Spécial (F)estival(s)
du 30 juin au 14 septembre
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Sucré-salé
Point d’orgue du Festival de Marseille, les trois soirées ciné-concert, familiales et festives, sont l’occasion de réunir traditionnellement amoureux du cinéma et mélomanes du monde dans le cadre sublime du Théâtre de la sucrière, sis dans les quartiers nord. Une heureuse et incontournable manifestation initiée par Apolline Quintrand et Angélique Oussedik d’Arte.
Il y a un an, fraîchement débarqué à l’Elysée, le président de la République définissait, dans une lettre de mission adressée le 1er août à la ministre de la Culture Christine Albanel, les objectifs — et la grande affaire — de la nouvelle politique culturelle : démocratiser la culture. Si, sur le papier, l’idée avait de la gueule, force est de constater que dans les faits, un an plus tard, c’est la soupe à la grimace avec, en guise de pain sec sur le gâteau, la politique de désengagement de l’Etat, en forme de baisse conséquente des subventions (- 17 %). Bref, en 2008, il n’y a guère que les fans de Jean-Marie Bigard, Carla Bruni, TF1 ou des Ch’tis qui pensent que la culture se porte bien. Fort heureusement, dans la sinistrose ambiante, il y a encore des structures, des personnes, des idées qui s’emploient réellement à valider cette idée de vulgarisation de la culture, désireuses de l’offrir au plus grand nombre. Ainsi d’Apolline Quintrand, directrice du Festival de Marseille et d’Angélique Oussedik, directrice d’Arte Actions Culturelles. Travaillant de concert depuis une dizaine d’années, les deux structures offrent au public du Festival en général et aux habitants des quartiers nord en particulier trois soirées ciné-concert au Théâtre de la Sucrière. Ce que nous confirme la directrice d’AAC : « Tout au long de l’année, Arte sort pour ainsi dire de l’écran avec par exemple le festival européen Temps d’Images ; et va à la rencontre du public, en participant à la vie de la cité et en s’associant à de nombreuses manifestations en France, comme nous le faisons avec Les Suds à Arles ou dans le cadre du Festival de Marseille. Lors de ces opérations, Arte Actions Culturelles offre au public des projections gratuites de ses programmes, des avant-premières et propose des places à moitié prix. L’idée est de rendre la culture, sur le terrain, plus accessible. » Au-delà de la démocratisation du prix des places de La Sucrière — 6 € seulement pour un concert enchaîné avec un film — ces festives et délicieuses soirées sont également, depuis 1999, des tentatives pédagogiques d’éveil à l’image et à la musique, en proposant un « autre » cinéma à un public marginalisé, peu rompu aux films d’art et d’essai, ou une musique différente, celle du « monde ». « Arte et le FDM remplissent clairement une mission de service public, surenchérit Angélique Oussedik, en permettant aux milieux défavorisés d’aborder des spectacles de qualité qu’ils ne pourraient pas s’offrir et auxquels ils ne s’intéresseraient pas en temps normal. » CQFD. Cette nouvelle édition ne dérogera pas à la règle, en terme de qualité, puisque La Sucrière verra défiler les 15, 16 et 17 juillet prochains, quelques étoiles de la world music. Comme le trio libanais Ibrahim Maalouf et son jazz « électroriental », le collectif germano-turc Orient Expressions, le luth entre deux chaises musicales, tradition (oud) et modernité (platine) et Bibi Tanga et le professeur Inclassable, ou la relecture électrique/éclectique musicale de l’Afrique. Comme de coutume, les concerts seront suivis par des projections : le sensuel et émouvant Caramel de Nadine Labaki (soirée Liban), le frais et lumineux Julie en Juillet de Fatih Akin (soirée Turquie/Allemagne) et l’extraordinaire et essentiel Bamako d’Abderrhamane Sissako (soirée Afrique). Enfin, pour la première fois, à l’initiative de Mélanie Drouère, responsable de la communication et du développement du Festival de Marseille, et en collaboration avec l’association Tilt, seront projetés entre autres avant chaque projection dans l’arène de la Sucrière des vidéos-portraits réalisés par des habitants du quartier, sous le parrainage du Centre Social de Saint-Louis. « Ne plus avoir peur de s’approprier la culture », nous confiait encore Angélique Oussedik ; comme un écho évident au leitmotiv d’André Malraux : « La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert. »
HS
Du 15 au 17 au Théâtre de la Sucrière. Rens. www.festivaldemarseille.com
Au-delà du réel
Du 2 au 7 juillet, le Festival International du Documentaire de Marseille, le FID pour les intimes, ouvre ses écrans sur le Monde au cœur de nombreux lieux de la cité phocéenne. Un parcours toujours exigeant, embrassant l’essentiel de la production documentaire.
