Archives par mois
novembre 2010

[24 nov 2010] The Jon Spencer Blues Explosion - Rééditions (Essential/Differ-Ant)

galette-The-Jon-Spencer-Blu.jpgUne compilation rétrospective avait lancé les hostilités en mai. Quoi donc ? Le plus grand groupe de rock’n’roll de ces vingt dernières années. Qui ça ? Strokes, Libertines, White Stripes ? Et puis quoi encore ? Non : Jon Spencer et son Blues Explosion, qui disputa ce titre à Ian Svenonius et The Make Up — point barre. Pour la jeune génération qui ne sait pas forcément, le trio new-yorkais ultime, à la croisée d’Elvis, des Meters, des Cramps et du blues du Delta. Ses meilleurs disques (ceux des 90’s) sont aujourd’hui remastérisés avec une foule de bonus. Le rêve absolu.

PLX

[24 nov 2010] Avey Tare - Down There (Paw Tracks)

Galette-Down-There.jpgDe l’ectoplasme jusqu’aux poumons, des boîtes à rythmes qui pataugent dans la vase, des synthés ramenés à la vie, dégoulinant d’outre-tombe… Il semblerait que ce soit du fond d’un sombre bayou, dans l’immobilisme psychédélique et fantomatique des eaux stagnantes, que le chanteur d’Animal Collective distille son étrange mouture pop. Il parvient ainsi à créer une entité trouble, torturée mais sincère, à la fois inquiétante et attachante. Comme une nocturne présence spectrale qui nous susurrerait au creux de l’oreiller que les rêves oppressants sont souvent les plus beaux.

JSa

[24 nov 2010] Cause - Cause (Orage/Mosaic music)

Galette-Cause.jpgUne langue qui sonne moins bien que l’anglais, des textes sans réels intérêts… Difficile de s’exalter à l’écoute du rock français actuel. Depuis Noir Désir, aucun groupe du genre n’a marqué les esprits de la rédaction. Voilà qui explique sans doute l’enthousiasme ressenti à l’écoute de Cause, de leurs textes éclairés, engagés, écorchés, proches de la prose de leurs illustres aînés, en un mot : intelligents. Des arrangements qui vont piocher aussi bien chez Tom Morello que chez Serge Teyssot-Gay appuient une voix syncopant le texte comme un flow hip-hop, dégageant un singulier mélange rock groove.

dB

[24 nov 2010] Tame Impala - Innerspeaker (Modular/Discograph)

Galette-Tame-Impala.jpgLe plus beau coup de MGMT est d’avoir réussi à fourguer des palettes entières, sur la lancée de son premier album, d’une suite qui s’avérait franchement moins évidente : il y a quelques mois, Congratulations redonnait au psychédélisme ses lettres de noblesse. Mais voilà, MGMT s’est depuis trouvé des nouveaux potes, tout aussi jeunes et branchés, qui pourraient bien leur faire beaucoup d’ombre. Ils sont australiens, produits par le magicien Dave Friedmann, et ravivent la flamme du premier « summer of love » (Beatles, Love, Cream…) avec énormément de talent. Flamboyant.

PLX

[24 nov 2010] Beat Torrent - Beat Torrent Reworks (Kif Records/Musicast)

Galette-Beat-Torrent.jpgLes 2 DJs échappés du collectif C2C (quatre fois champions du monde DMC, pour rappel) nous reviennent avec un album 100 % remix. Un grand pot-pourri mêlant rock, électronique, soul et hip-hop, étonnamment assez cohérent. Sans grande audace mais avec beaucoup de talent, BT nous offre des remixes certes inégaux, mais donnant un nouveau souffle à des morceaux déjà de grande qualité. Mentions spéciales aux versions revisitées ultra-basses d’Another Life de Smooth, de la bien nommée Fat Bass de Silvouplay et du diablement efficace Abbesses de Birdy Nam Nam. Du bon (re)travail.

JB

[24 nov 2010] Teebs - Ardour (Brainfeeder/Pias)

Galette-Teebs.jpgSur Ninja Tune et jadis Mo’Wax, l’abstract hip-hop est un genre qui a bien vécu. Alors que le premier de ces labels anglais se renouvelle dans une veine « bass music » et que le second est mort et enterré depuis longtemps, c’est vers Los Angeles que l’on trouve aujourd’hui les meilleurs producteurs du genre. Avec à leur tête l’excellent Flying Lotus, qui a pris sous son aile (et sur son label Brainfeeder) le jeune et talentueux Teebs, dont le travail est également très fin mais beaucoup plus lumineux et apaisé. Une petite merveille d’album à écouter sous la couette.

PLX

[24 nov 2010] Fumuj - Drop a three (LDH/Clean8/L’autre distribution)

Galette-Fumuj.jpgDifficile de comprendre pourquoi les Tourangeaux ne figurent plus au catalogue de Jarring Effect : comme son prédécesseur, Drop a three se présente comme la parfaite synthèse du groove, du rock et de l’électro, suivant une vision des mélanges très british, à l’instar d’Asian Dub Foundation (période Conscious Party). L’efficacité est donc de mise, et l’ouverture, un art de vivre. En témoigne l’attention particulière que Fumuj porte au handicap auditif, en distribuant des récepteurs sensitifs et en s’exprimant en langue des signes pendant ses concerts… Respect.

dB

[24 nov 2010] Jatoma - Jatoma (Kompakt/SRD)

Galette-Jatoma.jpgLa dernière signature Kompakt mérite toute notre attention. Ce jeune trio surprend d’emblée par son approche tech house ultra mélodique. Des basses diffuses, noyées par de réjouissantes envolées et assises sur d’épaisses couches de crépitements forestiers. Chaque piste semble contenir deux morceaux, l’un (electronica) sur l’autre (house), gagnant ainsi en densité et en profondeur ce qu’il ne perd pas en énergie. En somme, un amas de belles choses, qui préfère l’air libre aux cadres étriqués des dancefloors. Leurs lives se révèlent d’ailleurs de salvatrices jam sessions…

JSa

[24 nov 2010] David Foenkinos - Lennon (Plon)

millefeuille-Lennon.jpgN’avez-vous jamais pensé avoir une conversation intime avec un personnage public que vous admirez ? Voilà ce qu’imagine David Foenkinos avec John Lennon. Nous sommes à New York, quelques mois avant la mort de l’artiste. Il vient d’avoir son deuxième fils et se remet à composer. Considérant qu’il est à un tournant de sa vie, il souhaite faire un retour sur lui-même et va consulter un psychanalyste dans son immeuble. Plutôt que de se livrer à un exercice de biographe, Foenkinos nous propose, à partir d’une documentation très précise, une relecture intime du mythe des Beatles. Lennon murmure à notre oreille, confie ses doutes, ses failles, ses addictions, nous raconte McCartney, Yoko et les autres, n’hésitant pas à se montrer sous son pire jour. Au-delà de l’exercice de style, on retrouve l’élégance et la subtilité de l’auteur de La délicatesse.

