Archives par mois
janvier 2008

[30 jan 2008] Thomas Fersen – Gratte moi la puce (Tôt ou Tard/Warner)

galette-fersen.jpgIl est rare qu’un disque de chanson trouve sa place en haut de cette rubrique. Mais Thomas Fersen est assurément au-dessus du lot. Cet artisan discret de la « nouvelle scène », dont beaucoup ignorent encore son amour de la langue, a bien trop d’humilité pour en revendiquer la paternité (quand bien même il le pourrait) ou pour sortir un « best of » au sens où on l’entend traditionnellement. Ce disque en est de fait une version téméraire, car délestée des arrangements bateau qui encombrent généralement ses albums, et fait suite à cette fameuse tournée donnée dernièrement… en duo de ukulélés. Ainsi ré-enregistrées, à peine habillées mais loin d’être nues, ces chansons d’hier et de demain trouvent une résonance inédite, et définitivement leur place au Panthéon (c’est-à-dire dans les cours d’écoles).

PLX

[30 jan 2008] Cat Power - Jukebox (Matador/ Pias)

galette-cat-power.jpgLes dernières nouvelles concernant Chan Marshall étaient loin d’être rassurantes : séjour en HP, annulation de la tournée The Greatest, retraite mystérieuse, tout laissait à penser que l’interprète fragile de Nude as the news était définitivement passée au marbre. La sortie d’un album de reprises choisies dans le panthéon de la musique américaine prouve le contraire. Carré, aux vocalises somptueuses et parfaitement produit, Jukebox est un très bel album à mille lieux des premiers opus au folk rachitique et borderline. Il y a fort à parier qu’à l’écoute de ces relectures chiadées les Ayatollahs du rock indé vont tirer la gueule et les fans « low-fi » de la première heure arrêteront là leur histoire d’amour avec la belle ; mais on s’en fout, car Chan Marshall va mieux, elle va même très bien, merci pour elle.

HS

[30 jan 2008] Moussu T e lei Jovents – Inventé à la Ciotat (Manivette/Harmonia Mundi)

galette-moussu-tei.jpgNous n’avons jamais tari d’éloges au sujet de Moussu T e lei Jovents, projet qui reste à nos yeux le plus attachant, authentique et symbolique de la galaxie Massilia : après un premier album qui, loin des images d’Epinal, donnait du relief à une ville que l’on voudrait priver de sa patine, Tatou et les siens enfonçaient le clou avec le second, sans que l’on puisse encore percer le secret de cette alchimie particulière qui fait de leurs chansons, à la fois intimistes et universelles, de vrais petits classiques. Le DVD qui vient de sortir (couplé en « DualDisc » à une sélection de titres audio inédits) vous donnera donc quelques clefs pour pénétrer l’univers de ces messieurs : deux heures d’images avec du live, des reportages, clips et courts-métrages. NB : un joli coffret à prix réduit, regroupant les trois disques, est également disponible.

PLX

[30 jan 2008] Baloji - Hôtel Impala (Delabel/EMI)

galette-baloji.jpgVéritable bande-originale de la vie épique de son auteur, Hôtel Impala impressionne par sa maîtrise et sa richesse instrumentale. Baloji, tour à tour Mc, conteur ou chanteur, nous livre ici les récits de sa prime enfance au Congo jusqu’à ceux de son existence en Belgique au sein d’une famille d’adoption. Les paroles, d’un réalisme poétique touchant, témoignent, malgré leur rugosité, d’une justesse et d’une authenticité rares. Jazz, rap, musiques traditionnelles, les étiquettes fondent au soleil afro-européen de Baloji, qui nous rappelle autant OFX que le trop méconnu Pierre Akendengué. Les invités, comme Amp Fiddler et Ella Woods (des Platters), permettent aussi au disque de s’inscrire dans une certaine tradition soul à laquelle les productions françaises ne nous avaient guère habitués.

nas/im

[30 jan 2008] Claude Vonstroke Vs Agoria

Claude Vonstroke – At the controls (Resist/Discograph)
Agoria – At the controls (Resist/Discograph)

galette-At-the-controls.jpgIl aura donc fallu presque un an pour que les troisième et quatrième volets de cette série de compilations mixées voient le jour, quasi-simultanément cet hiver. Souvenez-vous : dans notre bilan de fin d’année 2006, James Holden plaçait sa première livraison en bonne place, et M.A.N.D.Y sortait tout juste la seconde… Autant dire que depuis, la barre était placée haute. Le label anglais Resist a donc pris le temps de bien choisir les prochains héros de l’affaire, dont le principal intérêt, outre sa qualité intrinsèque, réside dans la liberté offerte aux Dj’s sur deux CD’s. L’Américain Claude Vonstroke livre ici une impériale sélection « club », entre house et techno, deepness et minimalisme : la crème du moment. Quant au Lyonnais Agoria, il varie davantage les ambiances, avec une sélection plus éclatée mais toujours très pointue.

PLX

[30 jan 2008] L’accordeur de tremblements de terre - (Allemagne/GB/France – 2005) des frères Quay (Ed. Distribution)

dvd-accordeur.jpg« Nous étions nombreux à attendre impatiemment, et depuis bien trop longtemps, ce deuxième long-métrage des frères Quay, une œuvre étincelante assurée de déclencher une onde de choc de par le monde » déclarait récemment le « Brazilien » Terry Gilliam. Ceux qui ont un souvenir bouleversé du premier opus des frères Quay, Institut Benjamenta, ne peuvent qu’adhérer à ces propos. Plus de dix années plus tard sort donc le second film des frangins Quay, empreint d’un symbolisme XIXe siècle minutieusement photographié, où se mêlent les univers d’un Méliès et d’un Verne. Ce conte horrifique à la charge poétique rarement atteinte nous plonge dans les obsessions d’immortalité (dans l’amour, dans les corps) d’un neurologue méphistophélique, inventeur du secret de la résurrection. On plonge dans un monde d’automates, où l’occulte le dispute à la science, empreint d’une beauté obsédante. Renversant.

EV

[30 jan 2008] Coffret 3 DVD Monte Hellman - Dont The shooting, Cockfighter… (Carlotta)

dvd-hellman.jpgL’excellent éditeur indépendant Carlotta ouvre donc le débat, via ce coffret de très belle facture : n’est-il pas temps de donner une lecture plus juste des œuvres de Monte Hellman, jusque là cantonné au statut de réalisateur mineur de séries B des années 60/70 ? Pourtant, et cela aurait bien dû mettre la puce à l’oreille des critiques de l’époque, l’homme fit ses armes avec le génial Roger Corman, grand passeur du cinéma US, acteur essentiel de l’émergence du Nouvel Hollywood des 70’s. Il se cantonna, il est vrai, à un genre qui avait alors perdu tout son attrait aux yeux d’un public assoiffé de nouveautés plus en phase avec l’époque : le western. Quand celui-ci retrouvait une jeunesse en Italie, Hellman continuait d’en décliner les enjeux dramatiques, avec un accent subversif mal compris. A découvrir absolument.

