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février 2009

[25 fév 2009] Marie D’Hombres D’une Belle à l’Autre. Parcours de vie de migrants à Marseille. Troisième arrondissement, 1900-2008 (éd. P’tits Papiers/Association Récits)

millefeuilles-marie-d-hombr.jpgIssu d’une commande institutionnelle, cet ouvrage va paradoxalement à l’encontre du « tout lisse » voulu par lesdites institutions. Mêlant petites histoires et grands évènements du siècle passé dans les quartiers de la Belle de Mai et de Saint-Mauront, D’une Belle à l’Autre… nous guide à travers les mémoires réelles et fantasmées des activistes de ces quartiers. Constitué d’entretiens sciemment transformés dans un souci de mise en scène volontairement surréaliste, superbement illustré, cet ouvrage est propre à donner des cauchemars aux sociologues et rénovateurs urbains, trop souvent prompts au mépris des gens de peu. Dans ces quartiers prolo où les grands ensembles ont quelque chose de la Tour de Babel et où les noyaux villageois sont les lieux de tous les cancans, il ne fait bon vivre que si l’on en assume les contradictions.
LD

[25 fév 2009] Shaw - Bottomless Belly Button (éd. Ça et Là)

millefeuille-Shaw.jpgUn homme et une femme, âgés d’une soixantaine d’années et mariés depuis quarante ans, réunissent leurs trois enfants pour leur apprendre qu’ils divorcent. La surprise est de taille et les réactions très variées d’un enfant à l’autre. Dash Shaw, jeune auteur d’une vingtaine d’années, signe un album impressionnant par bien des aspects : son ampleur (plus de sept cents pages), l’originalité et la maîtrise de sa construction, son sens aigu de la description d’éléments de toute nature — de la répartition des pièces dans une maison aux différentes formes que peuvent avoir le sable ou l’eau. A la fois cérébrale et riche en émotions, cette tranche de vie — aux allures d’encyclopédie de la vie quotidienne — ne cesse de nous conduire dans des récits inattendus. La lecture terminée, les nombreuses sensations et réflexions engendrées par cet album continuent de résonner en nous.

BH

[25 fév 2009] J’ai très mal au travail, cet obscur objet de haine et de plaisir - Documentaire (France – 2006) de Jean-Michel Carré (Editions Montparnasse)

dvd-j-ai-mal-au-travail.jpgPierre Carles avait ouvert la voie voici quelques années avec Attention Danger Travail. De nombreux travaux et autres colloques de sociologues lui ont par la suite emboîté le pas. Jean-Michel Carré vient enfoncer le clou : la souffrance au travail est au cœur des questions sociétales fondamentales contemporaines. L’adage du « toujours plus » — plus de rendement, de rentabilité, de solitude, de destruction des formes de solidarités collectives, d’évaluation, de mise en concurrence des salariés, de culpabilité pour qui ne rentre pas dans les schémas imposés — a fini par ne plus donner sens à notre participation au bon fonctionnement de la société. Le diktat du capitalisme a fini, soixante ans plus tard, par rejoindre le slogan nazi : le travail rend libre. Mais qui ? C’est ce que s’attache à dénouer avec pertinence le film de Jean-Michel Carré.

EV

[25 fév 2009] 6 films de José Bénazéraf Dont Le désirable et le sublime, L’éternité pour nous… (K Films)

dvd-ledesirable.jpgL’œuvre de José Bénazéraf est incontournable ! Tel était le cri d’alarme d’une partie de l’intelligentsia parisienne issue des Cahiers du Cinéma à l’orée des années 70. Une œuvre en effet unique, libertaire, drôle, orgiaque, intelligente, indépendante et lumineuse. Bénazéraf a très rapidement plongé dans l’émancipation du cinéma érotique, puis pornographique. Mais n’a jamais pour autant abandonné son goût pour la philosophie, la pensée radicale teintée de situationnisme, le questionnement sur l’homme au cœur de la société. Il endosse ainsi le rôle de Marquis de Sade du cinéma français : même en pleins ébats, ses personnages ne cessent de déclamer, toujours pertinemment, du Kant ou du Heidegger à tout bout de champ. Le résultat est souvent bourré d’humour, et reflète la personnalité hors du commun de ce réalisateur iconoclaste et essentiel.

EV

[25 fév 2009] Morrissey – Years of refusal (Barclay)

galette-Morrissey.jpgC’est drôle : il n’y a pas si longtemps, tout le monde se foutait de la gueule de Morrissey, cette vieille gloire maniérée, ce crooner ambigu d’un autre âge. Et aujourd’hui, alors que la cinquantaine pointe, certains se souviennent soudain qu’il fut le leader du plus grand groupe pop anglais après les Beatles : les Smiths… Ce nouvel album, le plus glam depuis Your arsenal, est avant tout l’occasion de retrouver cette voix, unique, fantastique. Peu importe le reste : ce qui compte, maintenant, c’est la réédition de l’intégrale des Smiths. Et nous pourrons mourir en paix.

PLX

[25 fév 2009] Sophie Hunger - Monday’s ghost (Two gentlemen/Universal Jazz)

galette-SophieHunter.pngDe sa formation country au sein d’un trio zurichois, Sophie Hunger n’aura retenu que l’essentiel : apprendre sur le tas et passer à autre chose. Bien lui en a pris, puisque après avoir fait ses armes en 2006 via un premier album autoproduit, la miss éclate enfin au grand jour avec un second opus étincelant et maîtrisé. Fan déclarée de Bob Dylan, Jeff Buckley et, surtout, Katharina Franck — la germanique chanteuse des Rainbirds, avec laquelle elle partage envergure lyrique et ténuité du susurrement —, Hunger s’avance désormais comme la réponse helvète et folk à My brightest diamond.

HS

[25 fév 2009] The Craftmen Club - Thirty six minutes (La Ouache Production/Pias)

galette-TheCraftmenclub.jpgLa première écoute laisse planer un doute sur l’intérêt d’un tel disque tant l’ombre de Noir Désir semble planer sur les compositions de ce trio breton. Pourtant, sous le vernis franco-français percent quelques filiations inattendues avec l’énergie épileptique du Gun Club, ou le rock rural et faussement calme de 16 Horsepower. Des guitares qui hennissent, une voix qui éructe, nous sommes ici au cœur de l’immédiateté rock, de sa simplicité même, de son intemporelle et irréductible frontalité. C’est rassurant, il y a toujours autant de bruit au pays des guitares.

nas/im

[25 fév 2009] Eagles Of Death Metal – Heart on (Downtown Music/Coop)

galette-Eagles-of-death-met.jpgUne certaine idée du cool : un « side-project » emmené par Josh Homme (leader des Queens Of The Stone Age) et Jesse Hugues (chanteur aux faux airs de Nick Cave). Du rock’n’roll de série B, sans réelle importance, juste un truc qui s’adresse au bassin et à la nuque (elle prend cher, la nuque). Ce troisième album, que l’on n’attendait pas, fait son effet : on dirait les Stones produits par Dan The Automator. Josh Homme y est pour beaucoup, il avait appliqué le même traitement groovy à son Era Vulgaris… Dans l’esprit, pas si loin du Blues Explosion d’Acme : torride.

