Ventilo n°293
du 8 au 21 février
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L’une des sorties les plus attendues de l’année remet l’excellent éditeur Potemkine sur le devant de la scène. The brown bunny est rapidement devenu culte, malgré une diffusion réduite en France — pas de sortie DVD, une sortie en salles en service minimum. Le film est un long trip sensoriel sur fond de déception amoureuse, aux dialogues quasi inexistants. Un homme tente de fuir le souvenir de celle qu’il a follement aimée, en participant à travers le pays — une Amérique merveilleusement filmée — aux courses de moto. Vincent Gallo y imprime son personnage de beau gars ténébreux, et porte à bout de bras l’une des plus belles surprises du cinéma indépendant américain de ces dernières années.
EV
A la tête de la structure d’édition Choses Vues, Francis Lecomte a depuis maintenant quelques années mis la barre cinéphilique très haute, en s’attaquant à la diffusion de la collection Filmmuseum, réunissant de véritables perles — rarissimes — du cinéma international, de Berlin, Symphonie d’une grande ville aux films de Frank Borzage. Aujourd’hui, ce sont deux opus de Dziga vertov, le génial réalisateur de L’homme à la caméra, que l’éditeur met à l’honneur. On retrouve dans ces parcours filmés, ces « ciné-poèmes », au cœur d’une URSS magnifiée, toute la fougue créatrice du cinéaste, sa folie photographique, le tout baigné par une musique de Michael Nyman. Une formidable leçon de cinéma, rare et précieuse.
EV
« Je suis encore ému, bouleversé, j’ai du mal à parler ; je dois dire qu’il m’est rarement arrivé ces dernières années de voir un film aussi beau et aussi émouvant », ainsi s’exprimait Pier Paolo Pasolini à la sortie du film de Paul Vecchiali. Le cinéaste n’a qu’un film à son actif quant il réalise Femmes, femmes en 1974, mais ce second opus bouleversera en profondeur les consciences, et deviendra pour tout cinéphile une référence discrète. Deux actrices — on connaît l’amour de Vecchiali pour les femmes du cinéma — s’isolent dans un appartement, pour y rejouer, avec emphase et désespoir, le film de leur vie. Un huis clos théâtral de génie, où plane à chaque instant l’ombre des grandes divas des studios, de Dietrich à Crawford, passant par Garbo.
EV
Les luttes armées post-révolutionnaires des années 60-70 ne furent pas l’apanage des sociétés occidentales (Brigades Rouges, la RAF, Action Directe..). Le Japon connut de violents séismes sociaux, suite aux soulèvements étudiants violemment réprimés par un gouvernement dur et conservateur. Koji Wakamatsu abandonne un temps le Pinku Eiga, ce genre érotique typiquement japonais, dont il fut l’un des maîtres dans les années 70, pour réaliser ce United red army, chronique d’un groupuscule d’extrême gauche qui décida à l’époque de prendre les armes, seule voie admise pour mener la révolution. Les camarades s’isolent alors dans les montagnes afin de parfaire leur formation militaire, où s’instaurera lentement un vrai régime de terreur.
EV
« Différence engendre haine » : quelle meilleure devise que celle de Stendhal pourrait concentrer l’essentiel de ce roman ? Le thème n’a hélas rien de nouveau, lui qui retrace à sa manière un phénomène vieux comme le monde : le rejet. L’originalité vient donc d’ailleurs et pour cause : Brodeck, rescapé des camps de la mort, vit paisiblement dans un petit village dont les frontières incertaines jouxtent l’Allemagne. Ce père de famille, fonctionnaire chargé de dresser un état des lieux de la faune et flore des environs, se voit confier une mission des plus ambiguës : faire le récit circonstancié d’une mise à mort. La victime n’est autre que l’Anderer, l’Autre, l’Etranger venu quelque temps auparavant jouir de la quiétude de cette région en apparence bienveillante. C’était sans compter les blessures d’un passé enfoui que la mémoire menace sans cesse de réactiver… Une belle — et universelle — fable sur les dangers de la mémoire
AFH
L’excellent éditeur gardois publie l’essai vindicatif de ce journaliste-paysan cévenol dans un contexte de crise agricole sans précédent. Nos fruits et légumes disponibles en toute saison ont le goût du sang — en plus de celui des pesticides ! C’est ce que donne à penser cet ouvrage, sous-titré « Agriculture intensive et régression sociale : l’enquête ». On connaissait un peu les abjects négriers de notre Crau, surexploitant des ouvriers marocains, grâce au formidable travail du Collectif pour la Défense des Travailleurs Agricoles Saisonniers. Herman insiste sur leur complicité avec l’Etat français… Et dans la famille des ignobles, place aux nouveaux grands propriétaires fonciers andalous ou à la mafia camoraise, voire aux féodaux marocains alliés aux multinationales de l’agro-alimentaire. Un mode de production ultra raciste aux forts relents colonialistes fondé sur la servitude des damnés de la terre du XXIe siècle : la chair humaine ne vaut pas cher au pays des fraises éternelles ou des pêches plates !
LD
Richard, Félix et Patrick n’en peuvent plus d’être célibataires. Afin de remédier à cela, ils décident de mettre à profit le week-end pour trouver chacun une copine. Pour rendre le jeu davantage piquant, tous déposent un chèque de cinq mille euros : celui qui sera demeuré célibataire à l’issue du week-end devra céder son chèque aux autres. Lewis Trondheim ayant fait mourir Lapinot en 2004 dans l’album La vie comme elle vient, nous ne nous attendions pas à le voir réactiver l’univers qu’il avait construit autour du fameux lapin. C’est désormais chose faite avec ce quatrième tome des Formidables aventures sans Lapinot. Si l’on a connu l’auteur en plus grande forme artistique, force est de reconnaître que le récit est habile, drôle, mordant et même touchant. Et, surtout, quel plaisir de retrouver les amis de Lapinot !
