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avril 2009

[22 avr 2009] Tonnerre sous les tropiques (USA – 2008) de Ben Stiller (Paramount)

dvd-Tonnerre-sous-les-tropi.jpgPar l’odeur du napalm alléchés, nous attendions beaucoup de cet énième war movie passé à la moulinette parodique du grand (couillon) Ben Stiller. Du scénario abracadabrant (une troupe d’acteurs capricieux se retrouvent coincés en plein tournage calamiteux dans une jungle infestée de vrais trafiquants d’opium) au casting hallucinant (Stiller, Downey Jr., Black), tout était réuni ici pour faire de cet Apocalypse now de la déconne le film le plus drôlement absurde de tous les temps. Las, à défaut du chef d’œuvre attendu, le quatrième film de Ben Stiller n’est qu’une aimable pochade, quoi qu’incroyablement barrée, sur la représentation/condition des acteurs US. Chahuté sur ses terres par Apatow, le nouveau Midas de la comédie US, Stiller prouve avec ce film du tonnerre que ce n’est pas au vieux singe…

HS

[22 avr 2009] Telepolis (Espagne – 2007) de Esteban Sapir (KMBO)

dvd-Telepolis.jpgLe constat est aujourd’hui sans appel et la lutte doit partir de ce postulat : l’espace médiatique, et particulièrement télévisuel, est un outil de propagande redoutable servant le Dieu consommation, et les puissances qui s’y rattachent. L’aliénation est totale. Esteban Sapir a donc construit son film ovni, dont la sortie en salle a fait injustement bien peu de vagues, autour de ce point de départ, prenant le parti d’un onirisme assumé, habillant son film d’un esthétisme tel – noir et blanc, peu de dialogues –, qu’il tire plutôt volontiers vers la fable contemporaine. Nous sommes dans un monde sans voix, sans luttes, où la télévision a pris le rôle de langage universel. Les références à Lang et Méliès sont parfaitement assumées et subtilement intégrées à l’œuvre. Une vraie curiosité cinématographique…

EV

[22 avr 2009] Icy Demons – Miami ice (Leaf/Differ-Ant)

Galette-Icy-Demons.jpgProgrammé en ouverture du festival B-Side, ce quintette chicagoan illustre bien la tonalité de cette troisième édition : iconoclaste et transversale. Depuis Animal Collective, on sait qu’une génération entière de musiciens américains s’est mise à expérimenter à partir d’un langage pop. Icy Demons, c’est un peu comme si Tortoise se mettait à écrire des chansons à fredonner sous sa douche : c’est très riche, avec des accents tropicalistes, mais ça se prend pas la tête. On pense aussi beaucoup au dernier NLF3 (également à l’affiche de B-Side), toujours calibré au format pop.

PLX

[22 avr 2009] The bird and the bee - Ray guns (are not just the future) (Blue note/EMI)

Galette-The-Bird-and-the-Be.jpgOn ne dira jamais assez combien on aime Inara George et ses vocalises en apesanteur. En solo, « orchestrée » par le grand Van Dyke Park sur le fabuleux (mais pas du tout distribué) An invitation, ou bien en duo, avec Greg Kurstin, son compère de The bird and the Bee, la Californienne s’impose sans faire de bruit comme l’une des voix les plus originales de la pop américaine. Comme sur ce Ray guns merveilleux et ses quatorze nouvelles pépites serties d’arrangements époustouflants qui convoquent Burt Bacharach et le Bing Band bossa nova de Quincy Jones. Groovy baby…

HS

[22 avr 2009] Leopold Skin and The Blue House Dandelions - Leopold Skin and The Blue House Dandelions (Kütu Folk Records)

Galette-Leopold-Skin-and-Th.jpgLa douce mélancolie qui s’échappe des premières notes respire les grands espaces et le folk boisé. Dans ce Far-West imaginaire, les jeunes Clermontois de Leopold Skin égrainent joliment quelques notes bucoliques qui suffisent à notre bonheur. Ici, tout est calme et harmonieux, frais et enjoué. Ce disque étincelant marque la naissance d’un nouveau label — Kütu Folk Records — qui sort aussi ce mois-ci trois autres albums dans cette même veine acoustique et apaisée.

nas/im

[22 avr 2009] Xrabit + DMG$ - Hello world (Big Dada/Pias)

Galette-Xrabit.jpgLa tuerie électro/hip-hop du moment : deux Mc’s texans (DMG$ alias Damaged Good$) déversant leur flow impeccable sur les productions mortelles d’un Berlinois installé à Londres (Xrabit). Si ce genre de collaboration sans frontières séduit d’emblée sur le papier, elle tient ici toutes ses promesses : le minimalisme hi-tech se mêle parfaitement au classicisme de la formule, très accessible et blindée de temps forts (My Stereo, Are we friends, Cheese…). Un constat s’impose : les beatmakers les plus intéressants ne sont pas forcément ceux qui sont les plus exposés…

PLX

[22 avr 2009] Elvis Perkins - In dearland (XL/Beggars)

Galette-Elvis-Perkins.jpgElvis Perkins ou la fureur de vivre. Accablé par la mort de son père, l’acteur maboule et sidéen Anthony Perkins, et sa mère, victime du 11 septembre, le petit Elvis au prénom déjà fameux, hérité du Pelvis de Las Vegas, aurait pu, et on ne lui en aurait pas tenu rigueur, sombrer corps et âme. Au contraire, refusant de s’apitoyer sur son sort et désireux d’emmerder la vie, cette salope, le petit Elvis, devenu grand avec un premier album, le sombre mais vital Ash Wednesday, remet le couvert (de gloire) avec un second opus, entre rock rugueux et folk ombrageux : lumineux.

HS

[22 avr 2009] Mulatu Astatke vs The Heliocentrics – Inspiration information (Strut/La Baleine)

Galette-Mulatu-Astatke.jpgAprès Amp Fiddler vs Sly & Robbie, puis Ashley Beedle vs Horace Andy, voici sans doute le volet le plus intéressant de la série Inspiration information, dont le principe consiste en une confrontation studio entre musiciens, placée sous le signe de la filiation. The Heliocentrics est l’une des formations anglaises les plus prisées sur le créneau « psyché/rare groove », c’est aussi le backing-band de Dj Shadow. Mulatu Astatke, lui, est l’un des pères de l’éthio-beat… Le résultat de cette rencontre est magique : un voyage luxuriant à la croisée de ces deux univers.

PLX

[22 avr 2009] Dj Koze – Reincarnations (Get Physical/La Baleine)

Galette-Dj-Koze.jpgEn associant les canons du minimalisme teuton à la chaleur de son groove, Dj Koze est devenu en quelques années l’une des valeurs refuges de la house. Son travail sur les remixes étant particulièrement bon, il était attendu qu’il compile un jour ses meilleurs travaux sur un seul disque. C’est aujourd’hui chose faite grâce au soutien de l’excellent label Get Physical, qui propose ici ses plus fameuses relectures (Matias Aguayo, Sid Le Rock, Heiko Voss…) agencées à la façon d’un album. C’est produit avec une grande finesse, et le packaging est très réussi (ça compte).

