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mai 2008

[21 mai 2008] Melting Pot 224

Soigne ton style
Attention, les toubibs du style débarquent. Si tu es looké kéké et mal repassé, ou si tu cherches ton style, n’attends plus ! Mademoiselle Agnès, la spécialiste cathodique de la mode, a conçu pour Philips, l’expert du repassage, un Style Book. Ce carnet sera distribué par les « Style Doctors » qui s’installent pendant trois jours à Marseille avec leur show room itinérant. Au programme : une analyse stylistique personnalisée, mais aussi des conseils au top pour l’entretien des vêtements. Dès maintenant, en surfant sur la plate-forme web et en envoyant une photo de leur silhouette, les internautes bénéficient d’une consultation personnalisée : couleurs, matières et entretien des tissus. Une afer à suivre !
Du 23 au 25 sur la plage du Prado à Marseille. Rens. www.philips.fr/chictouslesjours

Bruncher branché
Au mois de mai, on fait ce qu’il nous plaît. Comme d’aller bruncher un dimanche, en plein air, en famille et en musique. On se régale avec la carte à petits prix de ce Barbecue : un menu avec salade ou burgers salés ou sucrés. Le bar propose à la fois un cabanon de bière locale, La Cagole ou des Bloody Mary by Absolut Vodka, mais aussi jus de fruits et sodas. Ambiance musicale garantie toute la journée par des djs : funk, hip-hop old school ou soul-jazz. Les minots ne sont pas oubliés grâce à l’aire de jeux de 450 m2 avec animations : mini cinéma, prestidigitation, parcours ludiques ou personnalisation de t-shirts. Le plus ? L’intégralité des recettes du prix d’entrée (2 € seulement) est reversée à l’Unicef.
Le 25 de 12h à 19h aux Grandes Tables de la Friche (12 rue François Simon, 3e). Entrée sur prévente uniquement chez Kulte (9 rue du Jeune Anacharsis, 1er), Corezone (8 rue Montgrand, 6e et 20 rue Granet, Aix-en-Pce)

A votre santé
L’été arrive avec le soleil et les vacances. C’est le bon moment pour faire le point sur notre hygiène de vie, les risques de l’ensoleillement excessif, le stress et la fatigue accumulés toute l’année. Pour que l’on puisse buller sous les palmiers ou en terrasse sans stress, les Mutuelles du Soleil ont élaboré avec des professionnels de la santé une tournée de la forme. Au programme : bornes interactives, quizzs, jeux pour gagner des séances de relaxation, mais aussi des livrets de recette ou des kits de massage. Des professionnels de la santé se tiennent à la disposition dans le bus de la forme pour délivrer conseils et astuces afin de protéger notre capital santé.
Les 27 au 28, de 9h à 17h devant le cinéma Le Prado et le Café La Samaritaine (Vieux Port). Rens. www.sante-mutuellesdusoleil.fr

La fille d’à côté
Enfin l’occasion rêvée pour aborder le/la voisin(e), celui/celle sur qui on louche timidement dans l’ascenseur. La neuvième édition de la Fête des Voisins vient à la rescousse du plan loser : on repère une cour, un hall d’immeuble pour se regrouper à plusieurs immeubles ou pavillons, on retire une affiche chez Monoprix, à la mairie du secteur, dans les agences FNAIM ou sur le site. On la placarde dans le hall, en précisant l’heure de l’apéritif entre voisins, puis on glisse les cartons d’invitation dans les boîtes aux lettres ou sous les paillassons. Comme on tombe pile dans le cadre du programme Voisins Solidaires, on pourra faire semblant de s’émouvoir sur le cas de la vieille dame seule du premier, en glissant son numéro de portable entre deux chips.
Le 27. Rens. www.voisinssolidaires.fr ou www.immeublesenfete.com.

Marseille - Kaboul
Un morceau du savoir-faire des artisans des territoires afghans et de ses régions frontalières prend place au cœur de Marseille. Issue d’une lignée de tailleurs polonais, Rachel Szymbowicz a parcouru l’antique route de la soie en s’initiant peu à peu aux techniques de réalisation et aux pratiques de tissage des différentes écoles. Elle en a ramené un panel d’œuvres chargées d’histoire, rescapées des pillages et des années de guerres : des tapis, des bijoux tribaux, des châles brodés et des tentures. Chaque pièce est unique et constitue un témoignage précieux, la démonstration d’un talent en voie d’extinction, venu de ces maîtres artisans du bout du monde.
Les 30 et 31 au Ryad (16 rue Scénac de Meilhan, 1er). Rens. 06 64 89 55 13

[21 mai 2008] Emmanuel Loi - Spooky Tooth (Le mot et le reste)

millefeuille-emanuelle-loi.jpgLa maison marseillaise Le mot et le reste a eu la bonne idée de lancer la collection Solo qui donne l’occasion à des auteurs — pas toujours spécialisés en musique — de raconter à la première personne l’émotion ressentie à l’écoute d’un 45 tours, d’un album, d’un concert ou simplement le choc qu’a pu provoquer chez eux une pochette de disque. Moment singulier, rencontre fondatrice, le ton est toujours plus proche de la confession que de l’encyclopédie, et les mots servent ici à se raconter à travers un objet, un moment. Si le groupe anglais Spooky Tooth ne vous a pas laissé des souvenirs impérissables, rassurez-vous : ils sont plus décor que sujet, prétexte que texte. Le format est court, l’objet soigné, et le récit recèle quelques petits moments de bonheur littéraire lorsque Emmanuel Loi se laisse aller à de surprenantes figures de style.

nas/im

[21 mai 2008] Tanquerelle & Benoît - La communauté, tome 1 (Futuropolis)

millefeuilles-tanquerelle.jpgCe premier tome d’un diptyque est la retranscription en bande dessinée de discussions entre Hervé Tanquerelle et Yann Benoît, son beau-père et cofondateur d’une communauté au début des années 1970. Au fil des pages, on suit la réflexion qui a conduit un groupe de jeunes à s’installer en communauté dans la campagne nantaise et on assiste à l’élaboration de celle-ci. Les auteurs se mettent en scène, figurant par là le recul qu’ils ont sur les événements, Tanquerelle posant toutes les questions qui s’imposent, qu’elles soient naïves ou empreintes d’un peu de provocation. Le dessin marie différents styles et techniques en fonction des situations contées, n’hésitant pas à être tour à tour proche de la ligne claire ou presque expressionniste. Il résulte de tout cela un album dense, ludique, drôle et riche en réflexions enrichissantes.

BH

[21 mai 2008] Dominique Grange & Jacques Tardi - N’effacez pas nos traces : 1968/2008 (Casterman)

millefeuilles-dominique-gra.jpgTardi ne pouvait pas être absent de ce quarantième anniversaire. En fait, si, il le pouvait, mais tel n’a pas été son choix. Et, loin de se fourvoyer en offrant un énième et vague ouvrage commémoratif, il cherche à rappeler, avec l’aide de Dominique Grange, vieille compagne de route, chanteuse à ses heures, les fondamentaux de l’idée même de révolution. On parcourt ainsi, en chant et en images, quarante années (et plus) de grèves et de luttes sociales : Mai 68 évidemment, mais aussi le Chili, la SNCF, Billancourt, etc. On prend conscience ici que les révoltes, les idéaux qu’elles transcendent, se tournent vite en symboles distants et distanciés. Le titre de ce livre n’en prend alors que plus de signification : N’effacez pas nos traces… N’effacez pas le sens, pourrait-on rajouter.

