Ventilo n°293
du 8 au 21 février
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Depuis la fin de son précédent groupe, Hefner, Darren Hayman poursuit discrètement une carrière solo. Mais ça pourrait vite changer avec ce dixième album, qui résonne comme le grand œuvre de ce songwriter anglais. Annoncé comme un « opéra folk », Pram Town est une ode à Harlow, l’une de ces villes modernes apparues après la guerre pour accueillir l’arrivage massif de jeunes familles. Fort d’un instrumentarium délirant (cuivres, cordes, synthés…) mais utilisé avec une finesse inouïe, ce grand disque nostalgique s’inscrit dans la droite lignée du Village Green des Kinks.
PLX
Le problème avec le rap, c’est qu’il est devenu si moribond que le moindre disque qui réussit à capter notre attention nous fait l’effet d’un léger soulagement. C’est le cas du dernier album d’Oddateee, jeune rapper new-yorkais hébergé chez les Lyonnais de Jarring Effects, qui, sans atteindre des sommets d’originalité, nous livre ici un disque assez homogène et agréable. L’ambiance est sombre et industrielle, les productions signées Dälek sont plutôt chargées, et le flow imposant du MC transforme les morceaux en autant d’épopées urbaines et paranoïaques.
nas/im
Guns Of Brixton n’est pas un groupe de reprises des Clash. Pourtant, ces Caennais on un point commun avec les Londoniens : bien qu’issus d’une mouvance punk, ils cultivent un attrait immodéré pour le reggae. On ne s’étonnera donc pas de voir figurer sur l’un des titres deux membres des Burning Heads, pionniers en France de cette fusion punk-dub. Mais la vision du dub de Guns Of Brixton va bien au-delà, pour donner naissance à un véritable post-rock où les phases planantes s’étirent en envolées saturées de guitares… Mogwai n’est pas très loin.
dB
Célébré pour son catalogue de maxi-vinyls à dominante deep-house, le label allemand Innervisions avait surpris tout le monde en publiant, pour sa première référence CD, une compile d’ambient. Très réussie et forte d’un packaging à la hauteur, celle-ci affichait le bon goût des tauliers – Dixon, Âme et Henrik Schwarz. Autant dire que le premier album de la maison était attendu… Il ne déçoit pas : Tokyo Black Star, alias le Français Alex From Tokyo et le Japonais Isao Kumano, livre ici une leçon de deepness qui doit autant à la house qu’à la techno. Parfait en chill-out.
PLX
Si leur premier album, Fun Makers, nous avait déjà séduit en 2006, personne n’aurait parié pour autant qu’Izabo puisse devenir un jour un groupe majeur. Il faut pourtant se rendre à l’évidence : leur deuxième disque est une parfaite réussite. Entre le glam-rock de T-Rex, les guitares rugissantes de Led Zep et la pop attitude de Pulp, ces rockers venus d’Israël mettent tout le monde d’accord et réussissent à battre Pop Levi sur son propre terrain : couvrir le rock de paillettes et de modernité tout en sonnant intemporel. Un album étincelant, énergique et classieux.
nas/im
Si le cinéma indien évoque exclusivement chez vous les bollywooderies bling-bling de 4h28, l’heure est venue, grâce à l’érudition de l’éditeur Epicentre Films, de vous familiariser avec le vrai et grand cinéma du pays de Ghandi. Ainsi de L’expédition, film inédit de l’immense Satyajit Ray, figure de proue, avec Ritwik Ghatak, du cinéma d’auteur, nourri d’influences européennes — du réalisme poétique de Jean Renoir au néoréalisme italien de De Sica. Film mineur dans l’œuvre majeure du maître de Calcutta, L’expédition, sorte de road-movie autour des vicissitudes de Narsingh, chauffeur de taxi du Bengale, n’en demeure pas moins sympathique, surtout sans Nacéri et Besson derrière le volant. Et finit d’emporter le morceau via l’histoire d’amour entre la jolie prostituée et le preux chauffeur. Inde of the story…
HS
« Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon. » Tirée d’Anna Karenine, cette phrase d’introduction du chef d’œuvre de Tolstoï pourrait servir de leitmotiv définitif à cette grande série sur la famille et ses contrariétés. Développée depuis trois ans par Blake Masters sur Showtime, Brotherhood confirme l’adage qu’on ne choisit pas sa famille. Surtout chez les Caffee, où Tommy, politicien ambitieux, et Michael, « polyvalent » ambitieux, auraient certainement aimé ne pas être du même sang, pour ne pas avoir à s’étriper trente ans plus tard, puisqu’il y a bien, dans le quartier irlandais de The Hill, un Caffee de trop. Où il est de bon ton, comme dans les fratries contrariées de James Gray (The yards
) ou des Sopranos, de laver son linge sale en famille…
HS
Après le rock envisagé sous bien des coutures, les musiques expérimentales et les musiques noires, il était attendu que les éditions marseillaises Le Mot et le Reste se consacrent un jour au jazz. Déjà responsable d’un ouvrage consacré à Eric Dolphy pour cette même maison, le journaliste Guillaume Belhomme, belle plume, signe ici une somme dont le premier mérite est de s’adresser aussi bien au néophyte qu’au mélomane averti. Giant Steps, dont l’intitulé chipé à Coltrane veut traduire toute la nature évolutive du genre, recense ainsi chronologiquement cent figures du jazz, chacune abordées via une petite biographie et cinq de leurs plus grands disques. On sent que l’auteur maîtrise son sujet, et sa sélection n’est pas spécialement allée vers la facilité. Une suite, consacrée aux héros plus méconnus du jazz, est déjà en préparation.
PLX
Arbre de fumée met en scène plusieurs personnages, depuis la mort du Président Kennedy jusqu’au début des années 80, plusieurs destins qui auront en commun de traverser la guerre du Vietnam. Parmi eux, Skip Sands, jeune agent de la CIA, est envoyé au Vietnam pour engager des opérations contre le Viêt-cong. Ici, nulle scène de combat, le désastre du Vietnam se trouve ailleurs. Denis Johnson nous plonge dans une noirceur à travers laquelle on peut lire en filigrane tout l’échec et le drame des campagnes guerrières américaines, du Vietnam à l’Irak aujourd’hui. Arbre de fumée s’inscrit ainsi dans la grande tradition du roman total américain. On entre dans la guerre de manière plus intime et peu à peu le texte prend une envergure exceptionnelle, hypnotique, nous plongeant jusqu’au bout dans une moiteur cauchemardesque où viendront se perdre les destins.
