Ventilo n°293
du 8 au 21 février
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Ce poète afro-américain fera prochainement l’objet d’un hommage à la hauteur de son legs phocéen : première conférence cette semaine
Dans le fabuleux roman Banjo (1928), réédité par André Dimanche dans sa collection Rive Noire en 1999, le héros Ray zone dans la Fosse, quartier miséreux situé au pied du Panier, détruit par les nazis en 1943 avec la bénédiction des édiles locales. Entre blues au ukulélé, bordels et cabarets, réflexions sur l’identité noire et cuites monumentales, il offre au lecteur ce refrain : « shake that thing ! » Claude Mc Kay, donc : poète né en Jamaïque (1889-1948), vénéré par Césaire et Senghor, célébré dans le monde anglo-saxon comme un hérault des Amériques noires. La passion et l’érudition d’Armando Coxe (Cocotte Musique) fédère aujourd’hui des énergies célébrant un marginal, un temps proche des bolcheviks, père caché de la Harlem Renaissance (mouvement de créativité littéraire, musicale et picturale noire du New York des années 20), anticolonialiste et bon vivant… La directrice du département Langues et littérature de l’Alcazar, madame Fritzinger, mesure tout l’impact esthétique et patrimonial du projet ; Armando, lui, insiste sur son aspect identitaire et universel : révulsé par les relents colonialistes et racistes qui emboucanent l’hexagone, il souhaite associer les volontés créatrices pouvant restituer la mémoire porteuse d’avenir d’un poète férocement éternel. Une suite est envisagée avec Moussu T (dont le premier album a directement été inspiré par Banjo), des ateliers slams, des cousins américains, une grosse manifestation à l’automne 2008, sans compter l’édition française de Retour à Harlem. Le slogan susmentionné s’avère dès lors plus qu’approprié pour le programme de ce samedi à la BMVR : projection du Big fella (comédie musicale jazzifiante inspirée de Banjo et tournée à Marseille en 1936), table-ronde avec des spécialistes de Mac Kay et interventions poético-musicales de Guylaine Renaud, femme troubadour.
Laurent Dussutour
« Claude Mac Kay et Marseille », conférence à l’Alcazar le 3 avec divers invités, 16h30
Le centre international de poésie Marseille bientôt sans domicile fixe ?
Créé en 1990 à la demande de la Ville, sous l’administration de Robert Vigouroux, installé rue du Refuge, puis à la Vieille Charité, le centre devrait quitter les lieux en mai 2008. La convention d’occupation signée entre le centre et la Ville de Marseille prenant fin à cette date. Problème : où aller ? La Direction Générale des Affaires Culturelles n’a pas donné suite aux propositions de nouveaux locaux émises par le cipM. La situation perdure pourtant depuis trois ans. Rappelons que le centre de poésie Marseille rassemble la plus grande bibliothèque dédiée à la poésie en France, des salles d’expositions, et constitue un lieu de rencontres et d’échanges. Soutenu par la Région, le Centre National du Livre, le Conseil Général, le cipM s’enrichit d’une activité éditoriale, et bénéficie d’une notoriété nationale et internationale.
« Nous demandons simplement une réponse claire à notre problème », soupire le directeur, Emmanuel Ponsart. « Les raisons invoquées pour notre départ sont des problèmes de sécurité et de circulations différenciées pour des publics non muséaux. » Mais la teneur desdits problèmes n’a toujours pas été précisée à ce jour. La Mairie, qui assure cependant les acteurs du cipM de son « écoute », observe pour l’instant un silence prudent. « Nous sommes ravis d’être écoutés, mais nous souhaitons surtout une proposition concrète et signée concernant un lieu qui corresponde à nos activités », explique Xavier Leton, le responsable de la communication. « Nous avons fait la preuve de notre compétence dans le domaine de la poésie et nous bénéficions d’une reconnaissance internationale, mais apparemment pas municipale », conclue Emmanuel Ponsart. Au moment même où Marseille Provence annonce officiellement sa candidature de capitale européenne de la culture pour 2013, la pilule est amère.
Bénédicte Jouve
Véritable série culte pour toute une génération en culottes courtes — celle d’Antenne 2, Récré A2 et Candy —, Goldorak fût aussi, en 1978, la première série « Mecha » — manga faisant intervenir des robots imitant des gestes humains — à débarquer en France et conquérir le monde entier. Pour ceux qui ne sauraient pas de quoi j’écris, Goldorak racontait l’histoire d’Actarus qui n’aimait rien tant que dégommer des aliens belliqueux, avec un robot super fort, cependant qu’il jouait de l’harmonica sous un platane — soixante-quatorze épisodes durant. Goldorak pouvait, je vous l’accorde, sembler être une série répétitive : le Grand Stratéguerre élaborait à chaque épisode un nouveau plan (foireux), envoyait une nouvelle machine de guerre (dangereuse), un Antérak ou un Golgoth — le premier était piloté par un soldat, alors que le second fonctionnait en pilotage automatique et n’avait rien à voir avec le prototype que l’on peut croiser rue St-Fé en talons « t’y as-vu ? » compensés —, à l’assaut de la « Planète bleue », qui était envoyée ad patres par le robot du prince d’Euphor à grands coups de « Fulguro-poing » et autres « Astéro-hache. » Pourtant, il n’en était rien. Si l’on pouvait avoir une impression de déjà-vu (sic), l’intrigue évoluait régulièrement, comme nous l’explique Marco, grand spécialiste du robot nippon (ni mauvais). « Le combat solitaire de Goldo contre les forces de Véga, avec des méchants de plus en plus sanguinaires, est devenu au fil des saisons l’affaire d’une famille au grand complet.» Goldorak, un work in progress animé à desseins ? Pardi !
Henri Seard
Cette sympathique série (et gros succès surprise) qui narre les (més)aventures quotidiennes d’une bourgade africaine et d’une partie de ses habitants en est déjà à son troisième volet. A la vue du sujet, on aurait pu craindre la répétition et donc un affaiblissement à tous les niveaux. Que nenni ! Toujours aussi plaisante à parcourir, Aya de Yopougon parvient à conserver précieusement ses armes majeures : son ton nonchalant et ses dialogues enjoués. Le dessin, alternant entre pleine page et petites cases, et l’utilisation de couleurs éclatantes renforcent cette volonté de rapprocher le lecteur d’une atmosphère piquante. On s’attache facilement à ces personnages, à leurs désirs, à leurs rêves. Bref, un réel plaisir pour les initiés, une excellente découverte pour les béotiens.
LV
Amis depuis l’adolescence, Jean Regnaud et Emile Bravo travaillent régulièrement ensemble (ils notamment signé la trilogie consacrée aux aventures d’Aleksis Strogonof). Leur complicité transparaît au fil de ces cent vingt-huit pages emplies de tendresse, de pudeur et entièrement dépourvues de pathos, ce qui tient de l’exploit tant le sujet abordé ici est périlleux : la prise de conscience par un tout jeune enfant de la disparition de sa mère. Ma maman… est un album magnifique, plein de vie, dont la précision dans la description des situations et la mise en place des ambiances ne manque pas de nous rappeler des souvenirs… On reprochera seulement aux auteurs de faire preuve de tellement de délicatesse et de retenue qu’ils risquent de perdre le lecteur, en manque d’émotions.