EV

[30 jan 2008] Giorgino - (France – 1994) de Laurent Boutonnat (Pathé Vidéo)

dvd-Giorgino.jpgFilm personnel, histoire obscure dans un univers baroque et dérangeant, Giorgino a connu un parcours singulièrement chaotique. Outre les problèmes de tournage à répétition, les sorties sans cesse repoussées et son lourd échec commercial, cette œuvre somptueuse vaut la peine d’être (re)découverte. Mélange entre romantisme noir et onirisme surréaliste effroyable, Giorgino s’inscrit comme un moment particulier dans le panorama du cinéma français. Après une série de clips mémorables, Laurent Boutonnat signe, pour son premier essai cinématographique, une fresque somptueuse de presque trois heures qui en surprendra plus d’un par ses qualités. Un pari gonflé qui malheureusement, à l’époque, n’a pas trouvé preneur. Giorgino s’offre donc une deuxième chance en DVD, autant ne pas la rater…

LV

[30 jan 2008] The flew - (USA – 2004) de Clifton Childree (Ed. Distribution)

dvd-flew.jpgEd Distribution continue son défrichage d’un cinéma contemporain hors normes, fort peu représenté dans les médias, même culturels. On doit à cet éditeur activiste les sorties DVD de Plympton, Guy Maddin, les Frères Quay ou autre Phil Mulloy. C’est dire l’exigence apportée aux éditions, souvent de très belle facture. On leur doit ainsi la découverte de Clifton Childree, cinéaste globe-trotter américain au parcours surréaliste (cinéaste, prof de surf, taxidermiste, responsable d’un lieu culturel punk), et à l’univers visuel profondément poétique, comme en témoigne ce The Flew, film d’une heure trente tourné en noir et blanc et en 16mm, qui nous conte l’existence profondément monotone d’un apiculteur mécanique d’un stand de foire (sic !), jusqu’à sa destinée terrifiante. Une photographie sublime pour un film inénarrable que le cinéaste aura mis six ans à réaliser.

EV

[30 jan 2008] Les nouveaux réalistes, mode d’emploi - (France) d’Adrian Maben (Editions Montparnasse)

dvd-realistes.jpgPierre Restany fait partie de ces critiques d’art qui ont largement dépassé les limites de la rédaction d’articles pour s’engager corps et âme dans l’évolution de l’Art même, à une époque particulièrement stimulante, les 60’s, où ces frontières ne cessaient d’évoluer de mois en mois. Il développera ainsi son concept des Nouveaux Réalistes, ces précurseurs de la poétisation de l’objet industriel, s’entourant d’artistes tels Arman, François Dufrêne, Raymond Hains, Martial Raysse, Daniel Spoerri, Jean Tinguely ou Jacques Villeglé, soient au total un groupe activiste de treize artistes dont le texte de la déclaration collective a été signé chez Yves Klein. Le film présenté ici, tourné en compagnie de cet autre éminent critique d’Art que fut l’Autrichien Otto Hahn, est le seul document visuel de cette aventure exceptionnelle.

EV

[30 jan 2008] Comme à la maison !

Qu’est-ce qui est attirant, original et qui se trouve rue Sénac ? Non, non, il ne s’agit pas d’un nouvel arrivage de travestis venus de l’Est, mais bien d’un nouveau lieu d’exposition et de rencontre, Guimik Galerie, fondé par Armelle Béraudy. Petit tour du propriétaire.

guimik.jpgLa première surprise vient de sa situation : au premier abord, rien ne différencie le 43 de la rue Sénac des habitations voisines et ordinaires. Pourtant, le premier étage de l’immeuble abrite une galerie d’un type nouveau. Un appartement-galerie ! Imaginé par Armelle Béraudy, le lieu est spacieux, meublé et agencé avec goût, déjà prêt à accueillir le public. Entre le bar, le sofa et la cheminée, on est bien loin de la déco et de l’ambiance « moderne » des galeries qui oeuvrent dans le contemporain. Normal, Armelle a aménagé une partie de son appartement en galerie et continue à y vivre paisiblement. Attachée de presse dans la musique, la mode, les arts ou le cinéma, elle a crée un lieu qui lui ressemble : éclectique et convivial. « Ici, ce n’est pas une galerie grand public, c’est plus un show-room, un lieu de d’échange entre les structures culturelles et les artistes » tempère Armelle, imaginant peut-être déjà l’invasion de son lieu par les amateurs d’arts qui lorgnent parfois plus souvent sur le cubi de rosé que sur les œuvres. L’espace accueillera bien évidemment des expositions, des concerts acoustiques, des ateliers de création (écriture, vidéo, musique, etc.), il ouvrira tous les vendredis soirs de 18h à 23h afin de mettre en lumière le travail d’un artiste. « Guimik, c’est un lieu de rencontre qui permettra de promouvoir et d’accompagner les projets d’artistes que nous soutenons car se rencontrer physiquement, c’est bien mieux que sur myspace !» dixit Armelle. Vendredi, c’est le grand soir : l’inauguration de Guimik. Ouverte à toutes et tous pour sa première soirée, la galerie exposera le travail de la peintre marseillaise Virginie Biondi et nous dévoilera le programme de ses prochaines soirées. Vous serez très certainement, tout comme moi, agréablement surpris par le lieu et l’accueil qu’il vous réserve. C’est par des initiatives de ce genre que vit aujourd’hui la culture à Marseille, sans attendre 2013. Venez faire un tour chez Guimik, c’est Armelle qui vous y invite et ne vous trompez surtout pas d’entrée, car si vous pénétrez ailleurs qu’au n° 43, on vous fera certainement une proposition qui n’aura rien d’artistique…

nas/im

Guimik Galerie, 43 rue Sénac 13001 Marseille
Vendredi 18h-23h, soirée d’ouverture : vernissage de l’expo de Virginie Biondi
www.guimik.org ou myspace.com/guimik

[30 jan 2008] Dixit n°212

« Nous sommes la seule ville de France où la propreté est un enjeu électoral. » Patrick Mennucci, directeur de campagne (PS) lucide (in Le Point du 17 janvier)

« Ce projet Zidane a bloqué tout le reste. La mairie préfère se servir de cette vitrine plutôt que de s’impliquer à la Castellane. Un moment, sans le vouloir, il devient handicapant. » Samia Ghali, élue régionale (PS) à la jeunesse, à propos du complexe de sport urbain que Zinedine Zidane souhaite implanter avant fin 2008 près de Grand Littoral (in Marseille L’Hebdo du 23 au 29 janvier)