BH
Pour ce nouvel opus, le talentueux Naoki Urasawa (Monster, 20th Century Boys) s’inspire de l’une des histoires développées dans le fameux Astro du non moins fameux Tezuka Osamu. Ici, Gesicht, un enquêteur-robot, essaie d’arrêter l’assassinat des sept robots les plus puissants du monde tout en s’interrogeant sur sa condition de robot. Dans ce manga adulte, l’auteur développe des thèmes chers à l’antimilitariste Osamu, comme l’humanité des robots et les dangers des machines de guerre, en y ajoutant une réflexion sur l’intelligence artificielle. Pour autant, Urasawa n’oublie pas les codes du genre, entre onomatopées variées et découpage temporel cinématographique, avec une touche personnelle : des personnages s’adressent à des interlocuteurs hors case pour mieux faire travailler notre imagination. Une série à suivre « pluto » deux fois qu’une.
GA
Dans la famille des jeux qui traduisent les états d’âme humains, on avait Prototype pour la frustration sociale (résolue grâce à un héros tout puissant, sécrétant des lianes noires et meurtrières à l’encontre de ses ennemis et aussi de la population, s’il le souhaite) et Perfectionnism (jeu en flash gratuit) pour… le perfectionnisme. Dans la même veine que ce dernier, Trials HD est une simple simulation de motocross qui consiste à sauter des obstacles le plus rapidement possible sans chuter. Les jeux permettent d’expérimenter ce qui ne peut pas l’être dans les conditions du réel. Le réel nous donne rarement la possibilité de retenter quelque chose à l’infini jusqu’à devenir un maître en la matière. L’extrême subtilité des comportements de la moto et de son conducteur (qu’on peut pencher en avant ou en arrière) permet au joueur de devenir de plus en plus doué. Ajoutez-y des médailles qui sanctionnent des temps honnêtes (« argent ») ou parfaits (« or ») quand vous finissez un circuit du premier coup, et c’est parti pour des heures et des heures de tentatives de plus en plus réussies, jusqu’à l’orgasme : médaille d’or !… Course suivante.
Jonathan Suissa
La série des Way of the Samurai a toujours eu le mérite de s’affranchir le plus possible de la narration traditionnelle, qui impose au joueur un scénario prédéfini. En lui permettant d’influer sur les évènements plutôt que de les subir, elle le place dans la position privilégiée d’acteur et le met face à ses responsabilités. La trame de fond est largement entendue : un samouraï sans maître évolue dans un Japon médiéval, où le peuple se trouve sous le joug d’un gouverneur zélé mais aussi sous celui d’une bande de malfrats locaux. Ce fil conducteur nous laisse libres de nos (ex)actions, lesquelles influent alors sur le sort du héros : s’en prendre aux brigands, aux civils ou à l’autorité modifiera le cours des choses, nous interdisant d’accéder à certains lieux ou nous permettant de nous lier à certains protagonistes. Tiraillé entre le bien et le mal, il nous faut alors peser nos actes avant de les assumer, une fois emprunté le chemin sur lequel nos choix moraux nous conduisent. Fort d’une vingtaine de dénouements différents, le jeu ne se verra reprocher que sa plastique datée, loin de celle d’Heavy Rain.
Sebnec
Livre dont vous êtes le héros appliqué au jeu vidéo avec une intrigue et une esthétique à la Se7en, ce film interactif rendra accessible un panel de péripéties et de dénouements allant du thriller qui finit bien au slasher movie amer. Comme au cinéma et de façon analogue au réel, des événements irréversibles suscitent l’émotion, voire l’identification du joueur. De ce fait, le chemin adopté constitue une histoire à part entière, donc un film. Dans cette optique, Heavy Rain ne dit jamais au joueur « Game Over » mais lui fabrique, par exemple, un destin toujours plus tragique à chaque faux pas. Il est alors paradoxal qu’il lui permette à tout moment, grâce à un énigmatique menu « Chapitres », de revenir plus tôt dans l’intrigue pour en modifier le cours futur. Si on utilise cette option, le film interactif s’éclipse pour nous laisser jouer le rôle du scénariste, s’amusant des changements provoqués par tel ou tel choix moral. Mais comme on connaît déjà la solution de l’énigme, le jeu du scénariste se réserve aux plus curieux, ou à ceux qui aiment (se) « jouer de la morale »…
Jonathan Suissa
Les grands créateurs sont rares. Encore plus dans notre région. Il faudra un jour célébrer comme il se doit ce virtuose à la corde sensible, ce guitariste d’Aubagne qui a su se faire respecter par ses pairs andalous. Après le splendide Sinfonia Flamenca, Juan Carmona revient avec un album plus classique dans sa forme, mais toujours aussi majestueux. D’une ardeur typiquement hispanique, El Sentido del Aire respire la chaleur et l’apaisement, et le plaisir aussi de retrouver ses premières amours gitanes, même si percent parfois quelques lignes d’une facture classique somptueuse.
nas/im
Bien sûr, on sait d’où ça vient : les Young Marble Giants, la trilogie cold-wave de Cure, les productions du label Factory dans les 80’s… Avec Bleed, leur premier album sorti sur le label Kill the Dj, Leo Helldén et Clément Vaché n’avaient surpris que les critiques dociles, pour qui ce genre d’exercice pop dénotait totalement dans un tel catalogue. En montant sa propre structure, Aswefall s’assume enfin pleinement avec ce deuxième album épuré, recentré sur les machines. Le romantisme retrouve ici des couleurs — entre gris clair et gris foncé, comme dirait l’autre.