LV

[21 mai 2008] Giménez & Fonollosa - Je t’ai aimé comme on aime les cons (Dargaud)

millefeuilles-Gimenez-Fonol.jpgMiranda vient de vivre pendant quatre ans avec Pedro, loin de sa Valence natale. Cette histoire d’amour — enfin ! — terminée, elle retourne dans sa famille et, plus largement, dans un environnement urbain qui lui convient mieux. Elle en profite pour se remémorer ce qu’elle a vécu avec Pedro… Cette chronique n’a rien d’extraordinaire et c’est ce qui fait son intérêt, sa force et son charme. Les auteurs nous content une vie banale dans laquelle chaque tentative pour rompre la routine est rejetée. Si le titre — direct, explicite et particulièrement juste — annonce la couleur, les cent douze pages de l’album ne cessent de la préciser et soulignent que la lucidité ne suffit parfois pas pour arriver à se défaire d’un amour plombant et blessant. Si cet album est sans prétention, il est tout à fait éclairant.

BH

[21 mai 2008] L’âge d’or du X - (France – 2006) de Nicolas Castro (Studio Canal)

dvd-age-d-or-x.jpgSuite logique de la libération sexuelle de la fin des années 60, la représentation du sexe au cinéma allait sortir des caves obscures où elle était confinée — la projection de petits films pornographiques restait avant cela l’apanage des maisons closes —, et envahir les centres villes au cœur d’un marché florissant de salles classées X. Cet âge d’or, un peu moins d’une décade, avant que les fourches caudines de la censure ne s’emparent du problème, fut réellement le théâtre d’une expression jubilatoire de liberté, de rébellion, d’anarchisme sadien. Le sexe finissait par passer lui-même au second plan, seul comptait le sentiment des peuples de jouir de leur vie, de leur libre-arbitre, de leur corps. Ainsi en témoignent, comme nous le révèle ce documentaire, les opus suédois déjantés d’Anna Bergman, fille d’Ingmar, ou le psychédélisme d’un Behind the green door.

EV

[21 mai 2008] Belzec - (France – 2005) de Guillaume Moscovitz (Ad Vitam Distribution)

dvd-belzec.jpgBelzec est un double symbole : c’est d’une part l’un des premiers camps d’extermination nazis, mais également l’un des premiers à avoir été démantelé par ces mêmes bourreaux. Dans l’histoire de la Shoah, Belzec est rarement cité. Il fut pourtant, à l’instar de Treblinka, l’un des lieux clé de l’extermination des juifs polonais. Or, l’une des dominantes de ce plan d’anéantissement était justement d’effacer les traces de l’impensable. Là se nourrit le terreau du négationnisme, et le film l’exprime très bien, alimenté par les nazis eux-mêmes. Plus de 600 000 juifs y furent exterminés en l’espace de quelques mois, jusqu’à ce qu’Hitler décide de fermer le camp, et d’en effacer toutes traces, continuant ailleurs ses sordides desseins. Aujourd’hui, à la place des fours, s’élèvent de grands arbres ; les deux rescapés de Belzec sont décédés, et le lieu, à la frontière ukraino-polonaise, est redevenu ce village silencieux que parcourt le réalisateur.

EV

[21 mai 2008] Sex and zen - (Honk Kong – 1994) de Michael Mak Tong Kit (HK Video)

dvd-sex-and-zen.jpgA l’orée des années 90, le cinéaste hong-kongais Michael Tong Kit adapte l’une des œuvres majeures de la littérature érotique chinoise. L’action se déroule dans la Chine médiévale, où les valeurs d’un homme se mesuraient à ses capacités sexuelles. Une rocambolesque histoire permet par la suite d’aborder la place du sexe dans la société. L’adaptation cinématographique est à la hauteur de la réputation du livre, et s’impose comme l’une des références du genre. L’acte sexuel, jamais montré, est cependant fortement suggéré, et objet de toutes les extravagances visuelles. Une explosion de couleurs, une reconstitution minutieuse, une qualité d’édition et de travail d’images qui font de ce film un petit bijou d’humour et d’érotisme fougueux.

EV

[21 mai 2008] Quiero Vivir - (France – 2005) de Muriel Brenner (Vocations record)

dvd-quiero-vivir.jpgLa réalisatrice pose un regard juste et sans complaisance sur un pays en crise profonde : la Bolivie. Un film autoproduit, sublime, qui connut malheureusement une sortie en salles plus que confidentielle. Au travers une série d’entretiens et de portraits d’hommes, de femmes, d’enfants, errant pour certains dans les hauts quartiers de La Paz, Muriel Brenner interroge avec une pudeur rare la souffrance de ces laissés pour compte, que le gouvernement laisse, bien qu’il s’en défende, à l’abandon. On plonge dans l’immense bidonville qu’est El Alto, où les discriminations sont évidentes à l’égard des Indiens. Au début timides, les paroles se délient, la caméra s’apprivoise, les enfants des rues dénoncent. Le film s’arrête à l’élection d’Evo Morales, premier président indien du pays, dont on ne sait encore aujourd’hui quel est le réel champ d’actions.

EV

[21 mai 2008] Portishead – Third (Island/Barclay)

galette-portish.jpgPlus personne de vraiment sérieux n’attendait grand-chose de Portishead, dix ans (!) après. D’où cette monumentale claque. Oubliez tout ce que vous savez sur le trip-hop, ce courant bâtard que « l’autre trio de Bristol » a contribué à faire naître. Et place aux guitares (le discret Adrian Utley sort enfin de l’ombre), à la menace permanente (Geoff Barrow réinvente totalement les climats). On nage toujours en plein film noir, mais la mélancolie a laissé place à la tension : ce film-là fout les jetons. Hitchcock plus que Cassavetes. Et la voix de Beth Gibbons, inaltérable… Finalement, Portishead suit le même chemin que Massive Attack : un premier disque pour définir, un second pour enfoncer le clou, un troisième pour terrasser la concurrence. Leur Mezzanine à eux.

PLX

[21 mai 2008] Jamie Lidell - Jim (Warp/Discograph)

galette-jamie-lidell.jpgIl est des formules très simples et très pratiques. Des petites phrases toutes faites qui ne laissent pas de place au doute. Des mots qui en disent plus que d’autres. L’entrée est indirecte mais la matière certaine : Jamie Lidell est un génie ! Après l’excellent Multiply, qui demeure à ce jour l’un des meilleurs exemples d’afro-funk électronique, l’excentrique Anglais joue cette fois-ci au soulman, aussi convaincant en crooner que pouvaient l’être ses aînés de la Motown ou de Stax. Stevie Wonder et Shuggie Otis ne sont jamais très loin, et les prêches profanes de Jim résonneront encore longtemps dans nos oreilles. Pour écouter, pour danser, pour faire l’amour, bref, pour la vie !

nas/im

[21 mai 2008] dEUS - Vantage point (V2/Universal)

galette-dEUS.jpgdEUS ou la grâce permanente. Révélé il y a quinze ans via un Worst case scenario arty et adoubé à la fin du siècle dernier avec le merveilleux The ideal crash, le combo d’Anvers fait partie, avec Radiohead, Portishead ou Blur, du club très fermé des groupes au parcours sans faute. Ce que confirme l’excellent Vantage point — du nom du studio flamand où ont été enregistrées ces treize nouvelles pépites. Vertigineux (Oh your god), dansant (Slow), canaille (The architect) et sexy (When she comes down), ce cinquième opus semble avoir été écrit en réaction au précédent, le trop sombre et statique Pocket revolution. Comme si l’électrique et animal Tom Barman avait décidé de revenir aux fondamentaux du groupe : extatiques et lumineux. dEUS soit loué.
HS