AG

[24 nov 2010] Santiago Gamboa - Necropolis 1209 (Métailié)

millefeuille-Necropolis-120.jpgSi vous n’aimez pas la littérature déjantée, passez votre chemin. Le Colombien Santiago Gamboa imagine ici un roman à tiroir, foisonnant et baroque. Nous sommes à Jérusalem, où se tient une improbable conférence sur la mémoire, alors que le conflit israélo-palestinien fait gronder les armes autour de l’hôtel accueillant les congressistes. Vont se croiser des personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer : un révérend américain ayant connu la rue, la prison et la dope, une ancienne star française du porno, un auteur de roman dépressif et en panne d’inspiration…. Chacun a bien sûr une histoire à raconter, ce qu’il va faire à sa façon. Dans la polyphonie de ces destins, le roman prend toute son ampleur, nous racontant un monde qui ressemble bien sûr souvent au nôtre. Enthousiasmant d’originalité !

AG

[24 nov 2010] Macola - Dérives (Atrabile)

millefeuille-Macola-Derives.jpgSur une île (quelque part au large de l’Afrique ?), Bouba est pêcheur. Depuis que d’énormes chalutiers sont arrivés dans ces eaux, le poisson se raréfie ; les petits pêcheurs ne font évidemment pas le poids face aux gros. Si Bouba tente d’abord de résister, il décide finalement de changer de voie… Dérives subjugue d’abord par le dessin de Piero Macola : un trait fin et souple, extrêmement vivant, mis en lumière par des couleurs aux tons pastel qui, tour à tour, suggèrent la lumière écrasante du soleil ou la pénombre de la tempête et de la nuit. Ce dessin subtil et magnifique colle comme un gant au récit âpre, désenchanté, mais toujours dynamique, riche et porteur d’une certaine poésie. Il est rare qu’une bande dessinée véhicule des idées politiques avec force, mais sans les asséner. Dérives y parvient brillamment.

BH

[24 nov 2010] Pablo Auladell - La Tour blanche (L’An 2/Actes Sud)

millefeuille-La-Tour-blanch.jpgLes bandes dessinées hispanophones publiées en France suscitent généralement un vif intérêt, ce que ne démentira pas cet élégant récit de l’intime, qui agit par touches, par sensations. La discrétion, la pudeur de son personnage principal et narrateur pousse le lecteur à l’attente. Jamais il ne cherche à en savoir plus que ce qui lui est dévoilé à mesure que le récit progresse — non par manque de curiosité, mais par respect. Cet homme qui revient sur ses terres adolescentes poursuit un rêve, une belle chimère : retrouver son amour de jeunesse. La nostalgie de ce qui n’existe plus, qui n’a au fond jamais existé — et qui sûrement n’existera plus jamais — rend les souvenirs doucement fragiles. La mémoire fonctionne, mais elle trimballe souvent des mirages qui font mal… La Tour blanche est l’une des plus belles surprises de la rentrée.

LV

[24 nov 2010] Espigoule : La cinquième saison (France – 2009) de Christian Philibert (Films d’Espigoule)

dvd-Espigoule.jpgLes quatre saisons d’Espigoule, cet ovni cinématographique sorti en 1999, a depuis atteint le rang de film culte pour bon nombre de fans s’explosant les zygomatiques à la moindre évocation du phacomochère, du Café du Cours (tenu par l’inénarrable Jean-Marc), ou du concours de civet de lièvre. Christian Philibert leur offre une surprise de taille en éditant La cinquième saison, trois heures de programme compilant ses premiers courts-métrages (les excellentes minutes d’Espigoule), les scènes inédites du film, le making of et les différentes réactions lors de la promo du film, avec une préférence pour la traversée de la Croisette par les Espigoulais lors du Festival de Cannes. Trois heures de bonheur qui nous plongent à nouveau au cœur de ce village sidérant, où « tout n’est pas vrai, mais rien n’est vraiment faux » !

EV

[24 nov 2010] Sylt, le pays où la terre recule (France – 2010) de Samuel Bester (Lowave / Les éditions du réel)

dvd-Sylt.jpgSamuel Bester est l’un des cinéastes marseillais les plus passionnants, que les spectateurs curieux ont pu rencontrer lors de divers festivals régionaux, et actuellement en charge de l’incontournable structure Les Instants Vidéo. Œuvrant à ses débuts dans le cinéma expérimental — on l’a souvent croisé au programme du Festival Images contre Nature —, il a depuis élargi son champ d’action au documentaire, sans abandonner un style visuel onirique et puissant. Dont acte avec Sylt, tourné sur l’une des plus belles îles du Nord de l’Allemagne, en proie à la cohabitation humaine. Les éditions du réel nous offrent sur le même DVD un panel de créations embrassant l’essentiel du travail de Samuel Bester : Sylt, le documentaire, cinq films expérimentaux, une création sonore et un travail cinématographique.

EV

[24 nov 2010] La faim (Suède – 1966) d’Henning Carlsen (Doriane Films)

dvd-La-faim.jpgNous étions sans nouvelles de l’excellente structure Doriane Films, connue pour son travail remarquable sur l’œuvre de Peter Watkins. La voilà de retour avec l’un des chefs d’œuvre oubliés de l’histoire du cinéma, La faim d’Henning Carlsen. Le roman éponyme de Knut Hamsun avait tenté Dreyer et Renoir, mais c’est le cinéaste suédois qui en fit cette éblouissante adaptation. Ou les déambulations d’un jeune écrivain sans le sou, que tous les éditeurs rejettent, et rongé par la faim. De rencontres fulgurantes en diverses humiliations, le jeune homme renvoie le portrait d’une ville cannibale, Kristiana, et interroge les fondements même de la création, de sa difficulté, des contraintes matérielles, et de la contamination jusqu’à l’absurde par cette obsession fondamentale : manger. Un chef d’œuvre !

