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décembre 2007

[12 déc 2007] Architectures - Coffret 5 volumes (Arte)

dvd-Architectures.jpgMaintenant ce soin et cette exigence à produire des éditions de grande qualité (autant dans la restauration des copies, dans le choix de la programmation, que dans la création de bonus et livrets), Arte sort un coffret exceptionnel autour des grandes œuvres internationales d’architecture. Du Bauhaus de Dessau au Nemausus 1 de Jean Nouvel, du Centre Georges Pompidou à la Maison de Verre de Pierre Chareau, du musée Guggenheim de Bilbao à la Maison de Jean Prouvé, des dizaines de créations exceptionnelles sont développées avec pertinence, sans tomber dans un didactisme scolaire. Trente films de la collection qui traitent des édifices, des plus classiques aux plus contemporains, avec rigueur, plaisir et intelligence.

EV

[12 déc 2007] Alaa El Aswany - Chicago (Actes Sud)

millefeuille-chicago.jpgAprès le succès de L’Immeuble Yacoubian, El Aswany se déplace de l’autre côté de l’Atlantique pour installer à Chicago une communauté égyptienne dont les protagonistes évoluent pour la plupart à l’intérieur de la faculté de l’Illinois. D’abord sorti comme feuilleton dans un journal, Chicago a valu à son auteur de se faire traiter de pornographe et d’ennemi de l’islam. Dans l’Amérique de l’après 11 septembre, il y dépeint des personnages troublés, avec la même obsession que dans son précédent roman pour les questions identitaires, dans un contexte où l’islam est souvent perçu comme une menace. Ses personnages, assez simples, oscillent entre mal du pays, difficulté d’intégration et refus de « l’arriération » de l’Egypte. A travers eux, l’auteur crée une complexité sociale autour de la religion, l’amour et le politique, avec une maîtrise impressionnante et une distance qui permet la rencontre de deux cultures où passions et pulsions contradictoires se révèlent.

JB

[12 déc 2007] Collectif - Vitamine Ph (Phaidon)

millefeuille-Vitamine-PH.jpgAprès les succès de Vitamine P et Vitamine D, deux ouvrages témoignant respectivement du dynamisme de la peinture et de celui du dessin au sein de la création artistique la plus récente, Vitamine Ph administre une dose supplémentaire de vitalité artistique en offrant d’explorer la place prépondérante du médium photographique dans les arts visuels aujourd’hui. Vitamine Ph, Nouvelles perspective en photographie présente ainsi les travaux de 121 artistes, originaires de plus de trente pays différents, et sélectionnés par un comité international composé de critiques, commissaires d’exposition et directeurs de musées. Les artistes de Vitamine Ph renouvellent et réinventent ainsi les genres photographiques, qu’il s’agisse de photographes établis tels que Tacita Dean, Olafur Eliasson ou Peter Fraser, ou de figures montantes parmi lesquelles,Anri Sala, Tim Lee, et les Français Ito Barrada et Valérie Belin.

JB

[12 déc 2007] Hommer - Insekt (Sarbacane)

On connaissait Gwen de Bonneval en scénariste et dessinateur inspiré. Avec feu la revue Capsule Cosmique, il a été un rédacteur en chef inventif révélant auteurs et œuvres singuliers. Il explore désormais cette facette de son talent en tant que directeur d’une collection de BD aux éditions Sarbacane. L’un des premiers titres qu’il publie est ce magnifique Insekt de l’Allemand Sascha Hommer. Par le regard soudain changeant de ses camarades d’école, un enfant découvre qu’il est un insecte vivant au milieu des humains ; du coup, pour lui, rien n’est plus comme avant. Ce livre en noir et blanc, simple et dense, parle du racisme et de l’exclusion ordinaires avec une force rare, sans jamais être démonstratif. Cette œuvre est en quelque sorte le pendant du Black Hole de Charles Burns, mais peut-être abordable par des lecteurs plus jeunes ; elle est à lire de toute urgence !

BH

[12 déc 2007] Vincent Mallié, Régis Loisel et Jean-Blaise Djian - Le grand mort T1 : Larmes d’abeille (Vents d’Ouest)

millefeuille-Le-grand-mort.jpgNoël approchant, comme tout bon citoyen qui respecte la charte économique de fin d’année, on va offrir un certain nombre de cadeaux. Alors autant que ces cadeaux (qu’ils soient ludiques ou intellectuels) valent le détour. La première partie du Grand Mort, la nouvelle série orchestrée par Régis — Peter Pan — Loisel, s’intègre parfaitement à cette idée. En effet, l’histoire de Pauline, jeune fille plongée dans le monde du « petit peuple », séduit instantanément. On se laisse sensiblement, naïvement, balader dans cet univers féerique. On retrouve une place d’enfant s’enthousiasmant à la lecture d’un conte où magie et merveilleux se côtoient sans discontinuer. Le tout est, bien sûr, agrémenté d’un graphisme fluide, attrayant et plus qu’honorable. Ce qui ne gâche rien à l’affaire. La suite est attendue avec impatience. Logique.

LV

[12 déc 2007] Clair de lune

serie_Clair_de_Lune_2.jpgIl est couillon, flemmard et fêtard. Elle est arrogante, glaciale et ne se déplace jamais sans un balai là où on pense. Unis pour le pire et le meilleur dans la gestion d’une agence de détectives où les portes claquent, les noms d’oiseaux fusent et les vannes empêchent tout dialogue, Maddie Hayes, une ex-mannequin sur la paille, et David Addison, un ex-rien du tout, s’emploient donc à se pourrir la vie à défaut de la gagner en résolvant les affaires qui se présentent — toujours mal. En effet, l’agence Clair de Lune s’est spécialisée, à l’insu de son plein gré, dans des affaires pour le moins insolites et les clients bons à enfermer, comme cette vieille dame qui désire être protégée de son mari décédé… ou cet homme qui cherche à faire annuler le contrat sur sa tête qu’il avait lui-même commandité. Mais ces affaires, aussi décalées soient-elles, ne doivent pas nous faire perdre de vue que la grande affaire de la série est justement la « love affair » de Maddie et David. En effet, même s’ils mettront six saisons à se l’avouer, nos deux héros en pincent, aïe, l’un pour l’autre, s’épanouissant dans cet amour vache, meuh. Si le véritable fil rouge de Clair de lune était la love story à retardement, la série n’aimait rien tant que la déconne à tout va, la parodie comme étendard : relecture shakespearienne, voyage(s) dans le temps ou épisode musical redéfinissaient chaque semaine le cadre de la série US. Ainsi de la mise en abyme, vertigineuse et pionnière, où il n’était pas rare de voir Cybill Shepherd et Bruce Willis sortir du champ pour consulter un scénario alambiqué, négocier en direct cinq minutes de rab’ avec la production, chanter le générique à la place d’Al Jarreau ou apostropher les téléspectateurs ! Culte, définitivement.HS