PLX

[25 fév 2009] Glass Candy – Deep gems (Italians Do It Better/Differ-Ant)

galette-GlassCandy.jpgA quoi tient le succès du label le plus buzzé de ces deux dernières années ? Au glamour, à un nom qui sonne bien, une esthétique minimaliste, et un son qui surfe habilement sur le retour en force des années 80 (synth-pop et italo-disco). Johnny Jewel, le producteur new-yorkais derrière les Chromatics et Glass Candy, ne garde que l’essentiel pour conserver l’émotion intacte : un beat, une ligne de basse, quelques nappes ou notes de piano, et le tour est joué. Cette collection de singles, faces B et raretés, toujours portée par la voix sexy d’Ida No, en atteste brillamment.

PLX

[25 fév 2009] The pains of being pure at heart - Lp (Fortuna Pop/Differ-ant)

galette-The-pains-of.jpgA la fin des années 80, une flopée de groupes anglais, aux cheveux longs et idées courbes, déboule à grands coups de pédales d’effets, les yeux rivés sur leurs pompes. Quelques groupes majeurs après — de Ride à Slowdive —, le mouvement Shoegazing s’éteint, terrassé par un vent contraire venu de Seattle. Cryogénisé pendant près de quinze ans, le virus serait réapparu du côté de New York, propagé par quatre gamins aussi révérencieux que talentueux. Vérification faite : le premier album de The pains of being pure at heart touche au génie. La boucle n’est pas près d’être bouclée.

HS

[25 fév 2009] Watine - B-Side life (Cat Gang/Anticraft)

galette-Watine.jpgL’enfant sous la femme, le cœur sous le corps, Watine joue l’intime et la profondeur comme si nous étions son seul auditeur, son seul confident. De sa formation de pianiste classique, elle a gardé l’essentiel (ce goût pour les harmonies simples et exquises de l’école baroque), et pour le reste, elle semble s’être nourrie autant de la pop de Marianne Faithfull que de l’électronique onirique de Björk. Même en français, les textes font sens et la magie opère, ce qui est assez rare. Watine réussit là où Camille a échoué : s’imposer sur la longueur tout en évitant la pose arty.

nas/im

[25 fév 2009] Nitwits – Le marécage de la mélancolie (autoproduction)

Galette-Nitwits.jpgLes Marseillais de Nitwits n’aiment pas que l’on parle d’influences, on les comprend : cela nuit à la démarche créative, à l’effort de singularité. Tant pis : les Nitwits ont de vraies bonnes influences, on ne va pas se priver de les citer. Des Pixies de Surfer Rosa au Nirvana de Bleach en passant par un Noir Désir millésime 92, ils convoquent les fantômes du passé dans un fourre-tout cradingue et noisy, en un mot : punk. Et lo-fi : plutôt ironique quand le précédent album, excellent, s’intitulait Death to lo-fi… Autodestructeurs ? Punks, on vous dit !

dB

[25 fév 2009] Hair du temps à la Galerie d’art du Conseil Général des Bouches-du-Rhône

Pas de regret d’être velu…

Toujours à l’affût de singularités, la Galerie d’art du Conseil Général ouvre sa programmation 2009 par un parcours très réussi autour de la chevelure, imaginé par Olivier Saillard.

expo-katerina-jebb.pngPlaton rapporte que, selon Parménide, « poil, boue, crasse ou toute autre chose [serait] la plus dépréciée et la plus vile. » Ce pan de bestialité misérable se voit désormais réhabilité par l’intermédiaire de sa grande sœur, la chevelure. D’une plus noble envergure (longue, blonde et soyeuse, elle est l’un des attributs des fées), mise en scène dans l’exposition Hair du temps à travers les créations de coiffeurs, couturiers et plasticiens, elle devient un accessoire d’ornement mais surtout un objet de questionnement : bien qu’elle y soit sublimée, plane toujours une impression d’étrangeté. Miracle organique qui centralise l’ADN et les toxines, utilisée dans des sortilèges ou dans l’élaboration de talismans, elle investit les arts divinatoires ! En effet, la bostrychomancie, méthode aléatoire au nom barbare mais néanmoins charmante, consiste à prédire l’avenir en observant la disposition de boucles et les mouvements de la tignasse des jeunes enfants dans le vent… Que l’on commémore un disparu ou que l’on tisse de fins bijoux, la symbolique, à la fois fascinante et répulsive, tire vers des domaines inquiétants autant qu’esthétiques. Ebahi devant tant de minutie, nostalgique, amusé face aux conversations intimes ou dérisoires du salon de coiffure, le spectateur s’étonne que la crinière passe au peigne fin toutes nos émotions. Outre l’élégance et la prouesse des modèles, les images de Katerina Jebb activent nos sens et la poésie du Dragon suspendu de Clémence Agnez (sculpture aérienne in situ accrochée cheveu par cheveu) nous donne une leçon de patience. On souhaiterait une synthèse photographique des productions qui marquèrent l’art contemporain par ce biais (comme le fouet queue-de-cheval de verre conçu par Jana Sterbak, les expérimentations d’Andy Goldsworthy)… On est donc passé à un poil de la perfection !

M. Nanquette-Querette.

Hair du temps : jusqu’au 29/03 à la Galerie d’art du Conseil Général des Bouches-du-Rhône (21 bis, cours Mirabeau, Aix-en-Pce). Rens. 04 42 93 03 67

[25 fév 2009] Nicolas Moulin – Dividencke à la galerie RLBQ

Les Moulins de mon cœur

L’édition 2009 des RIAM se préoccupe du statut de l’image, de ses accointances avec le cinéma et Internet. Conférences et expositions tentent de répondre aux questions que posent la mutation de ces images hybrides et des rapports que l’art entretient avec elles.

expo-Nicolas-Moulin.jpgDifficile de parler d’une pièce comme celle Nicolas Moulin sans en dévoiler le mystère ou la surprise. Avec Dividencke présentée chez RLBQ, l’artiste joue avec nos nerfs. Dire que l’ensemble de l’œuvre de Nicolas Moulin demeure anxiogène parce qu’elle questionne nos représentations mais surtout nos sensations serait loin de ce que l’on ressent face à l’une de ses pièces. Son œuvre ne se raconte pas, elle s’expérimente. Dividencke succède à la série consacrée à la résurgence des « utopies spatiales » qui explorait des thématiques similaires, le titre faisant ici référence à la division d’Encke, espace situé dans l’anneau de Saturne.
Chez Moulin, les paysages sont dévitalisés (Viderparis, 2001), désolés ; la présence humaine y a été extirpée par on ne sait quelle catastrophe, mais elle n’en est que plus présente. L’artiste crée des simulacres, des mondes parallèles, des espaces de vie sans vie, des rues désertes où l’on traquerait M le Maudit, des œuvres devant lesquelles Fox Mulder nous susurrerait que la vérité est ailleurs…

Céline Ghisleri

Nicolas Moulin – Dividencke : jusqu’au 21/03 à la galerie RLBQ (41 rue du Tapis vert, 1er).
Rens. www.riam.info