[21 mai 2008] Lonely Drifter Karen - Grass is singing (Crammed)

galette-Lonely-Drifter-Kare.jpgA la première écoute, le projet de la belle Autrichienne Karen semble s’inscrire dans la droite lignée de ce que nous propose depuis quelque temps la nouvelle scène cabaret bohème new-yorkaise, et l’on pense bien souvent à Antony, Little Annie et Baby Dee. Pourtant, au fil des plages (pas toutes ensoleillées mais néanmoins splendides), on découvre, derrière une modernité assez tendance, tout ce qui faisait le charme des comédies musicales d’après-guerre : des mélodies simples et accrocheuses, et une voix féminine qui mime aussi bien la candeur que la sensualité. On pense bien souvent à la légèreté de My fair lady et Hello Dolly ! C’est certain : avec une telle musique, nous vivrons un été en pente douce.

nas/im

[21 mai 2008] M83 - Saturdays = youth (Virgin/EMI)

galette-M83.jpgEcoutés sans aucune flèche ou indication, façon blind test, les onze titres qui composent le cinquième opus de M83 pourraient aisément passer pour des inédits de la pop des années 80, piqués dans le répertoire des grands noms de ladite époque. Délaissant ainsi les expérimentations sonores des débuts — à la My bloody Valentine, Mogwai, Sonic youth… — Anthony Gonzalez, nostalgique de son adolescence musicale, rend un hommage appuyé à la bande-son qui illuminait ses samedis antibois et adoucissait le spleen dominical, celle qui l’a fait grandir et amené à devenir musicien. Aussi, en convoquant les fantômes de Talk Talk, Tears for Fears, Kate Bush et autres Cocteau Twins, petit Gonzalez nous dit qu’il n’aura jamais l’âge de raison. Tant mieux.

HS

[21 mai 2008] September Malevolence Vs Audrey

galette-After-this-darkness.jpgSeptember Malevolence - After this darkness, there’s a next (5ive Roses/ La Baleine)
Audrey - The fierce and the longing (5ive Roses/ La Baleine)
Comme l’a dit très justement notre rédactrice en chef putative — ce n’est pas un gros mot, mais un sacerdoce —, on croyait les Canadiens maîtres incontestés du post-rock. C’est pourtant de Suède, après les petits Suisses d’Equus, que viennent cette fois-ci September Malevolence et Audrey. S’inscrivant dans la lignée contrariée de Godspeed, Low et Mogwai, ou le calme avant la tempête sous Tranxene, la musique des garçons de September, tout en structures alambiquées et somptueuses montées en puissance, est tout bonnement lumineuse. Ainsi de celle des jolies pépées d’Audrey, envoûtante et cafardeuse, mais portée par le chant en canon façon dreampop de Cocteau Twins ou Under Byen. Du post-rock enfin suédé ? C’est Gondry qui va être content.

HS

[21 mai 2008] Son of Dave Vs C.R. Avery

galette-Son-of-Dave.jpgSon of Dave - 03 (Kartel) C.R. Avery - Magic hour sailor song (Cornklakes Zoo/Bongo Beat)
La sortie de ces deux albums met en lumière d’une manière évidente les étroites relations qu’entretient la nouvelle génération de songwriters avec le blues ancestral et fondateur. Oubliez les guitares en bois et la poussière du Sud profond, ici les outils sont modernes, et les auteurs n’hésitent pas mêler les genres afin d’insuffler un peu d’air frais à la tradition. Du hip-hop/blues gonflé à la beatbox de Son of Dave (ancien des Crash Test Dummies) au spoken word illuminé de C.R. Avery, le bleu des villes et le bleu des champs se racontent au présent, un peu comme si Tom Waits et Rahzel avaient conjuré ensemble la légendaire malédiction du carrefour pour passer du crossroad au crossover.
nas/im

[21 mai 2008] Kid Creole – Going places : the August Darnell years (Strut/Pias)

galette-kid-creole.jpgBeaucoup ne retiennent de Kid Creole que l’image un peu bouffonne de l’amuseur funky-pop flanqué de ses choristes, responsable de quelques hits hauts en couleurs au début des 80’s. Juste… mais incomplet. Le label anglais Strut, avec l’aide d’un fan érudit (Guido Minisky), dévoile ici quelques titres emblématiques des différents projets d’August Darnell (son autre pseudo) en tant que musicien ou producteur (essentiellement pour des artistes liés à l’un des labels-clef de la scène new-yorkaise d’alors : Ze). On découvre les prémices de son fameux brassage entre calypso, funk, disco et pop, en regrettant d’autant plus amèrement que le label Ze n’ait toujours pas réédité ses albums « officiels ». Celui-ci se serait-il ramassé après avoir ressorti l’intégrale de… Lio ?

PLX

[21 mai 2008] Sixteen Horsepower Vs Gun Club

galette-16-horse.jpgSixteen Horsepower – Live march 2001 (Glitterhouse/Differ-Ant)
Gun Club – Larger than live ! (Last Call/Wagram)
Fondé par un petit-fils de pasteur américain (David Eugene Edwards) et deux Français à la section rythmique, Sixteen Horsepower avait su digérer l’héritage de ses prédécesseurs tels Gun Club ou les Violent Femmes. Depuis, Edwards a fondé Woven Hand, projet dans lequel s’expriment toujours ses racines US (blues, gospel, country…) et sa foi inébranlable, mais c’est Sixteen Horsepower qui restera dans l’Histoire (normal : c’était son premier groupe). Le hasard du calendrier veut qu’un live extraordinaire (enregistré en intégralité) sorte au même moment qu’un autre du Gun Club (doté lui aussi d’un excellent son). Edwards et Jeffrey Lee Pierce, deux hommes qui envisageaient le rock avec les tripes. Et une profondeur d’âme supérieure à la moyenne.

PLX

[21 mai 2008] V/A - Nowhere : 10 ans de life style en live au Furia (Nowhere/Discograph)

galette-nowhere.jpgNowhere est un collectif à géométrie variable qui fédère depuis dix ans des groupes en prise directe avec la scène néo-metal américaine. A cette époque et pour la première fois, on pouvait entendre des groupes qui, en français, leur donnaient le change. Depuis, certains sont parvenus à des sommets (signature Sony et tournée au japon pour Pleymo), d’autres ont disparu. Restent Enhancer, Pleymo, Wunjo et récemment Vegastar (Aqme ayant quitté le collectif) qui soufflent leurs dix bougies au Furia Festival (Cergy-Pontoise) et interprètent ici leurs tubes en mélangeant les line-up. En plus des versions audio et vidéo du live, on trouve un docu émouvant sur le collectif, avec des images d’archives qui nous rappellent cette période d’intense effervescence musicale.

dB

[20 mai 2008] Brèves 224

Découvrir et « entendre » Marseille — son territoire et ses enjeux, son histoire et son urbanisme… — autrement, tel est le but d’Engrenages, manifestation sonore et radiophonique initiée par Grenouille-Euphonia, dont la principale particularité est d’associer les publics au processus de création et de réception. En témoignent les projets menés par le collectif grenoblois Ici Même — « concerts de sons de ville » (flâneries aveugles à travers la ville guidées par un accompagnateur) ou cinéma radioguidé (parcours pédestre guidé par des instructions radiophoniques) — ou les randonnées sonores à vélo (promenades collectives à deux roues au son des expérimentations de Guillaume Beauron). Documentaires sonores, pique-nique radio au bord de l’eau, écoute du numéro radiophonique de Café Verre sur transat et débats viennent compléter une programmation originale, à suivre sur les ondes de la Grenouille (88.8 FM) et dans l’espace public du 21 au 25. Ecoutez, ça n’a rien à voir… Rens. www.grenouille888.org / http://euphonia.over-blog.org

