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décembre 2010

[08 déc 2010] Bilan CD 2010

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Beach House
Teen dream (Bella Union)

Duo mixte originaire de Baltimore, tendance pop onirique parfaite pour rêvasser sous la couette. Dis comme ça, pas de quoi passer une journée entière au pieu. Et puis arrive en début d’année ce rêve adolescent, si bien nommé, déroulant dix titres extraordinaires de mélancolie et de romantisme ascensionnel. D’elle ou de lui, on ne sait pas très bien qui chante, qui tricote ces délicats arpèges de guitare, drogués à souhait. Mais à vrai dire, on s’en tape : ce troisième album confine au sublime.

Damien Jurado
Saint Bartlett (Secretly Canadian / Differ-Ant)

Aussi discret que talentueux, Damien Jurado est certainement l’un des secrets les mieux gardés de la scène folk américaine. S’il partage avec ses aînés ce même sens de la simplicité, il a su aussi enrichir ses romances d’une orchestration riche et chaleureuse qui sied à merveille à ses tendres inflexions vocales. Loin de l’aridité mélodique et instrumentale érigée en table de loi, la musique offerte par le jeune trentenaire est une véritable caresse. Avec sa voix de velours, son écriture de dentelle et sa production d’orfèvre, il tutoie ici les sommets du genre. Assurément un très grand disque.

Gigi
Maintenant (Tomlab)

L’ombre de Phil Spector semble planer sur les studios des Canadiens Nick Krgovich et Colin Stewart. Avec la crème des voix féminines de l’indie rock du moment, ils nous offrent, sous le nom de Gigi, quinze vignettes qui sonnent comme un condensé du meilleur de la pop de ces cinquante dernières années. Orchestré comme du Scott Walker, ciselé comme du Burt Bacharach, Maintenant est une sucrerie intemporelle au charme aussi imparable que désuet, une vraie merveille de légèreté et d’insouciance. Touchées par la grâce, les chansons coulent ici comme du miel, nous offrant au passage un avant-goût de bonheur.

Joanna Newsom
Have one on me (Drag City)

On pourra noter, vis-à-vis de son précédent album, un chant toujours plus technique mais aussi plus répétitif dans ses mélodies, et surtout une tendance mélancolique présente à chaque instant, sauf dans la chanson titre, où elle conte l’histoire de Lola Montés avec passion. Rien qui ne nous empêche cependant d’avoir passé l’année à arpenter ses nouveaux titres, toujours mixés par Jim O’Rourke, encore et encore, hypnotisés jour et nuit par la jeune sirène d’origine caucasienne. Parce que sa grâce nous illumine et nous obsède, nous étreignons Joanna dans le lit de ses doutes et de ses peines.

Shit Robot
From the cradle to the rave (DFA)

L’une des grandes déceptions de 2010, ce fut le troisième (et dernier ?) album de LCD Soundsystem, ce groupe new-yorkais (ben tiens) qui restera quand même une fantastique promesse faite à la musique de cette dernière décennie. James Murphy, toujours à la tête du label DFA, peut aller prendre se retraite peinard : après The Juan Maclean en 2009, Shit Robot prend le relais cette année dans une veine électro/disco/pop tout en montées orgiaques. Une certitude : DFA est toujours au top.


Sufjan Stevens
The Adge of Adz (Asthmatic Kitty)

Brillant changement de cap pour l’angélique bonhomme qui laisse désormais flirter sa pop/folk avec une electronica des plus audacieuses. En injectant ainsi le piquant qui pouvait manquer à ses précédentes aventures, il s’accapare, avec une aisance déconcertante (comme à son habitude), des terres que l’on pensait surpeuplées, des partitions que l’on pensait surjouées. L’auditeur n’a plus qu’à se laisser happer par cette effervescence robotique au charme dévastateur et à l’énergie créatrice bouillonnante, qui compte indubitablement parmi les plus remarquables de l’année.

The Books
The Way Out (Temporary Residence / SC Distribution)

Il faut bien l’avouer, quand la pop se frotte à la création sonore, nos oreilles en pâtissent bien souvent. Mais quand le talent s’en mêle, cela donne un des albums pop les plus aventureux de ces dernières années. Bricoleurs de génie, Nick Zamuto et Paul de Jong réinventent l’art du collage en lui insufflant une touche d’électronique et surtout beaucoup d’humour. Collision presque accidentelle de petites choses assemblées et superposées, cet album-labyrinthe impressionne véritablement. A la croisée des musiques savantes et du dadaïsme rock façon Zappa, The Books s’invitent à la table des grands.

Oneohtrix Point Never
Returnal (Mego)

Les claviers analogiques de Daniel Lopatin synthétisent à eux seuls plus de trente ans de musique électronique. Engouffrées dans la brèche ouverte par des groupes comme Boards of Canada, les architectures abyssales de Returnal prolongent l’aventure de façon radicale. En guise d’introduction, des parties rythmiques sont joliment saccagées et englouties par les eaux pour un véritable retour aux sources. On s’est d’ailleurs rarement sentis aussi bien, égarés dans le cosmos, quelque part entre le psychédélisme des 70’s et l’ambient des 00’s. Le grand vertige de l’année.

Owen Pallett
Heartland (Domino)

Le dernier Sufjan Stevens a mis beaucoup de monde sur le cul récemment. A juste titre : arriver à une si parfaite alchimie entre pop pastorale et architectures électroniques, lisibilité mélodique et complexité orchestrale n’est pas donné au premier venu. Pourtant, il ne faudrait pas oublier qu’Owen Pallett, ci-devant arrangeur d’Arcade Fire, fut le premier cette année à réussir telle prouesse. Un authentique chef-d’œuvre, moins barré mais d’une finesse inouïe, totalement inusable.

Yussuf Jerusalem
A heart full of sorrow (Born Bad)

Le buzz Born Bad de l’année tente de brouiller les pistes (un pseudo provocateur, une imagerie goth un satanique), mais il s’agit bien de rock garage et non de death/drone/black metal (exception faite sur une piste…). Fraîchement extirpé de sa cave à Saint-Ouen, Benjamin Daures signe un premier opus minimaliste et bricolo, surprenant d’efficacité, que l’on apprécie tout particulièrement lorsqu’il s’aventure vers de dissonantes contrées. Une guitare qui se gratte, de la disto de partout, le timbre rocailleux, des mélodies étrangement familières, l’âme solitaire et en route pour le top dix !

[08 déc 2010] Bilan livres 2010

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Romans/Essais

François Beaune
Un homme louche (Verticales)

C’est sous la forme d’un journal de bord que l’on suit Jean-Daniel Dugommier à deux moments de sa vie. Son adolescence d’abord, dans un environnement terne et insipide sur lequel il pose un regard empli de sarcasmes. Puis vingt-cinq ans plus tard, où l’on retrouve un homme esseulé, abîmé par une vie chaotique et un séjour en HP. Son carnet est à nouveau l’endroit d’une anthropologie de son quotidien, à laquelle s’ajoute la théorie d’un « univers sous-réaliste »… François Beaune signe un premier roman inventif, séduisant et drôle, l’une des meilleures surprises de la rentrée littéraire.

Mathias Enard
Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (Actes Sud)

Seizième siècle. Humilié par l’indifférence du pape envers son travail, Michel-Ange répond à une commande du Sultan de Constantinople et quitte Florence pour la Turquie. Après que Vinci ait abandonné le projet, il s’attèle à l’élaboration d’un pont majestueux qui relierait les deux rives de la fabuleuse cité. D’une écriture d’orfèvre, Mathias Enard cisèle un récit délicat et puissant où l’on accompagne le génial sculpteur dans sa découverte surprenante et sensuelle de la Turquie. L’auteur de Zone nous offre encore un magnifique voyage.

Maylis de Kérangal
Naissance d’un pont (Verticales)

Décidément, le vide est l’une des composantes de l’écriture de Maylis de Kerangal. Après Corniche Kennedy et ses jeunes plongeurs, elle nous embarque dans une ville imaginaire de Californie sur le chantier d’un pont suspendu. Divers personnages vont s’incarner autour de ce chantier colossal. Par une écriture romanesque, l’auteur dresse à la fois des portraits intimes, mais aussi une image de la mondialisation de notre société. Son style très travaillé nous rend passionnante cette construction, et ses aléas, tant humains que techniques. Un roman ambitieux, très abouti.

Philippe Fusaro
L’Italie si j’y suis (La Fosse aux ours)

Après s’être fait plaqué dans les règles de l’art, Sandro improvise un road movie made in
Italie avec son jeune fils, le temps d’un été. Du nord au sud de la péninsule, le fils en costume intégral de Gagarine se laisse porter par cet homme à la dérive qui attend de toucher le fond pour mieux remonter… Avec humour et délicatesse, Fusaro nous offre une immersion rock’n’roll en terre de feu et de mer, au rythme de Donna Summer et des rengaines italiennes qui ponctuent cette ballade douce-amère. Un roman plaisant et chaleureux comme un plat d’orrechiete fumants !