JB
Diversionismo Ideologico - Les infidèles de Castro. Attention, à surligner au marqueur fluo sur vos programmes télé ! Ce documentaire de 17 minutes, rapporté de la Havane par un jeune réalisateur cubain (Aaron Alayo) et un cameraman marseillais (Benjamin Balp) —fraîchement sortis de l’IEP SATIS d’Aubagne — secoue sérieusement. A rebrousse-poil des clichés de palmiers ou de joyeux musiciens traditionnels cigare au bec et rhum dans les veines, le film suit six groupes de punk, hard rock, metal et hip-hop cubain. Sur la petite île toujours tenue d’une main de fer par l’un des derniers grands dictateurs de la planète, le rock sent toujours le soufre. Malgré la censure, l’emprisonnement, les conditions de travail difficiles, le manque de moyens, ces groupes se battent pour faire la musique qu’ils aiment. A l’heure où la succession du barbu Fidel Castro semble assurée par son frère Raul et où l’on parle d’ouverture du régime, rien n’est gagné. A voir dans Tracks, sur Arte, le10/04 à 23h10.
Ouvert aux femmes qui n’ont jamais publié et organisé par le Forum Femmes Méditerranée de Marseille, un concours de nouvelles portant sur le thème de « la rue » est lancé. Dans le cadre de la quatrième édition de Lire Ensemble, qui aura lieu du 15 au 30 mai sur le thème « Femmes et Méditerranée », les nouvelles doivent parvenir en quatre exemplaires avant le 1er mai par courrier à : Agglopole Provence – Service Culture Concours de nouvelles 2009 – collège et lycée 197 rue Pavillon, BP 274 Square du Docteur François Blanc, 13 666 Salon-de-Provence. Par mail : lire.ensemble@agglopole-provence.org. Le règlement est disponible sur www.agglopole-provence.org
A l’occasion de la quatrième édition des Rencontres Internationales Sciences et Cinémas qui auront lieu du 12 au 15 novembre, l’association Polly Maggoo lance un appel à candidatures. Tous les genres de films sont permis si le sujet est lié à des thématiques scientifiques (environnement, sciences du vivant, sciences humaines et sociales). Pas de critère de durée ni de format (vidéo ou pellicule). Les films doivent être en version originale, sous-titrés en français si la production est non-francophone. Fiche d’inscription et règlement à télécharger sur www.pollymaggoo.org, rubrique « Festival RISC ». Date limite de réception des films : 1er juin 2009.
Miróbolant !
Le Musée Ziem de Martigues met l’accent sur l’importance de la sculpture dans l’œuvre de Joan Miró et nous prouve que l’audace de ses assemblages révèle un pan de sa création encore plus intense que ses toiles.
Présentant 25 sculptures en bronze et trois ensembles d’objets prêtés par la Fondation Miró de Barcelone, l’exposition témoigne des réalisations en grand nombre effectuées de 1966 à 1983, montrant qu’en privilégiant la texture souvent brute du métal ajoutée au charme de la patine, Miró parvient bel et bien à ses fins : « assassiner la peinture ». On lui reprocha de ne pas assez respecter cette dernière et de pécher par trop de spontanéité et « d’infantiles tableaux » (ce à quoi Giacometti rétorquait que « Miró ne pouvait pas poser un point sans le faire tomber juste »), n’oubliant jamais les conseils de Picasso : remettre sans cesse en cause ce que l’on vient d’achever. L’anecdote est fameuse quant à leur première rencontre : « Picasso habitait Rue Lavoisier. Je ne l’avais jamais croisé auparavant. J’aurais pu, mais je n’avais pas osé. Alors quand j’ai su que je venais à Paris, je suis allé voir sa mère : “Ecoutez, madame, si vous le voulez, je peux faire une commission à votre fils, lui remettre quelque chose de votre part…” Elle m’a donné des pâtisseries pour Pablo, il a bien fallu que je les lui porte. »
Les pièces (très judicieusement installées) se sillonnent de paysages picturaux : on peut s’amuser à scruter à la loupe ce « mirómonde » (dixit René Char) pour déceler des cavités, des grains… Comme si la matière elle-même avait tout à raconter. Espiègle et grave à la fois, le Catalan a l’œil empli des grâces de l’enfance, mais fait preuve d’une poésie de fin glaneur, attentif au rapport des formes. Combinant des objets usuels personnifiés (la femme y a une place prépondérante) qui trouvent corps dans un esprit ludique, son travail, pourtant dense par le matériau, prend la légèreté du vivant. Des intuitions corroborées par ses propres écrits : « Je veux exprimer toutes les étincelles d’or de notre âme. » Empressez-vous de venir voir ces hardies pépites !
Texte : Marika Nanquette-Quérette
Photo : Marika
Miró, la métaphore de l’objet : jusqu’au 3/05 au Musée Ziem, Martigues. Rens. 04 42 41 39 60.
NB : Conférence « La sculpture d’assemblage au 20e siècle » par Catherine Soria, le 9/04 à 17h30.
En pleines formes
Quelques jours encore pour découvrir l’audacieuse sélection 2009 du prix de peinture Mourlot et le successeur de Christophe Boursault. And the winner is…
Longtemps, la peinture fut considérée comme une forme d’art surannée, cherchant sa place dans l’art contemporain. Il semblerait que cette interrogation soit une spécificité française, et que ni l’Allemagne de Gerhard Richter, ni l’Angleterre de David Hockney et encore moins les Etats-Unis d’Ellsworth Kelly n’aient jamais eu envie de la remettre en question, préférant se demander quelle peinture on avait envie de voir aujourd’hui.
En retenant des propositions aux antipodes les unes des autres, la sélection Mourlot 2009 semble avoir tenté de répondre à cette question. On pense aux Shaped Canvas d’Alexandra Roussopulos, objets informes aux châssis irréguliers, figurant des sortes de flaques flottantes, ou encore aux « dilutions » de Samuel Aligand, tortionnaire du plastique, qui opte pour de nouvelles matières, de nouvelles surfaces et propose de curieux paysages. Plus sobres, les tableaux de Jérémie Delhome font écho à la peinture métaphysique, présentant un objet non identifiable, où le fond et la forme se confondent. Tant par leurs couleurs que par leurs sujets dont émane une jubilation communicative, les pièces de Balthazar Leys pourraient illustrer la citation de Nietzsche, « L’art nous est donné pour ne pas mourir de la réalité » : avec des moyens ascétiques, le peintre « suggère », les pleins, les creux, les volumes et l’espace.