[25 fév 2009] Convoi exceptionnel à la Galerie de la Friche la Belle de Mai

Les convoyeurs vous attendent

La galerie de la Friche accueille un convoi exceptionnel d’artistes contemporains, résidents des associations Astérides et Triangle, pour nous offrir une promenade surprenante et exotique.

expo-convoi-exceptionnel.jpgL’exposition Convoi exceptionnel dévoile au public le travail conçu par des artistes lors de résidences, dans le secret de leurs ateliers. La diversité, la créativité et la vision du monde de chacun aboutissent à un ensemble d’œuvres éclectiques : installations, peintures, dessins, performances, vidéos et sculptures sont autant de moyens d’expression qui se font face.
L’exposition propose une promenade à travers les diverses salles de la galerie où se côtoient des œuvres burlesques, poétiques et engagées. Des performances ont animé le vernissage — notamment celle de Dominique Gilliot que l’on remercie pour sa créativité, son humour et son cynisme. On se balade ensuite dans l’univers d’Halida Boughriet, au milieu d’un labyrinthe de personnages grandeur nature. Mais alors qu’on allait leur faire la causette, on se rend compte qu’ils sont finalement un peu aplatis, du haut de leur photographie imprimée sur plexiglas. On est surveillé par des caméras qui épient nos moindres faits et gestes jusqu’à ce que, subjugué par cette installation, on se rende compte qu’on a malheureusement marché sur des œufs ! On s’évade alors dans les paysages fantaisistes de Samantha Rees, où la nature est reine et où se développent des lieux aussi silencieux et sereins que sombres et chaotiques. La visite s’achève par une téléportation dans les îles, au milieu des palmiers, des pagodes, de la mer, du soleil et du surf : de quoi nous donner un léger goût de vacances avant la fin de l’hiver.

Lauren Laubenberger

Convoi exceptionnel : jusqu’au 14/03 à la Galerie de la Friche la Belle de Mai (41 rue Jobin 3e).
Rens. 04 95 04 96 11 / 04 95 04 95 01 / info@trianglefrance.org / asterides@lafriche.org

[24 fév 2009] Technicolor Hobo

Top of the pop

Créer un label pour sortir son propre disque, c’est le fantasme de beaucoup de musiciens. Patrick Atkinson et sa bande de Technicolor Hobo ont franchi le pas, et leur premier album met un peu de couleur dans le paysage pop local.

technicolor-hobo.jpgLa trentaine nonchalante, une classe so british dans l’allure et dans la voix : Patrick Atkinson incarne parfaitement l’idée que l’on se fait généralement de la pop anglaise. Né dans le nord de Londres à une époque où Bowie et T.Rex se partageaient le haut de l’affiche et les robes à paillettes, Patrick est un vrai enfant du rock : « J’ai grandi avec le rock, la pop, le punk, j’ai toujours rêvé de faire partie de cette scène-là. » Vœu rapidement exaucé : il côtoie assez tôt les groupes importants de l’époque et collabore au début des 90’s avec John Moore — ex-membre des Jesus and Mary Chain — avant d’intégrer Expressway, dont la notoriété n’a étrangement pas franchi la Manche. Armé d’une guitare et de belles expériences, Patrick quitte son île natale et se retrouve en 1996 à Paris. « Cette ville m’a inspiré quelque chose de moins rock, j’avais envie d’une musique plus ambiante, plus planante… ». Si le concept était déjà là, ne restait pour lui qu’à trouver des musiciens ayant envie de partager cette expérience de « rock atmosphérique ». C’est chose faite lors de son arrivée à Marseille en 2000 : avec la naissance de Technicolor Hobo, sa musique s’affiche désormais en quadrichromie. Autour d’un embryon power pop classique se greffent un clavier, une trompette, une clarinette, autant d’instruments qui colorent la musique du groupe d’une teinte sombre et profonde qui doit autant aux vapeurs nocturnes du jazz qu’aux ambiances cinématographiques du trip-hop. Anthems for the lost, le premier album du groupe, illustre cela à merveille et représente une belle réussite qui n’est pas seulement musicale. En effet, las de démarcher des maisons de disques parfois un peu sourdes, et de participer à des tremplins dont on pourrait sérieusement douter de la légitimité, Patrick et sa bande ont fondé Abstract Sensations. Si cette maison de disque a été ouvertement créée pour héberger le premier disque du groupe, elle risque aussi de devenir assez vite une référence locale en matière de rock indépendant. Pour l’instant, le groupe soigne la promotion de son album, et Patrick attend impatiemment un concert un peu spécial : « En avril on va jouer en Angleterre, c’est vraiment émouvant pour moi de retourner là-bas… »

nas/im

Dans les bacs : Anthems for the lost (Abstract Sensations/CD baby)
Sur les ondes : retrouvez Technicolor Hobo sur Radio Grenouille (88.8 FM) le 5/03 de 20h à 21h

[24 fév 2009] Jeremy Jay à Toulon

Initiales J. J.

Jeremy Jay, le génial songwriter californien, est invité à Toulon par l’équipe du Midi Festival pour un concert dont on risque de reparler pendant très longtemps.

JEREMY-JAY.jpgIl y a chez Jeremy Jay tout ce que nous avons toujours aimé dans la pop. Le sens de la mélodie, l’élégance, la simplicité… Bref : toutes les raisons pour lesquelles nous vénérons les Kinks, David Bowie, Joy Division et bien d’autres. Pourtant, à la différence de ses contemporains, qui ne retiennent souvent d’un style ou d’une époque que les artifices et les poses maniérées, ce jeune Californien a gratté le vernis vintage pour ne s’attacher qu’à la matière musicale, cet imparable sens de la mélodie parfaite — presque ultime — qui nous enserre dès la première écoute presque aussi fort que les bras les plus aimants. Dès son premier album sorti l’an passé1), notre réaction a été unanime : le garçon possède un talent si rare qu’il confine au génie. En plus d’avoir une facilité d’écriture déconcertante, Jeremy Jay possède aussi cette élégance, discrète et raffinée, que l’on retrouve chez de nombreux musiciens pop érudits comme Rufus Wainwright ou Neil Hannon. Une enfance bourgeoise, bercée par la musique classique et, comble du raffinement, de fameuses voix françaises (Piaf, Françoise Hardy…), lui a très vite donné le goût de l’harmonie et de l’écriture. L’adolescence et le rock ont fait le reste, avec un penchant affirmé pour le glam et la froide modernité de la new-wave. Ce que l’on retrouve notamment sur Slow Dance, son nouvel album qui sort le mois prochain. Nous n’aurions pas eu l’occasion de nous épancher sur les mérites de Jeremy Jay si les activistes du Midi Festival n’avaient eu l’heureuse idée de relancer, en plus de leur manifestation annuelle à la Villa Noailles, une programmation musicale régulière toute au long de l’année. Pour ce concert, ils nous proposent certainement ce qui se fait de mieux au rayon pop, à un tarif défiant toute concurrence, dans une salle qui, même comble, nous offrira sa chaleur et son intimité (un café-théâtre). Jeremy Jay à Toulon, cela tient presque du miracle…

nas/im

Le 1/03 au Café théâtre de la porte d’Italie (place Armand Vallée, Toulon) avec New Found Land. Rens. http://midi-festival.com