Parmi ce torrent d’images que nous promettent les nombreux festivals cinématographiques de l’été, rares sont celles qui nous offrent une vision du réel — tronquée, forcément, mais avec intelligence et pertinence — aussi profonde et salvatrice qu’au cœur de la programmation du Festival International du Documentaire. Comme le précisait Debord, nous ne trouvons pas ce que nous désirons, nous désirons ce qui s’y trouve. « L’ombre du reflet du Monde », ou la représentation — et non la restitution — du réel nous fait désirer ce réel, au-delà des frontières, des genres, des sensations, voire des rêves. Six jours pour une programmation transgenre d’une grande richesse, où se mêlent compétition (inter)nationale, rétrospectives, cartes blanches, tables rondes ou autres séances spéciales. Car cette nouvelle édition vient confirmer une tendance déjà forte lors des précédentes : quitter le genre, le décliner, le croiser, le transgresser, mais le réinventer sans cesse. D’où de nombreuses embardées au sein du cinéma expérimental, de la fiction, du journal filmé, un magma fusionnel d’où se dégage l’essence même du cinéma protéiforme : la pensée du Monde. Dont acte avec une compétition internationale et nationale, qui de prime abord nous laisse imaginer de belles surprises, de grands instants de grâce documentaire, avec ce souci toujours croissant de la part de l’exigeant Jean-Pierre Rehm de présenter les œuvres en première — mondiale ou nationale. On y croise quelques noms connus — Leila Kilani, Vladimir Leon — l’excellent réalisateur du Brahmane du Komintern —, l’incontournable Henri-François Imbert et le très attendu Temps des amoureuses, le « cinéaste paysan » (sic) Pierre Creton, et quelques belles promesses, subtil mélange des saveurs entre cinéastes aguerris et premières œuvres. Les écrans parallèles reviennent quant à eux sur quelques incontournables du mélange des genres, trop rares sur les écrans — a fortiori phocéens. C’est le cas de l’immense Robert Kramer, Diogène contemporain en réinvention totale des formes cinématographiques, dont le Festival nous offre une sublime rétrospective. De Notre nazi à Milestones, la quête d’un homme, d’une œuvre aux prises depuis la fin des années 60 avec les paradoxes du Monde, parfois les siens, en perpétuelle recherche d’une essence humaine diluée dans les bouleversements de l’Histoire, l’un des rendez-vous incontournables de cette édition. Par ailleurs, si vous n’avez pu assister il y a quelques années à l’hommage Zanzibar concoctée par les regrettés feu XHX — structure marseillaise de diffusion de cinéma expérimental —, le FID vous propose une seconde chance magistrale de découvrir cette expérience radicale et séminale du cinéma français conduite par un Philippe Garrel en retombée d’acide post-soixante-huitarde et entouré entre autres de Zouzou et Jackie Raynal, tous trois présents pour nous faire revivre cette expérimentation visuelle hors normes. D’autres rendez-vous essentiels sont à l’affiche de cette dix-neuvième édition : de la carte blanche à Jean-Pierre Gorin — cofondateur avec Jean-Luc Godard du groupe Dziga Vertov — et sa vision, via une sélection éclairée, d’une certaine Amérique, à l’écran parallèle de circonstance « Traduire l’Europe » — nous offrant une certaine représentation du Continent —, la richesse de ce Festival phare ne se démentira certes pas cette année, et promet de nourrir plus avant le besoin vital de nos consciences à saisir la marche du Monde.
EV
L’Interview : Jean-Charles Gil
Alors que le Ballet d’Europe s’apprête à parcourir la Provence tout l’été, rencontre avec son créateur et directeur depuis 2003, le danseur et chorégraphe Jean-Charles Gil.
Vous avez une formation et des influences classiques, mais déclarez créer en lien avec le mouvement contemporain. Comment mariez-vous ces deux influences ?
Je travaille la simplicité du geste propre au mouvement contemporain, sur les bases de la danse classique. Je cherche à dépasser le côté figé du danseur classique pour tendre à des expressions plus naturelles : le lâcher du corps dans la largeur, la légèreté du cou, la respiration, l’ancrage dans le sol. Au final, ce qui se donne à voir n’est pas une démonstration, mais une expression naturelle, même en pointes ou en demi-pointes. Ce qui m’inspire, ce sont les gestes de tous les jours, les gens que je côtoie. La technique classique apporte le raffinement en plus.
C’est votre ancrage dans la réalité contemporaine qui vous a poussé à faire de la danse une action citoyenne ?