BH
Un immeuble bourgeois dans un quartier chic de Paris comme métaphore de notre société. Dans les étages, des nantis sans histoires, intouchables et méprisants. Au rez-de-chaussée, le concierge, raciste, hargneux et arrogant. A l’entresol, une dizaine de cagibis insalubres abritent les gens les plus divers, et les moins recommandables : un séducteur de bas étages, un ex-hippie scotché et une jeune et jolie Cubaine prête à tout pour devenir française… Douze ans après son premier polar, Michele Courbou récidive avec ce roman où se mélangent fantasme, imaginaire, réel et fantaisie. Les idées foisonnent, mais leur exploitation hasardeuse donne parfois au récit un goût de vaudeville. Il faut attendre les dernières pages pour que soit dévoilé le sens profond de l’énigme : il faut savoir s’écouter, et si les murs ont des oreilles, c’est aussi pour écouter le silence grandiose de l’univers…
SV
Mêlant anecdotique (Flavor Flav de Public Enemy est à l’origine un pianiste classique !), analyse sociale du sort tragique des Afro-Américains aux USA et préoccupations esthétiques, l’auteur s’engage dans une écriture elle-même hip-hop. A partir de différentes « boucles » historiques et artistiques, constituées d’entretiens, de sources discographiques et médiatiques, il nous invite à une redécouverte des fondamentaux new-yorkais et des bases du ghetto de Watts. A la manière d’un remix écrit, il compose la tragédie d’une musique et de ses racines sociales (les gangs notamment), vouée à toujours plus de créativité pour transcender sa douleur fondatrice (le racisme inhérent aux Etats-Unis) et repousser les sirènes du show-bizz international. Le tout agrémenté d’un guide sélectif de textes, de sons et d’images, qui constitue un ouvrage de référence à lui tout seul !
LD
Les éditions Léo Scheer continuent leur exploration de l’univers visuel, sortant des chemins balisés de l’édition littéraire, en proposant une très belle édition des œuvres d’Erik Bullot. Dans la continuité du travail effectué lors de la publication du volume de point ligne plan, le but est ici de continuer à développer les ponts entre Art et Cinéma, sous la forme d’un livre accompagné de son DVD. On y retrouve entre autres analyses d’historien d’art, diverses notes de travail ou fragments de scénario. Un format idéal pour les œuvres d’Erik Bullot qui s’agrémentent fort bien ici d’un prolongement littéraire. Nous retrouvons donc dans cette monographie les pièces multi-exposées de l’artiste, du Singe de la lumière au Calcul du sujet. EV
Derrière ce titre improbable se cache le troisième volet de la trilogie des Momie aztèque que vient d’éditer Bach dans le cadre de ses films cultes du cinéma mexicain. Ce coup-ci, le Docteur Krupp, méchant à la barbichette invariablement bien taillée, met au point un plan plus diabolique que jamais, en inventant un robot chargé de radium (!) pour détruire cette satanée momie qui l’empêche de prendre possession du trésor aztèque. Mais, bien sûr, ça va foirer, le gentil docteur Almeda comprenant tout en un claquement de doigts, et contrant ce projet pas si machiavélique en définitive. D’un point de vue technique et musical, on flirte avec Plan 9 From Outter Space. Pour le reste, c’est du « mexicano-S.F.-seconde zone » pure souche, c’est-à-dire gratiné à point pour les aficionados.
LV
Man Ray, prince de l’image animée dans le mouvement Dada. On peut parfois imaginer cet artiste de génie, né à Philadelphie et émigré en France, dans les jardins de la villa Noailles, songeant à l’architecture d’un film comme Dance, petit bijou expérimental de huit minutes, sans son, que l’on retrouve parmi la dizaine de films sélectionnés par Malavida dans cette superbe édition DVD. Sa grande période des années 20, d’où sortiront les œuvres totémiques du cinéma d’avant-garde, est bien là, du Retour à la raison à L’étoile de mer. Ce coffret, essentiel pour comprendre la folie créatrice du mouvement dada et du cinéma d’avant-garde de l’entre-deux guerres, est agrémenté d’un livret bilingue assez complet se penchant plus en détail sur les œuvres elles-mêmes.
EV
Parmi les incontournables de l’Histoire du Cinéma, les grands absents de l’édition DVD étaient bien évidemment Danièle Huillet et Jean-MarieStraub. Dans la continuité de son excellente collection (après Céline, Lévi-Strauss, Rouch et Kramer), les éditions Montparnasse sortent aujourd’hui le premier volume d’une anthologie qui sera consacrée à l’œuvre de ce couple de cinéastes, à qui l’on doit de grands moments d’image. Ce compagnonnage intellectuel a duré plus de quarante ans. Malgré une approche radicale du cinéma, les influences des deux réalisateurs étaient nourris par une culture cinématographique importante (Straub allant jusqu’à citer Ford, contre toute attente, comme inspiration majeure). Ce premier coffret de trois DVD nous permet une splendide plongée, et de (re)découvrir leurs films majeurs, de Machorka-Muff à Moïse et Aaron.
EV
Moins connu que Bill Plympton ou Trey Parker dans le monde de l’animation, l’Anglais Phil Mulloy mérite pourtant un vrai détour sur une œuvre pertinente, drôle, acide et débridée. The Christies, récompensé au Festival d’Ottawa, est un portrait tordant d’une famille anglaise typique. Sans donner aucunement dans le cliché, mais doté d’un don aiguisé de l’observation, Mulloy déroule en onze épisodes les amours, la vie et les tribulations anarchique de la famille Christie, entre un père automutilant son sexe et une mère qui rêve de coucher avec Hitler. Un univers très rock’n’roll servi par un coup de crayon simple et lapidaire, terriblement expressif. Le tout assaisonné de dialogues savoureux, bourrés d’humour. Le réalisateur anglais nous sert là un premier long-métrage de haut vol, sans concession.
EV
Kenny Barron - Scratch (Enja/Harmonia Mundi)
Bennie Wallace - Mystic bridge (Enja/Harmonia Mundi)
Les auditeurs nouvellement convertis au jazz n’ont généralement d’yeux et d’oreilles que pour la production discographique des années cinquante et soixante, ignorant du même coup quelques artistes essentiels qui se sont exprimés par la suite. Le label allemand Enja a eu la bonne idée de rééditer de nombreux albums enregistrés dans les 80’s, dont certains n’ont pas connu au moment de leur sortie le succès que leur qualité méritait, comme ce très classique Mystic bridge de Bennie Wallace qui semble ici rendre hommage au grand Sonny Rollins, ou ce surprenant Scratch du pianiste Kenny Barron qui partage certainement avec Monk quelques belles conceptions musicales. La réédition de ces deux disques nous apporte un éclairage nouveau sur une époque que certains croyaient sinistrée.
nas/im
Northern State, ce sont trois filles de Long Island, véritables alter ego féminins des Beastie Boys (on retrouve d’ailleurs Adrock des Beasties à la production avec Chuck Brody, déjà aux manettes pour le Wu-Tang Clan) qui comme leurs mentors sont très portées sur le mélange des genres. Dans ce grand fourre-tout musical, on croise aussi bien de la pop que du hip-hop tendance old-school, le tout porté par des samples minimalistes proche du projet BS2000 de… Adrock. Vous suivez ? L’ensemble dégage une fraîcheur et une bonne dose de second degré salvatrices, agrémenté par une flopée d’invités. Visiblement, après un précédent album bridé par Columbia, les trois New-Yorkaises on enregistré celui-ci dans une ambiance « jam avec mes potes » : excellente idée…
dB
Producteur et Dj anglais installé à Berlin, Ewan Pearson a très vite compris qu’avec le potentiel qu’il avait, mieux valait capitaliser sur ses acquis. Donc se frotter aux plus gros, en leur « offrant » ce qu’ils n’avaient pas encore : une dimension dancefloor imparable, voire la crédibilité underground qui leur fait parfois défaut. Cette double rasade de remixes vient donc rappeler à quel point Pearson reste l’un des cadors de l’electro-house, aux basses ravageuses et aux pointes acid. Tout le gotha de l’electro grand public (Chemical Brothers, Depeche Mode, Pet Shop Boys, Goldfrapp…) et de la pop indie (Franz Ferdinand, The Rapture…) passe donc entre ses mains expertes, mais ce sont encore ses confrères qui bénéficient de liftings redoutables (Alter Ego, Freeform Five…). Bref : de la vraie bonne musique de club, susceptible de réunir esthètes et néophytes.