Dans les bacs le 24/03 : Slow Dance (K Records/Differ-Ant)

  1. A place where we could go (K Records/Differ-Ant []

[24 fév 2009] Short Cuts 237

Quaisoir > le 26 au Baby
Bonne nouvelle : Guillaume Pervieux a mis en boite le deuxième album de son projet Quaisoir, et les premiers morceaux qui ont filtré augurent d’un très beau disque, avec une production plus ample, des chansons riches d’une intensité émotionnelle jusque-là un peu absente. A Marseille, il est sans doute le seul à conjuguer la subtilité de la langue française avec la qualité d’un songwriting « à l’américaine ». On espère que les retombées médiatiques seront à la hauteur.
Missiles (sortie en octobre sur Roymusic) www.myspace.com/quaisoir2

Birdy Nam Nam > le 27 au Dock des Suds
L’un des concerts du mois. Révélé il y a quatre ans avec d’incendiaires prestations scéniques, le quatuor de turntablists (plutôt hip-hop, donc) a pris en pleine poire la déferlante électro emmenée par Justice, opérant dès lors un virage radical : désormais, il ferait danser les kids. Farci de « bangers », l’album qui en résulte n’est pas très fin, mais on s’en fout : Birdy Nam Nam est un truc de scène, un tsunami sonore et visuel (mur de néons) dont on sort lessivé.
Manual for successful rioting (Jive Epic) www.myspace.com/birdynamnam

Yuksek > le 27 au Dock des Suds
Lui, c’est le mec qui va ouvrir pour Birdy Nam Nam. Normal : il a produit leur nouvel album, c’est un juste retour des choses. Lui, c’est Pierre-Alexandre Busson, l’un des producteurs électro français les plus cotés du moment. Il enchaîne les remixes et les couv’ de magazines, et sort enfin son premier album, plus pop que la plupart des sorties Ed Banger. Pour être franc, ce n’est pas la réussite annoncée. Mais là aussi, on s’en tape : c’est son « live » qui importe.
Away from the sea (Barclay) www.myspace.com/yuksek

Déni Shaïn > le 27 à l’Escale St-Michel (Aubagne)
L’Escale St-Michel accueille parfois des artistes en résidence, comme c’est ici le cas avec ce projet marseillais que l’on ne connaissait pas. On file sur sa page MySpace, pour y découvrir une formation « crossover » (platines, guitare, sax…) réunie autour du dénommé Déni Shaïn (machines). C’est sympa, ça groove, ça tape un peu partout, mais on a un poil l’impression d’avoir entendu ça mille fois. Le concert est gratuit : allez quand même vous dégourdir les jambes.
Defrastructure Ep (Cryptophyte) www.myspace.com/denishain

Sister Iodine > le 27 à l’Embobineuse
Si, comme ma voisine du dessus, vous êtes en phase de dépression à cause du bruit généré par le voisin du dessous, celui avec la perceuse, ne venez pas à ce concert. Vous y croiseriez l’un des étendards de la scène noise française des 90’s, Sister Iodine, un trio culte influencé par la no-wave en général et Sonic Youth en particulier, reformé il y a cinq ans après quelques divagations bruitistes du côté du numérique. Et vous le regretteriez amèrement, très cher.
Flame désastre (Premier Sang) www.sister-iodine.net

Elysian Fields > le 28 à l’espace Doun (Rognes)
Elle chante avec une voix lascive de vénéneuses ballades, sur lesquelles le temps semble ne pas avoir d’emprise. Elle est la sensualité à l’état pur. Il façonne pour elle un écrin sonore fait de noir, de rouge et de bleu, quelques notes de piano, des accords de guitare en apesanteur. Il reste son compagnon de route. Depuis quinze ans, les New-Yorkais d’Elysian Fields incarnent une certaine idée de la classe. Il est formellement interdit de faire l’amour dans la salle.
The afterlife (Vicious Circle) www.elysianmusic.com

Peter Von Poehl > le 28 au Lollipop Store
Il y a trois ans, le premier album de ce songwriter suédois installé en France (où il s’était fait les dents au sein de la clique à Burgalat) nous avait enchantés. Une musique atemporelle à la lisière de la pop et du folk, délicate et finement ouvragée, des chansons mélancoliques et douces. Après avoir bossé avec Delerm (aïe) ou Marie Modiano (sa meuf), Peter Von Poehl revient aujourd’hui avec la suite, et c’est toujours aussi beau. Un showcase gratuit à ne pas rater.
May Day (Tôt ou Tard) www.petervonpoehl.com

Dj Spinna > le 28 au Cabaret Aléatoire
A première vue, Dj Spinna est un ténor des platines comme on en croise souvent à Marseille : il peut jouer hip-hop, funk ou house, il a une grosse collection de disques, etc, etc. Mais il a surtout deux obsessions : Prince et Michaël Jackson. Depuis quelques années, il anime à New York une soirée qui leur est consacrée, exclusivement, jouant classiques et inédits pendant cinq à six heures d’affilée. C’est ce qu’il fera au Cabaret : l’ambiance promet d’être électrique.
www.myspace.com/djspinnafrombrooklyn

Lazybones > le 6 à la Machine à Coudre
Et allez : encore une preuve de la vitalité de la scène punk’n’roll locale. C’est dingue, nous avons ici un vivier de groupes dévastateurs, et pas un seul Francis Zégut ou Philippe Manœuvre pour relayer l’affaire. Bande de papys. Au-delà du fait qu’ils bastonnent dans les règles de l’art, les Lazybones ont pour eux deux atouts : ils sonnent « californien » et peuvent chanter en français. L’album dont ils fêtent ici la sortie pourra-t-il commercialement en bénéficier ?
En attendant l’heure (Turborock/Anticraft) www.myspace.com/lazybones13

Francesco Tristano > le 10 au Théâtre des Salins (Martigues)
On garde le meilleur pour la fin : Francesco Tristano. De lui, les « branchés » savent qu’il est un pianiste de formation classique très porté sur la chose électronique (ses collaborations avec Carl Craig ou Murcof). C’est insuffisant : le jeune homme touche aussi au contemporain, au jazz, à la musique improvisée. Ce soir, il va d’abord jouer un récital classique autour de Bach, et ensuite le revisiter façon piano préparé, avec ordinateur et percussionniste. Un must.
Auricle/Bio/On (InFiné) www.francescotristano.com

[24 fév 2009] Pluri(elles) au Merlan et à la Friche la Belle de Mai

Singulières et Pluri(elles)

Poursuivant son projet artistique de (re)valoriser le corps via plusieurs prismes, le Merlan décide de laisser la part belle aux femmes avec sa manifestation Pluri(elles).