PLX

[22 avr 2009] Polar - French songs (EMI/Virgin Music)

Galette-Polar.jpgDécouvert il y a plus de dix ans avec un premier album folk décharné et austère qui faisait le lien entre Neil Young et Mark Kozelek, Eric Linder avait refait surface il y a trois ans avec le très beau et pop Jour blanc, chanté en français, via la plume mélancolique de Miossec. Désormais à l’aise avec la langue de Molière, c’est sans complexe que l’Helvète underground a écrit et composé les treize titres de ce cinquième opus. Porté par des petits miracles mélodiques et des arrangements ad hoc (cuivres et cordes), ce French songs confirme que le petit Suisse est devenu grand.

HS

[21 avr 2009] Charles Masson - Droit du sol (Casterman)

millefeuille-Droit-du-sol.jpgCharles Masson n’appartient pas au landerneau du 9e art : à l’origine médecin, il s’est lancé dans la BD pour raconter son quotidien, comme en témoigne un premier ouvrage réussi sur le sort des SDF (Soupe froide). Malgré le choix à chaque fois sensible de ses sujets, Masson s’inscrit loin de tout sensationnalisme. Superbement servis par son étonnante capacité à restituer des univers réalistes, ses livres sont surtout le fruit d’expériences. Et aujourd’hui, compte tenu d’un contexte politique où l’humain disparaît, l’urgence s’allie donc légitiment à l’envie ne pas cesser le combat. L’immense problème soulevé dans Droit du sol n’est autre que celui de la clandestinité. Rien ici ne sort d’une quelconque imagination débridée, mais bel et bien d’un vécu atterrant. Tout comme le Welcome de Lioret, Droit du sol est un cri jeté à la face du monde… Saisissant.

LV

[21 avr 2009] Moral & Garcia - Odi’s blog 2.0 (Dargaud)

millefeuille-Odi-s-blog-2.jpgOdi est une jeune femme qui, en un rien de temps, bascule dans son imagination débordante et se transporte dans un univers fantastique plus ou moins directement inspiré par des légendes, contes ou films. Sans l’effet de surprise du premier, mais probablement tout aussi efficacement, ce deuxième tome des aventures de la belle et fraîche Odi s’avère un fort sympathique recueil d’histoires courtes, muettes, volontiers poétiques et décalées. C’est également une vive leçon de narration en bande dessinée, Sergio Garcia étant particulièrement à son aise pour livrer des récits sans case, suivant un chemin narratif inventif, tout en restant toujours clair et lisible. Autre atout non négligeable : le dessin de Garcia possède une grâce certaine. Odi nous conduit ainsi à voyager, rire, rêver et, au final, nous fait pas mal de bien.

BH

[21 avr 2009] Les formes féminines à la galerie de la Friche

Garçons manqués

L’exposition Formes féminines traite des liens entre la femme artiste du XXe siècle, la sculpture et le modernisme… Les choix curatoriaux de Dorothée Dupuis évitent les poncifs du genre pour proposer une exposition qui n’a finalement que peu à voir avec le sexe de ses artistes…

expo-formes-feminines.jpgSi la congruence des trois notions explorées par l’exposition ne paraissait pas évidente, elles sont pourtant étroitement liées. Pourquoi ? Parce que la sculpture est une forme artistique ancestrale qui tisse des liens entre académisme et modernisme, même si elle fut malmenée par ce dernier. Et que les femmes sont restées en marge du modernisme, malmenées elles aussi, pour des raisons somme toute indépendantes de leur genre. L’Histoire de l’art se souvient mal des œuvres abstraites numériques de Vera Molnar dont elle fut pourtant pionnière, moins spectaculaires que les performances autour du vagin de Carolee Schneeman dans les années 70. Sur fond de féminisme, les propositions artistiques issues de cerveaux féminins haussèrent le ton et adoptèrent pour longtemps un propos revendicatif… Si la provocation se justifiait en son temps, il n’empêche qu’on confond encore aujourd’hui art féministe et art féminin, si tant est qu’il existe… Ce que vient contredire l’exposition proposée par Triangle. En faisant abstraction des cartels, on ne discerne aucune sensibilité supposée féminine. Non, rien de sensible ni de féminin dans les œuvres de Colombe Marcasiano ou Claire-Jeanne Jézéquel, mais une analyse formelle qui, avec le recul nécessaire, se réapproprie les concepts du modernisme. La très belle installation de Severine Hubard traite à la fois de l’espace, de l’architecture et de l’urbanisme dans un langage plastique qui rappelle les premières œuvres abstraites de Lissitzky ou de Tatline. Eva Berendes puise joliment dans les références au Bauhaus et au suprématisme pour livrer un immense rideau qui tranche l’espace comme une onde aérienne et s’impose par les motifs abstraits noirs recouvrant la toile. Quant aux incontournables truismes de Jenny Holzer, ils ressassent des vérités, remettant ainsi en question un certain discours contestataire mais systématique, tout en interrogeant les conventions d’accrochage de la galerie d’art… Autant de propos artistiques indépendants d’un genre qui questionnent une époque charnière de l’Histoire de l’art, dont l’une des théories fut celle du regardeur participatif. En l’occurrence, l’œuvre d’art est asexuée, ce qui n’est pas le cas de celui qui la reçoit. A chacun d’en donner son interprétation.

Céline Ghisleri

Les formes féminines : jusqu’au 9/05 à la galerie de la Friche (41 rue Jobin, 3e).
Rens. 04 95 04 96 11 / www.trianglefrance.org

[21 avr 2009] Marika – Peintures, bronzes et sortilèges… à Andiamo

Notre sorcière bien-aimée

Habituée à disséquer les expos des autres pour notre journal, Marika s’expose à son tour aux critiques du public en dévoilant une partie de sa production à la galerie Andiamo. Une exposition où les différentes pièces se nourrissent les unes des autres, suscitant notre curiosité.

expo-Marika.jpgLorsque l’on rentre dans l’espace de la galerie et que l’on jette un rapide coup d’œil aux créations proposées, une référence nous vient immédiatement à l’esprit : le cabinet de curiosités. Ancêtre du musée, ledit cabinet était un lieu étonnant où la collection d’objets les plus bizarres (représentant les règnes animal, végétal et minéral, en plus de réalisations humaines) révélaient un intérêt pour l’accidentel, les forces de la nature qui nous dépassent et les croyances populaires de l’époque. Réactivant ici certains de ces « principes » avec humour et ironie, tout en manifestant un penchant pour les croyances populaires qui forment l’univers de la sorcellerie, les créations de Marika nous emmènent là où l’on ne s’y attend pas. On découvre ainsi un bestiaire pictural auquel elle donne chair par un mélange secret d’ingrédients minéraux et végétaux, des fioles de verre renfermant des spécimens en bronze, des retables d’un nouveau genre où des petits personnages jouent des saynètes incongrues, une boîte en bois que l’on est invité à ouvrir pour ensuite en découvrir le contenu à la loupe… Et si, justement, on regarde tous ces objets d’un peu plus près, on constate qu’une partie tente de détourner et de subvertir les codes et les croyances liées à la sorcellerie, tandis qu’une autre partie semble davantage liée à la création d’un nouveau champ lexical de cette dernière. Cet aspect-là est renforcé par la présence d’« anti-comptines » qui réveillent aussi bien nos peurs d’enfants que notre imaginaire hanté par des forces naturelles et spirituelles inexplicables, tout en nous invitant à donner suite aux bribes de récits initiées par les multiples objets. Et si ces créations faisaient partie d’une cérémonie d’initiation, d’un rituel propitiatoire, d’un acte de divination ou encore d’une pratique thérapeutique et cathartique ? Ici, on l’aura compris, la curiosité raconte, se raconte et nous raconte…