PLX
A moins d’être dur de la feuille (d’érable) ou de continuer à lire ce mensuel indigent qu’est devenu Rock & Folk, il ne vous aura pas échappé que le Canada est devenu l’épicentre le plus excitant du village global. Du label Constellation (Godspeed You Black Emperor, A Silver Mt. Zion…) à l’avènement d’Arcade Fire, en passant donc par le vivier Arts & Crafts (Feist, Broken Social Scene, Stars…), la musique pop contemporaine se joue présentement entre Vancouver et Montréal. Ce que confirme le duo Young Galaxy, composé du guitariste de Stars et de Catherine McCandless, auteur d’un premier opus éblouissant et souvent planant où toute la crème montréalaise — Patrick Watson, Murray Lighburn (The Dears) et Jace Lasek (The Besnard Lakes) — est venue apporter sa pierre à ce bel édifice québécois.
HS
On a couronné Kompakt « roi des labels de techno minimale ». Un peu hâtivement : clicks et mélodies décharnées ne représentent qu’une partie de son travail de défrichage. Electronica, ambient, house… Il a touché à un éventail bien plus large de styles, en ne quittant jamais de vue une certaine efficacité pop. Voici donc l’aboutissement discographique de cet éclectisme généralement bien senti. Michael Mayer, le patron, et son ami Superpitcher nous y invitent pour un trip un peu dingue, régressif et innovant à la fois. Ils y jouent une musique très variée, avant-gardiste, avec la sincérité de deux ados pas encore pervertis par les codes de bienséance dancefloor. Leur maîtrise techno est bien là, mais ils l’étendent à d’autres terrains de jeux, disco naïf, folk intergalactique, soul miniature. Bien joué.
JPDC
On aura certainement l’occasion de vous en reparler : un nouveau lieu convivial, éthique et bio vient d’ouvrir ses portes au Vieux Port, le Rackham le Rouge. Créée et animée par une bande de comédiens, cette petite frégate du XVIIIe s’impose d’ores et déjà comme le digne successeur de L’épicerie, dont elle reprend plus ou moins le concept de café équitable à vocation citoyenne. Ainsi, tous les samedis, en plus de déguster de délicieux vins bios, on pourra discuter autour du slow food, des énergies renouvelables, de l’alter-monde ou du commerce équitable, tandis que les premiers et troisièmes mercredis de chaque mois, le lieu se transformera en repaire de l’indispensable émission de Daniel Mermet, Là-bas si j’y suis. Enfin, le Rackham se propose également d’accueillir les nouveaux arrivants, en organisant ce mercredi une soirée Halloween à leur attention. Rens. 04 91 04 03 77
Alors que l’incertitude la plus totale règne sur l’avenir du cipM (voir article p. 5), la poésie phocéenne s’apprête à montrer sa vigueur, à l’occasion de la quatrième édition du festival Poésie Marseille (du 3 au 6 aux quatre coins de la ville). Coordonnée par la galerie Meyer, la manifestation entend donner la parole aux poètes/performers de tous horizons (géographiques, disciplinaires), des figures locales incontournables — à l’instar de l’inénarrable Julien Blaine, qui sera dimanche à la librairie Histoire de l’œil pour présenter son nouvel ouvrage, Poëmes Vulgos — aux jeunes pousses de la littérature contemporaine (Nicolas Tardy, Armelle Kerouas…). Rens. 04 91 33 95 01
Comme chaque année depuis cinq ans, sous l’impulsion de la CRESS (Chambre Régionale de l’Economie sociale et Solidaire), novembre est décrété Mois de l’économie sociale et solidaire en PACA. Près de cinquante rendez-vous (forums, conférences, débats, animations publiques, spectacles…) permettront de faire le point sur ce secteur en perpétuel développement, avec une progression de 10 % du nombre d’établissements sur ces trois dernières année, portant à 46 000 leur nombre dans la région (source : Observatoire ESS CRESS PACA, 1/08/07). Rens. www.cresspaca.org
Paradoxalement plus reconnu dans le milieu de l’art contemporain (avec lequel il collabore régulièrement — il s’est notamment illustré en éditant L’art de la figue avec l’artiste Joachim Mogarra, exposé au FRAC) que dans celui de la littérature, Jean-Pierre Ostende est pourtant une figure majeure de l’écriture à Marseille, avec une vingtaine d’ouvrages divers (récits, recueils de poésies, essais…), au compteur, dont sept romans, tous publiés chez Gallimard. Mercredi 7, il viendra présenter aux Grandes tables de la Friche son dernier-né, La présence, singulière exploration du monde contemporain dont le style jubilatoire nous en révèle la folie ordinaire. Rens. 04 95 04 95 08
A l’occasion de la manifestation Marseille Artistes Associés 1977-2007, le Cirva (Centre International de Recherche sur le Verre et les Arts plastiques) et le Frac occupent la Vieille Charité, Le Trésor des Marseillais retrouve le musée d’Histoire de Marseille, les professeurs de l’Ecole des Beaux-Arts investissent le Musée Cantini, et plus de vingt-cinq associations marseillaises se retrouvent au mac et aux Ateliers d’Artistes.
Cette manifestation tente de prendre acte, majoritairement, de la diversité des artistes, des œuvres et des acteurs qui nourrissent l’art contemporain à Marseille, en invitant le public à appréhender d’une façon singulière le monde de l’art. Si elle porte clairement l’ambition de Marseille candidate au titre de Capitale européenne de la Culture, elle a l’intelligence de ne pas proposer simplement une vision rétrospective (et souvent pompeuse) des productions en art ces trente dernières années (les œuvres présentées sont dans l’ensemble plutôt récentes), mais de solliciter une réflexion sur les différents moyens de soutenir la création contemporaine — en donnant une place importante et aux associations et à la diversité des pratiques artistiques Le mac accueille ainsi des associations qui participent chacune à leur manière à la production et à la diffusion de l’art. De multiples documents (cartons d’invitation présentant les expositions, catalogues, publications, écrits, etc.) permettent d’appréhender dans un premier temps cette diversité : les voies choisies, les modes d’intervention. On distingue surtout des initiatives collectives autour d’un lieu de création par l’accueil des artistes en résidence et d’un lieu de diffusion, ainsi que des interventions artistiques et sociales en direction des quartiers populaires et périphériques (comme La Compagnie à Belsunce et Le Château de Servières dans les quartiers Nord). Cette documentation est complétée par l’état final des travaux réalisés par les chercheurs de l’Havam (Histoire des Arts Visuels à Marseille).
Parmi la cinquantaine d’associations présentées dans cet espace documentaire, vingt-six ont été choisies pour occuper un espace du musée. Celui utilisé par Les Pas Perdus est particulièrement agréable à explorer : des vidéos (signées Anwar Jahangeer Doung, Jean-Paul Curnier…) sont projetées dans un petit cinéma très spécial conçu par Nicolas Barthelemy et Guy-André Lagesse, intitulé Streetscope movie house. Certaines structures ont préféré présenter une œuvre, d’autres plusieurs, en faisant parfois évoluer les pièces exposées tout au long de la manifestation. Comme la galerie Athanor, qui montre dans un premier temps les dessins passionnants de Jean-Jacques Ceccarelli, Joel Kermarrec, Thierry Agnone, ou encore Bruno Guitard. Les œuvres exposées par le Bureau des Compétences et des Désirs méritent elles aussi qu’on s’y attarde. Certaines associations ont décidé quant à elles d’investir le lieu en présentant leur histoire des propositions artistiques depuis leur création.
Les Ateliers d’Artistes de la Ville de Marseille accueillent l’association du Château de Servières, qui présente notamment des œuvres in situ. Ce lieu, a-t-on appris le soir du vernissage, devrait redevenir sous tutelle associative en étant prêté pendant deux ou trois ans à une association. Une convention serait actuellement en cours, justement avec le Château de Servières (on le souhaite).