S’il est un secteur de l’édition qui n’a pas souffert de l’avènement des nouvelles technologies, c’est bien l’illustration. Au contraire, surfant sur le succès rencontré par les blogs dessinés, les BD se vendent comme des petits pains et l’illustration jeunesse ne s’est jamais si bien portée… Une belle santé que vient confirmer la deuxième édition de Passion d’Images, proposée par l’association Sur la place. Les 23 et 24, l’Alcazar accueillera chantres (notamment Jean Claverie, auteur du célèbre Little Lou) et jeunes pousses de l’illustration (les excellents Lisa Mandel et Vincent Gravé) pour faire le point sur cette pratique et ses enjeux, via des débats et des tables rondes. En parallèle de ces rencontres, quatre expositions proposent un large panorama des merveilles que recèle une discipline artistique qui ne cesse de se renouveler. Rens. 04 91 54 48 76 / http://surlaplace.free.fr

Les images ont fait le tour d’Internet : en pleine gare centrale de New York, une centaine de personnes se figent pendant quelques minutes, sous le regard étonné, anxieux ou amusé des passants. Elles viennent de réaliser un « Freeze », manifestation pacifique et artistique sans aucune autre signification que d’être dans une (in)action commune, un court instant. Depuis, les événements se multiplient à travers le monde. Samedi 24 à 18h, Marseille fait son Freeze sur la Canebière, entre la rue Saint Ferréol et le Vieux Port, à l’initiative du Théâtre de Proposition et de Tarik and Co. Rendez-vous à 17h30 devant l’entrée de la cathédrale de la Major pour synchroniser montres et téléphones portables.

Laïcité, liberté sexuelle, place de la femme, rôle de l’art, nouvelles formes de la lutte politique… N’en déplaise à notre petit Président, les événements de Mai 68 ont posé les jalons d’une nouvelle société, plus juste et plus libre. Pourtant, quarante ans après, les conquêtes issues de cette période sont encore très fragiles et, même si on frôle l’overdose médiatique, il semble important de débattre de cette révolution sociale. Dont acte avec la manifestation « Mai… Où en sommes-nous ? » proposée à la Friche le 24 par L’Observatoire Permanent de la Laïcité, l’Institut National de l’Audiovisuel Méditerranée, Alphabetville et Système Friche Théâtre. Soit une journée d’événements (débats, projections, expos, spectacles…) pour revisiter et interroger sur le plan historique les faits, effets et transformations de cette période (rens. 04 95 04 96 10 / www.lafriche.org). Le 31, le débat continue à la Fnac Centre Bourse, en présence des écrivains Daniel Picouly, Vincent Cespedes et Jean Viard, fervents défenseurs de cet héritage.

[20 mai 2008] Logement, matière de nos villes, à la Maison de l’Architecture

Plus belle la ville

Après Paris, Nasrine Seraji, architecte et directrice de l’école nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, propose sa rétrospective Logement, matière de nos villes à la Maison de l’Architecture. Un siècle d’évolution de l’habitat, ses réalités et ses utopies.

archi-Nemausus.jpgL’idée est ambitieuse : mettre en exergue « cent réalisations qui ont nourri la pensée urbaine » dans un XXe siècle qui a connu de multiples tourments économiques, sociaux et deux guerres mondiales. Une époque de mutations qui représente une formidable opportunité pour l’urbaniste de mettre en pratique sa réflexion sur l’homme et son mode de vie. Dont acte avec le travail de recensement dans toute l’Europe réalisé par Nasrine Seraji. La mise en scène de l’exposition prend la forme d’une frise chronologique dans laquelle on chemine à la découverte de cent logements collectifs entre 1900 et 2007. Au-delà d’une écriture plastique forte, leur point commun réside dans l’envie d’élever l’homme par son habitat. Les documents d’époque (photos, plans, coupes, coupures de presse) traduisent une volonté pédagogique qui place cette rétrospective en dehors du terrain des initiés, pour celui du grand public en donnant une valeur patrimoniale. Dans cette logique, on aurait aimé qu’elle soit, à l’image de sa grande sœur parisienne, aussi complète que le catalogue édité pour l’occasion (463 pages, autant dire un livre), qui reprend la chronologie ponctuée par des faits de société marquants et des articles de fond. Pourtant, grâce à cette mise en perspective, on appréhende la porosité entre le contexte politique, économique ou social et l’urbanisme. En témoigne le type de logement en terrasse initié par Henri Sauvages en 1912, très lumineux et aéré, recouvert de carrelage blanc afin de prescrire une cure d’air et de soleil à ses occupants pour combattre la tuberculose (maladie responsable à l’époque d’un décès sur huit). Ou ce paradoxe qui voit les contraintes budgétaires à l’origine de la monotonie des ZUP construites après guerre sur le modèle économique uniforme de la barre (toujours mieux que le bidonville, il est vrai), quand pour des logements sociaux comme le Némausus à Nîmes, Jean Nouvel innove par la forme et construit un habitat en duplex, traversant, avec terrasse, sans dépasser le budget global de ce genre d’opérations. Entre les deux, la pensée de mai 68 a fait son œuvre, « rendre le logement de l’employé supérieur à celui du bourgeois grâce à l’architecture.1 » A l’heure de l’extension du projet Euroméditerranée, cette exposition peut (doit ?) questionner le citoyen sur les projets qu’on lui propose et inviter les promoteurs à expliquer leur démarche. C’est par la pédagogie que naît l’acceptation des mutations d’une ville par ses habitants.

Damien Bœuf

Logement, matière de nos villes, jusqu’au 14/06 à la Maison de l’Architecture (12 bd Théodore Thurner, 6e). Catalogue du même nom édité aux éditions Picard.

  1. Françoise Fromonot dans Logement , matière de nos villes []

[20 mai 2008] La série sur le gâteau - Brothers & sisters

serie-Brothers-sisters.jpgA moins d’être passé à côté des deux grandes séries que sont Six feet under et Les Soprano, le sériephile averti sait combien le thème de la famille — avec ses blessures, non-dits et autres drames — a envahi le champ des séries américaines depuis une dizaine d’années. Jusqu’aux plus proches Desperate Housewives (tensions sourdes et secrets enfouis), Nip/Tuck (famille dé/recomposée) ou Big love (polygamie assumée), les scénaristes hollywoodiens n’en finissent plus aujourd’hui de redessiner les contours de la cellule familiale, en l’alimentant d’une dramaturgie intarissable. Objectif aussi simple qu’exigeant, la série contemporaine a donc décidé de régler son « conte » à la famille, de lui donner un coup de pied au cul(te), en interrogeant un bonheur domestique trop opaque pour être honnête et en sondant individuellement les âmes (en peine). Vaste et joli programme que l’on retrouve dans Brothers & sisters, nouvelle série d’ABC inédite en France — mais trouvable sur le Net pour les plus débrouillards d’entre vous. Suivant une trame narrative assez classique, plus proche des tourments soap de Dynastie que ceux anxiogènes des Sopranos, B&S débute après le décès du patriarche — tout comme Six feet under ou Dirty sexy money, dans laquelle on retrouve avec bonheur Peter Krause/Nathan Fisher. Ce trépas est l’occasion pour toute la fratrie de creuser la part d’ombre de la tribu, traversée par des révélations moins soudaines que glauques. Bien construite et sans temps morts, la série, écrite par Ken Olin, producteur d’Alias, et Greg Berlanti, créateur d’Everwood, vaut aussi et surtout pour son casting impeccable, dominé par deux actrices au sommet de leur forme : Calista Flockhart et Rachel Griffiths, découvertes respectivement dans Ally McBeal et, encore et toujours, Six feet under. Aux côtés de quelques autres grands acteurs — de Sally Field, éternelle Norma Rae, à Rob Lowe d’A la Maison Blanche, en passant par Ron Rifkin, le pourri d’Alias —, les deux jeunes femmes, fortes, drôles et sexy, font de leur renaissance cathodique les cerises sur le gâteau d’une série qu’on n’abandonnera pas de si tôt, juste pour les admirer. Et ce n’est pas rien.