Pluri%28elles%29.jpgGrâce à la danse, cet art si féminin qui fait du corps une langue, six artistes chorégraphes — cinq femmes et un homme — nous parlent tour à tour d’elles, simplement, dans leurs singularités, sans s’ériger comme porte-parole de la condition féminine, mais plutôt pour évoquer ce qui les traverse.
Ainsi, le cycle a débuté avec Alain Buffard, seul représentant de la gent masculine de la programmation, qui met en scène deux icônes de la danse contemporaine, Claudia Triozzi et Vera Mantero, dans une comédie musicale convoquant les figures mythiques de la femme fatale, à travers chansons et rôles décalés ((Not) a love song, cf. ci-dessous).
Film d’art et documentaire à la fois, My lunch with Anna fait se rencontrer le chorégraphe et Anna Halprin, grande dame de la narration scénique contemporaine, connue pour avoir introduit le geste ordinaire (« task », ou tâche) dans l’écriture chorégraphique, débarrassant ainsi le mouvement de préoccupations stylistiques, stéréotypées et/ou esthétisantes. Enfin, une dernière pièce a clôturé le triptyque proposé par le chorégraphe de la compagnie PI:ES, Les Inconsolés, où le désir inavoué et masqué de trois hommes dévoile un jeu de tensions et de troubles érotiques, propre à l’ambiguïté amoureuse.
La programmation reprendra en mars, alternant spectacles, festivités, et ateliers de pratique.
Généré paradoxalement par le vide et l’absence de l’être aimé, le solo de la jeune chorégraphe ivoirienne Nadia Beugré (Un espace vide : moi) ouvrira la soirée consacrée aux femmes d’Afrique, qui se poursuivra avec les Correspondances entretenues et chorégraphiées par l’Haïtienne Kettly Noël (qui s’est installée au Mali) et Nelisiwe Xaba, d’Afrique du Sud. Réunies enfin sur un plateau après de longs échanges épistolaires, elles s’amusent — avec humour et impertinence — du quotidien, de leur quotidien de femmes, qui aiment, qui se vengent, qui se passionnent.
Dans une autre soirée concoctée par le Merlan en vagabondage à la Friche, on aura l’occasion de revoir en solo la chorégraphe Nelisiwe Xaba (notamment interprète de Vera Montero et de Robyn Orlin), qui s’attaquera dans Platicization à la « stérilisation » de nos vies empaquetées, où le plastique devient le super-héros de nos quotidiens. Ainsi que de (re)voir Errance, solo de Kettly Noël déjà accueilli précédemment par le Merlan sur son événement « Marseille Afrique » en 2006. Toute en torsions et en contorsions, en suspension et en retenue, la jeune femme se livrera, le temps de donner à voir des petits bouts d’histoires, « des traces de vie » (cf. ci-dessous).
Enfin, dans une transe proche à la fois du mystique et du désir, Nacera Belaza, musulmane d’origine algérienne, mettra en corps le rapport paradoxal entre sa foi et la danse, conçue par sa religion comme un divertissement, mais vécue par la chorégraphe comme véritable quête de soi (Le Cri, cf. ci-dessous). La volcanique chorégraphe islandaise Erna Omarsdottir, ancienne interprète de Jan Fabre, transformée en Talking Tree, mettra quant à elle en scène et en musique des personnages grotesques et monstrueux, tout droit sortis de son imaginaire pour nous conter la haine, la cupidité, les passions qui nous font mourir et renaître (cf. ci-dessous).
Le festival aura aussi une part festive, en accueillant une « Pluri(elles) Party » au Cabaret Aléatoire, mettant en « Vedettes » les alter ego féminins de Philippe Katerine, et des djettes, aux platines.
L’événement livrera donc une programmation éclectique, riche en mouvements du corps et de l’âme, riche de vies, faisant honneur à son nom. Des paroles de femmes, tour à tour inspiratrices, mythiques, anges et démons, femmes réelles ou qui se rêvent.

Joanna Selvidès

Pluri(elles) : jusqu’au 15/03 au Merlan et à la Friche la Belle de Mai. Rens. 04 91 11 19 20 / www.merlan.org


3 questions à… Sara Vidal

Octobre 2006 : Kettly Noël bouscule les spectateurs de la Friche avec son solo Errance. Particulièrement touchée par la performance de l’Haïtienne, l’écrivain Sara Vidal en a puisé l’inspiration de son prochain ouvrage.

Pluri%28elles%29-livre.jpgEcriviez-vous avant de voir cette performance ou a-t-elle agi comme une « révélation » ?
J’écris et publie depuis une dizaine d’années. Donc c’est un peu une « déformation » professionnelle que d’être touchée, intriguée, irritée ou fascinée par une situation, une image, et que cela donne le déclic à un processus d’écriture. C’est comme ça que ça a fonctionné quand j’ai vu le solo de Kettly Noël.

Que vous a inspiré au juste la performance de Kettly Noël ?
C’était un solo totalement différent de tout ce que j’avais vu en danse et pour moi, il exprimait un parcours, une révolte, une souffrance, une formidable colère dont j’ai essayé d’inventer le cheminement en le croisant bien sûr avec des thèmes d’inspiration qui me sont propres.

Comment définiriez-vous votre livre ? Quelles sont les résonances avec Errance ?
Rue du Théâtre Français est une sorte de radiographie de cette petite rue singulière de Marseille où se croisent et ne se rencontrent pas des personnages à la fois fictionnels et observés. Mais je savais que je voulais terminer ce roman par le solo de Kettly sur la place publique et j’ai donc inventé une Kettly parmi tous mes autres personnages, qui porte sa révolte et sa souffrance jusqu’à la catharsis de l’acte artistique. Donc j’ai travaillé « en dehors de Kettly », si l’on excepte la résonance et l’imaginaire que sa danse avait créés en moi. Je lui ai écrit et elle m’a dit se réjouir de me connaître moi et mon livre quand elle sera à Marseille début mars.

Propos recueillis par CC

Rue du Théâtre Français
(Arpents-Riveneuve Editions) sortira début avril 2009.
Des exemplaires seront proposés sur la table de littérature d’Histoire de l’Œil au Théâtre du Merlan pendant la manifestation Pluri(elles).


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LES INCONTOURNABLES

Alain Buffard - (Not) a love song
Comédie musicale contemporaine, (Not) a love song revisite les figures de la femme fatale qui ont traversé nos vies par l’intermédiaire d’un écran ou d’un vinyle. Alors, de l’autre côté des miroirs, quoi ? Deux femmes, deux icônes délaissées — les formidables Claudia Triozzi et Vera Mantero — en robe couture et talons hauts, qui, rangées au vestiaire (sic), se lamentent en distordant leurs voix alanguies de l’oubli collectif dont elles sont victimes. Telles des mouches autour du miel, Vincent Segal — cofondateur de l’excellent duo Bumcello — et le fantasque Miguel Gutierrez s’affairent autour d’elles, les laissant maîtresses de ce naufrage désespéré, en pleins feux. Si les références cinématographiques et musicales abondent, si la volonté d’éclater les codes de la dramaturgie est bien visible, on peut se demander si la démarche — quoique judicieusement décalée — n’est pas encore par trop esthétisante. Jusqu’à perdre le spectateur, qui s’ennuie parfois, déjà largement perturbé par le trouble public jeté par l’interruption/reprise — opérée par les artistes eux-mêmes, en raison de ricanements moqueurs issus d’une fraction jeune du public. Le sentiment de fracture sociale n’a alors été que plus fort au retour de la lumière, quand l’équipe du Merlan, de façon inadéquate et spectaculaire, et à l’image d’un mauvais show médiatique, a cependant redonné la parole aux gêneurs…La controverse était (re)lancée, mais la vibration n’était vraiment pas celle d’une chanson d’amour…
_ (Not) a love song était présenté le 21/02 au Merlan.
Prochaines représentations : du 26 au 28/03 au Pavillon Noir (Aix-en-Pce)