David Vann
Sukkwan Island (Gallmeister)

Un père divorcé propose à son fils de treize ans dont il vit séparé une aventure hors du commun : quelques mois en Alaska sur une île isolée. A son corps défendant, le jeune homme dit oui. Bien sûr, rien ne va se passer comme on le prévoyait… Commence là un suspense insoutenable. David Vann ne nous amène pas là où on l’imaginerait et le choc est grand ! Alors certes, le texte est très noir et pose très clairement la question de la responsabilité, mais avec quelle force ! Les jurys du Médicis ne s’y sont d’ailleurs pas trompés en lui décernant le prix du livre Etranger…

BD

Pierre Duba
Racines (6 pieds sous terre)

Chercher les mots par l’image, dévoiler ses visions, ses hallucinations, et ses doutes aussi.
Pierre Duba fait preuve d’une expressivité maximale et d’un langage minimal. Restent
les images, ces dessins presque abstraits qui fascinent autant par leur plastique que par leur
pouvoir de suggestion, cette capacité qu’ils ont à nous faire raconter notre propre histoire à
partir de la sienne. Pierre Duba poursuit sa voie si singulière et toujours fascinante. Poésie de l’introspection ou psychanalyse par l’image, ce récit donne véritablement le vertige. Une réussite magistrale !

Gabriella Giandelli
Intérieur (Actes Sud BD)

Dans un immeuble italien, des couples se déchirent, une jeune Ukrainienne s’occupe d’une vieille femme, un homme passe son temps à se shooter dans les caves… Ces dernières abritent le Grand Sombre, une créature qui se nourrit des rêves des habitants. La vie est ici appréhendée au quotidien, mais le fantastique s’y invite, conférant à cet univers mélancolique une poésie douce, surprenante. Le dessin, tout en élégantes rondeurs, et les couleurs, appliquées au crayon, donnent à cet univers davantage de force et de profondeur. Cet Intérieur a tout d’un chef-d’œuvre.

Manu Larcenet
Blast (Dargaud)

Polza Mancini est en garde à vue. Deux policiers l’interrogent afin de savoir comment et pourquoi il s’en est pris à la dénommée Carole Oudinot. Au lieu de leur raconter ce qu’ils attendent, Polza parle de son enfance, de son obésité, du choc provoqué par le décès de son père et de son désir de rejoindre l’île de Pâques. Larcenet livre ici une œuvre ample empruntant des chemins qu’il connaît bien : quitter la ville au profit de la campagne, la forêt et sa vie fourmillante… Il parvient progressivement à nous captiver par cette dérive lente et poétique, sombre mais pas complètement désespérée.

David Mazzucchelli
Asterios Polyp (Casterman)

Après quinze années de silence, le grand Mazzucchelli revient avec cet excellent roman graphique, qui est avant tout un bel objet, comme l’annonce sa superbe couverture. Astérios Polyp évalue le monde selon des principes rigoureux et une classification binaire : les êtres faits de lignes et ceux faits de formes… Le récit se déploie selon une multitude de subtilités scénaristiques et graphiques qui confèrent des profondeurs de plans à la lecture. Les profils des personnages féminins et masculins sont bien fouillés et nous offrent un panorama de l’humanité loin des stéréotypes. Que du bonheur !

Marie Saur et Nylso
Jérôme d’Alphagraph, T.6 : Jérôme et la route (Flblb)

Les clients se faisant rare, le libraire chez qui travaille Jérôme n’a plus les moyens de le garder. Il décide alors de prendre la route, avec son âne et sa roulotte. Marie Saur et Nylso continuent de laisser se confier Jérôme, Sultana, la petite fille et le libraire. Une grande place est accordée à la représentation du temps qui passe et aux situations, discussions, tensions que cela génère… Les auteurs excellent dans la mise en scène de cette représentation, ce qui fait l’une des singularités de cette série précieuse et incontournable, dont ce très beau tome, plutôt sombre, confirme toutes les qualités.

Ils auraient pu y être…

• Diana Abu Jaber - Origine (Sonatine)
• Alain Badiou - Cinéma (Nova Editions)
• Vincent Borel - Antoine et Isabelle (Sabine Wespieser)
• Bernardo Carvalho - Ta Mère (Métailié)
• Suzanne Césaire - Le grand camouflage, écrits de dissidence (1941 -1945) (Seuil)
• Clément Chéroux - Diplopie, L’image photographique à l’ère des médias globalisés : essai sur le 11 septembre 2001 (Le Point du Jour)
• Thomas Clerc - L’homme qui tua Roland Barthes (L’Arbalète/Gallimard)
• Jean Echenoz - Des éclairs (Editions de Minuit)
• Jérôme Ferrari - Là où j’ai laissé mon âme (Actes Sud)
• Barbara Kingsolver - Un autre monde (Rivages)
• Naomi Klein - La Stratégie du choc (Babel/Actes Sud)
• Mankell - L’homme inquiet (Seuil Policiers)
• Romain Monnery – Libre, seul et assoupi (Au Diable Vauvert)
• La Pensée de midi - De l’humain nature et artifices (Actes Sud)
• Jean Rouaud – Evangile (selon moi) (Editions des Busclats)
• Frank Smith - Guantanamo (Seuil)
• Pierre Wat - Les Nymphéas, la nuit (Ateliers imaginaires/Scala)

… et en BD

• Brubaker et Phillips - Criminal (Delcourt)
• Vincent Brugeas et Ronan Toulhoa - Block 109 (Akileos)
• Régis Lejonc, Thierry Murat et Riff Reb’s - La carotte aux étoiles (Editions de la Gouttière)
• Harvey Pekar & Robert Crumb - Harv & Bob (Cornélius)
• Riad Sattouf - La vie des jeunes, T.2 (L’Association)
• Vincent Sorel - L’ours (Actes Sud/L’An 2)
• Carol Swain – Foodboy (Çà et Là)

[08 déc 2010] Bilan DVD 2010

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Coffret Lionel Rogosin
Avec On the bowery, Come back, Africa et Good Times, Wonderful Times (Carlotta)

Si l’on garde essentiellement des années 50 aux Etats-Unis la vision d’une dernière décennie d’âge d’or hollywoodien dominée par les grands studios, une poignée de réalisateurs partisans d’un cinéma libre et indépendant, donc fauché, commencent à retrouver une reconnaissance posthume. C’est le cas de Lionel Rogosin, grand admirateur de Flaherty et du néo-réalisme italien, qui revendiqua une liberté totale de filmer, en opposition avec le carcan hollywoodien. Le cinéaste offrit ainsi une vision sauvage et humaniste des Etats-Unis, n’hésitant pas à sortir sa caméra dans la rue, à la rencontre de tous les oubliés de la société.

Coffret Alexander Kluge
Avec Dans le danger et la plus grande détresse…, Ferdinand le radical… (Choses vues)
Kluge est l’un des plus passionnants cinéastes allemands. Dorénavant passé à la littérature, cet ancien assistant de Fritz Lang laisse derrière lui de nombreux documentaires et longs-métrages dans lesquels la ville tient un rôle prépondérant. Une ville toujours bruissante, souvent en conflit avec ses habitants, mais au-delà, un personnage politique à part entière. Même dans ses œuvres futuristes, elle accompagne la lutte des hommes, celle des classes, des renversements politiques, des grèves générales, des combats sociaux, des actes terroristes désespérés, dans une vision contemporaine et crépusculaire de l’urbanisme.

Out of the blue
(USA/Canada - 1980) de Dennis Hopper (Bach Films)

Sorti en 1980, Out of the blue est un ovni cinématographique, un brûlot punk désenchanté. Ou comment la société américaine, rouleau compresseur impitoyable pour les plus faibles, a écrasé avec les années le rêve hippie et l’énergie punk. Le tout baigné par le lancinant morceau de Neil Young, Hey Hey My My. En suivant l’autodestruction d’une famille américaine, le réalisateur-acteur nous délivre un message d’un nihilisme absolu. Présenté à Cannes mais sorti dans l’indifférence totale, film offre ainsi une vision d’une société en pleine mutation, où apparaissent clairement les stigmates d’un individualisme désespérant.

Espigoule, la cinquième saison
(France – 2009) de Christian Philibert (Films d’Espigoule)

Philibert offre une surprise de taille aux fans du désormais cultissime Les quatre saisons d’Espigoule en éditant La cinquième saison. Soit trois heures de programme compilant ses premiers courts-métrages (les excellentes minutes d’Espigoule), les scènes inédites du film, le making of et les différentes réactions lors de la promo, avec une préférence pour la traversée de la Croisette par les Espigoulais lors du Festival de Cannes. Trois heures de bonheur qui nous plongent à nouveau au cœur de ce village sidérant, où « tout n’est pas vrai, mais rien n’est vraiment faux » !

