Archives par mois
mars 2008

[18 mar 2008] Klute - (USA – 1971) d’Alan J. Pakula (Seven 7)

dvd-klute.jpgPolar minimaliste culte éminemment sensuel, qui offrira à Jane Fonda l’un de ses plus beaux rôles, Klute est l’exemple type de la production hollywoodienne de haut vol, qui déstructure le récit, suivant une démarche visuelle et narrative quasi-expérimentale. Nous sommes d’ailleurs ici en 1971, et le raz-de-marée du Nouvel Hollywood commence sa petite révolution, renversant les codes de réalisation du cinéma outre-Atlantique. Le rythme général du film n’est d’ailleurs pas sans rappeler un certain cinéma européen, plus précisément italien, des années 60. L’intrigue policière, même si fort intéressante, n’est pas ici l’axe du film. Il s’agit plutôt d’un regard neuf sur une société en mutation, sur les rapports homme/femme, et la libération sexuelle récemment acquise, le tout photographié par l’immense Gordon Willis, pape de la nouvelle garde des jeunes cinéastes américains.

EV

[18 mar 2008] Le monde selon Monsanto - Documentaire (France – 2008) de Marie-Monique Robin (Arte)

dvd-monsanto.jpgRécemment diffusée sur la chaîne, cette enquête rigoureuse, qui ne peut que glacer le sang, a fait grand bruit. Si de nombreux films militants, dont certains produits par Greenpeace, avaient déjà ouvert la brèche, cet opus est le point d’orgue de l’un des plus dramatiques scandales de notre époque : l’OPA orchestrée par Monsanto sur les semences mondiales, afin d’imposer à terme une vision génétiquement modifiée de la culture planétaire. Témoignages, documents inédits, rapports scientifiques viennent éclairer avec rigueur l’aberration des activités de cet empire de la semence, dont le but avoué n’est ni plus ni moins d’inféoder sous son joug l’intégralité des exploitants agricoles, devenus les otages d’un système globalisé dont nous serons nous-mêmes, consommateurs, les premières victimes.

EV

[18 mar 2008] La curée - (France – 1966) de Roger Vadim (Les Films du collectionneur)

dvd-La-curee.jpgSans doute le meilleur Vadim, ou du moins le film ayant bénéficié de la composition photographique la plus soignée, La Curée (adapté du roman naturaliste éponyme d’Emile Zola) resplendit de tous bords. Une Jane Fonda sublimée et sensuelle comme jamais, une ambiance qui s’abreuve d’un psychédélisme en avance sur son époque, une passion magnifiquement bien racontée, et le tour est savamment joué. Mais La Curée, c’est aussi et surtout une ode à la liberté, à la folie de l’amour, aux limites du possible… Le charme de cet opus agit à une vitesse incroyable, sans temps mort, sans répit, sans ennui. On en oublie vite le livre, on en oublie la Bardot égérie du culte Et Dieu créa la femme… Œuvre singulière, réussite évidente, valse à mille temps, La Curée se (re)découvre avec curiosité et délice.

LV

[18 mar 2008] Coffret 3 DVD Kenji Mizoguchi « Les années 30 » Avec La cigogne en papier, Les coquelicots… (Carlotta)

dvd-Kenji-Mizoguchi.jpgMalgré une reconnaissance plutôt tardive, Kenji Mizoguchi est sans conteste l’un des piliers du cinéma nippon. Tout dans son œuvre témoigne de son acuité face aux méandres de la société japonaise. Une grande place laissée aux femmes, une attention toute particulière au rôle de l’artiste dans la société, une analyse forte des rapports sociaux… : les films de Mizoguchi témoignent d’une lucidité fulgurante et d’un humanisme poignant. La plupart des films de jeunesse, des années 20 et 30, furent perdus. Carlotta édite ce superbe coffret de trois œuvres rescapées, qui donnent à voir l’extrême sensibilité du maître, son attirance pour les personnages hors système, et son engagement pour dénoncer la dérive totalitariste dans laquelle plonge lentement le Japon des années 30.

EV

[18 mar 2008] New York underground collection - (USA – 1984) de Richard Kern (Un raro mundo)

dvd-kern.jpgHéritier d’une longue culture cinématographique et visuelle new-yorkaise, qui connut son apogée dans les années 60, Richard Kern fut sans conteste l’un des artistes les plus excitants des années 80/90. Oscillant sans cesse entre photographie et images animées, il est l’un des piliers du Cinema of transgression, démarche artistique majeure qui s’attache à bousculer les codes visuels et à soumettre le spectateur à son propre rapport au sexe et à la violence, le tout dans un univers très urbain. On retrouve au détour de ses films de grandes figures de l’underground new-yorkais, de Nick Zedd à Lydia Lunch en passant par Cassandra Stark, jusqu’aux Sonic Youth, dont Kern réalisera quelques clips. Une œuvre finalement tantalienne qui, à l’instar de son travail photographique, court désespérément après cette recherche du plaisir toujours inassouvie.

EV

[18 mar 2008] Ça planche 219

ca-planche219.jpg

Blancheneige
_Par le Badaboum Théâtre d’après les frères Grimm
De Blanche-Neige, la majorité d’entre nous n’a gardé en mémoire que la vision kitsch et manichéenne de Disney. Le conte des frères Grimm recèle pourtant d’autres « vérités » que Laurence Janner, dans une mise en scène audacieuse et interactive, se propose ici de mettre à jour : cette histoire est simple, mais aussi cruelle (comme le sont souvent les contes qui ont peuplé notre enfance). Et pour nous la conter, l’équipe du Badaboum utilise moult sortilèges scéniques — ombres projetées, marionnettes, images numériques — qui, loin de noyer le propos dans des exercices de style superflus, le servent malicieusement. Sublime et insolente, Blancheneige, qui se mire désormais dans des images de synthèses, enthousiasme les petits et envoûte les grands. Pendant près d’une heure, on met notre imagination à contribution, en suggérant (par des voix, le bruitage et la musique) plus qu’en ne montrant : au spectateur d’inventer l’image qui va avec. Bref, une émotion magique et pure, comme la neige qui sert de décor à ce conte sensible et sensuel.
_Du 19 au 29/03 au Badaboum Théâtre

La mère
_De Bertolt Brecht par les élèves de la Manufacture
Créée en 1932 à Berlin, la pièce de Brecht librement adaptée du roman de Maxime Gorki raconte l’éveil d’une conscience politique. Celle de Pélagie Vlassova, une prolétarienne russe qui, d’abord hostile au militantisme communiste de son fils, va peu à peu se ranger à ses côtés, jusqu’à devenir une pasionaria de la révolution bolchevik. Soit le parcours d’un apprentissage à l’envers, où le savoir est transmis de la génération montante à l’ancienne. Ambitieux et audacieux pari que de faire interpréter une œuvre aussi dense aux élèves de la Manufacture (Haute Ecole Suisse Romande) : Jean-Louis Benoit s’en sort avec les honneurs. Fidèle aux indications scéniques du dramaturge allemand, qui souhaitait que la pièce soit montée avec légèreté, le directeur de la Criée privilégie le chœur, musiques et chansons faisant corps avec le récit. Sur scène, quinze jeunes comédiens se réapproprient l’Histoire en entrant avec conviction dans leurs personnages multiples, transmettant un message de courage et d’espoir.
_Jusqu’au 30/03 à la Criée