EV

[24 nov 2010] Jesse James contre Frankenstein (USA – 1966) de William Beaudine (Bach Films)

dvd-Jesse-James-contre-Fran.jpgQue fait la fille de Victor Frankenstein quand, suite à un exil forcé, elle se retrouve du côté du Nouveau Mexique ? Elle continue tout logiquement les expériences du paternel sur des cobayes mexicains qui meurent les uns après les autres ou sur une brute taillée comme Schwarzy, qui se trouve être l’acolyte de Jesse James… Sur un « scénario » cousu de fil blanc, Beaudine signe une série B (tendant largement vers le Z) plutôt sympathique malgré le grotesque de la situation. Bien entendu, il ne faut pas creuser profond ou être à la recherche de la cohérence absolue pour apprécier à sa juste valeur ce nanar gentillet aux dialogues splendidement kitsch. Tous les ingrédients du western et du film d’aventure sont réunis —fusillades, poursuites, romance… — dans cette parodie invraisemblable du roman de Shelley. En bref, un film vraiment à l’Ouest…

LV

[24 nov 2010] Cauchemars d’Outre-Tombe (Rockstar Games/2K Games – extension pour Red Dead Redemption sur Xbox 360/PS3)

jeu-Cauchemars-Outre-Tombe.jpgL’extension du récent chef-d’œuvre Red Dead Redemption est dotée de ce qu’on appelle un « scénario prétexte » : le Far West subit une invasion de zombies d’origine inconnue. Si les dialogues se révèlent toujours excellents, aux références idéologiques « sans âge », comme le mythe de l’étranger enragé ou le « complot juif franc-maçon », on constate la disparition de l’esthétique pleine d’amertume (ultra violence, individualisme, poésie sauvage de la nature…) de RDR, au profit d’une terre dévastée par la pandémie, parfaite pour le tir au pigeon (les zombies ne se tuent que d’une balle/pioche dans la tête). Il est utile de rappeler que le sens de l’expérience d’un jeu (ou d’un film) ne correspond pas plus aux actions (ici « tuer ») qu’à l’histoire vécue par ses personnages. Tuer les ennemis, sans être tué, vite, avec style… et perfectionner ses compétences : la maîtrise est l’objet fondamental d’un jeu d’action. Visée, course, prévision des mouvements des belligérants et gestion de l’équipement en sont les fondamentaux… tout comme dans certains sports.

JS

[24 nov 2010] F1 2010 (Codemasters/Koch Media –Xbox 360/PS3/PC)

jeu-F1-2010.jpgA en croire Le jeu comme symbole du monde d’Eugen Fink, la différence entre le réel et sa reconstitution ludique tient à ce que les règles du jeu sont en perpétuelle découverte dans le premier cas, tandis que dans le second, il est possible d’en maîtriser les tenants et aboutissants dans un temps fini. Tout comme Cauchemars d’Outre Tombe, cette simulation de formule 1, la plus « complète » et « réaliste » à ce jour, est donc surtout un jeu. Pour s’en convaincre, il suffit de commencer à jouer en mode « facile », avec les aides de pilotage, en particulier l’aide au freinage. Il s’agira donc de laisser le bouton d’accélération enfoncé et de gérer les virages. Mais cela implique de suivre les trajectoires idéales dessinées sur la piste : si l’on s’en écarte, on n’accélère plus assez ; si on tente de les approcher en les croisant, les roues ne sont pas dans la position optimale par rapport au freinage effectif à cet endroit. L’œil vissé sur la bande colorée dessinée sur la piste, le joueur enchaîne des virages à 250 km/h. C’est cela, être un champion à F1 2010 en mode « facile ».

JS

[24 nov 2010] Atelier Rorona : The Alchemist of Arland (Gust/Koch Media - PS3)

jeu-Atelier-Rorona.jpgAtelier Rorona fait penser à ces friandises bien sucrées dont on dévore un paquet entier pour s’apercevoir qu’un second ne serait pas de trop… Le joueur incarne au jour le jour Rorona, apprentie alchimiste d’une naïveté cocasse, soumise à une série de missions trimestrielles imposées par le régisseur de la ville pour les trois années à venir. L’échec à l’une des douze missions étant synonyme de « game over », le joueur devra s’organiser avec les possibilités qui s’offrent à lui : explorer les environs pour trouver de nouveaux ingrédients et combattre de nombreux monstres, rester en ville pour concocter de nouveaux objets selon ses envies ou les requêtes des habitants, ou bien au contraire dormir pour faire passer le temps plus vite jusqu’à la prochaine mission. Pour parvenir à voir les quatorze fins différentes, on devra passer par tous les styles de jeu (étant donné que le combat n’est pas indispensable pour finir l’aventure). Et avec ces personnages délicieux, il est difficile de ne pas remettre la main dans le paquet tant que celui-ci n’est pas vide…

AD

[24 nov 2010] Sabine Weiss à la Galerie Detaille

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Weiss ou l’art du détail

Pour l’inauguration de leur nouvelle galerie, les époux Detaille ont choisi un monument de la photographie humaniste : Sabine Weiss en personne comblera nos regards par ceux portés sur des instants de vies au cours d’une carrière embrassant près d’un siècle.

Soixante-dix photographies (en noir et blanc, de format 30 x 40 cm, avec différents cadrages), comportant toutes la présence d’êtres, tracent le cheminement de cette grande dame discrète, bien qu’officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres depuis 1999 et représentée au sein de collections internationales (MoMA((En 1955, Sabine Weiss participa à la célèbre exposition new-yorkaise de Steichen, Family of man, citée par Edouard Boubat : « La photo, c’est aussi l’homme tout “entier”, de face, de profil, de trois quarts, en gros plan, en plan américain, en pied. L’homme dans son champ, dans sa ville, au travail, sur les plages, dans ses rêves. Sa vie, son décor familier : la grande famille de l’homme… » (La photographie, 1985).)), Museum of Modern Art de Kyoto, Centre Georges Pompidou, Maison Européenne de la Photographie, entre autres lieux prestigieux)… Mais si peu à Marseille jusqu’à présent. Un manque qui sera donc corrigé grâce à une rétrospective se voulant introspective : l’espace — un écrin de calme où les objets personnels de Félix Nadar susurrent — rassemble des séries de visions où la réalité nous égraine d’intemporelles émotions à partager et dans laquelle s’inscrit l’amour de l’altérité. Or, ces autres en action s’inscrivent dans une sphère à la fois de corrélation et de recueillement sur nos propres authenticités. Les observations sociales et intimes que Sabine Weiss a fixées avec sobriété « pour que s’exprime avec un minimum de moyens l’essentiel de l’homme » établissent un témoignage intense, axé en particulier, dès les années cinquante, autour de la thématique du quotidien : scènes de rue, d’enfants, mouvement, solitude, complicité à deux, atmosphères nocturnes, croyances et portraits jalonneront ainsi l’exposition. Cette dernière est née d’une rencontre : outre les liens et coïncidences avec l’aïeul du photographe Gérard Detaille (Fernand Detaille, successeur de Nadar, également d’origine suisse, comme Sabine Weiss, avait eu pour maître de studio le Genevois Frédéric Boissonnas), le coup de cœur s’explique, selon Hélène Detaille, par l’importance de retrouver une démarche dans « un monde de plus en plus impersonnel où les rapports humains s’effilochent. » Soucieuse, après trente ans d’exploration des archives familiales (plaques de verre, négatifs et tirages par milliers), d’en exploiter la diffusion, elle se dirige vers une vocation désormais plus large, contemporaine et pédagogique, en prévoyant des programmations croisées afin de sensibiliser à l’évolution de la photographie, de dévoiler son fonds, tout en faisant la part belle aux livres et aux artistes. Marseille mérite que l’on défende aussi activement son image, ainsi que son patrimoine d’hier et d’aujourd’hui !