Kettly Noël - Errance
Le Merlan offre un nouveau coup de projecteur sur l’Afrique, avec la programmation de trois chorégraphes du continent noir. Mais le solo Errance de Kettly Noël, qui fait l’objet d’une re-programmation — la pièce avait été jouée dans le cadre de Marseille-Afrique en 2006 — est signifiant : déconseillée aux moins de seize ans, la pièce veut placer volontairement le spectateur en situation d’inconfort, pour faire corps avec la souffrance mise à nue par la danseuse. Sur la musique concrète d’Ivo Malek, l’Haïtienne cherche à vivre dans sa chair le mal-être de ces femmes africaines que le monde réduit à des stéréotypes. Installée à Bamako au Mali pour entre autres y créer un festival de danse contemporaine (Dense Bamako Danse) et former de jeunes enfants de la rue (ce dont parle Chez Rosette, sa dernière création), la chorégraphe brise les codes traditionnels, les incorpore dans une gestuelle tremblante, secouée, et parfois suspendue au temps. Devenue la figure de proue de la danse africaine contemporaine, Kettly Noël livre ici une pièce forte, bouleversante, folle.
_Errance et Plasticization (de Nelisiwe Xaba) : les 9 & 12/03 au Merlan

Nacera Belaza - Le Cri
Dans une danse épurée où l’obscurité donne à voir, deux femmes vont accéder à une forme d’extase spirituelle. En silence, Nacera Belaza et sa sœur Dalila crient. Rappelant la tradition des derviches tourneurs, qui cherchent l’alliance avec Dieu via une danse spiralée et verticale, elles essaient de s’unir au divin. Purifiés, les deux corps se libèrent peu à peu dans une danse hypnotique sur les voix mêlées du chanteur Larbi Bestam, de la Callas et d’Amy Winehouse… Salué par la critique, Le Cri nous emmène dans un rêve étrange, quasi mystique, empreint de désir et de sensualité.
Erna Omarsdottir - Talking Tree
C’est d’un tout autre bois que sera fait le Talking Tree d’Erna Omarsdottir. Si on avait pu voir les deux chorégraphes sur Dansem, il est assez étonnant de les voir réunies au cours d’une même soirée, l’une toute en sobriété, l’autre explosant les codes et les déontologies. Certainement influencée par ses racines vikings et tourmentées, l’Islandaise, accompagnée par le musicien Lieven Dousselaere, contera en voix et en corps des histoires prophétiques, fourmillant d’images et grouillant de forces vitales.
_Talking Tree et Le Cri : les 14 et 15/03 à la Friche et au Merlan

[24 fév 2009] Vice-Versa présenté à Montévidéo

Le vice est versatile

A Montévidéo, le collectif ildi! eldi ! se joue de nos vices cachés dans une satire de mœurs intelligente et malicieuse.

vice-versa-c-Julien-Oppenhe.jpgPeu de choses sur le plateau : une longue table, une ampoule nue suspendue au bout d’un long fil, un micro et trois acteurs.
Bull vient consulter son médecin, Alan Margoulis, en raison d’une plaie derrière le genou, qui s’avère être un vagin. Toute la pièce est à l’image de cette intrigue : farfelue. A partir d’une libre adaptation du roman de l’enfant terrible de la littérature britannique ; l’atypique Will Self, la pièce nous parle sur un ton facétieux des identités sexuelles — jamais définies — des uns et des autres. En sélectionnant une seule scène rejouée trois fois et reprise dans le temps, en l’étirant et en l’allongeant de commentaires déclamés à haute voix par les personnages sur différents registres, le jeune collectif ildi ! eldi ! concentre son attention sur le montage, un peu comme au cinéma, et livre un florilège de questionnements — de l’excitation lubrique à la perversité du mensonge conjugal, en passant par la confusion des genres. Revendiquant la réécriture pour le plateau d’un texte qui n’avait pas été écrit pour être joué, la drôle et sagace Sophie Cattani, tour à tour speakerine-coryphée et secrétaire médicale, ainsi que les comédiens François Sabourin et Antoine Oppenheim, formidables de calme dans l’insolite, font de ce montage brillant une aventure inédite, où le rire peut faire grincer des dents. Plus vaudeville que farce, plus malicieux que grotesque, Vice-Versa est un assemblage de décalages, plein d’impertinence et de fraîcheur où le rire va bon train, sans parvenir nécessairement à toucher à l’intimité. Mais qu’importe, du moment que c’est drôle…

Texte : Joanna Selvidès
Photo : Julien Oppenheim

Vice-Versa est présenté à Montévidéo depuis le 17/02. Attention : plus qu’une représentation, le mercredi 25. Rens. 04 91 37 14 04 / www.montevideo-marseille.com

[24 fév 2009] Kiwi présenté à la Minoterie.

Salade de fruits, jolie, jolie…

Fruit de la rencontre entre l’auteur québécois Daniel Danis et le cinéaste belge Benoît Dervaux, Kiwi mêle une histoire acide au fruité d’une mise en scène originale.

Kiwi-C-krista-boggs.jpgDans une mégalopole lambda, la venue des Jeux Olympiques amène le gouvernement en place à raser les bidonvilles et nettoyer la racaille. Kiwi, douze ans, qui vit avec son oncle alcoolique et sa femme, va connaître tour à tour l’abandon, la prison, l’évasion puis la prostitution. Adoptée par une nouvelle famille, celle des enfants des rues aux noms vitaminés (Litchi, Tangerine, Céleri, Pamplemousse, Mangue, Papaye, Noisette…), Kiwi découvre de nouvelles lois : le mensonge, le vol, le mariage arrangé aussi… La survie en somme. Tout ceci dans l’unique but d’avoir une maison douillette, où le froid ne pourra plus jamais lui « croquer les orteils ».
Entre conte terrible et réalité tragique, théâtre et cinéma, littérature et technologie, cette tragédie, portée par une violence sourde mais empreinte d’espoir et pleine d’humanité, oppose avec brio la soif de survie à la dureté de la vie. La poésie opère, via l’utilisation de la vidéo en direct — qui agit tel un supplément d’âme, la caméra infrarouge captant les moindres émotions — et une interprétation époustouflante. Avant-gardiste, cette utilisation des nouvelles technologies permet de plonger le spectateur dans une nouvelle forme de théâtre presque interactif, associant la rapidité des images à un récit haletant. Un art nouveau…

Texte : Pascale Arnichand
Photo : Krista Boggs

Kiwi était présenté du 12 au 14/02 à la Minoterie.

[24 fév 2009] La seconde surprise de l’amour présentée au Gyptis

La confusion des sentiments

Dans La seconde surprise de l’amour, Alexandra Tobelaim revisite le marivaudage et tord le coup à la mièvrerie pour nous proposer une pièce moderne sur la douleur et les mystères du sentiment amoureux.