La précarité du travail me choque, et j’ai effectivement conscience de la délicate problématique de l’emploi pour les danseurs. C’est pourquoi je mène une étude sur le statut du danseur, en lien avec l’Union Européenne. Cela permet de soulever un certain nombre de problèmes comme le chômage et les possibilités de reconversion pour le danseur professionnel. Aujourd’hui mon travail tient compte de la réalité sociale de notre milieu. Je m’implique donc beaucoup dans la post-formation, de même que je veille à monter des projets viables, soutenus financièrement et qui puissent tourner en Europe.
Vous allez présenter une soirée de trois performances avec Josette Baïz et la Compagnie Grenade. Comment travaille-t-on sur l’improvisation ?
La performance est un travail mis à l’épreuve, à peine entamé et jeté sur scène. La soirée performances à Allauch (ndlr : le 31/07) s’organise en trois temps : d’abord le travail de Josette Baïz et de la Compagnie Grenade, puis la présentation de la création du Ballet d’Europe, Sweet Gershwin. Le troisième temps sera la réunion de nos deux énergies. On ne sait pas quelles expressions sortiront de ce métissage final, on ne le sait jamais. Le travail en amont sur des formes classiques et contemporaines ne permet pas de postuler LA forme finale que cela prendra sur la scène.
Propos recueillis par Marion Bonnefond
Les Impromptus du Ballet d’Europe. Du 18/07 au 8/08 à Allauch, La Tour d’Aigues et Manosque. Rens. 04 96 13 01 12 / www.balletdeurope.org
Art-O-Rama amuse les galeries
Pour sa deuxième édition, la foire d’art contemporain Art-O-Rama réunira au mois de septembre huit projets curatoriaux élaborés par sept galeries internationales et un artiste invité, Julien Bouillon.
Une des particularités de cette manifestation — organisée par Gaid Baulieu et Jérôme Pantalacci — est liée à son fonctionnement et à la manière dont elle tend à solliciter à la fois collectionneurs, professionnels, galeristes, artistes et grand public. Car l’ouverture de la manifestation est pensée en deux temps : les trois premiers jours d’exposition se dérouleront suivant un protocole de foire commerciale (impliquant, aux côtés des galeristes et des artistes, professionnels et collectionneurs) tandis que les cinq jours suivants laisseront place à une exposition ouverte au public. En amont de la manifestation, le travail de sélection des galeries et le choix d’un artiste travaillant dans la région participent à la réalisation de projets singuliers d’Art-O-Rama. Les galeries sont invitées à défendre leurs plus jeunes artistes et à élaborer un stand de présentation pensé comme « un concept, un manifeste » qui prendra place dans un espace de 1000 m2 .
Aussi, l’organisation des stands varie d’une galerie à une autre. Certaines ont choisi d’organiser une exposition thématique et collective : Gentlemen Farmers pour la galerie ACDC (Brest), Fiction Scientifique et Science Fiction pour La Blanchisserie (Boulogne-Billancourt). Parker’s Box (New York) a choisi un mode de présentation collectif original, qui semble en accord avec la curiosité de cette galerie envers les mécanismes du monde de l’art et ceux qui opèrent dans l’œuvre. Si des artistes différents sont représentés à leur stand, c’est la structure d’une installation de Mike Roger et Dustin Encken, Cups, ainsi que leur vision du monde de l’art qui en détermineront la présentation.
La galerie Estrany de la Mota (Barcelone) organise une exposition individuelle en présentant une œuvre (une série de dessins et une sculpture) de Pauline Fondevila réalisée pour l’occasion, dont le point de départ est le roman Les marins perdus de Jean-Claude Izzo. La galerie f a projects (Londres) confie quant à elle son stand à James Ireland, qui réalise des sculptures faisant référence à la puissance métaphorique du paysage, à son langage, à la façon dont il a été perçu ou peut l’être par l’art, tout en explorant cette voie par le vocabulaire minimaliste. La Cara Golden Fine art (New York) a choisi une voie médiane entre l’exposition collective et l’exposition individuelle en présentant une installation constituée d’une série de peintures et une vidéo, réalisées par Mc Callum & Tarry qui travaillent ensemble depuis 1998 en interrogeant les sphères sociales et raciales. Enfin, The Film Gallery (Paris), en choisissant Christian Lebrat qui mène en parallèle depuis la fin des années 1970 une œuvre photographique et cinématographique, nous fait le plaisir de montrer un travail artistique passionnant tout en prolongeant la réflexion que le lieu mène sur la mise en espace du médium filmique, par la conception d’un stand concept constitué notamment d’un dispositif intitulé La cabine.