L’armature de l’absolu
_ D’après Alfred Jarry par le Bunchinger’s Boot Marionnettes
Ubuesque. C’est le mot qui vient à l’esprit lorsque l’on évoque le théâtre d’Alfred Jarry, inventeur du personnage d’Ubu et précurseur extravagant d’un théâtre hanté. C’est dire la part belle donnée à l’imaginaire, le focus sur l’inconscient et tutti quanti. Quand la compagnie Butchinger’s Boot Marionettes s’en mêle, cela donne un univers délirant investi avec délice. Car L’Armature de l’Absolu, c’est du pur Jarry : partant du postulat de base d’une hypothétique ontogénèse de l’auteur depuis sa mort, la pièce convoque l’une après l’autre les créations qui ont hanté son univers. Ubu, bien sûr, mais aussi le Docteur Faustroll et le golem. Passant en revue les figures monstrueuses et obsédées de Jarry, la technique de marionnettes particulière de cette compagnie, associée à un univers sonore et visuel pour le moins déroutant, laisse un arrière-goût dérangeant. Pour le meilleur d’un théâtre dramatique, au service d’un chaos organisé qui habite décidément à la fois le nerf optique et l’esprit.
_Les 21 et 22 à la Friche la Belle de Mai

Il y a quelque chose de très satisfaisant dans le monde moderne
_Par la Cie Vol plané
Dans un appartement, deux personnages burlesques tentent de saisir la réalité du monde contemporain à travers ses excès… « Condamnés à l’immortalité, murés dans le présent », prisonniers inconscients d’un « rapport avec le monde simple, naïf, proche de l’enfance », comme le soulignent les comédiens Jérôme Beaufils et Alexis Moati, ils sont incapables de distinguer la réalité de l’imaginaire. Et ils sont du genre à tout prendre au pied de la lettre : les symboles pour des réalités, les slogans publicitaires pour paroles d’Evangile… Autant de caractéristiques qui font du burlesque un registre incomparable pour montrer, par l’absurde, les travers de l’homme contemporain face aux simulacres des sociétés modernes. Un registre exploré depuis 1994 par la compagnie Vol Plané, qui a cette fois choisi de confronter ses clowns à deux nouveaux phénomènes : la prolifération des objets et l’omniprésence de l’information. En un crescendo hallucinant et désopilant, la compagnie marseillaise livre une parabole hallucinante et décapante sur les illusions et l’isolement de l’homme moderne.
_Du 25 au 29/03 au Théâtre Massalia

CC/BJ

[18 mar 2008] Festival de la Bande Dessinée et Autres Arts Associésà la Cité du Livre

Du strip et des bulles

Célébrant un quinquennat de manifestation, le Festival de la Bande Dessinée et Autres Arts Associés frappe un grand coup : du 19 mars au 26 avril, rencontres avec des dessinateurs, expositions et installations, mais aussi coup de projecteur sur des manifestations novatrices mettant le Neuvième Art à l’honneur. Tour d’horizon d’une manifestation décidément éclectique.

fest-BD.jpgD’abord, un principe : « Le festival ne se positionne pas comme thématique, il tient à une diversification des auteurs venus d’horizons différents, certains très connus, à côté d’autres moins renommés et des manifestations diverses » explique Serge Darpeix, directeur artistique de l’événement. Le ton est donné : regrouper dans un même souffle des têtes d’affiche, mais aussi présenter des auteurs plus confidentiels et rassembler un panel d’animations. En associant les « faiseurs » de livres — éditeurs et libraires —, le festival propose de réunir tous les acteurs de la production BD. Mais attention, « ce festival n’est pas un salon ! » précise Serge. La Cité du Livre, un des lieux phare du festival, rassemblera du 4 au 6 avril un plateau d’auteurs à la rencontre du public via des tables rondes avec des interviews de journalistes spécialisés dans le domaine de la BD. « La spécificité de la formule tient aussi à l’association de libraires qui sont partenaires. » S’inscrivant en outre dans le cadre de la saison culturelle « 100 % Finlande », le festival a sollicité des auteurs du pays scandinave. « La Finlande a ceci de particulier que le clivage entre production alternative ou classique y est beaucoup moins prononcé qu’en France. Et les dessinateurs de BD travaillent beaucoup plus avec la presse que chez nous. » L’univers graphique de la scène finlandaise sera donc représenté dans toute sa diversité pendant un mois à la Cité du Livre, soit la plus grande exposition jamais organisée à l’étranger sur cette BD venue du froid. Dans la série tour géographique, citons également le dessinateur japonais Yûichi Yokohama qui quitte le Japon pour la première fois. L’univers de Yokohama, hors de toute catégorisation habituelle (manga, roman graphique) présente des visions déroutantes. Ses planches originales, mais aussi ses peintures, seront exposées pour la première fois en France. Sortant encore un peu plus des sentiers battus de l’exposition traditionnelle, des dessinateurs investiront des caravanes itinérantes « customisées » par leurs soins. Volume 3D à explorer, le projet sera relayé par l’Association des Bibliothèques de France et l’Agence Régionale du Livre. Présentes à la Cité du Livre du 4 au 6 avril, les caravanes se mettront ensuite en mouvement autour d’Aix. Au terme d’une rencontre de crayons croisés, des dessinateurs présenteront une édition spéciale diffusée dans les médiathèques : quarante-huit pages accouchées d’un workshop entre les dessinateurs belges du collectif Georges et des Finlandais. Le produit final sera présenté dans des médiathèques de la région PACA. Cerise sur le gâteau, le cinéma d’animation s’installe aussi au festival : un week-end de projections gratuites d’une sélection de films coproduits par Arte sera présentée. La programmation jeunesse sera mise en perspective avec une thématique au parti pris joyeusement décalé : le Nanarland. Autre grande première de cette année, l’exposition BD au Musée Granet. Quatre-vingts planches originales des plus grands dessinateurs s’installent jusqu’au 8 juin au musée des Beaux-Arts aixois. Pendant trois jours, quelques dessinateurs enfileront la casquette de guide et présenteront les collections permanentes du lieu. Bref, des bulles, du cinoche et des crayons pour s’en mettre plein les yeux.

Bénédicte Jouve

Rencontres dédicaces du 4 au 6/04 à la Cité du Livre
Renseignements : www.bd-aix.com / 04 42 161 161

[18 mar 2008] Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band - 13 blues for thirteen moons (Constellation/southern)

galette-silver-mount-zion.jpgAvant l’avènement d’Arcade Fire, le choc Funeral, les concerts électriques et l’adoubement de Stipe, Bono ou Bowie, avant que Montréal ne devienne officiellement la capitale internationale de la pop, il y avait donc une (autre) vie musicale qui ne tournait pas autour du hold-up justifié des Québécois. La preuve avec ce cinquième opus des Silver Mount Zion, frange radicalement exigeante planquée dans l’underground canadien derrière un nom et des titres résolument mystérieux. A l’instar des précédents opus, lumineux et mélancoliques, effrayants et amniotiques, 13 blues… continue de creuser son sillon sisyphien, les mauvais jours, ou de faire exister, les bons, loin des sentiers balisés par le business, sa petite entreprise qui, elle, ne connaît décidemment pas la crise.