[07 déc 2007] Pour info…

Cette semaine a vu l’apparition d’un nouveau journal en ligne créé par l’ancien directeur de la rédaction du Monde, Edwy Plenel, intitulé MediaPart. Rajoutez un .fr et neuf euros par mois et vous obtiendrez en janvier — de l’avis de ses journalistes expérimentés — un journal d’information confectionné par des professionnels soustraits à l’impitoyable censure qui mine la confiance des Français dans leurs sources d’information. Ils ne sont bien sûr pas les premiers. Cette entreprise fait suite à la création de rue89.com par des anciens de Libé qui a réussi à se faire une place dans le cercle très ouvert des journaux sur le web. Le site acrimed.org (pour action-critique-médias) n’a jamais pris de gants ces dernières années pour dénoncer le journalisme de connivence, cette complicité devenue systématique entre les mondes trop proches de la politique et des médias pourtant censés se contrarier. Pourtant, les citoyens sont conscients de la réalité et de l’intention de fabrication de l’opinion par des journalistes complaisants. A en croire un sondage commandé par le journal La Croix, 63 % des Français pensent ainsi que les journalistes ne sont pas indépendants face aux pressions des partis politiques et du pouvoir et 60 % qu’ils ne résistent pas aux pressions de l’argent. La multiplication de ces initiatives électroniques n’est pas seulement la conséquence de la généralisation d’Internet dans les habitudes quotidiennes des Français. Il traduit réellement un besoin pour les journalistes de s’affranchir des contraintes inhérentes aux journaux de presse, de radio et de télévision. Informer ou manger, il faut parfois choisir. L’ancien directeur de Paris-Match, Alain Genestar, pourra vous en dire quelque chose, viré par son patron Arnaud Lagardère pour avoir révélé la liaison extraconjugale de la désormais ex-femme du Président.
Mais pour pouvoir exercer le rôle de chien de garde de la démocratie et pas uniquement du pouvoir en place, les journalistes doivent pouvoir sereinement glaner les informations, les trier, les hiérarchiser et les retranscrire sans complexe ni tabou. Et dans cette recherche du temps gagné, les journaux ont notamment besoin d’argent. Le modèle économique d’une publication traditionnelle sur papier qui fait les mains sales ou sur écran qui fait mal aux yeux repose sur la publicité. Sans son support, l’exercice de son métier devient délicat. Vivre dans la précarité n’aide pas l’enquêteur à conduire les meilleures investigations qui nécessitent de la réflexion et du temps pour elle. Si Le canard enchaîné ou UFC-Que choisir font figure d’exceptions en se passant de pub pour fonctionner, c’est grâce au soutien ancien et durable de leurs lecteurs et de leurs propriétaires. Mais doit-on croire pour autant que des journaux comme Marianne ou Ventilo sont vendus au grand capital ? Non, pas plus que Rue89, dont les lecteurs s’accommodent très bien des publicités, parce que c’est le prix à payer pour avoir une information de qualité dans un monde où tout est gratuit (« Je préfère un média ouvertement financé par la pub qu’un organe de presse déficitaire mais financé par l’activité de marchand de canons ou de roi du béton de son propriétaire »). D’autant que s’il est un endroit où les gens ont plus de pouvoir que nulle part ailleurs pour bloquer les publicités gênantes, c’est sur Internet. En téléchargeant Adblock Plus sur http://adblockplus.org/fr par exemple.
L’aventure de l’édition électronique d’un journal qui, par souci d’indépendance, ne compte que sur le préalable soutien financier de ses futurs lecteurs paraît ambitieuse. Contre la démocratie d’opinion et la propagande omniprésente, une telle prise de risque est de bon augure. Car le constat est là. L’intoxication a pris le pas sur l’information. Vouloir inverser la tendance, c’est savoir que l’on a les médias qu’on mérite.

Texte : PL (avec CC)
Photo : dB

[07 déc 2007] Promenons-nous dans…

A La Minoterie, le spectacle La lecture, ce vice impuni rompt la relative monotonie d’une représentation et le lien classique scène-salle en nous faisant faire un (dernier ?) tour du propriétaire.

Sans doute l’aurez-vous déjà remarqué, la chronique de théâtre s’intéresse peu au corps du spectateur. Et pourtant ! Ce corps, qu’on laisse parfois passer des plombes, immobile sur des sièges raides ou des strapontins grinçants, révèle que si l’ennui est le pire des maux, il n’en est pas le seul : mal au cul, fourmis dans les jambes, réveil de vieilles douleurs, etc. Alors, pour celui qui se lèverait volontiers d’un bond, bien avant une éventuelle « standing ovation », le spectacle déambulatoire constitue un salutaire remède et La lecture, ce vice impuni, un exemple du genre. Imaginez : dix scènes ou tableaux et presque autant de déplacements. Jamais plus de vingt-cinq minutes au même endroit ! Heureux celui qui aime à se dégourdir les jambes. Le théâtre s’ouvre entièrement au public qui n’est jamais où on l’attend, c’est-à-dire dans les fauteuils de la salle : il déambule, se promène, s’égare. Enfin, la chronique s’égare : le spectateur, quant à lui, découvre au (supposé) hasard de ses déambulations les tableaux écrits par Stéphane Olry et mis en scène par Xavier Marchand. Pratiquant le hold-up ou détournement d’enquête sociologique, ces deux-là ont dressé quelques portraits de lecteur à partir d’un questionnaire portant sur les pratiques de lecture. D’un portrait à l’autre, le travail de restitution n’est pas égal mais quelques perles se détachent, dont un Voleur qui dans l’intimité procurée par une obscurité totale vient comme nous murmurer son texte. Au gré des rencontres, chaque spectateur reconnaît sans doute, amusé, un bout de lui-même ; certains rient peut-être de ce lecteur qu’ils ne sont heureusement pas. Mais, de celui qui vole des phrases par-dessus les épaules ou des livres entiers chez les autres, à celles qui voient en France Loisirs le pourvoyeur d’une extraordinaire et indispensable came (Les dévoreuses), tous partagent une même (pré)occupation : lire. Dans un final quelque peu maladroit (simulacre d’arrestation renvoyant au titre…), Olry et Marchand en font même un acte politique et résistant qu’ils rapprochent de celui qui anime l’équipe de La Minoterie depuis quelques temps (cf Ventilo n° 199). Si le Théâtre de La Joliette finit par s’écrouler, on l’aura désormais entièrement visité…

Texte : Guillaume Jourdan
Photo : S. Olry

La lecture, ce vice impuni était représenté jusqu’au 2/12 à La Minoterie.