Elodie Guida

Marika – Peintures, bronzes et sortilèges… : jusqu’au 12/05 à Andiamo (30 cours Joseph Thierry, 1er). Rens. 04 91 95 80 88

[21 avr 2009] Oncle Vania présenté au Théâtre du Gymnase du 8 au 16/04

Oncle incarné

Dans l’immense maison d’oncle Vania, les destins des personnages s’entrecroisent sans jamais vraiment trouver le public…

Oncle-vania-%C2%A9-Christian-Gan.jpgUne famille russe à la campagne, un professeur émérite, égoïste et vaniteux, incapable de sentiments envers sa propre fille, sa jeune et belle épouse semant trouble et zizanie chez l’oncle Vania et le médecin de campagne, la fille secrètement amoureuse du docteur sans espoir de réciprocité… Une histoire de domaine familial à gager, la femme du professeur mariée par amour ou par intérêt, prête à craquer pour le médecin, les désillusions des uns et des autres, les conventions qui cèdent, la famille disloquée, les affres de la solitude, les angoisses de la vieillesse, l’amour malmené, des bonheurs possibles qui s’entrecroisent sans jamais se trouver…
Il y avait là de quoi faire une pièce explosive, intense, où les êtres se déchirent, où les sentiments puissants vous emmènent vers des émotions bouleversantes, où le désespoir des personnages vous contamine quelques instants. Ce n’est pas vraiment le cas. On n’est pas très troublé par les crises et la souffrance de l’oncle Vania ni vraiment choqué par l’apathie du professeur, à peine émus par la tristesse contenue et raisonnée de sa fille, pas retourné par la beauté froide d’Elena, mais sensible à la justesse de son jeu, et admiratif devant l’aisance naturelle de Torreton.
Finalement, de la tragi-comédie, on retient le côté drôle : les facéties de l’ami Téléguine, la bonhomie apaisante de la nounou, le côté caustique d’oncle Vania et les tirades cyniques du médecin… A sa manière, chacun est malheureux, qui d’être seul, qui de vieillir, d’attendre de vieillir encore, qui de guetter la mort. Mais chacun semble accepter fatalement son sort, résigné comme un condamné qu’on conduit sur le billot. On a du mal à compatir. Tchekhov a quelques rides mais son propos est contemporain. Dommage que la mise en scène ne l’ait pas propulsé en 2009.

Texte : Yves Bouyx
Photo : Christian Ganet

Oncle Vania était présenté au Théâtre du Gymnase du 8 au 16/04

[21 avr 2009] Obludarium présenté du 10 au 18/04 au Théâtre des Salins (Martigues)

Tchéquie boum !

Dans une ambiance tout droit sortie du Freaks de Ted Browning, les frères Forman proposent une plongée interactive dans l’univers du cirque. Où l’on redécouvre que le freak, c’est chic.

Oblidarium.jpgCertains en parleront comme d’un Walt Disney à la sauce tchèque, d’autres évoqueront un renouveau du cirque de foire des années 30’s — ces fameuses caves aux monstres dans lesquelles le public venait se presser, à la recherche de sensations fortes. Et le public n’a pas vraiment changé, tandis que le cirque des frères Forman assume complètement la supercherie, qui reste parfois très troublante : en témoignent la femme singe stripteaseuse, la sirène morte en plein show ou le cheval de bois aux dimensions peu communes monté par une écuyère au tempérament de feu.
Dans une espèce d’urgence des derniers préparatifs, nous entrons par petits groupes dans la taverne des Forman’s Brother and co, accueillis par le forgeron le plus grand et le plus fort du monde — en réalité un bourreau à l’âme de midinette — et par des automates humains aux visages de cire. Quant aux spectateurs, ils ne sont pas là pour chômer ! A peine installée, je me vois confier l’éclairage d’une partie de la salle tandis que deux de mes confrères d’infortune pédalent à en perdre haleine pour activer la musique de l’orchestre de musiciens bien réels et la lumière du plateau, le tout dans une musique évocatrice d’un miracle à venir. Et ça marche ! Même sous le couvert d’un cirque traditionnel parfois grotesque et disciplinaire, on se laisse vite séduire par la beauté des monstres et l’humour des numéros.

Coline Trouvé

Obludarium
était présenté du 10 au 18/04 au Théâtre des Salins (Martigues)

[21 avr 2009] Les Rencontres //02 présentées du 14 au 21/04 dans divers lieux de la ville

Tous les hommes s’appellent Dusty

Le festival des Rencontres parallèles vient de clore sa deuxième édition. De la danse au théâtre, du jazz à la performance, la pluralité de ce festival place les auteurs dans des configurations singulières et rend le jeu des comparaisons obsolète.

rencontres-paralleles2.jpgUn moment de grâce et de légèreté avec la présence d’Inès Jacques et Eduardo Raon. Elle se tient debout dans une robe plissée de soie pourpre, les cheveux dessinés dans le souvenir d’une autre époque ; elle entame une conversation dans l’intimité d’un accent qui offre au français une suavité sans égal. Elle invite son partenaire à prononcer quelques mots, mais dans la blancheur de son costume de lin, il préfère choisir le silence et la pose de l’artiste, nous renvoyant aux attitudes d’Errol Flynn. Inès Jacques et Eduardo Raon jouent le rôle du duo qui se connaît depuis trop longtemps et transforment la scène en un intérieur proche de la chambre à coucher, là où se disent les choses les plus secrètes. Par sa voix haut perchée, elle habite l’espace dans une infinie douceur et une sensualité à nous renverser. Par son mutisme et son doigté, il ressuscite la modernité de la harpe dans des élans proches du cinéma. Entre la reprise et la composition, entre le one man show et la pose, Elle n’est pas française, il n’est pas espagnol (Ela nao e francesa ele nao e espanhol en V.O.) nous touche à la manière d’une première fois. Une envie de monter sur scène et de les embrasser dans la discrétion d’une confession.
Dans un tout autre registre, le texte de Charles-Eric Petit, La chambre de Sue Ellen (voir photo), nous emmène de l’autre côté du mur, à la rencontre d’une femme sans âge, là où le corps porte la jeunesse d’une silhouette et la voix d’une identité marquée. Par le prisme de l’alcool, les mots courent sur un phrasé mélancolique et interrogent les angoisses d’une femme sur la question de l’homme. Elle semble se délecter de ces instants où, seule dans l’intimité de son intérieur, elle s’autorise à divaguer sur tous les possibles. Elle étire le temps du confort et de la chaleur d’un peignoir pour mieux comprendre ce qui ne va plus, ce qui serait possible et ce qui n’a jamais existé. La complexité de l’âme se perd et se retrouve dans un même instant, dans le jeu de la divagation, seule à l’écart de tout jugement. En plaçant le spectateur de l’autre côté d’une baie vitrée où l’acoustique lui est restituée par un casque, la compagnie L’Individu transforme ce que l’on ne peut atteindre en une vision de l’ordre du rêve, un rapport voyeuriste où l’homme regarde, depuis le jardin, cette femme qu’il a longtemps désirée.