HS

[18 mar 2008] Disco not Disco, Post punk, Electro & Leftfield disco classics 1974 – 1986 (Strut / !K7)

galette-Disco-not-Disco.jpgAvec ce troisième volet de la série Disco not Disco, le label anglais Strut — désormais subdivision de !K7 — continue à mettre en lumière une bonne partie de la production underground et dansante qui agitait les nuits des plus âgés d’entre-nous. On pourrait coller diverses étiquettes à ce genre de compilation — disco/post-punk, électro/no-wave… — mais l’exercice serait vain tant la sélection proposée ici dépasse les clivages habituellement usités. Seule certitude : les morceaux sont irrésistiblement dansants, plutôt bons, et suffisamment rares pour impressionner vos amis les plus avertis, qui ne pourront que constater l’évidente filiation entre certains artistes ici présents et le son actuel des LCD Sound System et consort. La messe pour le temps présent a enfin retrouvé son passé.

nas/im

[18 mar 2008] Mahjongg – Kontpab (K Records/Differ-Ant)

galette-Mahjongg.jpgOn n’a toujours pas fini d’écouter Vampire Weekend (voir Ventilo #216) qu’un autre groupe vient se rappeler au bon souvenir des Talking Heads, période Remain in light. Vous allez bien finir par vous la payer, cette putain de réédition, et puis tant qu’on y est, celle du My life in the bush of ghosts de David Byrne & Brian Eno, réalisé à peu près au même moment… Il aura donc fallu vingt-cinq ans pour que des groupes « rock » se remettent à fouiner du côté de l’Afrique. De quoi s’agit-il donc ici ? De transe percussive, de funk blanc, d’expérimentation, de parasitages synthétiques, d’electro déviante, d’échos venus d’un autre monde… Bref, tout ce qui était en germes dans ces deux grands disques. Pour mieux comprendre la musique de ce mystérieux collectif basé à Chicago, ne pas hésiter à plonger dans la compile Disco not disco.

PLX

[18 mar 2008] Edito 219

Le fond de l’air est (mo)rose

edito-Fran%C3%A7ois-DeJonge.jpgMarseille la rebelle. Ce poncif est éculé à propos de la cité phocéenne. Il accompagne aisément les discussions de comptoir quand la ville revient sur le devant de la scène. Et depuis dimanche soir, nos oreilles ont sifflé. Il a fallu que la seule municipalité d’envergure qui reste dans le giron sarkozyste soit la nôtre. Libé nous affiche en une (Et bling !), les ténors de l’UMP citent Marseille à gorges déployées à la télévision, les copains aux alentours vous font malicieusement remarquer que vous êtes l’heureux habitant d’une des rares villes ancrées à droite. Du coup, lundi matin dans le métro et sur les trottoirs, les mines étaient renfrognées. Comme si les déçus des résultats électoraux étaient unanimes. De gauche, ils ont ressenti la défaite de Guérini comme un échec rageant, de droite, la gifle nationale leur a fait mal aux dents. Alors aujourd’hui, les rebelles marseillais new font pas les fiers. Gaudin rempile pour six ans, le tramway laisse la priorité à droite, l’OM stagne au classement faute de résultats. Pour un peu, on souhaiterait ne pas être qualifié pour la Ligue des champions de peur de revivre deux tours décevants.
La brume s’est pourtant vite dissipée, le rythme du quotidien écartant les interrogations existentielles. D’où viens-je, où vais-je ? C’est simple comme bonjour : du lit, au boulot. Entre-temps, il nous reste à assouvir quelque plaisir. Au choix : un banquet amical, histoire de ressasser les souvenirs de suffrage, une toile, histoire de pas entendre parler ch’ti, ou encore se plonger dans l’univers réjouissant (ou non) d’une bonne BD. La dernière option sera la nôtre. Vous le remarquerez à la lecture des prochaines pages, Ventilo n°219 s’illustre au crayon. Les Rencontres du 9e art d’Aix-en-Provence s’invitent dans votre journal pour vous convier cette semaine aux expos, dédicaces et autres bizarreries dessinées. Riad Sattouf, Rapi Aapo, Yûichi Yokohama, autant de noms qui ne se couchent pas sur une liste. Encore heureux.

Texte : Victor Léo
Illustration : Franc?ois DeJonge

[18 mar 2008] Tombés pour Daho - Quinze reprises inédites d’Etienne Daho (Discograph)

galette-Tombes-pour-Daho.jpgVoué aux gémonies depuis quelques années par la presse et ses fans, rapport à quelques albums bancals, Etienne Daho semble en avoir fini avec sa traversée du désert. En effet, quelques jours après avoir raflé un prix aux dernières Défaites de la Musique, pour l’élégant et orchestral L’invitation, sorti l’automne dernier, le chanteur se voit maintenant « repris » par ses pairs, à l’occasion d’une compilation aussi décalée qu’efficace. Couvrant vingt-cinq ans de carrière et dix albums studio, Tombés pour Daho donne à entendre des relectures surprenantes du patrimoine du dandy, où Soudain, façon charleston, par Readymade FC, Tombé pour la France, version boîte à musique, par Doriand ou un Duel au soleil électro bidouillé par Sébastien Schuller tirent leur épingle du jeu — de cette famille.

HS

[18 mar 2008] Velha Guarda Da Portela - Tudo Azul (Red Circle Music)

galette-Velha-Guarda-Da-Por.jpgLa prestigieuse école de samba Portela a vu le jour à Rio de Janeiro en 1935, et c’est de cette époque que datent la plupart des chansons présentes sur ce disque. Avec une moyenne d’âge tournant autour de soixante-dix ans, la Velha Guarda da Portela regroupe d’anciens élèves qui redonnent vie à un genre musical souvent galvaudé. Pour Tudo Azul, ils ont enregistré pour la première fois sur disque ces dix-huit morceaux qui demeurent pourtant des classiques du folklore local. Si le rythme syncopé des percussions invite à la danse, les harmonies vocales et la fine écriture mélodique teintent l’ensemble d’une poésie légère et délicieusement mélancolique, et on est souvent bien plus proche de la belle romance musicale que des pulsations frénétiques que cherche à nous vendre le grand carnaval.

nas/im

[18 mar 2008] Peyo - Johan et Pirlouit – Intégrale T1 (Dupuis)

millefeuille-Johan-et-Pirlo.jpgSi la démarche de Dupuis, qui a décidé de ressortir de ses cartons nombre de bandes dessinées cultes qui ont fait sa renommée dans les années 50 et 60, peut paraître mercantile, nous ne ferons pas la fine bouche car, avouons-le, se réconcilier avec la grande époque de la ligne claire belge n’a rien de déplaisant. Ce serait plutôt l’inverse. En tout cas, l’allégresse à retrouver nos lectures d’enfance reste intacte. Après Tif et Tondu, Yoko Tsuno, Spirou et Fantasio, c’est au tour de Johan et Pirlouit de reprendre vie. Les trois premières aventures de l’écuyer et du cocasse lutin blond n’ont pas pris une ride. Toujours ce sens du rythme propre au magazine Spirou (les auteurs devaient produire au moins une planche par semaine avec une chute à chaque fois), toujours ces dialogues léchés et enthousiasmants, et toujours pléthore de personnages crapuleux. Notons également que ces intégrales sont pourvues de dossiers de qualité nourris d’informations captivantes. Ce qui ne gâche rien à l’affaire…