Coffret Robert Kramer
Avec Milestones & Ice (Capricci)

Rendons grâce à Capricci, maison de production occasionnellement éditrice, qui nous offre la version DVD de l’œuvre immense qu’est Milestones. Kramer nous plonge au cœur d’une Amérique post-beatnik, pour un voyage sidérant de trois heures et quart où se mêlent avec instinct de nombreuses pistes narratives et cinématographiques. Profondément tellurique, le film suit le parcours de ces hippies en pleine descente de trip égalitaire, à la recherche de nouvelles voies d’émancipation, de communautarisme et d’expression. Les paysages, somptueux et nus, semblent répondre, comme un écho, aux échecs des aventures collectives.

4 films de et sur Sharuna Bartas
Dont Seven Invisible Men, Few of us, The House… (Les Films du Paradoxe)

S’imposant depuis quelques années comme l’un des éditeurs indépendants les plus dynamiques, Les Films du Paradoxe livrent avec ce coffret un panorama presque complet de l’univers envoûtant de Sharunas Bartas. Visionnaire, le cinéaste lituanien aime à s’interroger sur la place de ses personnages dans un univers parfois trop vaste pour eux. Il étire un regard silencieux et profond sur les paysages de vie, sur leurs mouvements, et sur les nôtres. Léos Carax, qu’il dirigea dans The House, dira de lui : « Découvrir les films de Sarunas, ici et aujourd’hui, c’est aussi redécouvrir cela : il n’y a pas de réalités lointaines. »

Le monde perdu
Dix courts documentaires (Italie – 1954/1959) de Vittorio De Seta (Carlotta)

Les dix principaux courts-métrages de Vittorio De Seta enfin en DVD ! Carlotta Films nous a offert l’une des plus belles surprises de la rentrée avec cette plongée magnifique au cœur de l’œuvre du réalisateur palermitain. Entre documentaire et cinéma anthropologique, De Seta témoigne d’un monde passé, celui d’une Italie du Sud pauvre et rurale. Il y filme paysans, mineurs, pêcheurs ou bergers avec une exigence et une sobriété folles, teintées d’un léger lyrisme. Le coffret est enrichi d’un entretien avec l’immense cinéaste, qui revient sur la conception de ses films et livre aussi sa vision d’un monde paysan, aujourd’hui.

Le monde sur le fil
(Allemagne de l’Ouest – 1973) de Rainer Werner Fassbinder (Carlotta)
Trésor peu connu de l’immense Fassbinder, Le monde sur le fil vient compléter la courte liste des chefs d’œuvre d’anticipation qui n’ont nul besoin d’une avalanche d’effets spéciaux pour prouver leur efficacité. Le film est construit sur un programme de réalité virtuelle, simulateur d’évènements sociaux, politiques et économiques. Le résultat est une intelligente fable métaphysique, où faux-semblants et jeux de miroirs emportent le spectateur dans les méandres d’un futur proche, assailli par l’angoisse et la paranoïa. A cela s’ajoute un travail graphique époustouflant, doublé d’une bande-son maîtrisée.

Il était une fois la RKO, l’âge d’or d’Hollywood
Coffret 25 film (Editions Montparnasse)

Les éditions Montparnasse réunissent enfin leur impressionnant travail de défrichage du catalogue de la RKO en un seul coffret. De quoi prendre conscience du rôle essentiel tenu par le fameux studio dans l’histoire du cinéma, qui accoucha de chefs d’œuvres (Citizen Kane, King Kong…), mais reste surtout dans les mémoires comme le plus grand promoteur de la série B, ces films aux budgets ridicules projetés en ouverture de l’opus principal. Une production bis au cœur de laquelle on trouve les œuvres les plus créatives, les plus subversives de la production américaine des années 50 (La féline, The Body Snatchers…).

La stratégie du choc
Documentaire (GB – 2008) de de Michael Winterbottom (Editions Montparnasse)

Le cinéaste anglais met toutes ses compétences au service de Naomi Klein, reprenant les théories développées dans son ouvrage éponyme, témoignages audiovisuels à l’appui. La militante canadienne analyse les concepts de Milton Friedman pour expliquer l’apparition, ces dernières décennies, de la stratégie du choc. Principale influence de la pensée libérale républicaine, l’économiste comprit que les grands chocs historiques (effondrement de l’ex-URSS, 11 septembre…) étaient autant d’occasions précieuses pour faire passer les plus intolérables réformes économiques, profitant ainsi d’un « état d’hébétude » des populations.

[08 déc 2010] Bilan jeux-videos 2010

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Red Dead Redemption + GTA IV : Episodes from Liberty City
(Rockstar Games - XBox360 & PS3)

La fascination provoquée par les westerns et notamment le meilleur d’entre eux, le jeu Red Dead Redemption, tient à la mise en scène d’une nature violente, qu’elle soit animale, minérale ou humaine : vulnérable, vous l’êtes, seul et à peine moins à plusieurs. Le cas GTA IV est assez comparable : une ville, réplique ultra-violente et ultra-individualiste de New York (« Liberty City ») devient le théâtre d’histoires d’hommes seuls ou d’amitiés fragilisées par les magouilles destinées à aménager le rêve américain (conquêtes faciles, bitures, intimidations, vol, tabassages, meurtres…). Interrogeant la civilisation occidentale, les jeux Rockstar Games sont devenus des classiques à peine sortis.

Limbo
(Playdead - Téléchargeable pour la XBox 360 sur la Xbox Live Arcade)

Comme il y a des « films d’auteur », Limbo est ce qu’on appellera bientôt un « jeu d’auteur », marqué par un graphisme perturbant (des silhouettes opaques évoluant dans un décor en noir et blanc), à l’instar de la violence sourde des pièges dont un tout-petit garçon est la cible (eaux profondes, pièges à loup, araignées géantes, scies circulaires…), tandis qu’il cherche à rejoindre sa grande sœur hors des « limbes » (quoi que cela puisse vouloir dire). Mais il fera sans doute davantage date pour ses choix courageux et assumés, et pour la polysémie de son discours, que pour l’expérience qu’il aura fait vivre aux joueurs, un peu trop minimaliste pour être marquante.

Super Meat Boy
(Team Meat - Téléchargeable sur la XBLA et bientôt en Wiiware, sur
Mac et PC)

Ce nouveau jeu à succès, ouvertement inspiré de Super Mario Bros et vendu en téléchargement, pourrait bien influencer pas mal d’éditeurs (tout comme Braid avant lui). En effet, alliant l’ouverture d’esprit des jeux indé (personnages et séquences burlesques, parfois scatologiques) à la précision redoutable de son best-seller de modèle, il dessine une autre voie pour l’excellence. Une voie dont seraient exclues les prouesses technologiques de la 3D et surtout les déroulements linéaires, sans challenge, sacrifiant l’apprentissage du joueur — c’est pourtant la véritable fonction du jeu — au profit d’aventures cinégéniques où le spectacle se passe très bien de son intervention (Mass Effect 2).

Heavy Rain
(Quantic Dream/Sony Europe - PS3)

Cataclysme purement médiatique sur le rapprochement du jeu vidéo et du cinéma destiné à remuer les esprits des institutions et des critiques, la sortie d’Heavy Rain aurait pourtant pu être davantage tournée vers les joueurs cinéphiles. Autrement dit, ceux qui se régale(ront) de son scénario bourré de surprises, mélange interactif de Seven et d’Old Boy, où l’on est parfois poussé à faire des choix monstrueux pour sauver le fils du héros (kidnappé par un tueur en série), où l’on devra incarner plusieurs personnages sans trop comprendre jusqu’à la fin dans quel but et où, enfin, on s’inquiétera sans cesse du destin que l’on donne à ses personnages selon ses actions.

Trials HD
(Red Lynx/Microsoft Games - Téléchargeable sur la XBLA)

Adaptation d’un logiciel PC/Mac gratuit, le jeu de motocross à obstacles, se dotant de graphismes enjolivés, d’explosions faramineuses et d’explosifs moqueurs (prêts à vous faire valdinguer si vous ratez un saut, par exemple), n’a guère changé dans le fond. Vu de profil sur une piste qu’il doit franchir aussi vite que possible, le joueur a le contrôle de la vitesse et de l’inclinaison du motard — entrainant celle de la moto. Sur ce principe digne des meilleurs jeux flash, Trials HD illustre à merveille l’adage selon lequel « quand tu rates, tu recommences » et nous fait à chaque fois payer notre désir de perfectionnement en nous soustrayant à la réalité un nombre d’heures imprévisible.

Demon’s Souls

(From Software – PS3)

Comment un jeu aussi obtus a t’il pu faire l’unanimité dans une rédaction aussi hétéroclite ? C’est que, lorsque l’intello Jonathan Suissa se lamentait sur sa peur d’avancer dans ses donjons et de gâcher la moindre potion de soin, le joueur branché Sébastien Valencia s’épanchait sur son désir ambigu de ce qui se présentait pour lui comme l’enseignement d’un père autoritaire mais aimant
(donc ferme), et le hardcore gamer Adrien Dauzet soulignait son orgueil tantôt exhibé tantôt ravalé face à des ennemis redoutables. Evitant soigneusement de ménager le joueur — placé dans l’inconfort et l’hostilité permanente, il mettait ainsi chacun face à soi, dans son rapport à l’adversité.