« Il y a vingt ans, c’était parti d’une plaisanterie quand nous avons choisi nos pseudonymes égyptiens. A l’époque, nous voulions demander au président Moubarak de nous rapatrier comme des antiquités égyptiennes perdues en France. Vingt ans après, la plaisanterie devient réalité. » Akhenaton, à propos des vingt ans d’IAM, qui jouera au pied des pyramides le 14 mars accompagné par 70 musiciens locaux de l’Opéra du Caire (France2.fr, le 29 janvier)

« C’est là qu’il y a le pognon ! » Renaud Muselier a des vues sur la présidence de la communauté urbaine à Marseille… (in Marianne du 19 au 25 janvier)

« Entre Kaufman & Broad et Marius et Jeannette, Gaudin a choisi. » L’écrivain Serge Scotto toujours très en verve (in Le Point du 17 janvier)

[30 jan 2008] Dicon - Clope

dicon-clope.gifClope :
Nom d’argot masculin ou féminin, désignant un objet de forme cylindrique (10cm de longueur et 8mm de diamètre). Communément connu sous le nom de cigarette. Contenant des feuilles de tabac hachées et traitées. Destiné à être enflammé au bout, et la fumée à en être inhalée. Premier sens : mégot (fin de cigarette).
Le ou la clop(e), un synonyme de cigarette ? Pas sûr. Où l’on évoque ce siècle déjà vieux, où nous sommes tous nés. Le ou la clope, c’est de l’argot de film noir, ou d’ouvrier empestant le charbon d’une fin de Révolution Industrielle poussiéreuse. C’est de l’argot savoureux qui s’approprie la rue et vient customiser le trottoir. Objet de collection de macadam, accessoire obligatoire des Tontons Flingueurs et autres. Bref : ça pue la graille, la canaille, le rade de quartier, la vamp en robe noire décolletée qui serre entre ses dents une tige tachée d’un rouge sanglant. Un mot court qui claque, qui fait revenir comme des fantômes dans un brouillard de fumée un Lino Ventura, un Jean Gabin, un Jean Genêt, un Gainsbarre à la voix éraillée. Les poètes, les vagabonds, les pauvres, et même les jeunes qui s’essaient à une frime gentille accoudés au zinc. Un mot court qui claque comme une onomatopée : la langue clape sur le palais, pour le « cl » les lèvres s’arrondissent et lâchent un « o » comme une petite bulle, puis un « p » sonore et bref. Comme un jappement. Comme un souvenir. Un mot court et familier. En passe de devenir subversif ? Qu’on se rassure, si les révolutions se faisaient avec des mots, ça se saurait.

[30 jan 2008] Buzzomètre 212

barometre.gif

[30 jan 2008] Super-position

La salle d’exposition du cinéma Les Variétés s’est recouverte des couleurs franches des œuvres d’Olivier Huart. Apprenez à lire entre les lignes…

expo-Olivier-Huard-C-O-Amse.jpgDes lignes qui s’entremêlent, des formes qu’on devine… L’univers d’Olivier Huard fourmille de mille et un détails qui donne à ses œuvres une dimension visuelle saisissante. Outre les dimensions imposantes de chaque pièce, ce qui attire avant tout le regard c’est la profondeur de champ, l’impression que chaque peinture possède une épaisseur, un corps qui émerge de la toile, ou plutôt qui nous immerge en elle. Cette sensation naît de la superposition de lignes dont chacune, avec sa couleur propre, nous raconte une histoire, mais aussi et surtout, de la technique utilisée par l’artiste. En effet les lignes que nous percevons ont été réalisées avec une bande de latex que l’artiste enlève par la suite afin de dévoiler le fond de la toile. Il en va de même pour les autres couches de peinture superposées aux premières et travaillées avec le même procédé. Ainsi, c’est en enlevant ces diverses bandes de latex sur des couches de peinture de couleurs différentes, qu’apparaissent ces formes enchevêtrées, ces silhouettes qui nous rappellent les origines rupestres de toute forme de représentation. « Mon grand-père était archéologue, il a pas mal bossé en Afrique ; les peintures rupestres, c’est un truc qui m’a pas mal influencé »… En écoutant les propos d’Olivier, on fait alors plus attention aux détails qui peuplent ses toiles (animaux, outils…) et aussi aux thèmes : l’Afrique bien sûr, et aussi le Japon, où il est déjà allé travailler. Au sujet des ses influences, Olivier avoue aussi une rencontre déterminante, celle avec Alain Diot, le brillant artiste varois dont les collages et les découpages ont certainement nourri l’imagination d’Olivier dans sa jeunesse. Apprécier le travail d’Olivier Huard, c’est autant s’intéresser aux infimes détails que percevoir la toile dans son ensemble, et pour cela, l’espace d’exposition des Variétés semble être le lieu idéal : clair et aéré, il nous permet de prendre la distance qu’on souhaite avec les œuvres.

Texte : nas/im
Photo : O. Amsellem

Olivier Huard, Travaux récents, au cinéma Les Variétés, 37 rue Vincent Scotto, 1er
www.olivier-huard.fr

[30 jan 2008] Brèves 212

L’association Française des Sclérosés en Plaques recherche un correspondant dans le département. Ecoute, information et orientation dans les démarches administratives, le correspondant de la NAFSEP aura pour mission de soutenir les personnes atteintes de sclérose en plaques. Il devra également mener des actions au plan local via des rencontres amicales, réunions d’information, groupes de paroles et collectes de fonds. Démarche détaillée sur le site www.nafsep.org.
Rens. 05 34 55 77 00 ou nafsep@nafsep.org

Appel à candidature pour le 14e Festival des Printemps de la Danse :
La compagnie Campo
organisera les 29 et 30 mars, ainsi que les 26 et 27 avril à Peyrolles-en-Provence, des rencontres danse entre écoles amateurs et compagnies de danse contemporaine professionnelles. L’école participante montrera son travail dix minutes durant devant un public. Chaque week-end sera parrainé par une compagnie de danse professionnelle.
Rens. 04 91 42 21 46

On est en finaaaale, on est en finaaaale…
Marseille vient de franchir une étape avec succès sur la longue route pour décrocher le titre de capitale européenne de la culture en 2013. Au coude à coude avec Lyon, Bordeaux et Toulouse, Marseille est en finale : les résultats sont tombés fin décembre. Nice, Saint-Etienne, Amiens et Strasbourg sont restées sur le flanc et le banc de touche. Le jury devrait se prononcer définitivement dans 9 mois. Toutes les informations et l’actualité sur le site officiel de la candidature : www.marseille-provence2013.fr