LV

[18 mar 2008] Mignola - L’homme à la tête de vis et autres histoires déjantées (Delcourt)

millefeuille-Mignola.jpgCe recueil regroupe six histoires courtes signées Mike Mignola et parues aux Etats-Unis entre le milieu des années 90 et le début des années 2000. Le point commun à ces récits ? Un sens assez développé du fantastique malicieux, volontiers ironique et teinté d’humour. Le créateur d’Hellboy joue avec les codes du récit gothique qui lui sont si chers et qu’il utilise brillamment. Graphiquement époustouflants, ces récits prouvent une nouvelle fois que Mignola est l’un des plus grands dessinateurs de la BD contemporaine. Ils présentent l’étendue de son style et permettent d’établir une certaine parenté avec l’œuvre d’auteurs comme Hugo Pratt. Cet album peut même constituer une excellente introduction au fantastique macabre pour ceux qui fuient ce genre, le trouvant habituellement dénué d’humour.

BH

[18 mar 2008] Didier Convard & Jean-Yves Delitte - Tanatos T1 : L’année sanglante (Glénat)

millefeuille-Tanatos.jpgRéel hommage au roman populaire du type Fantômas, ce Tanatos est un excellent moment de lecture référencée. Loin des délires un peu burlesques du Triangle Secret, Convard offre à Delitte un scénario mené de main de maître. L’intrigue de cette Année sanglante se déroule entre l’hiver 1913 et l’assassinat de Jean Jaurès en juillet 1914… Année pendant laquelle on se rendra compte que ce sont les manigances du terrible Tanatos qui ont déclenché le premier conflit mondial. Entre jeu habile avec les faits historiques et réinterprétations en coulisse de l’Histoire, ce Tanatos est ce que l’on pourrait simplement nommer une BD plaisir. Sans d’autres prétentions que d’amuser son lectorat, l’association Convard/Delitte fonctionne bien et rend une copie plus qu’honnête. On attend donc avec impatience le deuxième opus, qui ne devrait pas tarder à atterrir dans les meilleurs bacs.

LV

[18 mar 2008] Pothier & Brüno - Junk, tome 1 : Come Back (Milan)

millefeuille-Junk.jpgQuinze ans après la séparation de sa bande, le chef de celle-ci la réunit de nouveau pour partir à la recherche d’un trésor sur lequel il aurait eu de nouvelles informations. Evidemment, c’est la partie émergée de l’iceberg et les réelles motivations à la reformation de la bande sont autres. Avec ce premier tome du diptyque Junk, Nicolas Pothier et Brüno signent un récit assez étonnant, notamment par son ton, qui compte manifestement plus que l’intrigue : la réunion de la bande évoque furieusement ces retrouvailles d’amis trentenaires qui ne se sont pas revus depuis leurs vingt ans. Junk est l’une de ces variations malicieuses — et un poil mélancolique — sur le western, son univers et ses codes qu’affectionnent actuellement pas mal d’auteurs de BD (Micol, Blain, Dumontheuil…).

BH

[18 mar 2008] Brèves 219

Quelles images de l’altérité le cinéma documentaire, dit du réel, peut-il explorer et concevoir ? C’est l’interrogation qui a guidé la démarche de Peuple & Culture Marseille à l’occasion d’un nouveau cycle de films, porté par l’Atelier de programmation, qui vient poursuivre ceux des deux années précédentes, Identités remarquables 1 et 2. Pendant sept mois, un groupe d’une quinzaine de personnes a ainsi échangé et sélectionné des films pour élaborer collégialement une programmation de cinéma documentaire autour du thème « Etrange étranger ». Des cinéastes, des poètes, des créateurs de sons et une artiste performeuse, Astrid Lefèvre, proposeront à partir de vendredi — jusqu’au jeudi 5 juin — , une communauté, une relation, de nouvelles dialectiques, bref, une entrevue de ces deux termes. Un cycle à dire, entendre et débattre au fil des séances, des performances, toutes présentées par celles et ceux qui les ont conçues ; le tout dans la convivialité des repas partagés. Au Polygone étoilé et à la Maison de Théâtre de La Cité (le 13/04). Rens. 04 91 24 89 71

Selon Michel Guillon, membre du collectif Noailles Ombre et Lumière et de l’association Un Centre Ville Pour Tous, « Marseille a, encore, son centre-ville habité par une population diversifiée, de la classe moyenne aux catégories les plus pauvres, des enfants et leurs familles aux vieillards, dans un kaléidoscope ethnique et culturel. Au point focal de ce centre, le quartier Noailles. » Publié aux éditions P’tits Papiers l’ouvrage De gré ou de force, Noailles à l’heure de la réhabilitation fera l’objet ce jeudi à 18h30 à la Bibliothèque Départementale de Prêt d’une lecture suivie d’un débat, organisée par l’association Lectures du Monde avec des habitants du quartier de Noailles. En parallèle, Franck Pourcel, photographe indépendant et co-auteur du livre avec Marie Sengel, est exposé à la BBDP du 20 mars au 17 mai.
Rens. Lectures du monde : 04 91 08 18 30

Blogs 2.013, tel est le nom du nouveau projet développé par Radio Grenouille (88.8 FM) sur le Web, en lien avec la candidature de Marseille au titre de Capitale européenne de la culture en 2013. La station marseillaise propose ainsi un bouquet d’espaces d’expression — mêlant textes, sons et images — réalisé par son équipe, mais aussi par des artistes et des structures culturelles locales. Divisés en trois catégories, lesdits blogs visent à documenter et approfondir des grands thèmes (comme le savoureux Histoires marseillaises, qui mêle récit historique et petits morceaux de vie : http://histoires-marseillaises.blogsthema.marseille-provence2013.fr/), à présenter certains projets pilotes de la candidature (à l’instar du festival d’écritures contemporaines Actoral : http://actoral.blogspilotes.marseille-provence2013.fr/) ou encore à construire un espace commun autour d’un projet de la candidature ou d’une démarche partagée (déjà en ligne, le projet Explorations urbaines, conçu et réalisé par des étudiants de l’Université de Provence qui partent à la rencontre de différents quartiers de la ville et du territoire Marseille-Provence : http://explorations-urbaines.blogscommuns.marseille-provence2013.fr). Une nouvelle manière de s’impliquer dans la ville, informative, ludique et interactive. A vos claviers !