[08 déc 2010] Bilan ciné 2010

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Les Amours imaginaires
(Canada - 1h35) de Xavier Dolan

Après un premier film très remarqué, J’ai tué ma mère, le jeune Canadien Xavier Dolan avait cristallisé une certaine attente, du haut de ses vingt ans. Le coup d’essai est devenu coup de maître avec ces Amours imaginaires, à l’opposé de son premier opus. Triangle amoureux aux accents pop, le film explore l’ambivalence de la sexualité adolescente, un no man’s land où se nichent le supplice du désir, la crainte de l’attente, la jalousie et le bouleversement du rejet. Xavier Dolan use ici d’une grammaire cinématographique très personnelle, souvent inventive, toujours jouissive.

La Bocca del Lupo
(Italie - 1h15) de Pietro Marcello

Le plus grand film de 2010 fut également le plus confidentiel. Quatre copies en France pour ce poème torrentiel, vacillant dans les ruelles sombres de Gênes. A travers la destinée d’Enzo, ex-taulard macho compagnon d’un transsexuel, Marcello signe un film intelligent, où la profondeur de l’image le dispute à la maestria du montage. Tout est dans le détail, pour échapper à la simple chronique de faits de société : une voix off venue d’outre-tombe, récitant un texte puissant, des personnages jamais caricaturaux et une ville moite, omniprésente, charriant avec elle toutes les douleurs humaines.

Des hommes et des dieux
(France - 2h) de Xavier Beauvois

Evoquant l’assassinat des moines français de Tibéhirine, Beauvois remonte le temps et la vie de ces hommes qui, face au danger, se demandent s’ils doivent partir ou rester. Entre la quête métaphysique et la conscience du mortel se tisse un drame qui nous touche. Vivre l’existence de dieu, c’est aborder la transcendance de l’esprit propre à des images et des mots qui touchent à l’essence de l’art. Dans le silence du cloître, la caméra dessine des scènes du Moyen-âge, la voix inscrit la poésie de textes oubliés, la pensée s’élève pour comprendre l’inexplicable et le cinéma se découvre de nouveaux horizons.

Lola
(Philippines/France - 1h50) de Brillante Mendoza

Ce qui est frappant chez Mendoza, c’est cette manière de conjuguer instabilité de l’image, façon docu amateur, et structure narrative imparable, presque clinique. Le sentiment d’adhésion (ou de rejet) est immédiat. C’est presque physique, on ne peut rester insensible à cette matière crue, à cette vie sans artifices, à ces rues grouillantes de Manille. En cela, Mendoza va plus loin que le néo-réalisme auquel on le rattache souvent : le cœur de son cinéma n’est pas social, mais humain. Ces trajectoires croisées de deux grand-mères reliées par le même malheur élèvent Lola au rang d’œuvre majeure.

Mother
(Corée du Sud - 2h10) de Joon-ho Bong

Après les excellents Memories of murder et The host, Bong Joon-Ho prouve sans conteste qu’il est bien l’un des cinéastes asiatiques contemporains les plus doués. Car le Sud-Coréen se joue des genres. A l’instar de Memories of murder, son dernier opus prend initialement la forme d’un thriller, pour rapidement revenir vers le mélodrame, sous les traits d’une mère courage tentant de prouver l’innocence de son fils, accusé de meurtre. Une fois encore, le réalisateur ne se prive d’ailleurs pas de jeter un œil critique sur la société sud-coréenne contemporaine.

Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures)
(Thaïlande/France/GB/Espagne/Allemagne - 1h53) d’Apichatpong Wheerastheakul

Palme d’Or surprise en 2010, la dernière œuvre de Weerasethakul est, à l’instar des précédentes, une expérience unique, un voyage intérieur bouleversant aux confins de l’humain, de la mort, de l’âme. Un homme se sachant mourant voit ressurgir son épouse défunte et son fils disparu. Partant de cette trame, Weerasethakul se joue des symboles et offre quelques moments de cinéma parmi les plus beaux jamais croisés. Le film baigne dans une contemplation du monde totalement hypnotique, chaque plan devenant un portrait soigneusement construit par le cinéaste thaïlandais.

Les Rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch
(Allemagne - 1h29) d’Anne Linsel & Rainer Hoffmann

Linsel et Hoffmann signent l’un des films les plus dynamiques, les plus réjouissants de l’année, hommage inspiré, quasi-posthume, à la chorégraphe allemande. Celle-ci décida peu avant sa disparition de reprendre l’un de ses spectacles phares, Kontakthof, interprété ici par une troupe d’ados inexpérimentés. C’est alors que la magie opère. Au cœur de ce laboratoire, le film suit ces personnages en ébullition, craintifs et émouvants, pétris d’admiration pour leur professeur. Le documentaire devient un magnifique portrait de l’adolescence, protéiforme et terriblement vivant.

La Terre de la folie
(France - 1h30) de Luc Moullet

Cinéaste iconoclaste issu de la Nouvelle Vague, Luc Moullet signe à soixante-treize ans un film intelligent et espiègle, sous forme de documentaire cathartique. Il nous invite en Haute-Provence, au cœur d’un pentagone maudit (entre Digne, Gap, Forcalquier, Manosque et Gréoux-les-Bains), terre de prédilection, selon lui, d’une sauvagerie meurtrière sévissant à travers les âges. Moullet développe sa théorie avec une application comique frisant l’absurde et nous plonge sans crier gare dans cet univers gentiment fou, qui n’est pas sans rappeler parfois l’œuvre de Buñuel.

The Social Network
(USA - 2h) de David Fincher

Ou la « success story » de Facebook. En s’adressant à un public potentiel dépassant les cinq cents millions d’abonnés, le film redescend vers le particulier et désigne les auteurs de ce phénomène sans précédent : Marc Zuckerberg, étudiant dont le talent pour les algorithmes lui fait oublier que les hommes ne sont pas des nombres, et Eduardo Saverin, son ami largué par l’importance des enjeux. Le rapport à l’argent, au réseau, à l’image de la femme… quand tout se concentre dans les mains de jeunes hommes, la réussite devient une bombe à retardement et l’on rentre dans ce qui fait la force du cinéma : le suspense et le climax.

Vénus noire
(France - 2h44) d’Abdellatif Kechiche

Eprouver le temps jusqu’à l’épuisement, éprouver le corps jusqu’à sa chute… Kechiche n’a jamais fait dans la demi-mesure. Il colle au corps de ses personnages, poursuit ses scènes jusqu’au malaise, et de cet étirement du temps et des sens naissent la justesse et la profondeur. Une sorte d’accouchement dans la douleur. Une libération aussi. Cette radicalité donne le tournis au cinéma français, peu habitué à être ainsi secoué, tant dans sa forme que dans ses thèmes. Après L’esquive et La graine et le mulet, Abdellatif kechiche construit patiemment une des œuvres les plus passionnantes du cinéma contemporain.

Ils auraient pu y être…

Achille et la tortue (Japon - 1h59) de Takeshi Kitano
Ajami (Israël - 1h58) de Scandar Copti & Yaron Shani
L’Encerclement (Canada - 2h40) de Richard Brouillette
Film socialisme (France/Suisse - 1h42) de Jean-Luc Godard
Kaboom (USA - 1h26) de Greg Araki
Life during wartime (USA - 1h38) de Todd Solondz
Nostalgie de la lumière (Chili/Espagne/Allemagne/France - 1h30) de Patricio Guzm·n
Potiche (France - 1h43) de FranÁois Ozon
Tournée (France - 1h51) de Mathieu Amalric
Toy Story 3 (USA - 1h40) de Lee Unkrich
White material (France - 1h42) de Claire Denis

[08 déc 2010] Bilan Expos 2010

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Si Didon rêvait là-haut, Théo la verrait donc d’ici
du 28/01 au 13/03 au Château de Servières – Ateliers d’artistes

La scénographie de l’exposition joue sur les connivences formelles et théoriques des travaux de trois plasticiens s’interrogeant sur « une certaine pratique du dessin né de la découpe et du retrait ». On garde en tête le trait de Gerlinde Frommherz, creusant la forme dans la matière, dans ses si beaux dessins gravés dans le plâtre, et les volumes de Francis de Hita, si fluides et aériens qu’on imagine voir un dessin tracé dans le vide. Quant à l’inquiétante étrangeté de la peinture de Jérémie Setton, toute la magie de son installation est à revivre dans la vidéo que l’artiste a réalisé sur sa pièce Le bureau, à voir sur son site.