Enfin, la lauréate 2009, Amélie Bertrand, qui déclare chercher à penser à travers la peinture et non à peindre ce qu’elle pense, a séduit le jury avec une peinture figurative aux confins de l’abstraction. Des plans isolés rappellent les réseaux colorés de l’Américaine Sarah Morris, tandis que d’autres, surfaces vibrantes et cinétiques, font opter l’œil pour une solution optique ou son exact contraire. Les couleurs, saturées et posées en aplats, et les jeux de perspectives donnent lieu à des compositions géométriques abstraites et léchées, où tout est aseptisé, comme dans un monde virtuel. Les paysages d’Amélie Bertrand sont des écrins de la figure humaine absente…
Céline Ghisleri
Prix Mourlot 2009 : jusqu’au 11/04 à la Galerie de l’ESBAM - rue montgrand, 6e. Rens. 04 91 33 11 99
Un tic tac derrière les oreilles
Le festival Sons de plateaux, sous la direction du Grim, fête sa quatrième édition avec, en point d’orgue, la présence de Jacques Rozier.
« Qu’ils soient issus du théâtre, du cinéma, de la radio ou des arts plastiques, les mots qui parlent du son tentent l’approche d’une définition sans vraiment atteindre leur but, pour notre plus grand bonheur » (Jean-Marc Montera, directeur du GRIM). Le son, c’est un champ d’investigation infini qui effleure et pointe des détails et des sens imperceptibles à l’œil nu. Souvent auxiliaire de l’image, il est pourtant, à notre insu, un véhicule d’émotion sans pareil. Demandons aux passants de nous parler de leurs films préférés et vous remarquerez, à coup sûr, que la partition musicale y est très présente, et l’air souvent connu. Dans 2001, l’Odyssée de l’espace, Les Quatre saisons de Vivaldi accompagnent et décident de la vitesse de rotation d’un satellite effleurant la surface du globe. Ici, ce qui fait sens et nous permet d’y croire, ce n’est pas le design improbable de l’objet, ni la position des étoiles, mais le rapport vitesse-musicalité. Avec l’arrivée du numérique, le son est devenu une affaire personnelle où tout un chacun peut transformer son appartement en studio d’enregistrement. Le logiciel devient partie prenante de la composition, le DAT remplace le Nagra et la bande magnétique. Dans le brouillard de la multiplicité, un festival sur le son est une opportunité d’établir des hiérarchies et d’y voir plus clair sur les intentions et les points de vue de demain. L’art contemporain s’inscrit sous le signe de la transversalité, une manière de décrocher l’objet du mur et d’envisager les formes par les cinq sens. Entre la scène et l’espace d’exposition, tout se brouille et tout se reconstruit pour ne faire qu’un. Du son seul au son arrangé, de la partition à la performance, du larsen au free jazz, l’espace est immense et la reconnaissance est souvent annihilée par le spectaculaire de l’image. Le son aime, plus que tout, disparaître pour caresser les angles des murs, courir le long des enceintes et nous surprendre dans un bref instant où la note devient l’acteur principal du synopsis. Pour cette quatrième édition, le jeudi 9 sera consacré au théâtre, le vendredi 10 au cinéma expérimental, le samedi 11 à l’art contemporain et le dimanche 12 au cinéma. Un concentré de savoir et d’échange unique en France.
Texte : Karim Grandi-Baupain
Photo : Dominique Petit Gand - Studio musique © jm Montera
Sons de plateaux #4 : du 7 au 12 avril à Montévidéo.
Rens. 04 91 04 69 59 / www.grim-marseille.com
Les saisons du plaisir
Dans les plaines du Var-Ouest, les cow-boys ont des guitares et règlent désormais leurs comptes en musique. Ils se sont donné rendez-vous au festival Faveurs de Printemps…
Si le retour des guitares ne date pas d’Hyères, c’est pourtant là qu’elles ont décidé de faire escale. Comme chaque année à cette période, avec la réapparition du soleil, des bourgeons et des jupes, la presqu’île varoise accueille la fine fleur des musiques acoustiques et apaisées. A l’heure où les festivals d’été règlent les derniers détails, et leur temps de retard sur le sursaut médiatique des musiques folk, les activistes de Faveurs de Printemps continuent de leur côté, pour cette cinquième édition, à œuvrer pour un phénomène que l’on observe depuis quelques temps sur disque : la priorité accordée à l’écriture, la voix, et à ce dépouillement instrumental qui permet de mettre en avant la richesse première d’une chanson… La mélodie du bonheur commencera jeudi 16 et devrait ravir les nostalgiques de l’âge d’or des musicals comme les amateurs d’un certain raffinement pop, avec la venue de Clare & The Reasons, dont on attend sur scène la confirmation de tout le bien que l’on a pu dire de son dernier album. La belle Américaine sera accompagnée par Tamara Williamson, une femme-orchestre canadienne qui parvient toute seule, avec un micro et un sampler, à sonner plus fort que les Chœurs de L’Armée Rouge ! Le lendemain soir, la chance aux chansons s’offre à deux artistes français émergents : Svensson, tenant d’une pop sombre et érudite, et Sammy Decoster, récente révélation qui lorgne lui du côté des héros oubliés du rock’n’roll. Enfin, en clôture du festival, le Théâtre Denis accueillera un artiste au parcours atypique : Jim Yamaroudis, jeune Australien d’origine grecque installé dans le centre de la France, que le magazine Télérama ose surnommer — dans un accès de lyrisme qui serait presque drôle s’il n’était pas aussi pompier — « le Léonard Cohen du Massif Central »… Il partagera l’affiche avec l’excellent Sébastien Schuller, dont les rêveries pop mélancoliques devraient nous emplir d’un indicible et troublant sentiment de plénitude. Faveurs de Printemps nous offrira en bonus, et en guise d’apéritif musical gratuit pour les trois soirs de concerts, les performances toutes en cordes et percussions du collectif Tatiana Sauvage, qui devrait pleinement profiter de l’acoustique exceptionnelle de l’Eglise anglicane de Hyères. Profitez-en : chaque saison porte ses fruits, il faut savoir les cueillir.
nas/im
Faveurs de Printemps : du 16 au 18 au Théâtre Denis (Hyères).