[18 mar 2008] Dixit 219

« Le docteur Claude Perpère est internationalement reconnue pour la qualité de ses interventions, et en particulier de ses lifting. »
Site Internet de l’UMP, à propos de ce « soutien de poids » à Jean-Claude Gaudin (Le Ravi, mars 2008)

« De nombreux points communs lient l’OM et le MoDem, notamment les couleurs communes, cet orange fièrement porté ! »
Childéric Muller, Casimir de la politique marseillaise (Le Ravi, mars 2008)

« Je suis très déçu (de l’élimination de l’OM en Coupe UEFA, Ndlr). J’aurais tellement aimé qu’ils prolongent leur parcours pour croiser éventuellement leur chemin. »
Franck Ribéry, encore un peu marseillais (La Provence, 15/03)

« Y a pire ailleurs. Je suis d’autant plus heureux que dans d’autres villes, mes amis n’ont pas su garder leurs mairies. »
Jean-Claude Gaudin, bon camarade (Libération, 17/03)

« Marseille a été une nouvelle fois exemplaire. »
Renaud Muselier, premier de la classe (La Marseillaise, 17/03)

« Une victoire teintée d’amertume. »
Patrick Menucci, candidat du 1er secteur, élu face à l’UMP Jean Roatta (La Marseillaise, 17/03)

[18 mar 2008] Dicon 219 : Running Gag

dicon-banane.gifParfois, j’ai le vertige. Prenez les anglophones. J’ai beaucoup dit ici combien ils excitaient chez moi une fâcheuse tendance à vouloir envahir Trafalgar Square ; largement assez en tout cas pour finir mes jours en Enfer ou à West Ham en compagnie d’un mec qui s’appellerait Luke Brown (comme tous les Anglais)… Ironie du sort, me voilà en train de taper une nouvelle notule sur le « running gag », expression anglaise parmi d’autres. Or, qu’est-ce que le « running gag », sinon une façon particulièrement simpliste de provoquer le rire en déclinant, sur des modes différents (ou pas), la même blague. L’enfantine répétition élevée au rang d’art par la magie du prétérit et des Monty Python. Jusqu’ici tout va bien. Sauf qu’il ne s’agit pas de ma première tribune anti-angliciste primaire et qu’en la matière je suis un multirécidiviste de la vanne à ressort british. Le doute m’habite. Et si je n’étais que le jouet d’une implacable machination mise en place par Henri Seard (ou ma mère) ? Et si après tout, comble de l’humiliation, le « running gag » c’était moi, déversant le même flot d’insanités sur les bords de la Tamise ? Que voulez-vous, à force de courir après cette boutade, elle a fini par me rattraper. C’est triste à dire, mais on est toujours le « running gag » d’un autre. CQFD.

Romain Carlioz

[18 mar 2008] Buzzomètre 219

buzzometre219.gif

[18 mar 2008] Tell me you love me

serie-Tell-me-you-love-me.jpgLancée en septembre dernier par la chaîne HBO, en perte de vitesse depuis l’arrêt des Sopranos et la montée en puissance de Showtime (Dexter, Californication), Tell me you love me n’a pas raté son (bon) coup. Précédée d’un parfum de scandale et surtout de stupre, la série créée par Cynthia Mort a fait l’objet d’un gros buzz, justifié, lors de sa diffusion aux USA. Toujours aussi hypocrites quant à leur rapport au sexe, les Américains n’aiment rien tant que se frotter à lui, de près, mais pas trop, préférant assouvir leurs fantasmes ou refouler leurs frustrations via la petite lucarne, véritable cristallisation des maux modernes et soupape virtuelle. Tell me you love me s’inscrit ainsi dans la veine contrariée de Nip/Tuck (critique au scalpel de la société du paraître), de Big love (destruction de la sphère familiale) ou de Journal intime d’un homme marié (sur l’envie d’ailleurs voir ailleurs), en exposant le destin contrarié de trois couples entre la chambre à coucher et le divan d’une psy. Cliniques, impudiques et crues, la mise en scène et la narration révolutionnent la manière de filmer le sexe à la télé, faisant passer les protagonistes de Six feet under pour des enfants de chœur. Mais si sexe à l’écran il y a, s’il est roi, le véritable sujet de la série n’est pas tant le phallus que l’utérus des trois reines de ce conte contemporain : celui en berne de Katie, qui ne fait plus l’amour avec son mari, l’infertile de Carolyn, qui harcèle son mec de la « baiser » pour la féconder, et l’utérus hystérique de Jamie, qui voit son mec la tromper partout. Quelque part entre la psychologie de Seconde chance, l’acuité du regard de Bergman — et ses Scènes de la vie conjugale — et la sexualité frontale croisée chez Von Trier, Tell me you love me bouleverse autant qu’elle interroge. Le propre d’une grande série malade (d’amour).

Henri Seard

[18 mar 2008] A bord du Darjeeling Limited - (USA – 1h31) de Wes Anderson avec Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman…

La vie déraille

cine-darjeeling-1.jpgDu haut de ses trente-huit ans, et avec cinq films à peine au compteur, Wes Anderson s’affirme comme l’un des auteurs les plus singuliers du cinéma américain. Après les déboires de La famille Tennenbaum et le patchwork foutraque de La vie aquatique, le Texan nous revient avec un road-movie décalé et haut en couleurs (celles de l’Inde, chamarrées) qui traite, une fois encore, de famille dysfonctionnelle et d’êtres névrosés jusqu’à la moelle. Ici, les Whitman, trois frangins aux allures de clowns tristes, affublés de onze valises, d’une imprimante et d’une machine à plastifier, embarquent à bord du train Darjeeling Limited pour une « quête spirituelle » qui va inévitablement dérailler. Il y a là Francis, l’aîné enrubanné, dépressif et tyrannique (Owen Wilson, plus attachant que jamais), Peter, dandy immature et égaré (Adrien Brody, « l’intrus » du casting, qui se fond complètement dans l’univers d’Anderson) et Jack, jeune branleur complètement détaché (étonnant Jason Schwartzman, qui a co-écrit le scénario avec Anderson et Roman Coppola).
Dès les premières minutes, on reconnaît la patte d’Anderson — qui ne tient pas qu’à la brève apparition du Droopy humain Bill Murray, dans une excellente scène introductive. Esthétique seventies (soulignée par une superbe photographie), mécanique burlesque un peu foireuse, feu d’artifice visuel (facilité, il est vrai, par la réalité colorée de l’Inde), mise en scène élégante et aérienne qui suggère plus qu’elle ne surligne : A bord du Darjeeling Limited s’appuie sur les mêmes ressorts filmiques et narratifs que ses prédécesseurs. Et avance, de fait, à la même allure que le train qui lui donne son nom : lentement et de manière imprévisible, prenant le temps de développer la personnalité de chacun (à travers des non-dits et des regards plus que via ses dialogues), tout en construisant parallèlement d’infimes histoires qui ne manquent pas de grandeur et faisant d’apparentes anecdotes des enjeux pleins d’intensité. Ralentis, travellings et panoramiques foisonnants offrent de somptueux plans de coupe ; montage et cadrage permettent à Anderson de suivre ses personnages au plus près tout en prenant du recul, sans jamais les juger. Un humanisme jamais surfait qui contamine le spectateur, le touche et le déroute en permanence.
Malgré toutes ces qualités, on reste quelque peu sur notre faim : peut-être qu’Anderson avait placé la barre trop haut avec ses précédents longs-métrages, peut-être qu’on attendait mieux de la part d’un réalisateur qui, en fin de compte, assoit plus sa vision douce-amère du cinéma qu’il ne la renouvelle.