Plossu Cinéma
du 22/01 au 17/04 au FRAC PACA et à La Non-Maison (Aix)
Ces deux expositions inédites et pertinentes présentent une œuvre singulière au carrefour de la photographie et du cinéma, mettant en exergue cette passion formatrice du regard et parcourant quarante ans de la carrière du maître. Elles s’accompagnent d’une première monographie consacrée à ces rapports entre photo et cinéma, parue aux éditions Yellow Now. Les passions de Bernard Plossu pour le voyage et ses rencontres, la littérature, le cinéma et la photographie se retrouvent égrenées tout au long de ses quarante ans de carrière et s’expriment dans cet ouvrage sous forme d’un vibrant hommage au cinéma.

Matthieu Clainchard - It’s like a jungle sometimes. It makes me wonder how I keep from going under (bis)
du 20/04 au 5/06 à la Galerie de la Friche dans le cadre du Printemps de l’art contemporain
Pour son premier commissariat, Clainchard investit les deux grandes salles de la Friche, dans lesquelles le principe de post-production cher à Nicolas Bourriaud trouve de nouvelles formes d’analyses et d’expressions. Les œuvres de Clainchard et celles de ses prestigieux invités offrent différents degrés de lecture et un parti pris quant à la redite et à la citation artistique, mettant en évidence les enjeux économiques et les préoccupations inhérentes à l’espace public. L’exposition n’en est pas moins une proposition artistique, à travers laquelle les œuvres n’en ont pas moins à montrer qu’à dire…

Pierre Boderiou – Aux armes et Cætera
du 8/04 au 8/05 chez Saffir, galerie nomade
Composée d’une série de voitures de police miniatures en cire et d’une autre de dessins d’armes à feu hyperréalistes, cette exposition ne cherche pas à dénoncer quoi que ce soit, mais plutôt à dresser un constat. Lequel ? Toute la question est là et l’incertitude de la réponse, sa fécondité. L’artiste pourrait aussi bien brosser un portrait de la société actuelle qu’un portrait d’enfance où ces objets sont des « jouets ». Car en nous mettant face à ces objets, on appréhende à quel point ce contact neutre est impossible tant ils sont d’emblée incrustés de significations orientant notre perception.

Projet « Les Nouveaux Collectionneurs »
Initié et soutenu par le Conseil général des Bouches-du-Rhône, mis en œuvre par le Bureau des Compétences et Désirs, ce projet propose à des ados de construire leur regard et d’exprimer leurs goûts face à la création artistique, au sein même de leur collège. Par une familiarisation avec des lieux consacrés à l’art, des rencontres avec des professionnels, des discussions ouvertes, les collégiens deviennent responsables et acteurs d’un projet culturel à la fois collectif et personnel. Leurs coups de cœur, défendus devant leurs camarades et un jury professionnel, constitueront un fond d’art contemporain assurément sans précédent.

Georgia Russel
du 29/05 au 27/06 à la galerie Dukan&Hourdekin
Le postmodernisme est l’exacerbation de la réappropriation. Chez Georgia Russel, il se manifeste par un inventaire de paysages tirés des livres d’art et autres magazines, qu’elle découpe minutieusement avec la pointe d’un scalpel pour redéfinir une lumière avec l’espace du mur. L’idée du support vole en éclats. On découvre, dans ce phénomène de transparence, la fragilité et la précision d’un geste répétitif qui transforme et réhabilite une image du passé. La texture de la découpe s’entremêle à la texture de l’image, le vide et le plein cohabitent dans un élan et le concept (le recyclage) se charge d’une poésie.

Olivier Nattes - Réflexion
du 30/10 au 27/11 à la galerie CompleX
L’expérience proposée par Réflexion met en jeu une des forces de l’art : proposer une œuvre qui fasse sens non seulement au regard de l’art, mais aussi au regard de l’homme. En créant un dispositif de vision conditionnant l’apparition du spectacle, l’artiste nous invite à expérimenter les jeux de reflets et de miroirs et à participer à la création de ce nouveau système d’apparences. Il retravaille ainsi l’histoire des dispositifs fondateurs de l’histoire de la représentation tout en nous amenant ailleurs : dans cette possibilité de transformation de notre rapport à l’espace et par là même, de notre présence au monde.

La forêt de mon rêve
du 29/10 au 22/02/2011 à la Galerie d’art du Conseil Général dans le cadre de Laterna Magica

A partir d’une thématique maintes fois sollicitée (la forêt, donc), de nouvelles pousses germent grâce à une scénographie et une sélection pensées avec finesse, dans un esprit ludique. De Rackham à Kiki Smith, le Petit Poucet que nous sommes s’immerge dans une parcelle singulière qui, tout en variations, cible la poésie et la richesse de postures plastiques. Elaguant les branches d’une forêt figée, l’exposition apporte des souches à revisiter : on s’étonne, on s’amuse, on se souvient de nos peurs délicieuses d’enfants quand, à la fois inquiétante et fascinante, la forêt accompagnait le rituel des histoires du soir…

Sabine Weiss
26/11 au 29/01/2011 à la galerie Detaille
La photographe humaniste sensibilise nos yeux de consommateurs d’images à outrance. Ces dernières se voient recolorisées (quoiqu’en noir et blanc) par une ode aux petits riens du quotidien. Cet humble et percutant témoignage saisit la fragilité mais aussi l’étrange dynamisme des instants volés à la rue et à un monde qui ne tourne pas toujours rond. Les acteurs (souvent involontaires) de ces scènes entre joie et fatalité jouent, dans un panorama que la Suissesse a observé pendant des décennies, une comédie humaine non sans rappeler celle de Doisneau.

Zineb Sedira - Les rêves n’ont pas de titre

du 18/11 au 27/03/2011 au [mac]

L’exposition retrace les quinze dernières années d’un parcours artistique qui part de l’intime pour s’ouvrir à l’universel. Sedira examine sa position de Française d’origine algérienne vivant au Royaume-Uni. Alors influencée alors par la pensée post-coloniale, l’artiste s’approprie l’histoire de sa famille et certains symboles de la culture arabe. Son œuvre s’est ensuite détachée de l’autobiographie pour s’ouvrir à une réflexion plus large sur les enjeux des déplacements humains, le potentiel poétique et narratif de l’entropie et les mirages de notre monde soi-disant globalisé.

Ils auraient pu y être…

Tomi Ungerer - Le singulier bestiaire
du 21/01 au 24/04 aux ABD Gaston Defferre (cf. Ventilo # 255)
Franck Aslan - Hatirasi
du 22/01 au 27/02 à la galerie Mourlot (cf. Ventilo # 254)
Le spectateur est un autre
du 29/01 au 5/03 à Seconde Nature (Aix)
Jessica Warboys - Poldhu
du 27/02 au 20/03 à Buy-Sellf Art Club dans le cadre des RIAM (cf. Ventilo # 257)
Jean Arnaud - Souffles
du 3 au 23/03 au Passage de l’Art (cf. Ventilo # 257)
Conversations N°2
du 6 au 27/03 à l’Espace Culture et à la Traverse (cf. Ventilo # 258)
Ludovic Debeurme
du 24/03 au 25/04 au Musée des Tapisseries (Aix) dans le cadre des Rencontres du 9e Art (cf. Ventilo # 259)
Années 80, un parcours photographique
du 1/04 au 23/05 au [mac] (cf. Ventilo # 260)
Alix Cléo Roubaud - Si quelque chose noir & autres photographies
du 2/04 au 15/05 au cipM (cf. Ventilo # 259)
Dominique Gilliot - Pour ta focale inversée
du 28/04 au 10/05 au 3bisF (Aix)
Derrière la forme/douces combinaisons
du 13/05 au 12/06 à la Galerie Bonneau-Samames (cf. Ventilo # 263)
Festival des arts éphémères
du 20/05 au 9/06 au Parc de la Maison Blanche (cf. Ventilo # 263)
Du cinétisme à l’art numérique
du 2/06 au 11/07 à la Fondation Vasarely (Aix) (cf. Ventilo # 264)
D’après nature
du 26/06 au 31/10 au Château d’Avignon
Rencontres de la photographie d’Arles (Marcos Lopez, Taryn Simon, Zhang Dali, Paolo Woods)
du 4/07 au 18/09 (cf. Ventilo # 265)
John Wood et Paul Harrison
du 8/09 au 16/10 à la galerie HO
Iris Levasseur - Légères anesthésies et dérivation
du 11/09 au 13/11 à la Galerie Dukan&Hourdequin (cf. Ventilo # 268)
Prendre la porte et faire le mur
du 11/09 au 11/12 au FRAC PACA (cf. Ventilo # 266)
Laurent Perbos
du 13/09 au 13/10 à la Vip Art Galerie et du 23/09 au 13/11 au Centre d’Art Contemporain d’Istres (cf. Ventilo # 267)
Pierre-Gilles Chaussonnet
du 6 au 10/10 dans le cadre de Mouv’art et des Ouvertures d’Ateliers d’Artites (cf. Ventilo # 267)
Armand Wirgin – Photosculptures
du 6/10 au 2/11 à l’Espace Culture (cf. Ventilo # 268)
Bernard Pesce – Le Non-Dit
du 12/10 au 12/11 chez Rétine, le lieu (cf. Ventilo # 269)
Giney Ayme – (((Survol)))
du 29/10 au 20/11 dans le cadre des Instants Vidéo (cf. Ventilo # 270)
Françoise Louise Petetin – Cultivez mon jardin
du 9/11 au 14/12 au Passage de l’Art (cf. Ventilo # 271)
Olivier Masmonteil - The long and winding road
actuellement et jusqu’au 15/01 à la galerie Dukan&Hourdekin
César, le Rhône pour mémoire / Mark Dion – Un autre regard…
prolongation jusqu’au 2/01/2011 au Musée de l’Arles Antique (cf. Ventilo # 258)