PLX
On va faire simple. Vous aimez Phil Spector ? Scott Walker ? Burt Bacharach ? Belle and Sebastian ? Si vous avez un maximum de réponses « oui », alors foncez dès Maintenant vous procurer ce sublime album. Fruit de cinq ans de travail des Canadiens Nick Krgovich et Colin Stewart, cet opus convoque la crème des voix féminines de l’indie rock pour nous servir un condensé du meilleur de la pop de ces cinquante dernières années. Easy, sexy, classieux et irrésistible, le monde de Gigi nous offre tout le contraire des niaises aventures dessinées de notre enfance cathodique. Gigi, oh Gigi !
nas/im
Depuis son précédent album (Bliss), il était l’un des artistes les plus convoités sur le circuit électronique européen. Musicien confirmé (études classiques) avant d’être passé du côté obscur de la force (les clubs), l’Allemand Hendrick Weber possède en effet un touché unique, ni vraiment deep-house, ni vraiment minimal-techno, ni vraiment gothic-ambient, mais une vraie profondeur dans l’élaboration de ses textures sonores, de ses architectures mouvantes aux basses moelleuses. Le label de rock anglais Rough Trade a donc rattrapé l’animal pour ce bien nommé Black noise.
PLX
Un garçon et une fille, un frère et une sœur… Et non, il ne s’agit pas des White Stripes mais de Dag för Dag, jeune duo californien installé en Suède. Si la famille White a opté pour le rock’n’roll lourd et brutal, les Snavely (leur nom au civil) semblent eux avoir été bercés par les sombres héros de la cold wave. Un bain de Boo (ça ne fait pas de mal !) vous permettra de vous replonger avec délice dans ces lignes de basses profondes et ondulantes et ces voix réverbérées au charme aussi suave qu’inquiétant. Une certaine idée du romantisme mélancolique et mélodieux.
nas/im
Après le chef d’œuvre mégalo Ys, approcher ce triple album appelle à la modestie. A titre personnel, il m’aura fallu trois ans pour digérer complètement la chanson d’ouverture d’Ys, pas moins. Auréolée d’un succès critique à peu prés total, la jeune harpiste et chanteuse folk Californienne est bien entourée (O’Rourke, Albini, Smog et d’autres) mais elle ne doit sa renommée qu’à elle-même : sa voix, son ambition, son souffle d’écrivain. Toujours accompagné d’arrangements fabuleux, son art est hors du temps et son écoute sera sublimée dans la chaleur des nuits languissantes.
JS
Depuis que Laurent Garnier s’est un petit peu retiré des affaires, Agoria est devenu le nouveau mètre étalon de la techno française. Il ne s’agit bien sûr pas d’un genre en soi : comme son père spirituel, le Lyonnais peut jouer de tout, il n’est pas un Dj de « genre » mais quelqu’un qui s’adapte constamment à son auditoire. En voici une nouvelle preuve : cette double compilation mixée, qui succède aux très exigeants volumes signés Joris Voorn et Will Saul, privilégie les ambiances afin d’en faire un disque destiné à une écoute domestique, nécessitant une immersion totale.
PLX
Au départ, il y a une cassette oubliée au fond d’un grenier. Dessus, un autocollant sur lequel est écrit JLP Songs. Cypress Grove, guitariste de Jeffrey Lee Pierce dernière période, a alors la bonne idée de contacter le gratin du rock ténébreux et alternatif en lui demandant de reprendre ces chansons écrites par le leader disparu du Gun Club. Le casting est tout simplement ahurissant (Nick Cave, Debbie Harry, David Eugene Edwards, The Raveonettes…) et le résultat, quoique très classique, forme un très bel hommage à l’un des maîtres du blues/rock noisy et sauvage.
nas/im
Prises multiples
L’exposition Conversation n° 2 nous invite à découvrir les voies possibles dans lesquelles s’engage la photographie artistique contemporaine en faisant dialoguer les œuvres de six « jeunes » artistes, comme autant de défis posés à la vision du monde et au sens des images.
L’exposition proposée par les Ateliers de l’Image met l’accent sur l’une des forces de la photographie artistique contemporaine : la manière dont elle met en œuvre une réflexivité du voir au cœur même de notre relation sensible aux images en faisant de l’opération du montrer un enjeu spécial.–
C’est d’abord le statut de la photographie en tant qu’image du monde et trace d’un réel ayant existé qui est interrogé par ces pratiques. Chez Gilles Pourtier (série Le Château), la forte proximité avec le réel supposée par la prise de vue est aussi ce qui permet un écart, un basculement : il explore l’hétérogénéité entre la logique du visible et celle de la nomination des choses. Cette proximité peut aussi offrir l’occasion d’ausculter les rapports entre matériel et immatériel, réel et imaginaire : en l’accentuant, à l’instar de Marie Maurel de Maillé, dont les cadrages souvent très serrés nous invitent à ressentir la charge onirique des images ; en sondant, comme Nicolas Félician, les liens entre valeur documentaire et valeur esthétique des photos ; ou encore en créant des liens entre dispositif documentaire et dispositif critique (Olivier Cablat).
D’autres cherchent à explorer les rapports de non coïncidence entre les hommes et les images. Ainsi, Anne-Claire Broc’h (série Portraits d’Eté) ne cherche pas tant à montrer l’individualité intrinsèque du sujet qu’à exprimer la manière dont il est au monde. Yann Poncelet étudie quant à lui les liens entre l’acte de se montrer et celui de se raconter, avec les dimensions fictives que cela suppose, mais aussi les liens entre le spectaculaire et l’absurde, la tension entre la photo comme preuve d’un réel et l’image comme construction de rapports (entre les hommes, entre le monde et les images).
Ainsi ces pratiques photographiques explorent la multiplicité du voir — qui ne se réduit ni à une impression sensible ni à une connaissance du réel — en cherchant à démêler les liens, culturels ou subjectifs, conditionnés ou intentionnels, réels ou imaginaires, qui nous unissent, silencieusement, aussi bien au monde des images qu’au monde qui nous est commun.