Cette manifestation tend à donner une certaine visibilité à la spécificité des galeries sélectionnées et une impulsion aux artistes représentés, en même temps qu’une certaine unité d’ensemble à la manifestation (confiée notamment à l’artiste invité par Art-O-Rama, Julien Bouillon) tout en soulignant son ancrage à Marseille.
Elodie Guida
Art-O-Rama. Du 14 au 20/09 à la Cartonnerie (Friche la Belle de Mai, 12 rue François Simon, 3e). Rens. www.art-o-rama.fr
Au radar
Par ces chaleurs, Ventilo se devait de rafraîchir l’idée que l’on peut se faire d’un festival, qui doit trouver sa spécificité dans la multiplicité des styles qu’il aborde. De l’indé au mainstream, du concert au clubbing, vous n’y voyez pas très clair ? Suivez votre intuition.
Depuis toujours, et compte tenu de l’abondance de la proposition musicale lorsque l’été des festivals arrive (qui plus est dans le sud…), nous avons fait le choix d’écrire des papiers thématiques. Histoire de déblayer le terrain – l’agenda s’occupant du reste. Cette année, franchissons un cap de plus vers le ludisme (ou la fainéantise, au choix) et tâchons de vous donner quelques pistes, sur le terrain des musiques « actuelles », en ne mentionnant pas une seule fois un nom d’artiste. Vous verrez, tout vous semblera plus clair, quel paradoxe, une vraie gageure. Du côté des grands raouts qu’une promotion surabondante, aux alentours, n’aura pas manqué de signaler l’existence, quatre événements majeurs se distinguent. Le « Festival » de Nîmes, tout d’abord, qui jouit d’un cadre fantastique (les Arènes) mais pêche une fois encore par sa capacité à nier le fondement même d’un festival : proposer une affiche cohérente dans sa diversité (et sans faire étalage de ses inclinaisons fort naturelles à faire du fric). Lorsque, en plus de cela, la programmation affiche un degré d’intérêt proche de zéro, mieux vaut fuir en courant… Les Estivales d’Istres et les Escales du Cargo (Arles), ensuite, qui ont pour points communs, là aussi, une programmation grand public et un cadre attirant (arènes à ma gauche, théâtre antique à ma droite). Ce sont cette fois-ci des événements à taille humaine, mais qui peinent également à trouver leur singularité à force de concerts « choc », comme autant de gros coups qui s’enchaînent sans cohésion véritable : chacun y trouvera son compte… mais ira voir ailleurs s’il s’y trouve, dès le lendemain. A ce petit jeu, ce sont encore les Voix du Gaou (Six-Fours) qui s’en tirent le mieux. Au fil des ans, et bien qu’il ne soit pas exempt de balancer ici ou là un bon plateau bien racoleur, ce festival a su tirer parti d’un cadre merveilleux (la presqu’île du Gaou) pour avoir les faveurs d’un auditoire hétéroclite et très en phase avec son époque. La programmation devrait blinder quasiment tous les soirs, même si elle est sans surprises. Pour en avoir, mieux vaut donc se diriger vers les manifestations de moindre envergure : celles que l’on qualifiera « d’indé ». Premier coup de cœur de la saison estivale : le MIDI Festival (Hyères). Niché au cœur de la somptueuse Villa Noailles, haut lieu de l’architecture varoise, celui-ci est une véritable oasis pour qui n’a pas peur de se diriger vers l’inconnu, sans préjugés, à grandes enjambées, pour finir par se retrouver nez à nez avec des groupes surgis de nulle part, parfois musicalement le cul entre deux chaises, mais bien plus excitants que tous ceux dont on (ne) vous a (pas) parlé dans les précédentes lignes. Des artistes à la pointe, à la marge, hors cadres : ou comment redonner du sens au mot « découverte »… De ce côté-là, le festival Pantiero, sis sur la terrasse du Palais des Festivals de Cannes, a pris un peu d’avance. Lui aussi redéfinit une certaine idée de la pop moderne, sans frontières, tour à tour urbaine ou arty, mais a cette année clairement assimilé le potentiel offert par la nouvelle génération electro, ces « fluokids » qui se déplacent en masse dès lors qu’un artiste labellisé « French Touch V2.0 » se pointe à proximité… Pantiero devrait cette année logiquement conforter sa place – et ses goûts sûrs – dans une ville où, étrangement, règne un calme relatif. Du calme, toujours dans ce registre, vous n’en trouverez certainement pas si vous avez l’audace de pousser un peu plus loin, en Corse (Calvi On The Rocks) ou en Espagne (Fiberfib : Festival International de Bénicassim), terres naturelles d’un hédonisme à nul autre pareil. Le Fiberfib est l’exemple même de l’événement maousse costaud qui a su conjuguer indépendance (quelle affiche !) et gigantisme, cohérence et diversité. Comme quoi… Mais nul besoin de traverser la frontière pour aller faire la fiesta, de longues nuits durant. Des Plages Electroniques de Cannes (hebdomadaires et thématiques) au Worldwide Festival de Sète (le « groove » à 360° à l’ombre), d’Electromind (énorme plateau sur un seul soir et plusieurs scènes) au Tohu Bohu initié par Radio France dans la même ville de Montpellier (une semaine de rendez-vous gratuits), la qualité de l’offre proposée cet été, en matière de clubbing à ciel ouvert, est effarante. Vous pouvez y aller les yeux fermés – sans même avoir à connaître le nom des artistes en présence, et vous verrez alors plus clair – c’est désormais une évidence : la découverte reste le meilleur remède contre la routine.