[07 déc 2007] L’enfance de l’art

Entre cinéma d’animation destiné aux plus petits et cinéma expérimental ou d’avant garde, il n’y a qu’un pas, que n’hésite pas à franchir avec bonheur l’équipe de Fotokino, qui nous propose courant décembre la quatrième édition de l’excellent évènement Laterna Magica.

Dans le champ de la diffusion et de la sensibilisation aux arts pour tous, Fotokino a dessiné au fil des ans un paysage champêtre où les chemins de traverse se répondent, où chacun peut butiner avec délectation, à son rythme, les mille saveurs d’une programmation toujours plus pertinente. Le jeune public, auquel s’adresse souvent l’association, n’est ici pas le seul concerné : la quatrième édition de Laterna Magica, cette manifestation polymorphe et éclatée, effeuille tel un flip book les formes d’expression visuelle les plus poétiques, les plus sensitives, voire les plus expérimentales. L’image en mouvement comme essence de l’art, du cinéma. Côté écran, la programmation revient sur les artistes les plus incontournables de la création cinématographique, faisant parfois office de rattrapage. Proposer de (re)voir Sa majesté des mouches de Peter Brook, le Nanouk de Flaherty, L’été de Kikujiro du maître Kitano, Le bonheur de Medvedkine ou les petits bijoux d’animation de Frédéric Back n’est certes pas une révolution en soi, mais reste un tel moment de bonheur dans la vie d’un spectateur que nous ne bouderons pas notre plaisir ! Du coup, l’incursion dans le cinéma expérimental devient pertinente, au regard des films sélectionnés : présenter Rivers and Tides, documentaire inspiré sur l’extraordinaire travail du plasticien écossais Andy Goldsworthy, la sublime Nuit sur le mont chauve d’Alexandre Alexeieff ou le protéiforme Au bord du lac de Patrick Bokanowski, au cœur d’un évènement s’adressant originellement aux plus petits, tient du trait de génie. Ce dernier choix fait d’ailleurs partie d’une carte blanche particulièrement inspirée offerte à la Cinémathèque Française. On y trouve les plus inédites des découvertes de cette édition : un court-métrage de l’immense Georges Franju, La première nuit, et un vingt-quatre minutes de l’un des plus attachants réalisateurs de l’histoire du cinéma français : le « maine-océanien » Jacques Rozier, qui nous présente sa Rentrée des classes. Fotokino saupoudre le tout d’une myriade de petites formes ludiques, haïkus d’animation destinés à tous âges, et l’une des plus belles réponses sur la vitalité du genre. Parallèlement, l’équipe a mis l’accent sur un florilège de partenariats divers, d’expositions et d’ateliers. C’est au sein de ces derniers que la fougue créatrice et expérimentale de nos bambins pourra en toute liberté s’exprimer, leur permettant ainsi de pénétrer les mystères de l’image animée, de la création de peintures animées au grattage sur pellicule.

Sellan

Du 5 au 23/12 au Variétés et dans d’autres lieux de la ville. Rens. 09 50 38 41 68

[07 déc 2007] La Nuit nous appartient - (USA - 1h54) de James Gray avec Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg, Eva Mendes…

Bijou de famille

Dans l’écrin de notre panthéon cinéphile, les deux précédents films de James Gray (le minéral Little Odessa, l’impressionnant The Yards) brillaient du sombre éclat des grandes tragédies. La Nuit nous appartient, troisième opus d’une œuvre déjà remarquablement cohérente, nous arrive après sept ans d’une longue attente. Or, c’est peut-être dans cette difficulté à accoucher d’un film, dans le travail minutieux de l’orfèvre que réside la beauté sidérante du cinéma de James Gray. Au-delà des splendides climax visuels qui scandent la progression du récit — une rixe en boîte de nuit, la mort du père, une fusillade dans un champ de roseaux — la grandeur de La Nuit nous appartient tient à sa croyance dans la force des interstices, à sa volonté de construire plan après plan l’inéluctable désagrégation de son corps central, la famille. L’auteur de The Yards est en effet persuadé que le cinéma s’accomplit dans les plus infimes détails fictionnels, que chaque raccord est une pierre à l’édifice du film Cette démarche est une allégeance au classicisme autant que son dépassement. Car, en imprégnant de majesté la marche funèbre de ses héros et en filmant chaque geste comme la répétition d’un enterrement, Gray prolonge le sillon qu’ont creusé avant lui Coppola (Le Parrain) ou Ferrara (Nos Funérailles) : celui du film de gangsters comme chapelle, espace de recueillement, de sacrifice et de questionnement. De son érotique ouverture à l’« Amen » final, La Nuit nous appartient dessine donc les contours d’une famille détruite par l’ordre et la morale. Et si, au fond, James Gray nous parlait de l’Amérique ?

Romain Carlioz

[07 déc 2007] My blueberry nights - (France/HongKong – 1h34) de Wong Kar-waï avec Jude Law, Natalie Portman, Norah Jones…

In the bouse for love

Si le ridicule ne tue pas, et que tout ce qui ne tue pas rend plus fort, il est certain que le prochain film de Wong Kar-waï sera un chef-d’œuvre… On se demande encore comment le cinéaste hong-kongais, dont on chérissait la virtuose modernité, a pu nous servir un film aussi creux que ce désolant My blueberry nights. Il fallait déjà avoir l’idée de se coltiner une histoire pareille, niaise comme un extrait du courrier du cœur de Jeune et Jolie : Norah Jones incarne une fille larguée par son chéri qui, un soir de déprime et de brouillard, entre dans le snack tenu par Jude Law, aussi beau qu’insipide. Il la console, chouette ! Plutôt qu’une cure de Nutella© (comme vous) ou de se jeter dans ses bras (comme moi), elle décide de s’en aller parcourir l’Amérique et raconte ses péripéties au bellâtre resté faire des tartes aux myrtilles dans son pauvre snack. Vont-ils se retrouver ? L’aventurière et le beau pâtissier vont-ils se rouler dans la farine ? Les enfants naissent-ils dans les choux à la crème ? Qui veut du dessert ?… Filmé comme une mauvaise pub, le film ressemble à une grotesque parodie du cinéma de Wong Kar-waï par lui-même : la caméra flotte, les angles se multiplient, les néons flashent et l’image s’accélère… mais à vide, comme s’il n’y avait plus d’œil derrière la caméra, ou plutôt plus de cerveau derrière l’œil. Sous un déluge de gadgets narratifs qui ne pourront impressionner que les adolescentes, l’indigeste récit nous afflige, et encore je vous épargne les dialogues qui semblent avoir été écrits par Jean-Claude Van Damme ! Que cela rassure les cinéphiles avertis et autres penseurs de l’image, Wong Kar-waï demeure toujours en avance sur ses contemporains : son film représente aujourd’hui une certaine avant-garde du pire.