An open Cage
Depuis samedi dernier, et jusqu’au 29 février, Alphabetville avec le cipM, marseille objectif DansE, le Grim, le GMEM, le FIDMarseille, les R.I.A.M, radio Grenouille-Euphonia et ZINC-ECM proposent une série de manifestations autour de John Cage, le compositeur, le poète, le conférencier, le chorégraphe et le peintre. Au programme : concerts, films, rencontres, conférences, installations, programmes radiophoniques, ateliers d’écriture qui se dérouleront dans divers lieux de Marseille. Cette manifestation extraordinaire sera un temps événementiel qui prendra en considération tous ces éléments et plus particulièrement les concepts d’indétermination et le croisement des arts.
Rens. cipmarseille.com ; grenouille888.org ; zinclafriche.org ; marseille-objectif-danse.org ; grim.com ; montevideo-marseille.com ; gmem.org ; lacinemathequedeladanse.com ; alphabetville.org ; dakiling.com ; fidmarseille.org ; ina.fr ; riam.info/04

[30 jan 2008] En son Faure intérieur

Philippe Caubère est revenu à la Minoterie conclure en beauté la saga de son alter ego Ferdinand. Vingt-cinq ans après, le grand homme danse encore…

Caubere---C-Michele-Laurent.jpg« C’est un jeu… un jeu d’enfant… de vieil enfant… » que nous fait partager Philippe Caubère en deux heures et quart de monologue. Ferdinand Faure se sent seul, il a perdu ses chaussures, ses clefs, son portefeuille… et son indéniable faculté à imiter les autres. Les personnes qui l’habitaient l’ont quitté : il ne reste plus que lui et une ficelle qui traînait au fond de la scène depuis vingt-cinq ans. Une ficelle qu’il va tirer afin de nous faire voyager, devenant tour à tour une avenue parisienne, une vitrine ou une jolie fille. L’objet permet de figurer ce que l’acteur crée, nous montrant que l’on peut faire du théâtre avec rien si ce n’est un peu d’imagination.
Belles et précises, les descriptions nous font pénétrer dans un monde magique, amusant et renforcent l’intimité entre l’acteur et le public. La scène est presque vide autour de Ferdinand, mais celui-ci croit à ce monde qu’il crée autour de lui et nous y entraîne avec la plus grande agilité.
De fait, le talent de Caubère à nous faire partager un moment de sa vie compense largement l’absence des autres personnages qu’il incarnait si bien. Les références à ces mêmes personnages et aux pièces jouées ultérieurement ne manquent pas et créent un humour fin et agréable pour les personnes connaissant un peu le passé de l’acteur. Cela dit, si l’humour est parfois subtil, il s’avère aussi un peu trop facile dans son rapport aux personnes qui l’entourent — notamment aux femmes. Les blagues un peu vulgaires sont courantes, mais ne boudons pas notre plaisir : on ne peut enlever à Philippe Caubère son incroyable talent à ne pas perdre le fil de son histoire dans une pièce bien ficelée et pleine de charme.

Texte : Pierrick Bonjean
Photo : Michele Laurent

L’épilogue de L’homme qui danse était joué du 22 au 26/01 à la Minoterie

[30 jan 2008] Chienne de vie

En confrontant sur scène chiens, dresseurs, psychanalyste, philosophe et danseur, Michel Schweizer livre un brillant essai sur le pouvoir et la soumission.

bleid-desmesure1.jpgOn entre dans la salle, les cinq chiens sont déjà sur scène, seuls. Couchés, ils ne paraissent pas dérangés par l’entrée du public. Puis ils sortent, tandis que les hommes entrent un à un.
Une réflexion est lancée sur l’humain, sur son rapport au pouvoir et sur le besoin qu’il a d’être « dirigé », la relation entre les molosses et leurs maîtres figurant celle de l’homme et d’un dieu. Un véritable dialogue se crée alors entre l’homme et les canidés par différents moyens comme la danse ou le « combat ».
Primordiale, la place attribuée aux chiens évolue petit à petit, passant de la soumission totale à la supériorité sur l’homme. Cet homme qui, de la même façon, prend progressivement le dessus sur le dieu et se croit maître de lui-même.
Des arguments construits se succèdent alors, autant de jeux de mots et d’exemples permettant d’aborder des sujets comme le capitalisme et d’autres problèmes sociaux de façon un peu plus ludique. Les personnes fâchées avec la philosophie se surprendront à aimer réfléchir aux différents problèmes posés par la pièce.
Voilà un défi intéressant que lance le metteur en scène Michel Schweizer en confrontant des personnages que l’on voit rarement ensemble dans la vie courante.
Si « bleib » signifie « pas bouger » en allemand, le moment passé au Merlan nous incite au contraire au mouvement et à une réflexion intéressante, menée avec brio.

Texte : Pierrick Bonjean
Photo : Desmesure

Bleib Opus # 3 était présenté au Merlan du 24 au 26/01

[29 jan 2008] Ça planche 212

bandeau-ca-planche.jpg

Quichotte
_D’après Cerventès par Laurence Janner
Trois clowns se disputent le droit de raconter une histoire de chevalier : le premier veut raconter celle de Lancelot du Lac, le second celle d’Ivanhoé et le troisième celle de Don Quichotte. L’histoire choisie, ils veulent tous jouer le rôle prodigieux de Don Quichotte. Les rôles enfin distribués, la grande aventure peut commencer pour Don Quichotte et Sancho. Pour adapter le roman culte de Cerventès, Laurence Janner a choisi de privilégier les moments les plus célèbres de l’œuvre, comme le combat contre les moulins, les mésaventures de Sancho ou encore la rencontre avec la belle Dulcinée. Si la truculence du jeu des comédiens — Janner en tête, épaulée par Olivier Chevillon et Magali Bazart — et la relecture « enfantine » font merveille, la force du spectacle réside également dans sa mise en forme originale : le décor tournant, animé par les acteurs, donne à la pièce toute la magie du théâtre. Les enfants ainsi sollicités peuvent voyager à travers l’Espagne en compagnie de ces héros mythiques…
_Mercredi et samedi au Badaboum Théâtre

La dernière bande / Krapp’s Last Tape
_De Samuel Beckett, par les Cies Lanicolacheur & King’s Fountain
Dans une turne obscure, Krapp, vieux clown intellectuel et mangeur de bananes, fouille les archives poussiéreuses de sa vie en manipulant un magnétophone. Comme chaque année depuis quarante ans, le vieux raté enregistre le jour de son anniversaire ses réflexions de l’année écoulée. Le constat est amer : échec professionnel en tant qu’écrivain, échec personnel pour avoir sacrifié l’amour au profit de sa vocation. Au fil des années, il s’est enfoncé dans l’obscurité d’une existence minable et vaine. Désormais incapable d’écrire et de dire, il réécoute la bande enregistrée le jour de ses 39 ans — l’année de la révélation, du choix et du sacrifice. Cette écoute semble constituer son seul bonheur actuel et le moyen pavlovien de rendre accessible le souvenir de sa vie sentimentale… Mis en scène par Xavier Marchand et joué par Henry Pillsbury, Krapp, ce grand histrion beckettien éprouve le temps, sa mémoire et l’oubli, et progresse en équilibre entre grotesque et profondeur. Bouleversant.
_Jusqu’au 2/02 au Théâtre de Lenche