Rens. 04 98 07 00 70 / www.myspace.com/faveursdeprintemps / www.tandem83.com
So ? Mash ! > le 10 à la Meson
Ils faisaient partie de nos favoris pour les récentes pré-sélections PACA du réseau Printemps de Bourges. Malheureusement, le jury avait, ce jour-là, oublié ses cotons-tiges. So-Rhum (le beatmaker hip-hop qui déboîte) et Mash Puppit (la chanteuse aux charmantes inflexions soul) devront donc passer par des relais plus underground pour accéder à ce qu’ils méritent : un certain succès. Leur formule, à la fois classique et hi-tech, en fait l’un des duos à suivre en 2009.
www.myspace.com/sorhumvsmashpuppit
Ghinzu > le 10 à l’Espace Julien
Cinq ans : c’est le laps de temps — monumental à son échelle — qu’il aura fallu attendre pour que les Belges de Ghinzu accouchent enfin du successeur de Blow, l’album de la révélation. Et autant vous dire que les fans sont au rendez-vous : côté préventes, ça s’affole… Car ce sont les concerts du groupe qui ont fait sa réputation. Certains observateurs annoncent donc ce Mirror Mirror comme leur OK Computer à eux. Avant de crier au nouveau dEUS, on va se calmer un peu.
Mirror mirror (Barclay) www.ghinzu.com
The Legendary Pink Dots > le 12 au Poste à Galène
Attention groupe culte ! Riche d’une discographie abracadabrante (une quarantaine d’albums au bas mot), cette formation anglaise basée à Amsterdam (où elle a du enquiller sévère…) est aussi étrange que méconnue par le plus grand nombre. Pour faire court, on navigue ici entre psychédélisme, ambient, indus et new-wave (elle s’est formée en 1980), et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça plane très haut. LSD ? Non : Legendary Pink Dots. Pink, comme les flamants.
Plutonium Blonde (ROIR) www.legendarypinkdots.org
Squarepusher > le 15 au Cabaret Aléatoire
Avec Aphex Twin et Autechre, il est l’un de ceux qui ont façonné le son du label anglais Warp : une musique électronique « intelligente » — au sens d’avant-gardiste. Les architectures complexes de Squarepusher ont depuis quinze ans leurs adeptes, et cette première venue à Marseille ne devrait pas manquer de ramener du monde. Pour autant, il faut aussi pouvoir se fader les dérives jazz-rock de ce bassiste de formation : la technique sera-t-elle au centre de ce live ?
Just a souvenir (Warp/Discograph) www.squarepusher.net
Triclops > le 15 à l’Embobineuse
L’une des grosses claques de la quinzaine : un groupe de San Francisco à situer quelque part entre Jane’s Addiction et The Mars Volta, ni vraiment hardcore, ni vraiment punk-rock, mais assez progressif dans ses constructions. Jello Biafra, des Dead Kennedys, a fait des pieds et des mains pour les signer sur son label. Sur scène, le chanteur occupe l’espace comme personne, et peut chanter à lui seul comme une chorale de gremlins shootés à l’hélium. On en redemande.
Out of Africa (Alternative Tentacles) www.triclopsband.com
Imperial Tiger Orchestra > le 17 à la Meson et le 18 au Paradox
On se souvient que la Meson avait programmé, l’an passé, les Toulousains du Tigre des Platanes (avec la chanteuse azmari Eténèsh Wassié). Un quatuor puisant dans l’âge d’or de la musique moderne éthiopienne (les années 70), redécouverte via la fameuse série des Ethiopiques… La formation suisse qui nous occupe ici, elle aussi placée sous le signe du tigre, poursuit ce travail instrumental et hypnotique autour de « l’éthio-beat » — en plus expérimental. C’est excellent.
www.myspace.com/imperialtigerorchestra
Holden > le 17 à l’Intermédiaire
Ne pas confondre avec le producteur électronique anglais du même nom : ils étaient là avant. Armelle Pioline (la voix) et Mocke (le compositeur) forment à la scène comme à la ville, depuis dix ans, un couple formidable. Après les sublimes Pedrolira et Chevrotine, ils viennent pour la troisième fois d’enregistrer avec Senor Coconut un disque de pop en apesanteur… encore plus sidérant. C’est désormais une certitude : nous tenons ici l’équivalent français de Broadcast.
Fantomatisme (Le Village Vert) www.myspace.com/holdenfrance
Damian Lazarus > le 17 au Cabaret Aléatoire
Nouvelle résidence de Jack de Marseille (voir Ventilo #239) au Cabaret. Et invité de marque, dans la droite lignée du précédent (D’julz) : Damian Lazarus. A l’origine journaliste et directeur artistique dans le secteur du disque, cet Anglais a ensuite monté deux labels électro qui ont assis sa réputation d’oreille avertie. Il est aujourd’hui l’un des DJ’s les plus courus sur la scène post-minimale, ses sets sont toujours très fins, à la fois deep et druggy. Un maestro.
Smoke the monster out (sortie en mai) www.damianlazarus.com
Anthony Joseph & Spasm Band > le 18 au Dock des Suds
Déjà programmé sur la précédente édition du festival Bol de Funk (mais encore inconnu en France à cette époque), Anthony Joseph, qui a depuis sorti un album fantastique dignement distribué dans nos contrées, devrait logiquement s’imposer comme le héros de ce cru 2009 — loin devant The Herbaliser. La musique de ce poète/performer originaire de Trinidad (mais basé en Angleterre) convoque le meilleur de la soul, du funk, de l’afro-beat et du free-jazz. Incontournable.
Bird head son (Heavenly Sweetness/Naïve) www.anthonyjoseph.co.uk
Kid Congo & The Pink Monkey Birds > le 21 à l’Embobineuse
Ça vient de tomber : Kid Congo Powers, le guitariste originel du Gun Club et des Cramps, qui a aussi joué un temps avec Nick Cave, déboule en concert à l’Embob’ pour présenter son nouvel album. En l’occurrence, un disque qui le voit revenir à ses premières amours, ce rock garage et voodoo aux accents chicanos… Le rêve. A près de cinquante balais, ce mec est toujours dans le coup, il respire l’authenticité, et en plus, il s’habille comme un dieu. La classe intégrale.