Texte : Elodie Guida
Photo : Marie Maurel de Maillé
Conversations n°2 : jusqu’au 27/03 à l’Espace Culture (42 La Canebière, 1er) et à La Traverse (28/38 rue Tasso, 2e). Rens. 04 91 90 46 76 / http://www.ateliers-image.fr
Mark Dion, un autre profil…
Cerise sur le gâteau de l’auguste et incontournable exposition des vestiges du Rhône à Arles, l’œuvre de Mark Dion joue avec l’addiction muséographique de l’artiste américain via un jeu de correspondances et une recherche d’« art-chéologue » contemporain.
Le buste de César nous contemple de toute sa majesté, le gracieux et émouvant captif de bronze nous met à genoux, le fessier de Neptune ne nous laisse pas de marbre… Les secrets que le Rhône avait gardés sont des trésors : un patrimoine dense présenté par une scénographie didactique bien dosée. A l’initiative de David Djaoui (aussi bon plongeur-découvreur que commissaire d’exposition), il s’enrichit encore d’un pont sous forme d’installations. Preuve que les chercheurs subaquatiques ont su, malgré la visibilité trouble et limitée sous l’eau, voir plus loin qu’un simple partage des antiquités. Au premier étage, Mark Dion explore et dispose ainsi son musée miniature, restituant le processus muséal lui-même : « Plus intéressants que les objets seraient les archéologues ! Leur vie, telle un fil conducteur, a été étudiée comme celle d’une tribu différente. » Ainsi est-on confronté à une réserve d’amphores accumulées interdite au public alors que les sous-sols recèlent des visites passionnantes. La reconstitution des bureaux énonce un parti pris critique et ironique mettant en place l’aspect maniaque et désuet. Un meuble à tiroirs conserve de superbes croquis d’identification (à voir aussi au Cargo de Nuit), sortes de narrations à partir d’éléments parfois dérisoires prélevés du limon. L’armoire, cabinet de curiosités, met sens dessus dessous les références en bousculant l’ordre des choses. Une ambiance de chapelle résonne face à la structure oblongue miroitante, métaphore du lit fluvial, qui éclaire les bris de verre classés par nuances de couleurs. Natacha Pugnet, spécialiste de l’œuvre de Mark Dion, souligne le point d’ancrage très fort sur l’authenticité, l’élaboration de collections et la réaction avec le lieu. A noter qu’Actes Sud en célèbre le dispositif, dans un catalogue à double entrée, sous forme de lab book de l’artiste et de carnet de fouilles (dirigées et illustrées par Luc Long, conservateur du DRASSM, commissaire général et scientifique de l’expo César, le Rhône pour mémoire). Le musée donne plus à réfléchir à travers le prisme des plasticiens d’aujourd’hui ; il a besoin de ce type de collaborations pour dire ce qu’il ne s’autorise pas trop.
Marika Nanquette-Quérette
César, le Rhône pour mémoire / Mark Dion, un autre regard… : jusqu’au 19/09 au Musée départemental Arles antique (Presqu’île du Cirque-Romain). Rens. 04 50 18 88 88 / www.cesar-rhone.fr
Mark Dion – Dessins : jusqu’au 15/04 au Cargo de Nuit (7 avenue Sadi Carnot, Arles). Bar à vin et tapas ouvert à partir de 18h (un verre offert aux lecteurs de Ventilo !)
Les (bons) génies de la lampe
Trois artistes (Nicolas Vitellaro, Geneviève Dusser et Rémy Tassou) œuvrant à partir de matériaux de récupération exposent actuellement à Marseille. De ce point de départ commun éclatent bien des différences.
A tout seigneur, tout honneur : Tassou, qui expose à l’Espace Nautique, est celui dont l’activité est la plus reconnue. Combinant judicieusement des éléments de technologies modernes et l’idée très tendance de recyclage, de deuxième vie pour objets détournés, le concept « cybertrash » de ce descendant de César est complètement dans l’air du temps. On peut d’ailleurs se débarrasser — sur le lieu même de l’expo — d’appareils électroniques hors d’état. Signe de la réussite médiatique et commerciale — voire artistique — de Tassou, Karl Lagerfeld s’est récemment porté acquéreur d’une de ses œuvres, un Totem à côté duquel le styliste se fait parfois photographier. A l’opposé, près du Palais Longchamp, chez Alter Mundi, Geneviève Dusser bénéficie de l’invitation de Nicolas Vitellaro, l’exposant principal, pour glisser cinq lampes, le plus souvent assemblages de pièces mécaniques d’acier et de pièces de verre. Ces lampes, de bureau ou de chevet par leur taille, s’avèrent par leur facture à la fois modernes et anciennes, nouvelles et familières, propices à l’imaginaire. Leur créatrice les aime, et vous les présente sur catalogue en disant de celles qu’elle a vendues : « Celle-là, je ne l’ai plus ». Et voyant son travail, on se prend à partager ce sentiment. Cet amour de ce qui est fait, on le retrouve chez Nicolas Vitellaro, qui expose lui aussi des luminaires, pour la plupart à hauteur d’homme. Après vingt ans d’une vie professionnelle dans le commerce, il a décidé de faire à autrui ce qu’il a pensé bon de faire pour lui-même : de l’aménagement d’espace intérieur et de l’embellissement de lieux de vie. Après des années à façonner des métaux, il s’est mis à sculpter les volumes. Le besoin d’éclairages nouveaux se faisant sentir, il a entrepris d’en confectionner. Ce point de départ a conditionné sa démarche : Vitarello fabrique pour répondre à un besoin concret, à partir d’une base qui va donner son nom à la pièce qu’il élabore, sans chercher le moins du monde à verbaliser un concept. Ainsi, telle pièce à laquelle on peut donner plusieurs noms tant sa composition est évocatrice se nomme-t-elle Culasse, du nom de l’objet qui lui sert de socle. En plus de la ferronnerie, l’artiste sculpte aussi la lumière par le choix des ampoules, de leur orientation, de l’intensité de l’éclairage ou la création d’abat-jour, pour un résultat qui valorise autant l’espace éclairé que l’objet qui éclaire et diffuse autant de lumière que de plaisir. Ce qui s’avère tout à fait évocateur de ce qu’est le regard de Nicolas Vitellaro.