Henri Seard

[20 mai 2008] Liberté d’expression

Se rincer l’œil, certes, mais pourquoi donc ? Ma nièce — qui a oublié d’être conne puisqu’elle ne répond pas à Dora lorsqu’elle lui demande bêtement d’appeler son sac à dos — me demandait l’autre jour avec l’insouciance de celles qui ne savent pas encore que les princesses font caca et que les rois portent plus volontiers des maillots de Valbuena que des cottes de maille : « Dis tonton, est-ce que se rincer l’œil rend sourd ? » se-rincer-l-oeil.gifSpontanément, là, comme ça, j’ai envie de dire oui, bien qu’il soit tout de même physiquement assez risqué et techniquement audacieux de se palucher en mettant ses gouttes. Peut-être n’y a-t-il d’ailleurs derrière tout cela qu’une vague histoire d’hygiène corporelle. De Gaulle a bien essayé de nous le cacher, mais on sait aujourd’hui que la fin du XIXe siècle fût une période de crasse sans précédent. Par réaction, les linguistes furent pris d’une véritable passion pour les vertus du nettoyage à sec. On se rinçait alors beaucoup de choses : le gosier, la dalle, le cornet et bien sûr l’œil. Le Français a ses raisons et il en va donc de la contemplation émue des jambes affolantes mises à nu par la magie du printemps, du rock-and-roll et de la minijupe comme de la boisson ; un plaisir éphémère et rafraîchissant qui se consume immanquablement dans les toilettes du sous-sol pour peu que l’on en abuse un peu trop. Mais revenons à la question qui nous intéresse moi et ma nièce : se rincer l’œil rend-il sourd ? Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer ce passage lumineux des Affinités érectiles où Goethe nous conte joyeusement et en allemand une ballade au pré entre Beethoven et son maître Haydn : « Ludwig Van : Pom, pom, pom-pom ; - Haydn : Tu pourrais quand même éviter de te rincer l’œil, pervers… ; - Ludwig Van : Hein ?!? ; Haydn : Non, rien… Tiens un cyprès. » CQFD.

Romain Carlioz

[20 mai 2008] Dixit 224

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[20 mai 2008] La Bonne âme du Se Tchouan et La Noce chez les petits bourgeois présenté à la Minoterie

Tonnerre de Brecht

Un hommage à Brecht sous forme de triptyque était présenté sur les planches de la Minoterie. Deux pièces emblématiques issues de l’œuvre de l’auteur allemand pour qui « le théâtre peut beaucoup là du moins où il y a suffisamment de vie. »

brecht.jpgLa Bonne âme du Se Tchouan met en scène une ancienne prostituée qui change de sexe en changeant de costume, tombe amoureuse et se démène avec le destin que lui a écrit Bertold Bretch. « A trop vouloir faire du bien aux autres, on finit par se faire mal soi-même » ou comment « trop bon, trop con » devient la comptine qui passe sur le tourne-disque de nos pensées tout au long de la pièce. La bonne âme vend du tabac : ça fume beaucoup sur le plateau, en passant par les neurones de cette bonne âme qui chauffent à force de chercher des solutions qui deviennent des problèmes. Du coup, pour les spectateurs fumeurs, les deux heures trente bien tassées de la pièce deviennent longues comme des blondes un dimanche férié sans briquet ni allumettes. Les fils tendus par la mise en scène tendent à se détendre un peu quand le silence n’offre pas d’écho convenable à l’intensité dramatique : une chanson ou deux seulement semblent (en toute subjectivité) être de trop. Le spectacle se veut généreux : le jeu tout en énergie de ces seize (!) acteurs sur scène sert la dimension tour à tour burlesque ou dramatique. En ces temps si rudes pour la culture, il est plaisant de voir un plateau chargé comme celui-ci. Après l’entracte, c’est La Noce chez les petits bourgeois : treize acteurs et trois musiciens, les mêmes que précédemment avec deux heures trente de spectacle dans les jambes. C’est drôle, décapant, original, haut en couleurs et en imbroglios corporels et sonores. On y voit Buster Keaton au milieu d’une famille mi-Addams mi-Simpson, une noce presque ordinaire, celle que tout le monde a pu connaître un jour, avec ses clichés et ses caricatures réussies. Une histoire de personnes qui veulent paraître mieux qu’elles ne sont, et qui restent finalement de simples… petits bourgeois. On souhaite vivement voir L’Opéra de Quat’sous monté par Haïm Menahem avec la même troupe pour clore ce triptyque Brechtien en Janvier 2009.

Texte : Raphaël Gimenez
Photo : Philippe Houssin

La Bonne âme du Se Tchouan et La Noce chez les petits bourgeois était présenté à la Minoterie jusqu’au 17 mai.

[20 mai 2008] Ça planche 224

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Bafouilles, tu vois bien qu’on ne peut rien te raconter
_Par les Ateliers du spectacle d’après Robert Pinget & G. K. Bradcock-Burnaby

Mahu voit le monde à sa manière, façon envers du décor, avec sa doublure et ses coutures. Il est sans cesse de l’autre côté du miroir, à l’instar d’une Alice au pays des merveilles contemporaine. Ainsi s’escrime-t-il à ne pas comprendre ce que tous les autres trouvent normal. Il possède, en revanche, la délicieuse faculté de trouver naturel ce que personne ne comprend. Il est au milieu des gens et des choses comme un poisson dans l’eau, mais à contre-courant. Mahu parle donc de l’à peu près, des choses tirées par les cheveux, de la comparaison. Il dit enfin et surtout qu’on ne peut rien raconter. Après Distances, Jean-Pierre Larroche avait encore envie de traiter « le trafic invisible des faits et certains de leurs avatars burlesques. » Pour ce faire, le metteur en scène a fusionné un recueil de textes anciens (1863) de G. K. Bradcock-Burnabyen et un roman contemporain de Robert Pinget. Pour un très beau résultat, entre conte de « faits » et histoires de fantômes…
_Le 21 au Théâtre de l’Olivier (Istres) et du 27 au 31/05 au Théâtre Massalia

Mardi, Onze débardeurs et Jackets
_Trois pièces d’Edward Bond par la Cie Aurige Théâtre et le Groupe Manifeste