[07 déc 2010] Bilan Théâtre et plus… 2010

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Cycle Pippo Delbono
du 5 au 16/01 au Théâtre du Merlan et à la Criée
D’une force rare, les expériences scéniques auxquelles se livre Pippo Delbono nous plongent avec sincérité au cœur des contradictions et des limites de l’humanité. La maladie, la guerre, la folie, la mort, la souffrance, ne s’embarrassent d’aucun artifice qui viendrait atténuer ou enjoliver leur évidence. Elles sont portées par les mouvements des corps et leurs rythmiques, les modulations de la voix, la structuration de l’espace scénique, bref par une poétique qui est non pas délimitation mais déploiement du sens. L’humanité, dans le théâtre de Pippo Delbono, s’affirme comme une manière d’être corps, une capacité pratique et sensible.

Victoria par la Cie du Zieu dans les Bleus
du 19 au 30/01 à la Cartonnerie (prog. Théâtre Massalia)
Pour ce dernier volet de la trilogie Les Suppliantes, se livrent sur scène les ultimes tractations avant l’issue fatale dont le décompte résonne sur le tempo slamé de Félix Jousserand. A cette impulsion répondent en synergie sept comédiens inspirés, chargés de clamer haut et fort la discorde nucléaire ; chacun à son tour œuvre en vain auprès d’un enfant-roi répondant au doux nom de Little boy. La tragédie est en marche, inéluctablement. Son avènement donne lieu à une orchestration endiablée mêlant, dans un foisonnement de trouvailles visuelles, univers baroque et images d’archives. Une belle chevauchée politico-féerique.

Peter Pan par la Cie Vol Plané
Création du 26/02 au 3/03 au Théâtre du Gymnase
Les plaisirs et les émotions furent multiples, à voir ce Peter Pan confisqué à Disney et rendu à la complexité de Sir James Matthew Barrie par l’adaptation d’Andrew Birkin (qui synthétise là les trois ouvrages) et la mise en scène d’Alexis Moati. Dans un décor fait de ces canapés qui sont pour les enfants tour à tour des bateaux pirates, des diligences, des cabanes ou des tunnels, les acteurs portent avec énergie et enthousiasme ce texte qui parle autant aux enfants qu’aux adultes, réveillant l’un en l’autre. Pour ceux qui l’auraient raté ou voudraient le revoir, c’est bientôt sur Arte.

Il était une fois Germaine Tillion par la Cie Lanicolacheur
du 12 au 21/03 à la Criée (+ carte blanche du 7 au 22/05 aux Bernardines et la Minoterie)
Germaine Tillion commence comme un collage de vignettes, de souvenirs, d’anecdotes juxtaposées, dans un tâtonnement, tant que le tout qu’ils commencent à former n’apparaît pas encore. Puis des moments plus forts (L’opérette à Ravensbrück, la rencontre avec un leader du FLN) viennent donner corps, profondeur et sentiment à cet ensemble qui finit par dessiner le visage d’une pensée ayant traversé les turbulences du siècle sans jamais rien céder à une vision partisane, sans jamais dénier quoi que ce soit, en droit et dignité, à l’Autre. L’histoire exemplaire d’un esprit alerte et intègre, dont la vigilance garantit la jeunesse.

Sig Sauer Pro
par le Collectif Das Plateau
du 31/03 au 2/04 à Montévidéo dans le cadre des Sons de Plateaux 
Invité en résidence à Montévidéo, le collectif Das Plateau atteste du renouveau des écritures contemporaines, tant avec les textes de Jacques Albert que dans son écriture du plateau, via un dispositif original qui utilise images vidéo, acteurs et transformation de la matière sonore, en jouant sur les voix des actrices et en les décalant par rapport à leurs personnages. Sur fond de drame en milieu rural, la construction des dialogues et le travail du plateau rendent la tension de plus en plus prégnante, à la limite du glauque, faisant d’un suspense policier la matrice d’une peinture de mœurs rurales à la dérive.

Les Fourberies de Scapin, mise en scène d’Omar Porras
du 20 au 24/04 au Théâtre du Gymnase
Energie cartoonesque avec postiches de nez exubérants, couleurs pop d’un juke-box rétro, ambiance kitsch et criarde… Molière se mange ici à la sauce Tex Avery, rehaussée d’une myriade de touches décalées et jubilatoires. Omar Porras transfigure ses candides jeunes premiers, travestit ses obtus patriarches, affuble ses acteurs de grandes oreilles, instaure courses-poursuites et coups de feu dans la taverne haute en couleurs où se déroule l’intrigue. De fourberies en gags visuels, on plonge avec joie dans cette joyeuse pagaille, on se laisse volontiers caresser à rebrousse-poil par cette tonalité burlesque qui en dit si long sur notre humanité.

La maison des cerfs par la Needcompany
du 22 au 24/04 au Théâtre du Merlan
Autour d’un récit narrant les sombres souvenirs d’un reporter photographe mort en ex-
Yougoslavie, racontés et visuellement transposés, la Needcompany nous convie à une mise en scène riche et énigmatique sur le deuil. Grâce à des allers-retours entre passé et présent, théâtre, danse et chant, vie et mort, corps nus et costumés, le public est convié à la réécriture de cette histoire et de ses issues possibles. De ce spectacle mêlant tragique et comique émerge un festival de symboles et d’émotions qui ne peuvent laisser indifférent. Une performance de toute beauté que l’on savoure sans modération.

ActOral.10
du 25/09 au 13/10 dans divers lieux de Marseille
Rendez-vous incontournable de la rentrée, le festival des écritures contemporaines a été fidèle à ses généreuses promesses. Parmi les 78 propositions artistiques de cette dixième édition, on se souviendra particulièrement des rires avec Antoine Defoort et de celui d’Aude Lachaise, de la performance brillante de Thomas Clerc, de l’inquiétude ressentie avec Pavel Hak et Philippe Grandrieux, des rêves glissants et soyeux de Marcelline Delbecq, de l’érotisme puissant d’Yves-Noël Genod et Thomas Gonzalez, de l’évasion d’émotions orchestrée par Ivana Müller… Une manifestation élégante et exigeante, qui a su créer de réels liens entre artistes et publics.

Cercles/Fictions de Joël Pommerat
les 15 & 16/10 à Châteauvallon (Ollioules)
La dernière création de Pommerat offre l’image réfractée d’une société en crise où passé et présent s’entremêlent, une cynique dissection qui, entre rires et larmes, assène ses coups avec la précision d’un métronome. La fiction orchestre une savante mise en abyme des réalités sociales et humaines, où tout le monde est témoin à charge : chevaliers, chef d’entreprise, clochard, domestiques, chômeurs, bourgeois progressistes, ambitieux… Décidément, le théâtre n’en finit pas de donner à voir nos démons les plus enfouis. Un régal pour qui désire avant tout que la dramaturgie renoue avec le politiquement « incorrect ».

Littoral de Wadji Mouawad
les 26 & 27/11 au Théâtre des Salins (Martigues)
Premier volet de la fresque théâtrale Le Sang des Promesses, fondamentale dans l’œuvre du dramaturge et metteur en scène Wajdi Mouawad. Dans un espace plastifié où peinture et corps viennent se toucher, se mélanger et nous rappeler poétiquement les anthropométries de Klein, des silhouettes nous entraînent à la poursuite des souvenirs enfouis. Un jeune homme, acheminant le corps inerte de son père sur son dos, cherche une terre clémente pour y ensevelir le défunt. Foules de rencontres, de croisements, de regards dans ce spectacle où tous les personnages semblent crier haut et fort l’importance de la filiation entre tous les hommes.