Texte : PLX
Photos : Javier Sanchez
A la verticale de l’été
Recenser les rendez-vous musicaux de l’été en Provence, c’est un peu comme essayer de compter le nombre de galets sur une plage : pas impossible, mais fortement déconseillé. En toute subjectivité, voici nos coups de cœur estivaux des musiques métisses et colorées.
En 2008, le moindre village provençal se doit d’organiser son festival. Plus que la programmation, c’est l’événement qui compte, et surtout sa visibilité. Certaines municipalités, plutôt frileuses tout au long de l’année, communiquent ainsi en musique dès les premiers beaux jours, jouant par là la carte d’un « dynamisme culturel » assez tendance. Au milieu de cette multiplication des événements estivaux et musicaux, les amateurs ont de plus en plus de mal à se repérer. Si on peut parfois se baser sur la crédibilité historique de certains événements (du Nice Jazz Festival au Charlie Jazz à Vitrolles pour faire très court), d’autres festivals, plutôt récents, méritent toute notre attention. A l’ouest du grand sud, c’est la ville de Sète qui s’illustre avec deux manifestations d’envergure. La première — Fiest’A Sète — célèbre à sa manière les diverses acceptions du mot groove. Au Théâtre de la Mer défileront ainsi les génies de l’ethio-jazz Alèmayèhu Eshèté et Mahmoud Ahmed, Mélingo et son tango minimal, Shantel et son électro-balkanique, les enragés Taraf De Haidouks, ainsi que le vétéran latino-disco Kid Creole et ses Coconuts, toujours aussi sexy même si plus très fraîches. Et oui, l’été sera beau, l’été sera beau, dans les t-shirts dans les maillots… Toujours à Sète, sur la presqu’île qui fait face à la ville, le Worldwide Festival prendra quant à lui ses quartiers du 3 au 5 juillet prochain. Initié et programmé par Gilles Peterson, voici un petit concentré des diverses tendances qui agitent les musiques noires et urbaines. On pourra se délecter des concerts de Breakestra, Earl Zinger, Cinematic Orchestra, Roots Manuva, et de nombreux dj-sets, notamment celui de Benga, jeune Londonien qui devrait secouer la ville portuaire au rythme de son imposant dubstep. Plus au nord, à Saint-Paul-Trois-Châteaux dans la Drôme, le Saint-Paul Soul Jazz mérite la palme de l’originalité. Ce n’est pas un artiste ou un style qui y est à l’honneur, mais un instrument : l’orgue Hammond. Bien évidemment, il sera question de soul, de jazz et funk avec un hommage à Otis Redding et aussi un amusant « Hammond Battle » où des organistes viendront s’affronter sur le mythique clavier. Plus près de chez nous, à Arles, le festival Les Suds continue à distiller le meilleur des autres musiques dans le cadre somptueux du Théâtre Antique et au sein des Ateliers SNCF (ancienne friche industrielle réhabilitée), où les prestations de Toumani Diabaté et de Silverio Pessoa les 18 et 19 juillet mériteront à elles seules le déplacement. Autre destination conseillée : le Luberon, pour la douzième édition du festival de Robion du 17 au 26 juillet. On pourra y retrouver l’afrobeat festif des New-Yorkais Kokolo, les Portugais Terrakota aperçus à Babel Med Music, ainsi que les voix et rythmes ivoriens de Dobet Gnahore. Pour finir ce tour d’horizon sélectif des rendez-vous « world music » du sud, on ira flâner sur la Côte d’Azur, à Vence plus précisément, pour assister à la onzième édition des Nuits du Sud qui s’étale du 11 juillet au 9 août. Si les têtes d’affiche n’excitent guère notre curiosité (Goran Bregovic, Jimmy Cliff…), on attend beaucoup des concerts du 25 juillet, avec le génial accordéoniste Richard Galliano et la Béninoise Angélique Kidjo, et du 7 août, avec la prestation haute en couleurs des décapants Nortec Collectif qui débarqueront directement de Tijuana pour une relecture électronique des musiques traditionnelles mexicaines.
nas/im
Freedom Jazz Dance
Les festivals de l’été renouent avec les velléités émancipatrices du jazz… Comme un avant-goût de révolution ?