Texte : Marika Nanquette-Querette
Photo : Espagne 1954

Du 26/11 au 29/01/2011 à la Galerie Detaille (5 rue Marius Jauffret, 8e). Vernissage le 25 à partir de 18h30. Rens. 04 91 53 43 46 / www.detaille-photo.fr

[24 nov 2010] Zineb Sedira au [mac]

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Entre deux rêves

Le [mac] présente la première rétrospective en France de Zineb Sedira. Articulée en chapitres, l’exposition Les rêves n’ont pas de titre suit un déroulement chronologique et rassemble les vidéos, les photographies et les installations réalisées par l’artiste entre 1995 et 2009.

Ce qui saisit immédiatement face à l’œuvre de Zineb Sedira, c’est cette douce oscillation, née de l’intense et du subtil. Selon Baudrillard, dans une image, « certaines parties sont visibles, d’autres non, les parties visibles rendent les autres invisibles, il s’installe un rythme de l’émergence du secret, une ligne de flottaison de l’imaginaire.((Jean Baudrillard, L’autre par lui-même, Habilitation (éd. Galilée, coll. « Débats »))) » L’artiste, issue d’une double culture, cherche à concilier sans cesse héritage oriental et valeurs occidentales. Le déracinement, l’écartèlement culturel, la nostalgie, le langage sont autant de thèmes qui lui permettent d’évoquer l’histoire algérienne à partir d’expériences personnelles. Cette mémoire fragmentée, fragmentaire, s’exprime parfaitement à travers la métaphore de « l’entre-deux ». En couture, l’entre-deux est une bande de tulle, de broderie ou de dentelle qui nécessite la coupe de tissu. A l’inverse des incrustations qui superposent les éléments tissés, l’entre-deux sépare et disjoint tout en reliant. Il rompt l’unicité du tissu en proposant un rythme et focalise le regard sur ce nouvel espace. Comme son nom l’indique, il est bordé d’un côté et de l’autre et sert de passage à surprise entre deux rives plus monotones. Il n’existe que dans cette fonction d’avoir permis la coupure, mais c’est cette coupure qui permet la pose de l’entre-deux. Et, s’il tient ses origines du décor en tissu, le terme est très apprécié pour la réflexion psychanalytique. Pour Daniel Sibony1), la question de l’identité sous-tend l’entre-deux. Ce dernier, bien qu’il soit un terrain propice à la brisure et marque l’inquiétude d’une fêlure, cherche à préserver la possibilité d’un échange, voire d’une conservation réciproque. Il n’est pas anodin que Bernard Latarjet ait déclaré le soir du vernissage que Zineb Sedira « incarne parfaitement la création contemporaine euroméditerranéenne dont Marseille Provence 2013 se veut une vitrine exemplaire. » Si la première partie de l’exposition est nettement autobiographique, une réflexion plus récente de l’artiste autour des enjeux des déplacements humains et des mirages de notre monde globalisé occupe la scène. La Méditerranée, autre espace de l’entre-deux, y est omniprésente. Floating Coffins (2009), une spectaculaire installation vidéo tournée dans un cimetière de bateaux à Nouadhibou en Mauritanie, est ainsi le point d’orgue d’une exposition empreinte de poésie, d’humanisme et de justesse. Réjouissons-nous que Zineb Sedira ait accepté d’être la première artiste à s’investir dans le projet Euroméditerranée pour 2013. Le titre de l’exposition, inspiré d’un graffiti aperçu au port de Marseille lors du tournage de Middle sea en 2008, symbolise pour elle « une sorte d’hommage, une occasion de redonner quelque chose à cette ville. »

Nathalie Boisson

Jusqu’au 27/03/2011 au [mac]-Musée d’art contemporain de Marseille (69 avenue d’Haïfa, 8e). Rens. 04 91 25 01 07

  1. Daniel Sibony, Entre-Deux, l’Origine en partage (éd. du Seuil []

[24 nov 2010] Festival Impressions Visuelles et Sonores

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La rue est à l’intérieur

Si l’art urbain se déploie tout naturellement dans la rue ou la ville, considérées à la fois comme espaces à investir et à modifier, il « s’incruste » provisoirement le 4 décembre au Nomad’Café (et à Il Barone en amont) à l’occasion de la septième édition du festival Impressions Visuelles et Sonores.

Le festival, créé par l’association En Mouvement en 2003 à l’initiative de trois drôles de dames (Emilie Ozée, Nora Kerkour et Lise Pasquier), prend chaque année un peu plus d’ampleur grâce à une programmation foisonnante qui cherche tout à la fois à favoriser la diffusion d’artistes émergents, à soutenir la réalisation de projets vidéo, mais aussi à attirer un public mixte en montrant les pratiques créatrices dans leur diversité et en les invitant à se rencontrer. Cette année, en plaçant l’art urbain au centre de sa programmation, le festival nous donne l’occasion de découvrir tout particulièrement des artistes pratiquant le Street Art et le Graffiti. Leurs créations prennent différentes formes lorsqu’elles se déploient dans un espace d’exposition. En amont de la manifestation, le graffeur Oré présentera à Il Barone une série de toiles, fruit de ses rencontres avec cinq artistes. Au Nomad Café, on pourra découvrir une installation inédite réalisée par l’artiste Ipin, des peintures et une performance de Virginie Biondi, mais aussi les toiles de Thomas Trech, composées de collages, d’affiches et d’acryliques qui mettent en scène la vie underground, ou encore le street art de Gebonz. Suivra une projection de courts métrages autour des pratiques de l’art urbain sous forme documentaire ou fictionnelle. Mais la programmation ne s’arrête pas là, elle est aussi sonore : le festival propose un atelier jeune public (pour les 12-16 ans) sur la naissance du mouvement hip-hop animé par William Alliot et Dj Jon’z, et des moments festifs avec des concerts d’artistes hip-hop : La Méthode, So?Mach! et Mc2.

Texte : Elodie Guida
Illustration : Virginie Biondi

Le 4/12 au Nomad’ Café (11 boulevard de Briançon, 3e).
Et aussi Blackfoot et Oré : du 27/11 au 18/12 à Il Barone (3 rue Bernex, 1er).
Rens. http://impressionsvisuellesetsonores.fr
Ateliers sur inscription jusqu’au 27/11, dans la limite des places disponibles

[24 nov 2010] David Lynch au Studio 19

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Image innée

Depuis 2007, et un coup de foudre pour un lieu de création, David Lynch revient à l’image fixe et crée des lithographies. Le Studio 19 propose à l’exposition — et à la vente — quatorze de ses créations.