Dans la chapelle de la Vieille Charité sont exposées des œuvres produites par une douzaine d’artistes au sein du Cirva ainsi qu’une vidéo réalisée par Serge Le Squer sur les pratiques de ce centre d’art en 2007. Créé en 1983 et installé depuis 1986 à Marseille, il accueille dans son vaste atelier des artistes aux pratiques les plus variées et désireux d’introduire le verre dans leur démarche créatrice. La découverte des pièces au sein de la chapelle est un moment tout simplement magique, grâce à la qualité des œuvres montrées (celles de Hreinn Fridfinnsson, Pierre Charpin et Javier Perez sont particulièrement fascinantes) et au dialogue qu’elles instaurent avec le lieu. Les artistes jouent sur les couleurs, les qualités de transparence, et les multiples formes possibles du verre, en l’associant parfois à d’autres matériaux.
Cette manifestation nous donne envie d’encourager le soutien à la création qui ne passe pas seulement par les expositions, l’achat des œuvres ou la mise à disposition d’ateliers. Le dynamisme des associations nous montre bien la nécessité d’inventer sans cesse de nouveaux modèles d’organisation. C’est ensemble que ces divers facteurs agissent et qu’ils participent à une reconnaissance du travail des artistes. L’ouverture à des propositions très différentes — à l’art contemporain — nous amène, en partant de nos croyances et de nos attentes, à les élargir ou les modifier, et par la même à nous faire éprouver que l’on peut sentir autrement et diversement, au bénéfice d’un temps à venir.
Texte : Elodie Guida
Photo : Antonio Gagliardi, Wonderful
Marseille Artistes Associés, jusqu’au 30/03 dans divers lieux de la ville. Rens. 04 91 14 58 80 / www.marseille.fr
C’est quasiment une première : un festival entièrement dédié à la « chip music » (dans une ville où seules quelques initiatives éparses avaient vu le jour) à l’occasion d’une « demoparty » comme il n’en existe que très peu en France (c’est la seconde à Marseille, après une tentative infructueuse l’an dernier à la Friche). Chip music ? Demoparty ? Reprenons, car derrière ce vocable étranger à bon nombre d’entre nous, dont la sonorité ludique est en tous points conforme à sa portée, se cache un mouvement d’envergure internationale, une avant-garde aux racines foncièrement rétro, un paradoxe générationnel qui unirait les premiers programmeurs de logiciels (dans les 70’s) à la dernière génération de kids qui les détournent. Une affaire de nerds ? Pas seulement. Depuis l’avènement grand public de l’informatique, toute une génération a grandi au son de bécanes aujourd’hui considérées comme antiques (Amstrad, Commodore 64…), de consoles de jeux vidéo dont les modèles d’origine se négocient aujourd’hui à prix d’or sur eBay (Atari ST, Gameboy…) et même de jouets électroniques (La Dictée Magique, Simon…). A l’heure où la technologie inonde les foyers, où tout devient possible en un seul clic, ces vestiges d’un temps pas si lointain sont détournés de leur fonction originelle, un peu comme du « hacking » à vocation musicale : c’est la « chip music », ou « micro music ». Si la dimension ludique est restée primordiale, l’enjeu l’est tout autant : le retour à la création pure, du fait des contraintes imposées par le potentiel technique a priori limité de ces outils. En France, et comme nous l’a expliqué Christian Artin, créateur de contenus numériques depuis vingt ans et co-fondateur de La Cyber Nostra (qui organise le tout), on est sacrément à la bourre. Pour le Data Airlines Festival (la partie musicale), il a donc confié la programmation artistique à Dubmood, jeune Suédois de… 22 ans, activiste virtuose de la « demoscene » scandinave : tout un symbole. De fait, on retrouve à l’affiche de l’événement ce qu’il se fait de mieux en la matière à l’heure actuelle, avec des artistes originaires des quatre coins du globe… Christian : « Si la nouvelle génération consomme de plus en plus de numérique, elle est incapable d’en fabriquer : eu égard aux autres pays européens, la France a un grave déficit de qualification. Il faut inciter ces gamins à aller vers des métiers de contenu, leur apprendre à programmer, à maîtriser la technologie de manière indépendante. Avec La Cyber Nostra, nous voulons repérer ces talents, et c’est pourquoi nous comptons ouvrir des ateliers à l’année. » Les master-classes, démonstrations et compétitions de cette M.A.I.N demoparty (le volet à la fois récréatif et « pro » de la manifestation) en sont une première étape, tournée également vers sa dimension visuelle (graphisme, image animée, vidéo…), comme une vitrine où « demomakers » réguliers et praticiens amateurs se rencontrent, un espace d’échange de savoirs où l’on dessine le futur en s’amusant. A tous les âges.
PLX
Data Airlines Festival, du 1er au 3 à l’Espace et au Café Julien dans le cadre de la M.A.I.N demoparty #2, de 21h à 5h. Rens. 04 91 90 63 50
www.dataairlines.net
www.mainparty.net
www.cybernostra.net

Hocus Pocus + Ohmega Watts + La Goutte… > le 31 au Cabaret
Veille de jour férié oblige, les propositions s’accumulent ce soir (voir agenda). Celle-ci est un vrai coup de cœur, car elle présente un plateau hip-hop d’une remarquable qualité, mis sur pied conjointement par le Cabaret avec Piedenez Prod (l’asso de Selecter the Punisher). On ne saurait d’ailleurs dire, d’Ohmega Watts et Hocus Pocus, qui en constitue la tête d’affiche, tant leur talent n’a d’égal que l’anonymat relatif dans lequel ils évoluent (du moins pour le grand public). Ohmega Watts est un producteur et Mc américain qui a défrayé la chronique à la sortie de son premier album, il y a deux ans, en se posant comme un digne héritier de l’école Native Tongue – en plus actuel, façon RJD2. Ses racines soul, funk et jazz sont partagées par les Nantais de Hocus Pocus, très bon groupe avec musiciens qui détonne dans le paysage hip-hop français par sa musicalité, son esprit festif. Comme quoi, on peut être blancs et assurer.
Place 54 (Motown France) www.hocuspocus.fr
Seun Kuti & Egypt 80 + Wax Tailor + Natie Bumcello… > le 31 au Dock des Suds
C’est la clôture à la Fiesta. Une clôture en forme de feu d’artifices aux couleurs éclatantes, comme pour mieux souligner la variété d’une édition qui aura scintillé par ses choix artistiques. Au menu : l’afro-beat de Seun Kuti, « l’autre » fils de Fela qui a ceci en plus de son frère (Femi) de pouvoir jouer avec l’orchestre du Père, l’abstract hip-hop de Wax Tailor, révélation française du genre qui joue sur scène avec un groupe, les chansons napolitaines de Peppe Barra, invité avec l’Institut Culturel Italien, et un plateau réunionnais monté avec le Sakifo Festival (Saint-Leu). Ce dernier se concentrera logiquement sur le sega et le maloya, courants musicaux majeurs dans l’Océan indien, à l’honneur avec deux de ses plus fameux emblèmes (Baster et Ziskakan) mais aussi deux créations franco-réunionnaises : Ticaba Kreol (Jaboticaba vs Kreol Konexyon) et Natie Bumcello (Nathalie Natiembé vs Bumcello)…
www.dock-des-suds.org
Sayem > le 2 au Balthazar
On parlait à l’instant de Wax Tailor, voici justement une découverte du même tonneau : Sayem, nouvelle révélation abstract hip-hop frenchie qui revendique, on s’en serait douté, les influences conjuguées de Dj Shadow et Massive Attack. Pour ce Toulousain arrivé à Paris l’an dernier seulement, les choses se sont passées très vite : une réalisatrice remarque l’une de ses démos, et le voici qui signe la bande-son d’une pub pour un opérateur téléphonique, avant d’enchaîner avec celle du spot officiel de la Coupe du Monde de rugby… Il y a toujours dans ce type de trajectoire une grosse part de bol, certes, mais le garçon a pour lui une solide connaissance des codes inhérents au genre, ce qui lui a permis de passer ensuite à l’étape du remix (Cassius, Miss Kittin) et de l’album. Celui-ci est globalement réussi, et sa transcription live avec guitares, synthés, basse et Mc (Grain de Caf’/Octobre Rouge) augure du meilleur.