Karim Grandi-Baupain

Les Rencontres //02 étaient présentées du 14 au 21/04 dans divers lieux de la ville.

[21 avr 2009] Nevchehirlian, Monde nouveau monde ancien

Nevchehirlian, nouvel élan

Après huit ans passés à porter haut les couleurs du slam à Marseille, notamment avec Vibrion, Fred Nevchehirlian s’est lancé dans un autre projet, fait d’une seule voix et pourvu d’une dimension rock. L’album s’apprête à sortir : bienvenue dans son Monde nouveau monde ancien.

NEVCHEHIRLIAN.jpg« Pouvoir disparaître derrière les mots. Et les mots, derrière la musique. » Si Fred Nevchehirlian vient du slam, une discipline pour laquelle il s’est beaucoup battu et qu’il a longtemps revendiquée, le chanteur de Vibrion ne veut plus, aujourd’hui, « sursignifier, dire “regardez, c’est de la poésie”… Je ne veux pas en porter le drapeau. » Mais plutôt faire confiance aux auditeurs, en les mettant face à leurs responsabilités — « C’est en ça que le disque est politique. » Quel disque ? Son premier en solo. Ce Monde nouveau monde ancien, album rock avant tout. Comment raconter ça ? Les instants magiques ? Cendre et poussière, pliée dès la première prise ? Les textes offerts qui tombent pile poil sur la musique (Ronan Chéneau lui a écrit Tout) ? Et donc, la spontanéité, la générosité des intervenants : le batteur Gildas Etevenard « exigeant » de jouer sur Tout, Serge Teyssot-Gay (Noir Désir) refusant d’être payé, Jean Lamoot qui décide de mixer l’album alors que c’est son assistant qui devait s’y mettre, Marcel Kanche qui lui offre une chanson (L’homme troué) alors qu’elle était destinée à Mathieu Chédid et qui lui fait savoir qu’il en apprécie l’adaptation (alors que l’auteur de Vertiges des lenteurs est réputé pour son exigence)… Seul accroc, le label Cinq 7 qui se rétracte, alors que les discussions avançaient — son directeur a décidé que ça ne se vendrait pas. Peu importe : l’aventure ne pouvait pas s’arrêter, tout cela était tellement porté… Et si Le stade et son texte particulièrement retors ouvre le disque, « histoire de savoir où l’on est », le reste se veut rock, tout simplement. Son auteur ayant en tête de « ne négliger ni les textes, ni la musique, mais faire en sorte que l’auditeur fasse son chemin dedans. Je veux qu’on s’autorise à se laisser emporter par la musique, à y zapper les textes et puis, parfois, au détour d’un mot, d’une phrase, y revenir… » Pour ça, il n’y a qu’une façon de faire : prendre le temps. « Bleu pétrole, par exemple, au début, j’ai pas accroché. Et puis quand je me suis rendu compte que je l’écoutais tous les matins depuis deux mois… » Mais n’y voyez là aucune prétention, juste un hommage, une inspiration : « Bashung, ça été un phare, celui qui te rend meilleur, qui t’oblige à te tenir droit, qui t’interdit de tomber dans la facilité ». Prendre le temps ? Pour Monde Nouveau monde ancien, ça commence le 12 mai…

Reno Vatain

Dans les bacs le 12/05: Monde nouveau monde ancien (Underdog Records/Rue Stendhal)
Le 24/04 avec Sandra N’Kaké, Peter Digital Orchestra, No Bleu… au Cabaret Aléatoire. Rens. 04 91 33 06 54
Le 25/05 en ouverture de Coco Rosie au Théâtre du Gymnase. Rens. 04 91 33 06 54

[21 avr 2009] Festival B-Side 2009 à Marseille et Aix-en-Provence

Yes B-Side

Pour sa troisième édition, le festival organisé par l’association In The Garage va fouiller du côté de la cause « indie » américaine : un panorama excitant des dernières tendances.

B-Side.gifTout est dans l’intitulé. B-Side : la face B, la face « bonus » du disque, celle qui n’est pas une priorité pour tout le monde — seulement pour ceux qui savent. Si les leaders sont chiants, c’est parce qu’ils s’emmerdent : une fois arrivés au sommet, ils n’ont plus rien d’autre à attendre que la dégringolade. Les challengers, eux, tapis dans l’ombre que leur font logiquement les premiers, ont tout loisir de se mouvoir dans cet espace qui ne prend pas (pour l’heure) la lumière, et mille et une manières d’appréhender ce but qu’ils ont encore à atteindre. La facilité ? C’est de se fondre dans l’air du temps. Il est plus périlleux de suivre son instinct : ça ne paie jamais tout de suite, et pire encore, on est toujours seuls dans cette entreprise. Etre différent n’est pas quelque chose que l’on calcule mais que l’on doit s’efforcer de cultiver le cas échéant : si l’on capitule, c’est toujours ça de perdu. L’histoire montre, aussi, que rien de grand ne s’est fait sans brassages, sans confrontations. Evoluer, c’est prendre le risque de se casser la gueule, et ce n’est pas donné à tout le monde. Parce qu’il faut bien parler musique, puisque la musique est le seul art qui transcende tous les autres, les Américains s’en tirent pas mal de ce côté-là en ce moment. Après le rock’n’roll dans les années 50, la culture pop dans les années 60, le séminal courant no-wave à la croisée des années 70 et 80 — dont on retrouve des fragments épars de sa non-méthodologie chez nombre de formations actuelles (et pas seulement new-yorkaises) —, voici que l’underground US trouve enfin un second souffle. Ces groupes sont en train de pulvériser toutes les étiquettes en vigueur : ils ne s’embarrassent plus d’être affiliés à un mouvement, puisent dans l’électronique, le psychédélisme ou le folklore ethnique, tapent dans le multimédia, associent la mélodie à l’expérimentation, la transe à la béatitude, élaborent une musique aussi intransigeante que multicolore, et donc recommandée à tous. Leur influence se fait de plus en plus sentir sur la scène internationale, franchit les océans. Bientôt, on ne pourra plus ignorer qu’il existe une alternative, un futur envisageable, un élan parti de la plus puissante nation du monde – mais pas pour autant de ses messagers les plus puissants. A part ça, vous devriez vous attendre à un bon festival.