Dracula boots (In The Red/Differ-Ant) www.kidcongopowers.com
PLX
Chienne de vie
Originaire de l’Oregon, tout comme Todd Haynes (Loin du paradis, I’m not there) et Gus Van Sant (Elephant, Paranoid Park), avec lesquels elle collabore régulièrement, la réalisatrice de Wendy & Lucy confirme avec ce troisième long-métrage bouleversant qu’il se passe décidément quelque chose, cinématographiquement parlant, du côté de Portland. Deux ans après l’épuré et naturaliste Old joy, sorte de balade mélancolique en forme de bilan amical, portée par le spectral Will Oldham et le gracile Daniel London, Kelley Reichardt confirme avec une cohérence folle son engagement dans une voie artistique intransigeante (de l’effet de l’économie des moyens sur les préoccupations artistiques), viscéralement humaine (sommes-nous reliés ou est-ce chacun pour soi ?) et éminemment politique (filmer la marge plutôt que l’exclure). « Coincée » dans un bled paumé de l’Oregon, après le passage au marbre de sa voiture, Wendy — (dés)incarnée par la phénoménale et mutique Michelle Williams, à mille lieues des années Dawson — entame sa descente aux enfers le jour où disparaît sa chienne Lucy, sa seule alliée, son trait d’union primitif avec la société. Déboussolée, orpheline de son repère canin, Wendy enclenche alors un glissement sournois vers l’exclusion, le vagabondage et l’illégalité, voyage de tous les dangers. S’il est question ici, comme dans Old joy, de l’évaporation d’un lien affectif et social à travers le dramatique parcours d’une jeune femme, W&L nous donne aussi à voir la marginalité comme un élément révélateur de l’implacable brutalité de la société américaine, comme l’entendaient les écrivains Jack London ou Mark Twain. Tout en louchant, avec ses verres correcteurs américains, sur le cinéma de Fassbinder, peuplé de personnages poussés hors du système, qui établissait déjà, il y a quarante ans, cette réflexion profonde sur les rapports des classes et leurs désastreuses conséquences. Kelley Reichardt continue, entre délicatesse et rudesse, de nous donner des nouvelles du monde : on veut bien y aller jusqu’au bout, en sa compagnie.
Henri Seard
Selon Charlie
Autant le dire tout de suite : Synecdoche New York est un échec total. Ce long tunnel d’ennui, véritable purge aux allures de boursouflure vaguement « arty », a au moins le mérite d’en finir avec l’imposture Charlie Kaufman. Scénariste, le bonhomme pouvait s’appuyer sur l’élégance rusée d’un Clooney (Confessions d’un homme dangereux) ou le bricolage ludique d’un Gondry (Eternal sunshine of the spotless mind) pour insuffler un peu d’âme à ses récits en forme d’architecture artificiellement gonflée. Désormais privé de garde-fous, son cinéma cache mal ce qu’il est : une coquille désespérément vide, l’œuvre d’un autiste désireux de ne s’adresser qu’à lui-même. Un plan, placé au cœur du film, résume assez bien le sentiment provoqué par cette pompeuse réflexion sur (en vrac) l’art, l’amour, les affres de la création, la mort et les abîmes de la représentation. Caden Cottard, dramaturge dépressif, (ré)explique à ses acteurs le sens de la pièce « bigger than life » qu’il est en train de réaliser. Un des participants démuni se lève et pose une question : « Quand est-ce qu’on fait venir un public ? » Evidemment, Cottard l’ignore et, ironie du sort, c’est à ce moment précis que la mise en abîme tant recherchée par le cinéaste fonctionne. Il est ce type qui se contrefout du public, persuadé de pondre un chef-d’œuvre quand son spectateur se demande bien pourquoi on lui impose un tel supplice. Tout Kaufman est là : cynisme rance, symbolisme falot et intellectualisme affecté. Un cinéma-bunker, dédié à l’expression exclusive de l’ego de son auteur. Au final, c’est peut-être le seul point positif du film : on n’a aucun remord à le fuir puisqu’il ne veut pas de nous.
Romain Carlioz
Trous de balle à blanc
« Je tente de mettre en scène le désir et la recherche du plaisir sexuel comme Hitchcock l’a fait autrefois avec la peur et le suspense. » Rien que ça ! Heureusement que Jean-Claude Brisseau nous éclaire sur ses intentions car celles-ci n’apparaissent pas toujours très explicitement à la vue de son dernier film. Contrairement au soin qu’il porte à ses images et à la plastique de ses actrices, il laisse son discours flotter très librement entre érotisme, ésotérisme et philosophie. L’aventure, ou plutôt Les aventures de Sandrine au pays des doutes et du cul, commence platement, si platement que ça ne ressemble même pas à un début. Sandrine (la jeune et faussement naïve Carole Brana) en a marre de son fiancé, de son boulot, de sa famille, le carcan social lui pèse sur les épaules comme un sac des Galeries Lafayette trop lourd. En un mot, elle se cherche. Sa quête l’amène à rencontrer un philosophe inconnu qui aurait lu la quatrième de couverture de Nietzsche pour les nuls, à se caresser devant son mari, à fricoter avec un psychiatre passionné d’hypnose dans un bar, à fréquenter une mystique sado-masochiste… Bref à se rouler joyeusement et sans contraintes dans la luxure du tout orgasmique. Je doute donc je suis… nue ! Le jeu Descartes se mue vite en strip-poker. Les spectateurs célibataires dépourvus d’une connexion Internet n’en voudront pas à Brisseau de leur offrir quelques scènes un peu plus qu’érotiques, vraiment réussies et devant bien plus au roman libertin qu’à la froideur pornographique. Pour le reste, on demeure circonspect. Si les références sont appuyées (Sade, Platon, Dreyer, Robbe-Grillet…) ,elles ne nous permettent pourtant pas de décoder le fond du récit. Au final, on ressort frustré de ce film qui traite d’orgasme et d’extase. Un comble !
nas/im
Ça Cartoun !
A l’aube de son trentième anniversaire, le Cartoun Sardines Théâtre fait son cinéma à la Friche. L’occasion de « se la jouer » avec Patrick Ponce, « cartouniste en chef », qui revient avec nous sur la genèse du projet CinéThéâtre.