La présence tutélaire du saxophoniste, musicologue et militant Archie Shepp témoigne du vent révolutionnaire qui soufflera sur les festivals cet été : son free jazz imprégné de blues fera le bonheur des spectateurs de Porquerolles, aux côtés du rapper américain Napoleon Maddox. Le festival insulaire, dirigé par le documentariste Franck Cassenti, offre une pléiade d’improvisateurs hexagonaux et internationaux, dont le batteur Daniel Humair… que l’on retrouve à Jazz Fort Napoléon (La Seyne sur Mer) qui invite aussi le coltranien David Murray, dont le Black Saint Quartet développe un répertoire de colère post-Katrina. Les Marseillais auront l’insigne honneur de retrouver Archie Shepp en conférence à l’Alcazar, avant son set plus « classique » à Jazz des Cinq Continents… A Hyères, gangsta-jazz (Jason Moran) et free (Charles Lloyd) se combinent dans un duo explosif. Jazz militant ? Le Charlie Jazz Festival propose la session la plus insurrectionnelle : la pianiste Carla Bley développe un répertoire « romantique » avec le trompettiste sarde Paolo Fresu ; le trio Sclavis/Romano/Texier joue ses carnets du continent noir comme autant de refus de la Françafrique ; le big band lyonnais de La Marmite Infernale accompagne le Chœur Métropolitain Nelson Mandela, chorale de quatorze chanteuses et chanteurs. Gageons qu’il faudra se lever poings dressés pour chanter Le Chant des Partisans, Les Canuts et moult hymnes sud-africains, et qu’il faudra pousser les chaises pour remuer du bassin sur des grooves infernaux lorgnant vers l’afro-beat… Dans ce phalanstère de la note bleue, actif toute l’année avec une excellente programmation et des ateliers dirigés par le vibraphoniste Bernard Jean, il fera bon déguster la cuvée 2008, enluminée par les projections expressionnistes de Jérémy Soudant et chaptalisée par les fanfares et excellentes premières parties. Retenons particulièremenr la création Dress Code, avec à la rythmique les Marseillais Bec (batterie) et Tailleu (contrebasse), qui ramènent de leurs pérégrinations extra-phocéennes cuivres et pianiste du tonnerre. Jazz dans les campagnes ? Avec le Herbie Hancock Quintet (Dave Holland à la contrebasse) dans son hommage à Joni Mitchell à La Roque d’Anthéron, c’est possible ! Transformer le jazz en vin avec Jazz à Beaupré, où Art-Expression nous convie au pied des vignes du château éponyme, ça l’est tout autant : le public dégustera le set aux consonances jamaïcaines du Monty Alexander Sextet, se délectera du duo pianistique Aronov/Ménillo et s’enivrera de l’émouvant jazz pop oriental du Yaron Herman Trio. Tout cela dans la continuité des bœufs et ateliers organisés, dans les mas du Pays d’Aix durant l’année, sous la houlette du Maître Roger Ménillo. Vent de liberté dans les villes… A Marseille, le festival Jazz des Cinq Continents recentre sa programmation sur l’authenticité : les divas Diana Reeves ou Stacey Kent feront swinguer ; Sandra Nkaké, grande voix du circuit électro-jazz, mettra le feu à Longchamp, et Marcus Miller nous infligera une correction de groove à grands coups de basse. Au fait, c’est gratuit à Toulon pour les sets de Robin Mac Kelle et, surtout, l’ultra hard-bop funky de Stefano di Battista ! En août, Nice revient à une programmation plus « jazzistiquement » correcte avec, notamment, la révolution musicale du Return to forever de Chick Corea et Stanley Clarke. Juan Les Pins, pour sa part, fait dans la hype mais n’en aligne pas moins le légendaire trio Garrett/Peacock/De Johnnette… Enfin, toutes ces insurrections musicales seraient vaines sans la révolution permanente prônée par les camarades du Cri du Port à Marseille ou de l’AJMI en Avignon, qu’on se languit déjà de retrouver à la rentrée… pour encore plus de liberté.