PLX

B-Side, du 30 avril au 31 mai à Marseille et Aix-en-Provence.
Icy Demons + Experimental Dental School + Oh Tiger Moutain le 30 à l’Embobineuse, 21h30.
www.inthegarage.org

[21 avr 2009] Short Cuts 241

Alice Russell > le 22 au Cabaret Aléatoire
Aux dernières nouvelles, à se faire dorer la pilule sous le soleil des Caraïbes, Amy Winehouse irait mieux. Pour les chanteuses anglaises de soul, la tendance serait donc aux shiny happy people plus qu’à la darkitude : ça tombe bien, Alice Russell rayonne de mille feux. Basée à Brighton, l’égérie du Quantic Soul Orchestra vole désormais de ses propres ailes, et n’a rien à envier à sa consœur – bien que le succès de cette dernière lui ait balisé le terrain. Du solide.
Pot of gold (Little Poppet/Differ-Ant) www.alicerussell.com

Marcel Kanche > le 23 à la Meson
Peu d’entre vous le connaissent. Bien sûr, il y a la façade : Qui de nous deux ou Divine idylle, c’est lui. Mais derrière ces travaux de commande, il y a l’œuvre : trois décennies de musique, à la lisière du rock et de la chanson, qui semblent culminer sur le sublime Dog songe sorti l’an passé. Un disque minimaliste, fort comme un arbre, évoquant le Bashung « dernière période » (ils étaient proches). Grand monsieur, et introduction rêvée pour le festival Gravitations.
Dog songe (Irfan) www.marcelkanche.com

Electronicat > le 24 à l’Embobineuse
Vous aimez Suicide ? Voici sans doute son plus digne héritier, et il est… français. Car si les clones du légendaire tandem new-yorkais se sont multiplié ces dix dernières années, par le double effet du « retour du rock » et de la démocratisation du home-studio, personne n’a incarné avec autant de justesse l’esprit même du rock’n’roll avec pour seules guitares… des machines. La musique de Fred Bigot est sale, noisy, c’est de l’électricité statique mise en sons. Unique.
Binary/Ternary (Holy Mountain) www.electronicat.com

John & Jehn > le 24 à l’Oméga Live (Toulon)
C’est un duo exquis que voici : deux Français qui vivent à fond leur love story à Londres, une histoire aussi charnelle que musicale puisqu’elle accouche aujourd’hui d’un long format précieux et référencé. Nourri de fragments épars de new-wave (The Fall) et de mythologie new-yorkaise (le Velvet, Suicide…), celui-ci pousse le concept assez loin en proposant deux disques, l’un pour elle, l’autre pour lui. La magie opère, ils sont beaux, ténébreux, parfaits à la scène.
John & Jehn (Faculty Music Media/Discograph) www.myspace.com/johnjehn

Dig Up Elvis > le 25 au Poste à Galène
On voit déjà le tableau : des minettes vont se pointer au concert pour toucher du doigt leur idole, dont elles ont déjà eu l’autographe lors d’un récent concert au Dock. Ça va piailler dès qu’il touchera son ukulélé, suinter de la raie quand il va faire sa Castafiore. C’est dommage, car on ne voit pas qui d’autre, malheureusement, assistera au concert de ce groupe indie-rock pétri de bonnes influences, mais piloté par une jeune star qui cherche en vain son public…
www.myspace.com/digupelvis

Coco Rosie > le 25 au Théâtre du Gymnase
Troisième passage à Marseille pour les sœurs Cassidy. La première fois, c’était au Poste à Galène, dont la jauge intimiste accoucha d’un concert magique. La deuxième, c’était au Cabaret Aléatoire, dont l’acoustique, qui l’est tout autant, ne rendit pas justice à leur univers fait de bric et de broc. De ce côté-là, le Gymnase devrait être un écrin idéal pour les envolées lyrico-baba de Coco Rosie, deux filles qui, rappelons-le, transpirent le talent par tous les pores.
The adventures of Ghosthorse and Stillborn (Touch & Go) www.cocorosieland.com

Bonnie Prince Billy > le 26 au Poste à Galène
De Palace Brothers à Bonnie Prince Billy, cela fait déjà vingt ans que Will Oldham creuse le sillon fertile d’une « americana » dont il est devenu le plus célèbre artisan. Du magistral dépouillement folk de son chef-d’œuvre, I see a darkness, au classicisme countrysant de son dernier disque, le prolifique songwriter alterne le bon et le moins bon, gagnant progressivement sur le menton ce qu’il perd sur le crâne. On appelle ça la théorie des vases communicants.
Beware (Domino) www.myspace.com/princebonniebilly

Lenny Kravitz > le 26 au Dôme
Nous sommes bien d’accord : depuis à peu près quinze ans, Lenny Kravitz est un guignol. Une caricature de son propre personnage, construit sur les grands mythes du rock et de la musique noire (Hendrix, Lennon, Wonder, Marley). Mais voilà : au début de sa carrière, Kravitz a sorti deux grands disques, dont le premier, chef-d’œuvre à la patine vintage, fait aujourd’hui l’objet de cette « tournée des vingt ans ». On croise les doigts pour qu’il soit à la hauteur du truc.
Let love rule (réédition chez EMI) www.lennykravitz.com

Experimental Dental School > le 30 à l’Embobineuse
L’ouverture du festival B-Side (voir ci-dessus) : un groupe qui colle tout à fait à l’esprit de l’Embob’, associant esthétique lo-fi, refus du formatage et dérapages à tous les étages. Duo basé à Portland, Experimental Dental School rappelle à plus d’un titre ses camarades de Deerhoof : un rock minimaliste piloté entre autres par une Japonaise, mais ici envisagé sous un angle instrumental et dadaïste. A ses côtés, un autre groupe de folie : Icy Demons (voir p. 15).
Jane Doe loves me (Cochon Records) www.experimentaldental.com

No Neck Blues Band > le 2 à Montévidéo
Trois ans après son dernier passage, le GRIM réinvite ce collectif new-yorkais qualifié par Sonic Youth de « meilleur groupe de l’histoire de l’univers ». Voilà qui devrait suffire à rameuter les troupes, mais, puisqu’il faut bien étayer cette brillante analyse, rajoutons que le No Neck Blues Band trace une voie cosmique entre free-jazz et psyché-folk, tout du long d’improvisations planantes. Parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir, prenez quand même de la drogue.
Clomeim (Locust Music) www.myspace.com/nnck