David Lynch disait récemment qu’enfant, sa mère le faisait peindre sur des morceaux d’étoffe, et qu’un jour, le destin, sous la forme d’un courant d’air faisant onduler la toile, l’orienta vers l’image en mouvement. Cinéaste, peintre, sculpteur et musicien, David Lynch revient en 2007 à l’image figée. Il répond à une commande d’un grand magasin parisien, sur les vitrines duquel il travaille après la collection Paris suite aux dominantes de rouge, noir et blanc. Cette nouvelle série, I see myself, navigue quant à elle entre noir, blanc et les nuances nées de leur mélange, sur un support papier couleur ivoire. La première chose qui frappe à la vision de ces œuvres, c’est l’importance donnée au concept. On a la sensation que le point de départ en est toujours une idée, plus qu’une urgence ou qu’un sentiment. Et que ce concept traverse plusieurs étapes de réflexion visant peut-être plus à en compliquer ou en enrichir la lecture qu’à l’éclairer. Pourtant, des mots figurent et sont partie prenante des œuvres, non seulement en tant que titres, mais aussi par leur placement ou la forme des caractères choisis, en tant qu’éléments esthétiques et participant du sens qui se dégage de l’impression. Ainsi, dans Insect bites woman, le positionnement des mots sème-t-il une ambiguïté dans la lecture, en laissant ouverte la possibilité de renverser totalement celle paraissant la plus évidente. Esthétiquement abouties — cela va sans dire ! —, plus lumineuses qu’il n’y paraît de prime abord, riches de détails eux-mêmes d’une grande beauté, riches de sens, parfois évidents, parfois faussement évidents, parfois plus longs à se révéler, les lithographies de Lynch sur les thèmes éternels de l’existence, la solitude, soi, l’amour et la mort semblent cependant plus relever du plaisir de faire — le poète est celui qui fait — et du savant calcul que de l’impérieux désir.

Texte : Frédéric Marty
Illustration : Hand of dream de David Lynch

Jusqu’au 31/12 au Studio 19 (3 rue Edmond Rostand / 27 rue Saint Jacques, 6e).
Rens. 04 91 53 35 67 / www.studio19.fr

[24 nov 2010] L’Interview : Florence Louise Petetin

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Cultivez mon jardin. C’est le titre, injonction fictionnelle ou narrative, de l’exposition de Florence Louise Petetin au Passage de l’art. Décryptage avec l’artiste.

Première surprise : le vernissage se passe dans un lycée général et technologique, lieu de la galerie. Second étonnement : durant le débat organisé, les échanges sont attentifs, les propos parfois prosaïques ou fervents, exprimant toujours la curiosité et la recherche de mots à poser sur des toiles de formats amples, livrant leur expression singulière en noir et blanc.

Vous exposez pour la troisième fois au Passage de l’art. Pourriez-vous revenir sur vos expositions précédentes ? Quels en étaient le contexte et le projet ?
En 2003, j’avais l’idée d’une performance. La peinture ne pouvait-elle pas être un véritable travail salarié autant qu’un jeu ou une activité artistique ? Le besoin d’un travail à engager comme une expérimentation perturbante m’absorbait. Pendant un mois, je suis donc allée chaque jour à la galerie, avec des horaires fixes, des vêtements de travail, substituant cette activité à la précédente, le secrétariat. J’ai photographié un espace culturel pour rester dans mon sujet « espace de travail / espace de l’art » et j’ai réalisé la peinture d’un bureau (Éloge du bureau), celui du directeur de l’Espace Culture à Marseille, comme si ce bureau était son portrait. L’installation était accompagnée d’une vidéo d’enquêtes et d’interview sur la définition du travail. L’exposition suivante, En avant, en arrière, en 2005, était consacrée à un ensemble de portraits en série, très colorés, de quelques objets d’atelier. Les peintures, réalisées d’après des photographies ordinaires empruntées à différentes sources, figuraient des personnages cadrés dans un espace restreint, mais « irradiant » leur présence à travers l’instantanéité de leur saisie. Paradoxalement, cette exposition reflète aussi l’histoire de la fabrication du noir, ton que je recherchais par le mélange des couleurs, virant au sépia, brun, rouge sombre. L’ensemble de peintures présentées aujourd’hui se réfère aux paysages où j’aime être, familiers comme le Poitou ou lointains comme l’Inde. Avec un tel changement de registre entre l’infinité du petit et du grand que se repensent, dans cette tension d’échelle, les relations à la nature et sa représentation.

Dans vos toiles, le paysage est un espace mental autant que réel. Comment concevez-vous le paysage, et le choix affirmé de sa présence dans vos peintures ?

Le paysage m’intéresse aussi comme réalité quasi biologique et botanique, créée à partir de matériaux vivants, de pigments et de jus composés de grains et plantes pressés, mélangés à différents additifs. Une expérience que j’ai pu réaliser dans un ermitage à Trets où j’ai résidé. L’espace « diffracté » du paysage donne aussi un équilibre, une plénitude presque « méditative » aux toiles, qui sont en réalité des papiers où mes portraits continuent de paraître. Ouvrir l’espace représenté a finalement apporté des limites, un cadre plus construit à mon travail. Sur les petits portraits, un décalage décentrait très nettement la toile vers la droite. Je prépare maintenant les photographies, fabrique les modèles comme les couleurs et encres avec plus d’attention, je choisis mes papiers…

Dans un article consacré à l’artiste1, Hervé Castanet cite Antonin Artaud : « Il y a un donc un quelque chose (…) qui ne m’empêche pas d’être ce que je pourrais être, mais me laisse si je puis dire, en suspens… » C’est bien de cette suspension de la représentation, et de l’écart (des scènes vécues et représentées) qui fonde le mouvement des formes entre paysages et figures, dont il est question dans la démarche de Florence Louise Petetin.