Mon premier oppose un jeune soldat déserteur au père de sa petite amie, incarnation de l’ordre établi. Mon deuxième, écrit à la suite d’un horrible fait divers, narre l’existence d’un jeune homme, du collège à la guerre impérialiste, et décrit en filigrane la décadence d’une société prise dans un tourbillon de violence. Mon troisième, un diptyque, propose une comparaison entre les machinations politiques dans le Japon impérial et celles de l’Angleterre d’aujourd’hui, toujours à l’aune d’une jeunesse perdue. Mon tout est un projet mené par la compagnie Aurige Théâtre et le Groupe Manifeste sous la houlette de Francine Eymery, qui se poursuivra jusqu’en 2009. Soit trois pièces de réflexion sur l’apprentissage du monde et de la vie signées par l’un des plus grands dramaturges contemporains, selon lequel « être humain n’est pas instinctif, c’est une chose que l’on apprend… Nous devons élever les enfants pour la démocratie… L’art dramatique est au cœur de toute démocratie. » Dont acte.
_Jusqu’au 31/05 au Théâtre des Argonautes

Le métier de vivre
_Création d’après Cesare Pavese par la Cie l’Egrégore

Le 27 août 1950, dans une chambre d’hôtel à Turin, Cesare Pavese se donne la mort. Troisième volet du cycle « Poètes du XXe siècle en Méditerranée », Le métier de vivre retrace, en s’appuyant sur son journal intime (qui lui donne son titre), les dernières heures de la vie du romancier et poète italien. A la manière d’un enquêteur, Joëlle Cattino tente de donner des raisons à son choix de mourir. Seulement éclairé d’un filet de lumière, affalé sur un vieux canapé rouge, l’homme (Jacques Germain), pieds nus et barbe hirsute, livre ses échecs et ses espoirs, ses sentiments et ses ressentiments, essayant désespérément de donner un sens à la (sa) vie. Derrière lui, deux personnages grotesques et imprévisibles — Déo (Maurice Vinçon) et Iacchos (Ivan Romeuf), qui représentent la Terre et le vin — jouent aux philosophes, impulsant un peu de vie et une distance moqueuse dans le drame personnel qui se joue. Tous trois font revivre les mots de Pavese, redonnant quelque part vie à l’auteur lui-même.
_Jusqu’au 31/05 au Théâtre de Lenche

Confidences trop intimes
_Comédie de Jérôme Tonnerre et Patrice Leconte

Parce qu’elle se trompe de porte, Anna se retrouve à confier ses déboires conjugaux à William, un conseiller fiscal qui, troublé par la belle et touché par sa détresse, n’ose lui avouer qu’il n’a rien à voir avec la psychiatrie. Les rendez-vous et les confessions s’enchaînent, chacun se remet en question et pose un regard neuf sur sa vie, ses proches ; une étrange relation s’instaure, entre séduction et manipulation. Le vaudeville de départ se transforme en thriller sentimental, doublé d’une légère satire de la psychanalyse, où Mélanie Doutey et Jacques Gamblin reprennent avec charme et finesse les rôles incarnés par Sandrine Bonnaire et Fabrice Luchini dans le film intimiste de Patrice Leconte. En passant de l’écran à la scène, ce dernier s’octroie une certaine liberté et une simplicité qui siéent particulièrement à son sujet. Dans une mise en scène toute en retenue, il livre ainsi, avec la complicité de Jérôme Tonnerre, une bien sympathique comédie.
_Du 23 au 31/05 au Théâtre du Gymnase

CC/HS

[20 mai 2008] Claire et La Machine à Coudre

Hot couture

Elle poursuit le travail entrepris il y a quatorze ans par Philippe Jazarin, l’emblématique fondateur de la Machine à Coudre. Pas facile d’interroger celle qui refuse doucement mais catégoriquement qu’on la voie en photo.

machine-a-coudre.jpgC’est une silhouette discrète et affairée qui est partout à la fois : derrière le comptoir, à la billetterie, à la porte d’entrée. Svelte, souvent vêtue de noir, profil bas, longs cheveux blonds et lisses : l’indispensable Claire. Ce soir-là, elle achève de dîner sur un coin de table, entre l’une des machines à coudre qui décorent le lieu et une bouteille de vin. Les ronflantes bobines se sont tues depuis longtemps et il est encore tôt, les décibels ne font pas encore vibrer les murs. Flanquée de Marcel, la mascotte qui trône en photo au-dessus du bar et qui offre le dîner, Claire retrace l’itinéraire qui l’a conduit aux manettes de la mythique salle de concert : « Je suis née en mai 68, ça tu peux le marquer !» Elle rencontre Philippe Jazarin à Marseille en 1995, il est alors gérant de l’association Coton Tige, une salle de concert perchée au Panier, rue Saint-Antoine : « C’était le même principe que la Machine : faire découvrir à notre façon de la musique.» Marcel nous interrompt : « J’habitais juste à côté alors c’était ma deuxième maison : je descendais carrément en pyjama, puis je les ai suivis ici ! » L’idée ? Ouvrir un lieu associatif qui propose le plus large panel possible de musiques. « J’ai commencé par faire des affiches pour les concerts. Mais c’est la rencontre avec Philippe qui a fait que je continue, en aidant un peu à tout. Je suis toujours sortie, j’ai toujours aimé la musique. » Un sacerdoce, manifestement, puisque Claire et Philippe ont hébergé des groupes chez eux pendant plusieurs années : « On a vécu pendant longtemps juste au-dessus du local et on hébergeait les groupes étrangers chez nous : on mangeait et on dormait à dix ! On a arrêté ça vers 2003, c’était crevant, il y avait souvent jusqu’à cinq concerts par semaine. Pour fonctionner, on a toujours privilégié le travail avec les associations, comme Le Dépanneur, Relax & Co, les Ratakans. On aussi pas mal bossé avec un tourneur belge qui nous a envoyé du monde. Le bouche à oreille a fait beaucoup, on n’a jamais appelé les groupes : ce sont eux qui viennent à nous. » La scène est dédiée aux autochtones en première partie, puis place aux étrangers. La formule a fait boule de neige : groupes français, mais aussi portugais, américains ou anglais. Flamenco, accordéon, fanfares gitanes, bref, melting pot world en semaine et punk rock, garage et metal le week-end. Des crêtes, du cuir, des clous qui envahissent le bar et se pressent dans la salle à l’ambiance surchauffée. Philippe est décédé en novembre 2007, laissant le milieu musical et associatif en deuil. Claire explique : « Je me suis habituée à travailler là-dedans. J’ai des coups de fatigue, mais je vois passer des gens qui sont contents, des groupes enthousiastes, c’est gratifiant. » A-t-elle déjà songé à arrêter ? Claire soupire, joue avec une cigarette qu’elle n’allume pas et lâche finalement : « Ce n’est pas mon style de faire des plans à long terme. Je ne me vois pas maintenant faire un boulot de huit heures par jour, avec un patron sur le dos ! Ici, c’est une forme de liberté et paradoxalement une forme d’esclavagisme peut-être, mais au moins c’est la mienne. » Dernier bastion alternatif musical imprenable, la Machine à Coudre n’a pas dit son dernier mot. Claire non plus.

Bénédicte Jouve

Soirée Coton Tige en hommage à Philippe Jazarin (1963-2007) le 31 mai.