Frédéric Marty
Tassou - Sculptures cybertrash : Jusqu’au 28/03. Société Nautique, Pavillon flottant, 20 Quai de Rive Neuve, 7e. Rens. 04 91 54 32 03 / http://tassou.com
Nicolas Vitellaro (+ Geneviève Dusser) : Jusqu’au 30/04. Alter Mundi, 15 boulevard Montrichet, 1er. Rens. 04 91 08 53 99
Une certaine idée de la justice
Auréolé de nombreux prix européens, La Révélation traite avec justesse du fonctionnement imparfait de la justice internationale. Ce thriller politico-juridique raconte les difficultés rencontrées pour faire témoigner une victime de crimes de guerre, commis par Goran Duric, ex-général et candidat aux élections présidentielles serbes. Le spectateur suit avec empathie le procureur adjoint de la Cour pénale internationale de La Haye, Hannah Maynard, dans son périple pour recueillir les preuves nécessaires, obtenir des compromis avec la défense, et résister aux diverses pressions qu’elle subit. La force du film tient d’abord à son réalisme, nourri d’une actualité brûlante : le procès de Radovan Karadžic, accusé d’être responsable des massacres de Srebrenica en ex-Yougoslavie, et la candidature de la Serbie, le 22 décembre 2009, pour l’adhésion à l’Union européenne. Tous les ressorts liés à l’organisation d’un tel procès sont méticuleusement déroulés à l’écran, entre reconstitutions de scènes, protection des témoins, et jugement proprement dit. On y retrouve aussi certaines critiques adressées à la véritable Cour pénale internationale, opérationnelle depuis 2002 : la longueur des procès, le manque de coopération judiciaire internationale ou encore l’éloignement géographique des victimes par rapport au siège néerlandais de l’institution. Par ailleurs, un clin d’œil du réalisateur, certainement volontaire, permet au spectateur avisé de tirer une réflexion philosophique plus globale sur la frontière floue entre les deux acceptions générales de la justice : son sens moral (la légitimité) et son sens juridique (la légalité). L’association du prénom du procureur adjoint et du nom de l’autre protagoniste principale du film conduit à Hannah Arendt. Ce célèbre penseur du 20e siècle s’est notamment fait connaître par ses travaux sur le totalitarisme et par son essai sur les ressorts du mal ayant conduit aux camps de concentration. Mais le film est aussi porté par un formidable jeu d’acteurs et par la musique sourde et oppressante de The Notwist. Le verdict est donc sans appel : La Révélation est coupable d’avoir réveillé l’esprit critique qui sommeille en nous.
Guillaume Arias
Un dîner presque imparfait
Pour son passage à la comédie, Fatih Akin semble avoir délaissé les ingrédients qui ont fait le succès de ses films précédents pour ne garder que les artefacts d’un cinéma qui se veut léger et un peu tendance. Avec ce Soul Kitchen, drôle de cuisine de l’âme qui tente de concilier en son sein restauration et musique, le réalisateur allemand joue, de l’entrée au dessert, la carte de la coolitude branchée. Malheureusement, dès les premières minutes, on se met à douter de la fraîcheur glorieusement affichée par le film qui dégage malgré lui comme une odeur de réchauffé. En fait de plat du jour, Fatih Akin nous sert une vraie belle daube, à peine décongelée, comme celles que vous pouvez ingurgiter par des soirs de grande lassitude à la télévision. Si l’appétit vient en mangeant, il en va différemment du cinéma, et ce n’est pas avec la suite de ce récit caricatural qu’on pourra festoyer. Inepte, le scénario déborde de fausses bonnes idées qui semblent se succéder dans la seule optique de permettre au film d’atteindre la durée réglementaire d’un long-métrage. Lorsqu’on est attablé devant un plat insipide, on peut toujours y ajouter du sel et poivre pour se donner l’illusion du goût. Ici, rien à se mettre sous la dent, même pas les scènes ouvertement comiques qui nous tirent une moue dubitative alors qu’elles tentent de faire sourire les plus indulgents. Même la musique, qui depuis deux décennies a sauvé bien des pellicules, ne parvient pas à titiller notre attention et finit par se perdre dans une sorte de R&B grec aussi digeste qu’un sandwich au houmous.
nas /im
A dormir debout
Jin rêve comme tout un chacun. Sauf que, quand il rêve, une fille qu’il ne connaît pas, Lee Ran, se métamorphose brusquement en somnambule et vit ses songes à lui dans le réel… Kim Ki-Duk, l’homme touche-à-tout de la Corée du Sud, revient sur le devant de la scène avec un sujet singulier. A priori, l’enthousiasme est de mise puisque l’auteur, entre autres, de Bad Guy, de Locataires ou encore de L’Ile jouit d’un palmarès plutôt honorable. On imagine logiquement que Dream, son dernier opus, aura des arguments pour nous emballer. Hélas, il est à ce jour ce que Kim Ki-Duk nous a proposé de pire. En effet, outre une photo laide et des comédiens proches de l’amateurisme, le réalisateur empile des scènes plus fadasses les unes que les autres (le pompon revenant au dénouement, quand l’héroïne se transforme en papillon) dont on ne sait s’il faut en rire ou en pleurer. Au bout d’un moment, vu que Kim Ki-Duk ne semble lui-même plus savoir, on penche pour la comédie décalée. En cinéphiles respectueux, on se dit que le film est écrit avec un second degré trop subtil pour nous. On se dit que cette subtilité ne s’appréhende pas immédiatement pour des cerveaux aussi grossiers que les nôtres, qu’il faut la chercher, la mériter. Alors on patiente, on regarde les images se succéder… On espère. Mais rien ne vient. Absolument rien. Le vide. Les situations gagnent en crétinerie, une crétinerie de plus en plus intense, et on admet manifestement que Dream sent le sapin. Les protagonistes coulent à pic dans ce scénario ridicule et nous avec. Le tout sans bouée de sauvetage. A l’arrivée, la sensation qui surgit quand le générique de fin apparaît n’est autre que celle d’un soulagement sincère. Le cauchemar a cessé pour de bon…
Lionel Vicari
Klub de rencontres
Sans gros tapage mais avec un sens aigu du relationnel, le trio toulonnais Hifiklub fait son petit bout de chemin dans le monde lettré du rock indé. A l’heure où sort son deuxième album, nous avons retrouvé la trace du groupe… au Texas.