PLX

[21 avr 2009] Ponyo sur la falaise - Animation (Japon – 1h41) d’Hayao Miyazaki

La vie aquatique

cine-Ponyo-sur-la-falaise.jpgAprès une tentative ratée de passer le relais à son fils (Les Contes de Terremer), Miyazaki revient aux affaires et ça se voit. Non pas que Ponyo sur la falaise soit un chef d’œuvre absolu (il ne souffre pas la comparaison avec Chihiro ou Le Château ambulant), mais ce joli conte opère un retour aux fondamentaux qui ont fait la réputation de son créateur et des Studios Ghibli. Résultat : on remarque d’emblée, très clairement, le soin (ré)apporté tant au scénario, à l’imagination — quasi magique par moments — qu’à l’animation. Et même si cette dernière reste ancrée dans un style proche de celui employé dans les années 80 au Japon, elle procure, par sa simplicité et sa chaleur, une réelle et belle ivresse des sens. En effet, le souci de l’harmonie et du mouvement occupant de nouveau une place prépondérante, chaque premier plan mobile entraîne un arrière-plan mouvant. Les personnages déambulent donc dans un environnement construit d’une multitude de petits détails (oiseaux, vent dans les arbres, vagues…), qui renforcent à chaque instant l’émerveillement né de ce spectacle. Les couleurs, elles aussi, donnent de l’âme à ce Ponyo, lui conférant une atmosphère cotonneuse et rassurante, et nous ramenant, le temps d’un instant, à notre enfance. Sans oublier ses préoccupations écologiques, Miyazaki signe ici un film tout en ruptures. En roue libre, le réalisateur ne se contente pas d’une narration linéaire, par trop commune, alternant entre fantastique, réalisme et onirisme avec une rare fluidité. De fait, Ponyo n’a pas d’équivalent ni chez Ghibli ni ailleurs. Et l’on ne peut que s’en réjouir.

Lionel Vicari

[21 avr 2009] Dans la brume électrique - (USA/France - 1h57) de Bertrand Tavernier avec Tommy Lee Jones, John Goodman…

L’essai passé

cine-dans-la-brume-electriq.jpgA ceux qui étaient tentés de faire du dernier film de Tavernier une sorte de chef-d’œuvre maudit, fruit d’une lutte acharnée entre le « gentil » artisan français et la monstrueuse machine hollywoodienne, Dans la brume électrique offre une réponse presque aussi frustrante que prévisible. Il faut dire que l’œuvre du Lyonnais, oscillant entre relents de cinéma « qualité française » poussiéreux (Le juge et l’assassin), déterminisme social franchement appuyé (L’appât) et tentative presque réussie de film de genre politique et énergique (L.627), ne s’est jamais hissée au niveau auquel elle pouvait légitimement prétendre. La première bobine de Dans la brume électrique semble enfin nous faire mentir, surprenant par son sens précis des « à côtés » de la fiction et un plaisir à décrire la géographie américaine, la mythologie inscrite en elle. On se dit alors furtivement que l’odeur du bayou a transformé Tavernier en un Tourneur, version cajun. Las, il faut juste une demi-heure à l’auteur de Laissez-passer pour retomber dans ses travers (psychologie bavarde, récit sur-écrit) et, progressivement, passer à côté de son film. Hanté par le passé (un crime raciste, un ami mafieux…), Dave Robicheaux finit par voir de vrais fantômes. Et si Tavernier se contrefout de son intrigue policière, il n’opte jamais pour l’autre piste, laissant de côté ce film d’ambiance sombre et humide qu’on aurait aimé voir. Le cul entre deux chaises, Dans la brume électrique est donc ennuyeux au possible, éclairé ça et là par d’étranges percées sépulcrales. C’est bien peu pour du cinéma, mais suffisant pour prouver que Tavernier est bien meilleur en passeur cinéphile (lire son 50 ans de cinéma américain) qu’en cinéaste fumeux.

CR

[21 avr 2009] OSS 117 : Rio ne répond plus - (France – 1h40) de Michel Hazanivicius avec Jean Dujardin, Louise Monot…

Si tu vas à Rio, n’oublie pas ton scénario…

cine-OSS-117.jpgComme le claironne la très alléchante bande-annonce, si le monde a bien changé depuis sa mission au Caire douze ans plus tôt, l’agent (très) spécial Hubert Bonisseur de la Bath, lui, n’a pas bronché. Au contraire, à l’aube de la révolution soixante-huitarde, l’espion réac au sourcil en accent circonflexe apparaît plus dépassé que jamais. Incroyablement suffisant, inculte, macho, raciste et désormais antisémite (« Ah quelle histoire, ça aussi ! » assène-t-il à propos du génocide à des agents du Mossad consternés par son ignorance), il représente cette France colonialiste et paternaliste incapable de s’adapter aux changements du monde.
Le voilà donc propulsé à Rio pour récupérer un microfilm détenu par un ancien SS et contenant la liste de collaborateurs français pendant l’Occupation. Il doit pour cela faire équipe avec une charmante espionne israélienne (incarnée par l’insipide Louise Monot, à qui l’on conseille de passer en stéréo), qui va faire les frais de sa légendaire misogynie et de son incompétence crasse.
Là où l’univers en Technicolor proposé par Michel Hazanavicius (La classe américaine) servait habilement le propos de Jean-François Halin (ex-Guignols) dans le premier opus, la réalisation privilégie ici l’aspect cosmétique (décors, costumes, effets de manche exploités jusqu’à l’excès…) au détriment des personnages secondaires, sans reliefs, et du comique de situation. Hormis quelques running gags (les apparitions vengeresses de Chinois) et saillies politiquement incorrectes, le spectateur n’a plus grand chose à se mettre sous les zygomatiques. Intrigue prétexte, manque de rythme et autres courses-poursuites (inter)minables n’en finissent plus d’alourdir cette séquelle. Il y avait pourtant matière à se gondoler : d’une scène de partouze sous LSD sur la plage à peine esquissée à une poursuite en déambulateur mal troussée, en passant par une scène de catch pénible, les ressorts comiques du scénario souffrent de ne pas être plus développés ou mieux exploités. On aurait aimé voir ce film barré que la bande-annonce et le premier volume promettaient, un maelström délirant où les embardées narratives seraient poussées à leur paroxysme — jusqu’au grand n’importe quoi. Ne voulant pas brûler ce que nous avons aimé, gageons cependant qu’OSS reprendra des couleurs dans son troisième volet, en Afrique.

CC/HS

[21 avr 2009] La Scène Numérique

Numérique par nature

Après plusieurs années de pérégrination, le collectif Biomix et l’association Terre Active — à l’initiative des festivals Arborescence et Territoires électroniques — ont donné naissance à Seconde Nature, qui dédie son activité aux arts numériques et aux musiques électroniques, sur une Scène Numérique toute neuve.