[20 mai 2008] Short Cuts 224

Fuck Buttons > le 21 à l’Embobineuse
Et du chaos naquit la beauté. De Sonic Youth à M83 en passant par My Bloody Valentine, ils sont nombreux à avoir érigé le bruit au rang d’art majeur : le duo Fuck Buttons (Bristol) est de ceux-là. Signé sur l’exigeant label ATP (émanation du festival anglais éponyme), leur premier album a beaucoup fait parler de lui ces derniers temps, un disque à la croisée de l’électronique répétitive et du « tribalisme ». Fuck Buttons devrait donc se distinguer du tout-venant noise programmé à l’Embob’.
Street horrrsing (ATP Recordings/La Baleine) www.fuckbuttons.co.uk

Kaly Live Dub + Scorn… > le 23 au Cabaret Aléatoire
Première date du festival Boombass organisé par le team Sonarcotik pour ses dix ans (voir ci-contre) et premier temps fort avec pas moins de deux têtes d’affiche. Kaly Live Dub est, avec High Tone et Zenzile, l’un des groupes de dub français les plus enclins aux mutations : son dernier opus explore le côté obscur de la force, on attend donc un concert bien dans l’esprit du festival. Quant à Scorn, il est considéré par beaucoup comme le père accidentel du dubstep : une référence underground.
Fragments (Dub Dragon/Pias) et Stealth (JFX/Discograph) http://sonarcotik.free.fr

Dub Pistols + Sayag Jazz Machine + Hilight Tribe… > le 23 au Dock des Suds
Sixième édition du festival Métis ta zik, initié par les étudiants du Bureau des Arts d’Euromed au profit d’associations caritatives (Handicap International cette fois-ci). Chaque année, MTZ prend un peu plus d’envergure. Là, c’est le feu d’artifices : Dub Pistols (excellent crossover anglais sur base hip-hop/ska), Sayag Jazz Machine (collectif drum’n’jazz avec des visuels qui déchirent), Hilight Tribe (trance acoustique à la Kaophonic Tribu), Dj Netik (triple champion du monde DMC)… Nickel.
www.concertmtz.com

Rosa + Ifif Between > le 28 au Balthazar
Les Marseillais de Rosa sortent ces jours-ci un très bel album, aux confluents du jazz et du rock, d’une finesse rare dans ce registre. Pour l’occasion, ils donnent deux concerts (le suivant est en juin à la Machine à Coudre) avec Ifif Between, un groupe de la région qui partage avec eux une vision similaire du rock, musicale et avant-gardiste. La fusion de ces derniers prend pourtant une autre tournure, entre Mr Bungle et Primus. On revient en détail sur le cas Rosa dans le prochain numéro.
www.myspace.com/rosagroup www.myspace.com/ififbetween

Samenakoa > le 29 au Cri du Port
Depuis Ceux Qui Marchent Debout, la formule est connue : une grosse caisse, une caisse claire, un banjo, quelques cuivres… et vous voici partis pour une fiesta du meilleur tonneau. A Marseille, la fanfare Samenakoa remplit brillamment cet office, jusqu’à organiser un petit festival avec ses homologues (prochaine édition fin juin au Balthazar). De retour de New-York, où elle a assuré une dizaine de dates, elle nous promet un concert adapté à la scène du Cri du Port, avec de nombreux invités…
Souk (autoproduction) http://samenakoa.free.fr

Makali > le 29 au Café Julien et le 30 au Cargo de Nuit (Arles)
Si la chanson française nous emmerde autant, c’est parce qu’elle dégage souvent une odeur de renfermé. Alors, quand six jeunes musiciens, originaires du Lubéron, se pointent avec des chansons un peu plus fraîches que la moyenne, c’est jackpot : on en parle et, mieux, ils sont rattrapés par une major. Attendu pour septembre, le premier album de Makali swingue gentiment, compte sur deux jolies voix qui se répondent (Armelle et Barnabé), une panoplie d’instruments variée… Succès annoncé ?
De la chanson et puis c’est tout (Mercury) www.chezmakali.com

Camille > le 30 au Dock des Suds
Comment survivre à un album qui en a laissé plus d’un sur le cul ? Deux options s’offraient à Camille : refaire la même chose (pas intéressant) ou s’affranchir de la formule qui a fait son succès (casse-gueule). Camille n’a pas choisi : avec son nouvel album, elle a courageusement exploré une troisième voie, plus expérimentale, vocale, sincère. Sa voix et son corps comme percussion. La formule poussée encore plus loin : on a hâte de voir ça. Et Morcheeba sur le même plateau ? Who cares ?
Music Hole (Virgin) www.camille-music.com

Tanger + Quidam + Kami > le 30 au Poste à Galène
En marge de ses compilations Indétendances, la Fnac organise ponctuellement des concerts « découverte » afin de mettre en lumière quelques jeunes groupes de rock français, aux côtés d’autres plus installés. Pour un prix modique, c’est ici Tanger qui jouera les hameçons (Kami est un jeune combo indie toulonnais, Quidam un trio clermontois récemment signé) et justifie à lui seul le déplacement, même si son dernier virage musical – pop – est assez déroutant. On sait Tanger capable de mieux…
www.fnac.com

Etienne Daho > le 31 au Dock des Suds
On a quand même un peu peur. Vu il y a quelques mois sur France 4 : Daho qui fête la sortie de son dernier opus, avec tout un tas d’invités bien chantants (c’est une image : Biolay, Paradis, Birkin…) interprétant en playback des chansons molles. Désagréable impression de culture chic & toc. Daho, évidemment, s’embourgeoise, mais il a pour lui des chansons immortelles (Tombé pour la France, Le grand sommeil, Soudain) qui nous rabattent le caquet. Et puis, il ressemble de plus en plus à Jacno…
L’invitation (Capitol) www.etiennedaho.com

The Police > le 3 juin au Stade Vélodrome
D’accord : ils sont vieux et ils font ça pour le blé. Certes : vous n’avez pas besoin qu’on vous pousse pour aller acheter votre place à soixante ou cent vingt euros (argh). Mais pour une fois, vous avez raison. The Police, au contraire du Clash (puisqu’on parle de reggae dans la sphère pop), n’a jamais incarné la jeunesse : il est « juste » un excellent groupe à singles, dont les trois héros sont toujours de formidables techniciens. Donc : les chansons. Pour le rêve, on attendra Radiohead.
www.thepolicefile.com

PLX

ET AUSSI !

Bedouin Soundclash > le 22 au Poste à Galène
Un trio reggae-pop qui a bien cartonné dans son Canada natal. Pour tous les djeuns qui aiment Ben Harper et Jack Johnson, c’est bien. Pour ceux qui ont passé l’âge, moins : un phénomène de saison.

Shit & Shine > le 30 à l’Embobineuse
Pour faire beaucoup de bruit, on utilise généralement des guitares ou des machines. Eux ont opté pour deux basses et quatre batteries : formule supra excitante. Ces Anglais noisy sont des vrais rebelles.

Manu Chao > le 1er juin au Dôme

Evidemment, c’est complet. Le fils prodigue de la Mano pourrait chanter du Piaf que vous seriez quand même là à lui payer son prochain tour du monde en mulet. Mais non, on déconne ! Il est gentil.