« Pour moi, le théâtre, c’est rentrer dans un monde, l’explorer et réinventer tout ce que je vois. Enfin… quand je dis “réinventer”, c’est un peu prétentieux. Disons que j’adapte, je regarde les choses avec un point de vue différent. » Patrick Ponce, la cinquantaine énergique, pourrait parler de sa passion pour la scène pendant des heures. Volubile, l’homme qui a créé voilà presque trente ans le Cartoun Sardines Théâtre aux côtés de Philippe Car1 fourmille d’idées, d’envies. La dernière en date ? CinéThéâtre, un festival protéiforme dont le « jeu » — dans tous les sens du terme — pourrait être le maître mot : jeu d’acteur, jeu avec les codes et les genres, jeu avec le public… Dans un milieu théâtral ayant une certaine tendance à tourner en circuit fermé, le Cartoun n’hésite pas en effet à se réclamer du grand public. Festif, burlesque, très visuel, puisant son inspiration dans des genres aussi différents que le dessin animé, le clown et la commedia dell’arte, le travail du collectif à géométrie variable attire ainsi un public éclectique et redonne un sens au spectacle vivant et populaire.
Approfondissant continuellement son exploration du théâtre, le Cartoun expérimente depuis quelques années une nouvelle forme de travail scénique associant cinéma muet, théâtre et musique : « Jouer avec le muet, c’est comme une évidence. Il y a une faille dans laquelle on peut s’engouffrer pour y inclure quelque chose de vivant, sans se donner de limites. » Ainsi, en 2003 naît Faust, « plus un divertissement qu’un spectacle à proprement parler », dans lequel nos joyeux drilles s’amusent à sonoriser entièrement le chef d’œuvre de Murnau. « Cette magie théâtrale du direct, de rentrer dans un film à partir de sons, de bruits, de voix faits sur le plateau, ça fonctionne. » Et ça fonctionne même très bien : le spectacle est joué plus de deux cents fois dans toute la France. Et donne envie à Patrick et ses comparses de réitérer l’aventure, en poussant plus loin le projet théâtral. Ainsi, avec Lulu, il ne s’agit pas seulement de sonoriser un film, mais de « jouer l’histoire » en se servant et du texte de Wedekind et du film de Pabst (voir ci-dessous). Dernière expérience ciné-théâtrale en date, Le bonheur « pourrait se situer à mi-chemin entre les deux autres pièces » : il s’agit ici de « jouer le spectacle de la sonorisation » du film de Medvedkine, de créer un jeu de miroirs entre l’écran et la scène.
Trois pièces, et autant de manières d’appréhender le spectacle dans tout ce qu’il a de plus vivant : il y avait là matière à un festival. D’où le bien nommé CinéThéâtre, qui propose pendant deux semaines une plongée ludique et interactive dans l’univers fantasmagorique du Cartoun. Un univers dans lequel le public est roi : à lui de jouer…
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CinéThéâtre : jusqu’au 19/04 à la Cartonnerie (Friche la Belle de Mai). Rens. 04 95 04 95 70 / www.cartounsardinestheatre.com
Retrouvez l’interview filmée de Patrick Ponce ici
La Croisette s’amuse
Ambiance Croisette et bal musette, la Cartonnerie revêt ses habits de fête pour plusieurs soirées dont vous serez peut-être les stars.
« Un festival, ça consiste à prendre un univers, un principe et à en faire quelque chose de festif. » Dont acte avec une manifestation qui n’entend pas seulement être « un vibrant hommage du théâtre au cinéma », mais aussi jouer sur tous les registres artistiques. Ainsi, le Cartoun propose plusieurs animations en marge des spectacles. A commencer par l’arrivée du public sur un tapis rouge, suivie d’une « montée des marches » sous les crépitements des flashes de faux journalistes, qui intervieweront ensuite quelques « V.I.P. » afin de produire un vrai-faux reportage diffusé en fin de festival. A l’issue de chaque représentation, les repas seront animés par un karaoké cinématographique, où des membres du public — les V.I.P. susmentionnés, sur leur 31 et préalablement entraînés — doubleront en direct les personnages de leurs films préférés à l’écran. L’équipe du Cartoun fera elle-même son cinéma chaque mardi via un petit cabaret festif, en interprétant quelques extraits de films, et s’évertuera à enfiévrer son public le samedi soir, dans une Cartonnerie transformée en salle de bal. At last but not least, une exposition proposant des installations interactives fera écho à la manifestation.
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LES PIECES
Faust
C’est peut-être le plus célèbre opus du cinéma muet allemand de l’entre-deux guerres. Partant de la légende de Faust, œuvre maîtresse de Goethe, Murnau réalise un film-fresque, animé par des effets spéciaux et des trucages très poussés pour l’époque, aussi loin que les moyens techniques le permettaient. Il deviendra une référence, préfigurant le cinéma fantastique. La version « cartounesque » lui rend hommage, en théâtralisant entièrement le chef-d’œuvre expressionniste sous les yeux des spectateurs, lui offrant une seconde vie hors des circuits confidentiels des cinémathèques. Sonorisée par des bruitages exécutés en « live » par Patrick Ponce accompagné de deux musiciens, la création des Cartoun donne aussi la « parole » à ces acteurs du muet — Faust, Méphisto, mais aussi la douce Marguerite —, allant jusqu’à incarner le metteur en scène lui-même. Revenu d’outre-tombe, ce film-pièce sans « Faust » note vaut le détour.
_Le 8/04 à 19h30
Lulu
Belle et insouciante jeune femme aux cheveux de jais, Lulu ne vit que d’amour et de passion. Incarnation de l’éternel féminin, Lulu est en fait née à la fin du XIXe siècle dans l’imagination de Franck Wedekind. Critique de la bourgeoisie de l’époque, la pièce du dramaturge allemand ne verra quasiment jamais le jour en public, la censure n’appréciant guère ses thèmes (argent, liberté, homosexualité féminine…). Trente ans plus tard, Pabst la transpose à l’écran dans une version peaufinée, immortalisée par la sublime Louise Brooks. L’adaptation proposée par le Cartoun Sardines Théâtre joue sur tous les tableaux, puisant aussi bien dans la matière textuelle que filmique. Dans un ingénieux ping-pong avec les personnages du film projeté sur un écran mobile, comédiens et musicien donnent chair au drame de cette danseuse de revue accusée du meurtre de son amant, permettant au spectateur de voyager d’un univers à l’autre et d’apprécier autant la force du texte de Wedekind que l’esthétique subtile de Pabst.