Scene-Numerique.jpgLa jeune association, qui réunit quand même dix années d’expérience dans les champs d’investigation des nouvelles technologies au service des arts visuels et sonores, a enfin son lieu à Aix-en-Provence. Selon Patricia Lepotti, qui a particulièrement soutenu le projet au sein de la Ville d’Aix, il s’agit d’« un pari sur l’avenir, sur l’intelligence », « sur la culture de demain pour parler de la culture d’aujourd’hui », renchérit l’élue à la culture Sophie Joissains : les institutions ne manquent pas de mots pour célébrer l’avènement d’un projet novateur dans le paysage culturel austère et classique du territoire aixois.
Désireuse de redonner un sens au terme d’écologie — à savoir la manière dont on se développe dans un milieu — et en l’articulant avec notre environnement technologique, Seconde Nature revendique une éthique, celle de s’approprier l’outil technologique pour la reconquête d’un espace critique. Pour Pierre-Emmanuel Reviron, qui dirige le projet, il ne s’agit pas de renverser les valeurs, mais plutôt de redonner la priorité à l’homme et à son environnement, surtout à l’âge des technologies et de l’information.
Alors, concrètement, qu’est-ce que la Scène Numérique ? L’appellation est provocatrice dans sa contradiction, qui associe la réalité par l’évocation du plateau et le virtuel via le terme « numérique ». La programmation du lieu se veut hétéroclite : expositions, performances et musiques électroniques sont regroupées en plusieurs cycles — élaborés au gré des envies de l’association, de ses questionnements et des artistes qui l’entourent. Ainsi, après avoir démarré son activité sur le thème « Récréations » autour du Game Art, le lieu fait actuellement la part belle à l’« Art sonore » (voir ci-dessous), avant de se consacrer aux « Métamorphoses ». Il s’agit d’accueillir aussi bien des artistes locaux en devenir (programmés à la prochaine Biennale des Jeunes Créateurs d’Europe en Méditerranée) que des grands noms de la scène électronique européenne.
Dans cet espace ouvert construit tout en longueur sous des voûtes blanches ne distinguant pas le lieu d’exposition de l’espace de ressources documentaires, on trouvera de quoi nourrir aussi bien son corps (produits « bio ») que son esprit (revues spécialisées, CD, DVD…). Au centre de la salle, le comptoir assure la continuité entre les espaces de réflexion, d’exposition, de discussion et de convivialité. Car cette Scène Numérique est avant tout celle d’un espace d’expression d’identités artistiques profondément contemporaines, redonnant ses lettres de noblesse aux termes de communauté et de partage. En effet, si les arts numériques s’inscrivent évidemment dans la création d’un lien, ils ne se limitent pas à une mise en réseau artificielle, préférant le questionner, le mettre à l’épreuve.
Ainsi, la Scène Numérique apparaît comme une initiative artistique et citoyenne sincère, dynamisant le paysage culturel et festif aixois par une grande mobilité des pratiques artistiques, en prise avec les interrogations de notre époque en mutation.

Joanna Selvidès

La Scène Numérique, Espace Sextius, 27 bis rue du 11 novembre, Aix-en-Provence.
Rens. http://secondenature.org/


L’EXPO

Space oddity

Avec leur projet Immunsystem v3, la plasticienne Lynn Pook et le sculpteur sonore Julien Clauss s’attaquent à l’éthique technologique et au rapport entre sciences et techniques.

ImmunsystemV3.jpgDans un environnement sonore sans tempo, nous berçant de bips minimaux, nous plongeons insidieusement dans le monde prénatal, dans un espace-temps « encore non avenu », qui devient flottant — ou plutôt qui nous fait flotter. Quatre pièces sont réparties de façon homogène et équilibrée dans une scénographie minimaliste mais douce, dans l’étrangeté d’un éclairage au néon sans agressivité.
Des combinaisons appelées Immun Protection Kit, toutes cousues de couvertures de survie assemblées, nous évoquent un futur qui n’est pas sans rappeler celui de Philip K. Dick. Le fantastique s’immisce alors via une vieille machine à coudre vintage qui montre un long assemblage de ces tissus métallisés, en introduisant un élément de réalité historique, une « archéologie du futur ».
Avec Aptium, qui ouvre l’itinéraire de la visite, on éprouve sans doute l’expérience majeure de l’exposition. Dans cette installation audio-tactile, le visiteur s’allo(u)nge dans un hamac où on le recouvre de capteurs sensoriels, privé de vue et d’audition externe. Après l’étrange sensation, entre quiétude et inquiétude, provoquée par cette « camisole » de laboratoire (non sans rappeler le trouble de La Jetée de Chris Marker), le sujet voit son corps devenir le lieu de sons qui le parcourent et qui le touchent, en créant une autre cartographie de son corps. En huit minutes, au gré de minuscules percussions qui se transforment en vibrations puis en ondes, l’auditeur devient le terrain d’une organicité qui n’est pas la sienne, et qui lui est doucement imposée.
Si les œuvres ne sont pas d’un impact bouleversant, elles tissent précisément un cocon protecteur autour de nos inquiétudes. On pense au nucléaire, à la catastrophe qui pourrait arriver. A la fragmentation du temps par la fragmentation de nos propres corps. A notre humanité en devenir. Comme après un désastre, comme après un Ravage barjavélien.

Joanna Selvidès

Immunsystem v3 : jusqu’au 25/04, du mardi au samedi de 14h à 19h.


A suivre…

seconde-nature-YACHT.jpgLe joli mois de mai sera musical sur la Scène Numérique. Il se célébrera d’abord en rêves, le 1er mai avec lu&nl, issue de la pépinière d’artistes made in Seconde Nature, qui présentera Le Rêvoir, un projet participatif — l’artiste nous invite sur son site web à lui raconter nos rêves, ultérieurement restitués dans une installation multimédia qui servira d’antichambre aux sets oniriques de Patrice Tassy aka Occult69.
Beaucoup moins rêveur, mais très prometteur, le festival B-Side (voir musique), proposé par les très actives Girlz in the Garage, enchantera notre printemps le 7 mai via les Américains Yacht (Young Americans Challenging High Technology), compagnons d’aventures de LCD Sound System, accompagnés pour l’occasion des locaux Newfoundland et Fred Berthet.
A l’approche du festival, Seconde Nature se la jouera géopolitique en invitant le 9 mai, dans le cadre de la Journée de l’Europe, l’excitant Sarah Goldfarb et son complice allemand Jin Choi, avant de nous emmener faire un petit tour oriental du côté des Libanais LUmi le 16 mai. Pourquoi pas, avant de se laisser emporter dans l’excellent tourbillon du festival ?

Joanna Selvidès

[21 avr 2009] Brèves 241

Découvrir les lieux culturels et leur programmation autrement, voilà ce que proposent les médiateurs de l’association En Italique via leur programme Intermèdes. Né de la volonté d’amener les publics à appréhender différemment l’art, et particulièrement l’art contemporain, ce programme fait découvrir plusieurs programmations et chemine des collections ou des lieux patrimoniaux à la création contemporaine. Pour sa quatrième édition, lors des mois d’avril et mai, Intermèdes met l’accent sur le quartier du Panier à Marseille et établit des liens entre différents lieux d’exposition, notamment entre le FRAC (avec les sculptures de Pierre Malphettes et bientôt les œuvres de la créatrice Fred Sathal) et le Centre de la Vieille Charité, où se tient actuellement l’exposition consacrée à Bernard Buffet.
Rens. www.enitalique.fr

La huitième édition du Festival Reflets, « des films d’aujourd’hui pour penser demain », prévue pour mai 2009, est annulée. Depuis 2002, la manifestation a été accueillie au cinéma marseillais Les Variétés, présentant des œuvres venues du monde entier, « portant sur les questions de genres et d’identité, hors de toute caricature ou cliché, justes, ouvertes, réalistes et porteuses de thèmes qui touchent aux mouvements mêmes de la société. » Mais aujourd’hui le « désengagement de l’Etat, de la Ville de Marseille, les difficultés de trésorerie (…) » ne permettent pas de réitérer l’expérience. On le déplore.