nas/im

[07 déc 2007] Bleu nuit

 

La cinquième édition du festival Nuit d’Hiver, organisé par le GRIM, se penche sur le(s) blues. Mais sans doute pas au sens où vous l’entendez…

Le GRIM, commando phocéen d’allumés de sons expérimentaux, a décidé d’exciter nos conduits auditifs avec des décibels résolument… bleutés. Plutôt que de se complaire dans une quête mythique des origines forcément africaines des gammes pentatoniques, des polyphonies et des polyrythmies, les organisateurs ont fait le choix judicieux de tourner le dos à une définition autorisée du blues. Préférant donner à entendre des sonorités de joie plus que de complaintes, ils ont cherché l’universel des cinq notes, par-delà les barrières linguistiques et culturelles, musicales et poétiques. Quoi de commun entre le doudouk arménien de Lévon Minassian et l’électronique expérimentale de Mathieu Chamagne et Jean-Philippe Gros, si ce n’est l’organisation sonore de leurs quêtes perpétuelles ? Que l’exil soit choisi ou contraint, ce festival invite à rompre avec les stéréotypes du blues, en situant notamment celui-ci sur la côte de la Virginie occidentale, via les prestations et les conférences de Faye Victor et Anders Nilson : la chanteuse américaine, résolument monkienne, proposera un set accompagnée par un guitariste expérimentateur de talent, agrémenté d’une conférence sur la culture Gullah (société noire d’Amérique du Nord ayant conservé des racines au point d’impressionner Toni Morisson elle-même). Loin d’être élitiste, ce festival se dote d’une dimension éducative au point d’essaimer, dans des médiathèques aux marges de la métropole provençale (Martigues, Miramas, Trets) et jusqu’à Nice, sans pour autant perdre son point d’ancrage pour un temps fort en dernière semaine à Montévidéo. Le clou du festival sera assurément la prestation d’Eténesh Wassié, la chanteuse troubadour éthiopienne, dont les vibratos nous avaient transporté l’été dernier au Frioul, à l’occasion du festival MIMI. Accompagnée du violoniste traditionnel Abbédé Feqadé, elle sera l’Eve d’un festival résolument paradisiaque.

Laurent DUSSUTOUR

Festival Nuit d’Hiver #5 : Les Blues, du 8 au 21 décembre à Marseille et Alentours. Rens. 04 91 04 69 59 et www.grim-marseille.com

 

Notes

[1] Groupement de Recherche sur l’Improvisation Musicale

[07 déc 2007] Les chants magnétiques

Au printemps, les filles sont en fleur, les garçons en boutons, et la musique, elle, s’écoute et se joue au festival du Printemps de Bourges. Au cœur de l’hiver marseillais, ils sont sept groupes à être présélectionnés, dont un seul représentera la région PACA. La rédaction a fait son choix : notre coup de cœur s’appelle Ing.

Au départ, il y a un disque. Posée sur notre bureau, sa pochette interpelle : un dessin presque abstrait d’une chevelure se déploie pour nous dévoiler les titres des morceaux. Subtilité japonisante, astuce visuelle, on navigue à première vue dans des eaux aussi troubles qu’attirantes. La première écoute perpétue ce sentiment, le son est dense mais aéré, les textes font sens, et surtout il nous est conté là une histoire : cette musique raconte réellement quelque chose. A la bonne surprise initiale s’ajoute une drôle d’interrogation : de quels artistes ou de quel mouvement peut-on rapprocher ce groupe marseillais ? L’esprit analogique du journaliste besogneux trouve ici très vite ses limites : ce disque n’en évoque aucun autre et cette trouvaille nous comble ! On réécoute donc plus précisément l’ensemble, ce collage heureux de rythmiques jazz ou électroniques, d’extraits sonores radio ou télé, de paroles et de chœurs qui dessinent, chose très rare, une proposition musicale cohérente. Si le disque nous a plu, que dire de la scène ? Leur concert de rentrée au Poste à Galène a offert à leurs récits, souvent frileusement rangés dans la catégorie « chanson française », une dimension physique, presque rock’n’roll, qui continue d’alimenter les discussions des heureux auditeurs présents. Ce groupe, qui existe sous sa forme actuelle depuis deux ans seulement, fait preuve d’une maîtrise et d’une aisance si rares que le terme de « révélation » en devient presque un euphémisme. Si, comme nous, les tacherons de la plume et autres chansonneurs laborieux vous lassent, si l’électronique vous agace parfois et qu’en fait de belles boucles vous préférez passer votre main dans la chevelure d’une amie chérie plutôt que de subir l’assaut de rythmiques sans âmes, le concert de samedi risque d’être pour vous bien plus qu’une agréable révélation. Rendez-vous donc samedi soir à l’Affranchi pour un concert gratuit où Ing, ainsi que trois autres groupes régionaux présélectionnés par l’UDCM, sera à l’affiche. Si l’originalité constitue un critère de choix pour représenter notre région au prochain Printemps de Bourges, nous tenons là le candidat idéal.

nas/im

www.myspace.com/ingcontact
Ing + Chinese Man + Technicolor Hobo + Rimbaud, le samedi 8 à l’Affranchi, 21h, gratuit (invitations à retirer à la FNAC ou à l’Affranchi)
Rens. UDCM : 04 91 89 62 38

[07 déc 2007] 5 concerts à la Une n° 209

 

Piano Magic > le 5 au Cabaret Aléatoire
On ne va pas y aller par quatre chemins : c’est le concert du mois. Oui, nous sommes déjà en décembre, et des concerts de cet acabit, vous n’allez pas en voir des masses d’ici à Noël. Une première chose : notre engouement pour ce groupe est tel que nous aurions dû en parler en pages « culture », mais vu le manque de place, on a du faire sans. Une seconde : la prestation donnée il y a deux ans à l’Espace Julien, devant un parterre d’initiés (le mot « culte » n’a ici rien d’usurpé), est encore solidement ancrée dans nos mémoires. La bande à l’Anglais Glen Johnson, qui compte dans ses rangs trois Français (dont un installé à Marseille), n’a pas son pareil pour vous emmener dans un au-delà brumeux : atmosphérique à souhait, ce rock tour à tour évanescent et physique oscille entre l’ombre et la lumière, et ne ressemble à rien d’autre : une merveille. Ne manquez pas Klima en ouverture, leur chanteuse lancée récemment en solo.
Part monster (Green Ufos/Discograph) www.piano-magic.co.uk