Phonogénique (Pour ouvrir une parenthèse/Differ-Ant) www.djsayem.com
Los Chicros > les 2 et 3 à l’Intermédiaire
Joli doublé à l’Inter’ vendredi et samedi soir avec la venue des Parisiens de Los Chicros, qui comptent parmi les meilleurs formations pop de l’hexagone. Plutôt acoustiques à leurs débuts, ceux-ci ont en surpris plus d’un avec la sortie, en début d’année, de leur premier album, très électrique : un disque réussi et varié, où l’on devine en filigrane les influences (revendiquées) de formations majeures des 60’s, 70’s et… 90’s, tant leur goût pour le shoegazing et la power-pop s’y affirme. Capables de passer de chansons finement ouvragées à quelques hits discoïdes (Diskonoize, Like the sun), Los Chicros, nommés en référence au matériel cheap qu’il leur arrive d’utiliser (« les radins »), font désormais partie des rares groupes qui, de Phoenix à Syd Matters en passant par Nelson, redéfinissent les contours d’une pop française ambitieuse et donc capable de percer à l’international. Allez les voir, d’autant plus que c’est en entrée libre.
Sour sick soul (Mélodie/Abeille Musique) www.myspace.com/loschicros
Spoke Orkestra + Mister Aul > le 3 à l’Affranchi
On termine avec la claque de la semaine. Pas Mister Aul, non, encore qu’il reste l’un des turntablists français les plus en vue, vice-champion du monde DMC de 2003 à 2005, passé depuis à la compo sur deux albums qui malaxent toutes ses influences, façon Kid Koala… Non : la claque, c’est un collectif parisien de slammers dont on se demande encore, à l’écoute de leur nouvel album, comment ils ont pu partager la scène et une compile avec Grand Corps Malade (les soirées Bouchazoreill’ du Trabendo). Car depuis Programme, on n’avait pas entendu telle déflagration du verbe et du son, telle radicale prise de parole dans le paysage musical français. Donner du poids, enfin, à cette langue riche : tel est le credo de D’ de Kabal (rapper multicartes/voix d’outre tombe), Félix J (co-fondateur des éditions Spoke/haut débit déconnecté) et Nada (narrateur à la précision diabolique revenu de l’héro). Sombre et intense.
Spoke Orkestra n’existe pas (Basaata Productions/Musicast) www.spokevousparle.com
PLX
A l’occasion de sa participation au Festival de Saint-Victor, zoom sur l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée et de PACA : pour une pratique euroméditerranéenne de la musique classique…
Dans la continuité du processus de décentralisation, c’est au tour de l’enseignement artistique supérieur de devenir compétence régionale. Et cela tombe bien dans l’histoire de l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée. Né à Marseille en 1984, cet orchestre avait pour vocation première de réunir pendant un été des étudiants du bassin méditerranéen, pour un stage auprès de solistes internationaux et une tournée de concerts. Ceux qui ont assisté à l’une de ses prestations se rappellent sans doute de l’émotion suscitée par la réunion pacifiée de ces jeunes musiciens de différentes nationalités. Suite à l’annulation de la promotion 2006 pour cause de guerre en Méditerranée orientale, l’actuel directeur, Pierre Jacques, a proposé une fusion de l’orchestre avec celui des Jeunes de la région Provence-Alpes Côte d’Azur, afin qu’ensemble ils deviennent un orchestre-école. Désormais, les sessions de travail sont élargies aux périodes des vacances scolaires de printemps, d’été et d’automne, et offrent aux étudiants de niveau supérieur une formation de pratique orchestrale qui pourra les amener à intégrer, pendant deux années de tutorat, les orchestres professionnels de la région. Une visite à l’occasion de la résidence d’été de l’orchestre au Conservatoire National de Région à Nice nous a permis de rencontrer des étudiants, certes fatigués par le rythme intense des répétitions (trois programmes différents de concert en un mois) mais conscients de vivre une expérience internationale extraordinaire, porteuse de rêves professionnels. La présente session d’automne donne lieu à trois concerts, les 3 et 4 novembre à Nice, et le 5 à Marseille, dans le cadre du festival de musique de Saint-Victor, sous la direction de Philippe Bender et avec la collaboration du Chœur régional PACA et du célèbre violoniste soliste Laurent Korcia. Gageons que cet orchestre saura attirer un nouveau public à son image : jeune et métissé…
Texte : Géraldine Pourrat
Photo : Elian Bachini
Orchestre des Jeunes de la Méditerranée et de PACA, le 5 à l’Abbaye de St-Victor, 20h30
Rens. 04 91 92 11 00
www.ojmed.com
La réussite de quelques groupes phares masque péniblement une triste réalité : le hip-hop avance à Marseille, comme beaucoup de choses, au ralenti. La première édition du festival Hip-Hop Culture initié par Ahamada Smis tente d’inverser la tendance.
Vu de l’extérieur, le rap à Marseille se porte plutôt bien. Cité en exemple dès que l’on s’éloigne de notre région, il ne bénéficie pourtant ici que d’une visibilité limitée, soutenu par une seule salle de concert spécialisée (L’Affranchi) et ne disposant d’aucun festival qui lui est dédié depuis la disparition de Logique Hip-Hop et la réorientation plus électronique de Marsatac. C’est à partir de ce triste constat qu’Ahamada Smis a eu l’idée de lancer Hip-Hop Culture : « Depuis quelques années, j’organise des soirées au Balthazar, à l’Ache de Cuba, au Café Julien et à L’Affranchi, aujourd’hui j’ai l’impression de combler un vide car sans événement majeur, le mouvement risque de s’essouffler. » La programmation est à l’image de son concepteur : ouverte et éclectique : « Dans ma musique et ma discothèque, il y a de tout : de la soul, du jazz, des musiques africaines… C’est normal que le festival Hip-Hop Culture reflète cette diversité.» On pourra ainsi retrouver le premier soir deux artistes issus d’univers assez différents : d’un côté R.Wan, membre du groupe Java, certainement plus connus des amoureux de la chanson française que des B.Boys, et de l’autre Dj Scratch, producteur et Dj qui a collaboré avec quelques uns des plus grands rappeurs (EPMD, LL Cool J, Run DMC…). Le plateau de la deuxième soirée reste plus classique mais a toutefois le mérite de présenter au public marseillais les rimes subversives de La Rumeur, qui demeure la cible privilégiée d’une censure idiote et aussi le seul groupe français à pouvoir citer Céline sans paraître ridicule. A l’heure où beaucoup d’entre nous s’interrogent sur leur propre conscience citoyenne, Ahamada lui, a trouvé sa voie : « Etre actif, c’est être militant ! », certainement influencé par les activistes les plus éclairés du mouvement hip-hop comme KRS-ONE ou Chuck D. Le temps d’un week-end, au Cabaret Aléatoire, le festival Hip-Hop Culture redonnera à Marseille une place privilégiée sur la cartographie musicale urbaine. C’est bien peu, mais c’est déjà beaucoup.