Jusqu’à la fin du mois, on se met au(x) parfum(s) avec Ben & Jerry’s ! Pour ce faire, on se connecte sur le site et on imagine une glace originale élaborée à partir d’ingrédients issus du commerce équitable ou de l’agriculture durable. Les résultats du concours seront révélés le 16 juin et le finaliste français s’envolera à Saint-Domingue avec ses alter ego internationaux pour créer sa recette. L’heureux élu verra son parfum estampillé nouveauté mondiale 2010 et aura son portrait sur son pack, entre Ben et Jerry. Le pot en vaut la chandelle ! A vos souris…
Rens.www.mettezvousauxparfums.com

Pour le premier film d’Ariane Ascaride, Ceux qui aiment la France, qui se tournera à Marseille en juillet 2009, Caminando productions recherche des enfants. Pour le rôle principal : Amina (tranche d’âge de dix à douze ans), une jolie petite Algérienne aux cheveux bouclés, intelligente, sensible, têtue et déterminée. Pour les rôles secondaires : Mourad (de douze ou treize ans), un dur au cœur tendre avec l’accent des banlieues ; Nassim (de neuf à dix ans), le petit frère d’Amina, coquin à l’œil rieur ; Jalal (de six à sept ans), le petit frère d’Amina ; et Marie (de dix à douze ans), une jolie blonde aux yeux bleus, la meilleure amie d’Amina. Envoyez des photos récentes et vos coordonnées par mail à : dvcasting@gmail.com ou par courrier à Caminando Productions, à l’attention de Dani, 36, bld de Maillane, 13008 Marseille.

[21 avr 2009] Edito 241

Dans notre précédent numéro, nous exposions les travers politiques et pratiques du projet de loi « Création et Internet » sanctionnant le téléchargement de fichiers entre pairs. Coup de théâtre, le lendemain, ladite loi se voyait mise au rebut par une majorité de diables députés sortis des tentures rouge velours de l’Assemblée Nationale. Si la réaction outragée de notre petit président et de ses sbires — Christine « aneffet » Albanel en tête — à l’encontre de la quinzaine de socialistes facétieux nous a doucement fait rigoler, le fin mot de l’histoire n’est pas encore connu. Ejectant de l’ordre du jour du Parlement une proposition de loi de lutte contre l’inceste sur les mineurs — rien, quoi —, l’Hadopi devrait être adoptée le 27 avril prochain par une horde UMP revancharde. Sans revenir pourtant sur les principales critiques des auteurs et des amateurs et, surtout, en contradiction avec un projet de loi européenne qui proscrit toute coupure de l’accès à Internet d’un particulier au nom d’un intérêt privé. Tout citoyen bien informé sait qu’une loi européenne s’impose face à une loi nationale contradictoire. Voire promet des sanctions à un gouvernement récalcitrant. Alors, UMP contre UE, un partout la balle au centre ? Le parti présidentiel n’a honte de rien. Pris en flag de piratage par le groupe américain MGMT pour l’utilisation sans autorisation d’un de leurs morceaux lors de meetings et sur Internet — ça ne s’invente pas —, Xavier Bertrand n’a rien trouvé de mieux que de proposer un euro symbolique de dédommagement. Un euro pour une utilisation libérée des droits d’auteurs ? Les artistes seraient ravis de le gagner s’ils ne devaient céder l’immense partie de leur rémunération aux fournisseurs gourmands. Lisez la réjouissante interview de Gari Greu, membre du Massilia Sound System, à La Provence ((http://www.laprovence.com/articles/2009/03/30/772758-Region-Telechargement-illegal-acheter-un-CD-c-est-devenu-comme-aller-a-la-messe.php)) : « L’argent ? Avec Massilia Sound System, chaque fois qu’on vend un CD, je gagne quinze centimes d’euros, alors quand on en vend 30 000, je vous laisse faire le compte. Mes morceaux je peux les donner, c’est pas avec ça que je mange ! Mais Universal, Carrefour, la Fnac, eux ils mangent avec ça. Nous on se fait baiser, on a dû trouver d’autres choses pour vivre que les ventes de disque. » Aubaine ou aumône, prenons notre parti: téléchargeons !

CC/VL

[14 avr 2009] //Vidéo// Cartoun Sardine Théâtre @ Friche Belle de Mai


Cartoun Sardine Théâtre @ Friche Belle de Mai
envoyé par reseaumarseillais

[08 avr 2009] Empire Of The Sun – Walking on a dream (Virgin)

Galette-empire-of-the-sun.jpgParce qu’ils sont deux, qu’ils versent dans la pop hallucinogène et qu’ils sont habillés comme des épouvantails dans un champ de fraises, Luke Steele (The Sleepy Jackson) et Nick Littlemore (moitié du tandem électro Pnau) sont annoncés comme les MGMT de 2009. Argument vendeur qui n’est pas totalement infondé sur la seconde moitié de leur album, psychédélique à souhait, mais trop réducteur : Empire Of The Sun est avant cela un rêve électro-pop. Qui vous accompagnera tout l’été, fort de quelques hits en puissance (énormes We are the people et Standing on the shore).

PLX

[08 avr 2009] Fredo Viola - The Turn (Because)

Galette-fredo-viola.jpgRomantique et mystique à la fois, la musique de Fredo Viola célèbre, d’une manière sublime et désinvolte, le mariage heureux des dernières technologies électroniques avec le plus ancien des instruments, la voix. Autant le dire simplement : ce disque est un pur chef-d’œuvre de pop symphonique, à ranger avec soin entre les Beach Boys et Rufus Wainwright. Hors du temps, de l’espace, et de toute pesanteur terrestre qui rend les choses caduques et faillibles, nous touchons ici à l’essence musicale première, à cette élévation presque religieuse vers un sonore divin.

nas/im

[08 avr 2009] Bishop Allen - Grrr… (Dead Oceans/Differ-Ant)

Galette-Bishop-Allen.jpgVéritablement cultes de l’autre côté de l’Atlantique, après avoir sorti un Ep par mois tout au long de l’année 2006 — soit 58 pépites pop inédites en un an —, les stakhanovistes new-yorkais de Bishop Allen souffrent encore en Europe d’un relatif anonymat que la pop exotique de leur troisième opus rugissant (de plaisir) devrait circonscrire. Copain de blogs avec les Vampire Weekend et Yeasayer, le duo de Brooklyn a mis du soleil dans ses compos, faisant sonner leur Grrr… comme du Spinto Band qui aurait piqué les instruments de Beirut. Délicieux.

HS

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