Christine Quentin Maignien

Jusqu’au 14/12 au Passage de l’Art (Lycée du Rempart, 1 rue du Rempart, 7e). Rens. 04 91 31 04 08

  1. Voir www.documentsdartistes.org []

[24 nov 2010] Adieu Poupée (La femme sans passé) au Théâtre du Merlan

Poupée du dire, poupée de raison

Après Eloge du poil, Jeanne Mordoj revêt à nouveau ses habits de metteur en scène et d’actrice au Théâtre du Merlan pour la pièce Adieu Poupée (La Femme Sans Passé). Où il est question de chiffons, de mémoire et d’humanité dans un spectacle loin d’être cousu de fil blanc.

adieu-poupee.jpgUne scène où des poupées se côtoient dans différentes positions : suspendues au mur, au bout d’un fil, voire entassées au sol. Une voix à peine audible qui nous raconte comment une femme coud des poupées depuis l’enfance. Le spectacle peut commencer. Pendant près d’une heure, un public sagement assis sur des gradins découvre ce qui éloigne ou rapproche l’humain de la poupée. Cette dernière sert de partenaire, idéal dans un premier temps, à la couturière solitaire qui lui parle comme elle s’adresserait à un compagnon, un proche ou un ennemi, selon l’humeur. L’interprétation de son silence est infinie. « Quel imaginaire on sent que vous portez en vous », lancera ainsi Jeanne Mordoj à l’une de ses créatures. Nous apportant, entre amour et complicité rêvés, ce qui nous manque, elles nous évitent le pire, qu’il s’agisse de violence verbale ou physique. Ces bouts de chiffons non vivants, de par leur grande malléabilité, nous rendent libres de danser avec eux, de les habiller et de les maquiller comme nous l’espèrerions d’un partenaire… ou de nous-mêmes. Le personnage incarné par Jeanne Mordoj tentera même de fuir un peu plus son humanité en voulant devenir poupée par mimétisme du corps, grâce à des mouvements désaxés, et par ingestion de poupées. Le moment du retour à la condition humaine est pourtant inévitable. Les difficultés qu’éprouve peu à peu la comédienne pour trouver les mots adéquats décrivant la poupée à qui elle parle, ou ces poupées qui marquent l’écoulement du temps en tombant du mur, sont là pour l’annoncer. Le faux couple comédienne-poupée cache en effet une vraie solitude qui passera nécessairement par un retour au monde des humains. Le passage à l’âge adulte ne se fait-il pas au prix d’un abandon de ses jouets, de ses poupées ? A l’issue du spectacle, pourtant, une impression mitigée se dégage. Entre le ton souvent monocorde de la comédienne et une bande son peu audible, un problème sonore entache la qualité de la mise en scène. Gageons que cette pièce, une fois rapiécée, gagnera en maturité au fil des représentations.

Texte : Guillaume Arias
Illustration : Jeanne Mordoj

Adieu Poupée (La femme sans passé) : jusqu’au 25/11 au Théâtre du Merlan (Avenue Raimu, 14e). Rens. 04 91 11 19 20 / www.merlan.org

[24 nov 2010] Médée c’est moi qui… au Théâtre des Argonautes

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Instance lucide

Dans le cadre désuet et tout à fait charmant du Théâtre des Argonautes, Francine Eymery incarne Médée. Une performance époustouflante dans un texte qui parle au présent.

Dans une relative obscurité où s’accrochent des lambeaux de lumières, s’élève la voix d’un violoncelle à laquelle se joint une voix humaine : c’est Claire Thévenard, qui joue des deux « instruments ». Un spectre flotte dans un angle. Grave et belle, une voix puissante, qui vous happe, incarne déjà ce spectre avant qu’on ne l’aperçoive. Puis des mains apparaissent, Francine Eymery entre dans une lumière qui reste encore très faible. C’est Médée qui évoque les comptes non soldés et éternels de son histoire, puis son histoire elle-même, et enfin sa vie, changeant le placement de sa voix, accompagnée dans cette progression par les éclairages. Ces derniers font apparaître un rond de sable dès lors que Médée quitte son état de spectre pour se réincarner au jour de ses seize ans — celui où elle est présentée au charme envoûtant de Jason. Ce cercle de sable, à la fois disque solaire et lunaire, est une arène, un lieu de drame et de mise à mort, la piste du cirque dérisoire de l’agitation humaine : s’y jouent les intrigues, les manipulations, les lâches et cyniques abandons, l’instrumentalisation des êtres érigée en système… Le texte, porteur d’une musique qui lui est propre, est écrit de façon classique, simplement rattaché à notre époque, de proche en proche, par des mots, des locutions, des idées, qui le traversent comme des comètes — à peine là, sitôt disparues dans la musique continue de la langue. De la même façon, de petits accessoires, par leur incongruité, viennent surgir dans le dépouillement de la mise en scène et de la performance pour rappeler ce caractère dérisoire. Francine Eymery est à la fois extraordinairement dense et semble pourtant sur un souffle. Elle danse en apesanteur, une danse très lente, comme à l’écoute, à pas inspirés et mesurés. Cette façon de se situer dans l’instant ouvre un champ du sensible qui capte l’attention et livre une réflexion sur la notion de responsabilité entre les décisions prises et celles dont on est l’impuissante proie.

Frédéric Marty

Médée c’est moi qui… : jusqu’au 27/11 au Théâtre des Argonautes (33 boulevard Longchamp, 1er).
Rens. 04 91 84 62 71 / http://theatrelesargonautes.free.fr

[24 nov 2010] Nuit d’Hiver # 8

Création directe

Huitième édition hors les murs pour Nuit d’Hiver. Le festival marseillais consacré aux formes de l’improvisé délocalise sa programmation « baroquisante » pour cause de travaux à Montévidéo. Mais rien n’est perdu, loin de là. Car le GRIM1, c’est avant tout l’histoire d’un aventurier avant-gardiste, Jean-Marc Montera, n’ayant pour seule propriété qu’un infini territoire : la création.

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L’interview
Jean-Marc Montera

Alors que vous avez un passé de guitariste rock, qu’est-ce qui vous a attiré et séduit dans la musique improvisée ?
J’ai assisté, dans les années 70, à un concert de Barre Philips et Raymond Boni. Ça a été un déclic : je suis passé des Rolling Stones à la musique improvisée de façon rapide et radicale. C’est ce rapport particulier qu’elle entretient avec le son et l’instrument qui m’a séduit en premier lieu. Je n’ai cependant à aucun moment renié mes origines. La philosophie rock a toujours été là, en moi, même dans les moments les plus radicaux des années 80.

Comment percevez-vous la musique improvisée ? A quel endroit se rapproche-t-elle de l’esthétique baroque ?
Le premier problème est terminologique : le mot « improvisation » regroupe des actions qui se rapportent à des formes totalement différentes. Il est également un peu péjoratif, il peut servir à décrire quelque chose qui n’est pas préparé, une lubie passagère soumise aux quatre vents. De plus, dans la conscience collective, l’improvisation est associée à des musiques comme le jazz, ce qui lui confère un sens idiomatique. Pour ma part, j’ai une pratique qualifiée d’expérimentale, c’est une manière de faire de la musique où l’utilisation de l’ensemble des codes est possible. En perpétuelle évolution, en mouvement, ce n’est jamais fini. Et il existe des passerelles très étroites entre cette musique expérimentale et les musiques baroques, notamment dans la manière dont les musiciens se positionnent face à l’improvisation. Ça ne sonne pas pareil certes, mais la posture philosophique face au son et aux raisons de faire de la musique est à peu près la même.