Parts & Labor > le 7 à l’Embobineuse
Seconde rencontre des médias libres « de PACA et pas que » à l’Embobineuse. Avant que Ventilo ne se fasse racheter par Lagardère, vous pensez bien qu’il fallait un tant soi peu qu’on s’en fasse l’écho. Le principe : fédérer tous ceux qui, avec les moyens du bord, proposent une alternative à « l’information » de masse qui nous est chaque jour déversée avec sa part d’intox (qu’il s’agisse de télé ou de presse, bien qu’une large partie des invités ici présents travaille essentiellement sur l’image), le tout de façon très ludique (stand copyleft, mise en place d’un accès internet WIKI pour mettre du contenu en ligne pendant la soirée). Parce que l’Embob’ aime bien pimenter ce genre de raout, elle a invité un très excitant trio de Brooklyn, Parts & Labor, qui pratique un furieux cocktail de noisy-rock et de synth-pop (ils utilisent aussi des claviers) et justifie donc que vous lui accordiez une part de votre temps de cerveau disponible.
Mapmaker (Jagjaguwar/Differ-Ant) www.partsandlabor.net

Pré-sélections PACA du réseau Printemps de Bourges > le 7 au Cargo de Nuit (Arles) et le 8 à l’Affranchi
Trente ans déjà que le Printemps de Bourges existe, et plus de vingt qu’il a mis en place le dispositif Réseau Printemps, s’attachant pour sa part à découvrir les jeunes talents de France et de Navarre. Dans la région, c’est l’UDCM qui fait office de relais, et après une nécessaire première étape de sélection, nous connaissons donc les sept prétendants au titre de Découverte pour cette nouvelle édition. En ce qui nous concerne, nous avons déjà fait notre choix : Ing (voir p.3). Mais bien sûr, et puisqu’on ne nous a pas demandé notre avis, on va le donner quand même : parmi les (pré)sélectionnés, il faudra surveiller aussi Dubmood (petit génie suédois de la « chip music » installé à Marseille), Starboard Silent Side (formation folk/indie qui pourrait recevoir un accueil à la Narrow Terence), Technicolor Hobo (ballades hantées drivées par un Anglais) ou Chinese Man (mais ils sont déjà bien partis). Allez, sans rancune.
www.udcm.net

Lab Waste > le 8 à l’Embobineuse
Autre événement de la semaine (avec la rencontre des médias libres) à l’Embobineuse : la venue des Californiens de Lab Waste, plus connus des initiés sous le nom de Subtitle et Adlib – à ne pas confondre avec Subtle et Madlib, toujours au rayon hip-hop US underground. Lab Waste est un peu la rencontre de deux icônes, dont les univers respectifs ne pouvaient, par leur collision, que provoquer des étincelles. Métalliques. Subtitle est un Mc inclassable, féru de musiques extrêmes, dont le flow à la précision chirurgicale lui a valu de collaborer avec la crème des producteurs indé… comme Adlib, dont les beats minimalistes et tranchants sont apparus chez Saul Williams, Nas ou Busdriver. Leur association, déjà considérée comme culte, évoque à la fois l’écurie Anticon et Anti Pop Consortium : c’est dire le niveau, et l’âpreté du rendu. NB : c’est leur première tournée en France, et il n’y a que quelques dates…
Zwarte achtegrond (Temporary Whatever) www.myspace.com/labwaste

S.S.M + Nation All Dust > le 11 au Poste à Galène
Si la petite équipe du Dépanneur n’organise plus que quelques dates ponctuellement, celles-ci sont à marquer d’une pierre blanche : en matière de rock’n’roll underground, elle en connaît un rayon. Sa dernière trouvaille se nomme S.S.M, du nom des trois musiciens de Detroit qui la composent : Szymanski, Shettler & Morris. Dans le genre, on avait aussi Medeski, Martin & Wood, ces jazzeux avec qui le seul point commun serait l’utilisation assez décomplexée des claviers, car oui, ce groupe typiquement garage (chacun des musiciens fait référence sur la scène de Detroit) privilégie cet instrument à la basse… Le résultat est jouissif, complètement azimuté, une sorte de proto-jerk pour danser les doigts dans la prise : électrisant. Metronomy, la baudruche anglaise récemment aperçue en première partie de Bloc Party, ferait bien de prendre ici des cours de groove, car chez SSM, c’est sûr, il semble qu’on sache faire la fête.
S.S.M (Alive/Differ-Ant) www.alivenergy.com

PLX

[07 déc 2007] Tapage Nocturne - Festival Tighten Up

 

C’est un joli programme de réjouissances que nous a concocté l’association marseillaise Piedenez Prod : de quoi remuer en cadence sur les syncopes des rythmes « black », encore une fois… Tighten Up ? La référence au hit de 1968 par Archie Bell & The Drells est évidente, et Selecter the Punisher – l’homme qui se cache derrière l’asso – de rajouter une référence aux versions de Maceo ou encore de Nicole Willis. Notre justicier du son authentique n’a pas de problème avec le fait que ce hit ait pu faire le bonheur des punks originels sur les dancefloors londoniens en 1976/1977 : après tout, lui-même était dans une vie antérieure un aficionado de l’anarcho-punk, et il a conservé le meilleur de celui-ci, l’esprit DIY… Si le festival doit rendre l’association encore plus visible et autonome, il s’agit également de populariser les multiples acceptions du groove. La part belle faite aux Dj’s est un acte de résistance face à la banalisation de cette figure par les médias dominants. Le samedi 22 décembre accueillera ainsi l’inventeur du terme « turntablism », DJ Babu, dont le set au Cabaret débutera à minuit – concert d’IAM au Dôme oblige. Soyez prévenus : vous danserez jusqu’à devenir des flaques sur les sons de Florian Keller (le jeudi 6) et vous succomberez sous les rafales vinyliques de Rob Swift, des mythiques X-ecutionners (le vendredi 7). Martha High, qui fut l’égérie du James Brown, sera également de la partie ce même soir pour nous rappeler que le groove est aussi affaire de libération des mœurs. Epaulée par les excellents Bordelais de Shaolin Temple Defenders, elle prêchera le culte de l’éros contre les forces de Thanatos ! Foin d’une écoute individualiste ! Le festival Tighten Up s’annonce déjà comme un front du refus face à la sinistrose sarkozyste. Le côté explicitement revendicatif sera d’ailleurs représenté par monsieur Busdriver lui-même (le 6), qui défendra notamment les couleurs de son nouvel album édité par Epitaph, label punk californien d’excellence. Avec ses sons issus de raretés free-jazz ou blues, son flow saccadé et ses lyrics sarcastiques, ce Mc de Los Angeles apparaît comme LA conscience du festival. Enfin, il faudrait aussi souligner la politique tarifaire très abordable, le Tighten Up Festival s’installant comme un événement réellement populaire.