A l’été 2008, nous étions fiers de vous présenter dans ces colonnes un groupe tout à fait hors normes, puisque ayant réussi à fédérer, pour vous la faire courte, tout un tas d’icônes du rock autour d’un projet commun, Hifiklub, à partir de sa base… toulonnaise. Pour la genèse du premier album, référez-vous à nos archives (voir Ventilo #226), l’histoire est déjà assez exceptionnelle. Mais, et c’est là une excellente nouvelle, celle-ci trouve aujourd’hui un heureux prolongement avec la sortie du deuxième album de ces jeunes gens aux goûts sûrs, qui ont poussé encore plus loin leur démarche « d’open trio ». Enregistré encore une fois dans une boîte de nuit désaffectée de la Valette-du-Var, puis confié aux mains expertes de quatre producteurs qui se partagent chacun un « Ep » de quatre titres (soit seize au final, assortis de remixes), ce disque ne relève pourtant absolument pas du concept, mais d’une envie folle de faire de la musique par tous les moyens, et avec qui de droit. Les producteurs ? Lee Ranaldo (Sonic Youth), Andrew WK, Don Fleming et Kpt Michigan. Pour ceux qui touchent un peu leur bille : des pontes du circuit indé. Les invités ? Richard Swift, Skerik, Lio, Jesse Sykes, Jean-Marc Montera… Même topo. Au-delà d’une histoire, déjà commentée, de connexions qui en appellent d’autres, le projet Hifiklub traduit surtout une façon différente, et neuve, de concevoir aujourd’hui son approche de la musique. Joint par mail alors que le groupe se produisait au festival SXSW (Austin/Texas), Régis Laugier, son principal pilier, explique : « Hifiklub est un trio libre de s’entourer d’autres musiciens qui interviennent sur nos morceaux comme ils l’entendent. Nous aimons ouvrir et confronter notre musique à des interventions extérieures, et n’échangeons qu’avec des artistes qui nous touchent, artistiquement et humainement. Je reste bien sûr en contact avec eux, il est très important qu’ils se sentent intégrés au projet dans tous ses développements, des démos jusqu’au mixage final. » Echanger, ouvrir, jouer d’égal à égal : tel semble être le sésame pour faire avancer la musique pop, aujourd’hui plus qu’hier. Une idée que Hifiklub partage avec Get Back Guinozzi, autre fer de lance de la scène pop toulonnaise. Et pour cause : les deux groupes partagent la même section rythmique, et sont intimement liés à la jeune épopée du MIDI Festival de Hyères, bastion estival de tout ce que la pop underground compte de plus intéressant actuellement. Une musique libre, comme le rappelle Régis quant à la teneur de son nouveau-né : « C’est un disque rock qui prend toute liberté à aller parfois vers une musique plus expérimentale, ou pop, ou jazz, ou noise… Je ne vois pas de limite dans les interventions autour d’une base rock. » C’est dingue, nous non plus.
Texte : PLX
Photo : Charles Freger
Dans les bacs : How to make friends (Le Son du Maquis/Harmonia Mundi)
www.hifiklub.com
Let’s be honnêtes
« Soyez Early », la tournée régionale des Découvertes PACA du Printemps de Bourges, est l’occasion d’un petit topo sur ce tremplin et sur le business de la musique aujourd’hui.
Cette année encore, l’appel à candidatures des Découvertes du Printemps de Bourges s’ouvrait aux artistes de musiques actuelles de la région. Sur les 326 candidatures, le jury régional UDCM en présélectionna huit qu’il fit jouer et filma afin que le jury national en sélectionne un, deux ou trois. On en est là : Quadricolor, Sam Karpienia et Mekanik Kantatik feront donc le tour des salles de la région. L’objectif avoué est de les préparer au Printemps de Bourges au mois d’avril, où ils se produiront devant un parterre de professionnels principalement intéressés par le pop-rock indé et la chanson — c’est pourquoi l’UDCM préfère sélectionner en amont des artistes représentant ces « couleurs ». Il y aura donc d’un côté les programmateurs de salles et les organisateurs de tournées, et d’un autre, le monde du disque traditionnel (labels indé à grosse distribution, managers pour groupes à la mode et journalistes musicaux branchés) qu’on nous dit en crise… Sera-t-il possible aux trois artistes de tenir plusieurs années le haut du pavé ? La question se pose, à l’heure des aventures musicales à la progression en cloche (oubliées aussi vite qu’elles ont émergé, tandis que ces fameux professionnels continuent à faire leur beurre). Le dispositif ici proposé est pensé à très court terme (de mars à avril, et au mieux pour un an ou deux dans le prolongement du plan média). Et en 2010, les home studio, Myspace, Youtube, la distribution en ligne et les réseaux (sociaux), virtuels ou non, permettent déjà à un grand nombre d’artistes de rencontrer (ou de se passer de) toutes ces parties prenantes de l’« industrie du groupe à la mode », mais aussi d’autres qui s’intéresseront vraiment à leur musique sur la durée. On ne saisit la musique qu’avec patience, par une caresse entretenue…
Jonathan Suissa
Le 26/03 au Cargo de Nuit (Arles), le 2/04 à l’Oméga Live (Toulon) sans Sam Karpienia et le 3/04 à l’Akwaba (Châteauneuf-de-Gadagne).