Laurent Dussutour

Les 10 bonnes raisons de (se) faire un festival
Disons-le tout de suite, on a tout de même passé une année difficile. Un pays obsédé par un pouvoir d’achat en berne (les infos nous montrent des gens accrochés à leurs caddies hantant les rayons des promotions comme des âmes en peine), des produits de base qui augmentent mais pas les salaires, des mouvements sociaux en rafales, bref, la sinistrose. Et la culture dans tout ça, me direz-vous ? Et bien elle est toujours là et même partout. On peut s’étonner du peu de poids de notre Ministre de la Culture (à côté, Garcimore crève l’écran) mais « ça » bouge. Et oui. C’est-à-dire que des gens continuent de se démener pour obtenir des lieux où travailler et proposer une parole différente. A Marseille, la galéjade de Marseille Capitale de la Culture 2013 est devenue un projet fédérateur et cohérent qui s’est affiné et solidifié. Et le plaisir dans tout ça ? Et bien justement, c’est de ça dont il s’agit. Parce que la culture, c’est aussi (mais pas seulement) du plaisir. C’est du divertissement au sens noble du terme, pour les sens et pour l’esprit. Pour cela, vous trouverez dans ce numéro un recensement de festivals : l’agenda exhaustif des festivals marseillais et une sélection de festivals dans la région. Des musiques actuelles, du classique, du jazz en passant par la world music, du théâtre et de la danse, en espérant que vous n’oublierez pas de profiter au maximum de votre été à l’aide de notre guide des vacances culturelles. Avant que l’on se retrouve tous à la rentrée, le 17 septembre pour une nouvelle saison. Parce qu’il faut se faire du bien. Parce qu’on l’a bien mérité. Parce qu’on va découvrir des artistes. Parce qu’on va retrouver ceux que l’on connaît déjà et qu’on aime. Parce que c’est l’été et que c’est le moment. Parce qu’il fait beau et chaud. Parce qu’il y en a pour tous les goûts et pour tous les budgets. Parce qu’on va s’en mettre plein les yeux et les oreilles. Parce que comme disait l’autre : c’est bon pour le moral, c’est bon pour le moral…
L’équipe de Ventilo
Infra-basses en stock, emprunts à la micro-music… Cinq ans après la sortie de leur précédent album, les Svinkels n’ont pas pris résidence au fin fond de l’Ardèche. Ils sonnent aujourd’hui résolument moderne, et Dirty centre va chercher ses instrus du côté du crunk et de la « Miami bass ». Ils soignent donc leur retour (sans Dj Pone qui, avec Birdy Nam Nam, est lui aussi parti taquiner l’electro), et leurs textes provoquent toujours le rictus avec second degré. Rois de la finesse, ils ne nous épargnent pas avec Du PQ pour mon trou-trou, le blues du tox, ni même leurs fans avec C’est des cons : « ils boivent du gros rouge qui pique dans des bouteilles en plastique. ». Album entêtant, Dirty Centre devint addictif dès la deuxième écoute… Déjà l’un des disques de l’été !
dB
Le label anglais Warp, qui a réussi le tour de force de s’extraire, au fil des ans, de son statut de défricheur ès-électronique de pointe pour s’aventurer avec bonheur vers des contrées où l’électricité domine (Maximo Park, Gravenhurst, Battles…), nous montre une fois encore qu’il a le nez fin. C’est au Canada, terre fertile s’il en est musicalement parlant, qu’il a déniché ce trio de gamins (vingt ans de moyenne d’âge) dont le premier album évoque tout un pan de l’indie-rock américain avec une évidence désarmante. Des Talking Heads de ’77 à Vampire Weekend, les références filtrent mais n’occultent jamais une forte personnalité, à la fois complexe et rudimentaire, braillarde et mélodique. Dans le genre, le groupe le plus frais du moment.
PLX
Après avoir encanaillé les nuits marseillaises à grands coups de « beats » en compagnie de la fine fleur de la scène électro marseillaise, Monsieur Clouseau et Lord Library ont décidé de faire rougir vos oreilles. Mélomanes à leurs heures perdues et érotomanes à plein temps, les deux maîtres de cérémonie des mythiques Parties Fines ont passé en revue toutes les musiques de films érotico-pornographiques des années 70 pour n’en sélectionner que le plus doux des nectars. Soit 15 titres, aux mélodies (h)é(té)rogènes et sans tabous, qui varient allègrement plaisirs, styles et autres positions — de l’énergie brute du disco au funk torride, de balades vaporeuses en comptines électroniques. Voilà la bande-son idéale de vos futures siestes estivales et crapuleuses.