_Du 10 au 12 à 19h30 (sf dimanche : 16h)
Le bonheur
Réalisé en 1934 par Alexandre Medvedkine, Le bonheur est une curiosité, une fable poétique et burlesque sur la condition paysanne dans la Russie tsariste. C’est aussi une petite histoire dans la grande, celle de deux inadaptés sociaux riant de leurs malheurs et donnant ainsi une autre idée du bonheur. Dans ce dernier volet de la trilogie ciné-théâtrale du Cartoun, créé lors du dernier festival Off d’Avignon, la compagnie marseillaise livre un autre spectacle, qui se superpose à la projection : celui de la sonorisation du film. Tout autour de l’écran, dans un décor campagnard répondant à l’univers bucolique de Medvedkine, quatre hurluberlus bruitent, commentent, chantent, dansent, jouent et se démènent pour donner vie à la folie du réalisateur russe, mais aussi à la leur. Un tour de force pour les comédiens qui, sans jamais parasiter l’image, s’amusent de toutes les interactions possibles entre leurs facéties et l’histoire qui se joue à l’écran.
_Du 14 au 19 à 19h30 (sf dimanche : 16h)
100 % pur jus
De son balcon, un homme regarde vivre son quartier et nous parle de son pays. Voici Les Oranges, petites chroniques et grande histoire de l’Algérie, signées Aziz Chouaki.
Aziz Chouaki aime bien le changement, au moins dans l’écriture ; pas le temps de s’ennuyer ni de se poser dans un registre. D’une narration il passe à un dialogue, enchaîne sur un récit, nous livre une anecdote et ce n’est pas fini. Le ton et les émotions varient en permanence : moqueur et touchant quand il incarne le « petit peuple », dramatique à l’évocation des différentes guerres, cynique à propos des militaires, poétique et rêveur quand il parle d’Alger. L’auteur passe de l’un à l’autre comme les événements lui viennent à l’esprit, mais à la manière d’un jazzman où l’improvisation a finalement un sens.
Devoir de mémoire dans le jargon, cours d’histoire pour les érudits, Les Oranges sont surtouts des récits de vie et d’expériences humaines. La pièce est pleine d’autodérision, pleine du regard expert et tendre des Algériens sur eux-mêmes, avec une distance voulue qui ôte à la pièce toute vocation didactique. Bien au contraire, le dispositif minimaliste et l’art de la suggestion choisis par le metteur en scène sont au service de notre imaginaire, permettant à chacun une meilleure appréhension des personnages, et par là même une lecture apaisée de l’Histoire.
Estrade et rochers en carton-pâte pour le décor, bout de tissu pour le costume, parapluie et chapeau pour les accessoires : la simplicité de la mise en scène n’a d’égal que la densité et la richesse du texte. Pour le servir, Belkacem Tir utilise parfaitement cette technique d’écriture très changeante. Très mobile, le comédien investit l’espace avec moult variations de rythmes, devient conteur, danseur, poète, bouffon, mêle les langues et s’empare de tous les personnages à bras le corps. Il est tout le peuple algérien. Il est seul et multiple à la fois.
A Alger, l’homme est toujours à son balcon et poursuit son récit. Oyez, oyez brave gens, courrez tous l’écouter !
Yves Bouyx
Les Oranges, deuxième partie (l’indépendance et la reconstruction) : jusqu’au 11/04 au Théâtre de Lenche. Rens. 04 91 91 52 22 / www.theatredelenche.info
La fraîcheur du printemps
Une semaine consacrée à la jeune création, c’est toujours une bonne nouvelle. Les Rencontres parallèles 02 annoncent une programmation placée sous le signe de l’échange, à la manière des cercles concentriques.
Les artistes bénéficient des plateaux, mis à leur disposition, pour donner une réalité à leurs envies et finaliser des projets en cours. Lou Colombani, comédienne et co-fondatrice de Last Cie avec Geoffrey Coppini, a lancé ces Rencontres en 2006 au Théâtre Vitez. Depuis, les ambitions ont pris de l’ampleur et l’idée d’une programmation sur plusieurs lieux (Histoire de l’œil, Montévidéo, les Bernardines, la Minoterie et la Compagnie) donne de la consistance et une crédibilité à la jeune création sur Marseille et au-delà des frontières. Pour cette édition, des auteurs et des interprètes venus d’Autriche (Doris Ulrich), de Slovénie (Bojan Jablanovec) et du Portugal (Inês Jacques et Eduardo Raon, Ana Martins) jouent le jeu d’une résidence d’une semaine pour croiser leurs champs d’expression. Il en ressort une programmation aux investigations multiples — jazz, danse, texte, performance —, où la simplicité des moyens déployés résonne avec le décalé, l’improbable et l’irrespectueux. On a longtemps vanté la vitalité du théâtre flamand pour mieux comprendre que l’obscène d’une société où la consommation est le premier moteur de la croissance réside dans les inégalités du partage et le voyeurisme d’une mode qui pousse à envier la femme de son voisin. A partir de là, il devient évident que le théâtre demeure le seul réceptacle à des manifestations quotidiennes où l’on s’épanche sur sa nonchalance, ses humeurs, ses envies de prendre du poids, pour convoquer tout un chacun dans le jeu d’une autre réalité, celle de tous les jours. D’ailleurs, posons-nous sur un banc, si on a la chance d’en trouver un, et regardons bien ce qui se trame autour de nous. Elle fait son marché avec son chien tenant son porte-monnaie dans sa mâchoire. Il urine sur un mur, elle gifle son enfant, il crie sur le feu rouge et, dans un élan communicatif, ils se mettent à klaxonner comme des dingues. On le voit bien, l’improbable et l’invraisemblable se passent dans nos rues et non dans le dernier film d’action, où la violence est une mise en exergue de la plasticité du corps de l’homme, déjouant une machination trop grande pour lui. La force de la jeune création passe, encore et toujours, par le regard acide de notre quotidien et la mise en pièce de nos séries préférées, parce qu’un avis pertinent sur nos blocages, c’est aussi une manière de rire de soi.
Texte et photo : Karim Grandi-Baupain
Rencontres //02 : du 14 au 21/04 dans divers lieux de la ville (voir programmation détaillée dans l’Agenda). Rens. 04 91 92 53 83 / www.komm-n-act.com
Divine comédie
Servi par des acteurs désopilants, Divino Amore ressemble à une boîte à musique déjantée tout droit sortie d’un film d’Almodovar.