Comment s’est effectué le choix de la programmation pour cette édition ?
Je choisis les grandes lignes et j’accorde beaucoup d’importance aux rencontres musicales ainsi qu’à l’avis de mes collaborateurs. Je ne prétends pas tout connaître ni tout écouter, et je ne fais pas de la programmation comme je fais de la musique. Ce n’est pas d’être nommé qui m’intéresse, d’être rassuré, ni d’avoir un retour positif sur un résultat. Ce qui m’intéresse, c’est la capacité que possèdent certains artistes à être généreux avec un public. J’essaie donc de créer des interactions avec les spectateurs, mais également des rencontres entre musiciens. Freddy Eichelberger m’a épaulé, dans un désir de composition qui soit aussi pointue dans le champ des musiques baroques que dans celui des musiques improvisées. C’est un ami et un grand connaisseur du genre.

Quelle place occupe Nuit d’Hiver au sein du paysage musical marseillais ?
Tout d’abord, nous avons de la chance d’être à Marseille car peu de villes possèdent un panel musical aussi large. Nuit d’Hiver est devenu un festival qui compte en Europe et j’espère qu’il a autant sa place ici qu’à l’international. J’ai un rapport sympathique et amical avec un grand nombre de structures proches du GRIM. Nous avons d’ailleurs connu un très bel élan de solidarité lorsqu’il a fallu trouver des lieux d’accueil pour cette huitième édition. J’en suis très touché. La mutualisation est vraiment importante, pour tout le monde, mais pas seulement une mutualisation du matériel, il faut surtout mettre en commun du savoir-faire, de la matière grise, dans un désir d’exister à plusieurs.

Quels sont les temps forts de l’évènement ?
Il n’y en a pas, chaque musicien sera un temps fort. Nous avons essayé de faire coïncider au maximum la programmation aux lieux d’accueils. Cette édition sera une expérience aux airs de retour en arrière : j’ai pratiqué le nomadisme pendant vingt ans.

Propos recueillis par Jordan Saïsset

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La vérité est un leurre

La musique improvisée est encore perçue comme un ovni, car volatile et indomptée par les courants dominants. Et comme tout ovni fascine, intrigue ou effraye, il convient d’en esquisser les contours tant bien que mal, avec nos réducteurs et idiomatiques radars. Sûrement trop terrestres.

La pulsion créatrice, à la fois savante et hasardeuse, maîtrisée et chaotique, qui caractérise l’acte improvisé interroge l’humain depuis les années 60. Un humain qui, en quête perpétuelle d’un Tout musical, souhaite abolir une à une les frontières qui s’imposent à lui. Il faut écouter l’hispano-blues de l’excellent Bordelais L’Ocelle Mare (sorte de Ry Cooder latino, un brin baroque et désaxé) qui prolonge son corps à travers sa guitare, elle-même soumise à d’intenses spasmes. Il faut voir l’électrique Thomas Ankersmit, connecté à l’analogique et au digital afin de bâtir, loin, très loin, de nouveaux espaces. Chacun flirte avec l’inconscient afin d’en extirper de quoi déconstruire, un à un, les codes ingurgités. L’interrogation face au geste artistique est constante. Le bien, le mal, l’inné, l’acquis, construction, démolition… En d’autres époques, sous d’autres latitudes, s’adonner à de telles libertés relèverait sûrement de l’hérésie. Il s’agit pourtant de pratiques transgenres qui ont pour essence le plaisir spontané, l’ouverture et le partage de l’intime. Cette généreuse huitième édition de Nuit d’Hiver, concoctée par les chimistes du GRIM, ne nous contredira pas. Un seul coup d’œil sur l’affiche suffit à comprendre qu’ici, l’artiste n’est pas plus roi que son public. Pas de narcissisme inutile, ni de hiérarchie faussement flatteuse et élitiste. Le cœur de la machine est ouvert, il éclaboussera tout le monde. Offrons nous le luxe d’une semaine consacrée aux formes multidisciplinaires de l’improvisé. Et au diable les ancestraux dictats et autres partitions trop étroites ! Autant de vérités ne devenant intéressantes que lorsqu’elles sont contredites. Alors, paré au décollage ?

Texte : Jordan Saïsset
Photo : Cartouche

Nuit d’Hiver # 8 – Barok : du 16 au 21/12 à Marseille. Voir programmation détaillée dans l’agenda du n°272, à paraître le 8 décembre.
Rens. 04 91 04 69 59 / www.grim-marseille.com

  1. Groupe de Recherche et d’Improvisation Musicales []

[24 nov 2010] Midi Festival d’Hiver 2010

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Les guitares se lèvent à Midi

Vous connaissez sûrement le Midi Festival, l’évènement estival et branché qui rassemble des artistes de bonne(s) composition(s) sous les pins de la villa Noailles. Après une chaleureuse sixième édition, le voilà qui débarque sereinement en plein mois de décembre, deux soirs durant, pour une parenthèse hivernale truffée de guitares.

Pour le directeur Frédéric Landini, il s’agit tout d’abord « de parler d’aujourd’hui, de représenter l’époque avec une programmation qui soit d’actualité. » Ne comprenez pas là l’actualité des majors, ni celle émanant des médias traditionnels. Mais plutôt ces mouvances qui raniment, depuis la fin des années 90, le psychédélisme des débuts du rock alternatif (californien ou britannique) avec l’enthousiasme pop des années 2000. Indie, c’est le mot ! Il est sur toutes les lèvres, à la fois sexy et enjoué : indie pop, indie rock. Il s’agit certes d’une couverture fourre-tout, mais aussi d’un savoir-faire DIY («Do it yourself ») multiforme qui a connu un bel essor via la toile. Très judicieux, donc, de la part de l’équipe toulonnaise de convoquer, entre autres, les mythiques Young Marble Giants (dans un opéra, s’il vous plait!), aux côtés de Yussuf Jerusalem. Les premiers se sont remis au travail après vingt-cinq ans d’absence et le second vient de sortir son premier album (le très conseillé A Heart full of Sorrow). Un hommage au mouvement indie peut-être, un voyage dans le temps sûrement. Et n’ayez crainte, point de clichés, point de nostalgie paralysante et point d’attitudes guignolesques aux goûts morbides. Le Midi prolonge sa carrière d’une main experte, la même qui nous guidera jusqu’à Toulon le temps d’un week-end. Voici donc un revival pop rock pointu qui ne manquera surtout pas de demeurer… moderne! Paradoxal mais cohérent.