CC

[18 mar 2008] Dans la vie - (France – 1h13) de Philippe Faucon avec Sabrina Ben Abdallah, Ariane Jacquot…

Les affinités électives

cine-Dans-la-vie-2.jpgOn aurait eu toutes les raisons de se méfier de Dans la vie — dont la bande-annonce nous promettait une comédie « hallal et casher » avec son lot de bons mots français et arabes, le tout sur fond d’une bonhomie typiquement méditerranéenne — si le film n’avait été signé par Philippe Faucon. L’auteur de Samia et de La trahison travaille en effet depuis ses débuts en marge d’un cinéma français dont les préoccupations politiques trop endogènes n’embrassent guère l’histoire coloniale de notre pays. Ici, ce n’est plus la relation de l’individu à la société qui intéresse le réalisateur, mais celle entre des individus issus de communautés différentes. Esther, une vieille dame juive et infirme, et Halima, sa dame de compagnie musulmane, doivent apprendre à vivre ensemble. Dans la vie peut commencer… On est tout d’abord surpris par l’image un peu terne qu’offre la caméra DV scrutant les intérieurs des appartements toulonnais, et aussi par le jeu parfois approximatif des acteurs, non professionnels. Pourtant, progressivement, le récit capte notre attention. Le travail de Philippe Faucon sur les corps, et l’espace qu’ils occupent, est simple et précis : le cadre isole les personnages dans leur « territoire » — leur fonction — avant de s’élargir peu à peu pour les inscrire ensemble dans le plan. Cette évolution renforce l’enjeu fictionnel qui trouve son épanouissement dans la dernière demi-heure du film ; on assiste alors à la naissance de deux vrais personnages, deux belles figures de cinéma dont la sincérité rend le récit véritablement touchant. L’aspect documentaire du film fait parfois penser à La graine et le mulet, même s’il ne possède pas ce trop-plein de vie qui faisait la puissance du film de Kechiche. Au final, loin des clichés trop souvent attachés aux communautés musulmanes et juives, Dans la vie nous conte, avec beaucoup de réalisme et d’humour, et malgré ses quelques errements initiaux, une histoire attachante dont l’humanisme profond n’a absolument rien de niais.

nas/im

[18 mar 2008] L’été indien - (France - 1h40) d’Alain Raoust avec Johan Leysen, Déborah François, Guillaume Verdier…

Siffler sur les collines…

cine-Ete-indien-1.jpgIl y a un véritable malentendu Joe Dassin. Et je ne dis pas ça seulement parce que Cynthia Cucchi n’a rien fait qu’à me narguer en minaudant des « la-lala » tout le long de la réunion de rédaction. Non, le chanteur strabique n’a pas hululé que des conneries dédiées aux aquarelles de Marie Laurencin. Je vendrais d’ailleurs assez volontiers tous les Ours (le chanteur cafardeux, pas les bêtes à poils) pour l’innocente mélancolie d’un Salut les Amoureux ou d’un Et si tu n’existais pas. Quel rapport avec le dernier film d’Alain Raoust, me direz-vous ? C’est très simple : à l’instar du chanteur à minette, l’auteur de La Cage a réalisé un été indien dont le critique aurait préféré qu’il se passât. Non que ce second opus soit foncièrement mauvais d’ailleurs, mais il laisse un sentiment profond d’ennui et un sacré goût d’inachevé. Là où le récit de La Cage semblait agir en sourdine, presque contre le film, cet été indien est trop évident, à force de s’enfoncer lourdement dans le domaine de l’étrange. Ce qui agite René (le poids d’un secret familial) devient vite assez clair et les tentatives pour l’enrober de mutisme ou d’obscurité sont totalement vaines. Cet échec à imposer une vraie sécheresse, à gratter un peu le vernis intimiste pour se laisser emporter vers un naturalisme lyrique est sans doute la plus grosse déception du film. Car Raoust arrive parfois à instiller dans les silences ou dans les montagnes arides une violence contenue. Par moments, il retrouve même la vraie force de son cinéma, cette dynamique brute de l’action qui anime chacun des personnages. Croyez-en mon expérience, il y a une vraie malédiction de L’été indien.

Romain Carlioz

[18 mar 2008] Nicole Guidi à la Poissonnerie

Derrière le miroir

Des œuvres à l’encre et à l’aquarelle d’un côté, un livre pour enfants de l’autre : Nicole Guidi nous plonge avec délice dans son univers visuel aux différentes facettes.

Le travail plastique, comme la relation entre les mots et les images, change de dimension dans les œuvres et le livre, tout en manifestant différemment, une poésie du quotidien. Les deux séries présentées à la Poissonnerie, Méli-Mélo et Sarcasmes, nous donnent un aperçu du travail de Nicole Guidi, qui explore tout à la fois l’imprévu de réactions des effusions de couleurs sur la toile ou le papier, la dynamique des traits, des lignes, des coups de pinceau, ainsi que les comportements et les rythmes de l’homo urbanus. Elle travaille la rencontre entre l’être physique — le tableau — et l’être que nous sommes — l’homme. Regardées de loin, les séries présentées ici apparaissent comme des taches colorées, des lignes de force entre les traits et les formes. De près, elles sont comme animées par la présence d’une multitude de petites figures et de bonhommes qui semblent revendiquer leur présence l’un contre l’autre ou l’un avec l’autre…
Alice s’ennuie est le récit en images de la découverte de la création par une petite fille, qui peut être dévoré aussi bien par les adultes que les enfants. Si l’ennui peut apparaître comme la hantise des petits, la solitude est bien souvent celle des grands. Mais ces derniers peuvent toujours faire semblant, s’immerger dans un bain de foule… Les enfants, eux, ont besoin de respirer, ils cherchent à habiter ce monde encore étranger. Et si le mythe grec de la naissance de la peinture fonctionnait comme une assise théorique autant qu’existentielle ? Et si l’ombre en face de moi était quelqu’un d’autre que moi ? L’enfant peut alors trouver l’Autre en soi-même, découvrir l’altérité au fond même de sa solitude. Et s’émerveiller de la richesse du visible sans être dupe : les apparences ne nous trompent pas, elles ne sont pas fidèles à l’idée que nous nous faisons d’elles. Elles peuvent nous diriger vers d’autres apparences, que même les grands considèrent comme dignes d’attention…

Elodie Guida

Jusqu’au 28/03 à la Poissonnerie (360 rue d’Endoume, 7e). Rens. 04 91 52 96 07
Livre disponible sur place pendant la durée de l’exposition, ainsi qu’aux librairies Histoire de l’œil (25 rue Fontange, 6e) et Les mots pour le dire (33 rue des Trois Mages, 1er).

[18 mar 2008] Sombrero au Grand Théâtre de Provence

Découflé, le sombre héros

Au Grand Théâtre de Provence, le chorégraphe Philippe Découflé nous a fait découvrir sa nouvelle création, Sombrero. Une variation sur le thème de l’ombre qui remet le danseur à l’épreuve du solo.