Laurent Dussutour

Festival Tighten Up, les 6, 7 et 22 décembre au Cabaret Aléatoire (voir agenda)

[07 déc 2007] Expériences de l’alter-ité

Alexandra Pellissier, Julien Berthier, Cédric Ponti ; ou comment trois trajectoires artistiques se constituent comme des éléments perturbateurs capables de dévier le cours du temps, dont la force nous fait basculer, en pénétrant dans la galerie Bonneau-Samames, dans une faille spatio-temporelle.

Entrer dans une galerie n’a jamais été aussi déroutant. Habituellement considéré comme seul lieu d’exposition, l’espace de la galerie s’est ici véritablement imprégné des perturbations provoquées par les jeunes artistes. Les étagements et démultiplications d’espaces engagent le visiteur à faire l’expérience des œuvres plutôt qu’à simplement les regarder. Le parcours qui se construit propose d’expérimenter la perte de repères, à la fois spatiaux — au regard de l’œuvre de Julien Berthier, Etai de rangement, qui défie les lois de la gravité — et culturels. Le visiteur investit en quelque sorte une faille spatio-temporelle, où l’espace devient davantage fictionnel que réel et reste vierge de toute présence humaine. Les dessins d’Alexandra Pellissier s’appuient sur la dimension absurde du réel pour révéler des lieux factices, culturellement standardisés. Participant à la production, sur papier, de ce type d’environnement, l’artiste relève la dimension pathétique de ce que l’on peut à la fois imaginer comme vestiges ou formes futures d’une société. A travers ses sculptures, Cédric Ponti tente peu à peu de recoloniser cet espace dépeuplé et indéfinissable, en faisant émerger, directement de la matière, les visages d’une nouvelle société. Travaillant l’argile à l’explosif, l’artiste constitue une série de masques primitifs qui appartiennent à une civilisation encore inconnue. Enjeu majeur de la création contemporaine, la question de la relativité du temps — tour à tour suspendu, rendu absurde ou dynamité — expérimentée par le spectateur remet en cause l’utopie moderniste fondée sur l’idée du progrès, dans laquelle nous sommes toujours plus engagés. Les propositions artistiques présentées ici tentent ainsi de relever la vacuité du projet de globalisation et de nivellement appliqué par notre société, en proposant un éclatement des référents visuels et culturels, disséminés de manière aléatoire dans l’espace et le temps. Se profile alors une nouvelle cartographie du monde qui explose les trois monolithes continentaux du monde progressiste, et se fonde sur l’image d’îlots disséminés, à la fois solitaires et solidaires. Les parcours des trois artistes constituent ainsi une esthétique de la résistance à l’engrenage et la fuite en avant du temps, qui permet d’inventer de nouvelles possibilités d’existence.

Leslie Compan

Jusqu’au 15/12 à la Galerie Bonneau-Samames (44 rue Bernard, 3e). Rens. 06 71 15 76 97

[07 déc 2007] Brèves 209

Nombreux sont les intellectuels et artistes à avouer leur intérêt pour le foot. En un sens, Monterlant, Giraudoux, Camus ou encore, plus près de nous, Serge Velletti, ont contribué à décloisonner les « genres » en introduisant le ballon rond dans leurs œuvres. Pour croiser des publics qui, malgré « l’effet Coupe du Monde 98 » ne se rencontrent que rarement, l’Espace Culture a lancé, voilà cinq ans, l’opération Lever de Rideau. Le principe : pour 25 €, vous allez voir un match de l’OM et une pièce de théâtre. La formule de cette semaine — avec le choc de milieu de tableau OM-Monaco (samedi à 17h au Vélodrome) en guise de plat de résistance et les sympathiques Dau et Catella (mercredi 12 au Toursky) pour dessert — devrait ravir tous les amateurs d’humour. Il reste quelques places, en vente à l’Espace Culture (42 la Canebière). Rens. www.espaceculture.net

Vous avez pu le constater, faute d’espace, la rubrique Ça planche a momentanément disparu de ces colonnes. L’actualité scénique n’en est pas moins particulièrement intense cette semaine. Ainsi, l’on ne saurait trop vous conseiller de visiter les nouveaux murs du Merlan, qui accueille dès mercredi l’unique Jeanne Mordoj pour un Eloge du poil tout en finesse et sensualité. Du côté du Massalia, on mise sur le cirque contemporain : après les délires melvilliens de Gulko dans Moby incarcéré, c’est au tour de la compagnie Attention fragile d’investir la Friche en installant son chapiteau pour présenter Fournaise, cabaret d’un nouveau genre sur l’héroïsme (extra)ordinaire. Aux annexes du Lenche — le Mini-Théâtre et la Friche du Panier —, la compagnie l’Egrégore poursuit son exploration de l’œuvre de Tchékhov en adaptant le classique Oncle Vania, mais aussi via la création d’un « voyage » à travers l’œuvre littéraire et la correspondance du dramaturge russe, Regarde la neige qui tombe. Enfin, aux Argonautes, les Bernardines accueillent Elisabetta Sbiroli pour l’adaptation théâtrale de Je voudrais être légère d’Elfriede Jelinek : un projet d’autant plus osé et intéressant que l’œuvre de l’Autrichienne s’impose comme un manifeste contre les formes traditionnelles de la représentation théâtrale. Bien sûr, tout ceci n’est qu’une simple sélection suggestive : des tas d’autres spectacles vous attendent sur les planches marseillaises et alentours, suivez le guide dans notre agenda !