Rens. UDCM : 04 91 89 62 38 / www.udcm.net

Are We Brothers ? + Pony Pony Run Run > le 25 à l’Espace Malraux (Six-Fours)
Avec le carton qu’elle a fait il y a quelques semaines au Cabaret Aléatoire, nul doute que vous serez encore nombreux à aller voir Pony Pony Run Run, sensation électro-pop française de 2009, à Six-Fours les Plages. Mais la vraie révélation est ailleurs, et prend la forme de quatre Danois qui, avec un premier album parfait en poche, enterrent définitivement Bloc Party : des tubes comme s’il en pleuvait, toutes guitares dehors. Are We Brothers ? Oui, et pour longtemps.
Are We Brothers ? (Discograph) PLX
Gary Lucas > le 26 à l’Embobineuse
Amoureux de la guitare slide/fingerpicking, nostalgiques de Jeff Buckley, de Captain Beefheart (dont Lucas était le guitariste), n’oubliez pas vos pacemakers. Apostrophant chaleureusement le public et sa 6-cordes à l’ombre de son vieux chapeau, Gary Lucas agite depuis près de vingt ans une mitraillette à notes cliquetante et poussiéreuse. Sous son empire, Grace de Buckley se verra changé en autant de comptines célestes à la grâce du New York early 90’s de Jim Jarmusch.
Coming clean (Productions Spéciales) JS
Spiky The Machinist > le 26 à l’Escale Saint-Michel (Aubagne)
La musique de l’Aixois Spiky a souvent été qualifiée de « dubstep ». Mais, sur son album Phase 1 comme sur scène, ce musicien hors pair se joue des catégories et fait montre d’une maestria rare dans la maîtrise des percussions et des (break)beats électroniques. Le talent de ce touche-à-tout capable de s’aventurer de la comptine bondissante jusqu’au hip-hop stylé devrait le conduire à atteindre un large public, en compagnie de ses machines, domptées à la perfection.
Phase 1 (Black Castle Music/Musicast) Sebnec
Les Nuits Zébrées > le 26 à l’Espace Julien
Quand l’antenne phocéenne de Radio Nova veut s’assurer un bon gros coup de promo, elle fait les choses en grand en invitant tous ses auditeurs (et les autres) à venir voir quelques-uns des artistes qui garnissent sa programmation – bien sentie. De Kid Francescoli en ouverture (l’outsider pop local) aux gens de Nova pour la clôture (bordel assuré aux platines), en passant par Victor Démé, Rocé ou Chinese Man, un plateau pour festoyer, collés-serrés mais requinqués.
www.lesnuitszebrees.com PLX
Attila > du 27/03 au 4/04 à l’Opéra de Marseille
Après Cendrillon et la Sainte de Bleecker Street, c’est maintenant au tour d’Attila d’animer la scène de l’opéra de Marseille. Une nouvelle mise en scène pour l’œuvre de Verdi, jouée la dernière fois en 1985, et le choix est original : il faut avouer qu’Attila ” le barbare ” en premier rôle d’opéra, cela peut surprendre. Mais le personnage n’a rien perdu de son caractère et la posture romantique qu’il adopte ici donne un éclairage nouveau et séduisant à son histoire.
AF
Miss Platnum > le 31 au Poste à Galène
L’an dernier, elle a déboulé de Berlin avec ses racines balkaniques et un cœur gros comme ça, que dis-je, des tétés gros comme ça, et encore, je ne vous parle pas du reste : une fille qui assume sa passion pour les hamburgers, ça court pas les charts (on parle de ceux où Beyoncé ou Rihanna sévissent). Du coup, pour être au top du r’n’b, la Roumaine a perdu quelques kilos, même si son talent et sa formule scénique (avec orchestre) suffisaient amplement. Une vraie bombe.
The sweetest hangover (Jive/Epic) PLX
Kim > le 1er au Lounge
32 ans et dix-sept albums au compteur. Un petit prodige de l’underground américain ? Tout faux : Kim est bordelais, et sort dans une quasi-indifférence générale (seuls les médias alternatifs suivent ses faits d’armes) une œuvre aussi protéiforme que géniale. Beaucoup l’ont d’ailleurs comparé à Beck, pour cette facilité à s’approprier puis mélanger les genres. Son dernier album le voit plonger dans la pop synthétique des 80’s : comment le fera-t-il sonner sur scène ?
Mary Lee Doo (Vicious Circle) PLX
Bol de Funk > les 2 et 3 au Dock des Suds
Le printemps arrive et le Dock des Suds retrouve des couleurs : Babel Med cette semaine, Bol de Funk le week-end suivant. Bol de Funk ? A Marseille, c’est la référence. Deux soirées où il sera difficile de choisir (optez pour le pass) puisque s’y succèderont des fanfares au groove torride (CQMD, Hypnotic Brass Ensemble), une vieille gloire US (Sir Joe Quaterman) épaulée par de jeunes Anglais (Speedometer), des Dj’s cultes (Ashley Beedle, Florian Keller)… Inratable.
www.boldefunk.org PLX
Spectrum > le 3 à l’Embobineuse
Alias Sonic Boom, soit la moitié de Spacemen 3 (ancien groupe de Jason Pierce, fondateur de Spiritualized) : des pointures du rock indé du début des années 90. Un ouragan psychédélique transformera certainement notre jolie salle marseillaise en chapelle mystique, avant de la propulser en orbite. Surtout qu’en ouverture, Deschamps servira sa très personnelle version du psyché-rock 70’s teuton : peu complexe, mais parmi les plus troublantes qu’on ait pu entendre.
War sucks EP (Mind Expansion/Import) JS
Wild Beasts + Andromakers > le 3 au Cabaret Aléatoire
En deux albums, ces fauves anglais ont su séduire la critique avec leur rock indépendant fiévreux, malgré tout empreint d’une grande légèreté. Deux œuvres portées par une section rythmique assurée et, surtout, par la voix unique de leur leader. Car Hayden Thorpe possède, à l’instar d’un Antony Hegarty (avec ou sans ses Johnsons), un organe aux teintes lyriques rares, propre à hypnotiser l’auditoire. Lequel devrait avoir déjà succombé au charme des Andromakers.