Ruy Blas
_De Victor Hugo par la Cie Chatôt-Vouyoucas
Une période trouble, une génération désenchantée, une police omniprésente, des révolutionnaires impuissants, des gouvernants corrompus par le pouvoir et dévorés par l’ambition, un ministre de l’Intérieur tout puissant, cynique et haineux… Si elle figure avant tout le drame romantique par excellence — avec en son centre, l’intrigue amoureuse, évidemment impossible —, la pièce d’Hugo, écrite il y a plus d’un siècle et demi, résonne dans l’actualité avec une force toute particulière. Ce qui permet de comprendre la « nécessité » évoquée par Françoise Chatôt pour justifier son adaptation de Ruy Blas. Une adaptation que la directrice du Gyptis a soignée jusque dans les moindres détails, mettant en avant le côté sombre de la pièce : mise en scène simple, sans effets de style superflus, jeu d’acteurs mettant en valeur la langue subtile d’Hugo, décor sobre, presque inexistant, comme pour mieux donner du relief au drame qui se joue, musique, costumes et lumières à l’avenant. Bref, une réalisation en tous points remarquable.
_Jusqu’au 2/02 au Gyptis

Une île
_De François Cervantes par la Cie L’Entreprise
Fruit d’une recherche sur le théâtre de masques débutée en 1992 avec le sculpteur de masques Didier Mouturat, la dernière création de l’Entreprise est un périple vers un territoire de légende habité par douze personnages vivant « les bribes d’une histoire commune ». Il y a là le Kamikaze, courageux jusqu’à l’excès, prêt à tout pour la communauté ; le Commerçant, blasé et incrédule ; l’Adolescente rêveuse et ses parents, l’Architecte, pragmatique, et la Mère, figure centrale par excellence ; la Beauté, sexuelle en diable ; le Sage, vivant et sensible ; le Joueur, un peu perdu dans sa quête effrénée du plaisir ; le Veilleur, lunaire ; le Vieux, moribond ; le Fou, qui échappe à tout et à tous, et enfin le Voleur, l’anarchiste en marge de la société. Au travers de ces douze êtres — incarnés par cinq acteurs — que tout semble séparer se dessine l’histoire de l’île. Au final, une mystérieuse polyphonie orchestrée de main de maître par François Cervantès, un événement dont on vous reparlera très prochainement.
_Jusqu’au 15/03 au Théâtre Massalia

[29 jan 2008] Le goudron et la plume

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Trente jours sont passés et combien sans griller votre blonde préférée ? Clope finie, fumeur parti ? Les accros du café au comptoir ou de la pression au café en sont meurtris, mais la fumée de la dernière cigarette a désormais disparu. Cette décision gouvernementale a fait débat, voilant ainsi l’absence de celles, plus attendues, sur l’augmentation des salaires face aux prix croissants. Mais le sujet reste prégnant. Symbole d’une époque où les habitudes quotidiennes sont réprimées toujours plus intimement. Touchant aux relations que nous entretenons avec notre prochain. Alors permettons nous, à l’occasion de ce numéro de rentrée, de peser le pour et le contre de l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Les fumeurs vont regretter la saveur du tabac à la fin d’un resto copieux. Les autres pourront légitimement ressentir un certain apaisement. L’odeur de tabac froid qui s’agrippe aux fibres du falzar et qui remonte aux narines au moment de remettre son jean sale le lendemain ne manquera à personne. N’avez-vous pas oublié qu’il n’y a pas si longtemps, enfoncé dans un fauteuil de cinéma, la vue était troublée par les volutes bleutées d’une blonde consumée ? Perdurent les toux qui coupent les dialogues des acteurs pendant l’hiver, certes. Mais faut-il interdire la bronchite ? Il faut bien mourir de quelque chose rétorquent souvent les fumeurs aux anti-tabac. Ou bien étaient-ce les poilus des tranchées qui auraient tué pour un paquet de brunes… Peut-on toujours imaginer un héros qui ne se torpillerait pas la santé en suçotant sa pipe tel Sherlock Holmes dans le salon du cabinet du docteur Watson ou Hank Moody, le héros de la série Californication, alignant les tiges cependant qu’on suce la sienne ? Oui bien sûr, il en existe. C’est une affaire de goût. Chacun a le sien. Et surtout a le choix. Car le cœur du débat présent se trouve dans cette liberté. Est-il possible de ne pas respirer l’air enfumé qu’expire votre voisin ? Celui-ci ne s’approprie-t-il pas l’espace public que nous occupons tous ? Bonne question, merci de l’avoir posée. Glosons, mais n’oublions pas l’essentiel : fumer tue mais moins que le manque d’air.

LP

[29 jan 2008] Le plein des sens

Révélation PACA du Printemps de Bourges en 2007, le groupe Narrow Terence ne se contente pas de s’inscrire dans le paysage musical local : il en élargit considérablement les frontières.

Narrow-Terrence.jpgLorsqu’on écoute leur disque, ou qu’on les voit sur scène, on a du mal à se dire que les Narrow Terence sont originaires de notre région. Maîtrise des instruments, sens du récit, l’univers déployé par ce jeune groupe originaire de Rognes nous renvoie aux grands espaces desséchés du Sud des Etats-Unis, ou aux improbables cabarets dont notre imagination peuple volontiers les moindres contrées slaves. Avec eux, il est question d’ambiances et de couleurs, de murmures et de chaleur ; l’auditeur n’est plus passif, il se fait tout à tour témoin, confident et complice des histoires qui lui sont contées. La langue anglaise, habilement maniée et souvent usitée, n’est pas ici un obstacle à la compréhension, mais s’avère plutôt propice à nos propres divagations. Si leur univers nous touche tant, c’est parce que l’écriture des Narrow Terence est juste, les harmonies vocales raffinées, la richesse instrumentale surprenante : chaque morceau revêt ainsi une dimension visuelle évidente et saisissante. Low Voice Conversation, leur premier album sorti l’année dernière, devrait logiquement permettre au groupe d’asseoir une notoriété nationale naissante, fruit de leurs prestations scéniques remarquées. Au petit jeu de l’analogie musicale, on pourrait rapprocher leur travail des divagations rocailleuses de Tom Waits, et plus près de nous des excellents Nelson. L’aventure des Narrow se mêle aussi à celle, toute aussi excitante, de L’Espace Doun à Rognes. Ce magnifique lieu, qui s’est fait l’escale privilégiée des meilleurs représentants de la scène indie internationale (Woven Hand, Shannon Wright, Herman Düne, John Parish…), accompagne en effet le groupe depuis ses débuts, et partage avec lui bien plus qu’une simple et commune origine géographique. Pour vous donner une idée de la haute teneur musicale de Narrow Terence, rendez-vous vendredi soir à Aubagne, où ils assureront bien plus que la première partie de Jesus Volt et leur blues déjanté… Ce concert pourrait bien surprendre les auditeurs qui pensaient tout connaître de la scène locale, et aussi ceux qui ne voient généralement dans les groupes français chantant en anglais que de vains plagiaires.