La fièvre acheteuse de fin d’année vient à peine de commencer que l’on cauchemarde déjà sur les cadeaux de Noël. Pas d’idée ? Pas d’argent ? Pas de temps ? Une fois n’est pas coutume, Ventilo se fend d’une idée « cadeau » : Portrait de ville, une collection de petits livrets sympas et pas chers (5 € l’unité) associant textes et photos ou illustrations, à l’initiative de la galerie Cam à Yeux). Issu chacun de la collaboration entre deux artistes, les quatre ouvrages explorent la ville et vous invitent à la découvrir sous un angle nouveau, en savourant les pérégrinations photographiques de Martine Montégrandi (qui a réalisé Marseille Panier avec Jacques 2 Chabannes, Marseille Vieux Port avec Fabiène Gay Jacob Vial et Marseille Calanques avec Michel Volpes) ou le crayon bien aiguisé de Philippe Carrese (Marseille croquée, avec Fabiène Gay Jacob Vial). En vente à l’Office du Tourisme, à la Librairie Maupetit et en ligne sur Amazon. Rens. www.camayeuxmarseille.com

[07 déc 2007] Soulwax – Most of the remixes… (Parlophone/EMI)

Avec leur projet 2 Many Dj’s, les frères Dewaele avaient su conquérir un large public en redynamisant la notion même de mix, tablant sur le « mash-up » (la fusion de deux titres a priori antagonistes mais complémentaires) et des sets ultra-préparés. Quand vint l’heure de passer à la production, sous intitulé Soulwax, ce fut la cata : une grosse daube surproduite. Ils rectifièrent alors le tir avec leurs Nite versions, réduites à l’essentiel (basse/batterie/machines) et matrices de tous les remixes à venir. On en retrouve ici beaucoup, souvent pour des artistes qui, comme eux, placent l’énergie rock au cœur du dancefloor, et ils sont souvent imparables. Comme pour nous rappeler qu’ils sont bien les pères de la génération Justice (potards à bloc, science de la montée), ils mixent les mêmes titres sur un second CD… La boucle est bouclée.

PLX

[07 déc 2007] Myriam Alter - Where is there (Enja/Harmonia Mundi)

C’est l’automne, la saison rousse. Les notes de piano s’égrainent comme les feuilles voltigent sur les gazons, traînant avec elles des odeurs de terres lointaines, de terres humides qui nous enivrent comme le parfum de la chair quand tombe, après le préambule, la robe d’une femme désirée. Ces extases mélodiques portent en elles des relents de Méditerranée et de Brésil, quelques exquises esquisses d’un autre temps, celui où le temps, justement, n’était pas compté. Les comparaisons affluent mais l’essentiel est ailleurs : il est ici question d’abandon et de quiétude. Toute en demi-teinte, cette musique nous grise ; logée au creux de nos rêveries les plus intimes, elle n’en ressortira plus. Ne craignez point l’ardeur, la musique est un cadeau ambigu dont chacun use comme il peut.

nas/im

[07 déc 2007] Microfilm + Karate

Microfilm – Stereodrama (Rejuvenation, Paranoid/La Baleine)
Karate – 595 (Southern)
Un groupe de post-rock s’éteint, un autre s’éveille ! Célèbre proverbe qui ne se vérifie jamais, et pourtant… Pour Karate, le chant du cygne prend la forme d’un ultime hommage à la scène et son public : ce sera ce 595e concert enregistré à Leuven, en Belgique. A l’instar de sa dernière production studio, le groupe se laisse dériver sur des envolées de guitare jazzy qui agrémentent une playlist mélancolique toujours aussi poignante. L’avenir : c’est le retour de Microfilm, armé d’un deuxième album qui confirme les espoirs nourris sur A journey to the 75th. Avec ce post-rock instrumental qui puise son originalité dans des ambiances cinématographiques, les Poitevins développent, au travers de samples de dialogues de films des 50’s, une atmosphère éthérée. Certains diront que l’esprit de Diabologum est sous-jacent… On a connu pire comparaison !

dB

[07 déc 2007] Fairmont – Coloured in memory (Border Community/Socadisc)

Il n’y a pas si longtemps, Border Community était considéré comme le label à suivre au sein de la scène club, fort d’une utilisation presque révolutionnaire des plug-ins, et d’une couleur volontiers trancey ayant largement contribué à sa réputation. Mais quand le buzz est aussi colossal, il finit fatalement par retomber. Après les albums de Nathan Fake et du patron James Holden (ceux-là même par qui tout est arrivé en un seul hit), celui du Canadien Jake Fairley, alias Fairmont, débarque donc sur la pointe des pieds. Et c’est pourtant un grand disque de techno mélodique et charnelle, à situer entre ceux de ses aînés, avec de splendides épopées en 4/4 (Fade and saturate, Flight of the albatross) et des morceaux plus calmes, comme autant de respirations puisant dans les mêmes influences (de l’ambient au krautrock). Superbe.

PLX

[07 déc 2007] Jim White - Transnormal skiperoo (Luaka Bop/V2)

Comme son nom l’indique, Jim White est blanc, il vit dans le sud des Etats-Unis et fait de la country/folk comme on peut s’y attendre. Toutefois, il n’a pas suivi le parcours du parfait redneck : mannequin, chauffeur de taxi, surfeur pro, réalisateur… le petit Jim a déjà vécu mille vies en une, et sa musique s’en ressent. Aux ballades poussiéreuses du sud profond se mêlent les échos d’une pop ensoleillée californienne, qui nous rappelle autant le groove rural et lo-fi des premiers Beck que la cool attitude de Cake. Il y a aussi sur ce disque quelques perles qui risquent de sortir son auteur de la confidentialité dans laquelle il évoluait jusqu’à présent, comme cet irrésistible Crash into the sun, véritable hit en puissance, qui semble parfaitement taillé pour la BO du prochain Tarantino.

nas/im

[07 déc 2007] Coffret 10 films Louis Malle - Dont Milou en mai, Les amants… (Arte)

Voilà, la course aux coffrets est lancée, chaque éditeur va y aller de son intégrale plus ou moins dispensable. Arte, côté édition, nous fait ce grand cadeau de réunir les principaux opus du grand Louis Malle dans un seul boîtier. Nous regretterons seulement que, à l’instar du coffret Louis Malle documentariste, la chaîne n’ait pas fait l’effort d’un livret ou DVD bonus dédié à la mémoire de cet immense cinéaste. Mais qu’importe. On ne se lassera pas de découvrir l’évolution au fil des décades du cinéma de Louis Malle, et le traitement sulfureux qu’il semblait affectionner dans l’approche de ses sujets, que ce soit dans Les amants, Au revoir les enfants ou le très étrange et futuriste Black moon, ovni absolu au cœur d’une filmographie quasi irréprochable.