[20 mai 2008] Tapage Nocturne - Boombass Fest

Dix ans que le collectif Sonarcotik fournit la nuit marseillaise en propositions déviantes, du breakcore à la hard jungle, de l’abstract hip-hop au dubstep. Dix ans, cela méritait bien un événement tout particulier, quelque chose qui reflèterait l’état d’esprit de ces passionnés de basses – le dub est la matrice commune des musiciens et dj’s réunis sous l’étendard MCP (l’association et le label qui se cachent derrière Sonarcotik). Laurent a.k.a Raptus, fondateur de Sonarcotik : « On se revendique de la culture breakbeat/hip-hop, mais il est vrai que le dub est le dénominateur commun des artistes du collectif. Sonarcotik est un crew alternatif monté en réaction à une programmation qui nous semblait absente à Marseille. » De fait, l’éclectisme est la première vertu du Boombass Fest, manifestation qui célèbre aujourd’hui cet anniversaire dans plusieurs salles de Marseille. On y retrouve quelques têtes d’affiche de l’underground international (The Bug feat. Warrior Queen et son ragga-core, Scorn et son dubstep en avance d’une décennie, T.Raumschmiere et son live electro-punk ravageur…) mais aussi quelques découvertes pas piquées des hannetons (le performer anglais Ed Cox, producteur speedcore grimé en clown, une carte blanche laissée au Spectre dans le cadre des trois soirées de projections au Daki Ling…). Laurent : « A ton anniversaire, tu invites généralement tes amis : l’idée était donc de faire ce festival avec des gens qu’on apprécie – salles, collectifs, vidéastes… Nous tenions également à ce que tout soit gratuit en dehors des trois principales soirées au Cabaret et à l’Embob’. » Après avoir présenté, il y a trois ans, sa première compilation1), Sonarcotik retrouve donc le Cabaret Aléatoire pour les deux soirées phare de son festival, en ouverture et en clôture. Pas un hasard : le tampon « Boombass » sera apposé dès la rentrée prochaine sur des soirées organisées conjointement par le collectif et la salle de la Belle de Mai.

PLX

Boombass Fest, du 23 mai au 6 juin dans plusieurs salles (voir programmation dans l’agenda)
www.myspace.com/boombassparty

ET AUSSI !

Festival SFTU > les 22 et 23 au Trolleybus
Emanation d’un réseau européen d’artistes électroniques (musiciens et vidéastes), le festival SFTU déboule pour la première fois en France, à Marseille, avec l’aide du collectif Tcheaz. Deux soirées 100% alternatives.

Astro Lab Party > le 23 au Passe Temps
Les soirées loisirs du Passe Temps, éclectiques, en pincent pour le nouveau son disco. Un jeune label parisien (prometteur) y fait escale, avec notamment Kaos (ex-Terranova) pour la sortie d’un maxi.

Marcel Janovsky + Sarah Goldfarb > le 23 au Hush Hush
Kompakt n’est pas le seul label à représenter le son techno de Cologne : il y a aussi Trapez ou Treibstoff, dont Marcel Janovsky est le boss. Un label-clé de la minimale, sur lequel est signé le Marseillais Sarah Goldfarb…

  1. Night of the living dread (MCP []

[20 mai 2008] L’interview - Hafsia Herzi

En l’espace d’un film, la fulgurance et la beauté de Hafsia Herzi ont conquis le cœur de la cinéphilie française. De retour à Marseille pour la sortie de Française (voir critique), la jeune actrice apparaît dans la vie comme à l’écran : rayonnante !

Hafsia-Herzi.jpgTu reviens tout juste du festival de Cannes. Comment s’est passé cette première expérience ?
J’ai trouvé ça rigolo, j’étais pas stressée. Les paillettes, tout ça, c’est pas mon truc. Mais c’est marrant de mettre une robe de princesse, de défiler… J’y étais que deux jours, on m’a proposé de rester plus longtemps pour remettre un prix, mais j’ai refusé. Si j’avais un film en compétition, d’accord, mais là…

En fait les prix, tu préfères les recevoir ?
(rires) Bien sûr ! Non, en fait, je voulais rentrer à Marseille. Je viens ici voir ma maman dès que je peux, prendre de l’énergie avant de repartir.

C’est ici, à Marseille, que ta carrière a débuté ?
Oui, j’ai grandi à Marseille et tout le monde savait que je voulais faire du cinéma, dans le quartier, on m’appelait « l’actrice ». J’ai commencé par faire de la figuration, et un jour la directrice de casting de La graine et le mulet m’a appelée…

Avant cela, tu n’avais jamais pris de cours ?
Non.

Est-ce que tu as des modèles au cinéma, certaines actrices qui t’ont influencée ?
Non. Il ne faut pas de modèles, sinon tu as tendance à les copier. Ça ne m’empêche pas d’admirer le jeu de certaines actrices. Béatrice Dalle par exemple. J’aime bien sa présence, ce qu’elle dégage, le côté intrigant.

Parle-nous un peu de Française
C’est un beau rôle, un beau scénario. Dans le film, la question de la France, c’est un prétexte pour mon personnage. Elle a souffert de cet arrachement, mais surtout elle se cherche. Profondément, elle n’est pas bien. Elle pose des questions et personne ne lui répond. Elle est révoltée, c’est une adolescente, un peu insolente, rebelle. Quand j’ai lu le scénario, c’est un personnage que je trouvais agaçant. Mais en voyant le film, je me dis que ça va…

Ça fait quoi de passer du statut d’actrice anonyme à celui de personnage principal qui, malgré son jeune âge, arrive à porter un film presque à elle seule ?
Ça ne change rien. Le cinéma, c’est ma passion. Moi, je n’ai pas changé. A chaque fois, c’est comme si je jouais pour la première fois. Il ne faut pas penser au passé quand on tourne, sinon on n’y arrive pas.

Entre Abdel Kechiche1 et Souad El Bouhati2, la direction d’acteur est-elle différente ?
Oui, c’est très différent… Mais en fait, il y a quelque chose qu’ils ne pourront jamais diriger, c’est mon jeu. Malgré les indications des réalisateurs, si je pense que ce n’est pas juste, je ne le fais pas. C’est mon jeu, mon image, je me suis toujours battue pour ça, même sur le film d’Abdel. Quand on me dit de jouer un truc ridicule, je ne le fais pas. Vous savez, les metteurs en scène peuvent aussi se tromper. Moi je ne me laisse pas faire, c’est moi qui apparaît à l’écran.

D’où te vient cette assurance, le fait d’affirmer avec autant d’autorité tes choix ?
Je pense que c’est important. Si j’ai en face de moi quelqu’un qui se trompe, je le dis, on en parle. C’est aussi le piège pour beaucoup d’acteurs, d’accepter tout ce qu’on leur dit.

Quels sont tes prochains projets ?
Je viens de tourner en Egypte un film sur la guerre d’Irak où je joue une jeune veuve. Et un autre avec Francis Huster. Il y a aussi deux projets pour cet été, mais les réalisateurs ne veulent pas trop qu’on en parle… Ce sont deux très beaux rôles, différents de ce que j’ai connu jusque-là.

Et avec Abdel Kechiche, une nouvelle collaboration est prévue ?
Oui, Les mille et une nuits. Les financements, c’est toujours très difficile à obtenir, mais avec Les César qu’on a eus en 20073, je pense que ça se fera l’année prochaine.

Et des projets plus personnels ?
Oui, je vais réaliser un court-métrage ! Ça s’appelle Il me semble que je t’aime, c’est une histoire d’amour qui se passe dans les quartiers nord à Marseille. J’ai pas envie de prendre des acteurs professionnels. Ici il y a de très bons acteurs. Marseille est une ville d’acteurs, d’ailleurs toi (elle me regarde), je te sens une âme d’acteur (rires)… C’est vrai, ici on a le sens de l’improvisation, on arrive à s’adapter à beaucoup de situations, c’est ça qui est intéressant. En plus, ça change aussi de voir des vrais Marseillais au cinéma.

Propos recueillis par nas/im

  1. Réalisateur de La graine et le mulet []
  2. Réalisatrice de Française []
  3. Quatre au total : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur espoir féminin et meilleur scénario original []

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