Sombrero.jpgQuel est le nombre des ombres? Il y a les ombres premières ou décimales. Les ombres chinoises, les ombres sombres, les ombres lumineuses. Les ombres portées, les ombres îles du monde. Les ombres d’un doute.
La nouvelle création de Philippe Découflé, Sombrero, est un voyage au Mexique à cheval sur les clichés américains et les westerns spaghettis. Dans ce spectacle populaire où danse, musique et théâtre se conjuguent pendant une heure trente, Découflé multiplie les clins d’œil au cinéma. Entre ombre et lumière se dessinent des silhouettes célèbres : de Zorro à Nosferatu, en passant par Peter Pan. Les images se succèdent dans une esthétique kaléidoscopique et naissent tantôt par des techniques méticuleuses rendant les formes décalées et drôles, tantôt avec trois fois rien — une lampe de poche par exemple. Des couleurs scintillantes tranchent avec un noir et blanc qui domine le spectacle. La danse est simple, sans artifice, élégante et précise, tout comme les décors. Ayant appris auprès d’Alwin Nikolais, maître de la lumière et des costumes, Philippe Découflé livre un spectacle total où tous les arts sont au même niveau (sauf peut-être la musique à laquelle on ne prête pas tellement attention). Découflé partage l’affiche avec l’inénarrable président grolandais Christophe Salengro et Clémence Galliard qui, par leur jeu de scène dont on ne se lasse pas, interprètent une poésie douce et légère de Claude Ponti. Si ce feu d’artifice séduit, on s’interroge toutefois sur son trop plein d’images. Un petit bémol qui n’enlève rien au charme du spectacle.

Texte : Aline Meissonnet
Photo : Laurent Philippe

Sombrero était présenté au Grand Théâtre de Provence (Aix-en-Provence) du 12 au 15/03

[18 mar 2008] Festival Avec le Temps dans divers lieux de la ville

Les pêcheurs de perles

Le festival Avec le Temps, qui fête cette année sa douzième édition, ne se contente pas d’aligner les concerts et de convoquer les ténors de la chanson française. Il effectue aussi un travail de fond visant à valoriser quelques artistes émergents. Petit tour d’horizon de ces belles découvertes.

fest-avec-le-temps-2.jpgNe comptez pas sur nous pour vous vanter ici les mérites de certaines têtes d’affiche du festival Avec le Temps. Le micro en bois de MC Solaar ou le débardeur auréolé de Lavilliers ne nous intéressent pas. D’ailleurs, d’autres journaux font cela très bien… En revanche, certains artistes programmés dans le cadre des « Découvertes » ont retenu toute notre attention, et on l’espère, la vôtre. Venue en voisine, de Nice, Plume — c’est son nom — risque de séduire plus d’un auditeur curieux. Seule sur scène, Plume est une femme-orchestre. Avec son clavier, sa guitare et son micro, elle nous conte de petites chansons exotiques, entre jazz et pop, créant un univers onirique et léger… comme une plume. En parlant de légèreté, on se doit aussi de mentionner les excentriques Machinchose (à ne pas confondre avec les Biduletruc !) qui conjuguent avec humour — et pas mal d’intelligence aussi — chanson française et dadaïsme ; c’est si rare que c’en est bon. Allez faire un tour sur leur site, vous cernerez mieux l’animal. D’animal à Tom Poisson, il n’y a qu’un pas. Franchissons-le ensemble. Et hop ! Les pieds sur terre, on peut maintenant apprécier les jolis tableaux aquatiques de Tom Poisson qui, selon la rumeur, nagerait bientôt dans les eaux chaudes du succès. Pour joindre l’utile à l’agréable, n’hésitez surtout pas à aller admirer la belle Fredda dont les ballades pop 60’s avivent en nous autant d’émotions que de désir ; on a enfin trouvé la petite sœur de Holden ! Du côté des artistes locaux, on ne vous surprendra pas en louant une nouvelle fois (voir Ventilo n° 209) les richesses insoupçonnées que recèlent les Marseillais de Ing qui trouveront un jour — c’est certain — l’écoute nombreuse et attentive qu’ils méritent. Voilà une petite idée des découvertes musicales que nous propose la sympathique équipe du festival Avec le Temps. Ces concerts sont aussi une belle occasion de mettre en lumière le travail des salles de concert indépendantes qui œuvrent toute l’année pour une diffusion musicale diversifiée.

nas/im

Jusqu’au 26/03 dans divers lieux de la ville. Rens. www.festival-avecletemps.com

[18 mar 2008] 5 concerts à la Une 219

5-concerts-219.jpg

Coming Soon > le 21 au Poste à Galène
Pour Coming Soon, le plus dur commence. Cette bande de jeunots (ils ont entre 14 et 25 ans !) originaires d’Annecy nous a offert une remarquable entrée en matière en livrant ce qui sera certainement l’une des plus belles réussites de l’année au rayon pop/folk. Si on peut déjà comparer leur album à ceux de Herman Düne ou de Pavement, leur entrée définitive au panthéon musical passe maintenant par la scène. Malgré leur âge, ils semblent maîtriser parfaitement l’exercice, et les premières images de leurs concerts glanés sur la toile laissent entrevoir un avenir radieux pour le groupe : en apercevant le petit Leo Creak derrière sa batterie ou son ukulélé, on jurerait être devant des images d’archives retraçant les débuts de Lou Reed avec le Velvet, rien que ça. Quelles que soient les comparaisons, il est certain que nous assisterons vendredi soir à la naissance d’une belle et longue histoire.
New Grids (Kitchen / Pias) www.myspace.com/starsoon

Quantic Soul Orchestra > le 21 au Cabaret Aléatoire
Pour l’ouverture de la sixième édition du festival Bol de Funk, dont la programmation s’avère de plus en plus ambitieuse, le Cabaret Aléatoire reçoit le turbulent Will Holland, plus connu sous le nom de Quantic, qui distille depuis 2003 avec son big band — le Soul Orchestra — un son énergique et funky. Si les premières prestations du groupe lorgnaient du côté d’un R&B de bon ton, elles ne réussissaient pourtant pas à faire de leur show autre chose qu’un revival nostalgique et gentillet des grandes heures de la maison Stax. Entre temps, Quantic a quitté le ciel gris de Brighton pour s’installer en Colombie. Il en a profité pour muscler ses compositions qu’il nourrit désormais de saveurs locales et épicées, ce qui donne à l’ensemble une couleur latin-funk bien plus actuelle et personnelle. C’est certain : l’armada funky du Soul Orchestra aura raison de votre résistance.
Tropidelico (Tru Thoughts) www.quantic.org