Ils auraient pu y être…

d’Alain Béhar par la Cie Quasi
du 16 au 19/12/2009 aux Bernardines
La populace tremble d’effroi par le Théâtre de la Poudrière
du 24 au 27/03 à la Friche la Belle de Mai / prog. Théâtre Massalia (cf. Ventilo 259)
La mélancolie des dragons de Philippe Quesne
le 23/04 au Théâtre des Salins (Martigues)
Le globe par la Cie Notoire de l’étranger(s)
du 18 au 21/05 à la Friche la Belle de Mai / prog. Théâtre Massalia (cf. Ventilo 262)
Les Traversées par le collectif Ici-Même (Grenoble)
du 4 au 12/06 au Théâtre du Merlan (cf. Ventilo ­264)
Adishatz de Jonathan Capdevielle
du 6 au 26/07 au Festival d’Avignon
L’homme sans qualité, mis en scène par Guy Cassiers
du 8 au 24/07 au Festival d’Avignon
Product
La Criée (cf. Ventilo 266)
Le K par le Groupe maritime / Voilier Tomahawk à quai-Club de la Nautique
du 29/09 au 3/10. Cf. www.journalventilo.fr
Miam Miam d’Edouard Baer
Gymnase (du 12 au 23/10) + Théâtre des Salins (les 3 & 4/12)
Zoo «Chaleur Humaine» de Michaël Cros
Vagabondage du Merlan au Palais Longchamp (du 28 au 30/10 et du 2 au 4/11)

[07 déc 2010] Bilan Arts du geste (danse / cirque contemporain / arts de la rue) 2010

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Risque Zéro par la Cie Galapiat
du 11 au 15/12/2009 au Théâtre des Salins (Martigues)
Etrange mise en abyme que ce Risque Zéro, où la part de danger, inhérente au quotidien du circassien, est soudain révélée, admise, assumée, revendiquée. Les artistes de la compagnie voltigent du sommet de leur trapèze, de leur mât chinois ou de leur bascule. Ils jonglent avec des haches et des fléchettes, nous renvoient ce « risque » omniprésent, comme un compagnon de vie avec lequel il faut cohabiter
risque de la vie en groupe, de rapports humains, des émotions, comme risque de tomber, de se blesser. Et cette volonté de faire malgré tout, qui ne cesse de nous mouvoir tous. De vivre en fait…

Turba de Maguy Marin
le 5/03 au Théâtre des Salins (Martigues)
Turba est un grand spectacle. Maguy Marin a choisi les textes de Lucrèce pour philosopher sur la danse. Ici, nul mouvement esthétisant et trop formel, mais un travail qui place en son centre la voix — étrangère et presque chantée, cette curieuse voix venue d’un autre temps qu’est la langue latine. Si un livret donne la traduction en français, on s’abandonne rapidement à la scénographie foisonnante et luxueuse, aux costumes fleuris et à l’univers sonore presque angoissant. On en sort revivifiés, pleins d’espoir qu’une autre langue scénique est possible et ce, sur les plus grands plateaux.

Yvonne Rainer + Meredith Monk
du 6 au 8/05 + du 4 au 6/06 à la Friche (prog. Marseille Objectif Danse)
Le printemps de MOD fut enchanté par la venue des deux étoiles de la danse moderne américaine. Si leur renommée internationale est égale, il n’en reste pas moins que leur souvenir nous a laissé des émotions différentes. Yvonne Rainer nous a épatés par son brio et la pertinence de ses propositions, à la fois conceptuelles et à l’épreuve de l’expérience, tandis que Meredith Monk nous a fait vivre la magie d’un conte blanc. Sa présence diaphane, presque portée par sa voix cristalline, dessine un chemin de vie sur un plateau immaculé, ensorcelant et nos yeux et nos oreilles.

L’Oubli, toucher du bois de Christian Rizzo
les 26 & 27/06 à la Salle Vallier dans le cadre du Festival de Marseille
D’une alchimie sensible, la dernière création de Christian Rizzo nous a offert un rare moment de danse. Six hommes et une femme font et défont l’espace, caressant musicalement le plancher, jouant des ombres et des lumières, toujours sur le fil de l’évocation, dans le silence des formes. Tout en douceur, la mort, plus que les vivants finalement, disparaît, car cet Oubli-là nous laisse un souvenir magique, qui vibrera encore longtemps. Entre émotion esthétique et expérience troublante, le chorégraphe signe, dans une scénographie faite de bois, une œuvre ciselée et précieuse.

Foofwa d’immobilité
le 26/06 aux Bernardines dans le cadre du Festival de Marseille + du 19 au 25/07 au Festival d’Avignon
Foofwa rend hommage à Merce Cunningham, Rauschenberg et John Cage dans un solo, (Re)musings. L’homme nu, à la plastique parfaite, le corps peint de taches de couleurs dégoulinant sur le sol au fur et à mesure de la danse, transforme le plateau en une composition picturale qui nous enchante par la grâce de ses mouvements et son humour délicat. A Avignon, il s’empare de Jean-Luc Godard avec Au Contraire (les mots choisis par le cinéaste pour sa pierre tombale). Dans un montage de saynètes, Foofwa, toujours nu (!), revisite sa propre histoire de danseur au fil des films du Suisse. Voilà Foofwa le Fou.

Small is beautiful
du 6 au 23/10 à Marseille, Aubagne et Martigues
Pour sa quatrième édition, le rendez-vous urbain concocté par Lieux Publics s’est révélé à la hauteur de nos attentes, proposant une exploration surprenante et éclectique de notre territoire. Parmi les seize propositions, on retiendra notamment le jeu de rôles grandeur nature proposé par le Collectif Ici-Même (Paris), le parcours sonore et visuellement émouvant de ZEVS, la rencontre avec l’artiste Stephen Bain sur la « terrasse » de son cottage miniature ou encore la ballade végétale et urbaine de la compagnie Victor B. Bref, un festival pas si small que ça, mais ô combien beautiful !

Les nuits d’été de Thierry Malandain par le Ballet National de Marseille
du 14 au 16/10 à l’Opéra de Marseille
Cette pièce symbolise à merveille le lien étroit qu’entretient le BNM avec le pas compté. Loin des enjeux contemporains du collage, Thierry Malandain travaille sur le phrasé et la fluidité du geste dans le temps et le contretemps. Il marie intimement la partition musicale au corps en déséquilibre. Dans cet art presque vain de retrouver les fondamentaux du classique, il existe des bribes de champs à explorer, à la manière d’un zoom sur le répertoire. La sensibilité est une affaire de justesse dans la façon de pointer un léger décalage, une parenthèse, une affirmation sur la pointe des pieds.

Last Meadow de Manuel Gutierrez & the Powerful People
les 5 & 6/11 au Pavillon Noir (Aix)
Avec Last Meadow, Miguel Gutierrez présente une ode au mythe de la jeunesse des fifties qu’incarnait le magnétique James Dean. Par un savant jeu de montage qui nous fait traverser les films du héros, échangeant les identités masculines et féminines en spécialistes de la performance queer, les Powerful People se déchaînent sur le plateau dans une énergie qui devient contagieuse. Cette extravagance, c’est celle qui emmène les âmes perdues. Une virée sauvage qui peut s’avérer belle et mortelle, en perpétuel mouvement vers la déchéance d’une jeunesse dorée.

Espiral par la Cie Léa P. Ning
les 26 & 27/11 au 3bisF (Aix) dans le cadre de Dansem
Que présenter sur une scène dite contemporaine ? Telle est la question que se pose Léa P. Ning. A partir de la réhabilitation de pratiques artistiques désuètes et dans un bric-à-brac de masques, de poupées Barbie© et marionnettes en peluche, de licornes de carnaval, talons argent et nipples de cabaret, la forme du gag devient le fil conducteur d’Espiral. Tous les ingrédients de la farce sont réunis, portés par la qualité de ses interprètes : un Arnaud Saury fantasque et toujours surprenant, une Viviana Moin exubérante et généreuse, et une Laure Mathis dégingandée, absolutely fabulous.

L’homme de l’Atlantique d’Olivier Dubois
le 23/11 au Théâtre des Salins (Martigues)
Quand la danse contemporaine s’attaque au star system par le biais de la comédie musicale, le sourire reprend ses droits. Dubois ose le pari de s’habiller dans les costumes de Sinatra. Il incarne le mythe dans une chorégraphie millimétrée, du pas de deux au one man show, jusqu’à en perdre le souffle. Quand le corps flanche, il rejoint sa chambre et cette femme qu’il a invitée pour la maltraiter. Les vêtements volent, les boîtes à chaussures dégringolent, on frôle le viol et l’espace devient l’habitat d’un fou. Mais l’image impeccable du mythe reprend toujours le dessus
the show must go on !