nas/im

Le 1er à l’Escale St-Michel (Aubagne), 21h. Rens. 04 42 18 17 17
NB : show-case à la Fnac Centre Bourse à 16h
Dans les bacs : Low Voice Conversation (BaLLRooM/Rek)
www.myspace.com/narrowterence

[29 jan 2008] 5 concerts à la Une n° 212

5-concerts.jpg

Norbert Lucarain Trio > le 31 au Cri du Port
C’est donc avec le dernier disque de Norbert Lucarain, en trio et toile de fond sonore, que l’on retrouve le chemin de cette rubrique. Pas de la plus mauvaise manière : ce vibraphoniste aperçu chez Julien Lourau (Groove Gang), Louis Winsberg (Jaleo) et même Thomas Fersen n’a pas son pareil pour vous accompagner à la tâche, d’un pas léger, sautillant, avec une petite pointe d’humour qui fait vraiment la différence. L’instrument jouissant d’une côte de popularité proche de zéro (hormis dans certaines cafétérias Casino plus toutes fraîches), dépoussiérer ladite antiquité n’est pas donné à tout le monde, et Lucarain s’en tire à merveille avec des compositions évolutives qui n’oublient ni le sens du swing, ni celui de la surprise. Or c’est bien là l’essence même du jazz : une musique vivante, mouvante, en prise directe avec son temps plutôt qu’avec celui de ses aïeuls. Déconseillée aux lecteurs de Zibeline.
Nuits logiques (Cristal Records) www.norbert-lucarain.com

Imperial Tiger Orchestra > le 1er au Balthazar
Un nom qui résonne déjà comme une invitation au voyage. Et là aussi, une musique vivante, qui puise largement sa substance dans l’improvisation… L’Imperial Tiger Orchestra est né suite à une carte blanche donnée au trompettiste Raphaël Anker à la Cave 12, mythique squat genévois dont l’équipe s’est vu expulsée l’été dernier après vingt ans d’activisme (et qui était ensuite partie pour une tournée en France, conclue fin décembre à l’Embobineuse). Le répertoire de cette formation puise dans un certain âge d’or (les années 70) de la musique moderne éthiopienne : Mahmoud Ahmed, Mulatu Astaqé, Getatchew Mekurya… Autant de musiciens redécouverts au fil de la fameuse série Les Ethiopiques, et ici revisités sur le mode instrumental (voire même expérimental). Pour faire court, le travail hypnotique sur les cuivres et la rythmique devrait séduire les amateurs d’afro-beat, si tant est qu’ils aient fumé avant…
Démo (autoproduction) www.myspace.com/imperialtigerorchestra

Black Strobe > le 2 au Cabaret Aléatoire
25 septembre 2004, festival Marsatac. Dans la grande salle du Dock des Suds, qui n’a pas encore brûlé, c’est tout comme : Black Strobe vient de monter sur scène. Pendant qu’Arnaud Rebotini, le colosse aux airs de biker, embrase quelques fans médusés par tant de sauvagerie, Ivan Smagghe, totalement à l’ouest, finit de se consumer dans les chiottes. Symbole. Avant : le tandem le plus respecté de la scène électronique française. Après : un autre groupe, au sens propre du terme (quatre musiciens), totalement assujetti aux obsessions de Rebotini (un mec capable de mixer Rammstein et Nitzer Ebb dans des soirées au nom explicite : Sometimes funky people are dressed in black). Griller son petit pécule branchouille pour tenter le crossover entre clubbers, gothiques et métalleux, il fallait quand même oser. Evidemment la soirée de la semaine, avec intro princière (Nation All Dust) et after qui envoie du bois (Slam).
Burn your own church (Playlouder/Beggars) www.blackstrobe.net

Cocosuma + Sourya > le 2 au Cargo de Nuit (Arles)
C’est au Cargo qu’il faudra cette semaine aller chercher sa dose de pop moderne, avec un plateau qui justifie une fois de plus le déplacement. Cocosuma est un trio parisien depuis toujours, mais un trio qui n’a jamais réussi à garder sa chanteuse très longtemps, ne nous demandez pas pourquoi. Ils en sont ici à la troisième, et on croise les doigts pour que ce soit la bonne : cette Londonienne a un charmant grain de voix qui évoque celui de Sarah Cracknell, la chanteuse de Saint Etienne. On évolue d’ailleurs dans les mêmes sphères, une pop à la fois légère et consistante, riche d’une écriture délicate qui puise aussi bien dans le classicisme 60’s que dans les techniques d’enregistrement modernes. Porté par un merveilleux single aux accents new-wave (Charlotte’s on fire), l’album sort ces jours-ci. Sourya, jeune quatuor parisien qui fait parler de lui, présentera pour sa part des extraits du sien (annoncé pour mai).
We’ll drive home backwards (Third Side/Discograph) www.cocosuma.net

Abd el Haq & Uli Wolters > le 5 à la Meson
Tout au long de la semaine prochaine, la Meson donne carte blanche à Stéphane Galland – le programmateur musical de Radio Grenouille. Stéphane, c’est cette voix suave et sensuelle qui suffit à soulever chez ces dames, lorsqu’elles allument leur transistor en prenant leur douche, les envies les plus inavouables. Stéphane, c’est ce grand gaillard d’origine antillaise, aux yeux perçants et à la silhouette dénuée de toute once de gras, qu’elles rêvent ensuite de rencontrer en allant boire du rhum, à la paille, au Planet Mundo K’fé. Parce que Stéphane a de grandes oreilles et que ces dames, c’est bien connu, aiment les garçons pourvus de tels attributs, il n’a pas hésité à leur concocter une programmation à la hauteur de leurs désirs, dont on retiendra pour commencer cette rencontre inédite entre Uli Wolters (saxophoniste de Kabbalah) et Abd el Haq (« slammer » fraîchement arrivé chez Spoke Orkestra). Résisterez-vous à la tentation ?
www.lameson.com