Seconde-surprise-de-amourDe Marivaux, on retient souvent les considérations sur les sentiments, les subtilités de la conquête amoureuse ou le manège complexe de la galanterie. C’est bien mal le connaître.
La seconde surprise… a pour point de départ la rencontre de futurs promis désespérés par la perte respective et douloureuse d’un être aimé. Une douleur dans laquelle la marquise et le chevalier se complaisent, trouvant dans l’autre le moyen de faire revivre cet être cher, mais aussi celui de prolonger leur souffrance. Cet état les rapproche, ils se plaisent sans vouloir le reconnaître, chacun étant trop absorbé par son chagrin.
Le texte a trois cents ans, mais les sentiments sont immuables. De la douleur amoureuse à son effacement, la problématique est identique, et nos comportements n’ont pas changé. Partant de ce constat, Alexandra Tobelaim s’est lancé dans une création originale : mêler la langue précise et l’analyse limpide sur l’âme humaine de Marivaux au travail visuel et plastique sur la douleur physique de Sophie Calle1). Ce surprenant mélange produit un résultat efficace, une pièce convaincante et résolument contemporaine.
Servis par une mise en scène sobre, une scénographie ingénieuse et des costumes actuels, les jeunes acteurs incarnent des personnages entiers et fougueux. Excessifs, ils réagissent avec violence. Leur cœur parle, mais ils ne savent pas l’écouter. Tandis que nous, spectateurs, sommes lucides sur la nature de leurs sentiments ; d’autant plus que la conception du décor —une façade d’immeuble aux multiples fenêtres — nous autorise à entrer en permanence dans l’intimité de chacun.
Douleur du sentiment amoureux, penchant suicidaire, souffrance ou désespoir… : on serait tenté de penser que la pièce est triste à mourir. Ce n’est pas le cas ; elle s’avère même plutôt drôle. On rit des excès de chacun sans pour autant que les comédiens versent dans la dérision car le dosage entre les deux est juste. D’ailleurs, tout comme Marivaux, Alexandra Tobelaim ne célèbre pas la douleur amoureuse, mais bien cette force qui nous pousse à rebondir et à vivre.

Yves Bouyx

La seconde surprise de l’amour était présentée au Gyptis du 10 au 14/02.

  1. Sophie Calle : La Douleur Exquise (éd. Actes Sud []

[24 fév 2009] Otto Witte présenté au Théâtre du Gymnase

Mémoires d’un âne

Otto Witte ou l’histoire d’une imposture géniale, c’est tout d’abord une création sur mesure pour un acteur et son double animal, en l’occurrence un… âne. Une pièce pied-de-nez, relatant le parcours hors du commun d’un avaleur de sabre allemand qui fut roi d’Albanie pendant cinq jours.

Otto-Witte-C-C.RAYNAUD-DE-L.jpgAu-delà du tour de force de faire monter un âne sur une scène de théâtre, la performance suscite l’enthousiasme et l’admiration. Un âne qui joue, un acteur qui braie (parfois) : tout dans cette pièce, sur le fond comme sur la forme, est à l’envers. Un âne sur un trône, auquel l’acteur s’adresse en l’appelant « Dieu », âne-acteur… les doubles se mêlent et se confondent. Dit par un David Mandineau interprétant tous les personnages — tantôt Otto en poils et muscles, tantôt princesse éthiopienne en blanc séduction, tantôt complice turc —, le texte « à vif » de Fabrice Melquiot secoue. Enorme, dérangeant, cet Otto Witte est à l’étroit dans sa tombe. Il en sort et entreprend le récit tumultueux de son existence par ordre chronologique, s’adressant directement au spectateur. Cri de révolte contre la bêtise et l’étroitesse du monde, cette vie au bord du gouffre suscite l’admiration et la terreur. Virevoltant sur scène, grimpant sur son âne, chahutant, prenant le spectateur à témoin, cet Otto Witte fait jaillir le vivant aventurier-escroc, cet homme qui fut tout ou presque dans sa vie et s’est accroché à son rêve avec ténacité. Une aventure après l’autre, toujours plus loin, plus haut, plus fort, la chute n’en sera que plus dure. Cette farce énorme et philosophique est peut-être le dernier pied-de-nez génial par-delà le tombeau d’un fou magnifique qui a traversé notre siècle. Gageons qu’il a dû en rire avec qui de droit, de là où il était, puisque « Dieu est le seul aventurier qui mérite que je prenne le thé avec lui. »

Texte : Bénédicte Jouve
photo : C.RAYNAUD DE LAGE

Otto Witte était présenté du 13 au 21/02 au Théâtre du Gymnase.

[24 fév 2009] Edito 237

Tristes Tropiques

Cependant que Luc Besson s’acharne vainement à réclamer ses droits d’auteur (sic) sur les téléchargements de Taxi 4 auprès du législateur, le pays se débat toujours avec la question sociale. Quand les producteurs maigrissent, les figurants meurent de faim. Luc, si prompt à défendre son bout de gras, en oublie les tracas de ses compatriotes de métropole et d’Outre-mer. Si on ne pensait qu’à lui, on aimerait l’aider, le pauvre. Mais voilà, l’affiche qui mobilisera les foules ne sera pas celle-là. En revanche, cinq semaines de grève générale en Guadeloupe pour exiger 200 euros d’augmentation des bas salaires méritaient bien une promo. Une occasion rêvée de rassembler les Français autour d’une belle idée de scénario. Et ce ne sont pas les dirigeants syndicaux métropolitains qui auraient eu le beau rôle. Alors que se préparait en haut lieu un « sommet social », ils acceptaient de laisser de côté le conflit outre marin pour mieux se partager les miettes. Préparez les tomates et les œufs ! Une prestation si navrante que le grand metteur en scène (je ne parle pas de Besson, vous l’aurez compris), n’a pas eu de mal à les renvoyer à leurs chères études. Certes, dans un polar bien ficelé, il y a le gentil, le méchant et le complice un peu bête. Faites la distribution des rôles mais je vous livre le gentil : Elie Domota, meneur du collectif LKP contre la “pwofitasyon” (l’exploitation). Un long métrage célèbrera un jour l’avènement d’un libérateur ou une autre balle enterrera bientôt l’espoir d’un peuple. Vous aimez les happy end ?

Victor Léo

[24 fév 2009] Gran Torino (USA - 1h55) de et avec Clint Eastwood, avec Bee Vang…

Harry dans tous ses états

cine-grantorino-2.jpgIl y a, à la toute fin de Gran Torino, un plan outrageusement culotté, offert avec une telle simplicité qu’il en devient profondément émouvant. Walt Kowalski, col bleu aigri par l’Amérique d’aujourd’hui, est étendu sur le sol, les bras en croix. A ce moment précis, Eastwood filme Clint/Harry Callahan, dans son linceul, insistant sur chaque impact de balles comme s’il fallait se convaincre que cet immense corps de cinéma pouvait succomber à l’épreuve du feu. A ce moment précis, l’œuvre n’a jamais atteint un tel degré de sincérité. Car si Eastwood est le dernier cinéaste classique, ce n’est pas parce qu’il incarne un certain artisanat dans la manière de concevoir les films, de sculpter la lumière et d’agencer les plans, mais parce qu’il croit dans la fiction, dans le cinéma, plus que dans tout autre artifice de mise en scène. Faire un film, c’est donc se mettre à nu, justement parce que l’image et le récit permettent cette impudeur. Gran Torino, comme Honkytonk man et Impitoyable en leur temps, est donc un de ses plus beaux films. L’histoire de Kowalski n’est pas seulement celle (immensément drôle, disons-le) d’un vétéran de la guerre de Corée contraint de s’accommoder de voisins asiatiques, c’est aussi celle d’un être inadapté, rejeté par la société, qui apprend, plan après plan, à reconquérir sa place dans le champ (des autres, de l’Amérique). On ne saurait filmer plus sobrement la réconciliation de l’Amérique avec ses vieux démons. Et l’offrande du corps d’Harry, en bout de course, n’en est que plus belle.