nas/im
les 2 et 3 novembre au Cabaret Aléatoire
14 euros par soir ou pass 2 jours 25 euros
Rens. 04 95 04 95 04
Remballez vos mouchoirs
Soyons binaire, pour une fois, ça nous changera des grandes phrases. Pour étalonner un bon mélodrame, vous avez le choix des armes. Optez pour une séance en soirée, période propice à l’épanouissement des émotions (un truc lié à l’enfance, ne m’interrompez pas) et surtout, pensez à vous adjoindre une femme ou un homme qui sait parler à la vierge effarouchée qui sommeille en lui (chacun ses goûts et arrêtez de m’interrompre). De deux choses l’une : si votre compagne d’un soir (ou de toute une vie, peu importe, ça vous amuse vraiment de me couper toutes les deux phrases ?) verse des torrents de larmes à la première note de violon, c’est un vrai mélo et vous allez en baver. Maintenant, si la chère et tendre que vous observez d’un œil — l’autre étant irrésistiblement attiré par l’empreinte follement mélancolique du visage de Vera Farmiga — sourit, vous serre timidement la main puis se pince nerveusement la lèvre lorsque l’amant coréen est emmené par la police, vous faites l’expérience de la différence entre un mélodrame et un mélo, entre l’eau de rose et le parfum de la vie. Le premier film de Gina Kim ne révolutionnera sans doute pas le genre. Il y va de ses excès (musicaux, surtout) et de ses ficelles narratives un peu voyantes. Pourtant, il recèle une qualité fondamentale qui en fait un mélodrame au sens où Douglas Sirk le pratiquait jadis : il effleure les corps là où d’autres surlignent, il touche là où d’autres arnaquent. A l’évidence, Gina Kim s’est posée la question de la bonne distance, du plan ou de la lumière avant de réaliser Never Forever. Et c’est ce respect de la matière abordée qui donne au film son inestimable douceur.
Romain Carlioz
Le dindon de la farce
Malgré votre insondable curiosité, il est des métiers dont vous ignorez jusqu’à l’existence, et le premier film de Sébastien Jaudeau aura le mérite de vous faire découvrir une profession plutôt rare, qui demande un doigté très particulier. Nouvellement embauché dans une exploitation agricole, Etienne est branleur de dindons… Je sens comme doute s’installer en vous à ce moment de la lecture… Est-ce bien sérieux ? Serait-ce un film avec Dupontel tourné à L’Embobineuse ? Rien de tout cela, l’histoire se déroule en Ardèche, et ne laisse guère de place à notre humour le plus gaulois : très froidement, presque cliniquement, le film nous interroge sur notre propre animalité et sur la bestialité de notre désir. Présenté de cette manière, il apparaît soudain beaucoup moins drôle, mais en devient du même coup plus intéressant, pour ne pas dire « profond ». Etienne donc, celui qui stimule les dindons pour féconder les dindes, a du mal à préserver son entourage familial d’une vie professionnelle envahissante. Il semble peu à peu se détacher de tous les liens affectifs qui l’enserrent pour se réfugier dans une espèce d’autisme béat qui lui assigne un rôle de spectateur privilégié de sa propre expérience. L’autorité de son patron le fascine, le corps de sa femme l’intrigue, mais ne l’excite plus, et la seule fois où il dévoile son sexe, c’est pour faire un cadeau d’adieu à une octogénaire qui va bientôt mourir… Vous l’aurez compris, La part animale est un film qui se distingue aisément du reste de la production cinématographique française de par son sujet et ses choix esthétiques aventureux, nous offrant quelques images magnifiques et stupéfiantes dont le sens n’est jamais vraiment évident. On pense parfois à Adieu d’Arnaud Des Pallieres pour la dimension métaphysique de gestes quotidiens ou à Alain Resnais lorsqu’il traduisait en images les théories d’Henri Laborit dans Mon oncle d’Amérique. Aussi ambitieux que singulier, le cinéma de Sébastien Jaudeau, malgré sa froideur apparente, ne nous laisse pas insensibles, et les plus terrestres d’entre nous ne verrons plus jamais du même œil l’arrivée triomphale de la dinde de Noël sur nos tables festives et familiales.
nas/im
Wassup killer ?
Ce qui frappe d’emblée dans Paranoid Park, c’est sa frontalité, son évidence. Evidence d’une forme à la fois ample et fluide. Frontalité des corps adolescents, systématiquement cadrés de face, là où Elephant avançait jadis harnaché aux courbes délicates de leurs nuques. Or, il n’est aucun changement d’angle cinématographique qui soit anodin. Ici, la découverte de ce qui nous attend — le présent immédiat du plan, l’avenir proche du champ — ne semble plus constituer un enjeu majeur. La caméra enregistre ce qui lui fait face afin de mieux en saisir toutes les dimensions. C’est d’ailleurs le mouvement fondamental de l’œuvre de Gus Van Sant depuis Gerry : mettre en place une esthétique de la profondeur dont Paranoid Park constitue à la fois un aboutissement et son fébrile dépassement. Au cœur de cette ambitieuse entreprise, l’image — splendide — de Chris Doyle (chef opérateur de Wong Kar-waï) travaille à la limite du perceptible. Par un savant jeu de cache et de profondeur de champ, l’espace alentour s’enrichit de zones floues, indéfinies et saturées de sons en tous genres. L’ambiance aquatique qui traverse le film doit d’ailleurs beaucoup à cette richesse musicale, naviguant des crissements de roues de skateboard aux mélodies lunaires de Nino Rota. Comme s’il fallait chercher dans l’hybridation un contrepoint sensible à l’(in)action du héros. Comme si l’avenir de l’œuvre se dessinait dans cet au-delà du récit, dans cette capacité à capter ce qui reste de l’histoire, les instants précaires et inutiles de la fiction. Donner de l’épaisseur à la trace laissée par un crayon sur une page, seuls les grands cinéastes en sont capables… C’est désormais une certitude : Gus Van Sant en fait partie.
Romain Carlioz

Les trois petits cochons
_Création par le Badaboum Théâtre
Comme tous les contes, l’histoire des Trois petits cochons est à tiroirs. Aussi, tout en gardant les bases du conte issu du folklore anglo-saxon — les porcins aspirent toujours à construire une maison qui les protégera du grand méchant Loup —, la troupe du Badaboum Théâtre a pris la liberté de donner sa version des faits, façon triptyque. Chacun défendra donc son histoire, son personnage et son univers. Dans la première partie, Les trois poulettes, la terre est diluée à l’eau, premier signe d’une souillure inattendue qui porte déjà les prémices de l’insupportable. Dans un deuxième temps, Les trois petites maisons, la terre évolue alors en boue. Le conte final, celui de La treue, en vieux français, plus cru, met en scène un jars, un coq, une truie et un loup ivrogne. L’innocence et la sauvagerie s’uniront in fine dans un combat virtuose, dont le loup sortira calciné, dans une barrique. Bref, nous ne sommes plus chez Disney et l’on ne peut que s’en féliciter !
_Jusqu’au 17/11 au Badaboum Théâtre
Le voyage de Capucine
_Conte fantastique par la Cie L’Âmoscope
Quand sa mère lui annonce un prochain départ en voyage pour « se trouver », c’en est trop pour Capucine, qui aimerait bien comprendre les bizarreries des adultes : pourquoi vouloir se trouver alors qu’elle est déjà là ? La petite fille va entreprendre un périple à son tour, une « aventure intérieure » destinée à exorciser cet être si proche et pourtant si mystérieux… Accompagnée de son amoureux Enzo, Capucine plonge alors dans le corps de sa mère, où elle rencontre sa grand-mère, qui s’est bâti une cathédrale dans les intestins de sa fille, et un enfant enfermé en plein cœur, dont les mains sont en fait des robinets… Pour raconter ce voyage initiatique, dont l’émotion n’a d’égal que l’humour, Maxime Dejoux-Guidot — qui a fondé voilà quatre ans la compagnie l’Âmoscope afin de soutenir son travail d’écriture et d’interprétation de se textes — s’est adjoint les services du musicien Grégory Klusek, dont les notes rythment subtilement cette histoire singulière.