PLX

[29 jan 2008] smoking/no smoking

tapage.jpgOn ne pouvait pas commencer l’année sans en parler, puisque bien sûr, nous entrons dans une nouvelle ère. Et nous y entrons tous, fumeurs et non-fumeurs, mus par les mêmes desseins nocturnes… Inutile, donc, de débattre autour d’une loi qui, par définition, en emmerdera autant qu’elle en réjouira d’autres, concentrons-nous plutôt sur les faits : après les salles de spectacle (1er février 2007), ce sont donc les clubs et, surtout, les bars qui rejoignent le circuit désormais non-fumeur de vos virées festives. L’occasion de voir comment les premiers s’en sont tiré, et comment les seconds s’y sont préparé… Car bien sûr, la première incertitude qui hante l’esprit des tenanciers de ces lieux, bien légitime, réside dans leur potentielle baisse de fréquentation. L’exemple de l’Espace Julien est à ce titre édifiant : 30% d’augmentation sur la fréquentation en 2007… un chiffre qu’il s’agit certes de tempérer d’après la nature de l’offre proposée (la clope n’explique pas tout), cette grande salle subventionnée n’ayant pas le même auditoire que, au hasard, la Machine à Coudre. C’est un fait : on ne « consomme » pas la musique de la même manière selon que l’on va écouter Jehro ou les Hatepinks… Il y a donc ceux pour qui la phase de transition s’est opérée sans heurts (le Cabaret Aléatoire et sa vaste cour en plein air, le Moulin et son parvis grillagé…), et ceux, généralement plus petits, chez qui celle-ci a chamboulé un tantinet les modes de fonctionnement. Ils sont nombreux : café-concerts, spots associatifs… Si Oogie ou le Lollipop Store (concept-stores dont l’ouverture a peu ou prou coïncidé avec le fameux décret) ont d’emblée affiché la couleur (no clopes !), les plus anciens ont forcément eu un peu de mal à convertir leur clientèle : ainsi du Balthazar ou de la Machine à Coudre, qui n’avaient sans doute pas besoin d’envoyer leurs clients dans la rue… La petite salle de la rue Jean Roque va donc devoir casser sa tirelire pour investir dans un fumoir, sur le côté droit de la scène, tout comme le Poste à Galène qui profitera pour sa part de sa mezzanine (opérationnelle dans un mois). La cabine vitrée avec extracteur : le prix à payer pour poursuivre son activité ? En traînant le soir du côté de la Plaine, ou du centre-ville, on assiste aujourd’hui à un nouveau type de ballet : un bon blouson, un coup de tampon (cochez la bonne case), et nous voici réunis sur le bitume, à taper la discute. Problème : voilà qui donne du grain à moudre aux voisins, parfois mal intentionnés. Tapage nocturne ! Yann, du collectif Non é possibilé (direction artistique du Hush Hush), résume : « On ne peut pas nous demander de gérer, à la fois, les fumeurs à l’intérieur du club ET à l’extérieur. C’est un débat hypocrite : qu’il s’agisse du bruit généré par des fumeurs ou des non-fumeurs, il y a toujours eu des CIQ pour faire pression sur la mairie quant à d’éventuelles fermetures administratives. » Tout le problème est là : savoir (pouvoir ?) composer avec la loi – et les moyens dont on dispose. Un club comme le Spartacus, autre pivot du nightclubbing local, a plus de chance : il dispose d’un large patio qui lui permet, désormais, d’accueillir ses clients accros à la nicotine. Jean-Pascal, chargé de la comm’ : « Avant, c’était irrespirable, on ne voyait pas les gens. L’extérieur crée un nouvel espace de convivialité : les gens se parlent plus facilement, y compris les non-fumeurs qui viennent se joindre aux autres… C’est étrange, mais de cela naît une certaine forme de cohésion à l’intérieur. » Jean-Pascal est un ex-fumeur qui a longtemps arrêté avant de reprendre. On pouvait donc légitimement lui laisser le mot de la fin.

PLX

[29 jan 2008] No Country for Old Men - (USA - 2h02) de Joel et Ethan Coen avec Javier Bardem, Josh Brolin, Tommy Lee Jones…

Fardeau

cine-no-country.jpgSi les frères Coen n’étaient pas deux, le critique/analyste plaiderait volontiers pour un cas de schizophrénie avéré tant leur œuvre superpose d’arides joyaux (Fargo) et pires « joujous » maniérisants (Ladykillers, pour ne citer que le dernier en date). A moins que les frangins n’aient pris un malin plaisir à organiser leur déclin progressif (entamé avec le jaunâtre O Brother), histoire de mieux asseoir leur règne esthétique une fois l’heure venue… Et quand bien même : la première satisfaction de ce No Country for Old Men est sans doute de voir les Coen renouer avec l’horizon séminal de leur cinéma tout en l’asséchant un peu plus. L’arsenal formel mis en place depuis Blood Simple — choc habile des durées, incarnation archétypale du héros, image proche de l’abstraction, etc. — travaille ici à l’évidement du western et de la mythographie américaine par un quadrillage horizontal des territoires de l’Ouest qui transforme peu à peu le film en traversée slow burn du genre et de ses figures ; mais surtout en organisant au sein du récit un phénoménal conflit d’énergies et de temporalités. Entre la loose silencieuse de Llewelyn Moss, la trajectoire « old school » du shérif Bell et l’amplitude physique d’Anton Chigurh, les Coen proposent finalement bien plus qu’un ultime embaumement de l’héroïsme terrien : soit la représentation d’un monde impuissant face à l’empreinte hallucinante du corps de Chigurh et la déconstruction du modèle idéologique américain — véritable fardeau sur les épaules de ceux qui l’incarnent. Et si ce pays-là n’est pas pour les vieux, il est assurément fait pour l’œil goguenard des Coen.

Romain Carlioz

[29 jan 2008] Train de nuit (Chine – 1h34) de Diao Yi Nan avec Liu Dan, Qi Dao…

Le train des râles

cine-train-de-nuit.jpgSur les traces de l’immense Zia Zhang-Ke, une nouvelle génération de réalisateurs chinois posent sur leur pays en pleine mutation un regard neuf et distant. Fidèle à son illustre aîné, Diao Yi-nan fait preuve du même souci d’inscrire son histoire dans un lieu et un moment précis, comme si les éléments qui entourent les personnages étaient aussi importants que les personnages eux-mêmes. Plus que cette marque de fabrique nationale, Train de nuit s’inscrit avant tout dans une tradition cinématographique contemporaine que l’on pourrait appeler le « cinéma du vide. » Les références à Antonioni sont nombreuses (notamment au Désert rouge) et elles teintent le film d’une mélancolie atmosphérique et cotonneuse qui risque de dérouter les amateurs d’une certaine linéarité narrative. Wu Hongyan est huissier de justice dans un tribunal, elle s’occupe de femmes condamnées pour crime passionnel qui attendent leur exécution. Solitaire, fatiguée de tout, et surtout d’elle-même, elle quête sans trop y croire l’âme sœur chaque week-end en se rendant à une pathétique soirée dansante pour célibataires. Misère sexuelle, névrose des gestes quotidiens, l’architecture industrielle de la Chine moderne engourdit les cœurs et fait peser sur cette jeune femme une violence sourde et anonyme. Le rythme s’accélère enfin lorsqu’un homme la suit et ne la lâche plus ; sous les dehors d’un thriller affectif se cache alors de beaux moments de flottements silencieux qui renvoient le personnage à l’absurdité du monde qui l’entoure dans un final saisissant. Même si on perd parfois le fil du récit en suivant pendant un temps les péripéties de personnages secondaires, le film reste lisible et cohérent, souvent ponctué par des plans fixes aussi explicites qu’esthétiques qui rendent palpables ce doux désespoir qui semble avoir envahi la Chine moderne.