EV

[07 déc 2007] La légende de Zu - (Chine/Hong-Kong – 2001) de Tsui Hark (Asian star)

Dans l’univers impitoyable de l’édition DVD made in Asie, qui a, parallèlement à sa production, explosé depuis ces dix dernières années, Asian Star, distribué par Pathé, s’est taillé une place de choix. Des grands classiques (cette Légende de Zu) au film d’auteur (Kim Ki Duk…), en passant par les productions contemporaines plus dispensables, Asian star offre de superbes écrins à leurs sorties DVD, et soignent leurs éditions. Un respect élémentaire pour les passionnés du genre. L’opus de Tsui Hark en est un incontournable. Celui qui a réinventé le cinéma de combat virtuose made in Hong-Kong nous sert ici l’une de ses plus belles réalisations, qui fait suite, presque vingt années plus tard, à Zu, la montagne sacrée, incontournable du genre.

EV

[07 déc 2007] Mère et fils - (Russie/Allemagne – 1997) d’Alexandre Sokourov (Potemkine)

Le fait est assez rare pour être souligné : on doit cette édition de l’un des plus fascinants films de Sokourov à un jeune éditeur qui n’est autre qu’un DVD store parisien. Souhaitons-leur donc bonne chance, et remercions-les de soigner autant leur opus. Le cinéaste russe, l’un des plus grands artistes aujourd’hui en exercice, nous offre ici une œuvre ambiguë, visuellement somptueuse. Sokourov y développe un art raffiné du filtre coloré, au service d’une histoire étirée dans le temps, les derniers jours, ensemble, d’une mère et son fils. C’est justement le parti pris radical sonore et visuel qui donne corps à cette amour fusionnel, l’enveloppant d’un rapport au temps hors du commun. Cet ancien comparse de Tarkovski se livre lors d’une interview fleuve et fort bien construite disponible dans les excellents bonus accompagnant le film. Une réussite.

EV

[07 déc 2007] Logan’s run (L’âge de cristal) - (USA - 1976) de Michael Anderson (Warner Vidéo)

Logan est flic dans une société futuriste totalement aseptisée où les humains ne vivent pas plus de trente ans. L’essentiel de son travail consiste donc à attraper ces trentenaires (les Runners) qui ne veulent pas se rendre dans le Carrousel alors que leur heure est venue. Mais un jour, Logan réalise que son tour approche. Il entre à ce moment-là en contact avec les résistants et fuit en charmante compagnie vers le monde extérieur. Splendide film de science-fiction du milieu des années 70, L’âge de cristal n’a pas, si l’on peut dire, pris une ride : décors somptueux, photographie aux couleurs inégalables, atmosphère captivante… Les propos du film sur l’illusion des masses (la quête d’éternité) et sur la bêtise et le danger des croyances de ces mêmes masses n’ont pas vieilli non plus. Une œuvre SF oscarisée à (re)découvrir dès que possible car le temps presse…

LV

[07 déc 2007] Coffret 4 films Hiroshi Teshigahara - La femme des sables… (Carlotta)

Un cinéma asiatique à l’honneur cette semaine, mais comment ne pas mentionner l’édition de ce réalisateur d’après-guerre exceptionnel, créateur d’un style éminemment raffiné, qu’est Hiroshi Teshigahara ? Artiste complet, très sensible à l’art floral (amour hérité de son père), ayant débuté comme documentariste, le cinéaste a développé dans ses films, peu nombreux, un art du grand écart, en mêlant à sa vision sociale acérée quelques touches de surréalisme, d’absurde, de poésie. Un homme à part au sein de la grande période cinématographique nippone d’après-guerre. Le système de production et de réalisation tranchait même dans le style Teshigahara, au regard du travail de ses confrères, qui tous filmaient exclusivement en studio, comme nous pouvons le constater dans l’émouvant et inspiré Femme des sables.

EV

[07 déc 2007] Stefano Benni - Saltatempo (Babel)

Alors qu’il se rend à l’école, un jeune garçon croise sur sa route un dieu dionysiaque, qui lui fait cadeau d’une montre magique, donnant le pouvoir de regarder dans le passé et dans le futur. Saltatempo : sauteur de temps. De menus sauts qui permettront à notre bonhomme de traverser quelques époques peu éloignées. Le lecteur partage ainsi son quotidien : l’enfance au village, les matches de foot et les fêtes, le départ pour la ville, la première manifestation, les émois amoureux, un voyage à Paris en mai 68, son expérience du journalisme… Chronique villageoise pleine de fougue et de tendresse, Saltatempo est un roman initiatique où, en creux, on peut lire un peu de l’histoire de l’Italie d’après-guerre : le combat des communistes contre le fascisme, la corruption des politiciens, la spéculation immobilière et la pollution… Stefano Benni crée un conte acide, léger et délicatement critique. Une bouffée d’air pur.

JB

[07 déc 2007] Régis Dubois - Une histoire politique du cinéma. Etats-Unis, Europe, URSS (Sulliver)

Notre spécialiste marseillais des cinémas afro-américains revient avec une somme historique sur le septième art. Soit un siècle de réalisations filmiques analysées sous l’angle de leurs conditions de production et de la portée de leur message politique. Férocement partisan, l’auteur flingue à tout va les films conservateurs et leurs zélateurs et encense les cinéastes engagés et militants, d’Eisenstein à Ken Loach et consorts. Cependant, nul manichéisme dans son propos : pourfendant le cinéma de commande, qu’il soit stalinien ou hollywoodien, Régis Dubois ne cesse de soulever les ambiguïtés d’engagements parfois trop dans l’air du temps (Godard ?). Refusant l’esthétisme pur, il n’en est pas moins attentif aux effets des découpages techniques et valorise ceux-ci par une belle révérence deleuzienne. Son souci de pédagogie emporte l’adhésion sans renier un propos toujours exigeant.

LD

[07 déc 2007] Philippe Robert - Musiques expérimentales (Le Mot et le Reste/GRIM)

Après une remarquable (et remarquée) anthologie sur la face cachée du rock, Philippe Robert remet le couvert et évoque ce coup-ci les musiques dites hors normes. En toute simplicité, avec la même érudition et surtout avec le même plaisir, il catalogue un certain nombre de groupes ou de musiciens solos qui ont généreusement contribué à l’évolution de ces musiques bizarroïdes et inclassables plus communément appelées musiques expérimentales. Et quelqu’un qui parle enfin de Nurse With Wound, de Public Image Limited, d’Alvin Curran, de Dominique Petitgand ou encore de Cornelius Cardew (et de beaucoup d’autres au passage), ça fait du bien. Anecdotes, influences et analyses foisonnent dans cet ouvrage dense qui se dévore à pleines oreilles. On a immédiatement envie de se replonger dans ces sons venus d’ailleurs, dans les méandres de ces vrais auteurs/compositeurs. Un bain de jouvence…

LV

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