_Jusqu’au 3/11 à la Baleine qui dit « Vagues »
Mômaix
_Festival Jeune Public
C’est un peu le début de l’hiver, soit l’occasion rêvée pour l’association Par les villages de proposer à son jeune public d’aller se réchauffer et s’évader dans des salles de spectacles. Son nom ? Mômaix, une dynamique fédératrice des acteurs culturels locaux accompagnée par la Délégation Culture et Education d’Aix-en-Provence. Son ambition ? Un partage de la culture pour tous et plus particulièrement les enfants. Ainsi, compagnies de théâtre, conteurs, danseurs et circassiens feront découvrir, un mois durant, leur monde féerique, drôle et poétique au travers de spectacles et d’ateliers. C’est aussi l’occasion de découvrir des lieux de culture divers : du 3BisF au Pavillon Noir en passant par le Théâtre Vitez, sans oublier un très inattendu chapiteau de cirque… Cette première édition est surtout le prolongement des actions destinées toute l’année au jeune public. Une manière aussi de valoriser le travail des opérateurs culturels aixois et de rendre hommage à l’enfance. De 7 à 77 ans, bien entendu…
_Du 2 au 30/11 à Aix-en-Provence
Une surprise
_Création par la Cie La Reine Peinte
L’histoire de Une Surprise, c’est d’abord celle de Lucie et Victor qui, comme le veut la jolie tradition, « se marièrent et eurent beaucoup d’enfants ». Ça commence donc par là, « là » où les histoires finissent d’habitude. Sauf que Maman doit partir d’urgence chez le dentiste, laissant une ribambelle d’enfants dans les bras d’un papa fort, mais qui s’y connaît plus en jardinage qu’en enfants. Il décide de faire avec eux une surprise pour le retour de la maman : nettoyer la cuisine en grand. Mais voilà, une tache reste, résiste, s’accroche. Une tache indécrottable qui assombrit la soirée, fâche Papa et amuse drôlement les enfants ! Adapté librement de l’ouvrage d’Hélène Riff, Papa se met en quatre, le spectacle de la compagnie La Reine Peinte explore le rapport des enfants à leurs parents, aux fautes, à la peur, au jeu, aux conflits… Soit une approche drôle et sensible, inquiétante et tendre, pour donner en partage un certain rapport à l’enfance, une très belle Surprise…
_Du 6 au 9/11 au Théâtre Massalia
CC/HS

Ainsi donc, le salaire du Président va augmenter de 140 % dès cette année, pour passer de 8 500 à 20 000 euros par mois. Autant que le Premier ministre, d’accord, mais comparez avec votre rémunération… D’autant que les augmentations attribuées aux salariés au bout de cinq mois d’exercice ne sont pas légion… Ceci dit, notre cher — c’est le cas de le dire — dirigeant entend bien tenir ses promesses pré-électorales d’une baisse conséquente du train de vie de l’Etat, en ne remplaçant pas un fonctionnaire sur deux qui part en retraite — y compris au sein de l’Education nationale, ce « sumo »[1], comme le qualifiait récemment Xavier Darcos, qui ne fait pas de mystère sur ses intentions de dégraisser en masse. Deux poids, deux mesures ? Nicolas Sarkozy semble cultiver le paradoxe, cette décision intervenant alors que les députés du Nouveau Centre proposent le vote d’une loi « en urgence » (largement approuvée par la majorité présidentielle) sur le financement public des partis politiques et que la réforme institutionnelle est sur toutes les lèvres. Autrement dit, tandis que d’un côté, on donne des signes importants d’un changement institutionnel vers une République plus parlementaire, d’un autre côté, le chef de l’Etat se comporte comme s’il était Napoléon (en même temps, il en a la taille…[2]). Signe du régime présidentialiste à l’extrême, le Palais augmente son budget, moins pour suivre la trace gargantuesque des Chirac que pour rendre pérenne l’idée que le Président n’a pas besoin d’une administration de ministres pour régner. Il lui suffit d’être au centre de tous les projets et des décisions dans une cellule de guerre permanente, sans s’appuyer sur la compétence de fonctionnaires un peu trop intéressés par la satisfaction de l’intérêt général. Ceux-là même qui sauraient renégocier dans cet objectif les contrats de distribution et d’assainissement de l’eau, passés avec de grands groupes privés chargés d’assurer ce service public et facturés à un prix souvent abusif. L’association UFC-Que Choisir pointe en effet du doigt cette semaine la facture imposée aux Français. Elle affirme ainsi que Veolia et Suez / la Lyonnaise des Eaux (qui se partagent déjà la majeure partie du marché hexagonal) facturent — via la SEM (Société des Eaux de Marseille) — l’eau aux Marseillais plus de deux fois plus cher que ce qu’elle ne coûte. Ces accords s’étalant sur une longue durée, l’UFC invite les maires à les renégocier à la baisse en s’appuyant sur le coût du mode de gestion direct de ce service par les soins de la municipalité. Ce que fait le maire de Grenoble par exemple, dont l’eau est l’une des moins chères de France. Hélas, rares sont ses confrères à se rappeler comme lui la définition du service public. Si la qualité de l’eau du robinet à Marseille fait la fierté de la municipalité[3], son prix empêche ses habitants de rester à flot.
Texte : CC/PL Illustration : dB
[1] Le ministre de l’Education nationale tenterait-il d’obtenir le prix de l’humour politique en faisant référence au sport préféré du Chi ?
[2] Aussi petite que cette blague…
[3] Elle figure régulièrement en tête des palmarès sur la qualité de l’eau du robinet.
L’interview - Bernard Latarjet
La candidature de Marseille au titre de Capitale européenne de la Culture rassemble et fédère la région. Oubliant pour un temps les querelles de clochers et les préparatifs de campagne, tous les élus soutiennent le projet avec un bel ensemble. L’enjeu est collectif : au local comme à l’international, il s’agit d’adouber Marseille Capitale de la Méditerranée. Et de profiter au passage des retombées en euros et en prestige. Démonstration avec Bernard Latarjet, le directeur général du projet de candidature.
Quels sont les objectifs d’un tel projet ?
La dimension internationale, l’implication du plus grand nombre de citoyens et l’inscription du projet dans la durée sont des objectifs imposés par l’Europe. L’effort artistique et culturel devant se conjuguer avec une vision globale du développement du territoire concerné. Pour Marseille, un but prioritaire de cette candidature est de positionner la ville comme une vraie plateforme de la coopération culturelle euro-méditerranéenne.
Comment les Marseillais seront-ils associés au projet ?
Tous les habitants peuvent participer au travers des réseaux, des institutions et des organisations qui existent, en développant avec eux des projets dont ils sont acteurs. Concrètement, ce sont les élèves dans les établissements scolaires, les habitants dans tous les types d’associations, les publics dans les établissements culturels. Il faut donc fédérer et apporter des moyens aux projets proposés, sur les thèmes de la candidature.
Quelle leçon peut-on tirer de Lille qui a été Capitale en 2004 ?
Nous avons tiré les leçons de toutes les capitales anciennes ou en cours dont on connaît les projets. Les exigences ont aussi évolué. Les projets internationaux doivent maintenant constituer un vrai travail de coproduction, organisé sur plusieurs années en combinant les projets et les budgets. Au niveau financier et économique, les études qui ont été faites démontrent que le rapport entre l’euro investi et les euros générés est de six pour un. Et en terme de renommée et de rayonnement international, on gagne dix ans. Lille traînait une réputation de difficulté industrielle et de chômage. Après 2004, son image s’est modifiée, elle est devenue moderne, attractive et internationale.
Y a-t-il de grands travaux prévus à Marseille dans ce but ?
C’est une caractéristique et un atout fort de la candidature de ce territoire. De grands chantiers sont déjà engagés partout. Pour Marseille, on peut évoquer le J4, les nouveaux îlots à rénover à la Friche la Belle de Mai, ou la Cité des Arts de la Rue dont la première pierre sera posée dans quinze jours.
Peut-on distinguer des lieux privilégiés ?