nas/im

[29 jan 2008] Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street - (USA – 1h55) de Tim Burton avec Johnny Depp, Helena Bonham-Carter…

Lame en peine

cine-sweeney.jpgIl est des réalisateurs, à la trajectoire filmique erratique et déliquescente, que l’on continue de suivre, affection oblige, malgré une constance dans la médiocrité, compassion oblige, qui force — plus du tout — le respect. Ainsi de Tim Burton qui, via son dernier opus cinglant et saoulant, n’en finit plus de décevoir le fan de la première époque : celle du pop Pee Wee, du délirant Beetlejuice, du sombre Batman, le défi, et des bouleversants chefs d’œuvre que sont Edward aux mains d’argents et Ed Wood — considéré comme « le plus mauvais cinéaste de l’histoire du cinéma. » L’âge d’or derrière lui, Burton a entamé depuis 2000 et sa relecture inconséquente de La planète des singes une nouvelle période, celle de l’âge « dors », où il faut désormais s’accrocher, au choix, à son fauteuil, sa chérie ou son voisin, pour ne pas bailler, s’assoupir, rêvasser ou ronfler — attendu que le cauchemar est sur l’écran. Jamais à court de circonstances atténuantes, on avait mis l’inoffensif Big Fish, le diabétique Charlie et la chocolaterie ou l’ennuyeux Noces funèbres, succédané du merveilleux L’étrange noël de Mr Jack, sur le compte d’une paternité tardive et ramollissante. Las, ce n’est pas avec Sweeney Todd qu’on se réconciliera avec le sieur, tant son barbier sanglant et vengeur est définitivement rasoir. Quelque part entre le déjà bancal Sleepy hollow, pour le barnum gothico-burtonien, et Phantom of the paradise de De Palma, pour les parties chantées, le treizième long métrage du papa de Frankenweenie est une tragédie musicale prévisible, vaine et d’un mauvais goût prégnant. Quant à Johnny Depp, désormais en roue libre dans l’intertextualité burtonnienne, il est tout simplement pénible en barbier démoniaque clone d’André Rieu croisé avec Stripe, le méchant Gremlins. Plus de dix ans après son dernier grand film, il n’est pas interdit de penser que Burton vient de rejoindre son maître à filmer avec des moufles, Ed Wood, en devenant à son tour « le plus mauvais cinéaste de l’histoire du cinéma » — du XXIe siècle, maigre prix de consolation.

Henri Seard

[29 jan 2008] Chuck Palahniuk - Peste (Denoël)

millefeuille-la-peste.jpgContée sous forme de biographie orale par différents témoins et acteurs, proches ou non du héros, voici l’histoire du mystérieux Rant Casey, de son enfance en famille jusqu’à son dernier rodéo nocturne en voiture lors d’une nuit du Crashing, organisée par les Chauffards. Dans un futur proche indéterminé, la population est strictement divisée entre diurnes et nocturnes et toute forme d’expression artistique remplacée par des transferts, expériences vécues par les yeux d’un autre. Rant affectionne les piqûres et morsures animales, contracte la rage et se voit suspecté d’être à l’origine d’une épidémie gigantesque qui gagne le territoire américain. Palahniuk explose la notion de temps et questionne à coup de concepts mi-fumeux mi-prophétiques l’histoire de l’Amérique. Rant serait-il la même personne se reproduisant dans le temps ? L’auteur de Fight Club continue de dresser un portrait désopilant du monde moderne, nous perd puis nous retrouve dans un roman où la polyphonie crée un rythme endiablé.

JB

[29 jan 2008] Christophe Delbrouck - Weather Report. Une histoire du jazz électrique (Le Mot et le Reste, collection Formes)

millefeuille-Weather-Report.jpgJoe Zawinul, pianiste d’origine autrichienne féru de métissage, figure centrale de cet essai, est le docteur Frankenstein d’un jazz « rock » empruntant les chemins de l’électronique proposés par les synthétiseurs dont il use et (m)abuse dès le début des années soixante-dix. Obsédé par le respect des anciens et des modernes du jazz, entre citations d’Ellington ou dépassement des révolutions proposées par son compère Miles, il ne concevra toutefois nulle créature. Fasciné par le talent de son partenaire en création, Wayne « Footprints » Shorter, Zawinul vivra avec effroi la descente aux enfers du bassiste qui porta Weather Report aux sommets, Jaco Pastorius. L’auteur réussit à transcender l’anecdotique pour s’immiscer dans les entrelacs de la création jazzistique des années soixante-dix, se refusant à toute approche béate par une rigueur imparable dans le traitement des archives pléthoriques à sa disposition. Zawinul, disparu en septembre dernier, aurait certainement apprécié ce bel effort.

LD

[29 jan 2008] Martin - L’œil lumineux et autres histoires (Actes Sud, collection L’an 2)

millefeuille-L-%C5%93il-lumineux.jpgCe recueil regroupe quatre histoires courtes dans lesquelles de jeunes femmes se retrouvent confrontées à l’objet de leur affection. L’une d’entre elles est plongée dans le corps de celui qu’elle aime ; une autre discute avec son grand-père décédé ; une troisième trouve l’inspiration de manière singulière et la dernière se voit confrontée à son ex. Il y a deux ans, Sandrine Martin a co-signé avec Xavier Gélard le magnifique Souterrain. Ici en solo, elle livre un album toujours surprenant, malicieux et mélancolique, léger et profond, tendre et cruel. Son dessin possède les mêmes qualités et son apparente naïveté s’avère tout à fait adéquate. Il se dégage ainsi de L’œil lumineux et autres histoires un souffle particulier et une grande liberté créatrice. Lire de telles BD fait donc beaucoup de bien.

BH

[29 jan 2008] Jean-Claude Denis - Quelques mois à l’Amélie (Dupuis, Collection Aire Libre)

millefeuille-Quelques-mois-.jpgNée en 1988 de la volonté de permettre à des artistes BD de sortir du cadre classique du 46/54 pages, l’excellente collection Aire Libre a fait son bonhomme de chemin et fête aujourd’hui ses vingt ans en rééditant vingt de ses titres à tirage très limité, agrémentées d’une jaquette et de croquis inédits. L’initiative s’ouvre ce mois-ci avec le très agréable Quelques mois à l’Amélie de Jean-Claude Denis. L’auteur y raconte l’histoire d’Aloys Clark, un écrivain dépressif en manque d’inspiration et en rupture avec sa propre vie. Clark va sillonner la France à la recherche d’un hasard qui le remettrait en piste. Récit en partie autobiographique, à la nostalgie caressante et au graphisme chaleureux, Quelques mois… se laisse (re)lire avec un grand plaisir et donne envie de se replonger dans d’autres titres prestigieux de la collection.

LV

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