CR

[24 fév 2009] 35 rhums - (France - 1h40) de Claire Denis avec Alex Descas, Grégoire Colin…

Rhum de cerveau

cine-35rhums.jpgLe problème avec certains auteurs, c’est qu’ils nous ont tellement habitués à l’excellence que lorsqu’ils nous livrent un film tout juste moyen, cela provoque en nous une terrible déception. C’est le cas de 35 rhums, dont on ne pourra pas vous dévoiler le sujet pour la simple et bonne raison qu’on a encore du mal à le cerner même longtemps après la projection. A défaut de déflorer ledit sujet, plantons le décor : la banlieue parisienne et ses immeubles tristes, le RER qui y circule, et Lionel, quinquagénaire taiseux, qui conduit ces trains de banlieue. Il vit avec sa fille, picole avec ses collègues de boulot, antillais comme lui, et demeure, invariablement, silencieux et impassible. Un tel mutisme finit par réduire le personnage principal à sa seule présence, son seul corps, unique élément du film auquel on peut prêter un peu d’attention et grâce auquel on reconnaît parfois le savoir-faire de la réalisatrice. Pour le reste, 35 rhums demeure aussi énigmatique que son titre, et on se demande quel est ici le propos de Claire Denis : la solitude post-moderne ? Le nouvel esclavage par le travail ? Les difficultés d’intégration ? Le film effleure ces quelques pistes sans jamais vraiment les suivre. De notre côté, nous assistons, circonspects, à ce défilé d’images dont la nécessité, mais aussi l’esthétique, finissent par nous paraître douteuses. Certaines vérités sont valables au cinéma comme au bar : 35 rhums, ça fait vraiment mal à la tête.

nas/im

[24 fév 2009] La Série sur le gâteau : The Big Bang theory

serie-thebigbangtheory.jpgDe l’aveu même du co-créateur Chuck Lorre (l’homme derrière l’hilarant Mon oncle Charlie), The Big Bang theory, sa dernière sitcom en date autour d’une bande de geeks complètement frappadingues, n’était « pas faite pour durer ». Jusqu’au miracle de l’audimat : lancée aux USA en septembre 2007 dans l’indifférence générale, avec la grève des scénaristes en ligne de mire, le show fit rapidement l’unanimité, réunissant chaque semaine près de dix millions de téléspectateurs enthousiasmés par le quotidien, absurde et drolatique, de quatre scientifiques perturbés par l’arrivée de Penny, la blonde voisine « cartésienne » aux formes généreuses. Au point que CBS, qui ne voyait en cette énième sitcom qu’un aimable « amuse-gueule » avant le festin royal de How I met your mother, donna le feu vert pour une seconde saison — qui cartonne outre-Atlantique. A juste titre, puisque centrée autour d’un décalage aussi incroyablement surréaliste qu’irrésistiblement burlesque entre quatre « matheux » asociaux — férus de jeux vidéos, de comics et d’équations en tous genres — et une jeune femme plus normée, The Big Bang Theory relate un combat impossible et vieux comme le monde : la (non) communication entre premiers de la classe et la pom-pom girl. Aussi, délestée de ses oripeaux nerd, TBBT peut également se regarder comme une relecture du cartoon 70’s d’Hanna Barbera, Scooby-Doo. Avec, par ordre d’apparition à l’écran, Fred/Sheldon, le cerveau (malade) de la bande, Véra/Léonard, le bras droit à lunettes, Sammy/Wolowitz, le gaffeur coiffé comme un Beatle mais plus laid que Ringo Starr, Scooby/Rajesh, le mutique peureux qui remue la queue à la vue des filles, et Daphné/Penny, faire-valoir ingénu et sexué du « Scooby/Theory gang ». A ceci près qu’il n’est pas question ici de fantômes, de vampires et autres sorcières. Les seuls mystères qui se jouent étant ceux de quatre brillants couillons désarmés devant la « vraie vie », les relations humaines ou les sentiments amoureux. Avec un petit bout de femme en guise de professeur de vie. En théorie, seulement…

Henri Seard

[11 fév 2009] Antony & The Johnsons – The crying light (Rough Trade/Naïve)

GALETTES-anthony-and-the-jo.jpgOn peut ou pas aimer le monde d’Antony, cette créature trans-genre plébiscitée il y a quatre ans par à peu près tout le monde. Mais on ne peut pas lui reprocher d’avoir assumé son envol : il est un oiseau désormais. On peut ou pas aimer le timbre d’ange déchu du crooner new-yorkais. Mais on ne peut lui reprocher d’être unique, de véhiculer une émotion totalement hors du temps. Ce troisième album, débarrassé des parrains et autres hérauts du troisième sexe (Lou Reed, Boy George…), est donc celui qui l’aura vu s’affranchir de ses derniers oripeaux. Pour monter tout là-haut.

PLX

[11 fév 2009] The Pierces - Thirteen tales of love and revenge (Lizard King/Naïve)

GALETTES-The-pierces.jpgAussi charmantes que leur musique, les deux sœurs Pierces partagent avec les Coco Rosie la même enfance hippie et créative, ainsi qu’un goût certain pour le folk mélodieux. Pourtant, on ne pourrait résumer leur nouvel album à une simple suite de comptines acoustiques à écouter au coin du feu : le disque est sur-produit, mielleux à souhait et verse parfois dans une pop assez facile, certes, mais terriblement sexy et efficace. Entre ballades rustiques et tendance branchée, The Pierces hésitent encore. Tant mieux ! Elles nous livrent ici une petite merveille de légèreté.

nas/im

[11 fév 2009] Jimi Tenor & Kabu Kabu – 4th dimension (Sähkö-Puu/Differ-Ant)

GALETTES-JimiTenor.jpgAprès avoir été l’un des savants fous du label Warp il y a dix ans (les albums Organism et Out of nowhere), orchestrant au sens propre la rencontre de l’électronique avec l’univers d’un Lalo Schiffrin, Jimi Tenor s’est progressivement éloigné des lumières de la hype, changeant par deux fois de label. De sa base finlandaise, il poursuit aujourd’hui son exploration de… l’afro-beat avec Kabu Kabu, trio de musiciens africains exilé à Berlin, et cela donne un disque long en bouche, quelque part entre Fela et Sun Ra. Une certitude : la bonne musique n’a pas de frontières…

PLX

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