Toutes les villes du territoire, dans les Bouches-du-Rhône et autour de Toulon, sont associées. On peut citer quelques lieux forts à Marseille, comme le J1 et le J4 à la Joliette, le Silo et la Friche. Ailleurs, il y a les Ateliers de la SNCF à Arles ou le Forum des Arts à Aix. Mais beaucoup de manifestations sont prévues en plein air, jouant sur le climat de la région. De plus, des projets itinérants vont circuler afin d’irriguer tout le territoire de la candidature pendant l’année 2013.
Comment s’articule l’accessibilité aux manifestations pour les habitants ?
La question de l’accès au plus grand nombre est une préoccupation majeure. Beaucoup de spectacles et de manifestations seront gratuits, mais nous avons aussi des propositions intéressantes en termes de billets couplés. Par exemple, en associant sur un billet un match de foot avec un concert, ou bien une pièce de théâtre. Nous avons à cœur d’attirer les publics vers des œuvres et des manifestations avec lesquelles ils ne sont pas familiers.
La candidature de Marseille s’inscrit-elle dans un enjeu électoral ?
(Sourire) La candidature ne peut pas constituer un enjeu de campagne puisque nous avons d’ores et déjà rassemblé tous les élus autour du projet. L’ensemble des responsables politiques de ce territoire soutient la candidature. Tous les élus, y compris ceux qui s’affronteront lors des élections de mars 2008, sont membres du conseil d’administration de l’association de la candidature.
Comment est composé le jury de la candidature ?
Il rassemble sept experts européens et six experts français. Tous sont des professionnels de la culture, il n’y a aucun responsable politique dans ce jury.
Marseille a t-elle des chances sérieuses de l’emporter ?
Très sérieuses ! Mais les autres villes françaises en compétition ont aussi des atouts et des propositions alléchantes. Le jeu est ouvert.
Propos recueillis par Bénédicte Jouve
Photo : EPPGHV
Rens. www.marseille-provence2013.fr
Lancée en 1985 sous l’impulsion de la ministre grecque de la Culture Mélina Mercouri, la Ville européenne de la Culture est un programme destiné à mettre en valeur un patrimoine culturel commun et contribuer au dialogue entre les citoyens européens et leurs cultures. La manifestation, désormais dénommée Capitale européenne de la culture, attire chaque année toujours plus de visiteurs aux quatre coins de l’Europe. Au-delà du prestige et de l’impact culturel, on comprend donc bien l’intérêt touristique — et économique — d’une telle opération. D’autant que l’Union européenne peut apporter une contribution financière aux villes désignées (deux par an depuis 2005) par le biais de son programme-cadre « Culture 2000 ». Si la sélection est draconienne, la compétition entre postulants s’avère donc très rude — pas forcément entre les pays puisque la chronologie est déjà établie jusqu’en 2019, mais plutôt entre les villes. Ainsi, pour 2013, pas moins de sept villes (Lyon, Bordeaux, Nice, Toulouse, Saint-Etienne, Strasbourg et Marseille) sont en lice. Comme pour la procédure pour accueillir les Jeux Olympiques, ces dernières déposent un dossier de candidature. Elles doivent y préciser, entre autres éléments, les moyens pour mettre en valeur leur patrimoine historique, pour assurer l’accessibilité et mettre en œuvre la participation de la population. En 2009, le successeur de Paris (1989), Avignon (2000) et Lille (2004) sera désigné par le Conseil sur recommandation de la Commission, laquelle tient compte de l’avis du Parlement européen et d’un jury composé de sept hautes personnalités du secteur culturel.
CC
Avec un credo que ne renieraient pas les instances européennes en charge de l’opération (en gros, s’approprier une manifestation censée appartenir à tous), le collectif Marseille 2013 entend donner la parole aux artistes qui œuvrent dans l’ombre et créer un évènement populaire au sens noble du terme. «Ce genre d’opération profite avant tout au tourisme et à l’immobilier… Nous voulons soulever cette injustice, associer intimement les artistes à une manifestation de grande ampleur et faire en sorte que les gens soient des acteurs plutôt que des spectateurs de l’évènement. » Créé fin 2004 par trois artistes marseillais, le collectif à géométrie variable — trois au départ, trente actuellement et « bientôt treize milles » — s’appuie principalement sur son site Internet pour fédérer les énergies et accumuler les projets (y compris les plus irréalisables). A terme, cette jolie vitrine de l’actualité des auteurs devrait se muer en une vraie plateforme interactive, un outil précieux pour les artistes impliqués dans le projet. Toujours en marge de la candidature officielle, le collectif ne désespère pas être considéré par la municipalité comme un partenaire sérieux, une force de proposition à même d’organiser une version off de la manifestation. Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : quelque chose se fera en 2013, le collectif ambitionnant de donner à Marseille la stature de capitale culturelle européenne, estampille officielle ou pas.
CC
Rens. www.marseille2013.org
Après avoir décollé de Marseille, le projet Strings of Consciousness a pris son envol de par le monde pour finalement atterrir tout récemment dans les bacs : debriefing
Mark Hollis, à l’époque des derniers enregistrements de Talk Talk (les seuls qui vaillent), l’avait bien compris : le silence est primordial dans la musique et quelques notes placées au bon endroit, au bon moment, valent plus que l’intégrale des enregistrements de Genesis, antithèse même du sujet ici abordé. Le projet Strings of Consciousness – en référence au « stream of consciousness », technique littéraire proche de l’écriture automatique – participe du même élan : la démonstration technique s’efface au profit de l’émotion pure, la musique fait fi des étiquettes en vigueur pour s’aventurer vers des contrées jusque-là inexplorées. Ce projet, et c’est là le gros de l’affaire, on le doit initialement à deux musiciens marseillais : Hervé Vincenti (guitariste aguerri à l’expérimentation comme au sound-design) et Philippe Petit, infatigable défricheur de sons au travers de ses labels Pandemonium (orienté rock, aujourd’hui en sommeil) et Bip-Hop (tourné vers une certaine abstraction électronique). A l’origine, les deux hommes travaillent sur une bande-son ambient, très épurée. Rapidement, leur vient l’idée d’élargir considérablement le propos en intégrant d’autres musiciens : Philippe a un carnet d’adresse bien fourni à l’international, des gens avec qui il partage une « vision » artistique, mais aussi et surtout des affinités humaines. Le processus d’interaction est en marche : SOC sera ce collectif à géométrie variable où musiciens d’ici et (surtout) d’ailleurs viendront, par-delà des trajectoires parfois édifiantes, échanger humblement leur savoir-faire et leurs idées… « Chacun amène sa pierre, chaque chose doit être à sa place : le résultat est beaucoup plus important que l’ego de chacun (…) Nous cherchons avant tout à développer des climats, des ambiances : c’est une musique qui laisse beaucoup de place à l’imaginaire. » De fait, ce disque ne saurait supporter une écoute distraite : exigeant, il demande que l’on s’y consacre pleinement, dévoilant ses richesses au fil des écoutes, dans un maëlstrom sonore qui tient autant de l’ambient que du post-rock, de la noise que du… spoken word. Car la dimension narrative de l’affaire est une composante essentielle du projet : divers intervenants de choix (Eugene Robinson d’Oxbow, Scott McCloud de Girls vs Boys, Black Sifichi ou Barry Adamson, qui a signé SOC sur son label) viennent poser leurs textes sur chacun des titres de cet album qui, au final, doit autant à la littérature qu’aux dernières évolutions majeures de la musique indé. Bien sûr, tout cela n’aurait pas été aussi facile à mettre en place sans Internet : les progrès de la technologie permettent aujourd’hui l’échange de fichiers musicaux à la vitesse grand V, l’abolissement des frontières culturelles, géographiques. Et c’est bien de cela dont parle Strings of Consciousness : une musique libre de tout format, de toute contrainte, une œuvre affranchie. Presque une révolution.
PLX
Dans les bacs : Our moon is full (Central Control/La Baleine)
En concert au Riddim Collision Festival (Lyon) le 31 octobre
Philippe Petit en dj-set, le 26 au Lollipop Store à 18h30
www.myspace.com/stringsofconsciousness