Two Dancers (Domino/Pias) Sebnec
Attention, ovni déjanté !
Artiste de rue depuis treize ans, Arnaud Aymard vient présenter au Daki Ling sa dernière création ainsi que son tout premier spectacle. Retour sur son combat pour un monde meilleur.
Au début il y eut Paco, un chanteur naïf guatémaltèque tentant de sauver le monde par l’amour. Perceval, chanteur gothique raté mégalo dépressif, est arrivé ensuite sur son fidèle destrier : tenant le public pour responsable de son échec, il se livre à une introspection dans un univers chevaleresque. Puis vint L’Oiseau Bleu, un conte pédagogique pour enfants de notre âge en neuf épisodes où le super héros, pratiquement expert en économie et presque gaulliste, se bat contre les chômeurs qui viennent d’envahir la Suisse1. Dans sa dernière création, The Canaon Show, encore en phase d’écriture, Arnaud Aymard essaie de jouer une histoire à plusieurs personnages. Mais comme il n’a pas fait beaucoup de stages de théâtre, tous les protagonistes ont peu ou prou la même voix et le même comportement, et le public ne comprend pas tout. Il y a là Conan de Cimmérie, qui, dans son univers effrayant et intriguant inspiré de Lovecraft, n’hésite pas à fendre le crâne de ses ennemis, réfugiés derrière les valeurs morales de la civilisation. Parallèlement, Sony Malone organise un cabaret mal ficelé avec des babas cool un peu rockers dans une ambiance de polar glauque, tandis que Shandernagore, un chanteur de rock, part dans un trip à la David Bowie. L’auteur nous livre ici une vision très personnelle de la culture américaine. Pour se faire une idée de ce qui nous attend sur scène, nous avons brossé un rapide portrait de Conan. Sachez entre autres que sa chanson culte est Le Barbare, composée par Perceval, qu’il affectionne le temple de Seth, qu’il se verrait bien en pierre pour ne jamais avoir froid et rouler dans la neige, qu’il adore pousser de féroces « hummrrrrr », et que s’il n’avait jamais existé, on en serait arrivé exactement à la même situation. Revenons à Paco, le chanteur pour la paix. Paco est mondialement connu, mais de façon locale et surtout dans les principautés car il a déjà fait 600 dates au Guatemala, au Chili ou au Bangladesh. Poète, c’est également un super guitariste qui fait le La mineur comme personne, a une voix pratiquement en or massif et aime tout le monde. Il pense que la jeunesse doit fleurir en sortant du lien parental afin de trouver un travail positif comme semer du blé, trier des œufs ou vendre des râteaux pour jardiner la terre et créer un jardin dans lequel les enfants pourraient courir sans se faire mal aux genoux. Il dit qu’on doit donner sa jeunesse à la vie, aimer les autres et leur sourire — même à ceux qui ont l’air méchant parce que ceux qui sont méchants, souvent c’est parce qu’ils sont tristes. Alors jeunes et moins jeunes, ouvrez votre cœur et venez boire les paroles de Paco, amenez votre courage, des amis et venez affronter la barbarie de Conan, détendez les mâchoires et contribuez à sauver l’humanité !
Yves Bouyx
Arnaud Aymard (Cie Spectralex) au Daki Ling (45 A rue d’Aubagne, 1er) : les 26 (The Canaon show) & 27 (Paco chante la paix) + le 3/04 ((R)Evolution, cabaret atypique avec la Cie Matière Première). Rens. 04 91 33 45 14 / http://www.dakiling.com
La délicatesse du touché
La scène nationale du Merlan programme le chorégraphe Virgilio Sieni pour deux parcours, un solo et une pièce pour cinq danseurs. Cette hétérogénéité est la marque de fabrique de cet artiste hors norme.
Que se passe-t-il dans la tête de Virgilio Sieni ? Des rêves de Renaissance ? Le halo d’une peinture ancienne ? Le corps tente des échanges avec l’autre, par le jeu des mains, l’emboîtement des pas. Un individu se démarque par le port d’un masque, une perte de l’identité au profit d’un jeu de formes qui contemple la commedia dell’arte. Virgilio Sieni aborde la scène comme le plasticien son atelier. Tout n’est qu’ébauche ou esquisse. Il avance sans affirmer, il emmène le groupe dans un corpus et un amalgame où des attitudes improbables naissent sous nos yeux. La vitesse s’amuse des changements de rythme, le pas agile s’entrechoque avec une maladresse ironique. Tout est dépouillé, pointant la couleur rouge d’un petit chapeau, la singularité d’une tige en équilibre sur l’épaule. La danse disparaît dans l’inventivité des propositions. Elle abandonne les diagonales pour construire un éparpillement, puis dans un sursaut, elle rejoue le pas compté. Dans ce jeu des écarts, une signature prend forme, une grâce s’élabore. Virgilio Sieni est unique, parce qu’il ne s’interdit rien. Il puise dans les racines de son pays la force d’une idée, le passage du temps et interroge l’histoire de la scène et l’essence de l’homme. Comment trouver l’apaisement ? Où se trouvent les questions et les réponses ? En avançant groupé, à l’écoute de l’autre, dans la lenteur des différences, les interprètes construisent des signes, le début d’une histoire, vers un lien charnel prolongeant avec force l’avenir de la danse contemporaine.
Texte : Karim Grandi-Baupain
Photo : Paolo Porto
Parcours „L’art du geste dans la Méditerranée“ : les 27 & 28/03 (parcours #1) et 3 & 4/04 (parcours #2) à partir du Palais Longchamp.
Solo Goldberg Improvisation : le 30/03 à 20h30 au Merlan.
La natura delle cose : les 1er et 2/04 au Merlan.
Rens. Théâtre du Merlan : 04 91 11 19 20 / www.merlan.org