Ils auraient pu y être…

Volchok par le Cirque Trottola
du 5 au 14/03 Friche Belle de mai (prog.
Théâtre Massalia)
Medo + Flores par la Cie Membros
du 2 au 12/03 au Théâtre du Merlan (cf. Ventilo # 257)
La natura delle cose de Virgilio Sieni
les 1er et 2/04 au Théâtre du Merlan (cf. Ventilo # 258)
Tendance Clowns
du 30/04 au 23/05 au Daki Ling et au Chapiteau Gardens (cf. Ventilo # 261 + #263)
Gardenia d’Alain Platel par les Ballets C. de la B.
du 9 au 12/07 au Festival d’Avignon
Myouto de Perrine Valli
les 29 & 30/10 au Théâtre des Bernardines dans le cadre de Question de danse/Dansem (cf. Ventilo # 269)
Intérieurs nuit par le collectif K.O.com
du 1er au 3/12 à la Friche la Belle de Mai dans le cadre de Dansem
Nebbia par le cirque Eloize
du 3 au 5/12 au Théâtre Toursky

[07 déc 2010] Bilan Concerts 2010

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Adam Green
Le 6/03 au Poste à Galène
Torse nu sous une veste cloutée, Adam Green s’avance. Les cris fusent. Jeunes filles et femmes sont en transe, des sous-vêtements volent, des baisers s’échangent. Le concert peut commencer. Entre vicious songs façon Lou Reed ou Modern Lovers et boogie rock bien balancé, c’est New York qui débarque à Marseille, avec sa classe, sa décadence et cette nonchalance arty qui transforme la moindre rengaine en une irrésistible ode à la drogue et à l’amour. Fin du concert, de belles demoiselles envahissent la scène, embrassent et caressent l’idole qui regagne sa loge en charmante et nombreuse compagnie. Avec Adam Green, la légende rock n’est pas prête de s’éteindre !

Chewbacca
Le 9/04 à Montévidéo
Tout comme Bug, passé le mois suivant à l’Embobineuse, Chewbacca est un duo incluant un batteur et jouant à l’économie de moyens, pour d’innombrables déflagrations sonores aux couleurs prodigieuses. C’est que le rythme instable et les sons bruts ne demandaient qu’à être intriqués par deux esprits curieux et fusionnels pour produire une musique régulièrement stéréophonique au sens mélodique : une même phrase répartie entre les différents instruments. Car on ne demande pas mieux à un groupe que de partager une même voie d’accès à nos oreilles. Et ils ont embouti ces dernières avec fort beaucoup d’entrain…

General Elektriks
Le 2/05 à l’Escale St. Michel
Une énergie folle, un jeu scénique exceptionnel, et musicalement au top, General Elektriks a démontré aux curieux qui le connaissaient pour la musique d’une pub Mercedes qu’il était plus taillé pour la route que la berline ! Entouré d’excellents musiciens aux looks hétéroclites, Hervé Salters chante, joue du clavier, et se déhanche cravate au vent. Un set ponctué de quelques reprises très personnelles et réussies, comme le Ashes to ashes d’un Bowie auquel peu osent se frotter. Un live purement réjouissant.

Busdriver
Le 18/05 au Cabaret Aléatoire
Même si l’on ne comprend qu’un dixième de ce qui est raconté, lorsque l’ouragan Busdriver investit les planches, il est tout de même difficile de ne pas succomber à ses véritables acrobaties verbales qui vous percutent de plein fouet. A l’instar d’un Buck 65, le natif de la West Coast officie seul, deux platines et un micro à portée de poumons (d’or). Outre le fait qu’il maîtrise à merveille tout ce qui lui passe par la main, Regan Farquhar demeure cette machine toujours en avance, sur la mesure, sur son temps, sur les autres MC. Et tant qu’il sera là, sur scène, le rap vivra car le rap, c’est lui.

Marvin
Le 25/05 à l’Embobineuse
Le concert du 17 septembre devait aussi être d’anthologie, ce que nous n’avons pu constater, étant resté penauds devant une porte close : complet. Ce 25 mai, Marvin a donc confirmé en live ce que laissait présager son nouvel album : un OVNI rock noisy, qui utilise le vocoder comme un instrument, trait d’union entre organique et synthétique. Ce soir-là, le public, aux anges, ne laisse pas le groupe quitter la scène, n’ayant d’autre choix que de rejouer ses tubes, pêchus, dansants, en un mot, jouissifs. Nouvelle séance de rattrapage le 10 février à la Machine à Coudre.

The Strange Boys
Le 25/07 à Hyères (Midi Festival)
Le Midi Festival n’a pas failli à sa réputation. A la Villa Noailles, les Strange Boys, menés par Ryan Sambol, ont marqué le paroxysme de ce dernier soir et enflammé la pinède avec leur pop rockab’ sixties teintée de montées psychédéliques. Au sein du revival garage de ces derniers mois, le groupe se démarque grâce à son saxo au son cradingue et avance comme une machine efficace, entraînante et bordélique. La foule se déchaîne alors que les tubes s’enchaînent, ils jouent vite et bien et on les voit quitter la scène avec regret.

Nasser
Le 26/09 au Cabaret Aléatoire (Marsatac)
Pour beaucoup à Marseille, 2010 fut l’année Nasser, passé en quelques mois du statut de petit buzz local à celui, plus convoité, de nouveaux conquérants de l’électro qui rocke. On a pu voir le trio à l’œuvre ici et là, de petite salle en petite salle, et l’apothéose de ce cheminement fut logiquement sa prestation à Marsatac, dans un Cabaret blindé et surchauffé. Soyons clairs : ces mecs-là font du sous-Soulwax (tout est pompé sur leurs Nite versions). Mais c’est quand même fort sympathique.

The Ex
Le 22/11 au Poste à Galène
Rares sont les concerts qui vous prennent du premier au dernier morceau, où la plupart des spectateurs ont de petites étoiles dans les yeux. Rares sont les groupes qui changent de chanteur et ne perdent pas en qualité, voire y gagnent. Aussi rares sont les groupes dont le répertoire évolue mais demeure passionnant, et rare est la musique à la fois nerveuse et hypnotique jouée de manière rageuse mais avec bonhomie. Rares enfin sont les concerts où vous mouillez votre chemise au point quelle le soit toujours le lendemain. Le concert de The Ex fut donc rare, à bien des égards.

Arcade Fire
Le 24/12 au Dôme
Cet étourdissant premier concert à Marseille aura tôt fait de convaincre ceux qui en doutaient encore : non content de figurer parmi les groupes indispensables de ce début de siècle, Arcade Fire est devenu une énorme machine de scène. Une usine à rêves, capable de déchaîner un auditoire certes conquis d’avance, mais impliqué comme rarement (cf. le rappel, où le chorus de Wake up a remplacé les « Ohohohoho » habituels), pour le faire vibrer d’émotion l’instant d’après. Une petite heure et demie de bonheur à l’état pur.

We used to have a band
Le 5/12 à l’Espace Julien
We used to have a band, duo composé de Marion Rampal (voix, kazoo) et du sieur François Richez, cumule avec bonheur les bonnes nouvelles (demi-finale nouvelle scène du Printemps de Bourges, première partie de Neal Hannon) et les prestations époustouflantes. Du concert de la Noche en février jusqu’en ouverture de Divine Comedy (écouté avec grande attention par toute une salle étonnée), en passant par le concert à la Mesón la veille, We used to have a band est en train de conquérir ses lettres de noblesse et de marquer les esprits.

[07 déc 2010] Edito 272

2010 de der

Ventilo a eu accès aux câbles diplomatiques fuités par Wikileaks et nous sommes en mesure aujourd’hui de vous révéler que les Etats-Unis prévoient le passage du Père Noël entre le 24 et le 25 décembre 2010. L’ambassadeur US à l’ONU, qui a reçu l’étrange consigne de relever les empreintes génétiques de ses homologues au Conseil de sécurité, a pu ainsi rapporter à Hillary Clinton tous ces (non-) événements qui ont secoué l’hexagone et le globe cette année.
Le pétrole coule dans les flots suite à l’explosion de la plateforme d’extraction Deepwater, le blé vient à manquer, non pas aux actionnaires de l’Oréal, mais à la population d’Egypte, confrontée à la spéculation sur les prix de la céréale. Des eaux profondes du Golfe du Mexique aux sommets de la hiérarchie sociale où se meuvent les Bettencourt, l’année écoulée nous aura permis de mesurer le gouffre qui nous sépare encore de la raison. L’année du football nous a fourni l’exemple lumineux de ces jeunes traders du ballon rond, inconscients jusqu’à l’extrême des conséquences de leurs actions, et du fulgurant Eric Cantona, qui prend le contre-pied pour reprendre de volée les banquiers et appelle à leur retirer notre confiance. Le fossé s’est creusé aussi entre les générations, forcées par le pouvoir d’abandonner la solidarité au profit des retraites privées qui se feront un plaisir de financer les campagnes de soutien des Umpistes pour service rendu. Enfin, avant de lever son coude et le verre qui est au bout à la santé de tous ses proches, Ventilo réaffirme son soutien à tous les sacrifiés du contrat aidé qui auraient bien besoin d’un clin d’œil du destin. Tout comme ces structures moribondes ou menacées de mort (le Courant d’air Café, le Point de Bascule, l’Equitable Café, le Comptoir Sainte-Victorine). Si Marseille Provence veut revendiquer fièrement son statut de capitale européenne de la culture en 2013, il va falloir plus qu’un miracle et répartir plus équitablement le soutien à ces acteurs qui font toute la richesse culturelle de notre territoire. Car l’année 2010 s’est révélée riche de propositions artistiques passionnantes : les bilans que vous allez découvrir dans les pages suivantes peuvent en témoigner.

Victor Léo (avec CC)

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