Texte : Jordan Saïsset
Photo : Young Marble Giants

Midi Festival d’Hiver : les 10 & 11/12 à Toulon et La Valette du Var. Rens. www.midi-festival.com / www.myspace.com/midifilm

[24 nov 2010] Short Cuts 271

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Arcade Fire > le 24 au Dôme
Ceux qui les ont vus à Nîmes en 2007 peuvent en témoigner : un concert des Montréalais est une expérience exaltante qu’on a rarement le bonheur d’éprouver. Alors peu importe si le Dôme ne parviendra jamais à dégager la même magie que les somptueuses arènes nîmoises, peu importe si The Suburbs n’atteint pas les sommets du sombre et majestueux Funeral. La charge rock héroïque du collectif canadien saura sans aucun doute effacer nos réticences en nous transportant loin. Très loin.
The Suburbs (Barclay) www.arcadefire.com
CC

Revolver > le 24 à L’Usine (Istres)
Tous leurs concerts se ressemblent, celui d’Istres n’y échappera pas : après deux couplets et trois accords, le coup va partir. Bang ! On lèvera les mains en signe de soumission, tous obligés de se rendre à cette évidence : Revolver est vraiment un groupe qui tue ! Révélation pop de cette année 2010 avec le somptueux Music For A While, les jeunes apprentis Beatles dégaineront une nouvelle fois leur terrible efficacité mélodique pour les dandys de l’oreille et du cœur.
Music for a While (Delabel/EMI) www.myspace.com/popdechambre
Nas/im

Hip Hop Parallèle > le 26 à l’Enthropy
Loin des buzz inconsistants d’un rap qui est bêtement allé se perdre dans l’électro bon marché, les activistes du collectif marseillais Hip Hop Parallèle préfèrent se forger une réputation durable. Instigateur de terrain, le groupe de Popo Chanel fait parler de lui tout en gardant les pieds sur terre. Ce n’est pas le bling-bling qui pèse, mais des litres de rimes qui, tour à tour conscientes et décalées, sauront vous séduire, peu importe vos orientations textuelles.
www.myspace.com/hhphiphopparallele
JSa

Tricky > le 26 au Cabaret Aléatoire
Considéré comme l’un des piliers du trip-hop, grâce à sa capacité à sublimer en live des morceaux à l’ambiance enfumée qu’il sait si bien retranscrire, Tricky livre un neuvième album assez inégal mais qui a le mérite d’entamer un retour aux sources. On est déçu par ce Mixed race: l’artiste ne se cache même plus et puise allégrement dans ce qui marche en ce moment (Kingston Logic). On ne saurait toutefois manquer une occasion de le voir pour ses ambiances saturées et son spoken word pénétrant.
Mixed race (Domino/PIAS) www.myspace.com/trickola
MM-S

E.M.I.R. en trio + Meisterfackt > le 27 à Léda Atomica Musique
Lorsque trois remarquables spécimens s’échappent de l’E.M.I.R. (Ensemble de Musiciens Improvisateurs en Résidence), ce n’est pas sans inquiéter nos pauvres petites oreilles casanières et formatées. Sachez-le, l’improvisation acoustique à tendance jazz que pratiquent ces esthètes, en solo, en duo, en trio, risque fort de surprendre. Mais n’ayez crainte et laissez-vous dévorer jusqu’au trognon, car les électriques Mesteirfackt, dans un tout autre genre, ne manqueront pas, par la suite, de vous secouer l’ossature.
www.myspace.com/meisterfackt http://ledatomica.mus.free.fr
JSa

Fool’s Gold > le 30 au Cabaret Aléatoire
Collectif composé de douze musiciens originaires de Los Angeles, Fool’s Gold est né de la collaboration du chanteur d’origine israélienne Luke Top et de l’excellent guitariste Lewis Pesacov (Foreign Born). A l’image d’une ville réputée pour ses métissages pop, afrobeat et krautrock, ils mêlent des chants hébreux au groove éthiopien des 70’s, le tout teinté d’influences dance 80’s, parvenant ainsi à redonner au terme world music tout son sens.
www.myspace.com/foolsgold
MM-S

Osaka Monaurail > le 3 au Cabaret Aléatoire
Si les Osaka Monaurail n’ont pas inventé la poudre avec leur R&B syncopé et fortement cuivré, cela sent à plein nez le revival funk des familles et frôle par moments l’imposture. L’énergie déployée par le groupe japonais devrait ravir un public déjà acquis à la cause de tout ce qui porte un attribut funky. Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse, les dj’s et les danseurs avec. Une soirée funk qui vaut peut-être plus pour son esprit que sa musique…
www.myspace.com/osakamonaurail
Nas/im

Beat Torrent > le 4 au Cargo de Nuit (Arles)
Avec leur turtablism dans l’air du temps, des sons électro efficaces, un sens du dancefloor indéniable et une technique sûre, les deux compères de Beat Torrent profitent pleinement de la récente hype qui entoure la nouvelle vague de Dj/producteurs français. Si l’efficacité l’emporte souvent sur la musicalité, les prestations live du duo nantais offrent une dimension visuelle intéressante. Si vous les avez ratés au Cabaret en juin, c’est l’occasion de vous rattraper.
WWW.MYSPACE.COM/BEATORRENT
Nas/im

Binaire + Overmars + Lowhat > le 4 à l’Embobineuse
Duo guitares-chants-cris ou dialogue de sourds d’une violence musicale inouïe, Binaire est un groupe sans concessions proposant du grindcore indus qui se danse, hurle sa rage, et prolonge sur des terres électro la longue tradition d’un punk-rock implacable, en marge des normes. Idéalement, ils joueront avant les Lyonnais d’Overmars (avec la nouvelle coopération de Bex), la puissance des lancinants drones doom/hardcore de ces derniers érodant nerfs comme tympans.
www.myspace.com/overmars / www.myspace.com/binaire
ND/JS

The Divine Comedy > le 5 à l’Espace Julien
Héritier d’une certaine pop romantique et orchestrale initiée par Scott Walker, Neil Hannon vient présenter sur la scène de l’Espace Julien son dernier album, sorti en mai dernier. Si la grâce semble avoir abandonné les disques du groupe au tournant du siècle, le charme crooner de l’élégant Irlandais fait toujours des ravages en concert, comme lors de son escale marseillaise en 2007 pour Marsatac. Les héros ne meurent jamais, même en pop music…
Bang Goes The Knighthood (DC Records/PIAS) www.myspace.com/divinecomedyband5
Nas/im

[24 nov 2010] Gamerz 06

gamerz06.jpg

Le festival aixois continue de passer la culture vidéoludique par le prisme de la création contemporaine. Les œuvres de 85 artistes se déploieront ainsi dans huit lieux de la ville, tandis que des conférences et débats permettront d’approfondir les différentes problématiques abordées cette année (les nouvelles pratiques actionnistes urbaines, le détournement de « game-engine »…). Si la manifestation a pour but de dresser un passionnant état des lieux de l’interactivité entre nouvelles technologies et art contemporain, l’équipe de M2F Créations n’en oublie pas pour autant la dimension festive, assurée par des ateliers « bricomédias » ludiques, des performances déjantées et autres concerts décalés.

_Du 3 au 19/12 à Aix-en-Provence.
Rens. 04 88 05 05 67 / www.festival-gamerz.com

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