Dans un élan de loufoquerie, Alfredo Arias et son acolyte René de Ceccatty ont voulu remettre sur le devant de la scène le théâtre romain des années 60/70. Les metteurs en scène des drames d’inspiration religieuse de l’époque pensaient en effet pouvoir convoquer sur scène la présence divine et provoquaient alors, par leur côté naïf et grotesque, l’hilarité du public.
Secondé par son égérie Marina Marilu et trois autres acteurs exceptionnels, le metteur en scène nous guide vers un monde fantasmagorique et scintillant.
Complètement toqué, son Divino Amore mêle, dans un esthétisme parfait, des dialogues désopilants, des costumes extravagants aux couleurs éclatantes changeant de teinte au gré des éclairages, des coiffes excentriques et démesurées, un décor complètement kitsch associant palmiers et nains de jardins et, surtout, des chants.
Entre lyrisme et comédie musicale, on passe de la chanson italienne au répertoire disco américain dans un rythme effréné, on bat la mesure du bout du pied et l’on sourit, l’ensemble s’avérant à la fois gai et entêtant.
Ici, le sujet de la marginalité est poussé à son paroxysme, traité par l’absurde et la poésie, amenant une réflexion sur les différences et la tolérance.
Tels des bijoux dans un écrin à leur image, les acteurs font briller ce nouveau spectacle au firmament du délire. Merveilleux.
Texte : Pascale Arnichand
Photo : Miche?le Laurent
Divino Amore était présenté par le TNM La Criée au Théâtre du Gymnase du 24 au 28/03.
Oh my gode !
Pour le moins atypiques, François Chaignaud et Cecilia Bengolea ont présenté au Merlan deux pièces issues de leur réflexion sur « l’intériorité du mouvement », en prenant cette fois la peine d’aller provoquer jusqu’aux enjeux sociaux de la représentation du corps en mouvement.
Martha Graham, pionnière de la danse moderne, avait bouleversé le monde en imaginant de faire partir du vagin les mouvements de son corps. Ici, le titre Pâquerette, qui peut évoquer la façon dont Mallarmé parlait de la danseuse comme « la Fleur de notre poétique instinct », sonne ainsi comme un pied de nez à la danse des genres. La danse a plusieurs sexes, surtout quand on la fait partir de l’anus. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Pénétrant dans la salle, le spectateur observe ces deux êtres revêtus de brocart, aux traits préraphaélites, aux regards intenses et étranges, assis l’un contre l’autre. Lumière crue, pas de musique, seulement leurs bruits de bouche et de gorge. Après vingt minutes de contemplation amusée, coup de théâtre, les corps se renversent et les pieds jetés en arrière laissent découvrir leur anus avec, planté là, un… godemiché cristallin ! Ecartant l’opposition du masculin et du féminin, il les unit ici autour d’une origine commune de plaisir, où nulle tension érotique n’apparaît. En fait, la chose est ludique, plus naïve et enfantine que libidineuse. Légère comme une fleur des prés, elle amuse par sa fine impertinence, sans insolence et, surtout, sans voyeurisme.
Avec Sylphides, leur dernière création, les deux Fous cherchent à aller au-delà des apparences des corps. Trois pneumatiques noirs sont sur scène ; une femme d’allure stricte, tout droit sortie d’une morgue lynchienne, vient aspirer littéralement avec sa machine l’air des sacs, laissant découvrir des corps ainsi mis sous vide. Image forte que cette opacité anonyme des corps, qui évoque tour à tour la mort — et pire — l’asphyxie, mais aussi, paradoxalement, la renaissance, quand le souffle, comme fonction vitale, permet de réanimer le mouvement, tâtonnant. La métamorphose se fait. Peu à peu, s’agglutinant, explorant, tâtonnant, les êtres vivants sortent de leur chrysalide de latex et montrent leur figure humaine. La pièce se termine par une prodigieuse et surprenante salve de mouvements désarticulés, qui nous laisse avec l’idée de premiers pas maladroits mais vivants, parce que cherchant et osant.
Texte : Joanna Selvidès
Photo : Alain Monot
Pâquerette et Sylphides étaient présentées au Merlan dans le cadre du cycle Sexamor du 1er au 4/04.
Hadopi voleuse
Le PDG de la FNAC en rêvait, l’UMP l’a fait. La semaine passée, seize députés (sic) ont voté le projet de loi « favorisant la diffusion et la protection de la création sur Internet », tristement connu sous le nom de loi Hadopi. Visant à créer une Haute Autorité indépendante (de quoi ? De qui ?) pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des droits sur Internet, elle prévoit la mise en œuvre par ladite autorité d’une « réponse graduée » au téléchargement de fichiers audio ou vidéo sur le Net (en trois étapes : courrier d’avertissement par e-mail, courrier d’avertissement par lettre recommandée et coupure de la ligne Interne).
Avant même son vote en toute hâte, le projet n’a pas manqué de lever une armée de boucliers contre lui. Et pour cause, sa mise en œuvre apparaît non seulement coûteuse1, pour des gains non garantis (aucune étude ne prouve que les personnes s’arrêtant de pirater achèteraient pour autant les produits qu’ils auraient eu envie de télécharger2), mais aussi d’une rare complexité. Sachant que la riposte graduée vise le propriétaire de la ligne, comment s’assurer en effet que la sanction s’appliquera bien au « pirate » et non à quelqu’un dont on a usurpé l’adresse IP3 ? Sans compter que certains internautes percevant la loi comme un défi, le Peer To Peer classique pourrait laisser place à de nouveaux réseaux entièrement cryptés, poussant l’Hadopi à ne sanctionner que des personnes dépourvues de la compétence technique nécessaire pour échapper aux contrôles.
Et surtout, au-delà de la complexité et du coût de sa mise en œuvre, le projet de loi, qui part d’un constat biaisé — selon les promoteurs de la loi, la crise que connaîtrait le secteur culturel4 incomberait au téléchargement, ce qu’ils sont incapables de prouver — tend à protéger une industrie infichue de s’adapter à la nouvelle donne du Net au détriment du partage et des libertés individuelles. Les arguments ne manquent pas, mais la place dans nos colonnes, si, aussi rendez-vous au prochain numéro.
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