labeur des usines, se tire une balle dans le pied en annulant une manifestation qui définit au pied de la lettre la légitimité de la régie culturelle Ouest Provence : un établissement public de coopération intercommunale au service d’une population en grande majorité ouvrière. Au-delà de la pertinence de sa programmation, Les Elancées, c’est une manifestation avec des places à 4 € pour les familles nombreuses, c’est une programmation qui s’éloigne de la politique des scènes nationales et se consacre à des compagnies en devenir et en grande précarité. Encore une fois, le nombre ne fait plus la force et les décisions d’une minorité d’élus peuvent mettre à mal dix années de travail et toute l’économie qu’elles véhiculent. L’élu n’est pas au-dessus des lois, qu’on se le dise (encore et pour toujours).

Karim Grandi-Baupain

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