HS
N*E*R*D – Seeing sounds (Interscope/Polydor)
Kenna – Make sure they see my face (Interscope/Polydor)
Quand on pilote un groupe comme N*E*R*D, que l’on a produit la crème de la pop sous l’entité Neptunes et que l’on brasse des millions, on est attendu au tournant. Il faut donc le dire : le nouvel album de N*E*R*D est moins bon que ses deux prédécesseurs – vitaux. Le détonnant amalgame de soul, pop et rock est ici plus hétéroclite, moins inspiré, lorgnant parfois vers le r’n’b futuriste de Timbaland (à quoi bon ?). Mais N*E*R*D reste bien sûr au-dessus de la mêlée : ses productions et son sens du crossover déchirent. Leur protégé Kenna tente pour sa part une approche mainstream : imaginez un afro-Américain qui se prendrait pour Coldplay à lui tout seul, avec les Neptunes en guise de Brian Eno… Inégal, mais osé.
PLX
On raconte que la foudre ne frappe jamais deux fois au même endroit. Un vieil adage populaire qui n’a jamais dû arriver aux oreilles de Shara Worden qui, deux ans après avoir électrocuté la pop avec l’éblouissant Bring me the workhorse, nous revient avec un second album, forcément, du tonnerre. Où folk teinté de cordes soyeuses, rock divin tendance teutonique, roucoulements frissonnants se télescopent et convoquent Sufjen Stevens, Antony, Richard Wagner et Jeff Buckley. Pourvoyeuse, à l’instar de ses copines mélomanes (Joan as Police Woman, Joana Newsom), d’un songwriting gracieux et vertigineux, qui se pose en solide rempart contre la médiocrité, la laideur et la pesanteur, Shara Worden ne peut-être qu’un ange. L’écouter, c’est s’élever.
HS
« Où finit l’hommage, où commence le pillage ? », se demandait Jimmy Page il y a quelques années. C’est en effet la question que l’on est en droit de se poser à l’écoute de ce pétillant Freedom Wind, composé « à la manière » des Beach Boys. Des chants en canon aux orchestrations hallucinantes, des lignes de basse façon Pet Sounds aux ambiances décalées de Smile, sans oublier la pochette, en forme de clin d’œil à celle de All Summer Long, tous les titres de ce premier opus semblent tout droit sortis du cerveau joliment dérangé de Brian Wilson et fleurent bon le Summer of Love. Si les nostalgiques des « garçons de plage » n’y verront qu’une copie carbone, les profanes trouveront matière à se familiariser avec un des plus grands groupes de la pop music.
HS
On pourrait annoncer l’arrivée de John Matthias sur la scène folk avec une grandiloquence inappropriée, collant ici et là des étiquettes vendeuses du genre : « produit par Coldcut ! » ou « a longtemps collaboré avec Thom Yorke… ». Si la sortie du second album de ce songwriter subtil nous incite à plus de retenue, ce n’est pas parce que le disque nous déçoit – loin de là – mais plutôt parce que John Matthias nous propose ici une forme d’introspection musicale minimaliste qui s’accorde assez mal avec les effets d’annonce. La réussite du disque tient surtout à l’adéquation parfaite entre l’instrumentation et la voix, qui ajoute à la beauté lascive de ces douze vignettes aériennes une forme bien rare de justesse.
nas/im
De la structure londonienne Soul Jazz, on a surtout l’image d’un modèle en matière de rééditions, essentiellement tourné vers les musiques noires (du reggae au « rare groove » en passant par des sonorités plus latines). C’est oublier un peu vite que ce label reste aussi très ancré dans son époque, ainsi qu’en atteste son intérêt pour le dubstep, dernier gros courant à Londres, à la croisée du dub et du 2-step. Soul Jazz sort en effet des maxis (réunis sur la série Box of Dub) et aujourd’hui cette compilation en guise d’introduction au dubstep : on y croise les héros du genre (Benga, Shackleton, Kode9…), ses racines et ramifications, sur fond de basses dantesques et d’échos lointains d’une Jamaïque passée au filtre du numérique. Idéal pour chiller.
PLX
Grâce soit ici rendue à Syd Matters, le projet du Français Jonathan Morali, dont l’écriture fine et délicate (autant parler de « songwriting ») n’a rien à envier à ses homologues anglo-saxons en matière de folk lunaire. La réédition de ses trois albums tombe aujourd’hui à point nommé pour bercer vos après-midi d’été, de préférence à l’ombre, au fond du jardin. Concrètement, cela donne un indispensable premier album enrichi du maxi qui l’a fait connaître (Fever in winter, shiver in june), en format cartonné à prix spécial. Même formule pour le second, avec cette fois quatre titres enregistrés « live » en bonus. Enfin, son récent Ghost days ressort en double CD digipack, avec quelques inédits et vidéos.
PLX