Girls in Hawaii + Flexa Lyndo > le 22 au Moulin
Marseille aime beaucoup les Belges et réciproquement. Du pas commode Francis « le Belge », parrain du milieu marseillais, au truculent Raymond « la science » Goethals, entraîneur mythique de l’OM, en passant par le Quai des Belges — nommé ainsi, en hommage à l’héroïque résistance des soldats belges en 1918 —, Marseille a toujours eu la frite. Ne dérogeant pas à la règle, la cité phocéenne prolonge, musicalement parlant, son histoire d’amour en recevant chaleureusement les artistes du plat pays, comme l’atteste le formidable accueil que fera vraisemblablement le public du Moulin aux gars de Girls in Hawaii accompagnés, ce samedi, de leurs potes de Flexa Lyndo. De retour avec un Plan to escape dans la lignée de From here to there, le sextet wallon vient défendre sur scène, deux ans après son dernier passage, une nouvelle galette gorgée de folk-song à haute teneur mélodique. Wallons enfants de la patrie, à vous de jouer…
Plan to escape (Naïve) www.girlsinhawaii.be

Sugarhill Gang + Grandmaster Melle Mel + Kurtis Blow + Grand Wizzard Theodore > le 22 au Cabaret Aléatoire
On pourrait bien établir la biographie et les faits d’armes de chaque artiste présent samedi soir sur la scène du Cabaret Aléatoire, mais on risquerait rapidement de se perdre en superlatifs, et aussi en lieux communs. Pour faire vite, on peut affirmer que c’est une partie des acteurs majeurs de la scène hip-hop naissante new-yorkaise qui fait escale à Marseille. Si nous attendons avec impatience le show du Sugarhill Gang et de Melle Mel, éminent membre des Furious Five, nous émettons toutefois de sérieux doute quant à la sincérité d’un artiste comme Kurtis Blow, dont la précédente prestation dans cette même salle avait tourné à la parodie. Quant aux apprentis-dj, ils n’auront d’yeux — et d’oreilles — que pour Théodore, et c’est bien normal : c’est lui qui, par inadvertance, a inventé le scratch. Le rendez-vous est pris, nous allons célébrer les architectes de notre propre histoire.
www.myspace.com/mastergeenwondermike

Ez3kiel + Phosphène > le 23 au Cabaret Aléatoire
On reproche souvent aux groupes de dub de reproduire toujours les mêmes schémas, et en général, ceux qui essayent d’en sortir se retrouvent sur des terrains loin d’être conquis. D’un substrat à base de dub, Ez3kiel évite l’écueil du radotage en renouvelant la texture du son, les machines ne se font plus seulement synthétiques et noisy mais prennent des couleurs plus organiques (instrument à vent, à cordes ou cuivres), jusqu’à se permettre une relecture très réussie du Lac des cygnes. Au-delà de ces expérimentations trip-hop, Ez3kiel soigne l’aspect visuel des ses productions, de ses concerts et décline, dans une écriture baroque, un univers mécanique et texturé. En live, cette puissance visuelle fait du Vj-ing une création à part entière, laquelle, associée à un univers qui devient de plus en plus éthéré, nous rappelle qu’on pouvait fumer dans les lieux de concerts… et comme disait mon grand-père : c’était mieux avant !
Battlefield (Jarring Effect / Discograph) www.ez3kiel.com

dB + HS + PLX

[18 mar 2008] Tapage nocturne - Humantronic

Tapage-flower.jpgLa dernière fois que j’ai apposé ma signature en bas de cette rubrique, c’était il y a un mois. Pour le Spart, déjà, et pour un artiste que j’apprécie tout autant, Sascha Funke, ce producteur et dj berlinois qui s’était exilé quelques mois dans les parages. Aujourd’hui, je suis fier de retrouver l’usage de la première personne (je laisse généralement ça aux autres) pour évoquer Fred Flower, ce garçon qui vient d’effectuer le chemin inverse, et qui reste le seul à avoir bénéficié de mes supposés talents de biographe (je laisse généralement ça aux autres, bis repetitae). Avec Humantronic, son nouvel alias, Fred a franchi un cap. Il est en pleine possession de ses moyens, il lui fallait donc tenter Berlin. L’affaire remonte à mars 2006, il y a deux ans tout juste, quand il donne vie au label Neopren avec deux Suisses (Pop 3) et un Allemand (Apoll). Jusque-là, Fred est un Dj actif et talentueux, mais un peu à l’écart des principales familles de la scène phocéenne : il a beau enchaîner les soirées, les projets annexes avec des musiciens, les collaborations avec le spectacle vivant, sa discrétion et son naturel réservé le maintiennent loin des feux de la hype. Tant mieux : les tendances, ça va un temps. Et sa techno est loin de la minimale rampante : si elle se nourrit des dernières évolutions technologiques, elle sait ce qu’elle doit aux grands anciens. Conscient de son potentiel, Fred va donc se lancer à corps perdu dans cette aventure « européenne » qu’il porte littéralement à bout de bras. En deux ans, Neopren aura ainsi vu défiler des noms aussi prestigieux — pour qui connaît un peu l’underground — que Misc, Hakan Lidbo, Cabanne, Mathias Schaffhauser, The Modernist ou Falko Brocksieper. Le plus étonnant dans tout ça, c’est que les plus connus d’entre eux n’ont pas forcément été les plus vendeurs… alors que Fred, qui n’a sorti que deux maxis sur Neopren jusqu’à présent, voit les siens s’écouler comme des petits pains. Là réside une grande nouveauté : Humantronic signe l’arrivée de Fred dans le peloton de tête des outsiders de la production techno, ses qualités de musicien n’étant sans doute pas étrangères à cet état de fait. Une techno hypnotique, massive, groovy, implacable… maximale. A l’heure où la minimale vire deep afin de ne pas tourner en rond, Humantronic prend tout le monde à contre-pied avec ses prods et, pour avril, un nouveau « live » (domaine qu’il maîtrise tout autant que ses mixes). Dans une interview récente, Ivan Smagghe, qui trace lui aussi sa route avec une exigence exemplaire, divisait grossièrement les dj’s en deux catégories : ceux qui sont là pour le mode de vie, et ceux qui sont là pour la musique. Nul doute que Fred appartient à la seconde : quand il joue, il donne à entendre une vision de la techno. Ce n’est pas (encore) son nom qui fédère, mais tout ce qu’il y a derrière. Une connaissance parfaite du dancefloor, une solide maîtrise des outils informatiques, et beaucoup de générosité. Fred a beau être un homme à suivre pour 2008 (ce second passage dans une antre du clubbing pointu en atteste), il est avant tout quelqu’un d’accessible, d’une gentillesse désarmante, et l’un des rares dans ce milieu à m’avoir vraiment donné envie de le suivre — quand bien même nos goûts respectifs restent très différents. Humantronic ? Un mutant doté d’un cœur qui pulse.

PLX
Photo : Emmanuelle Latour

Le 21 au Spartacus, Plan-de-campagne, minuit… all night long
Dans les bacs : Between us Ep (Neopren/Intergroove)
www.neopren-records.com et www.myspace.com/humantronic

    Newsletter

    Adresse email :  
    Inscription
    Désinscription
  • Ventilo en pdf

    Ventilo n°293
    du 8 au 21 février

    Téléchargez le journal et son agenda au format PDF

    couverture Ventilo

    • Chercher


    RSS

    rss-netvibes rss-yahoo rss-newsgator rss-google


    Afficher tous les flux, afin de choisir le thème qui vous intéresse.